Histoire du Mozambique

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L'histoire du Mozambique dans sa période préhistorique est mal connue mais les premiers habitants de la région étaient des ancêtres des Bochimans qui furent progressivement chassés du territoire du futur Mozambique, entre le Ier siècle et le IVe siècle, par des vagues de peuplements de langue bantou, arrivant par la vallée du Zambèze.

Les nouveaux arrivants, contrairement aux chasseurs-cueilleurs originels, maîtrisaient l'agriculture et le travail du fer et avaient contrairement aux Bochimans une société hiérarchique. Le système de formation était tel que les parents apprenaient leur métier aux enfants, de plus les habitants essayaient de mémoriser une tradition orale.

La présence de la route reliant le royaume du Zimbabwe à l'océan Indien favorise l'implantation de nombreux comptoirs commerciaux par les navigateurs indiens, arabes, indonésiens et chinois. Ainsi un capitaine persan, Ibn Shahriyar, dans son Livre des merveilles de l'Inde, rapporte le témoignage d'un marchand arabe du nom d'Ibn Lakis qui en 945, voit arriver sur la côte du Mozambique « un millier d'embarcations » montées par des Waq-Waq qui viennent d'îles « situées en face de la Chine » chercher des produits et des esclaves zeng, mot arabe qui désigne à l'époque la côte orientale de l'Afrique.

Ces échanges existaient donc depuis plusieurs siècles lorsque Vasco de Gama, lors de sa première expédition en 1498, reconnaissait la côte est de l’Afrique, établissant des contacts avec les africains après un débarquement dans la baie de Delagoa, sur le site de la future Lourenço Marques, et avec le sultan Mussa Mbiki dirigeant une petite île au large de Madagascar dans la baie de Mossuril.

C'est le nom de ce sultan, Mussa Mbiki, qui donnera en portugais Moçambique, qui servira tout d’abord à désigner l’île, puis toute la côte africaine lui faisant face.

La colonisation portugaise[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Mozambique portugais.
Armes et artisanat traditionnels du Mozambique exposés au musée régional de l’Algarve, à Lagos (Portugal).

Par la signature du traité de Tordesillas en 1494, toute l’Afrique tomba dans la sphère d’influence du Portugal.

La colonisation commença dès le début du XVIe siècle, par la capture de la petite île de Moçambique en 1507, lors de la deuxième expédition de Vasco de Gama, et la construction en 1510 d’un fort carré et d’une ville, São Sebastião de Moçambique, qui furent placés sous l'autorité du vice-roi des Indes résidant à Goa.

Comme leur prédécesseurs, indiens, les Portugais se livrèrent à des trafics très juteux, d’ivoire et développèrent la traite des noirs pratiquées alors par les Arabes, avec le concours de chefs africains.

En 1544, Lourenço Marques explore les côtes continentales, et d'autres comptoirs sont créés. Mais à partir de la période, de 1580 à 1640, pendant laquelle les couronnes portugaise et espagnole sont réunies, ces établissements sont abandonnés plus ou moins à eux-mêmes, au profit de ceux d’Inde et d’Extrême-Orient, nettement plus rentables, et de la colonisation brésilienne. Malgré le déclin de l’intérêt de la métropole, l’activité se poursuit, en particulier la vente d’esclaves à destination de la péninsule arabique et de l’Empire ottoman.

Dans le courant du XVIIe siècle, les Portugais instituent les prazos, qui proviennent au départ de dons de terres que les chefs africains accordent à des aventuriers portugais en échange de leurs services. Le gouvernement portugais à son tour distribue des prazos da Coroa (Plantation de la Couronne) à ses serviteurs les plus loyaux, qu’il charge de pacifier les territoires concédés et qui doivent, en principe, payer des taxes.

En 1752, le territoire du Mozambique est dotée d'une administration coloniale autonome par rapport à l'Inde portugaise. Mais cette administration coloniale demeurait liée à une structure d'occupation militaire, dépourvue de systèmes de lois et abandonnée à l'arbitraire des représentants de la métropole[1].

Au début du XIXe siècle, les descendants des prazeiros, presque tous métissés, vivent sur leurs terres en véritables potentats. Ils obligent les chefs noirs à payer un tribut en ivoire et en esclaves et devant la précarité croissante de leur condition, les Africains fuient leurs villages, augmentant l’insécurité.

Les Britanniques émettent à l'époque de sérieux doutes sur la réalité de l'administration locale dans les colonies portugaises et dénoncent l'inconsistance de la colonisation portugaise. Ces critiques sont d'autant plus fortes qu'en dépit de l'abolition de la traite en 1836, celle-ci continue et est dénoncée par Livingstone.

Lisbonne ne tarda pas à répondre aux critiques britanniques et organisa des expéditions à partir de 1845 pour démontrer sa présence et affirmer son autorité.

En 1877, la ruée vers l’or au Transvaal encouragea les quelques colons à s’aventurer plus vers l’intérieur des terres. São Sebastião de Moçambique perd alors sa prédominance au profit de Lourenço Marques, reliée en 1890 au Transvaal par la première voie ferrée du territoire. Le port de Lourenço-Marquès était en effet devenu le débouché naturel pour l'exportation des minerais du Witwatersrand. Le Mozambique devint alors une dépendance occulte de l'Afrique anglophone.

En 1891, la frontière orientale du Mozambique avec la Zambézie du Sud était fixée par traité. Dans l'opération, les britanniques récupéraient le Manicaland.

Le gouvernement portugais décida alors de confier l'exploitation de la majeure partie du pays pour cinquante ans à trois compagnies privées qui se voyaient attribuer les pouvoirs d'un État sur un territoire et le monopole de son exploitation en échange d'une redevance versée au Portugal. Ces 3 compagnies étaient :

  • la Companhia de Moçambique, basée à Beira, qui contrôlait les districts de Manica et Sofala soit 135 000 km2. Ses capitaux étaient essentiellement français mais aussi portugais, britanniques et sud-africains.
  • la Compagnie de Zambézie, qui contrôlait les districts de Tete et Quelimane soit 155 000 km2. Ses capitaux étaient essentiellement portugais, allemands, français, sud-africains et britanniques.
  • la Compagnie de Niassa, enfin, qui était détenu par des capitaux britanniques et contrôlait tout le nord du territoire mozambicain.
Beira vers 1905

Le bilan de ces compagnies fut néanmoins décevant. Les politiques définies visant à l’enrichissement de la métropole portugaise et des colons européens, ont eu tendance à négliger le développement des infrastructures sociales (dispensaires, écoles) et de l’équipement du pays. Un accord inter-étatique fut même conclu entre le Portugal et l'Union d'Afrique du Sud, afin de permettre le recrutement de travailleurs migrants mozambicains dans les mines du Transvaal.

En fait, seule la compagnie de Mozambique développa des infrastructures, notamment la ligne de chemin de fer reliant Beira à Salisbury achevé en 1900. Ce fut aussi cette compagnie qui développa la culture commerciale du sucre qui devint la principale exportation du Mozambique.

En 1929, à la fin du mandat de ces compagnies, le territoire du Mozambique était encore pauvre, non développé et mal contrôlé.

Haut Commissaire[modifier | modifier le code]

Le Mozambique sous le régime de Salazar[modifier | modifier le code]

L'arrivée au pouvoir au Portugal d'António de Oliveira Salazar marqua le début d'une politique plus volontariste pour développer les colonies. Elle se manifesta en 3 phases différentes et par l'idée novatrice, par rapports aux époques précédentes, qu'il fallait assurer l'intégration du territoire mozambicain et de sa métropole. Ainsi, le cadre juridique et institutionnel du territoire fut enfin déterminé par la détermination du principe de l'indivisibilité de l'État et de la Nation, les gouvernements coloniaux étant une émanation du pouvoir centralisateur de la métropole. Au Mozambique, les organes représentatifs ne concernent cependant que les colons. Aucune consultation ou représentation des populations indigènes dans les conseils exécutifs ou législatifs n'était encore prévue. Un statut indigène est même rédigé afin de réglementer la circulation des africains, leur accès aux lieux public, la répartition territoriale et l'accès à l'emploi.

La politique d'intégration territoriale des colonies à l'espace national portugais menée par le régime salazariste reposait également sur une politique favorable à l'émigration et à l'établissement des Portugais en Angola et au Mozambique. Elle devait être favorisée par le développement des activités productrices comme les mines et l'industrie. Cette politique d'intégration visait les Africains eux-mêmes, qui par une politique d'assimilation "au mérite", pouvaient intégrer la nation portugaise.

En 1930, le nombre de colons européens au Mozambique n'est que de 30 000 personnes. La politique d'intégration territoriale va contribuer à la faire rapidement augmenter pour atteindre 200 000 personnes au début des années 70 (3 % de la population). Néanmoins, l'importance de cette immigration portugaise au Mozambique resta relativement insuffisante et inférieure à ce qui était attendu, les candidats portugais à l'émigration préférant nettement, durant cette période, aller s'établir au Brésil.

Après la Seconde Guerre mondiale, en 1951, le Mozambique et les autres possessions africaines deviennent des provinces portugaises d'outre-mer. D'une manière générale, l'absence de moyens financiers suffisants pour la mise en valeur des ressources naturelles du territoire mozambicain est patent et marqué par un faible développement historique des infrastructures.

Néanmoins, des efforts sont accomplis au niveau des activités agricoles, développées autour de deux grands types d'agriculture, d'un côté les plantations de canne à sucre, de thé, de coprah et de sisal et de l'autre côté le coton.

La principale réalisation d'ampleur du régime fut le développement énergétique, marqué par l'exploitation de gisements charbonniers et par le début de la construction du barrage de Cahora Bassa.

La guerre d'indépendance[modifier | modifier le code]

Le 25 juin 1962, au Tanganyika, plusieurs groupes anticoloniaux fondèrent le Front de libération du Mozambique (FRELIMO), un mouvement qui prône le rejet global du système colonial-capitaliste dans un contexte de lutte des classes et de lutte révolutionnaire. Le FRELIMO opta pour placer l'insurrection armée au centre de la lutte politique, afin de mobiliser les populations rurales, amenées à constituer la base sociale et politique du mouvement. Il engagea ses premières actions de guérilla à partir de septembre 1964 en dépit des dissensions internes qui affaiblissaient le mouvement. Le COREMO, soutenu par le président zambien Kenneth Kaunda mais aussi allié à l'UNITA angolais et au Congrès Pan Africain, n'arriva pas à s'imposer face au FRELIMO dans le domaine de la lutte armée contre l'administration portugaise.

En 1968, le premier gouverneur civil du Mozambique était nommé, l'armée ayant fourni jusque-là la majorité des gouverneurs coloniaux.

En dépit de l'assassinat en 1969 de son chef historique Eduardo Mondlane, le FRELIMO devint le seul mouvement nationaliste de guérilla à pouvoir lutter contre le pouvoir colonial.

Le FRELIMO est finalement reconnu internationalement comme mouvement de libération nationale. Sa direction tricéphale était alors composée d'un marxiste, Samora Machel, d'un intellectuel, Marcelino dos Santos, et d'un modéré, le révérend Uria Simango. Après que ce dernier eut rejoint le COREMO, Samora Machel prit vite l'ascendant sur le mouvement alors que Dos Santos (un métis) préférait s'effacer devant un noir représentant la classe ouvrière. Dos Santos demeura néanmoins l'idéologue en chef du FRELIMO.

En 1972, un "mouvement national de résistance" était créé de toutes pièces par les services secrets de Rhodésie avec pour mission de s'attaquer aux bases arrières des mouvements nationalistes de Rhodésie.

En avril 1974, le FRELIMO contrôlait le nord du pays et la région de Tete, soit un tiers du territoire, quant au Portugal, la Révolution des œillets mettait fin à la dictature salazariste. Le FRELIMO devint l'interlocuteur privilégié des Portugais bien qu'en quelques semaines, une trentaine de partis politiques virent le jour au Mozambique. Le 7 septembre 1974, un accord était signé à Lusaka entre le Portugal et le FRELIMO fixant un calendrier pour un cessez-le-feu, l'établissement d'un gouvernement provisoire en vue de la proclamation de l'indépendance du Mozambique.

Une partie des colons portugais fut alors ulcéré de l'abandon annoncé de la colonie. Certains voulurent prendre modèle sur la Rhodésie et à l'instar de Ian Smith, faire déclarer unilatéralement l'indépendance. Une tentative de coup d'État mal préparé a alors lieu. Des colons s'emparèrent des locaux de la radio nationale, occupèrent la centrale téléphonique et libérèrent les agents de la PIDE, la police secrète salazariste, arrêtés lors de la Révolution des œillets. Mais la majorité des colons se résigna en fait à l'arrivée du FRELIMO au pouvoir. Une plus grande majorité d'entre eux se résignait au départ et en quelques mois, la population portugaise tomba de 200 000 à 80 000 personnes, alors que l'indépendance n'avait toujours pas été proclamée. Les derniers soubresauts eurent lieu en octobre 1974. Certains des colons brûlèrent leurs propriétés en partant, la majorité vers l'Afrique du Sud et le Portugal[2].

L'indépendance du Mozambique[modifier | modifier le code]

Premier drapeau du Mozambique (1975-1983)

Le 25 juin 1975, l'indépendance du Mozambique était proclamée et Samora Machel en devenait le premier président de la république. Selon les accords passés avec le gouvernement portugais, des élections pluralistes devaient être organisées et un gouvernement d'union nationale devait assurer la stabilité du nouveau pays. En fait, le FRELIMO accapara immédiatement le pouvoir que les Portugais lui avaient donné, et s'aligna politiquement sur le bloc soviétique, en mettant en place un État socialiste. Les élections pluralistes n'eurent pas lieu. La nouvelle constitution proclamait l'établissement d'une démocratie populaire, fondée sur un système de parti unique et d'élections indirectes.

L'état économique et social paraissait alors déplorable mais le nouveau gouvernement comptait sur l’aide économique et politique de l’Union soviétique et de Cuba relayant alors celles qui étaient apportées jusque là par le Portugal et l'Afrique du Sud.

Cependant, le pays allait s'enfoncer dans une guerre civile attisée par des intérêts qui dépassaient ceux du Mozambique.

La Guerre civile[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Guerre civile du Mozambique.

Le FRELIMO, s'appuyant alors sur sa légitimité au sein de la population mozambicaine, se proclama comme le parti unique.

Samora Machel mit alors en place un régime socialiste et dictatorial, nationalisant les industries et les fermes. Il tenta de regrouper autoritairement les villageois dans des villages communautaires, inspirés des villages tanzaniens d'Ujamaa, dans le but de favoriser l'accès aux services et à l'éducation de la population mais aussi pour subroger les anciennes plantations coloniales par des fermes d'État.

Sur le plan international, le Mozambique se conforma aux sanctions économiques internationales contre la Rhodésie et l'Afrique du Sud en dépit de ses propres intérêts économiques ce qui accentua la désorganisation économique, politique et sociale du pays. Le pays accordait également asile aux mouvements nationalistes en lutte contre les systèmes ségrégationnistes de Rhodésie et d'Afrique du Sud. Mais en moins de deux ans, suite au départ massif des cadres portugais, de l'échec rapide des fermes d'État, de l'effondrement du trafic portuaire et ferroviaire, conséquence logique de l'hostilité du gouvernement mozambicain à la Rhodésie et à l'Afrique du Sud, le pays était ruiné et au bord de la banqueroute. La campagne de sabotage systématique mené par la Résistance nationale du Mozambique (RENAMO), financé et soutenu d'abord par la Rhodésie puis par l'Afrique du Sud, finit par plonger le pays dans une guerre civile qui allait durer 16 ans.

En 1979, le FRELIMO pensa avoir vaincu la résistance lorsqu’André Matzangaissa, le chef de la RENAMO, fut abattu mais au contraire, la guérilla se maintint.

Après l'indépendance du Zimbabwe en 1980, l'Afrique du Sud prit la relève de la Rhodésie dans le soutien financier et logistique à la RENAMO. Le pays était alors coupé en deux. La Renamo oscillait entre être un mouvement de rébellion ou un groupement mafieux adepte du banditisme et du sabotage. Toutes les voies de communication étaient effectivement coupées, les lignes de transport d'énergies sabotées et les aménagements ruraux détruits. Le port de Maputo sombra dans l'apathie alors qu'une sècheresse dévastatrice s'abattait sur le pays causant famine et déplacement de la population. Le Mozambique allait devenir pendant une quinzaine d'années l'un des trois pays les plus pauvres au monde et sera tributaire de l´aide internationale notamment en provenance des pays scandinaves.

Dès 1980, le FRELIMO avait pris acte de l'échec de sa politique économique et sociale. Samora Machel avait imputé cet échec aux éléments ultra-gauchistes du FRELIMO. L'agriculture familiale fut alors réhabilité et les fermes d’État réformées.

En 1983, le pays tournait le dos au socialisme et adhérait au FMI et à la Banque mondiale. Les capitaux occidentaux, notamment portugais, commençaient à revenir au Mozambique.

En 1984 a lieu à Komatipoort une rencontre au sommet entre Pieter Botha, président d'Afrique du Sud, et Samora Machel aboutit à l'accord de Nkomati prévoyant l'arrêt de l’aide du Mozambique au congrès national africain en échange de la fin du soutien sud-africain au RENAMO. Mais ce fut un échec, aucun des signataires ne respectant sa signature.En même temps le pays adhéra au FMI et à la banque mondiale et obtint ainsi une aide au développement despays de la CEE et des USA.

En 1986, l'avion présidentiel dans lequel se trouvait Samora Machel de retour de Zambie se dérouta et s'écrasa en Afrique du Sud, à 300 m de la frontière mozambicaine. Neuf passagers furent rescapés des restes du tupolev piloté par un équipage soviétique mais le président Samora Machel figurait parmi les morts. L'enquête internationale dirigée par le juge sud-africain Cecil Margo, à laquelle participèrent officieusement les Soviétiques et les Mozambicains, conclut à une série de négligences de l'équipage.

Après une courte période d'intérim, Joaquim Chissano succédait au père de l'indépendance mozambicaine. Il entreprit immédiatement un rééquilibrage diplomatique et pacifia ses relations avec le Malawi voisin, que Samora Machel avait accusé de donner refuge à la RENAMO. Il effectua un virage économique en procédant aux premières privatisations dans l'industrie alors que les Sud-Africains eux-mêmes étaient encouragés à réinvestir dans le pays.

En 1988, Chissano se détourna de l'URSS qui par deux fois avait refusé de lui accorder l'accession au COMECON. Si Chissano maintint néanmoins le traité d'amitié entre les deux pays, il se tournait uniquement vers les Européens et les États-Unis pour obtenir une aide financière.

Le 13 septembre 1988, à Songo, Joaquim Chissano et Pieter Botha renouvelèrent la coopération entre leurs pays respectifs pour sauver le barrage de Cahora Bassa. Le rapprochement entre les deux gouvernements fut facilité par l'entregent de Pik Botha, le ministre sud-africain des affaires étrangères qui devint un habitué de Maputo.

En juillet 1989, Le FRELIMO abjurait le marxisme. Peu de temps après, Chissano accueillait encore une fois Pieter Botha sur le site du barrage de Cahora Bassa au moment de l'achèvement des travaux de la commission tripartite (Portugal, Mozambique, Afrique du Sud) pour la réhabilitation du grand projet de développement électrique.

En 1990, alors que les dictatures d'Europe de l'Est s'effondrent les unes après les autres (précédant celle de l’Union soviétique en 1991) et que Frederik de Klerk légalisait l'ANC en Afrique du Sud, les premiers pourparlers de paix avaient lieu entre le FréLiMo et le RENAMO, débouchant en novembre sur une nouvelle constitution, reconnaissant le pluralisme politique.

Le 4 octobre 1992, à Rome, fut signé un accord de paix sous l’égide de la communauté de Sant'Egidio et avec l’appui de l'ONU, entre Joaquim Chissano pour le FRELIMO et Afonso Dhlakama pour le RENAMO. Il prit effet le 15 octobre.

Une force de maintien de la paix, l’ONUMOZ, fut alors déployée au Mozambique. Ses derniers contingents quittèrent le pays en 1995.

La guerre civile avait finalement fait un million de victimes, autant de réfugiés dans les pays voisins et quatre millions de déplacés à l’intérieur du pays.

La démocratie[modifier | modifier le code]

En 1994, les élections donnèrent vainqueur le Frelimo de Joaquim Chissano et malgré de nombreux témoignages de fraude, le ReNaMo respecta le résultat, se cantonnant à l’opposition politique.

Le retour à la paix provoqua le retour de 1,7 million d’expatriés, ainsi que le retour de quatre millions de déplacés à l’intérieur du pays. Économiquement, le pays doit alors procéder à de grandes réformes recommandées par les grandes institutions internationales. Certaines semblent contre-productives comme la dérégulation du secteur de la noix de cajou qui fait disparaître 90 % des emplois de cette industrie exportatrice.

En 1995, le Mozambique adhère au Commonwealth, devenant le premier membre de celui-ci à n’avoir jamais fait partie de l’empire britannique. En décembre 1999 se tiennent de nouvelles élections qui donnent encore la victoire au Frelimo. Des irrégularités poussent le Renamo à menacer un retour à la guerre civile, mais suite à sa défaite devant la cour suprême, il finit par y renoncer. À la fin des années 90, le Mozambique bénéficia du processus d’allégement de la dette des pays les plus pauvres.

À la fin des années 90 et au début des années 2000, le pays fait appel à des agriculteurs blancs d'Afrique du Sud et du Zimbabwe pour relancer des exploitations agricoles ou redévelopper les cultures de tabac, de maïs, de soja, de piment, de tournesol.... Le gouvernement leur proposa concrètement des terres à la location pour des périodes de 50 à 100 ans, le but étant de favoriser l'emploi local.

En 2000, un cyclone et l’inondation qui le suit dévastent le pays, tuant plusieurs centaines de personnes.

En 2001, Joaquim Chissano indique qu'il ne se représenterait pas une troisième fois, et c’est Armando Guebuza qui lui succède à la tête du Frelimo, remportant encore les élections de décembre 2004.

En 2005, plusieurs exploitations agricoles louées aux agriculteurs blancs firent faillite. Ceux-ci mirent en cause la politique des gouvernements occidentaux orientés vers l'aide à la réduction de la pauvreté et non vers le développement des ressources locales et en aucun cas vers le développement à long terme de l'agriculture[3].

En 2006, le pays comptait 19 millions de Mozambicains dont 1/3 vivant dans les villes, conséquence d'une urbanisation rapide intervenue au cours de l’interminable guerre civile.

S’il demeure l’un des pays les plus pauvres du monde, où l’espérance de vie est d’à peine 41 ans, le Mozambique connaît depuis 1995 une croissance annuelle exceptionnelle qui atteint 9 % en 2005. La Banque mondiale a ainsi cité le Mozambique comme « un modèle de réussite. Une réussite en termes de croissance, et un modèle qui montre aux autres pays comment tirer le meilleur parti de l’aide internationale[4] ».

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Alvaro do O'da Silva, Afrique australe, à la recherche d'une identité, p 97
  2. Il ne demeurait plus que 7 000 mozambicains d'origine portugaise vivant au Mozambique, principalement à Maputo, au début des années 90.
  3. Ces agriculteurs mettent aussi en cause les banques d'État du Mozambique et leurs prêts à taux annuels de 25 % et le non-respect d'achat à prix garanti des compagnies nationales - Article sur le gâchis de l'aide internationale au Mozambique parue dans Le Figaro du 24 juin 2006
  4. Michael Baxter, représentant de la Banque mondiale, cité par Mail and Guardian et repris dans Courrier international du 30 juin 2005

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Mario Azevedo, Emmanuel Nnadozie et Tomé Mbuia João, Historical dictionary of Mozambique, Scarecrow Press, Lanham, Md., 2003, LXVI-302 p. (ISBN 0-8108-3792-7)
  • (en) Malyn Newitt, A history of Mozambique, Indiana University Press, Bloomington ; Indianapolis (Ind.), 1995, 679 p. (ISBN 0-253-34007-1)
  • (fr) Philippe Gervais-Lambony, « Le Mozambique » dans L'Afrique du Sud et les États voisins, Armand Colin, 1997, p. 207-217
  • (fr) Georges Lory (sous la direction de), « Le Mozambique » dans Afrique australe, éditions Autrement, n°45 HS, avril 1990
  • (fr) José Magode, Pouvoir et réseaux sociaux au Mozambique : appartenances, interactivité du social et du politique : 1933-1994, Connaissances et savoirs, Paris, 2006, 648 p. (ISBN 2-7539-0033-7) (texte remanié d'une thèse de doctorat de Science politique, Lyon 2, 2003)
  • (fr) Eduardo Mondlane, Mozambique : de la colonisation portugaise à la libération nationale, L'Harmattan, Paris, 1979, 257 p. (ISBN 2-85802-104-X)
  • (fr) Alvaro do O'da Silva, Afrique australe, à la recherche d'une identité, éd. L'Harmattan, 1991, 185 p.
  • (fr) René Pélissier, Naissance du Mozambique : résistance et révoltes anticoloniales, 1854-1918, 1984, 2 vol., 883 p.
  • (pt) Alexandre A. Ferreira, Moçambique, 1489-1975, Prefácio, Lisbonne, 2007, 487 p. (ISBN 978-989-8022-04-2)
  • (pt) Amélia Neves de Souto, Guia bibliográfico para o estudante de história de Moçambique (200/300-1930), Universidade Eduardo Mondlane, Centro de estudos africanos, Maputo, 1996, XVIII-347 p.

Lien externe[modifier | modifier le code]

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