Balkans
|
|
Des informations de cet article ou section devraient être mieux reliées aux sources mentionnées dans la bibliographie ou en liens externes.
Améliorez sa vérifiabilité en les associant par des références.
|
| Balkans | |||
Carte topographique des Balkans. |
|||
| Localisation | |||
|---|---|---|---|
| Pays | |||
| Coordonnées | |||
| Mers | Méditerranée et Noire | ||
|
Géolocalisation sur la carte : Europe |
|||
| modifier |
|||
Les Balkans sont une des trois péninsules d'Europe du Sud. Elle est bordée par des mers sur trois côtés : l'Adriatique et l'Ionienne à l'ouest, la mer Égée au sud et la mer de Marmara et la mer Noire à l'est. Au nord, on la délimite généralement par les cours du Danube, de la Save et de la Kupa. Cette région couvre une aire totale de plus de 550 000 km2 et regroupe une population de près de 53 millions d’habitants.
Sommaire |
Origine et utilisation du terme [modifier]
Dans l’Antiquité, le nom des montagnes aujourd'hui nommées « Balkans » était Αίμος (Haemos en grec et Haemus en latin), mot thrace signifiant, selon Teodor Capidan, « neigeux ». Ce nom désignait la chaîne de montagnes traversant la Bulgarie d’est en ouest (« Grand Balkan »), qui est appelée Стара Планина (Stara Planina, « vieille montagne ») en bulgare, en serbe et en slavon (ainsi qu’en tchèque, slovaque, lituanien, estonien).
L’appellation byzantine Aimos / Emmon / Emmona se retrouve dans la forme turque Emine-Balkan, l’adjectif balkan pouvant désigner en turc soit des « montagnes boisées », soit des « montagnes glissantes » (c’est l’un des sens des mots turcs bal : « poisseux », « miel », et kan : « gluant », « sang » ; mais, à l’époque romantique, les autres sens de ces deux mots ont donné naissance à une légende très populaire selon laquelle balkan signifierait « de miel et de sang » pour désigner aux yeux des Turcs un pays riche en douceurs, fruits, chaleur, richesses de la terre, mais farouchement défendu par d’indomptables guerriers[1],[2]). En fait les Ottomans désignaient leurs possessions du sud-est de l’Europe sous le nom de Roumélie (Rum-eli c'est-à-dire « pays des Romains ») ou, plus récemment, Avrupa-i Osmani (« Europe ottomane »).
Selon les thèses de certains historiens et linguistes qui cherchent à démontrer l'origine iranienne des premiers Bulgares, le mot Balkan pourrait provenir de Balkh en Bactriane[3], ou bien il s’agirait d’un emprunt ancien au persan remontant à bala-khana « maison élevée »[4].
C’est en 1808 que l’expression « péninsule des Balkans » (Balkanhalbinsel) a été utilisée pour la première fois par le géographe allemand Johann August Zeune. En élargissant ainsi le terme de « Balkans » bien au-delà du Grand Balkan, Zeune lui donna la signification antique du nom « Haemus » qui désignait toutes les chaînes de l’Europe du Sud-Est, depuis les Alpes slovènes jusqu’à la mer Noire, avec une importance analogue aux Apennins pour la péninsule italique. Malgré les critiques formulées par des géographes comme Theobald Fischer dès 1839, cette idée, réfutée sur le plan géomorphologique à mesure que la région fut mieux connue, perdura cependant dans le domaine politique et culturel, et comme concept géographique aux limites d’ailleurs mouvantes.
Au XIXe siècle, lors des combats pour la libération des divers peuples de la région contre les dominations impériales ottomane et austro-hongroise, une certaine condescendance a donné, dans l’historiographie occidentale, une connotation péjorative au terme « Balkans » : ainsi, « balkanisation » désigne un processus de déstructuration politique ; en fait, cette « balkanisation » a surtout été voulue par le congrès de Berlin. Tout cela a conduit à utiliser le terme plus neutre d'« Europe du Sud-Est ». C’est ainsi que le journal en ligne Balkan Times s'est lui-même renommé Southeast European Times en 2003.
Limites [modifier]
Les "Balkans" ou Europe du Sud-Est peuvent avoir plusieurs étendues, selon la définition adoptée :
- la définition d'origine, due aux géographes allemands et austro-hongrois, désigne la région bas-danubienne et balkanique[5], incluant les Balkans au sens strict, les pays ex-yougoslaves en entier, l'Albanie, la Roumanie et la Moldavie, région parfois élargie jusqu'à la Hongrie ; la première utilisation connue du terme « Europe du Sud-Est » est due à un chercheur autrichien, Johann Georg von Hahn (1811-1869) ;
- plus récemment, une définition plus restreinte est apparue, proposée par des géographes anglo-saxons : elle n'inclut que les territoires situés au sud du Danube, de la Save et de la Kupa, excluant ainsi des Balkans la Slavonie croate, la Voïvodine serbe, la Roumanie et la Moldavie, y compris la Dobroudja roumaine, bien que celle-ci se situe au sud du Danube[6] ;
- une définition intermédiaire (utilisée par exemple par Paul Garde dans Les Balkans[7]) y inclut les pays ex-yougoslaves en entier, l'Albanie et la Roumanie, mais pas la Moldavie, malgré le passé commun des deux pays.
Géographie [modifier]
Dans la définition la plus communément acceptée, cette région couvre une aire totale de plus de 550 000 km2. Sa limite au nord est fixée par les fleuves Danube-Save-Kupa. Le relief de la péninsule des Balkans culmine à 2 925 m au mont Musala dans le massif de Rila (Bulgarie) ; le mont Olympe (Grèce) est en seconde position avec 2 919 m. La majeure partie de la péninsule est montagneuse, avec des altitudes moyennes de 500 m, des dénivellations importantes, des cours d'eau d'une longueur moyenne de 250 à 300 km, des bassins versants étroits et de petite taille (10 000 à 20 000 km2).
Les plaines, petites et peu nombreuses, se situent le long des cours d'eau et des côtes. Quatre principales chaînes de montagnes, toutes datant de l'orogénèse alpine, rayonnent autour d'une région centrale située autour du massif du Šar, au sud de la dépression du Kosovo-polje:
- la chaîne dinarique, qui longe l'Adriatique vers l'ouest en direction des Alpes et forme la ligne des partage des eaux entre cette mer et le bassin du Danube ;
- la chaîne du Pinde, vers le sud, qui forme la ligne de partage des eaux en Grèce continentale :
- la chaîne des Balkans, vers l'est en direction de la mer Noire, qui forme la ligne de partage des eaux entre le bassin de la Maritsa et celui du Danube ;
- la chaîne du Rhodope, vers le sud-est en direction de la mer Égée.
Le climat est méditerranéen le long des côtes de la mer Adriatique et de la mer Égée, océanique et subtropical humide le long des côtes de la mer Noire, et continental dans l'intérieur et au nord du 42e parallèle.
Une population de près de 53 millions d’habitants vit dans la péninsule, soit une densité moyenne de 96 hab./km2.
Les villes principales sont:
- Istanbul (jadis Κωνσταντινούπολις / Konstantinoupolis / Constantinople, Turquie, onze millions d'habitants côté européen, donc balkanique, sur 19 au total) ;
- Athènes (Αθήνα / Athina, Grèce, quatre millions d'habitants avec l'agglomération) ;
- Belgrade (Serbie, 1,6 million d'habitants avec l'agglomération) ;
- Sofia (Bulgarie, 1,4 million d'habitants) ;
- Zagreb (Croatie, 1,2 million l'agglomération), (700 000 habitants au sud de la Save, donc dans les Balkans, sur un million 1,2 au total) ;
- Tirana (Albanie, 850 000 habitants) ;
- Thessalonique (Θεσσαλονίκη / Thessaloniki, jadis Salonique ou Selanik, Grèce, 800 000 habitants avec l'agglomération) ;
- Sarajevo (Bosnie-Herzégovine, 700 000 habitants) ;
- Skopje (Macédoine slave, 700 000 habitants) ;
- Pristina (Kosovo, 450 000 habitants) ;
- Constanţa (Roumanie, 400 000 habitants) ;
- Plovdiv (jadis Φιλιππούπολη / Philippoupoli ou Filibe, Bulgarie, 350 000 habitants) ;
- Varna (Bulgarie, 320 000 habitants) ;
- Banja Luka (Bosnie-Herzégovine, 300 000 habitants) ;
- Ljubljana (Slovénie, 275 000 habitants) ;
- Niš (jadis Ναϊσσός / Naissus, Serbie, 250 000 habitants) ;
- Podgorica (Monténégro, 170 000 habitants) ;
- Rijeka (en italien Fiume, Croatie, 150 000 habitants) ;
- Edirne (jadis Ἁδριανούπολις / Andrinople, Turquie, 100 000 habitants).
Biogéographie [modifier]
Selon les données palynologiques[8] et paléontologiques disponibles, lors des dernières glaciations, les Balkans (ainsi que les péninsules ibériques et italiennes, le Sud de la France et probablement une zone située dans les Carpates) ont joué un rôle majeur de refuge glaciaire pour une grande partie de la biodiversité, plantes[9], dont arbres[10], animaux[11] notamment, même si dans les trois cas des barrières montagneuses (Balkans, Alpes, Pyrénées) ont freiné les migrations dans le sens nord-sud et sud-nord, barrières qui n'existent pas en Amérique du Nord.
Géologie [modifier]
Comme la plupart des marges méditerranéennes, la péninsule des Balkans présente une géologie complexe, due au fait qu'il s'agit de la zone de jonction de plusieurs boucliers anciens et qu'elle se situe à la jonction des plaques tectonique africaine et eurasiatique. Elle est formée pour partie par un bâti hercynien, voire antérieur, et pour partie par des régions appartenant à la Téthys alpine, à ses talus continentaux et à la bordure de la plateforme carbonatée arabo-africaine. L'ensemble a été violemment resserré lors des phases orogéniques himalayo-alpines, entre les plaques africaine, eurasiatique et anatolienne.
Concernant les divisions géologiques-géographiques on parle généralement, chez les géologues, de « Dinarides » pour la partie occidentale (boucliers pannonien et adriatique, et leurs marges), et d'« Hellénides » pour la partie orientale (boucliers moesien, hellénide et anatolien et leurs marges).
Les marges des boucliers anciens ont été soulevées lors de l'orogenèse alpine, et la péninsule est quadrillée de failles tectoniquement actives, provoquant de fréquents séismes.
Un volcanisme jadis intense a laissé de nombreuses intrusions de roches magmatiques; les sources thermales sont nombreuses, et l'île de Théra (en mer Égée) qui s'est effondrée à la suite d'une grande éruption au deuxième millénaire avant notre ère est encore active : un nouveau cône s'élève au centre de la caldeira.
Pays des Balkans [modifier]
Selon la carte topographique de l'encadré, les Balkans englobent :
En totalité [modifier]
Albanie ;
Bosnie-Herzégovine ;
Bulgarie ;
Kosovo ;
Macédoine ;
Monténégro ;
Grèce.
En partie [modifier]
Serbie : les territoires au sud du Danube : Serbie centrale et méridionale : 73 % ;
Croatie : la Dalmatie, l'Istrie ainsi que les territoires au sud de la Save : 50 % ;
Slovénie : le sud de la Slovénie : 27 % ;
Roumanie : la Dobrogée : 6 % ;
Turquie : la Thrace, représentant 3 % du territoire du pays : c'est la partie européenne de la Turquie, comprenant les îles Gökçeada et Bozcaada, le reste étant en Asie Mineure.
Subdivisions [modifier]
Les Balkans peuvent être subdivisés selon au moins sept critères différents[12].
- Selon le critère géographique on distingue trois groupes de pays :
- Les Balkans occidentaux : Albanie, Bosnie-Herzégovine, Croatie, Kosovo, Macédoine, Monténégro, Serbie et Slovénie;
- Les Balkans orientaux : Bulgarie, Roumanie et Turquie
- Les Balkans méridionaux : Grèce (on y rattache ses îles, bien que dans la géographie du XIXe siècle, celles proches de la côte turque étaient considérées comme asiatiques).
- Selon le critère climatique on distingue :
- Les Balkans continentaux : Bosnie-Herzégovine, Bulgarie, nord de la Croatie, Kosovo, Macédoine, Nord du Monténégro, Roumanie, Serbie et la majeure partie de la Slovénie;
- Les Balkans méditerranéens: Albanie, Sud de la Croatie, Grèce, Sud du Monténégro, la côte de la Slovénie et la Turquie d'Europe.
- Selon le critère linguistique on distingue trois groupes de pays :
- Selon le critère religieux on distingue aussi trois groupes de pays :
- Les Balkans à majorité chrétienne catholique : Croatie et Slovénie;
- Les Balkans à majorité chrétienne orthodoxe : Bulgarie, Grèce, Macédoine, Monténégro, Roumanie et Serbie;
- Les Balkans à majorité musulmane : Albanie, Kosovo et Turquie d'Europe;
- La Bosnie-Herzégovine est un cas à part, chrétiens des deux confessions d'une part et musulmans de l'autre étant en nombre presque égal.
- Selon le critère économique et politique récent on distingue deux groupes de pays :
- Les Balkans au passé communiste: Albanie, Bosnie-Herzégovine, Bulgarie, Croatie, Kosovo, Macédoine, Monténégro, Roumanie, Serbie et Slovénie ;
- Les Balkans au passé capitaliste: Grèce et Turquie d'Europe.
- Selon le critère politique et social actuel on distingue deux groupes de pays :
- Les Balkans membres de l'Union européenne : Bulgarie, Grèce, Roumanie et Slovénie ;
- Les Balkans en attente: Albanie, Bosnie-Herzégovine, Croatie, Kosovo, Macédoine, Monténégro, Serbie et Turquie.
- Enfin selon le critère militaire on distingue trois groupes de pays :
- Les Balkans membres de l'OTAN: Albanie, Bulgarie, Croatie, Grèce, Roumanie, Slovénie et Turquie ;
- Les Balkans sous protection de l'OTAN: Bosnie-Herzégovine, Kosovo et Macédoine;
- Les Balkans membres du Partenariat pour la Paix: Monténégro et Serbie.
Langues [modifier]
Les langues parlées dans les Balkans sont :
- l'albanais est parlé par 5,9 millions de personnes en Albanie et Kosovo, mais aussi minoritairement en Serbie, ARYM (Ancienne République yougoslave de Macédoine), Monténégro, Grèce et Turquie[13];
- l'aroumain est parlé par les "valaques", environ 300 000 locuteurs en Grèce (en Macédoine occidentale), en Albanie, en Bulgarie, en ARYM (Ancienne République Yougoslave de Macédoine) et en Roumanie (en Dobrogée);
- si l'on met ensemble les quatre formes actuelles du BCMS, parfois encore appelé par les linguistes « serbo-croate », ses locuteurs (qui se comprennent entre eux) sont 18 millions environ, majoritaires dans quatre pays (Bosnie-Herzégovine, Croatie, Monténégro, Serbie, d'où le nouveau nom de ce diasystème linguistique) et minoritaires en Slovénie et Roumanie[13].
- la forme bosnien du BCMS est parlée par 2 millions de locuteurs, en Bosnie-Herzégovine, mais aussi minoritairement en Croatie, Serbie et Monténégro[13].
- le bulgare est parlé par 6,7 millions de locuteurs en Bulgarie. Des minorités bulgarophones existent aussi en Serbie orientale (50 000), en Roumanie (12 000), en Moldavie (65 000) et Ukraine (204 000)[13].
- la forme croate du BCMS est parlée par 4,5 millions de locuteurs, en Croatie, mais aussi minoritairement en Bosnie-Herzégovine, Serbie, Monténégro, Slovénie et Roumanie[13].
- le grec est parlé par 10 millions de locuteurs (en Grèce et minoritairement dans le sud de l'Albanie)[13];
- le macédonien
- la forme monténégrine du BCMS est parlée par 145 000 locuteurs au Monténégro, mais aussi minoritairement en Bosnie-Herzégovine du sud-est[13].
- la forme serbe du BCMS est parlée par 8,1 millions de locuteurs, en Serbie, Bosnie-Herzégovine et Monténégro, mais aussi minoritairement au Kosovo et en Roumanie[13].
- le slovène est parlé par 2 millions de locuteurs en Slovénie (des minorités existent en Italie et en Autriche);
- le roumain est parlé par 900 000 locuteurs en Dobrogée et aussi minoritairement par 174 000 personnes dans les régions de Voïvodine et des Portes de Fer en Serbie;
- il n'y a pas d'estimation fiable pour les parlers roms (composés de romani, d'albanais, de grec, de turc et de langues slaves) : l’arlisque (Arliskó), le djambasque (Xhambaskó), le tchanarsque (Čanarskó), le tcherbarsque (Čerbarskó) et le thamarsque (Thamarskó), mais on estime le nombre total de leurs de locuteurs à environ 500 000[13]; la plupart des Roms sont devenus locuteurs des langues des pays où ils vivent : c'est dans la péninsule des Balkans que se trouve la plus grande concentration de Roms d'Europe[14];
- le turc est parlé par environ 13 millions de locuteurs, essentiellement dans la partie européenne de l'agglomération d'Istanbul, à Edirne et en Thrace turque, mais aussi minoritairement en Thrace bulgare, en Dobrogée (Dobroudja bulgare et Dobrogea roumaine), dans l'Ancienne république yougoslave de Macédoine, en Macédoine grecque et en Thrace grecque[13].
- il n'y a pas non plus d'estimation fiable pour le yévanique et le judéo-espagnol, langues des Juifs romaniotes et sépharades dont quelques dizaines de milliers survivent encore, à Istanbul, Edirne, Plovdiv, Burgas, Varna, et Roussé (ville d'origine d'Elias Canetti).
Définition culturelle [modifier]
Le terme « Balkans » fait avant tout référence à une aire culturelle, c'est-à-dire un ensemble composé de groupes et de langues différents, mais qui partagent néanmoins un certain nombre de traits culturels communs, héritage d'un passé commun. Le géographe Georges Prévélakis[15] et les historiens aroumains Papacostea et Neagu Djuvara expliquent cet héritage commun par l'existence de six ou sept couches d'un millefeuille historique balkanique qui feraient aujourd'hui de cette région, une aire culturelle à part entière, et qui, selon leurs termes, définissent un Homo balcanicus :
- le substrat thraco-illyre et hellène, qui commence lors des premières migrations indo-européennes, 2000 ans avant notre ère, et agit jusqu'aux premières constructions étatiques de la région (décrites dans l'Iliade neuf siècles avant notre ère, mais probablement antérieures);
- l'influence macédonienne et la civilisation hellénistique, inaugurées par le règne de Philippe II, trois siècles avant notre ère, et jusqu'à la prise de la Grèce par Rome ;
- la romanisation, qui a contribué à l'unification balkanique à travers le réseau des routes et des cités, et s'est poursuivie par une synthèse culturelle dans le bassin du bas-Danube. Celle-ci se diffuse par l'intermédiaire des Thraco-romains et de leurs descendants les « Valaques » (Aroumains et Roumains), populations pastorales qui survivent sur les piémonts, tandis que dans les plaines s'installeront les Slaves ;
- l'Empire romain d'Orient dit « byzantin » ;
- les Slaves (première migration slave à la fin du IIIe siècle, l'Empire bulgare du VIIe au XVe siècle et l'Empire serbe au XIVe siècle) ;
- l'Empire ottoman et son influence sur les peuples des Balkans, dont une minorité a adopté l'islam, tandis que la majorité a lutté contre l'occupation turque, de 1453 au traité de Lausanne (1923), en passant par les sociétés secrètes du XIXe siècle ;
- les séquelles de la guerre froide (communisme imposé en Yougoslavie, Albanie, Bulgarie et Roumanie, et dictatures militaires imposées en Grèce et en Turquie).
Les linguistes, en tout cas, affirment[16] qu'il existe une Union linguistique balkanique qui se manifeste, à travers la diversité des langues d'origines différentes (y compris le turc qui n'est pas indo-européen) par des traits syntaxiques, grammaticaux et phonologiques communs.
Toutefois, cette unité culturelle n'est guère reconnue par les historiographies grecque, bulgare et des pays de l'espace yougoslave, qui minimisent l'apport de la romanisation et l'influence turque, considérant que les particularités et les spécificités de chaque groupe ethnique l'emportent largement sur les traits communs. Depuis l'émergence du nationalisme romantique du XIXe siècle et xénophobe du milieu du XXe siècle, chaque État balkanique s'est réapproprié son histoire en minimisant les apports des peuples voisins et en magnifiant celui de sa majorité ethnique actuelle, de manière à projeter dans le passé les nations actuelles, comme si elles s'étaient constituées dès l'Antiquité ou le haut Moyen Âge[17].
Quoi qu'il en soit, il existe des traditions culturelles spécifiquement balkaniques telles que les Коледа/Colinde, les Màrtis (Μάρτης)/Martenitsa/Mărțișor ou les Broucolaques, considérées comme un héritage thrace et/ou illyrien.
Chronologie [modifier]
Sources[18]
- L'agriculture se développe dans la région dès 6000 ans avant J.-C. : civilisations de Bubanj, Butmir, Glina, civilisation de Gumelnitsa (en), Sesklos, Starčevo, Varna, Vinča...
- XVIIIe siècle av. J.-C. : des populations de langues indo-européennes, ancêtres des Grecs, des Thraces, des Illyres et des Scythes, s'installent dans la région. Ils appellent Pélasges leurs prédécesseurs, qu'ils assimilent.
- XIIe siècle av. J.-C. : abandon, pour trois siècles, de la plupart des sites, comme en Italie, probablement à la suite d'une épidémie ou d'une crise environnementale, peut-être liée à l'explosion du volcan de Santorin. Une grande partie des habitants s'exilent vers l'ouest en remontant le Danube (les archéologues parlent de populations danubiennes jusqu'à l'océan Atlantique) ou vers le sud en prenant la mer (les historiens parlent de peuples de la mer dont les Achéens, Hylléens, Lyciens, Philistins, Sardes, Sicules, Zakkariens…). Débuts de la civilisation mycénienne dans le Péloponnèse.
- IXe siècle av. J.-C. : débuts des civilisations dorienne, ionienne, éolienne et thrace, avec des cités autonomes fortifiées et des royaumes le pourtour de la mer Égée.
- VIIe siècle av. J.-C. : début de la colonisation grecque le long des côtes, depuis les îles d'Apsoris (auj. Creš) et de Pelagosa (auj. Palagruža) en mer Adriatique jusqu'au pourtour de la mer Noire, en passant par le pourtour de la mer Ionienne.
- 667 avant J.-C. : fondation par des colons Doriens de la cité de Byzance (future Constantinople).
- 513 avant J.-C. : le quart sud-est de la péninsule est conquis par l'Empire perse et organisé en une province, la satrapie de Skidra.
- Ve siècle av. J.-C. : deux royaumes illyre et thrace, mais fortement hellénisés, la Macédoine et le royaume des Odrysses, se développent tandis qu'Athènes et Sparte se disputent l'hégémonie de la Grèce après avoir chassé les Perses hors de la péninsule des Balkans.
- 358-339 avant J.-C. : développement et extension du Royaume hellénique de Macédoine dans la moitié est de la péninsule des Balkans ; début de la période hellénistique.
- 335-280 avant J.-C. : développement et extension de la civilisation celte dans les Balkans : installation de peuples celtiques tels les Scordisques (dans le bassin du Danube), les Tectosages ou les Taurisques (dans le bassin de l'Euros). Le contact des civilisations grecque classique (qui fournit l'écriture et l'architecture), thraco-illyre et celtique (qui fournissent un syncrétisme religieux pénétré d'influences pythagoriciennes : le culte de Zalmoxis) produit une civilisation balkanique préromaine où le rôle politique moteur est joué par le royaume de Macédoine, dont beaucoup de peuples voisins sont clients.
- 229-148 avant J.-C. : l'Empire romain conquiert les côtes de l'Adriatique et la Macédoine.
- 33-29 avant J.-C. : l'Empire romain conquiert l'intérieur de l'Illyrie et la Mésie (Thrace du Nord). Il fixe sa frontière sur le Danube. Début du processus de la romanisation au nord de la « ligne Jireček ». Au sud, le royaume thrace hellénisé de Bizye (Βιζύη, aujourd'hui Vize en Turquie) dans le bassin de l'Euros, résiste jusqu'en 45 de notre ère.
- 330 : l’empereur Constantin fait de Byzance, renommée Constantinople, la nouvelle capitale de l'Empire romain. Les peuples balkaniques sont romanisés au nord de la ligne Jireček, hellénisés au sud, mais les Illyres de Prévalitaine, de Macédoine occidentale et d'Épire gardent leur langue : les Albanais y voient leurs ancêtres. Le christianisme se répand.
- 375 : premières invasions des Goths et des Huns.
- 395 : à la mort de Théodose Ier, l’Empire romain est séparé en Empire romain d'orient et Empire romain d'Occident : la séparation traverse les Balkans le long de la rivière Drinus et des sources de celle-ci à l'Adriatique. L'Illyricum avec la Pannonie et la Dalmatie, rattachés à l'Empire d'Occident, échoient donc aux royaumes germaniques héritiers de celui-ci à partir de 454.
- 454-535 : les Ostrogoths règnent à l'ouest de la Drina. La population des Balkans est presque entièrement christianisée.
- 527 : Justinien est couronné empereur à Constantinople. De 532 à 537 il fait construire la basilique Sainte-Sophie (Ναός Αγίας Σοφίας), à l'époque la plus grande église d'Europe.
- 533–554 : les généraux de Justinien, notamment Bélisaire, reconquièrent l’Afrique du Nord, l'Espagne du Sud et l’Italie sur les Vandales et les Ostrogoths : ils reprennent le sud de la Dalmatie tandis qu'au nord, et en Pannonie, s'installent les Lombards. Simultanément, des groupes de Slaves commencent à s'installer dans l'Empire.
- 568 : les Lombards migrent en Italie et sont remplacés par des Slaves qui, à partir de 577, s'installent de plus en plus nombreux dans les Balkans où ils se mêlent aux Grecs, aux futurs Albanais et aux Thraces romanisés dits Valaques (futurs Aroumains et Roumains). Appelés Sklavènes (Σϰλαβένοι) par les grecs, les Slaves forment des communautés rurales, les Sklavinies, qui s'intercalent entre celles des Thraces romanisés, les Valachies. Les Sklavènes sont locuteurs du slavon ancien.
- VIIe : période de nombreuses invasions : Avars et Bulgares par la terre, Perses puis Arabes par la mer. L'Empire romain d'orient (que les historiens modernes appellent Empire byzantin depuis que Hieronymus Wolf a lancé ce nom en 1557) perd son autorité sur l'intérieur des terres et ne contrôle plus que les côtes de la péninsule, de langue grecque : il s'hellénise et adopte le grec comme langue officielle.
- VIIIe et IXe : différenciation des Slaves des Balkans (Slaves du Sud) en Bulgares à l'est de la rivière Morava (Slaves du premier État bulgare) et en Serbo-croates à l'ouest de celle-ci. Le premier État bulgare domine la majeure partie de la péninsule. Les missionnaires grecs évangélisent les Slaves en slavon et créent pour eux l'alphabet cyrillique, dérivé du grec.
- 866, 909, 941, 970 : invasions varègues et russes.
- 971–1025 : sous la dynastie macédonienne, l’Empire byzantin reprend ses territoires européens aux Bulgares et aux Serbes. En 1014 à la Bataille de Kleidion, l'empereur Basile II devient le Bulgaroctone (« massacreur de Bulgares »). La frontière est à nouveau fixée sur le Danube. Les Valaques, qui avaient résisté aux côtés des Bulgares et des Serbes, sont dispersés et se réfugient dans le Pinde, en Macédoine occidentale, en Thessalie et au nord du Danube (pour certains, jusqu'en Moravie). Installation des Iasses et autres Alains dans le bassin du Danube.
- 1054 : lors du schisme de l’Église chrétienne, la majorité des Balkaniques, à l'exception des Slaves les plus occidentaux (Slovènes et une partie des Serbo-croates) et des Albanais du Nord choisissent de rester dans l'obédience de Constantinople. Une minorité de Serbo-Croates et de Bulgares ne choisissent ni Constantinople, ni Rome, mais le christianisme du pope Bogomil, un mouvement paulicien connu en occident sous le nom de catharisme (du grec ϰάθαροϛ, « pur »). Les Slovènes suivront désormais l'histoire du Saint-Empire romain germanique.
- 1091 : invasion des Pétchénègues et des Alains, que les armées impériales défont à Levounion sur l'Euros.
- 1096-97 : la première croisade traverse les Balkans et s'embarque à Constantinople pour passer en Anatolie.
- 1148 : la deuxième croisade traverse la Bulgarie alors byzantine.
- 1180 : après la mort de Manuel Ier l’Empire byzantin décline. Les Serbo-Croates recouvrent leur indépendance ; à l'ouest les Croates s'unissent à la Hongrie tandis qu'à l'est, les frères valaques Asan et Petru Deleanu soulèvent la Bulgarie.
- 1186 : la Bulgarie recouvre son indépendance (c'est le "Royaume des Bulgares et des Valaques" des chroniques) ; l'Empire byzantin est réduit à la Grèce et aux côtes de la péninsule des Balkans et de l'Anatolie.
- 1190-91 : la troisième croisade traverse les Balkans et s'embarque à Gallipoli pour passer en Anatolie.
- 1204 : la quatrième croisade s'empare de Constantinople et y proclame un « Empire latin » ; les Grecs conservent les Empires de Nicée et de Trébizonde, et le despotat d’Épire, mais la puissance byzantine est définitivement fragmentée et affaiblie, et ne pourra plus jouer le rôle de « bouclier de l'Europe » face aux Turcs. D'autres États croisés se forment dans le centre de la Grèce et dans les îles égéennes tandis que les Vénitiens et les génois s'emparent de la plupart des îles et des ports (les Vénitiens en Dalmatie, en Albanie et en Grèce, les Génois en Égée orientale et en mer Noire).
- 1242 : la Bulgarie et la Serbie sont ravagées par les Tatars. Dans le sillage de ceux-ci, arrivent les Roms.
- 1261 : Constantinople est reprise aux croisés par Michel VIII Paléologue, empereur byzantin de Nicée.
- 1281 : la Bulgarie se fragmente en plusieurs états : Vidin, Trnovo, despotats de Macédoine et de Dobrogée.
- 1331-1355 : la Serbie, sous le règne de Stefan Dušan, devient un empire qui s'étend du Danube à l'Adriatique et à la mer Égée, couvrant tout le centre de la péninsule des Balkans.
- 1354 : les Turcs ottomans débarquent en Europe, à Gallipoli.
- 1380-1394 : les Turcs ottomans conquièrent les états bulgares et la Serbie, encerclant Constantinople. La Bosnie est rattachée à la Hongrie. La Dobrogée est rattachée à la Valachie.
- 1453 : les Turcs ottomans prennent Constantinople : Constantin XI Paléologue le dernier empereur de l’Empire romain d’Orient, y laisse la vie. L'Empire ottoman conquiert la Bosnie, la Dobrogée, et vassalise les principautés voisines de Valachie et Moldavie. La Dalmatie reste vénitienne, la Croatie hongroise, seules la république de Raguse et la principauté de Cetinjé, sur l'Adriatique, sauvegardent leur indépendance.
- 1526 : les Turcs ottomans conquièrent la Slavonie (partie nord-est de la Croatie) et le Banat.
- XVIIe au XVIIIe : une partie des Slaves (Bosniaques de langue serbo-croate, Pomaques de langue bulgare), un petit groupe de Valaques (les Mégléno-roumains) et la grande majorité des Albanais se convertissent à l'islam pour ne plus payer le Haraç (impôt sur les non-musulmans) : ils quittent ainsi le Milliyet des Rum (« Roumis ») pour celui des Osmanlı (« Turcs », mais pas dans le sens linguistique : en fait, fidèles du sultan ottoman).
- 1699 : l'Autriche prend aux Ottomans la Slavonie et la Croatie centrale.
- XVIIIe : l'Empire ottoman commence à décliner : l'Autriche et la Russie développent des visées stratégiques sur les Balkans et y pénètrent (1718, 1735, 1774, 1787). De 1718 à 1739 l'Autriche annexe la Serbie. Tout au long du siècle, elle enrégimente les Serbes fuyant la domination turque dans les garde-frontière de la Militär-Grenze, zone établie aux limites de l'Empire ottoman en 1702, où elle leur distribue des terres, en Croatie centrale, en Slavonie et dans le Banat. C'est l'origine des régions à majorité locale serbe (Krajina ou Vojvodina) dans ces régions. Quant à la Russie, elle se pose en protectrice du Milliyet des Rum (chrétiens orthodoxes).
- 1797 : suite à l'effondrement de Venise devant Napoléon, l'Autriche annexe l'Istrie, la Dalmatie et la république de Raguse.
- 1805-1809 : la France annexe l'Istrie, la Croatie, la Dalmatie et Raguse pour en faire ses Provinces illyriennes. Les idées de la Révolution française se répandent dans les Balkans.
- 1809 : les îles Ioniennes ou Heptanèse, vénitiennes depuis le Moyen Âge, et disputées pendant les guerres napoléoniennes, deviennent une possession britannique sous le nom de République des îles Ioniennes (ou septinsulaire).
- 1816-1831 : des révoltes secouent les « Roumis » de l'Empire ottoman, animées et coordonnées par des sociétés secrètes telles la Filiki Eteria : elles aboutissent à l'autonomie de la Serbie, qui en 1817 devient une principauté vassale, comme l'étaient déjà la Moldavie et la Valachie voisines, et à l'indépendance de la Grèce, reconnue en 1831 sur le Péloponnèse, la Grèce centrale et les Cyclades.
- 1833 : institution de la principauté autonome de Samos vassale de l'Empire ottoman.
- 1852 : la principauté de Cetinjé s'agrandit et prend le nom de principauté du Monténégro.
- 1859 : formation de la principauté de Roumanie, issue de l'union de la Moldavie avec la Valachie : elle reste nominalement vassale du Sultan ottoman.
- 1863 : la Grèce s'agrandit des îles Ioniennes, cédées par les Britanniques.
- 1876 : les massacres bulgares par l'armée ottomane, suite à une révolte des Bulgares, choquent l'Europe.
- 1878-1885 : suite à la guerre russo-turque de 1877, d'importants changements ont lieu, au détriment de l'Empire ottoman :
- les indépendances de la Serbie (agrandie de la région de Niš), du Monténégro (agrandi une nouvelle fois) et de la Roumanie (agrandie des deux-tiers de la Dobrogée) sont reconnues ;
- la Bosnie-Herzégovine et le sandjak (arrondissement) de Novibazar (entre la Serbie et le Monténégro) sont occupées, et désormais administrées par l'Autriche-Hongrie ;
- la Bulgarie, dont les Russes, au traité de San Stefano, auraient voulu faire un grand royaume allant de l'Adriatique à la mer Noire et du Danube à l'Égée, est reconnue, au traité de Berlin en 1878, comme simple principauté vassale (comme l'étaient avant 1878 la Serbie, la Valachie et la Moldavie), mais seulement entre le Danube et le Grand Balkan, avec la capitale Sofia : la moitié sud-est du pays, nommée Roumélie orientale, reste province ottomane, avec une dose d'autonomie interne ;
- l'Empire ottoman conserve le Sud de la péninsule, de l'Adriatique (Albanie, Kosovo, Épire) à Constantinople. Des mouvements de populations ont lieu, des musulmans des territoires perdus venant s'installer dans la partie de la péninsule restée turque.
- 1881-1885 : la Grèce s'agrandit de la Thessalie tandis que la Serbie et la Roumanie, jusque-là Principautés, deviennent elles aussi des Royaumes, comme l'était déjà la Grèce. La Serbie a une dynastie autochtone, tandis que la Grèce, la Roumanie et la Bulgarie ont des dynasties d'origine allemande.
- 1885 : l'union de la principauté de Bulgarie et de la Roumélie orientale forme le Royaume de Bulgarie qui reste nominalement vassal du sultan ottoman.
- 1885-1886 : guerre entre la Serbie et la Bulgarie : la Serbie attaque la Bulgarie mais subit une lourde défaite.
- 1897 : Guerre des trente jours entre la Grèce et l'Empire ottoman: l'attaque grecque échoue, et la Grèce doit céder à la Turquie les cols de la Thessalie du nord.
- 1908 : l'Autriche-Hongrie évacue le sandjak de Novibazar, mais annexe la Bosnie-Herzégovine. L'indépendance du Royaume de Bulgarie est définitivement reconnue.
- 1911 : l'Italie s'empare du Dodécanèse.
- 1912-1913 : Guerres balkaniques :
- dans la première, le Monténégro, la Serbie, la Bulgarie et la Grèce se partagent les territoires encore ottomans dans la péninsule, à l'exception d'une partie de l'Albanie devenue indépendante en 1913 (grâce à l'appui austro-hongrois et allemand) et de la Thrace orientale autour des détroits et de Constantinople; la Bulgarie porte l'essentiel de l'effort de guerre contre les Ottomans, tandis que la Serbie occupe la Macédoine bulgarophone;
- dans la seconde, la Bulgarie qui tente de prendre aux Serbes la Macédoine bulgarophone, est attaquée et vaincue par ses alliés de la veille, auxquels se joignent les Turcs (qui reprennent la Thrace autour d'Edirne, restée turque jusqu'à nos jours) et la Roumanie qui annexe la Dobroudja du Sud.
- 1914-1918 : Première Guerre mondiale :
- la Serbie, alliée de la Triple-Entente (Grande-Bretagne, France et Russie), est rejointe par l'Albanie (3 septembre 1914), le Monténégro (16 janvier 1916), la Roumanie (27 août 1916), et la Grèce (30 juin 1917) ;
- les Empires centraux (Allemagne et Autriche-Hongrie) sont rejoints par l'Empire ottoman (29 octobre 1914), la Bulgarie (6 octobre 1915) ;
- la Bulgarie s'agrandit des territoires qu'elle revendiquait en Macédoine et en Dobrogée, au détriment de la Serbie, de la Grèce et de la Roumanie, mais fin 1918, elle doit tout rendre et perd même, au profit du Royaume des Serbes, Croates et Slovènes quelques districts frontaliers qu'elle possédait auparavant (notamment la ville de Strumitsa), et au profit de la Grèce : la Thrace occidentale et son littoral sur la mer Égée ;
- le Royaume des Serbes, Croates et Slovènes est constitué en 1918-1919 de la Serbie, du Monténégro et des territoires peuplés de Slovènes, de Croates, de Serbes et de Bosniaques pris à l'Autriche-Hongrie. Il revendique l'Istrie, Trieste, Fiume et Zara, mais ces territoires seront attribués à l'Italie (qui de son côté revendique toutes les îles dalmates et Raguse).
- 1929 : le Royaume des Serbes, Croates et Slovènes prend le nom de Yougoslavie.
- 1939 : le 7 avril, l'Italie occupe l'Albanie.
- 1939-1945 : Seconde Guerre mondiale :
- l'Italie attaque la Grèce en octobre 1940 mais est repoussée en Albanie ;
- la Yougoslavie, envahie par l'Allemagne en avril 1941, est démembrée : la Slovénie est partagée entre l'Italie (qui annexe aussi la Dalmatie, le Monténégro et le Kosovo) et l'Allemagne ; la Croatie et la Bosnie-Herzégovine forment un État satellite de l'Allemagne, dirigé par Ante Pavelić ; la Hongrie annexe la Voïvodine à l'ouest de la Tisza, et la Bulgarie la Macédoine, tandis que la Serbie elle-même est occupée et administrée par la Wehrmacht ; la Voïvodine à l'est de la Tisza devient territoire allemand. Deux résistances antagonistes se mettent en place : celle monarchiste des Tchetniks, fidèle au gouvernement exilé à Londres, et celle communiste des Partisans, dirigée par Iosip Broz Tito ;
- la Grèce est occupée en mai 1941. Un mouvement de résistance, l'EAM, se met aussitôt en place ;
- la Bulgarie, à nouveau alliée à l'Allemagne, s'agrandit une dernière fois, des territoires qu'elle revendiquait : Macédoine ex-yougoslave, Thrace grecque, et Dobroudja du Sud (seul territoire qu'elle conservera finalement) ;
- à partir de 1943, les mouvements de résistance libèrent de vastes zones en Grèce du nord et Yougoslavie ;
- à la fin de la guerre, le plan de partage entre Alliés, négocié à Téhéran en 1943, à Moscou en octobre 1944 et à Yalta en 1945, est mis en application : malgré la puissance de sa résistance communiste, la Grèce (90 % d'influence occidentale) reste dans l'orbite britannique puis américaine au prix d'une guerre civile ; en Yougoslavie reconstituée et agrandie (50 % d'influence occidentale, 50 % d'influence soviétique), Tito gagne contre les Tchétniks mais prendra bientôt ses distances avec l'URSS ; même chose en Albanie avec Enver Hoxha ; en Bulgarie et Roumanie par contre (90 % d'influence soviétique) les communistes peuvent imposer leur pouvoir, malgré leur faiblesse numérique initiale.
- 1946 : agrandie des territoires cédés par l'Italie, la Yougoslavie devient une république fédérale composée de six républiques : Slovénie, Croatie, Bosnie-Herzégovine, Monténégro, Serbie et Macédoine, qui acquièrent alors leurs frontières actuelles (au Kosovo près); la Grèce s'agrandit du Dodécanèse, cédé par l'Italie.
- 1954 : la zone de Trieste qui avait été constituée en état libre à l'issue de la guerre, est partagée entre l'Italie (qui retrouve la ville même et ses alentours immédiats) et la Yougoslavie (qui annexe le reste, ce qui ouvre un débouché maritime à la Slovénie). Cela place la limite nord-ouest des Balkans sur la rivière Dragonija en Istrie.
- 1949-1989 : la péninsule est divisée en trois zones étanches : au nord-est, Bulgarie et Roumanie font partie du bloc soviétique (Pacte de Varsovie et Comecon) ; au sud, Grèce et Turquie font partie du glacis occidental (OTAN) ; à l'ouest, Yougoslavie et Albanie sont communistes, mais non-alignés, la Yougoslavie avec des frontières ouvertes, l'Albanie au contraire très fermée, et ultérieurement proche de la Chine de Mao.
- 1967-1974 : Dictature des colonels en Grèce. L'ensemble de la péninsule subit alors des régimes autoritaires.
- 1981 : la Grèce rejoint l'Union européenne.
- 1990 : les communistes d'Albanie, Bulgarie, Roumanie et Yougoslavie abandonnent le communisme en tant que système et doctrine, et adoptent le libéralisme et le nationalisme. Les dirigeants qui s'y étaient opposés sont renversés. Les ex-communistes conservent le pouvoir pendant un temps (parfois assez long : cas de Slobodan Milošević), mais permettent le pluripartisme et la démocratie parlementaire.
- 1991-1996 : guerres de dislocation de la Yougoslavie : indépendances en 1992 de la Slovénie et de la Croatie, de la Bosnie-Herzégovine et de la Macédoine.
- 2004 : la Slovénie rejoint l'Union européenne.
- 2006 : séparation de la Serbie et du Monténégro.
- 2007 : la Bulgarie et la Roumanie rejoignent l'Union européenne.
- 2008 : indépendance du Kosovo (région autonome de la Serbie, à majorité albanaise), reconnue par environ un quart de la communauté internationale.
- 2013 : la Croatie doit rejoindre l'Union européenne.
Atlas historique [modifier]
-
Les Balkans en 530 avant n.e., à l'époque de l'expansion perse.
-
Les Balkans en 430 avant n.e., à l'époque de l'expansion athénienne.
-
Les Balkans en 330 avant n.e., à l'époque de l'expansion macédonienne.
-
Les Balkans en 150 avant n.e., aux débuts de l'expansion romaine.
-
Les Balkans en l'an 0, lors de l'expansion romaine le long du Danube.
-
Les Balkans en l'an 200, lors de la romanisation.
-
Les Balkans en l'an 400, aux débuts de l'Empire d'Orient.
-
Les Balkans en l'an 500, pendant la mise en place des royaumes germaniques en Europe de l'Ouest.
-
Les Balkans en l'an 550, sous Justinien.
-
Les Balkans en l'an 800, lors de la grande expansion des Slaves.
-
Les Balkans en l'an 965, lors de la sédentarisation des Hongrois.
-
Les Balkans en l'an 1150, pendant le reconquête byzantine, à la fondation du « Saint-Empire ».
-
Les Balkans en 1250, à l'époque le l'Empire latin, du deuxième royaume bulgare et des Tatars (qui dévastent la région).
-
Les Balkans en 1300, à l'époque des thalassocraties de Gênes et de Venise.
-
Les Balkans en 1400, pendant l'expansion des Turcs ottomans en Europe.
-
Les Balkans en 1700, aux débuts de l'expansion des Habsbourg.
-
Les Balkans en 1750, avec les eyalets (provinces ou pachalıks) ottomans.
-
Les Balkans en 1810, à l'époque de l'Empire français qui annexe les "Provinces illyriennes".
-
Les Balkans en 1890 : la Roumanie, la Serbie sont émancipées, la Bulgarie acquiert son autonomie, l'empire des Habsbourg s'est transformé en Autriche-Hongrie.
-
Les Balkans après les deux guerres balkaniques et la veille de la Première Guerre mondiale.
-
Les Balkans en mars 1918: la Russie s'étant effondrée, les Empires centraux semblent sur le point de gagner la Première Guerre mondiale.
-
Les Balkans en 1919: à l'issue de guerre, les 14 points du « droit des peuples à disposer d'eux-mêmes » du président Wilson débouchent sur l'effondrement de l'Autriche-Hongrie et la constitution de la Yougoslavie.
-
Le pacte Hitler-Staline remet en question l'équilibre et les frontières issues des Quatorze points de Wilson.
-
Après la conférence de Yalta, les Balkans, pris dans la « guerre froide » et divisés par le « rideau de fer », voient s'établir durablement des dictatures (sauf en Grèce où la dictature alterne avec des périodes de démocratie).
-
Les Balkans en 2013 : la moitié de la péninsule a intégré l'Union européenne, la plupart des États se trouvent dans l'orbite de l'OTAN.
Notes et références [modifier]
- http://www.lemonde.fr/cinema/article/2012/02/21/au-pays-du-sang-et-du-miel-le-geste-courageux-mais-insense-d-angelina-jolie_1646361_3476.html
- http://www.radio-canada.ca/nouvelles/International/2012/07/27/004-serbie-nouveau-gouvernement-dacic.shtml
- Petăr Dobrev : Nepoznatata drevna Bălgarija (L'ancienne Bulgarie inconnue), éd. Ivan Vazov, Sofia, 2001, ISBN 954-604-121-1
- Maria N. Todorova, Imagining the Balkans (1997) Oxford University Press, New York books.google.fr
- Hosch, Nehring, Sundhaussen (Hrsg.), Lexikon zur Geschichte Südosteuropas, S. 663, (ISBN 3-8252-8270-8)
- http://www.palgrave.com/products/title.aspx?is=0333793471
- Paul Garde, Les Balkans, Flammarion, 1999, ISBN 2-08-035181-8
- B. Diaconeasa, S. Farcaş, Aspects concernant les refuges glaciaires, à la lumière des analyses palynologiques de séquences datées C14 ; Contribuţii Botanice, 2002
- G Lang, Some aspects of European late- and post-glacial flora history; Acta Botanica Fennica, 1992 (résumé)
- Bennett, K.D., Tzedakis, P.C., Willis, K.J., 1991, Quaternary refugia of north European trees, Journ. of Biogeogr., 18: 103-115.
- RS Sommer & A. Nadachowski, Glacial refugia of mammals in Europe: evidence from fossil records ; Mammal Review, 2006 - Wiley Online Library ; 36: 251–265. doi: 10.1111/j.1365-2907.2006.00093.x ([Résumé])
- Paul Garde : Les Balkans, Dominos Flammarion, 1999, ISBN 2-08-035181-8 et Georges Prevelakis, Les Balkans, culture et géopolitique, Nathan, 2004, ISBN 2-09-190223-3
- http://www.strategicsinternational.com/31_02.pdf
- « Romaphobie » - LeMonde.fr et Press kit: Issues - Multi-ethnic States and the Protection of Minority Rights - World Conference Against Racism
- Georges Prevelakis, Les Balkans, culture et géopolitique, Nathan, 1004, ISBN 2-09-190223-3
- Le premier savant à remarquer les ressemblances entre les langues balkaniques fut le slovène Jernej Kopitar en 1829, mais ce ne fut qu'à partir des années 1920 qu'elles furent théorisées, avec comme contributeurs importants Gustav Weigand et Kristian Sandfeld-Jensen (Linguistique balkanique, 1930). Puis le roumain Alexandru Rosetti lança le terme d'union linguistique balkanique en 1958. Theodor Capidan alla plus loin en affirmant que leur structure était susceptible d'être réduite à un type balkanique commun. Le modèle actuellement accepté par la majorité des linguistes est celui du polonais Zbigniew Gołąb.
- Ernest Gellner, Nations et nationalisme, Bibliothèque historique Payot, 1999 et Éric Hobsbawn, Nations et nationalisme depuis 1780: programme, mythe, réalité, Folio histoire 2002.
- * Georges Castellan, Histoire des Balkans, Fayard 1999 ; Histoire de l’Albanie et des Albanais, Armeline, 2001 ; Un pays inconnu : la Macédoine, Armeline, 2003 ; Serbes d’autrefois : aux origines de la Serbie moderne, Armeline, 2005 ;
- L. Genet, Histoire contemporaine, Hatier, 1970, pp. 408 à 411 ;
- Hans-Erich Stier, Grosser Atlas zur Weltgeschichte, Westermann, Braunschweig, 1985, ISBN 3-14-100919-8.
- D'après le Mouvement pour la paix dans les Balkans sur [1] et Patrick Simon, Itinéraire d'un pacifiste dans les Balkans, éd. Fleur de Lys, Laval, Québec, 2005, 318 pages, ISBN 2-89612-279-6, l'étoile au milieu symbolise la fraternité, les cinq étoiles autour symbolisent les albanais, les slaves, les est-romans, les grecs et les turcs
- La série de cartes est une synthèse du Westermann Grosser Atlas zur Weltgeschichte, 1985, ISBN 3-14-100919-8, du DTV Atlas zur Weltgeschichte, 1987 traduit chez Perrin, ISBN 2-7242-3596-7, du Putzger historischer Weltatlas Cornelsen 1990, ISBN 3-464-00176-8, de l’Atlas historique Georges Duby chez Larousse 1987, ISBN 2-03-503009-9, de la série des Atlas des peuples d'André et Jean Sellier à La Découverte : Europe centrale : 1992, ISBN 2-7071-2032-4 et Orient : 1993, ISBN 2-7071-2222-X, du Történelmi atlasz de l'Académie hongroise, 1991, ISBN 963-351-422-3 CM, de l’Atlas istorico-geografic de l'Académie roumaine, 1995, ISBN 973-27-0500-0, et de la partie historique du Meyers Handatlas, du Bibliographisches Institut de Leipzig, 1931. Par commodité graphique (espace) les États de l'Église catholique sont désignés par le nom de « Vatican ».
Voir aussi [modifier]
Articles connexes [modifier]
- Europe du Sud
- Europe de l'Est
- Europe du Sud-Est
- Liste des noms latins des villes des Balkans
- Histoire de l'Europe
Liens externes [modifier]
- Les Balkans ottomans par Jean-Paul Roux, directeur de recherche honoraire au CNRS.
- Le Courrier des Balkans, média francophone de référence sur les Balkans
- Les Cahiers balkaniques du Centre d'études balkaniques de l'INALCO (EAD 1440).
- Café Balkans média francophone et anglophone sur les Balkans occidentaux
- Allo Balkans média francophone sur les Balkans
Bibliographie [modifier]
- Marie-Nicolas Bouillet et Alexis Chassang (dir.), « Balkans » dans Dictionnaire universel d’histoire et de géographie, 1878 (Wikisource)
- Jean-Michel Cantacuzène, « Mille ans dans les Balkans », Éditions Christian, Paris, 1992. (ISBN 2-86486-054-0).
- Georges Castellan, « Histoire des Balkans : XIVe-XXe siècle », Fayard, Paris, 1999.
- Joëlle Dalegre « Grecs et Ottomans 1453-1923. De la chute de Constantinople à la fin de l’Empire ottoman » L’Harmattan Paris (2002) (ISBN 2474521621)
- Pierre du Bois de Dunilac, « La question des Balkans », Revue des relations internationales, no 103, 2000, p. 271 à 277.
- Paul Garde, « Les Balkans. Héritages et évolutions », Flammarion, Paris, 2010.
- Barbara Jelavich, « History of the Balkans », Cambridge University Press, 1983.
- Dimitri Kitsikis, « La Montée du national-bolchevisme dans les Balkans », Avatar, Paris, 2008.
- Ernest Weibel, « Histoire et géopolitique des Balkans de 1900 à nos jours », Ellipses, Paris, 2002.