Maures

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Le Marchand de peaux, par Jean-Léon Gérôme
Ci-dessus le Portrait d'Othello, le maure de Venise par Théodore Chassériau (1819-1856).

Les Maures, ou anciennement Mores, sont originellement des populations Amazighs peuplant la partie ouest du Maghreb. Ce terme a changé de signification durant plusieurs périodes de l'histoire médiévale et contemporaine. À partir des conquêtes arabo-musulmanes du VIIe siècle, l'Empire arabe omeyyade, à l'aide du général amazigh Tariq Ibn Zyad, conquiert l'Espagne, sous le nom d'Al Andalus. C'est le début de l'Espagne musulmane.

À partir de cette époque, le terme « maure » va devenir un synonyme de « musulman », plus particulièrement de n'importe quel musulman vivant en Andalousie, qu'il soit d'origine berbère, arabe ou ibérique. Une population qui s'installera par la suite essentiellement au Maroc après la reconquête de l'armée espagnole de l'Andalousie.

Plus tard, certains auteurs européens ont utilisé le terme « Maure » avec d'autres acceptions. Chez certains, « Maures » est utilisé pour désigner les arabo-berbères citadins, d'autres pour les noirs musulmans du Sahara ; parfois le terme « Maure » s'agrandit, perdant sa signification originelle.

On appelle aujourd'hui Maures les populations sahariennes parlant le dialecte arabe hassanya. Ces derniers vivent principalement en Mauritanie, au Sahara marocain ainsi que dans la partie occidentale de l'Azawad (nord du Mali). En Mauritanie on appelle également Maures noirs les esclaves ou anciens esclaves des Maures blancs.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Portrait du secrétaire du souverain maure marocain Abd el-Ouahed ben Messaoud reçu par la reine Élisabeth I (1600)

Selon l'étymologie communément admise, cette appellation est dérivée du terme Moros en grec et Mauri en latin[1],[2], qui désigne à l'époque romaine les Berbères d'Afrique du Nord, et plus précisément les Berbères de la Maurétanie de cette époque qui inclut le nord et l'est du Maroc actuel et le nord-ouest de l'Algérie. Cependant certains pensent que le terme pourrait avoir une origine locale (berbère) ou étrangère[3].

Selon Salluste, les Maures font partie de l'armée d'Hercule venue d'Espagne[4], composée des Perses, d'Arméniens, et de Mèdes[5]. Ils se mêlent aux populations autochtones Gétules (Zénètes) Berbères du Maghreb actuel. Ils s'installent dans les montagnes au Maroc, dans les Aurès en Algérie et dans la Libye. La majorité de la population des Aurès est Gétules (Zénètes)[6],[7].

Le terme Maures est introduit par l'historien romain Procope et par Saint Augustin pour désigner la population des Aurès non romanisée, et les populations indigènes qui se soulèvent contre Rome. Coripus désigne les populations qui se soulèvent contre Rome pendant le règne de Justinien vers le Ve siècle sous le vocable d'Ifuraces[8],[9]. A contrario, les autochtones qui étaient favorables au régime romain sont désignés par le terme Afris[10],[11]. Les Banou Ifren ou Ait Ifren sont les Afris, et ils appartiennent aux Zénètes, anciennement appelés Gétules.

Au Moyen Âge, le terme latin Mauri passe en français sous la forme maure, mais aussi en espagnol sous la forme Moros et en breton sous la forme Morianed pour désigner les Berbères, mais aussi les Arabes[12],[13] à l'origine de la conquête de la péninsule Ibérique au VIIIe siècle. Selon Joseph Pérez, « parmi les envahisseurs de 711, les Arabes proprement dits étaient une infime minorité (...) la majorité était formée de Berbères. (...) C'est pourquoi les Espagnols, pour évoquer la domination musulmane, préfèrent parler de Maures, c'est-à-dire de Maghrébins.»[14]

Période préislamique[modifier | modifier le code]

Peuple de cavaliers, les Maures offrirent indifféremment leurs services tant aux Carthaginois qu'aux Romains lors des guerres puniques. Jugurtha, ayant pris pour femme la fille de leur roi, bénéficia quelque temps de leur appui, mais fut livré à ses ennemis aussitôt qu'il leur demanda asile.

La Maurétanie fut petit à petit conquise par Rome et constitua deux provinces de l'empire, l'une en 37, l'autre en 40 ou 41 sous Caligula. Engagés aux côtés des forces romaines, des Maures contribuèrent à établir la Pax Romana en Gaule et établirent des colonies. Dans la péninsule armoricaine, des soldats maures furent cantonnés, au territoire des Vénètes et des Osismes, d'où le nom de Mauri Veneti et de Mauri osismiaci que leur donne la Notitia Dignitatum[15],[16],[17]. Plusieurs localités appelées Mortaigne ou Mortagne, tant en France qu'en Belgique, seraient dérivées de Mauretania[18], mais une autre interprétation y voit l'invocation d'une eau morte (par opposition à eau vive).

La Maurétanie fournit aussi à l'Empire romain, plusieurs généraux tels Gildon[19], qui se rebella ensuite contre Rome, et surtout Lusius Quietus[20] que Trajan aurait selon certains auteurs songé à choisir pour successeur[21]. Quietus et sa cavalerie maure sont immortalisés sur la colonne Trajane à Rome. La Maurétanie donna même à Rome un empereur éphémère, Macrin[22],[23],[24]. Partiellement romanisés puis christianisés dès le IIIe siècle, les Maures furent partiellement séduits par le schisme donatiste. Aux persécutions païennes succédèrent les persécutions chrétiennes quand l'empire érigea le christianisme en religion d'État.

Au Ve siècle, des Vandales et leurs alliés alains, harcelés par les Wisigoths, franchirent le détroit de Gibraltar et se taillèrent un royaume en Afrique du Nord en 431. Les Maures collaborèrent aux expéditions de pillage organisées par les Vandales, notamment le second sac de Rome en 455. Les prisonniers romains furent emmenés en esclavage par les Maures. Ils furent cependant défaits par Justinien Ier, empereur romain d'Orient, en 533.

La domination byzantine n'était cependant que très relative quand, en 647, survint l'islamisation. La résistance de chefs tels que Kusayla ou al Kahina n'empêcha pas qu'au VIIIe siècle une grande partie des tribus de se convertir à l'islam pour le propager à leur tour, à l'image de la Kahena qui ordonna à ses fils d'embrasser la nouvelle religion, et le pays des Maures fut annexé au califat des Omeyyades.

Conquête de la péninsule Ibérique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Conquête musulmane de l'Hispanie.

En 711, les Maures envahirent l'Espagne. Sous le commandement de Tariq ibn-Ziyad, ils imposèrent à une grande partie de l'Espagne et du Portugal le règne islamique jusqu'en 1492. Ils étendirent leur influence au Midi de la France, et firent des incursions jusque dans le nord de la France, mais furent arrêtés à la bataille de Toulouse en 721 et par Charles Martel à la Bataille de Poitiers en 732.

Dans la péninsule Ibérique, seuls le nord-ouest et les régions majoritairement basques des Pyrénées échappèrent à leur domination. L'Etat maure subit quelques conflits civils dans les années 750.

Le pays, al-Andalus, fut ensuite divisé en un nombre de petits territoires principalement islamiques, nommés les taïfas.

En 1212, les royaumes chrétiens, sous le commandement d'Alphonse VIII de Castille, repoussèrent les Maures du sud de l'Espagne. C'est la période de la Reconquista proprement dite. Cependant le royaume de Grenade (au sud-est) résista durant près de trois siècles. Le 2 janvier 1492, l'armée de l'Espagne chrétienne, récemment unie, assiégea Grenade, et les Maures restant furent obligés de quitter l'Espagne ou de se convertir au christianisme. Certains convertis restèrent sur le sol d'Espagne et furent appelés les Morisques. Ils en furent définitivement chassés en 1609.

Le terme Maure d'aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Acception étendue[modifier | modifier le code]

Les Maures (ou Mauri) est le nom donné aux populations arabo-berbères métissés vivant au Sahara et dans les territoires sud, côtoyant les populations noires. Ils n'ont pas grand chose à voir avec les Maures d'Espagne, étant donné que ni leur dialecte ni leur culture ne sont apparentés. Le terme « Maure » leur a été attribué, car ils étaient la seule population d'origine nord-africaine trouvée dans le sud du Sahara.

Jusqu'au début du XXe siècle, le vocable « Maures » était souvent utilisé par les géographes occidentaux pour désigner les Arabo-berbères nord-africains métissés, spécialement ceux des villes pour les différencier des arabophones et des berbérophones considérés en tant qu'ethnies.

Un homme maure à Chinguetti

Ainsi l'Encyclopædia Britannica de 1911 définit « Maure » comme « le nom qui, selon l'habitude actuelle, est librement appliqué aux natifs du Maroc, mais strictement, devrait s'appliquer seulement aux hommes de la ville de descendance mélangée ». Cependant, elle reconnaît que ce terme n'a pas de valeur ethnologique réelle.

Distribution géographique[modifier | modifier le code]

Aujourd'hui, l'aire sociale maure regroupe approximativement le sud du Maroc, le Sahara occidental, la Mauritanie et le Sénégal, soit une zone ayant en commun une culture et une langue hassaniyya. Selon le recensement de 1988 au Sénégal, les Maures y étaient 67 726, sur une population totale estimée à 6 773 417 habitants, soit 1 % depuis leur nombre a considérablement augmenté. Ils y sont très dispersés[25].

L'ensemble des Maures est musulman sunnite de rite malékite. L'unité linguistique autour de la langue Hassaniyya est relativement forte chez les Maures. Historiquement, les Maures étaient berbérophones. Quelques tribus parlent encore cette langue dans le sud de la Mauritanie, et au Sénégal notamment chez la tribu des Zénagas. Mais l'arabisation engagée depuis des siècles a fait des Maures des purs arabophones. En 1978, dans le vocabulaire officiel mauritanien, le terme « Arabo-Berbère » a été définitivement remplacé par « Arabe ».

Organisation sociale[modifier | modifier le code]

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Les populations maures se regroupent en de nombreux groupes d'ordre politique:

La base de la société maure est la tribu (qabîla) composée des descendants d'un ancêtre commun. Cependant cette organisation sociale reste ouverte aux affiliations extérieures par mariage.

Dans les Émirats maures, l'organisation hiérarchique est très marquée (castes):

  • les guerriers (hassân)
  • les religieux (zawâya)
  • les tributaires (znâga)

Économie et mode de vie[modifier | modifier le code]

Les Maures sont historiquement des éleveurs nomades dans le nord et ovins dans le sud et sur les berges du fleuve Sénégal). L'agriculture est toujours restée marginale et pratiquée dans les quelques oasis de leur territoire. De par leur culture nomade et leur élevage, le commerce tenait une part importante dans leur économie.

Aujourd'hui ce mode de vie est en voie de disparition[26]. Les politiques de sédentarisation aidant, l'exode vers les villes croit, notamment Nouakchott en Mauritanie. Cette sédentarisation influe également sur leur culture commerçante.

Emblème[modifier | modifier le code]

Blason de la Corse

Postérité[modifier | modifier le code]

Le style mauresque est un style architectural et ornemental élaboré en Europe au XIXe siècle par imitation de celui des anciens Maures d'Espagne.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Entrée « Maure », dans Le nouveau Petit Robert, Paris, 2000, (ISBN 2-85036-668-4), p. 1538.
  2. J.B Morin, Jean-Baptiste Gaspard d'Ansse de Villoison, Dictionnaire étymologique des mots françois dérivés du grec, p. 69.
  3. Étymologie et définitions diverses du nom de Maure par M. Adolph Bloch, p:624-625
  4. Histoire de la décadence et la chute de l'Empire romain Edward Gibbon, Jean Alexandre C. Buchon
  5. L'Univers histoire et description de tous les peuples, Ferd Hoefer
  6. Recueil des notices et mémoires de la Société archéologique de la province… De Société archéologique
  7. [1]
  8. Histoire des Berbères et des dynasties musulmanes de l'Afrique Septentrionale De Ibn Khaldūn, Abou-Zeid Abd-er-
  9. [2]
  10. Les Lieux de pouvoir au Moyen Âge en Normandie et sur ses marges De Anne-Marie Flambard Héricher
  11. [3]
  12. « Jusqu'au VIIIe siècle de notre ère, au moins, le nom de Mauri fut appliqué aux habitants de la Berbérie; et ceux-ci, après les Romains, en vinrent à se désigner ainsi eux-mêmes. La conquête de l'Espagne se fit sous la direction de chefs arabes, mais comme elle fut menée grâce aux troupes de Berbères islamisés levées dans tout le Maghreb, le nom de Mauri passa dans la péninsule avec les hommes et devint Moro, servant à désigner non seulement les Berbères mais aussi, à tort, les conquérants arabes.  », article Maures, Encyclopédie Universalis v10
  13. Dictionnaire historique de l'Islam, p. 552
  14. Joseph Pérez, Histoire de l'Espagne (1996), Joseph Pérez, éd. Fayard, 1996, p. 34
  15. Auguste Longnon, Origine et formation de la nationalité française, Nouvelle Librairie nationale, 1921, p. 25
  16. « La Noticia Dignitatum (« Notice des dignités de l'Empire romain ») nous apprend qu'à Brest et à Vannes il y avait des soldats maures (Mauri Veneti et Mauri Osismiaci) », Hervé Abalain, Histoire de la langue bretonne, Gisserot, 1995, p. 10
  17. « On trouve des Maures établis en Armorique à Osimis et à Venetis», Léon Fleuriot, Les origines de la Bretagne, Payot, 1980, p. 115
  18. « Un autre témoignage des colonies mauresques de notre pays réside dans le vocable Mortagne, encore porté par divers lieux de notre pays et qui représente une appellation latine, Mauretania. », Auguste Longnon, Origine et formation de la nationalité française, Nouvelle Librairie nationale, 1921, p. 25
  19. Ferdinand Hoefer, Nouvelle biographie générale, Firmin Didot, 1868, t.19, p. 512
  20. « Lusius Quiétus était Maure et chef de soldats maures », Dion Cassius, Histoire romaine, 68
  21. Victor Duruy, Histoire romaine jusqu'à l'invasion des barbares, Hachette, 1855, p. 458
  22. « Dion Cassius, LXXXIX, le dit de « race maure » », Paul Petit, Histoire générale de l'Empire romain, Seuil, 1974, p. 331
  23. « simple chevalier d'origine maure », Lucien Jerphagnon, Les divins Césars, Tallandier, 2004, p. 208
  24. « la Maurétanie fournit des soldats et donna même un prince éphémère, Macrin », Yann Le Bohec, Article « Maures » (2004), dans Encyclopædia Universalis, éd. Universalis, 2004, Dvd
  25. Chiffres de la Division de la Statistique de Dakar cités dans Peuples du Sénégal, Éditions Sépia, 1996, p. 182
  26. Pour le mode de vie à l'époque coloniale, voir le récit de Sophie Caratini La Fille du chasseur, Éditions Thierry Marchaisse, 2011

Liens externes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]