Panafricanisme

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Les couleurs panafricaines.

Le panafricanisme est une idée politique et un mouvement qui promeut et encourage la pratique de la solidarité entre les africains où qu'ils soient dans le monde[1].

Le panafricanisme est à la fois une vision sociale, culturelle et politique d'émancipation des africains et un mouvement qui vise à unifier les africains du continent et de la Diaspora africaine en une communauté africaine globale. Le cœur de son principe est la croyance que les peuples d'Afrique et de la Diaspora partagent une histoire et une destinée commune et que leur progrès social, économique et politique est lié à leur unité. Son objectif ultime est la réalisation d'une organisation politique intégrée de toutes les nations et peuples d'Afrique.

Le mot « panafricain » est apparu à la fin du XIXe siècle lors de la préparation de la Conférence panafricaine de 1900. Historiquement, l'idée se développe en réaction aux conséquences du démantèlement progressif de l'esclavage en Amérique. L'expansion du panafricanisme se retrouve dans les écrits et discours de quelques figures fondatrices, parmi lesquelles Edward Wilmot Blyden et Anténor Firmin. Au début du XXe siècle, d'autres figures telles que Benito Sylvain ou W. E. B. Du Bois contribuent à l'affirmation politique du projet panafricain. Avec la décolonisation, celui-ci prend une ampleur nouvelle et se retrouve incarné par des dirigeants tels que Kwame Nkrumah. Encore aujourd'hui, le panafricanisme s'exprime en Afrique comme dans les anciennes puissances coloniales dans les domaines politique, économique, littéraire ou encore culturel. La plus large organisation panafricaine aujourd'hui est l'Union africaine [2].

Aux origines du panafricanisme[modifier | modifier le code]

Le mouvement abolitionniste et ses conséquences[modifier | modifier le code]

L'abolition progressive de la traite et de l'esclavage[modifier | modifier le code]

Si on assiste à la fin du XVIIIe siècle aux premiers balbutiements de la lutte anti-esclavagiste, celle-ci ne devient une réalité qu'avec l'engagement de la Grande-Bretagne, certainement motivée par des raisons économiques. Celui-ci est premièrement textuel : un acte du 25 mars 1807 interdit la traite négrière sur tous les côtes et territoires d'Afrique. De théorique, cet engagement devient réel, et militaire : l'Amirauté britannique établit en 1815 une croisière de surveillance permanente des voies maritimes africaines, la West Africa Anti-Slavery Squadron. Sous l'impulsion de la « croisade » britannique, d'autres puissances occidentales à l'instar des États-Unis (1808) et des Pays-Bas (1814) suivent le mouvement d'abolition de la traite. Le congrès de Vienne (1815) aboutit à une déclaration de principe sur l'abolition de la part des principales puissances européennes : Autriche, Espagne, France, Grande-Bretagne, Portugal, Prusse, Russie et Suède. Quant à l'abolition de l'esclavage (à ne pas confondre avec la traite), elle est selon les régions plus ou moins tardive : 1848 en France, 1865 aux États-Unis et 1888 au Brésil pour citer quelques exemples.

Les esclaves libérés par les Britanniques, puis par d'autres puissances dans les premiers temps de l'abolition de la traite, deviennent le plus souvent des citoyens libres. Le nombre de ces Noirs libres augmente encore considérablement avec l'abolition de l'esclavage en Amérique. Cette augmentation donne lieu, dans les anciennes puissances esclavagistes, à une réaction en deux temps : l'élaboration d'un racisme « scientifique » et la déportation volontaire ou forcée de Noirs en Afrique.

Le développement d'un racisme « scientifique »[modifier | modifier le code]

Au XVIIIe siècle, le racisme s'exprimait dans le rapport utilitaire qu'entretenait le Blanc envers le Noir. C'est ainsi que le vicomte de Mirabeau, propriétaire d'une plantation, déclarait pendant la Révolution à l'Assemblée Nationale : « L'insouciance, la paresse et l'aversion au travail sont naturels aux habitants de l'Afrique. […] Si l'humanité m'ordonne d'améliorer le sort des nègres, la raison me commande de conformer leur esclavage ».

Avec la disparition progressive de la fonction servile des Noirs au XIXe siècle, un racisme basé sur de nouveaux arguments « scientifiques » prend son essor. Ses théoriciens multiplient les démonstrations tendancieuses fondées sur des observations et expériences anatomiques pseudo-scientifiques. En 1801, le médecin naturaliste Julien-Joseph Virey publie une Histoire naturelle du genre humain, dont voici quelques thèses: « La conformation du nègre se rapproche un peu de celle de l'Orang-Outan. Tout le monde connaît cet espèce de museau qu'ont les nègres, ces cheveux laineux, ces grosses lèvres si gonflées » « Tous ces caractères montrent véritablement une nuance vers la forme des singes, […] même sensible dans le moral. L'homme noir est né imitateur, comme le singe ; il reconnaît la supériorité intellectuelle du blanc. […] Ces habitudes annoncent une mollesse naturelle ou innée de l'âme ». Pour appuyer ses théories, Virey met en avant des travaux de dissection comparés de corps blancs et noirs portant sur divers aspects, tels que la couleur du sang ou la taille du cerveau. De nombreux naturalistes, à la suite de Virey, établissent une hiérarchie des groupes humains afin de justifier l'hégémonie politique et historique de « races pures » sur des races prétendues inférieures.

La création et l'indépendance du Liberia[modifier | modifier le code]

Le drapeau du Liberia, inspiré des couleurs américaines

Au début du XIXe siècle, un sentiment racial se développe donc dans la société occidentale, ce qui amène cette dernière à refuser la présence de noirs non serviles sur son sol et, dans le cas des États-Unis, au développement d'un mouvement de « blanchisation » de la population. C'est dans ce contexte qu'en 1816, le révérend Robert Finley et le pasteur Samuel John Mills créent l'American Colonization Society, organisation ayant pour but le transport des « Nègres » libres en Afrique. L'argument principal de Mills et de Finley pour promouvoir leur entreprise est l'amélioration des conditions de vie des Noirs. Il s'agit en fait d'un projet d'exclusion, mais également d'un projet civilisateur destiné à repeupler l'Afrique de Noirs « adoucis par la force de la religion ». De nombreux « Nègres » libres s'opposent à ce projet, notamment à Philadelphie où une assemblée dénonce une « tentative de souiller ignoblement la réputation des gens de couleur libres en déclarant qu'ils sont une partie de la communauté dangereuse et inutile », refusant le « projet de colonisation des côtes de l'Afrique » proposé par Finley et Mills.

Ayant finalement obtenu une autorisation gouvernementale pour organiser une colonie en Afrique, l'American Colonization Society envoie en mars 1820 trente familles de « Nègres » libres sur l'Ile Sherbo, située au sud-est de Freetown dans la colonie britannique du Sierra Leone. Suite à l'échec de l'expédition, l'ACS s'installe en 1822 au Cap Mesurado, où elle fonde Monrovia, actuelle capitale du Liberia. Dans les années suivantes, les gouvernements fédéraux de nombreux Éétats participent au financement du projet ou établissent d'autres colonies sur les côtes du Liberia. Après la constitution d'un Commonwealth du Liberia, les différentes colonies s'unissent et le pays obtient son indépendance en 1846. En 1900, le Liberia compte 20 000 descendants d'Afro-Américains et environ un million d'Africains.

Les déportations d'esclaves au Brésil[modifier | modifier le code]

Le mouvement d'émigration africaine depuis le continent américain est également présent dans une moindre mesure et sous une autre forme au Brésil. Face à l'intensification des insurrections serviles dans les années 1830, le gouvernement de Bahia déporte en effet 148 esclaves dans le golfe de Guinée en mars 1835. Cette mesure a des conséquences directes sur plusieurs centaines d'Afro-brésiliens qui demandent volontairement dans les années suivantes leur retour sur les côtes africaines.

Les résistances[modifier | modifier le code]

Edward Wilmot Blyden, théoricien du panafricanisme[modifier | modifier le code]

Edward Wilmot Blyden

Edward Wilmot Blyden naît le 3 août 1832 à Saint-Thomas dans une famille de Nègres libres. Refusé dans les années 1840 par le Rutger's Theological College, il fréquente par la suite un cercle de presbytériens proches de l'American Colonization Society qui le convainquent de poursuivre ses études au Liberia. Dans les années 1860, fort de ses excellents résultats, Blyden est nommé commissaire du gouvernement du Liberia pour les États-Unis. Dès lors, il élabore toute une campagne de propagande pour promouvoir l'émigration au Liberia des Noirs libres des États-Unis. Son œuvre intellectuelle et idéologique est très prolifique, et Blyden exprime de nombreuses idées durant ses conférences et ouvrages, aujourd'hui considérées comme fondatrices du Panafricanisme. Blyden a intérêt à ce que la situation des Noirs en Amérique ne s'améliore pas afin de les motiver à émigrer au Liberia. Il n'est donc pas publiquement opposé à la ségrégation aux États-Unis car selon lui la place des Noirs est en Afrique. Au Liberia, « le Noir reprend sa place », dans sa « terre natale ». Concernant le développement du racisme dans l'anthropologie, Blyden écrit que les races humaines sont « distinctes mais égales ». Il critique systématiquement dans ses conférences l'existence de concepts dévalorisants tels que ceux de « Despised Race » ou de « Dark Continent » et invite ses semblables à corriger ces représentations falsifiées[réf. nécessaire].

Dans deux de ses articles, « A Voice from Bleeding Africa » et « A Vindication of the Negro Race », Blyden rend hommage à plusieurs personnalités noires célèbres, telles que Toussaint Louverture et Paul Cuffe. Il veut ainsi revaloriser l'histoire des Noirs et montrer à tous leur importance dans le monde. Blyden rappelle également le rôle de l'Afrique comme le « berceau de la civilisation », le « conservatoire du monde ». Lors de son séjour en Égypte (1866), Blyden s'émerveille de son passé millénaire. Dans un discours prononcé aux États-Unis en 1882, Blyden évoque ses lectures d'Hérodote, qui écrit que les égyptiens ont « la peau noire et les cheveux laineux » et sont « les plus grands hommes » civilisateurs du monde. En 1872, Blyden lance un journal intitulé The Negro, nommé ainsi dans un souci d'unification de tous les Africains, esclaves affranchis et indigènes, et visant « à reconnaître et à accroître la fraternité de la race, partout où elle se trouve ». Blyden cherche également à construire un modèle nègre, en opposition au modèle occidental : « le Nègre est inconsciemment persuadé que pour être un grand homme, il doit être comme l'homme blanc ». Il invite ceux qu'il considère comme ses semblables à « ne pas s'effacer » devant le Blanc et espère pour eux qu'ils finiront par « développer leurs capacités d'Africains »[réf. nécessaire].

L'action politique d'Anténor Firmin[modifier | modifier le code]

Anténor Firmin

Anténor Firmin est une autre figure idéologique et politique du panafricanisme. Il occupe entre les années 1880 et 1900 une place importante dans la politique de son pays, Haïti. Pour Firmin, l'établissement d'un ordre politique et social à Haïti doit « servir la réhabilitation de l'Afrique ». Sa vision politique dépasse donc le cadre national. Chargé de la diplomatie et des finances par le général Florvil Hyppolite entre 1889 et 1891, il s'illustre dans l'affaire du Môle-Saint-Nicolas qui oppose Haïti au gouvernement des États-Unis. Le président William Henry Harrison envoie en effet en janvier 1891 des navires armés devant Port-au-Prince afin de forcer la main au gouvernement haïtien dans le cadre d'une tentative d'occupation du Môle-Saint-Nicolas, où il compte installer une station navale américaine. Anténor Firmin affirme son refus, et sa victoire diplomatique est saluée par la population.

Le legs principal de Firmin à la pensée panafricaine reste un ouvrage publié en 1885, De l'égalité des races humaines, dans lequel il développe des arguments opposés à ceux de Gobineau, qui publiait dans les années 1850 son Essai sur l'inégalité des races humaines. Partisan de « l'unité de l'espèce humaine », Firmin s'applique à évaluer la notion de « race » : « l'idée de race, déjà moins claire quand il s'agit des animaux, devient obscure, vague, trompeuse quand elle est appliquée à l'homme ». Sur la question de la classification des races, Firmin considère « qu'aucune différence radicale et typique, aucun principe de division naturelle ne régit de tels groupes ». Il explique, à l'aube de la colonisation du continent africain, que « la doctrine pseudo-scientifique de l'inégalité des races ne repose que sur l'idée de l'exploitation de l'homme par l'homme ». La pensée de Firmin marque une étape déterminante ; il est le premier Noir à s'affranchir totalement de la doctrine anthropologique occidentale. Il prône également l'autonomie et la souveraineté des Noirs. Il considère « l'évolution satisfaisante de la nation haïtienne » comme une responsabilité nationale afin de démontrer « les aptitudes du Noir à se gouverner ou à s'élever dans les hautes sphères de la civilisation ».

Le cas de l'Éthiopie[modifier | modifier le code]

Ménélik II

Les résistances de Ménélik II aux tentatives d'invasion italiennes et son succès lors de la bataille d'Adoua en 1896 ont donné à l'Éthiopie une place privilégiée dans la formation de la pensée panafricaine. En 1893, face aux prétentions italiennes, Ménélik II déclare : « L'Éthiopie n'a besoin de personne, elle tend les mains vers Dieu ». Le terme « Éthiopie » définissant à la fois le pays et le continent africain, de nombreux panafricains utilisent par la suite cette citation comme devise au XXe siècle. L'attirance des panafricains pour l'Éthiopie s'explique également par la volontés de ceux-ci, à l'instar d'Edward Blyden, de mettre en avant la lumineuse histoire du continent Africain. L'Éthiopie est en effet une des plus anciennes zones de peuplement humain, et la première forme étatique éthiopienne est attestée depuis le VIIIe siècle avant Jésus-Christ.

Benito Sylvain, natif de Port-au-Prince et figure majeure de la Conférence panafricaine de 1900, entretient avec l'Éthiopie des liens étroits. Fondateur du journal La Fraternité, Organe de Défense des Intérêts d'Haïti et de la Race noire, il devient en 1893 enseigne de vaisseau de la Marine de Guerre haïtienne. En 1897, il se rend à Addis-Abeba, voyage qu'il entreprend afin de voir de ses yeux « le Négus Ménélik, dont les magnanimes vertus font réellement honneur, non seulement à la race noire, mais encore à l'humanité tout entière ». Ayant obtenu une audience avec l'Empereur, il lui parle longuement d'Haïti et de la situation des Noirs aux Caraïbes et en Amérique. Lors de rencontres ultérieures, il fait part au Négus de ses inquiétudes concernant les volontés impérialistes de la France, de l'Angleterre et de l'Italie sur le territoire éthiopien, et lui conseille de moderniser son armée. Plus tard, il s'entretient avec lui sur la question de l'esclavage en Éthiopie, subsistant malgré les interdictions du Négus, et qui préoccupe les Haïtiens. À la question de Ménélik : « Les Noirs d'Amériques s'intéressent donc à ce point à l'Afrique ? », Benito Sylvain répond « Le mouvement n'est pas encore général, mais il s'étend de plus en plus ».

La mise en place du projet panafricain[modifier | modifier le code]

La Conférence panafricaine de 1900[modifier | modifier le code]

La Conférence panafricaine de Londres se tient dans un climat de racisme exacerbé, de crises économiques et sociales et de la conquête progressive des territoires africains par les puissances occidentales. La question coloniale divise les socialistes européens : certains y voient un processus « inévitable et fatal », d'autres tels que Lénine s'y opposent fermement. Une solution à ce contexte de crise pour le monde africain semble s'imposer à Anténor Firmin, Benito Sylvain et leurs contemporains : s'unir et s'organiser afin de résister.

Origines et organisation du rassemblement[modifier | modifier le code]

Plusieurs personnalités ont revendiqué avoir été les inspirateurs de la Conférence panafricaine. Benito Sylvain a lui souligné son influence, qu'il exerça en tant que délégué général de l'Association Panafricaine. En 1896, Sylvain adresse une lettre à Anténor Firmin et lui fait part de son idée de réunir un Congrès panafricain à l'Exposition universelle de Paris. Firmin, dans sa réponse, exprime « un vif intérêt » pour ce projet, et souligne l'importance du facteur colonial : « l'ont peut, sans être prophète, prédire que toute la politique de la première moitié du XXe siècle, au moins, sera dominée par les questions coloniales ». En 1897, Benito Sylvain, de retour d'Éthiopie, rencontre à Londres Booker T. Washington et, ensemble, ils adhèrent à l'Association Africaine fondée par Henry Sylvester Williams, instituteur né en 1869 à Trinité et résidant depuis 1896 en Angleterre.

L'Association Africaine, à sa création, se donnait pour objectif principal « d'encourager un désir d'unité et de faciliter des relations amicales entre Africains en général, de promouvoir et de protéger les intérêts de tous les sujets proclamant leur descendance africaine ». C'est au sein de ce milieu associatif que se déroulent les préparatifs de la première Conférence panafricaine, que Henry Sylvester Williams nomme en référence aux mouvements unificateurs panslaves et pangermaniste.

La Conférence se tient lors des 23, 24 et 25 juillet 1900 au Westminster Hall de Londres. Ses participants sont des notables Noirs (hommes politiques, avocats, médecins, instituteurs) originaires des Caraïbes, des États-Unis, du Canada, d'Afrique et du Royaume-Uni. Une organisation permanente est fondée, et avec elle des membres en fonction pendant deux ans chargés d'organiser le prochain rassemblement.

Les résolutions de la Conférence[modifier | modifier le code]

La résolution principale de la Conférence est une Adresse aux Nations du Monde adoptée à l'unanimité. Elle comporte divers points :

  • La couleur et la race ne doivent plus êtres des « critères de distinction » entre les noirs et les blancs
  • Les libertés des « indigènes d'Afrique » doivent être respectées, au même titre que leur droit d'accéder aux « voies du progrès et de la culture »
  • Les missions chrétiennes ne doivent plus être le prétexte de « l'exploitation économique et l'effondrement politique des nations les moins développées »
  • La nation britannique doit accorder « les droits dignes d'un gouvernement responsables aux colonies noires d'Afrique et des Indes Occidentales »
  • Les États-Unis doivent octroyer aux Noirs-Américains « le droit de vote, la sécurité des personnes et la propriété »
  • Les colonies françaises, allemandes et belges doivent se souvenir que leur richesse réside dans la « prospérité », le « progrès » et le « bonheur » du peuple noir
  • Les puissances impérialistes doivent respecter « l'intégrité et l'indépendance » de l'Éthiopie, du Liberia et d'Haïti

Le texte final de la Conférence comporte également un passage destiné « A sa Gracieuse Majesté, Reine de la Grande-Bretagne et de l'Irlande, Impératrice de l'Inde », implorant son attention envers « la situation alarmante des autochtones en Afrique du Sud ». Les revendications des signataires portent notamment sur le travail forcé, le droit de vote, le droit à la propriété et les différentes lois de ségrégation telles que « le couvre-feu, l'interdiction de marcher sur les trottoirs et l'utilisation de transports publics séparés ».

Les Congrès panafricains de l'entre-deux guerres[modifier | modifier le code]

L'Adresse aux Nations du Monde de la Conférence de 1900 est rédigée sous la direction de William Edward Burghardt Du Bois. Celui-ci devient, dans les décennies suivantes, la figure principale autour de laquelle sont organisés les rassemblements relatifs au mouvement panafricain.

Le Congrès de Paris de 1919[modifier | modifier le code]

Largement financé par les Afro-américains, la réunion parisienne de 1919 est la seconde rencontre des Africains du monde mais la première à porter le nom de « Congrès ». Le choix de Paris se justifie par la réunion, au même moment, de la conférence de la paix chargée de décider de l'avenir des colonies allemandes. L'accord des autorités françaises est obtenu avec l'appui de Blaise Diagne, premier député noir du Sénégal élu en 1914, alors chargé des recrutement de soldats en Afrique. Le congrès réunit 57 délégués originaires de quinze pays : États-Unis (16), colonies françaises (13), Haïti (7), France (7), Liberia (3), colonies espagnoles (2), Éthiopie, colonies portugaises, Congo Belge, Égypte, Saint-Domingue. Ils y expriment les revendications suivantes :

  • L'établissement d'un code législatif international pour la protection des indigènes d'Afrique, « semblable au projet de code international du travail »
  • La garantie de la part des puissances coloniales de nombreux principes de gouvernement relatifs aux indigènes africains : l'accès à la terre, la juste répartition des ressources capitalistes de l'État, l'abolition du travail forcé et des châtiments corporels, l'accès à l'éducation et la participation des africains au gouvernement de l'État

La scission entre radicaux et modérés[modifier | modifier le code]

Blaise Diagne

Si les résolutions prises à Paris en 1919 condamnent les abus de la colonisation, elles ne condamnent pas son principe, par soucis de compromis avec les autorités occidentales. Les résolutions du Congrès ne font ainsi pas l'unanimité chez les représentants africains. Organisé successivement dans trois capitales impériales différentes, Londres, Bruxelles et Paris en 1921, le second Congrès panafricain est ainsi marqué par des divergences, qui conduisent à une rupture.

À la session de Londres (27-29 août), les congressistes en grande majorité anglophone adoptent le Manifeste de Londres, qui revendique notamment « la reconnaissance des hommes civilisés comme étant civilisés indépendamment de leur couleur et de leur race » et « la restitution de l'ancienne propriété commune de la Terre et de ses richesses et défenses naturelles contre l'avidité sans limites des investissements capitalistes ». À la session de Bruxelles (30 août-2 septembre) sont présents, en plus de Noirs des colonies, des missionnaires et membres de l'administration coloniale, qui contribuent à modérer le débat. Une rupture essentielle se produit entre W.E.B. Du Bois et Blaise Diagne, ce dernier rejetant Le Manifeste de Londres qu'il considère d'essence communiste. À la session de Paris (4-5 septembre), Blaise Diagne et Gratien Candace (député de la Guadeloupe) font l'apologie de la politique coloniale de la France. Au contraire, W.E.B. Du Bois y défend en priorité l'accession au pouvoir des Africains, seule garantie selon lui capable d'assurer la « sécurité » des Noirs de « n'importe quelle partie du monde ». Il y critique également la politique d'assimilation française qu'il analyse comme le renforcement de l'exploitation des africains et des antillais.

Panafricanisme et communisme[modifier | modifier le code]

W. E. B. Du Bois

W.E.B. Du Bois organise presque à lui seul les deux derniers Congrès panafricains. Le troisième congrès, tenu à Londres (7-8 novembre) et à Lisbonne (1-2 décembre) en 1923, adopte des résolutions inédites, dont voici une liste non-exhaustive :

  • Le développement de l'Afrique « au profit des Africains »
  • La représentation des Noirs à la Société des Nations et dans l'Organisation internationale du travail
  • L'indépendance et l'élargissement de l'Égypte jusqu'au Soudan
  • L'extension du statut de citoyen dans les colonies françaises
  • La fin des recrutements forcés de travailleurs dans les colonies portugaises
  • La fin de l'exploitation du Congo
  • L'émancipation d'Haïti, du Liberia et de l'Éthiopie de la tutelle économique des compagnies monopolistes affiliées aux puissances capitalistes

Les deux derniers points montrent bien le rapprochement entre le mouvement panafricain et les théories communistes. Quelques mois avant le quatrième Congrès, en février 1927, se tient la réunion de la Ligue contre l'impérialisme et pour l'indépendance nationale. Attirant près de 180 participants venus du monde entier, parmi lesquels Albert Einstein ou Jawaharlal P. Nehru, elle se réunit pour réfléchir à la mise en place d'une politique préconisée par Lénine visant à l'association des communistes et des mouvements nationalistes dans les colonies. « La question noire » y est traitée et la réunion adopte une résolution visant à « libérer la race nègre partout dans le monde ». C'est en conséquence qu'au quatrième Congrès panafricain organisé à New-York (21-24 août) en 1927, W.E.B. Du Bois exprime son assentiment à la politique menée par les communistes russes à l'égard des mouvements nationalistes.

Associations et mouvements panafricains[modifier | modifier le code]

Marcus Garvey

En parallèle de ces quatre congrès qui ne réunissent qu'un nombre très réduit de participants, de nombreux mouvements (associations, revues...) contribuent à enraciner l'idée panafricaine.

Marcus Garvey est une figure principal de ces mouvements panafricains adressés aux masses. En 1914, il fonde l'Universal Negro Improvement and Conservation Association and African Communities League (UNIA). En 1918, il donne naissance au journal The Negro World, dont les articles sont écrits en anglais, en français et en espagnol pour toucher les Noirs du monde entier. Au Liberty Hall d'Harlem en 1920, Garvey déclare devant 25000 personnes sa « Déclaration des Droits des Peuples Nègres du Monde ». À la différence de l'orientation socialiste et des méthodes élitistes de W.E.B. Du Bois, qui le considère comme un utopiste et un activiste violent, Marcus Garvey s'adresse aux masses et veut voir émerger des capitalistes noirs capables de rivaliser avec leurs homologues occidentaux. Parmi les actions politiques surprenantes de Garvey figurent la proclamation d'un Empire africain ou encore son auto-proclamation comme « Président provisoire de l'Afrique ».

En France, la Ligue universelle pour la défense de la race noire (LUDRN) est fondée en 1924 par Tovalou Houénou (1887-1936), dandy parisien issu de l'aristocratie du royaume de Dahomey. Ses positions radicales, inspirées de Marcus Garvey, et son opposition à Blaise Diagne, considéré comme le collaborateur des intérêts français, lui valent une condamnation en justice qui anéantit son association. Ses idées radicales sont reprises par Lamine Senghor, qui fonde en 1926 le Comité de Défense de la Race Nègre, continué après sa mort en 1927 par Tiemoko Garan Kouyaté.

La Grande-Bretagne et ses colonies sont aussi un intense foyer d'activisme panafricain. Dans les premières décennies du XXe siècle, de nombreuses organisations, principalement étudiantes voient le jour. C'est le cas de la Union for Students of African Descent et de la Gold Coast Student's Union. Les membres de ces mouvements se retrouvent fédérés dans la West African Students Association (WASU), créée en 1925. Recrutant principalement en Gold Coast, au Nigeria et en Sierra Leone, la WASU compte plus de 250 membres en 1939. Très active sur le terrain, son action est entravée par les administrations coloniales.

En Afrique du Nord, l'agitation nationaliste conduit également à la formation de mouvements anticolonialistes. En parallèle des victoires d'Abd el-Krim au Maroc contre les français et les espagnols pendant la guerre du Rif, l'Étoile Nord-Africaine (ENA) est créée en 1926. Sous l'impulsion de Messali Hadj, l'ENA mobilise les travailleurs du nord de l'Afrique en leur promettant l'émancipation et l'unité du Maghreb. En outre, elle s'associe aux mouvements panafricains pour manifester contre l'invasion fasciste de l'Éthiopie. Cette invasion politise encore plus le panafricanisme puisqu'elle révèle l'hypocrisie des puissances occidentales, celles-ci abandonnant l'Éthiopie au joug de l'impérialisme italien. L'empereur Haïlé Sélassié, en exil à Londres, devint dès lors une figure prestigieuse et rayonnante du panafricanisme.

La réalisation du projet panafricain[modifier | modifier le code]

À partir de 1945, les mouvements intellectuels, politiques, sociaux et culturels liés au panafricanisme s'accélèrent. Leur centre de gravité bascule des métropoles occidentales vers le cœur même du continent africain. Les idées panafricaines s'inscrivent de plus en plus dans la réalité. Si elles se limitent avant la guerre à un petit cercles d'intellectuels coloniaux, leur assise politique et sociale s'élargit désormais vers de nouveaux groupes sociaux.

Le Congrès de Manchester (1945)[modifier | modifier le code]

Kwame Nkrumah

Le Congrès de Manchester est le dernier rassemblement panafricain réuni à l'extérieur de l'Afrique. En plus de l'émergence d'une nouvelle génération de dirigeants, il marque la politisation effective du mouvement et de nouvelles résolutions prise en accord avec les velléités d'indépendance des territoires africains. Il est organisé entre autres par George Padmore, Kwame Nkrumah et W. E. B. Du Bois. Nkrumah s'affirme comme le nouveau leader du mouvement panafricain, auquel il apporte une dimension nouvelle, plus militante, et centrée sur les classes populaires. À propos du rassemblement de Manchester, Nkrumah déclarera plus tard qu'il oublia volontairement « les aspirations gradualistes des classes moyennes et intellectuels africains » en exprimant « la volonté d'indépendance solide et réaliste des travailleurs, syndicalistes, fermiers et paysans qui furent représentés de manière décisive à Manchester ». Parmi les différentes revendications du Congrès figurent :

  • L'abolition des lois foncières autorisant à enlever leurs terres aux Africains
  • Le droit pour les Africains de développer les ressources économiques de leur pays sans entrave
  • L'abolition de toutes les lois de discrimination raciale
  • La liberté de parole, de presse, d'association et d'assemblée
  • L'éducation obligatoire et gratuite, l'installation d'un service de santé et d'aide sociale pour tous
  • Accorder le droit de vote à tous les hommes et femmes de plus de 21 ans
  • L'abolition du travail forcé et l'introduction du principe de salaire égal à travail égal

Le militantisme panafricain[modifier | modifier le code]

Le temps des rassemblements[modifier | modifier le code]

Kwame Nkrumah est le premier à constituer une grande formation politique panafricaine en reprenant un ancien projet d'union ouest-africaine. En décembre 1945, il crée le West African National Secretariat (WANS) et voyage en Grande-Bretagne et en France, où il rencontre les nouveaux élus africains tels que Sourou Migan Apithy, Lamine Guèye, Félix Houphouët-Boigny et Léopold Sédar Senghor. Le WANS organise une « Conférence ouest-africaine » qui affirme « l'indépendance complète et absolue des peuples d'Afrique occidentale » comme « l'unique solution » aux problèmes soulevés par la domination coloniale. Nkrumah et son organisation sont ouvertement accusés d'être communistes dans les métropoles occidentales. L'action du WANS est par ailleurs ralentie par le retour de Kwame Nkrumah au Ghana, dont il devient le chef du gouvernement en 1951 et où il organise le Congrès Panafricain de Kumasi en décembre 1953.

Les mêmes aspirations militantes donnent naissance en Afrique française au Rassemblement démocratique africain (RDA), constitué dans un contexte différent de celui des colonies britanniques puisque le parlement français était alors le seul à comprendre des élus africains. L'initiative du rassemblement vient d'une partie de ces élus qui signent le Manifeste du Rassemblement africain, dans lequel ils expriment le « refus historique de soumission du Nègre ». Liés aux partis d'extrême-gauche français, ces élus africains envisagent une transformation radicale de la société et l'entrée dans une « union librement consentie » avec le peuple français. La SFIO et le MRP condamnent fermement leur projet ; affiliés à ceux-ci, Léopold Sédar Senghor et Lamine Guèye boycottent en conséquence le congrès de Bamako (19-21 octobre 1946) qui donne naissance au Rassemblement démocratique africain.

L'effervescence intellectuelle et politique des milieux francophones[modifier | modifier le code]

Alioune Diop

En 1947 paraît à Paris le premier numéro de la revue Présence africaine, animée par le jeune intellectuel sénégalais Alioune Diop. La revue s'attache à parler des larges problèmes de l'identité africaine, liés à la longue durée de l'esclavage et de la colonisation et aux relations avec le communisme dans le contexte de la guerre froide. À partir des années 1950, la revue s'intéresse de plus en plus à la politique et donne la parole à de jeunes étudiants parmi lesquels Cheikh Anta Diop, Joseph Ki-Zerbo ou Abdoulaye Wade. En parallèle, de nombreux hommes politiques français rompent leurs liens avec le Parti communiste français ; c'est le cas de Félix Houphouët-Boigny en 1950 et d'Aimé Césaire en 1956.

Alioune Diop fonde également la Société africaine de culture, qui réunit du 19 au 22 septembre 1956 le premier Congrès des Écrivains et Artistes Noirs à La Sorbonne. Celui-ci réunit des intellectuels venus d'AEF, d'AOF, d'Angola, des Antilles françaises, du Cameroun, du Congo belge, d'Haïti, de Jamaïque, de Madagascar, du Mozambique, du Nigeria, du Sierra Leone, du Togo, de l'Union sud-africaine, et d'anciennes puissances esclavagistes telles que le Brésil et les États-Unis. Parmi ces invités, venus débattre des problèmes culturels et civilisationnels liés au racisme et au colonialisme, se trouvent Jean Price Mars, Richard Wright, Aimé Césaire ou encore Jacques Rabemananjara.

Cette effervescence intellectuelle contribue à radicaliser la jeunesse africaine, notamment en France où elle est de plus en plus nombreuse à venir étudier. C'est ainsi que la FEANF est créée en décembre 1950 à Bordeaux. Ayant pour objectif d'organiser la solidarité entre les étudiants africains, elle prend également des positions politiques sur la question coloniale et contribue notamment à la revue Présence africaine. C'est également dans sa revue dédiée, L'Étudiant d'Afrique Noire, que ses membres mènent une réflexion de caractère théorique et politique sur les enjeux de la question des sociétés africaines et de leur devenir après leur accession à la souveraineté.

À la fin des années 1950, l'action des hommes politiques et intellectuels africains francophones se manifeste par la création inédite de syndicats indépendants des formations occidentales et prétendant représenter l'ensemble des Africains. En avril 1956, Ahmed Sékou Touré fonde la Confédération générale des travailleurs d'Afrique (CGTA). En janvier 1957, les délégués syndicaux de toute l'Afrique française se réunissent à Cotonou et fondent l'Union générale des travailleurs d'Afrique noire (UGTAN) dont le but est « d'organiser tous les travailleurs africains dans l'unité et de coordonner l'action de l'ensemble des organisations syndicales africaines dans la lutte contre le régime colonial et toutes les formes d'oppression et d'exploitation de l'homme par l'homme, pour la défense de leurs revendications économiques et sociales, la légitime affirmation de la dignité humaine du travailleur africain et l'émancipation complète des populations autochtones »

L'indépendance du Ghana et ses conséquences[modifier | modifier le code]

Patrice Lumumba

Le processus d'union africaine est fortement dynamisé par la proclamation de l'indépendance du Ghana de Kwame Nkrumah, qui survient le 6 mars 1957. Dans son discours, Kwame Nkrumah rappelle que « l'indépendance du Ghana n'a pas de sens si elle n'est pas liée à la libération totale de l'Afrique ». Le 15 avril 1958, la Conférence des États Indépendants d'Afrique se réunit à Accra, la capitale ghanéenne, et réunit les délégués des huit puissances africaines déjà souveraines (Égypte, Libye, Maroc, Tunisie, Éthiopie, Ghana, Liberia et Soudan). Le 28 septembre 1958, la Guinée devient indépendante et donne à Nkrumah et Sékou Touré l'occasion de fonder l'Union Ghana-Guinée. En décembre de la même année, Accra accueille la Conférence des Peuples Africains. Celle-ci, réunissant de nombreux dirigeants des partis et mouvements nationalistes africains, conforte la plupart de ces derniers, à l'instar de Patrice Lumumba, dans l'intransigeance de leur anticolonialisme. On peut donc lier la conférence d'Accra et l'accélération de la décolonisation qui a lieu dans les années suivantes, avec notamment l'indépendance de la République démocratique du Congo en 1960.

 Ailleurs en Afrique, le climat politique de la fin des années 1950 est favorable à la concrétisation politique du panafricanisme. En juillet 1958 à Cotonou, Léopold Sédar Senghor accueille en tant que dirigeant du Parti du regroupement africain de nombreux délégués de l'Afrique française afin de conforter ses positions panafricaines et fédéralistes. La même année, les mouvements nationalistes de pays tels que le Kenya, l'Ouganda ou encore le Mozambique se retrouvent à Mwanza au Tanganyika afin de donner naissance au Mouvement pan-africain pour l'Afrique orientale et centrale.

 Néanmoins, de nombreuses divergences ralentissent le mouvement de l'union africaine. On distingue parmi les dirigeants africains des « radicaux » et des « modérés », d'une part les adeptes d'une rupture socialiste avec le monde occidental, d'autre part les partisans d'un maintien de relations pacifiques avec les États capitalistes. Identifié comme le courant le plus radical du panafricanisme, le Ghana de Kwame Nkrumah continue sa lutte en convoquant en décembre 1962 un Congrès des africanistes réunissant des savants spécialistes de l'Afrique du monde entier. C'est dans ce contexte de divisions internes que la Conférence Internationale des États indépendants d'Afrique, organisée à Addis-Abeba en 1962, consacre la position des « modérés ». Marquée par les discours d'Haïlé Sélassié, Kwame Nkrumah et Patrice Lumumba, elle donne lieu à la création de l'Organisation de l'unité africaine (OUA). Celle-ci comprend « les États africains continentaux, Madagascar et les autres îles voisines de l'Afrique ». Elle se donne pour objectif de « renforcer l'unité et la solidarité des États africains », de « défendre leur souveraineté », d'éliminer « sous toutes ses formes » le colonialisme et enfin de « favoriser la coopération internationale ». Réunie à Accra en 1965, l'OUA adopte une « Déclaration sur la subversion » qui interdit l'intervention d'un État africain dans les affaires d'un autre. Cette déclaration provoquera par la suite de nombreux désaccords, notamment sur la question du dialogue avec le régime de l'apartheid sud-africain.

La coopération culturelle et scientifique inter-africaine[modifier | modifier le code]

Léopold Sédar Senghor

Les désaccords d'ordre politique sont compensés dans les décennies suivantes par un essor du panafricanisme sur les plans culturels et scientifiques.

Grand théoricien de la question de la négritude, Léopold Sédar Senghor organise le Premier Festival mondial des Arts nègres, tenu à Dakar en avril 1966. Si le rassemblement sénégalais se limite aux « arts nègres », le Festival panafricain d'Alger organisé en juillet 1969 étend lui le questionnement cultuel à l'ensemble du continent et pose les bases d'une politique culturelle africaine à l'échelle continentale. Il comporte un certain nombre de propositions dont certaines impliquent l'action de l'OUA. D'autres propositions cherchent à dynamiser l'alphabétisation massive des africains, l'élaboration d'une encyclopédie du continent africain, la création d'institutions culturelles telles qu'un Institut panafricain du Cinéma ou encore la protection de la propriété intellectuelle des africains. Dans la continuité du Festival d'Alger, le second Festival mondial des Arts et de la Culture nègres et africains réunit à Lagos en 1977 plus de 700 délégués africains autour du thème « civilisation noire et éducation ».

D'autres rencontres à l'orientation plus artistique que politique réunissent de nombreux artistes : c'est le cas de la Semaine du Cinéma africain en 1969, qui devient en 1972 le Festival Panafricain du Cinéma de Ouagadougou, ou encore du Festival Panafricain de Musique organisé à Brazzaville et à Kinshasa. Dans les années 1980 se multiplient les rencontres à caractère scientifique : c'est ainsi que les conférences jumelles de Brazzaville et Kinshasa en avril 1985 réunissent de nombreux savants et historiens chargés d'examiner le poids du siècle passé sur le devenir de l'Afrique et de déterminer les choix politiques les plus indiqués en vue de son développement.

Les thèmes panafricains se manifestent également dans les œuvres culturelles d'artistes noirs originaires des anciennes puissances esclavagistes, à l'image des jamaïcains Bob Marley ou Peter Tosh. L'adhésion de Bob Marley au mouvement rastafari, inspiré de la figure d'Haïlé Sélassié, contribua, grâce à la renommée internationale de l'artiste, à diffuser largement ce courant de pensée. À l'image d'un Benito Sylvain des temps modernes, il reviendra transformé de son premier voyage en Éthiopie et enregistrera à cette occasion l'album Survival. La face de la pochette de son septième album présente les drapeaux de nombreux pays africains[3] ; au dos, on peut y lire une citation de Marcus Garvey. En outre, l'album comporte un titre nommé « Africa Unite ».

Le panafricanisme aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Les idées récurrentes d'union continentale et de « développement de l'Afrique pour les Africains » chères aux différentes figures du panafricanisme ont été réactualisées avec la constitution de l'Union Africaine et l'adoption du NEPAD. Elles sont également alimentées dans le domaine culturel, notamment en France et aux États-Unis au sein des mouvements hip-hop.

Dans les domaines politiques et économiques[modifier | modifier le code]

L'Union africaine[modifier | modifier le code]

L'emblème de l'Union Africaine

L'acte constitutif de l'Union africaine, créée en 2002 à Durban, a été signé par tous les chefs d'État de tous les pays membres de l'Organisation de l'Unité Africaine (OUA). Inspirés par « les Pères fondateurs » de l'OUA et par « des générations de panafricanistes », ces dirigeants se donnent entre autres les objectifs suivants : l'unité et la solidarité des pays d'Afrique, la défense de l'intégrité et de la souveraineté de ces pays, l'accélération de l'intégration politique et socio-économique du continent et de la recherche scientifique et technologique, la promotion internationale des « positions africaines communes » et enfin l'harmonisation et la coordination des politiques économiques régionales.

La constitution de l'Union africaine comporte également de nombreux principes tels que l'égalité entre les États membres, le respect des frontières, le règlement pacifique des conflits, la condamnation des changements anticonstitutionnels de gouvernement ou encore le droit des États membres à solliciter l'intervention de l'Union pour restaurer la paix et la sécurité. L'Union Africaine est également dotée d'organes exécutifs, parmi lesquels un Parlement panafricain et une Cour de Justice. Sa constitution est écrite dans les quatre langues majoritaires du continent : l'arabe, l'anglais, le français et le portugais.

Le NEPAD[modifier | modifier le code]

Abdelaziz Boutelfika, l'un des initiateurs du NEPAD

Le Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD) a vu le jour en 2001, de la fusion du Plan Oméga et du Plan MAP. Il s'agit d'un projet économique sous tutelle de l'Union Africaine depuis 2007 et visant, selon son programme fondateur, à « éradiquer la pauvreté » et placer les pays africains « sur la voie d'une croissance et d'un développement durables ». L'Afrique du Sud, le Sénégal, l'Algérie, l'Égypte et le Nigeria y jouent un rôle de premier plan compte tenu de leur richesse. Le NEPAD vise entre autres à mettre en place « une nouvelle relation de partenariat entre l'Afrique et la communauté internationale ». Le texte fondateur énumère les différentes sources de richesse du continent africain :

  • sa richesse minérale, pétrolière et gazière
  • la taille des forêts tropicales et la présence minime d'émissions de gaz à effet de serres qui font de l'Afrique un véritable « poumon écologique »
  • la variété de la faune et de la flore africaine
  • sa richesse culturelle, paléontologique et archéologique

 Le texte fondateur considère également que « l'appauvrissement du continent africain » est le fruit de « l'héritage du colonialisme, de la guerre froide » et des « rouages du système économique international ». Il considère les perspectives soulevées par la mondialisation et « les progrès dans le domaine des technologies de l'information et de la communication » comme positives pour l'Afrique et énonce diverses propositions :

  •  consolider les mécanismes de résolution des conflits au niveau national
  •  promouvoir la démocratie
  •  restaurer la stabilité macro-économique grâce à la rénovation des politiques monétaires et budgétaires et à l'installation de « cadres institutionnels adéquats »
  •  élargir les services d'enseignement et de santé
  •  promouvoir le rôle des femmes dans le développement socio-économique et politique
  •  renforcer les forces de l'ordre africaines
  •  promouvoir le développement de l'agriculture, de l'industrie et des manufactures au service des marchés locaux et de l'exportation

Les thèmes panafricains dans la culture urbaine occidentale[modifier | modifier le code]

Les nouvelles vagues d'immigration de l'Afrique vers les pays du Nord ont renforcé une diaspora récente sensible aux thèmes culturels et politiques du panafricanisme. Dans la continuité de l'œuvre de Bob Marley par exemple, les idées panafricaines s'expriment aujourd'hui dans la culture urbaine des anciennes colonies esclavagistes et des anciennes métropoles impérialistes. À la fin du XXe siècle et au XXIe siècle, le mouvement hip-hop, particulièrement fécond en France et aux États-Unis, est ainsi marqué par le panafricanisme.

Notes[modifier | modifier le code]

  • Il existe une autre interprétation du panafricanisme, l'afrocentrisme, qui s'appuie sur les travaux du scientifique sénégalais, Cheikh Anta Diop, notamment repris par Molefi Kete Asante, théoricien afrocentriste, afro-américain. Ce mouvement tente de réexaminer l'histoire de l'Afrique et sa diaspora d'un "point de vue africain" en s'opposant à l'eurocentrisme. Il s'agit d'un retour à des concepts dits traditionnellement africains et à la « culture africaine ». La civilisation égyptienne, ainsi que d'autres, sont alors considérées comme puisant leurs origines en Afrique.
  • Des départements d'études panafricaines existent dans de nombreuses universités d'Amérique du Nord depuis les années 1960. Ama Mazama, professeur antillaise y enseigne en Pennsylvanie, ainsi que Théophile Obenga professeur congolais y enseigne dans l'État de la Californie.

Symboles[modifier | modifier le code]

Un des symboles du panafricanisme est le poing de la gloire (Fist of Glory), le symbole du mouvement Black Power. Plusieurs groupes ont repris ce symbole, comme Otpor, en Europe de l'Est (il semblerait pourtant plutôt qu'Otpor se soit servi du poing fermé pour détourner ce symbole communiste antérieur). c'est la raison pour laquelle que le Mouvement Panafricain des Jeunes d'Afrique et de la Diaspora (le MOPJAD) a choisi ce symbole pour son logo le point fermé et levé tenat une chaine qui signifie que la révolution Africaine vient de commencer

Des couleurs seraient dites panafricaines : le vert, l'or et le rouge, couleurs provenant d'Éthiopie. On les retrouve aujourd'hui dans de nombreux drapeaux de pays africains.

Les couleurs rouge, noir et vert ont été déclarées couleurs officielles du peuple africain par l'UNIA (Universal Negro Improvement Association and African Communities League) en 1920.

Panafricains[modifier | modifier le code]

Médias[modifier | modifier le code]

Dans le domaine des médias ayant une vocation clairement panafricaine, on peut relever :

Références[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Gilbert Oloko, Le néo-panafricanisme, Panafrica Plus, 1991.
  • Oruno D. Lara, La Naissance du panafricanisme, Maisonneuve & Larose, 2000.
  • George Padmore, Panafricanisme ou Communisme? La prochaine lutte pour l'Afrique, Présence africaine, 2000.
  • Rémy Sim, Panafricanisme : les nouvelles perspectives, Éditions Nekhen, Londres, 2003.
  • Albert Hilbold, Lissia Jeurissen, Aggée-Célestin Lomo Myazhiom, Martial-Ze Belinga, « Panafricanisme : piège post-colonial ou construction identitaire non-blanche » dans Latitudes noires 2003-2004, Homnisphères, 2003.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Il existe une catégorie dédiée à ce sujet : Panafricanisme.