Empire byzantin

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Empire byzantin
Empire romain d'Orient
Imperium Romanum Orientale (la)

Βασιλεία Ῥωμαίων / Basileía Rhōmaíōn (grc)

330/6101204
12611453

Drapeau
Bannière de l'empire[1]
Blason
Aigle à deux têtes
Description de cette image, également commentée ci-après

L'Empire byzantin (en violet) et ses vassaux (en rose) à son apogée en 555, durant le règne de Justinien le Grand.

Informations générales
Statut Autocratie / Monarchie
Capitale Constantinople
Nicée (1204 à 1261)
Langue officielle : latin puis grec (620)
Religion Polythéisme romain. Christianisme ancien toléré après l'édit de Milan en 313. Christianisme nicéen, religion d'État après l'édit de Thessalonique en 380. Christianisme orthodoxe après le schisme de 1054.
Monnaie Solidus, nomisma, hyperpère, etc.
(Monnaie byzantine)
Démographie
Population 300 env. 17 000 000 hab.[2]
775 env. 7 000 000 hab.[3]
1143 env. 10 000 000 hab.[4]
1320 env. 2 000 000 hab.[3]
1453 env. 4 500 000 hab.
Superficie
Superficie 300 2 400 000 km²[5]
775 1 050 000 km²
1143 650 000 km²
1320 420 000 km²
1450 22 000 km²[6]
Histoire et événements
11 mai 330 Constantin Ier fonde la ville de Constantinople et en fait la nouvelle capitale de l'Empire romain.
17 janvier 395 Division de l'Empire romain entre les deux fils de Théodose Ier : Arcadius (empereur romain d'Orient) et Honorius (empereur romain d'Occident).
529 - 532 Justinien Ier fait publier le Corpus Juris Civilis ou « Code Justinien », la plus grande compilation du droit romain antique, et fait construire la basilique Ste-Sophie, chef d'œuvre de l'architecture byzantine et lieu principal des cérémonies impériales.
535 - 553 Guerre des Goths (535-553) : victoire suivie en 554 de la promulgation par Justinien d'une Pragmatica Sanctio. L'Italie, antérieurement perdue par l'Empire romain d'Occident, est reconquise par l'Empire byzantin, qui atteint alors son apogée.
602 - 628 Guerre contre les Perses : victoire « à la Pyrrhus » remportée par Héraclius qui, en 620, fait du grec, langue véhiculaire de la moitié orientale de l'Empire romain depuis le IIe siècle av. J.-C., la langue officielle de l'Empire byzantin.
635 l'Empire byzantin perd ses greniers à blé: l'Égypte et la Syrie.
680 Bataille d'Ongal : victoire d'Asparoukh, qui fonde le Premier Empire bulgare, sur Constantin IV qui ne garde que les côtes de la péninsule balkanique.
1018 Reconquête des Balkans par l’empereur Basile II
1054 Schisme de 1054 : l’Église romaine quitte la Pentarchie : les quatre patriarcats restants forment l’Église orthodoxe.
1071 Bataille de Manzikert : l’Empire perd l’Anatolie centrale au profit des Turcs Seldjoukides.
1186 À la suite d'une révolte des Bulgares et des Valaques, le Second empire bulgare reprend son indépendance dans les Balkans.
1204 Prise de Constantinople par les Croisés de la Quatrième croisade, qui fondent l’Empire latin de Constantinople. Vénitiens et seigneurs francs s’emparent des îles et du pourtour de l’Égée. Dans les territoires restés sous leur contrôle, les familles impériales byzantines fondent leurs propres États : l'Empire de Nicée, le despotat d'Épire et l'Empire de Trébizonde. Celui de Nicée reprend Constantinople en 1261.
29 mai 1453 Chute de Constantinople aux mains des Ottomans sous Mehmed II et mort au combat du dernier empereur romain d'Orient Constantin XI Paléologue.
21 décembre 1475 Chute de Doros aux mains des Ottomans et disparition du dernier lambeau de l'Empire byzantin, 22 ans après Constantinople et 14 ans après Trébizonde et Mistra.
Basileus
306337 (1er) Constantin Ier
395408 Flavius Arcadius
527565 Justinien Ier
610641 Héraclius Ier
867886 Basile Ier le Macédonien
10811118 Alexis Ier Comnène
11851195 Isaac II Ange
12611282 Michel VIII Paléologue
14491453 Constantin XI Paléologue



Sénat byzantin

Entités précédentes :

Entités suivantes :

Empire byzantin (en grec moderne : Βυζαντινή αυτοκρατορία / Byzantinè[N 1] autokratoría) est le nom donné, depuis l'époque moderne par les historiens occidentaux[7], à l’un des deux États issus du partage au IVe siècle de l’Empire romain : l’Empire romain d'Orient (en latin Imperium Romanum Orientale, en grec médiéval Ἀνατολική Βασιλεία Ῥωμαίων / Anatolikè Basileía Rhômaíôn), avec pour capitale Constantinople, anciennement appelée Byzance.

En effet, à la fin du IIIe siècle, l’Empire romain est séparé en deux par Dioclétien et il est définitivement divisé à la mort de Théodose Ier en 395. L’Empire romain d'Occident disparaît en 476, mais l’Empire romain d’Orient subsiste presque mille ans de plus, jusqu'à la prise de Constantinople par les Ottomans en 1453.

L’appellation « Empire byzantin » apparaît seulement en 1557, sous la plume d’un historien allemand, Hieronymus Wolf. Cette appellation occidentale est utilisée pour définir l’histoire de l’Empire romain d'Orient considérée comme une histoire grecque, distincte de celle de l’Empire romain d'Occident, revendiqué comme « matrice de l'Europe occidentale »[8], alors que les citoyens de l’Empire d’Orient nommaient leur État Basileía tôn Rhômaíôn (« empire des Romains »)[9], et ne se sont jamais désignés comme « Byzantins » mais se considéraient comme des Romains (Rhomaioi, terme repris par les Perses, les Arabes et les Turcs qui les appellent « Roum »)[N 2]. Prenant en compte cette auto-dénomination, les Occidentaux utilisaient parfois « Terre de Romanie »[10], mais plus souvent « Imperium Graecorum », « Græcia » ou « Terra Græcorum »[9] et « Grecs » pour ses citoyens, dont la liturgie, la langue de communication et la culture étaient essentiellement grecques.

Au cours de ses presque mille ans d'existence, l’Empire byzantin a donné naissance à une brillante civilisation qui a marqué l’histoire de l'Europe et du Proche-Orient. Un certain nombre de lois et coutumes des Romains ainsi que certains aspects culturels, scientifiques ou techniques comme l’architecture sont conservées, puis transmises aux Arabes, aux Occidentaux, aux Turcs. Même si d’autres langues sont parlées dans l’empire, le grec est la langue majoritaire des échanges, tandis que l’art est principalement chrétien et que l’éducation (la paideia) est gréco-romaine. La disparition de la partie occidentale de l’Empire romain et celle des légions romaines, ainsi que les menaces permanentes sur leurs frontières amènent les Byzantins à se doter d'une armée et d’une marine puissantes, dont la tactique commence à s’élaborer de manière autonome dès le VIe siècle, ce qui leur permet de dominer la région jusqu’au XIIIe siècle. L'Empire byzantin est enfin un empire chrétien qui, entre autres, a défini certains dogmes du christianisme. L'Église officielle est l'Église chrétienne universelle dont l’Empire conserve la théologie et le droit canon après le schisme de l'Église romaine de 1054, l’église byzantine étant dès lors dite Église des sept conciles ou orthodoxe, par contraste avec l'Église romaine qui, elle, organise 14 conciles de plus, soit 21 au total, ce qui en change profondément la théologie.

Histoire[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Histoire de l'Empire byzantin.

L'histoire de l'Empire byzantin, qui s'étend sur une période de plus de 1 000 ans, tire ses origines de la fondation même de l'Empire romain. S'il est difficile de dater précisément le début de l'histoire byzantine, deux dates sont à retenir. Celle de 330 et de la fondation de sa capitale Constantinople alors même que l'Empire romain est de plus en plus divisé pour des raisons pratiques et celle de 395 où la division en deux empires devient définitive. L'histoire byzantine peut être découpée en trois périodes majeures. D'abord, celle de l'Empire romain d'Orient (ou période paléo-byzantine) du IVe siècle au VIIe siècle qui conserve les caractéristiques classiques de l'Empire romain puis la période méso-byzantine du VIIe siècle au XIIe siècle et enfin l'Empire byzantin tardif du XIIIe siècle au XVe siècle lors de laquelle l'Empire byzantin est réduit au rang de puissance régionale mineure avant de disparaître dans une lente agonie[11].

Empire romain d'Orient durant l'Antiquité tardive (IVe au VIe siècle)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Dioclétien.

L'Empire byzantin plonge ses racines dans la période dite de l'Antiquité tardive, débutant traditionnellement[N 3] avec l'avènement de Dioclétien en 284[12].

Impulsion initiale de Constantin[modifier | modifier le code]

L'empereur romain Constantin le Grand, à la suite de sa révélation personnelle en 312, favorise le christianisme et donne une extension considérable à la colonie grecque de Byzance à partir de 324. Il en fait la « Nouvelle Rome » (Nova Roma) face à Rome qui - au moins depuis le court règne de l'empereur Maxence - n'est plus résidence permanente de l'autorité impériale[13]. La nouvelle résidence impériale devient capitale de la partie orientale de l'Empire romain. Le nom officiel ne tarde pas à être remplacé dans le langage courant par la dénomination usuelle de « Constantinople », ce qui n'empêche pas l'appellation « Byzance » de perdurer pendant des siècles. Constantinople reste le siège de l'autorité sous les empereurs suivants bien que tous les empereurs n'y séjournent pas très longtemps, en tout cas dans les premiers temps. Ainsi, Julien, dernier empereur païen, et Valens passent le plus clair de leur temps à Antioche, à l'est de l'Empire.

Naissance de l'Empire[modifier | modifier le code]

Bannière des Paléologues.

En 395, lorsque meurt l'empereur Théodose Ier, et à la suite des nombreuses invasions barbares qui menaçaient l'empire, il a attribué à ses deux fils, Honorius et Arcadius un Empire d'Occident et un Empire d'Orient. Cette division de 395 est traditionnellement considérée comme un point de départ pour l'Empire byzantin.

L'empire a certes connu de telles divisions par le passé, mais celle-ci se révèle bientôt définitive : Arcadius, qui réside à Constantinople, passe donc pour le premier souverain de ce « premier » Empire byzantin[N 4]. Toutefois, les contemporains n'ont aucune conscience d'une division, mais d'un gouvernement collégial, les mêmes lois ont cours dans les deux moitiés de l'Empire (elles sont en général promulguées conjointement par les deux empereurs) et l'empereur d'une partie ratifie l'intronisation d'un successeur dans l'autre partie[14]. Aussi, cette date de 395 n'est pas retenue par tous les historiens comme « origine » de l'Empire byzantin[N 5]. Si certains le font remonter jusqu'à Constantin, la plupart s'en tiennent à Héraclius (610641) comme premier souverain byzantin. D'autres, enfin, retiennent comme début de l'histoire byzantine 565, date de la mort de Justinien Ier.

Grandes invasions du IVe au Ve siècle ; Chronologie associée.

À la fin du IVe siècle, au début des grandes invasions, la partie orientale de l'Empire devient une cible pour les peuples germaniques, notamment les Wisigoths et les Ostrogoths. En 378, à la bataille d'Andrinople, les Goths infligent une cuisante défaite à l'armée romaine d'Orient. Théodose Ier leur concède, en 382, un territoire au sud du Danube en signant un nouveau fœdus avec eux[15].

À partir du début du Ve siècle, les Germains et les Huns concentrent leurs attaques contre l'Empire d'Occident, plus faible sur le plan militaire. L'Empire d'Orient, pour sa part, doit affronter lors de guerres perso-romaines les assauts du nouvel Empire perse des Sassanides, seul concurrent à sa mesure, bien que les deux empires restent presque continuellement en paix entre 387 et 502. En 410, la ville de Rome est prise par les Wisigoths, ce qui est un choc pour les Romains, tandis que la partie orientale de l'Empire — si l'on excepte les Balkans — n'est pas inquiétée. De temps en temps, Constantinople s'efforce de venir en aide à l'Occident, comme lors de la malheureuse campagne navale de 467-468 contre les Vandales[16].

Au Ve siècle, l’Orient connaît une longue période de prospérité économique. Le trésor impérial regorge de numéraires en or[17]. Sous le règne de Théodose II (408-450), la ville de Constantinople continue à s’agrandir et reçoit une nouvelle enceinte, le mur de Théodose. Un code juridique est publié, le code Théodose, applicable dans toutes les parties de l'Empire[18]. Cependant l’Empire est déstabilisé par des conflits religieux violents, entre nicéens et ariens et, à partir de 430, entre nestoriens et monophysites. À partir de 440, les Huns menacent l’Empire d’Orient, ravagent les régions danubiennes et obligent Théodose II à payer un tribut annuel. Les raids d'Attila sur l'Occident et sa mort en 453 éloignent le danger[19]. Léon Ier est le premier empereur d’Orient à recevoir la couronne des mains du patriarche de Constantinople. Sous le règne de son gendre Zénon (476-491), le dernier empereur romain d’Occident Romulus Augustule est destitué par Odoacre. Zénon reste le seul empereur du monde romain mais son autorité sur l’Occident n’est que théorique[20].

Sous le règne de l'empereur Léon Ier, l'Empire doit affronter le problème posé par les troupes d'auxiliaires germains. Jusqu'à la fin du Ve siècle, la charge de « magister militum » (commandant en chef, un général de haut niveau) revient la plupart du temps à un Germain. Vers 480, avec l'intégration des Isauriens dans le service militaire, on peut envisager de résoudre ce problème en contrebalançant l'influence des Germains. Dans l'armée d'Orient, combattent désormais de plus en plus de sujets de l'Empire. Les empereurs peuvent de ce fait stabiliser leur situation à l'Est. Lorsque, en 476, le dernier empereur d'Occident Romulus Augustule est déposé par le chef germain Odoacre, l'Empire d'Orient se retrouve en nette position de force. En 480, les Germains reconnaissent l'empereur d'Orient comme leur seigneur en titre, quand le dernier empereur d'Occident reconnu par Constantinople, Julius Nepos, meurt en Dalmatie. Zénon envoie en Italie Théodoric et ses Ostrogoths et débarrasse l'Orient de cette dernière menace[21]. Le successeur de Zénon, l'empereur Anastase Ier (491-518) réorganise la perception de l'impôt, ce qui favorise le commerce et l'artisanat des villes et renforce les capacités financières de l'Empire. En revanche, ses positions religieuses en faveur du monophysisme provoquent de fréquentes révoltes à Constantinople[22].

Apogée sous le règne de Justinien[modifier | modifier le code]

Apogée de l'Empire byzantin avec les conquêtes de Justinien en orange.

Au VIe siècle, sous le règne de Justinien Ier (527-565), ses deux généraux Bélisaire et Narsès reconquièrent une grande partie des provinces occidentales : l'Italie, l'Afrique du Nord, et la Bétique[23]. Ils restaurent ainsi brièvement l'« Imperium Romanum » dans ses limites méditerranéennes, mais sans reprendre pied en Gaule. Cependant, les guerres contre les royaumes des Vandales et des Goths à l'ouest, et contre le puissant Empire sassanide de Khosro Ier à l'est, auxquelles vient s'ajouter une épidémie de peste (dite « peste de Justinien ») qui ravage à partir de 541 tout le bassin méditerranéen, affectent sérieusement l'équilibre de l'Empire[24].

Un travail juridique impressionnant est également accompli à travers la codification du droit romain (ce que l'on appelle plus tard le « Corpus juris civilis »). En 533 est également publié le Digeste (ou Pandectes), qui correspond à une modernisation de toute la législation antique ainsi qu’à une synthèse de la jurisprudence antique. À cela s’ajoute un manuel pour enseigner le droit, les Institutes (533). Enfin les lois nouvelles, voulues par Justinien, les Novelles, sont écrites en grec, la langue véhiculaire de l’Empire, après 534. Cette œuvre législative prend une importance fondamentale en Occident car c’est sous cette forme reçue de Justinien que l’Occident médiéval, à partir du XIIe siècle, adopte le droit romain[25].

Le long règne de Justinien représente une transition décisive entre le crépuscule de l'Antiquité et le Moyen Âge byzantin, même si Justinien, « dernier empereur romain sur un trône byzantin » selon Georg Ostrogorsky, se rattache par de nombreux traits à l'Antiquité par sa restauration de l'imperium et son organisation du droit romain. C'est aussi un souverain chrétien, marquant l'influence impériale sur l'Église, quitte à traiter papes et patriarches comme ses serviteurs[26] . C'est pendant le règne de Justinien qu'est édifiée la basilique Sainte-Sophie (532-537). Ultime grande construction de l'Antiquité, elle reste longtemps la plus grande église de la Chrétienté.

Déclin de l'Empire romain d'Orient[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Guerres perso-byzantines.
L'Empire byzantin vers l'an 600.

Lors du règne de Justin II (565-578) et de Tibère II Constantin (578-582), les deux premiers successeurs de Justinien, les frontières de l'empire commencent à voir l'apparition de nouvelles menaces. Les Avars dominent toute la région au nord du Danube, poussant les Lombards à envahir le nord de l'Italie byzantine qui cède rapidement. Bientôt, l'Italie byzantine n'est plus qu'un ensemble de possessions éparses sans liens entre elles[27]. En outre, Justin II rouvre les hostilités contre les Perses qui pillent les régions frontalières de l'empire. Enfin, les peuples slaves commencent leurs premières incursions au sud du Danube lors des années 570. Maurice (582-602) réussit à rétablir un certain équilibre. Lors de son règne, il parvient à repousser les incursions perses ce qui lui permet de mobiliser des forces importantes contre les Slaves et les Avars pour libérer les Balkans. Toutefois, la situation financière reste précaire et Maurice finit par être renversé par une révolte militaire et c'est Phocas (602-610) qui est proclamé empereur. Son règne est sanguinaire et il est rapidement confronté à une invasion des Perses conduite par Khosro II qui prétend combattre pour venger la mort de Maurice[28]. En quelques années, les acquis de ce dernier s'écroulent. Les Lombards conquièrent des territoires byzantins en Italie, les Slaves se lancent à nouveau à la conquête des Balkans et les provinces orientales de l'empire sont envahies par les Perses. Face à cette situation de plus en plus désastreuse, les complots contre l'empereur se multiplient. Finalement, le général Héraclius (610-641) venu d'Afrique finit par renverser Phocas qui est massacré.

Malgré l'arrivée au pouvoir d'Héraclius, la situation ne cesse de s'aggraver. Les Perses ont profité de la désorganisation interne de l'Empire byzantin pour envahir la Syrie, la Palestine et l'Égypte avant de pénétrer en Asie Mineure en direction de Constantinople. Pour s'opposer à cette progression irrésistible, l'empereur est contraint de laisser sans défense la péninsule balkanique envahie par les Slaves et les Avars qui ravagent les alentours de Constantinople en 623. Héraclius mène alors une guerre de guérilla et de coups de main sur les arrières perses mais en 626, Perses et Avars s'unissent pour assiéger Constantinople. Toutefois, la marine byzantine et les renforts envoyés par Héraclius parviennent à sauver la capitale. Cette victoire contribue au déclin de la puissance avar ce qui n'empêche pas les Slaves de continuer leurs incursions dans les Balkans dont seules les grandes villes et la côte orientale résistent tant bien que mal. Cette invasion contribue sensiblement à couper les relations entre l'Occident latin et l'Orient grec, accroissant l'hellénisation de l'empire[29]. Finalement, faisant alliance avec des peuples turcs, Héraclius finit par remporter une victoire décisive contre les Sassanides à Ninive en 627 suivie de l'assassinat de Khosro par son fils. Héraclius peut rentrer triomphalement à Constantinople après que les provinces byzantines occupées ont été libérées. Toutefois, cette longue guerre contre les Perses a épuisé l'empire financièrement et militairement. En outre, la grande majorité des Balkans est perdue et les villes d'Asie Mineure ont été ravagées[30]. Or, cet épuisement s'avère désastreux car un nouvel ennemi apparaît. Les Arabes unifiés sous la bannière de l'islam se lancent à la conquête du monde. Ils s'attaquent aux positions syriennes et palestiennes de l'Empire byzantin et remportent une grande victoire lors de la bataille de Yarmouk contre l'armée byzantine. Celle-ci ne tarde pas à se replier en Asie Mineure et l'ensemble des provinces byzantines du Proche-Orient sont conquises en quelques années, à l'image de la ville de Jérusalem prise en 637. Les Arabes commencent même à s'attaquer à l'Égypte au moment de la mort d'Héraclius en 641.

Période méso-byzantine (du VIIe siècle au XIIe siècle)[modifier | modifier le code]

Survie de l'empire[modifier | modifier le code]

L'Empire en 717, lors de la montée sur le trône de Léon III.

La succession d’Héraclius est troublée et c’est Constant II (641-668) qui parvient finalement au pouvoir. L’empire est alors assailli de toute part et l’empereur échoue à sauver l’Égypte, grenier à blé de Byzance. Malgré cette perte, il parvient à préserver l’Afrique de l’invasion arabe. Cependant, les Arabes commencent à développer une marine qui met en péril la suprématie byzantine sur les mers. Le premier exemple de cette contestation est le pillage de l'île de Chypre qui devient un condominium byzantino-arabe bientôt suivie par la victoire arabe lors de la bataille de Phoenix de Lycie en 655[31]. L’Arménie est elle aussi perdue tandis que les espoirs d’une contre-offensive pour reprendre les territoires récemment perdus s’évanouissent au fur et à mesure des années. L’annihilation de l’Empire perse par les Arabes laisse planer le danger d’une offensive prochaine contre Constantinople. Face aux pertes territoriales en Orient, Constant II tente de renforcer les provinces occidentales, allant jusqu’à s’installer à Syracuse, l’un des rares territoires byzantins épargnés par la guerre mais il meurt assassiné. Son successeur, Constantin IV (668-685) doit faire face aux progrès des Arabes qui planifient leur offensive contre Constantinople. Toutefois, après un siège de quatre ans (674-678), ils sont contraints de se replier du fait, entre autres, de l’utilisation du feu grégeois par la marine byzantine pour détruire la flotte musulmane. Ce succès qui permet provisoirement d’écarter la menace arabe est contrecarré par le désastre de la bataille d'Ongal (681) lors de laquelle une grande armée byzantine est écrasée au nord du Danube par les Bulgares, un peuple nouveau venu qui s’installe dans les Balkans et compromet encore plus le contrôle byzantin sur cette région[32]. Justinien II profite de la guerre civile arabe pour consolider la frontière orientale et notamment l'Arménie, récemment reconquise. De même, il combat les Slaves dans les Balkans et renforce les régions les plus proches de Constantinople. Toutefois, la reprise des hostilités contre les Arabes tourne à son désavantage. Cet échec couplé à la hausse de la fiscalité entraînent la chute de Justinien (685-695). À l'aube du VIIIe siècle, le bref renouveau byzantin est terminé et la menace arabe est de retour. Celle-ci apparaît encore plus menaçante que la précédente car l'Empire byzantin sombre dans une période d'instabilité qui dure jusqu'en 717. Au cours des règnes des six empereurs qui se succèdent, la province d'Afrique tombe aux mains des Arabes (695) ainsi que la Cilicie tandis que les possessions lointaines de l'empire (Sardaigne, Corse) quittent le giron byzantin. Finalement, décidant de profiter de la désunion des Byzantins, le calife Sulayman planifie un deuxième assaut contre Constantinople au moment où Léon III l'Isaurien (717-741) arrive sur le trône.

Dès son arrivée sur le trône, Léon III fait face au deuxième siège de Constantinople par les Arabes. Toutefois, il sort victorieux de cette deuxième confrontation et les Arabes ne tentent plus de s'emparer de la capitale byzantine. Cependant, ils gardent la supériorité militaire et malgré quelques succès byzantins comme lors de la bataille d'Akroinon, ils se mettent à lancer des raids annuels pour piller l'Asie Mineure byzantine[33]. Malgré le succès constantinopolitain, la situation de l'Empire byzantin reste précaire et face à ce qu'il considère comme une punition divine, Léon III devient le partisan d'une doctrine religieuse appelée iconoclasme et qui condamne le culte des images. S'ouvre alors une longue période de controverses religieuses profondes et souvent violentes au sein de l'Empire byzantin. Cela n'empêche pas Léon de consolider la position de Byzance. Ses successeurs que sont Constantin V (741-775) et Léon IV (775-780) continuent cette politique de sauvegarde et de consolidation des frontières byzantines, notamment en Thrace et en Macédoine face aux Bulgares. Toutefois, les Byzantins cèdent du terrain en Italie et l'exarchat de Ravenne disparaît en 751. En définitive, le bilan de la dynastie isaurienne à la mort de Léon IV est positif car en dépit des controverses religieuses qui menacent l'unité et la stabilité de l'empire, ce dernier a consolidé ses frontières et écarté les principales menaces qui mettaient en péril jusqu'à son existence même. Enfin, la structure interne de l'empire poursuit sa réforme entamée dès le VIIe siècle pour s'adapter au nouveau contexte[34].

L'Empire en 867, à la fin du règne de Michel III.

Constantin VI (780-797), le fils de Léon, étant alors mineur, c'est la mère de ce dernier, Irène (797-802), qui assure la régence. Il apparaît néanmoins très vite qu'elle n'a nulle intention d'abandonner ce pouvoir. Pour consolider celui-ci, elle s'appuie sur le parti iconodoule et condamne l'iconoclasme lors d'un concile. Si elle est contrainte de laisser le trône à son fils à sa majorité, le règne désastreux de ce dernier lui permet de revenir au pouvoir après avoir fait aveugler Constantin. Toutefois, son règne est marqué par un affaissement de la vigueur retrouvée de l'Empire byzantin. Les Arabes en profitent pour lancer des raids ambitieux en Asie Mineure tandis que les Bulgares conduits par leur tsar Krum menacent directement Constantinople. Nicéphore (802-811), le successeur d'Irène, tente de s'interposer mais périt lors de la bataille de Versinikia (811)[35]. Dans le même temps, la montée en puissance de Charlemagne et sa volonté de prétendre au titre impérial inquiète les Byzantins qui voient leur monopole menacé. Finalement, un arrangement est trouvé. Face à la menace bulgare, la nécessité d'un homme d'État capable de reprendre la situation en main se fait ressentir. C'est Léon V l'Arménien (813-820) qui est porté au pouvoir et qui parvient à vaincre les Bulgares affaiblis par la mort de leur chef. Tout comme Léon III, il met sur le compte de la vénération des images les difficultés de l'empire depuis deux décennies et il rétablit l'iconoclasme sous une forme moins violente que sous les Isauriens[36]. Toutefois, le nouvel empereur est renversé peu de temps après par Michel II (820-829) qui doit rapidement combattre une révolte de grande envergure. S'il en sort vainqueur, l'empire est affaibli et perd du terrain face aux Arabes en Crète et en Sicile[37]. Son fils et successeur, Théophile (829-842) subit une grave défaite face aux Abbassides qui sonne comme un désaveu pour la politique iconoclaste qui base sa légitimité sur les succès militaires de ses partisans[38]. C'est sous le règne de Michel III (842-867) qu'est définitivement abandonné l'iconoclasme. Sous ce même règne, la menace arabe commence à s'étioler au fur et à mesure que le pouvoir abbasside décline et que des émirats frontaliers se constituent. Si ces derniers continuent de lancer des raids en Asie Mineure, leur potentiel militaire est moindre qu'à l'époque où le calife était une puissance unitaire. Ainsi, les Byzantins remportent une grande victoire lors de la bataille de Poson (863) qui inaugure une ère de progrès lents mais réguliers en Orient. En Occident, la grande réussite byzantine est la conversion des peuples slaves par les deux missionnaires Cyrille et Méthode qui permettent d'étendre la sphère d'influence byzantine. Cependant, Michel III meurt assassiné en 867 par son favori Basile qui ne tarde pas à fonder une nouvelle dynastie sous laquelle l'Empire byzantin va connaître sa période faste[39].

Apogée macédonienne (IXe au XIe siècle)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Dynastie macédonienne.
Les thèmes vers 950.
L'Empire vers 1025, sous Basile II.

L’avènement de Basile Ier sur le trône entraîne l’apparition d’une nouvelle dynastie dite des Macédoniens lors de laquelle l’Empire byzantin de l’époque méso-byzantine atteint son apogée[40]. Le règne de Basile Ier n’entraîne pas de véritables changements sur un plan militaire, certaines défaites comme la perte de la Sicile sont contrebalancées par des succès en Orient avec notamment l’écrasement de la principauté paulicienne. Basile parvient toutefois à affermir son pouvoir malgré son statut d’usurpateur grâce à une habile distribution des postes et des dignités[41]. Son successeur Léon VI le Sage (886-912) voit sous son règne la lente transformation de la frontière orientale où de nouveaux thèmes et cleisouries sont fondées, témoignant des progrès byzantins dans la région. Toutefois, les Arabes réussissent quelques brillants coups d’éclat grâce à des raids maritimes avec notamment le pillage de la deuxième cité de l’empire, Thessalonique. Toutefois, la succession de Léon est troublée. Son fils Alexandre (912-913) rouvre les hostilités avec les Bulgares avant que sa mort n’entraîne la mise en place d’une régence du jeune Constantin VII (913-959) marquée par des conspirations et des complots. Zoé Carbonopsina parvient à s’imposer mais la désastreuse défaite byzantine lors de la bataille d’Anchialos entraîne son désaveu et Romain Lécapène (920-944) arrive au pouvoir. Il signe la paix avec les Bulgares et c’est sur le front oriental que les progrès byzantins commencent à devenir concrets. Grâce à l’habileté du général Jean Kourkouas et à la désunion des forces arabes, plusieurs villes frontalières sont conquises dont Mélitène. Si Romain finit par être renversé par ses fils, un mouvement de fond a été lancé et de nouveaux généraux poursuivent l’œuvre de Jean Kourkouas pour repousser toujours plus loin la frontière orientale de l’empire.

Constantin VII qui a repris en main les rênes du pouvoir tente d’accroître l’influence byzantine en Hongrie et en Russie avec des résultats contrastés et parvient à poursuivre les progrès byzantins en Orient. Son fils Romain II (959-963) laisse la direction de l’empire à la grande famille des Phocas qui mène l’assaut contre les Arabes sur différents fronts. Le général le plus compétent de l’époque est Nicéphore Phocas qui s’empare de la Crète et inflige de lourdes défaites à l’émir hamdanide d’Alep. À la mort de Romain II, ses deux fils Constantin VIII (962-1028, règne effectif de 1025 à 1028) et Basile II (960-1025, règne effectif de 976 à 1025) ne sont pas en âge de régner. Nicéphore Phocas (963-969) en profite pour se faire couronner empereur à leurs côtés grâce au soutien de l’armée et du Sénat. Il poursuit son œuvre de conquête en Orient avec la reprise de la Cilicie, de Chypre d’Antioche et pénètre en Mésopotamie. La frontière traditionnelle entre les Arabes et les Byzantins le long des montagnes du Taurus et de l’Anti-Taurus est brisée au profit des Byzantins. En Occident, la politique de Nicéphore est moins heureuse. Il monte Sviatoslav Ier, roi de la Rus' de Kiev, contre les Bulgares mais cette stratégie est si efficace que Sviatoslav envahit la Bulgarie et devient une puissance bien plus menaçante. En outre, pour financer l'armée constamment en campagne, la fiscalité est augmentée ce qui accroît le mécontentement de la population et devient l'un des facteurs du renversement de Nicéphore par Jean Ier Tzimiskès (969-976), un de ses anciens généraux[42]. Jean parvient non sans mal à vaincre la menace rus' et mène plusieurs campagnes victorieuses en Orient sans pour autant parvenir à libérer la Terre sainte. Il meurt soudainement en 976 laissant la place aux deux coempereurs Basile II et Constantin VIII qui sont maintenant en âge de régner. C'est le premier qui devient l'empereur effectif et après avoir écrasé difficilement deux révoltes militaires, il délaisse quelque peu l'Orient pour se lancer dans la conquête de la Bulgarie. Cette tâche prend près de trois décennies et finalement, en 1018, l'Empire bulgare est vaincu et incorporé dans l'Empire byzantin. Ce dernier retrouve pour la première fois depuis le VIIe siècle le Danube comme frontière. En outre, Basile II parvient à remporter quelques succès dans le Caucase qui lui permettent d'y accroître la présence byzantine. Enfin, en s'assurant de la conversion de Vladimir Ier, il accroît substantiellement l'influence de l'Église et de la culture byzantine au nord de la mer Noire[43]. À sa mort en 1025, l'Empire byzantin atteint son apogée bien que quelques conquêtes sont encore faites dans les années qui viennent[44].

L'Empire en 1076, sous Michel VII Doukas.

Toutefois, Basile II ne se soucie pas d'engendrer une descendance et à sa mort, le pouvoir passe à son frère Constantin VIII qui ne reste que trois ans sur le trône. Là encore, un problème de succession se pose car il n'a que deux filles : Théodora et Zoé. Si les deux princesses ont derrière elle la puissante légitimité de la dynastie macédonienne, toute descendance semble exclue et la dynastie ne peut guère espérer se maintenir plus de quelques années. Entretemps, plusieurs personnages tentent de se lier par le mariage aux princesses pour détenir le pouvoir impérial. À la mort de Romain III Argyre (1028-1034), Zoé se marie à Michel IV le Paphlagonien (1034-1041) avant d'adopter Michel V (1041-1042) rapidement renversé. Zoé se remarie une dernière fois avec Constantin IX(1042-1055). Sous on règne, l'Empire byzantin qui bénéficie jusque là de la faiblesse de ses voisins doit faire face à des forces nouvelles. En Orient, les Turcs seldjoukides commencent à lancer des raids sur les marges frontalières de l'empire tandis qu'un autre peuple turc, les Petchénègues lancent des attaques contre les Balkans et que les Normands commencent à assaillir l'Italie byzantine[45]. L'autre évènement majeur de son règne est la rupture avec la papauté à la suite du schisme de 1054. Après sa mort, Théodora règne dix huit mois et transmet le pouvoir à Michel VI, espérant éviter une crise institutionnelle (1056-1057). Cependant, la défiance de Michel envers les généraux attisent la colère de ces derniers qui portent au pouvoir Isaac Ier Comnène[46]. C'est le début d'une période de grande instabilité puis de guerre civile qui dure vingt ans. L'Empire byzantin fait alors face à de nombreuses incursions au sein de son territoire que les différents empereurs ne parviennent plus à juguler. Ainsi, Romain IV Diogène (1067-1071) tente de mettre fin aux raids seldjoukides mais il est vaincu lors de la bataille de Mantzikert. Si le sultan Alp Arslan se montre clément, Romain est discrédité par cette défaite et est renversé par Michel VII (1071-1078). Ce dernier finit par être confronté à des révoltes militaires et pour soutenir son régime, il fait appel aux Seldjoukides, facilitant la pénétration de ces derniers au sein de l'Asie Mineure laissée sans défense. Nicéphore III Botaniatès (1078-1081) qui parvient à s'assurer du soutien des Turcs grimpe sur le trône mais il ne tarde pas à affronter de nouvelles révoltes qui finissent par porter au pouvoir Alexis Ier Comnène (1078-1081), fondateur d'une nouvelle dynastie[46].

Des Comnènes au tournant de 1204[modifier | modifier le code]

Sur le trône, Alexis fait face à une situation critique. L’ensemble de l’Asie Mineure est tombée aux mains des Seldjoukides qui tentent d’y établir un royaume solide. En Italie, les Normands menacent de débarquer dans les Balkans tandis que les Petchénègues lancent des raids dévastateurs dans cette même région. Il manque de troupes pour faire face à l’ensemble de ces menaces et s’il parvient, avec l’aide des Coumans, à écraser les Petchénègues, il doit faire appel à l’Occident pour l’aider dans sa lutte contre les Seldjoukides[47]. Toutefois, au lieu de l’arrivée de troupes de mercenaires classiques, c’est à un tout autre mouvement auquel il fait face, celui des Croisades, un concept totalement étranger aux Byzantins. Si Alexis parvient à profiter de leurs succès contre les Seldjoukides, il ne peut empêcher les Croisés de constituer une force indépendante au Proche-Orient[48]. Son successeur Jean II Comnène (1118-1143) poursuit cette politique étrangère énergique consistant à rétablir l’emprise byzantine sur les rivages occidentaux, méridionaux et septentrionaux d’Anatolie et à accroître l’influence byzantine dans les Balkans, notamment contre les Hongrois. Manuel Ier Comnène (1143-1180) va plus loin dans cette politique étrangère agressive et ambitieuse. Il tente de reprendre pied en Italie, lance des raids en Égypte et s’ingère dans les affaires hongroises dont il fait du royaume un territoire sous influence byzantine. Cependant, il échoue à soumettre le sultanat de Roum après sa défaite lors de la bataille de Myrioképhalon. Si les Turcs ne parviennent pas à exploiter leur succès, cette bataille prouve l’incapacité des Byzantins à rétablir leur domination sur l’ensemble de l’Anatolie.

L'Empire en 1180, à la fin du long règne de Manuel Comnène.
L'entrée des croisés à Byzance, huile d'Eugène Delacroix (1840).

Pour autant, à la mort de Manuel en 1180, l’Empire byzantin est redevenue une puissance mondiale de premier plan mais cette apparente solidité repose en grande partie sur la capacité des trois empereurs Comnène à imposer leur autorité. Or, le successeur de Manuel, Alexis II Comnène (1180-1183) est un enfant et l’empire doit faire face à une régence, une période souvent source d’instabilité politique majeure. Il ne faut que trois ans pour que celle-ci soit renversée par Andronic Ier Comnène (1183-1185), un cousin de Manuel. Lors de sa prise du pouvoir, il fait massacrer les Latins présents à Constantinople, un acte qui envenime gravement les relations entre les deux pôles de la chrétienté[49]. Son règne tyrannique et désastreux ne dure que deux ans avant qu’il ne soit renversé par Isaac II Ange (1185-1195 et 1203-1204) qui fonde une nouvelle dynastie. Lui et son successeur Alexis III Ange (1195-1203) ne parviennent par à enrailler le délitement de l’empire. La Bulgarie se rebelle avant de devenir une puissance indépendante tandis que les Turcs regagnent du terrain en Anatolie. En outre, les républiques italiennes concurrencent de plus en plus fortement les Byzantins dans leur contrôle du commerce en mer Égée. Enfin, l'Empire byzantin fait face à des tendances sécessionnistes en Asie Mineure et sur l'île de Chypre. C'est dans ce contexte troublé qu'intervient l'évènement majeur de la Quatrième croisade. Cette dernière, soutenue par le futur Alexis IV Ange (1203-1204), fils d'Isaac II, veut venger son père renversé par Alexis III. Il compte se servir de la puissante force armée des Croisés pour parvenir à ses fins en échange d'un soutien futur et notamment l'envoi d'une puissante armée de renforts en Orient. Les croisés soutenus par la république de Venise mettent le siège devant Constantinople jusqu'à ce qu'Alexis III abdique au profit d'Alexis IV et d'Isaac II[50].

Devant les finances à sec de l'empire, Alexis IV est contraint d'augmenter les impôts pour honorer les promesses faites aux Latins, une mesure particulièrement impopulaire au sein de la population. Alexis V Doukas Murzuphle (1204) finit par devenir le chef de file de ce mécontentement, renverse Alexis IV et décide de chasser les Latins de la cité. Les Croisés réagissent en assiégeant Constantinople à nouveau qu'ils parviennent à prendre en avril 1204. La riche capitale de la chrétienté grecque est alors mise à sac et devient la capitale de l'Empire latin de Constantinople.

Empire byzantin tardif (de 1204 à 1453)[modifier | modifier le code]

Division de l'Empire byzantin au lendemain de la Quatrième croisade.

De Nicée à la renaissance de l'Empire byzantin[modifier | modifier le code]

L'Empire vers 1265.

La prise de Constantinople par les Croisés entraîne la division de l'Empire byzantin entre les puissances latines qui doivent faire face à trois états grecs qui parviennent à s'organiser. À l'ouest, sur le rivage de la mer Adriatique se constitue le despotat d'Épire dirigé par la famille des Doukas. En Asie Mineure se forme l'Empire de Nicée dirigée par les Lascaris et sur le rivage pontique est créé l'Empire de Trébizonde dirigé par un branche des Comnènes. Ces trois États prétendent perpétuer l'héritage byzantin bien que l'Empire de Trébizonde est rapidement isolé du fait des conquêtes turques. La lutte pour la reprise de Constantinople et la refondation de l'Empire byzantin oppose donc le despotat d'Épire et l'Empire de Nicée.

Si le premier prend d'abord l'avantage, une grave défaite contre les Bulgares le met hors-jeu en 1230 tandis que l'Empire de Nicée parvient à s'établir solidement en Europe grâce à l'action de Jean III Doukas Vatatzès. Finalement, après deux tentatives avortées, Constantinople est reprise par le général Alexis Stratégopoulos en 1261, mettant fin à l'existence du moribond empire latin de Constantinople. Michel VIII Paléologue (1259-1282) qui s'est emparé du pouvoir quelque temps auparavant au détriment de la dynastie légitime devient le refondateur de l'Empire byzantin. Toutefois, l'Empire byzantin est loin d'être rétabli dans ses frontières d'avant 1204. Une grande partie de la Grèce est toujours détenue par le despotat d'Épire et par d'autres États francs (la principauté d'Achaïe et le duché d'Athènes). De même, les Italiens dominent l'espace maritime et les îles de la mer Égée par le biais notamment du duché de Naxos. Ainsi, Byzance n'est plus la grande puissance d'autrefois, mais seulement un État important à l'échelle régionale[51].

Grâce à une politique étrangère audacieuse mais très coûteuse, Michel VIII parvient à préserver les frontières de l'empire et à empêcher la formation d'une nouvelle croisade occidentale contre son empire, grâce notamment à sa politique en matière religieuse. En effet, il est le partisan d'une union entre les deux églises pour mettre fin au schisme de 1054, une vision impopulaire mais qui devient rapidement un enjeu politique majeur étant donné la nécessité pour l'Empire byzantin de se concilier les bonnes grâces de l'Occident. En effet, si Michel VIII parvient à repousser les diverses menaces, son fils Andronic II (1282-1328) est rapidement dépassé par les évènements. Face aux finances à sec et à une armée en sous-effectif, il est contraint de céder peu à peu tous les territoires d'Asie Mineure[52] avant qu'une guerre civile (1321-1328) avec son petit-fils Andronic III Paléologue (1328-1341) ne le chasse du pouvoir. Le nouvel empereur au tempérament guerrier tente sans succès de sauver les dernières possessions asiatiques de l'empire mais il est défait lors de la bataille de Pélékanon (1329). L'Empire byzantin devient dès lors strictement européen, un fait qui se confirme par la conquête du despotat d'Épire en 1337.

Crépuscule de Byzance (XIVe et XVe siècles)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Chute de Constantinople.
L'entrée de Mehmed II dans Constantinople, peint en 1876 par Benjamin-Constant.

Après la mort d'Andronic III, l'Empire byzantin est déchiré par une nouvelle guerre civile destructrice entre Jean VI Cantacuzène (1347-1354) et la régence du jeune Jean V Paléologue (1341-1376). Celle-ci dure de 1341 à 1347 et épuise les maigres ressources de l'empire. Les deux parties font régulièrement appel à des troupes de mercenaires des empires voisins, y compris des Turcs qui font leurs premiers pas en Europe. Si Jean VI en sort vainqueur, il règne sur un empire exsangue, privé des ressources commerciales qui ont fait la richesse de l'empire du fait de la concurrence des républiques italiennes de Venise et de Gênes qui installent des comptoirs commerciaux un peu partout dans l'ancien territoire byzantin. Jean VI finit par abdiquer en 1354, date à laquelle les Ottomans s'emparent de Gallipoli et s'installent de manière durable en Europe, au détriment des dernières possessions de l'Empire byzantin. Il ne faut que quelques années pour que les possessions de l'Empire byzantin se réduisent à sa capitale, aux environs directs de celle-ci, à Thessalonique (qui chute en 1387) et au despotat de Morée qui s'étend sur une partie du Péloponnèse. Les empereurs byzantins désormais vassaux de l'Empire ottoman tentent de faire appel à l'aide de l'Occident pour susciter une croisade. Finalement, Bayezid Ier met le siège devant Constantinople en 1394 et Manuel II Paléologue (1391-1425) entame un long voyage en Europe pour demander de l'aide. Une armée occidentale est cependant lourdement vaincue à Nicopolis en 1396 et seule la victoire d'Ankara de Tamerlan sur les Ottomans en 1402 sauve l'Empire byzantin.

L'Empire byzantin en 1450.

Les Ottomans sont divisés entre les fils de Bayezid et les Byzantins en profitent pour reprendre quelques territoires dont Thessalonique. Néanmoins, ils sont bien trop faibles pour espérer lancer une véritable reconquête de leurs anciennes possessions. L'avènement de Mourad II en 1421 marque la fin de ce bref répit. Pour punir les Byzantins d'avoir soutenu un prétendant au trône, il assiège Constantinople mais ne peut s'en emparer. L'année suivante, il assiège Thessalonique dont il s'empare en 1430. Pour sauver son empire, Jean VIII Paléologue (1425-1448) fait de nouveau appel à l'Occident et signe l'Union des Églises au concile de Florence pour s'assurer du soutien de la papauté. Toutefois, une nouvelle armée occidentale est défaite à Varna en 1444 et la perspective d'une aide occidentale s'éloigne. L'arrivée au pouvoir de Mehmed II en 1451 met directement en péril la survie même de l'empire. Le nouveau sultan s'est en effet fixé pour objectif la ville de Constantinople. Après de longs préparatifs, il vient mettre le siège devant Constantinople au début du mois d'avril 1453, avec une armée d'au moins 80 000 hommes soutenue par une puissante marine ainsi qu'une artillerie nombreuse. En face, les 7 000 défenseurs (dont 2 000 Italiens) sont largement surpassés en nombre et s'ils parviennent à résister durant près de deux mois, ils finissent par succomber lors de l'assaut final lancé le 29 mai 1453. Constantin XI (1448-1453) est tué lors des derniers combats et en s'emparant de Constantinople, Mehmed II met fin à plus de 1 000 ans d'histoire byzantine. Quelques réduits byzantins subsistent encore quelques années, à l'image du despotat de Morée qui ne chute qu'en 1460, de l'Empire de Trébizonde qui tombe un an plus tard, et de la Principauté de Théodoros en Crimée, tout dernier état grec médiéval, prise par les Ottomans en 1475.

Société byzantine[modifier | modifier le code]

Langues et peuples[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Langues de l'Empire byzantin.
Les langues populaires parlées dans l'Empire à l'époque de Justinien.

L'Empire byzantin est État multi-ethnique hellénisé depuis des siècles et intégré culturellement au monde grec, mais son hellénisme touche surtout les couches les plus instruites de sa population qui compte, outre les Grecs, des Arméniens, des Illyriens, des Valaques, des Slaves ainsi que, à ses débuts, des Syriens et des Égyptiens. Les pôles majeurs de l'hellénisme sont Constantinople, Alexandrie, Antioche, Éphèse, Nicée, Thessalonique ou Trébizonde, et c'est là que s'élabore la forme orthodoxe du christianisme.

Mistra mise à part (et tardivement) l'espace représenté par la Grèce actuelle ne joue plus guère de rôle significatif dans l'Empire byzantin, car les territoires tenus pour essentiels par la capitale, tant sur le plan militaire qu'économique, sont les provinces orientales. De plus, la perte de l'Hellade face aux « États latins » donne une primauté à l'Asie mineure et, depuis le haut Moyen Âge aux Balkans. La conquête turque de l'Asie Mineure, partielle après 1071 et définitive au XIVe siècle, donne le signal du déclin, la grande puissance tombant à un rang régional pour finir en petit État. Toutefois ni l'hellénisme, ni les autres langues et littératures ne disparaissent sous la domination ottomane, mais se perpétuent sous le régime des « milliyets », et le turc lui-même est, au début, écrit en caractères grecs.

Économie et commerce[modifier | modifier le code]

Mesures commerciales byzantines, Musée archéologique de Varna.

Pendant de nombreux siècles, l'économie byzantine est parmi les plus avancées en Europe et en Méditerranée. Jusqu'à tard dans le Moyen Âge, l'occident est loin derrière la prospérité byzantine. Constantinople est un centre primordial dans un réseau commercial qui s'étend à travers presque toute l'Eurasie et l'Afrique du Nord, en particulier en tant que premier terminus occidental de la route de la soie : jusqu'à l'arrivée des Arabes au VIIe siècle, l'Empire possède l'économie la plus puissante dans le monde occidental, mais loin derrière les grands royaumes de l'Inde de l'époque et surtout de la Chine impériale, avec lesquels il est d'ailleurs en relation aussi par mer (« périple de la mer Érythrée »). Les conquêtes arabes, cependant, coupent ces routes et inaugurent une période de stagnation qui devient déclin après 1204.

Les réformes de Constantin V (vers 765) marquent un renouveau qui continue jusqu'en 1204. À partir du Xe siècle jusqu'à la fin du XIIe siècle, l'Empire byzantin projette une image de luxe et les voyageurs sont impressionnés par la richesse accumulée dans la capitale. Tout cela change avec l'arrivée de la quatrième croisade, qui est une catastrophe économique[53]. Les Paléologues essaient de ranimer l'économie, mais le dernier État byzantin ne récupère pas le contrôle des forces économiques extérieures et internes. Progressivement, il perd aussi son influence sur les règles de commerce et les mécanismes de prix, ainsi que son contrôle sur l'écoulement des métaux précieux et, selon certains historiens, même sur la frappe de monnaie[54].

Un des fondements économiques de l'Empire est le commerce. Les textiles doivent être de loin la plus importante des marchandises d'exportation ; les soies sont certainement importées en Égypte, et apparaissent aussi en Bulgarie et en Occident[55]. L'État contrôle sévèrement tant le commerce intérieur qu'international et maintient le monopole sur la frappe de monnaie. Le gouvernement exerce un contrôle formel sur les taux d'intérêt et décide des paramètres pour l'activité des guildes et des sociétés, pour lesquels il a un intérêt spécial. L'Empereur et ses fonctionnaires interviennent pendant les crises pour garantir l'approvisionnement de la capitale et limiter le prix des céréales. Finalement, le gouvernement recueille une part des surplus à travers les taxes[56], et le remet en circulation, par la redistribution, dans les salaires des fonctionnaires de l'État, ou dans l'investissement pour les travaux publics[57].

Sciences, médecine et droit[modifier | modifier le code]

Hippocrate : manuscrit du XIVe siècle. BNF Gr.2144.
Bessarion, un des plus célèbres représentants de l'humanisme byzantin, et relais vers le Quattrocento italien.

Les écrits de l'Antiquité classique n'ont jamais cessé d'être enseignés à Byzance. Par conséquent, la science byzantine à chaque période est étroitement liée à la philosophie antique et à la métaphysique[58]. À diverses reprises, les Byzantins font preuve de leur maîtrise dans l'application des sciences avec de magnifiques réalisations (notamment dans la construction de Sainte-Sophie). Après le VIe siècle, les scientifiques byzantins font quelques nouvelles contributions à la science en termes de développement de nouvelles théories ou de l'extension des idées d'auteurs classiques[59],[60]. Ils ont pris du retard pendant les années noires de la peste et les conquêtes arabes, mais lors de ce que l'on a appelé « Renaissance byzantine » à la fin du premier millénaire byzantin, ils intègrent l'évolution scientifique des Arabes et des Perses, dont ils deviennent des experts, en particulier en astronomie et en mathématiques[61].

Dans le dernier siècle de l'Empire, les grammairiens byzantins sont les principaux auteurs en grec ancien des études grammaticales et littéraires de la Renaissance en Italie[62]. Au cours de cette période, l'astronomie et les sciences mathématiques sont très vivantes à Byzance et sont enseignées à Trébizonde, tandis que la médecine attire l'intérêt de presque tous les chercheurs[63].

Dans le domaine du droit, les réformes de Justinien Ier ont un effet certain sur l'évolution de la jurisprudence, et Léon III influence la formation des institutions juridiques dans le monde slave[64].

Institutions[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Institutions de l'Empire byzantin.

Gouvernement et bureaucratie[modifier | modifier le code]

Alexis Comnène Ier.

L'empereur et son entourage[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Basileus.

Le pouvoir de l'empereur repose sur une conception monarchique issue des réformes de Dioclétien et de Constantin, ce dernier met aussi en place une légitimité religieuse qui se confirme au fil des siècles. L'empereur devient l'élu de Dieu. Lors des premiers siècles de l'empire, l'empereur détient le titre d'Imperator Caesar avant qu'Héraclius ne lui substitue le terme grec de basileus. À l'image de la tradition romaine, la légitimité dynastique manque de solidité et la légitimité élective (acclamation par le peuple, le Sénat et l'armée) reste une réalité, au moins théorique jusqu'aux Isauriens[65]. Cela explique le nombre relativement important de conspirations et de dépositions, y compris après la consolidation de la légitimité dynastique au VIIIe siècle. Le fait d'être le fils de l'empereur n'a jamais constitué une légitimité suffisante pour accéder au trône. Pour consolider celle-ci, les empereurs n'hésitent pas à faire couronner leur fils en tant que co-empereur. Toutefois, le basileus peut voir son autorité remise en cause en cas de défaites, de politiques religieuses contraires à l'orthodoxie ou encore d'une quelconque crise de grande gravité.

Dès lors, ses opposants peuvent prendre prétexte de ces déboires pour signifier que Dieu n'accorde plus sa confiance à l'empereur en place et qu'il est légitime de se soulever contre celui-ci. L'empereur ne doit en effet jamais se détourner de la préservation du bien commun. Dès lors qu'il met de côté celui-ci au profit de son bien propre, il devient selon les termes de Jean-Claude Cheynet un tyran qu'il faut renverser. Au contraire, si un empereur parvient au pouvoir au détriment de la dynastie en place, il peut rapidement gagner une profonde légitimité si les succès sont au rendez-vous à l'image de Léon III en 717 ou des empereurs Jean Tzimiskès et Nicéphore Phocas lors des minorités de Basile II et Constantin VIII. Comme dans bien des empires, la régence représente très souvent une période délicate, ouvrant la voie à des luttes internes entre les régents et ceux qui s'estiment lésés de ne pas être aux commandes de l'empire. La régence d'Alexis II Comnène entraîne ainsi une période d'instabilité profonde pour l'empire qui ruine l'œuvre des trois empereur précédents et met aussi en lumière les faiblesses structurelles de l'empire de l'époque. Il est arrivé à deux reprises qu'une impératrice règne seule (Irène l'Athénienne puis Théodora) mais ces situations restent exceptionnelles. L'empereur est d'abord proclamé comme tel par le peuple, l'armée et le Sénat. Le couronnement par le patriarche n'est donc pas nécessaire mais tous les empereurs y ont recours. Lors des premiers siècles de l'empire et jusqu'au XIe siècle, il est rarissime que l'empereur et a fortiori un membre de la famille impériale se marie à un étranger. Au contraire, les mariages se font presque systématiquement entre membres de la haute aristocratie byzantine, souvent pour gagner les faveurs des principaux clans nobiliaires. Les cas de mariage entre des membres de famille impériales et des étrangers n'ont lieu qu'en des circonstances exceptionnelles pour s'assurer l'alliance d'un peuple en cas de grande nécessité. Toutefois, ce fait se généralise à partir du règne de Basile II. Les impératrices participent aux cérémonies impériales mais n'ont pas de prise directe sur le pouvoir impérial, si ce n'est par leur influence (parfois profonde) auprès de leur mari, à l'image de Théodora, la femme de Justinien.

Administration centrale[modifier | modifier le code]

Malgré le fait que le terme « byzantin » soit parfois utilisé pour qualifier une bureaucratie complexe et lourde, celle-ci a longtemps eu une capacité forte à se conformer avec la situation de l'Empire. Le système byzantin de la titulature et de la préséance fait ressembler l'administration impériale à une bureaucratie ordonnée par des spécialistes modernes. Les fonctionnaires sont organisés dans un ordre strict autour de l'empereur, et dépendent de la volonté de l'empereur selon leur rang. Il y avait aussi des emplois administratifs, mais l'autorité peut être confiée à des individus plutôt qu'à des bureaux[66].

Aux VIIIe et IXe siècles, la fonction publique constitue le meilleur chemin vers le statut aristocratique, mais, à partir du IXe siècle, une aristocratie de la noblesse héritée rivalise avec l'aristocratie civile. Selon certaines recherches sur le gouvernement byzantin, la politique du XIe siècle est dominée par la concurrence entre les aristocraties civiles et militaires. Au cours de cette période, Alexis Ier Comnène entreprend d'importantes réformes administratives, comprenant la création de nouvelles dignités et charges[67].

Administration régionale[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Thème (Empire byzantin).
Thèmes byzantins vers 650 au moment de leur apparition.
Thèmes byzantins d'Asie Mineures vers 950. On constate d'une part la division des thèmes originaux en entités plus petites et d'autre part la constitution de thèmes frontaliers (Colonée, Lykandos) au fur et à mesure des progrès byzantins en Orient.
Thèmes byzantins à l'apogée de l'empire à la mort de Basile II en 1025. On constate l'apparition des thèmes ou catépanats aux marges orientales de l'empire.

Avec les conquêtes musulmanes du Proche-Orient byzantin et de l'Égypte combinées aux invasions lombardes en Italie et slaves dans les Balkans, l'Empire byzantin connaît un profond repli territorial au VIIe siècle. De fait, l'administration régionale de l'empire est profondément modifiée et les vieilles institutions romaines sont progressivement abandonnées au profit du thème, la nouvelle division standard de l'empire. Si certains historiens modernes ont fait d'Héraclius le père de la réforme thématique, celle-ci est en fait le fruit d'aménagements successifs conduits par divers empereurs et non le résultat d'un plan précis et radical de transformation de l'architecture provinciale byzantine. À la base, les thèmes sont de simples subdivisions militaires dirigées par un stratège qui finit par gagner des prérogatives civiles, ce qui met fin à la division romaine classique entre autorités civiles et militaires. Les derniers archontes ou gouverneurs civils disparaissent au IXe siècle[68]. Ces thèmes sont peu nombreux lors de leur apparition et ils sont majoritairement basés en Asie Mineure, le cœur de l'empire. Finalement, devant la menace représentée par des entités aussi grandes, elles sont divisées une première fois au VIIIe siècle en régions plus petites. Par la suite, les conquêtes progressives des Byzantins aux IXe et Xe siècles entraînent la création de nouveaux thèmes en Orient d'abord puis dans les Balkans avec la conquête de la Bulgarie par Basile II au début du XIe siècle. Toutefois, en Anatolie, ces thèmes sont de petites tailles et leur potentiel militaire est limité, entraînant la création des duchés ou catépanats regroupant plusieurs de ces thèmes à l'image du duché d'Antioche et possédant un potentiel militaire de plusieurs milliers d'hommes[69]. Dès lors, le rôle des stratèges décline au profit de ces nouvelles autorités et du kritès (juge), le plus important des fonctionnaires civils d'un thème[70]. Au VIIe siècle, l'Afrique et l'Italie échappent à l'apparition des thèmes pour devenir des exarchats (celui de Ravenne et de Carthage) où l'exarque détient dès l'origine les pouvoirs civils et militaires pour lui donner une plus grande réactivité face aux menaces lombardes et arabes. Ces exarchats disparaissent avec la conquête de l'Afrique et d'une bonne partie de l'Italie. L'Italie byzantine réduite à la partie méridionale de celle-ci et à la Sicile jusqu'à la conquête de celle-ci au Xe siècle est érigée en catépanat vers l'an mil.

Le système thématique en Anatolie est profondément bouleversé par les conquêtes seldjoukides du XIe siècle et si plusieurs des thèmes sont recréés à la suite de la reconquête d'une partie de l'Asie Mineure par les Comnènes, on voit aussi se multiplier les duchés dont la superficie varie mais tend à devenir de plus en plus petite. Le duc devient souvent le simple gouverneur d'un thème et non de plusieurs Après la reconquête de Constantinople en 1261, on note une décentralisation croissante de l'Empire byzantin. L'organisation provinciale de base repose sur le képhale qui ne dirige souvent qu'une ville ou une forteresse et ses alentours immédiats[71]. D'autres territoires plus grands, parfois appelés despotat apparaissent aussi, le plus connu étant le despotat de Morée qui recouvre la quasi-totalité du Péloponnèse au moment de la chute de l'Empire byzantin. Si l'empereur y reste l'autorité suprême, les despotes jouissent d'une très grande autonomie.

Diplomatie et armée[modifier | modifier le code]

Relations avec l'extérieur[modifier | modifier le code]

Après la chute de Rome, le défi majeur de l'Empire est de maintenir un ensemble de relations denses avec ses divers voisins. Lorsque ces nations se mettent à forger des institutions politiques officielles, ils deviennent dépendants de Constantinople. La diplomatie byzantine réussit rapidement à attirer ses voisins dans un réseau international de relations entre États[72]. Ce réseau tourne autour de traités, et incluant la bienvenue de nouveau dirigeant dans la famille royales, de l'assimilation des attitudes sociales, des valeurs et des institutions byzantines[73]. Les Byzantins considèrent la diplomatie comme une forme de guerre usant d'autres moyens : le Skrinion Barbaron (« Bureau de barbares ») est la première agence de renseignement et collecte d'informations sur tous les Empires rivaux[74]. La diplomatie est souvent préférée à la guerre ce qui a a amené certains auteurs à parler de « faiblesse » de l'Empire byzantin dans ses relations avec l'étranger. L'armée servant prioritairement à défendre l'empire ou à récupérer d'anciens territoires impériaux. Toutefois, héritière d'une tradition d'empire universel, la diplomatie byzantine considère tous les autres États comme subordonnés à l'empire bien que dans les faits, des aménagements soient apportés à cette doctrine.

Armée[modifier | modifier le code]

Tout au long de son histoire, l’Empire byzantin doit faire face à des menaces nombreuses et sur différents fronts. Sa ville Constantinople est l’objet de plusieurs sièges mettant souvent en péril la survie de l'empire. Toutefois, il parvient jusqu’au début du XIIIe siècle à repousser avec succès la plupart des assauts, non sans de substantielles pertes territoriales. Si la diplomatie joue évidemment un grand rôle, l’armée byzantine a su s’adapter aux multiples adversaires qu’elle eut à combattre et les empereurs ont su transformer celle-ci en fonction de leur besoin, à l’image de la mise en place de l’armée thématique au tournant du VIIIe siècle.

Les résines et naphtes utilisées pour la pêche au lamparo ont pu être à l'origine du feu grégeois.

L'armée byzantine des débuts de l'empire n'est autre qu'une armée romaine. Il est difficile de donner une date de naissance à l'armée byzantine tout comme il est difficile de dater avec précision la naissance de l'Empire byzantin. L'armée romaine de l'époque est divisée en deux corps. L'un mobile est chargé des expéditions aux divers confins de l'empire (les comitatenses) tandis qu'un corps de garnison basé sur les limes doit défendre les frontières impériales (les limitanei). Ces unités frontalières sont bien souvent de piètres qualités mais illustrent les nécessités d'une frontière militarisée face aux invasions barbares. En Orient, quatre commandements frontaliers peuvent être distingués : celui du Danube, celui de Mésopotamie et d'Arménie face aux Sassanides, celui de Palestine et de Syrie face aux tribus arabes et celui d'Égypte devant défendre la vallée du Nil. Ces troupes sont positionnés le long d'une zone plus ou moins fortifiée selon la région (les fortifications sont nombreuses le long du Danube). Toutefois, ce système des limes décline rapidement dès les premières années du Ve siècle en raison de leur coût, de leur inefficacité et de la dispersion des troupes qu'il induit. Quant à l'armée de campagne, elle compte en 401, date de rédaction du Notitia Dignitatum plusieurs dizaines de milliers d'hommes rien qu'en Orient. Les premiers temps de l'Empire byzantin voient aussi le développement de la cavalerie, cantonnée jusque là à de petits contingents auxiliaires. Les cavaliers adoptent de lourdes armures et sont appelés cataphractaires.

Avec les conquêtes rapides de la Syrie, de la Palestine et de l'Égypte par les forces arabes, les armées de campagne byzantines sont contraintes de se replier en Asie Mineure, une région protégée par la frontière naturelle constituée par les chaines du Taurus et de l'Anti-Taurus. Les différents contingents de l'armée donnent alors leur nom aux zones où ils sont établis et où ils recrutent leurs troupes, ces nouvelles provinces devenant progressivement des thèmes. Ainsi en est-il par exemple des troupes d'élite des Opsikion qui s'installent en Bithynie. Toutefois, en plus de cette organisation militaire nouvelle subsistent encore certains régiments des premiers temps de l'Empire byzantin. En fonction des besoins militaires, de nouvelles circonscriptions militaires sont créées en Europe ou à partir de thèmes plus vastes en Asie Mineure. Ce système d'armées régionales reposant sur un réseau dense de forteresses est particulièrement efficace contre les raids systématiques lancées par les Arabes après l'échec du deuxième siège de Constantinople en 717-718. En effet, la lutte contre les armées arabes nécessite une mobilisation rapide permise par l'utilisation de paysans-soldats (stratiote) qui constitue le gros de l'armée thématique[75]. Le stratège à la tête d'un thème dirige les troupes militaires placées sont sous commandement, elles-mêmes divisées en unités plus petites (turmes, bandon). Cependant, le besoin d'une armée impériale permanente et sous le commandement direct de l'empereur se fait rapidement ressentir. C'est pour cela que sont créés les tagma (régiments) tels que celui de la Schole, des Excubites ou encore de la Vigla. À la différence du gros des troupes thématiques qui ne sont mobilisées qu'en cas de besoin, les soldats des tagma sont des troupes professionnelles. Ces unités apparaissent lors du VIIIe siècle alors que les empereurs peuvent de nouveau lancer des offensives sur les différents fronts, une stratégie qui nécessite la présence d'une armée toujours disponible. Cela leur permet en outre de disposer d'une force loyale pour contrecarrer les éventuelles rébellions de stratèges. Avec l'expansion byzantine sous l'ère macédonienne, les troupes thématiques déclinent au fur et à mesure que les raids arabes se font moins nombreux et moins dangereux. Les tagmata les remplacent de plus en plus, profitant du fait que les revenus du trésor progressent, permettant l'entretien d'une armée permanente toujours plus grande.

Chaque tagma est dirigée par un domestique et le plus prestigieux d'entre eux, le domestique des Scholes devient l'équivalent du général en chef dans l'empire. Le choc de Mantzikert et l'arrivée des Comnènes n'entraînent pas de changements profonds. L'armée byzantine reste constituée uniquement de régiments professionnels, souvent différents des premiers tels que les Excubites ou les Hicanates qui ont disparu. Enfin, la pronoia se développe de plus en plus sous les Comnènes pour devenir un élément majeur de l'infrastructure militaire byzantine, une évolution qui se prolonge par la suite, sous la dynastie des Paléologues. Ce système consiste en l'octroi de propriétés en échange d'un service militaire et participe d'une certaine forme de féodalisation au sein de l'armée byzantine.

On constate tout au long de l'époque byzantine la propension à faire appel à des troupes de mercenaires pour gonfler les effectifs, la plus connue étant celle de la garde varangienne crée à la fin du Xe siècle par Basile II. De même, Alexis Ier Comnène tente de faire appel à des troupes occidentales pour combattre les Seldjoukides à la fin du XIe siècle avant de se retrouver débordé par le vaste mouvement des Croisades. En outre, les empereurs byzantins n'hésitent pas à faire appel à divers troupes alliées si besoin est à l'image des Coumans qui contribuent à la victoire décisive contre les Petchénègues en 1091[76].

En raison de la supériorité militaire et économique de plusieurs des adversaires des Byzantins (dont les Arabes au premier chef), l'armée byzantine cherche rarement la confrontation directe avec l'adversaire et préfère se concentrer sur le harcèlement de celui-ci comme en témoignent les manuels militaires écrits aux diverses périodes de l'empire (le Stratégikon ou les Taktika de Léon VI le Sage par exemple). De même, à l'exception de la période justinienne, l'Empire byzantin se lance rarement dans des conquêtes de grande envergure et se contente souvent de la reconquête de territoires précédemment perdus.

Le feu grégeois tel qu'illustré dans le manuscrit Skylitzès.

Dans les premières années de l'Empire romain d'Orient, il n'existe aucune marine de guerre. Celle-ci n'apparaît qu'au milieu du Ve siècle du fait de l'apparition de la menace des Vandales. Les navires construits ne sont alors plus les trirèmes classiques de l'Antiquité mais un nouveau type de navire appelé dromon[77]. Globalement, la marine byzantine connaît une évolution similaire à celle de l’armée. À la différence de la marine romaine qui fait face à des menaces maritimes très limitées, la marine byzantine voit sa suprématie méditerranéenne remise en cause à plusieurs reprises. Après avoir unie au sein de l’unité des Karabisianoi, elle est divisée en thèmes maritimes qui sont au nombre de trois, le plus important d’entre eux étant celui des Cibyrrhéotes sur la côte méridionale de l’Anatolie. La flotte centrale qui reste à Constantinople est dirigée par le drongaire du ploïmon. Équipée du fameux feu grégeois, la marine byzantine contribue à plusieurs grandes victoires dont celle contre les Arabes lors du deuxième siège arabe de Constantinople. Toutefois, à partir du XIe siècle, la marine byzantine connaît un déclin prononcé et ne peut plus s’opposer efficacement aux marines italiennes qui commencent à concurrencer l’Empire byzantin sur le plan commercial. Finalement, sous la dynastie des Paléologues, malgré les efforts répétés de divers empereurs, l’Empire byzantin est privée de toute force maritime d’importance au profit de Venise et de Gênes qui contrôlent une bonne partie de l'ancien espace maritime impérial, avant que n'apparaisse la puissance ottomane.

Civilisation byzantine[modifier | modifier le code]

Auto-perception[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Noms des Grecs.

Les « Byzantins » — et les Grecs jusqu'au XIXe siècle — se considèrent et se décrivent eux-mêmes comme « Romains » (Ῥωμαῖοι, « Rhōmaîoi », ou « Romées » selon l'expression courante d'alors). Jusqu'aux alentours de 1400, le terme de « Grecs » (Έλληνες, « Héllēnes / Éllines ») n'est employé que pour désigner les cultures et cités grecques pré-chrétiennes et polythéistes. Néanmoins, après 1400, lorsque l'Empire romain d'orient dit « Byzantin » se réduit à des contrées exclusivement hellénophones et se voit menacé par les États latins ou slaves et par les Turcs, les « Byzantins » se présentent de plus en plus comme « Hellènes », et cette identification se généralise après la fin de l'Empire, tandis que le terme de « Romains » (Ῥωμαῖοι) est repris par les Ottomans sous la forme « Rûm » ou « Roum » (désignant tous les fidèles du Patriarche orthodoxe, groupés en un même « Millet »).

Les expressions communément employées aujourd'hui : « Byzantins » ou encore « Empire byzantin » sont d'origine récente : ce terme exonyme n'est utilisé que depuis le XVIIe siècle et a été créé par Hieronymus Wolf pour faire une distinction entre l'histoire de l'Empire romain dans l'Antiquité et celle de l'Empire romain d'Orient qui, depuis lors, est considérée comme une histoire grecque médiévale[8]. Le mot de « byzantin » vient de Byzance, l'ancien nom de la capitale impériale Constantinople. Les contemporains, quant à eux, appellent leur État par l'endonyme : Βασιλεία τῶν Ῥωμαίων (« Basileía tōn Rhōmaíōn / Vasilía ton Romäon », c'est-à-dire « empire des Romains »), ou de Ῥωμαικὴ Αὐτοκρατορία (« Rhōmaiké Autokratoría / Romaikí Aftokratoría », « Autocratie romaine / Empire romain »).

Dans leur conception d'alors, les citoyens et les états que nous appelons « Byzantins » ne se considèrent nullement comme des « successeurs de l'Empire romain », mais bien comme étant l'Empire romain lui-même, poursuivent son existence jusqu'en 1453 à Constantinople, 1461 à Trébizonde et Mistra. Il en découle que les dénominations d'Empire d'« Orient » ou d'« Occident » sont également des néologismes, puisqu'à l'époque, aux yeux de ses citoyens et de leurs contemporains, il n'existe qu'un seul empire, sous l'autorité de deux empereurs tant qu'ont pu coexister les deux portions de l'Empire, puis d'un seul empereur, celui de Constantinople. Cela est juridiquement exact, puisqu'en Orient il n'y a pas eu de rupture comme en Occident, et puisque « Byzance » maintient un modèle d'organisation inspiré directement de la fin de l'Antiquité. Qu'ensuite ce modèle ait évolué, à partir d'Héraclius, vers une hellénisation progressive de l'État (facilitée par l'identité à dominante grecque de l'Empire romain d'Orient) ne change rien à la continuité juridique. D'ailleurs le grec ancien, et après la mutation autour de VIIe siècle, ce grec médian phonétiquement très proche du grec moderne, ne remplace pas le latin comme langue administrative seulement depuis Héraclius : c'était, depuis bien longtemps auparavant, la « Lingua franca » de l'église, de la littérature et du commerce[78]. Et pas seulement en Orient, puisque les patriciens romains, même en Occident, se piquaient de parler grec et utilisaient parfois cette langue en famille[79].

Ainsi l'Empire est dès l'origine imprégné de culture hellénistique, du droit public romain et de la religion chrétienne. L'« Empire romain d'Orient », que nous appelons « Empire byzantin », ne perd son caractère latin de l'Antiquité tardive qu'au cours des conquêtes arabes du VIIe siècle. Son existence bien établie et durable lui apparaît comme une continuité immédiate et seule légitime de l'Empire romain, amenant certains empereurs à une ambition de suprématie sur tous les États chrétiens du Moyen Âge. Cette prétention s'avère vite irréalisable, au plus tard au VIIe siècle, mais reste un fil conducteur dans la conception de l'État. Ainsi les agents de l'empereur peuvent-ils continuer à exiger (vainement) des droits de douane aux commerçants vénitiens sur des biens qui n'appartenaient alors plus à l'Empire. Contrairement à la plupart des autres puissances du Moyen Âge, l'Empire byzantin emploie longtemps (même après l'intervention des Arabes) une bureaucratie strictement organisée dont le cœur est Constantinople. C'est dans ce sens que Georg Ostrogorsky a pu parler d'un « État » au sens moderne du terme. L'Empire dispose toujours d'un appareil administratif efficace et d'une gestion organisée des finances, ainsi que d'une armée et d'une flotte permanentes. Il existe également un système de sémaphores pour la navigation et la transmission des nouvelles (φανόι : phanoi), ainsi que des relais de poste (ταχυδρομίες : tachydromies) que les ottomans continueront d'utiliser (sous les noms de "fenerlar" et de "kervansaraylar", correspondant aux termes français « fanal » et « caravansérail »). Aucun autre État à l'ouest de la Chine n'est à cette époque en mesure de mobiliser autant de moyens financiers et logistiques que Byzance. La puissance économique et l'influence de Byzance est alors telle que le solidus d'or est la devise de référence dans le bassin méditerranéen entre le IVe et le XIe siècles[80].

Basile Ier avec son fils Constantin et sa seconde épouse Eudoxia, 882.

L'empereur quant à lui règne de facto et quasiment sans limite aussi bien sur l'Empire que sur l'Église. Et pourtant, nulle part ailleurs on ne rencontre de telles possibilités d'ascension sociale, y compris dans l'aristocratie, qu'à Byzance, qui représente selon l'expression de Ostrogorsky une « combinaison du sens romain de l'État, de la culture grecque et de la foi chrétienne » et se sent toujours investie du concept antique de la « puissance universelle »[81]. Dans sa propre représentation contemporaine, Byzance est seul étalon de la « vraie foi » et de la civilisation. De fait, le niveau culturel à Byzance est, au moins jusque dans le Haut Moyen Âge, plus élevé que tout ce que l'on peut trouver dans les autres pays du monde méditerranéen. L'hygiène aussi, avec les aqueducs, les thermes (que les ottomans continueront d'utiliser et qu'on appelle en français « bains turcs ») et les égouts, est sans commune mesure avec le reste de l'Europe. Le fait que Byzance ait gardé une part plus significative de l'héritage antique que l'Europe occidentale joue également un rôle. Ainsi le niveau de référence des « Byzantins » reste-t-il longtemps plus ambitieux qu'à l'ouest.

Religion[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Église de Constantinople et Église orthodoxe.

Selon Joseph Raya (en)[82], la survie de l'Empire d'Orient requiert un rôle actif de l'empereur dans les affaires de l'Église. L'État byzantin hérite de la routine administrative et financière des affaires religieuses de l'époque païenne, et ces habitudes sont préservées dans l'Église chrétienne. Le patriarche de Constantinople au-delà de son rôle spirituel possède un réel pouvoir politique, pouvant parfois faire office de seconde tête dirigeante de l'Empire.

Eusèbe de Césarée, écrivain, théologien et apologète.

Suivant le modèle fixé par Eusèbe de Césarée, les Byzantins voient l'empereur en tant que représentant ou messager du Christ, en particulier pour les responsables de la propagation du christianisme parmi les païens, et pour ceux qui sont « extérieurs » à la religion, tels l'administration et les finances. Le rôle impérial, toutefois, n'a jamais été légalement défini dans les affaires de l'Église[83].

Avec le déclin de Rome, et des dissensions internes dans les autres patriarcats orientaux, l'Église de Constantinople est devenue, entre le VIe et le XIe siècles, le plus riche et influent centre de la chrétienté[84]. Même lorsque l'Empire est réduit à l'ombre de lui-même, l'Église, en tant qu'institution, n'a jamais cessé d'exercer une grande influence tant à l'intérieur qu'à l'extérieur des frontières impériales. Après la rupture de 1054 avec l'Église de Rome, comme Georg Ostrogorsky le signale, le Patriarcat de Constantinople est devenu le centre du monde orthodoxe, avec des métropolites subordonnés et des archevêques sur le territoire de l'Asie Mineure et des Balkans, ainsi que dans le Caucase, l'Ukraine, la Russie et la Lituanie. Le patriarcat de Constantinople a aussi conservé jusqu'au début du XXe siècle une tutelle (avec quelques interruptions, notamment pendant les Croisades) sur les patriarcats orthodoxes subordonnés d'Antioche, Jérusalem et Alexandrie. L'Église est restée l'élément le plus stable au sein de l'Empire byzantin[85].

Arts et littérature[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Art byzantin et littérature byzantine.
Extrait d'un texte enluminé de Jean Skylitzès, chronique byzantine du XIe siècle.

L'architecture, la peinture, et les autres œuvres artistiques visuelles produites dans l'Empire byzantin et dans les différentes zones relèvent de l'influence chrétienne. L'art byzantin est presque entièrement d'expression religieuse et, plus spécifiquement, soigneusement contrôlé par la théologie. Les œuvres byzantines se répandent par le commerce et par la conquête de territoire dont l'Italie et la Sicile, où ils subsistent sous une forme modifiée par l'intermédiaire du XIIe siècle, et influencent l'art de la Renaissance italienne.

Par le biais de l'expansion à l'Est de l'église orthodoxe, les biens artistiques se diffusent aussi dans les centres d'Europe orientale, notamment en Russie[86].

L'influence de l'architecture byzantine, en particulier dans les édifices religieux, se retrouve dans les diverses régions de l'Égypte et l'Arabie à la Russie et la Roumanie.

La littérature byzantine, est irriguée par quatre sources littéraires : la grecque, la chrétienne, la romaine, et l'arabe. Elle est souvent classée en cinq groupes d'auteurs : les historiens, annalistes et encyclopédistes (le patriarche Photios de Constantinople, Michel Psellos et Michel Choniatès sont considérés comme les plus grands encyclopédistes de Byzance), les essayistes et les poètes épiques (le plus connu est l'épopée héroïque de Digenis Acritas, mais il en existe d'autres, comme celle du Maître Manolis, architecte qui doit se sacrifier pour achever sa basilique[87]). Les deux autres groupes comprennent les nouveaux types littéraires : la littérature religieuse et théologique, et la poésie populaire. Sur les quelque deux à trois mille volumes de la littérature byzantine qui ont survécu, seuls trois cent trente sont composés de poésie, d'histoire, de science ou de pseudo-science[88].

Alors que la période la plus florissante de la littérature de Byzance va du IXe au XIIe siècle, sa littérature religieuse (sermons, livres liturgiques et poésie, théologie, traités de dévotion, etc.) s'est développée beaucoup plus tôt avec Romain le Mélode, qui est son plus important représentant[89].

Domaine historique[modifier | modifier le code]

L'œuvre des historiens byzantins trouve ses modèles dans la littérature grecque classique, chez Thucydide et Polybe notamment. Bien qu'on n'oppose plus aujourd'hui « historiens » et « chroniqueurs » byzantins comme on le faisait naguère[90], on peut distinguer deux ensembles différents :

  • la « Chronique universelle » forme un genre où l'élaboration littéraire est moindre que dans l'historiographie de tradition classique, soit pour être accessible à un large public peu instruit, dont la facilité de lecture est privilégiée, et dont le langage est proche de l'usage parlé, soit parce qu'il s'agit de textes purement fonctionnels, utiles dans les domaines ecclésiastique et politique, et se limitant à des séries d'événements et de données factuelles ; parfois il s'agit de simples tableaux chronologiques très maigres ;
  • l'« Historiographie », elle, produit des récits plus étoffés, accompagnés ou non de réflexions morales ou religieuses. Ces chroniques, analogues par leur conception formelle, peuvent donc varier par leur contenu et leur style. Cependant, il existe des caractères communs à toute la littérature médiévale : une présentation simpliste et stéréotypée des personnages et des milieux, des anecdotes et événements de la vie privée des dirigeants, l'évocation fréquente des catastrophes publiques (séismes, épidémies, inondations, sécheresses...), l'interprétation d'évènements naturels (éclipses de soleil, comètes...) comme des prophéties et présages, l'intervention et la colère divines souvent invoquées, des jugements sur les déviances par rapport à l'idéologie officielle fréquents et sans nuance. Les auteurs de chroniques sont souvent des religieux, moines pour la plupart.

Pour la haute époque byzantine, au début du Ve siècle, dans des travaux chronographiques perdus, les moines alexandrins Panodore et Ananios fixèrent la création du monde 5905 ans avant l'année 412, c'est-à-dire le 25 mars 5493 av. J.-C. (début de l'ère alexandrine) ; sous le règne de Justinien un autre Canon chronologique très pratiqué dans les siècles suivants fut publié par un certain Andronicus. D'autre part, dans la première moitié du Ve siècle, Philippe de Sidè composa une Histoire chrétienne depuis Adam en 36 livres, recensée par Photius dans sa Bibliothèque (codex 35), et au début du VIe siècle, un certain Eustathe d'Épiphanie raconta l'histoire du monde en deux livres, le premier allant jusqu'à la guerre de Troie, le second jusqu'à la douzième année du règne de l'empereur Anastase (c'est-à-dire 503) ; cette œuvre n'a pas été conservée comme telle, mais elle a beaucoup nourri les chroniques postérieures. Du règne d'Anastase également date une Chronica universalis Alexandrina conservée dans une mauvaise traduction latine du VIIIe siècle, les Excerpta Barbari. Un peu plus tard, sous le règne de Justinien, Hésychius de Milet fit une Histoire universelle en six livres, allant de l'avènement de Bélus, fondateur supposé du royaume d'Assyrie, à la mort de l'empereur Anastase en 518 ; elle est également perdue, mais est présentée par Photius dans le codex 69 de sa Bibliothèque.

Il reste au moins en partie trois Chroniques universelles des VIe et VIIe siècles : celle de Jean Malalas, intitulée Χρονογραφία ; celle de Jean d'Antioche, intitulée Ίστορία χρονική ; et le Chronicon Paschale (Ἐπιτομὴ χρόνων, c'est-à-dire « Résumé des temps »). La composition de cette dernière chronique dans les années 630, probablement dans l'entourage du patriarche Serge Ier, correspond à une réflexion menée sur la chronologie de l'histoire universelle, motivée par le fait qu'en cette époque de grandes calamités, on attendait la fin du monde pour bientôt[91] : le monde a été créé le 21 mars de l'an 5507 av. J.-C. et le 21 mars est aussi le jour de la résurrection du Christ ; c'est la définition de l'ère byzantine classique qui a été seule utilisée dans l'usage officiel à partir du IXe siècle (mais a été décalée de deux ans au Xe siècle)[92]. L'œuvre de Malalas apparaît comme le type de la chronique « populaire », usant d'une langue fort peu littéraire et privilégiant le catalogue d'anecdotes et de curiosités, tandis que le Chronicon Paschale est une production des services ecclésiastiques proches de la cour impériale.

Dans la période suivante (l'« âge sombre » de l'histoire de Byzance), la Souda mentionne un « patrice Trajan » (Τραιανὸς Πατρίκιος) qui aurait vécu sous le règne de l'empereur Justinien II (685-711) et aurait composé un Χρονικὸν σύντομον qualifié de « très remarquable » (πάνυ θαυμάσιον). N'ayant plus cet ouvrage, il est difficile de savoir s'il s'agissait d'un « abrégé de chronologie » (un tableau de dates, de noms ou d'événements) ou d'une « chronique abrégée » (c'est-à-dire un véritable récit). Quoi qu'il en soit, cet auteur fantôme, et l'éventuelle présence de son œuvre dans les chroniques postérieures, ont fait couler beaucoup d'encre parmi les byzantinologues[93]. Tout aussi fantomatique est le Μέγας Χρονόγραφος (« Grand Chroniqueur »), dont quinze ou dix-huit fragments, selon les découpages, ont été ajoutés au XIe siècle dans le manuscrit du Chronicon Paschale, rapportant diverses calamités naturelles ou politiques survenues dans l'Empire d'Orient entre le règne de Zénon et celui de Constantin V : ce serait un chroniqueur du VIIIe siècle (ou peut-être, selon C. Mango, du IXe siècle).

Au début du IXe siècle prend place le travail chronographique le plus important de l'époque byzantine : l'Ἐκλογὴ χρονογραφίας (Recueil chronographique) de Georges le Syncelle est, comme son titre l'indique, plus une table chronologique accompagnée de notices qu'un véritable récit ; le texte est même continuellement interrompu par de longues listes de dates ; la période couverte va de la Création à l'avènement de Dioclétien en 284. Georges le Syncelle étant mort, le relais est pris à sa demande par son ami et légataire Théophane le Confesseur, qui, en tirant parti du matériel déjà rassemblé par son prédécesseur[94], conduit la chronique (Χρονογραφία) jusqu'à la chute de Michel Ier Rhangabé en 813. Cette partie attribuée à Théophane se décompose en fait en deux : d'abord un récit des événements année après année, et ensuite des tables chronologiques, dans lesquelles l'auteur semble d'ailleurs avoir laissé les dates en blanc, et qui ont ensuite été complétées de façon totalement incorrecte par quelqu'un d'autre[95] ; d'autre part, année après année, Théophane précise systématiquement l'année de règne des empereurs romains, des rois de Perse, des califes musulmans et des cinq patriarches de l'Église. Tout cet ensemble est devenu la Chronique universelle canonique à Byzance. Traduit en latin dans les années 870 par Anastase le Bibliothécaire, avec des éléments également empruntés au patriarche Nicéphore, il a donné pour les Occidentaux la Chronographia tripartita.

Le patriarche Nicéphore a en effet aussi laissé un Abrégé de chronologie (Χρονογραφικόν σύντομον) qui va d'Adam à l'an 828, un tableau très maigre (en fait, une simple liste de noms et d'années), mais qui a été beaucoup utilisé et d'ailleurs altéré ultérieurement.

Du IXe siècle également date la chronique dite de Georges le Moine[96], un auteur dont on ne sait rien sinon, d'après son texte lui-même, qu'il était moine et qu'il écrivait sous le règne de l'empereur Michel III (842-867). Son œuvre, intitulée Χρονικὸν σύντομον (c'est-à-dire Chronique abrégée), est divisée en quatre livres : le premier traite de l'histoire profane depuis Adam jusqu'à Alexandre le Grand ; le second de l'histoire de l'Ancien Testament ; le troisième de l'histoire romaine de Jules César à Constantin ; et le quatrième poursuit jusqu'à la mort de l'empereur Théophile en 842. Comme c'est le cas pour la plupart des chroniques, la seule partie réellement informative en matière d'histoire événementielle est le compte-rendu de la période allant de 813 à 842 : pour tout ce qui est antérieur à 813, Georges le Moine n'ajoute rien, notamment, à Théophane ; l'intérêt de cette partie réside uniquement dans les aperçus qu'elle nous donne sur les idées de l'époque d'une façon générale, et plus spécifiquement sur les questions qui pouvaient occuper l'esprit d'un moine byzantin du IXe siècle. Pour les vingt-neuf dernières années (correspondant exactement à trois règnes : ceux de Léon l'Arménien, de Michel le Bègue et de Théophile), Georges le Moine a sur les historiens plus tardifs l'avantage d'avoir été un contemporain des événements.

« Georges le Moine au travail », miniature russe du XIVe siècle.

L'auteur présente sa conception du genre dans sa préface : il s'est efforcé de dire la vérité plutôt que de plaire aux lecteurs par des ornements littéraires. Son récit se focalise autour de questions qui pouvaient intéresser des membres du clergé ou un public dévot de l'époque ; il est entrecoupé de pieuses réflexions ou de digressions théologiques. Les différents livres partent un peu dans tous les sens au gré des réflexions de l'auteur : le premier parle d'Adam, de Nemrod, des Perses, des Chaldéens, des Brahmanes, des Amazones… ; le second, en principe consacré à l'Ancien Testament, traite aussi de Platon et des philosophes en général. Mais le sujet dans lequel il met le plus de passion est son opposition violente aux iconoclastes, c'est-à-dire la querelle qui occupait les esprits religieux de l'époque.

La Chronique de Georges le Moine a connu un très grand succès dans l'Empire et au-delà : elle fit partie (avec celle de Malalas) des textes de la littérature grecque traduits en vieux slave à partir de 888 environ dans le monastère de Preslav, à l'instigation du roi bulgare fortement hellénisé Siméon Ier ; par la suite, elle fut retraduite dans d'autres langues slaves (serbe, russe), et a été une des premières sources d'inspiration de l'historiographie dans le monde slave ; on en possède aussi une version médiévale en géorgien. À Byzance même, elle fut tellement recopiée, corrigée, réarrangée que l'établissement de son texte original est « un des problèmes les plus épineux de la philologie byzantine »[97].

L'activité chronographique s'est poursuivie à Byzance au Xe siècle, mais de façon fort confuse pour nous : les chroniqueurs se recopient les uns les autres, et leurs textes largement diffusés sont corrigés ou réarrangés au cours de leur transmission ; de plus, les mêmes auteurs peuvent figurer dans les manuscrits sous des noms différents. Nous possédons sous le nom de Pierre d'Alexandrie une Chronique, d'ailleurs brève, peu informative et peu originale, qui va d'Adam à l'an 912. D'autre part, il existe plusieurs rédactions plus ou moins proches de chroniques transmises par les manuscrits sous les noms de Syméon Magistros, Syméon le Logothète, Léon le Grammairien (Leo Grammaticus, c'est-à-dire ό γραμματικός, « le professeur ») ou Théodose de Mélitène ; des chroniques qui vont selon les manuscrits jusqu'en 948, ou en 963, ou en 1018, ou en 1043, ou d'autres dates. Le consensus actuel des byzantinistes attribue à un même personnage les noms de « Syméon Magistros » et de « Syméon le Logothète », auteur d'une chronique allant, soit jusqu'en 948, soit jusqu'en 963 (mais certains pensent que ce prolongement est déjà d'un « pseudo-Syméon ») ; d'autre part, cet unique Syméon ne serait autre que Syméon Métaphraste, célèbre compilateur de Vies de saints, mais cette identification n'est pas absolument prouvée. Quant à Léon le Grammairien, ce serait un autre chroniqueur ayant plagié Syméon. Par ailleurs, ce qu'on appelle le Georgius continuatus (c'est-à-dire la Continuation de Georges le Moine), c'est la partie allant de 842 à 963 des chroniques voisines attribuée à Syméon, Léon le Grammairien ou Théodose de Mélitène, avec parfois des insertions provenant de l'Histoire impériale de Joseph Génésios[98].

Dans la seconde moitié du XIe siècle, le moine Georgios Kedrenos (Georges Cédrénus) a compilé une Chronique universelle allant d'Adam à l'avènement d'Isaac Comnène en 1057 ; elle est sans originalité et, même pour les événements contemporains, ajoute peu, par exemple, aux récits bien plus riches et informés de Michel Psellos et Jean Skylitzès. L'œuvre de ce dernier, haut fonctionnaire sous Alexis Ier Comnène, appartient à la tradition chronographique dans la mesure où elle se veut la continuation jusqu'en 1057 (et dans un deuxième temps jusqu'en 1079) de la Chronique de Théophane[99] ; mais sous la plume de ce dignitaire instruit et précisément informé, le genre de la chronique ne se distingue plus guère de l'historiographie de tradition classique. Au XIIe siècle, Jean Zonaras a écrit une histoire du monde depuis la Création jusqu'à la mort d'Alexis Ier Comnène en 1118, mais lui aussi, haut fonctionnaire cultivé, utilisant des sources antiques comme Dion Cassius, apparaît plus comme un « historien » au sens classique que comme un simple « chroniqueur ». Vers 1150, Constantin Manassès fit une chronique en 7000 vers, allant de la Création à l'an 1081, qui eut notamment au XIVe siècle une traduction bulgare, et dans la deuxième moitié du XIIe siècle, Michel Glycas composa une Chronique universelle de style populaire, allant comme celle de Zonaras jusqu'en 1118. On peut citer aussi au XIIIe siècle celle de Joël, très sommaire, qui va de la Création à l'an 1204.

Héritage de Byzance[modifier | modifier le code]

Historiographie[modifier | modifier le code]

La « byzantinologie » a longtemps été une science d'épigraphistes, de paléographistes, d'architectes et d'hellénistes travaillant surtout sur des écrits et des monuments, ce qui a évidemment conditionné la recherche dans un sens quasi-exclusivement dirigé vers l'histoire événementielle, religieuse, et de l'art : l'historiographie occidentale a, en outre, longtemps et souvent considéré Byzance comme un despotisme décadent et orientalisé, à l'instar d'Edward Gibbon. Cette interprétation est totalement battue en brèche par les historiens contemporains, et par les recherches archéologiques, linguistiques, toponymiques, ethnologiques, économiques, paléo-climatologiques et paléogéographiques qui sont venues compléter les travaux existants, de sorte qu'avec le temps, la vision de Byzance a profondément évolué, et on ignore moins aujourd'hui le rôle considérable que l'Empire a joué dans l'économie et le brassage des populations et des idées de son époque, dans la transmission des valeurs culturelles et des savoirs de l'Antiquité[100] ou encore, sur le plan militaire, en tant que « bouclier » de l'Europe, d'abord face aux Perses et aux peuples des steppes, ensuite face à l'expansion de Islam. C'est le pillage dévastateur de Constantinople par les Croisés en 1204 qui met définitivement fin à cette prospérité[101] et rend caduque cette fonction protectrice.

Toutefois, sur de vastes pans[Quoi ?] de la « Nouvelle Rome », peu de choses sont connues. Relativement peu de pièces de dossiers nous sont parvenues, et l'historiographie byzantine est silencieuse sur certaines parties[Quoi ?], elle qui est alimentée par Procope de Césarée à la fin de l'Antiquité ou, au Moyen Âge, par Michel Psellos, Jean Skylitzès, Anne Comnène ou Nikétas Choniatès.

Le fait de ne disposer pour certaines périodes que de sources « ecclésiastiques » ne doit pas conduire à penser que Byzance serait devenue un État théocratique. Certes, la religion y joue souvent un rôle décisif, mais l'état des sources est trop parcellaire, et notamment pour la période du VIIe au IXe siècles, pour que l'on puisse s'en faire une représentation claire. Au contraire, la recherche actuelle a renoncé à la représentation d'un césaropapisme byzantin, dans lequel l'empereur aurait exercé une autorité quasi-absolue sur l'Église.

Bilan actuel[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Influence de Byzance en Occident.

L'Empire romain d'Orient a transmis, en lui faisant traverser les âges obscurs qui ont suivi la chute de l'Empire d'Occident, l'héritage le plus universel de l'Empire romain, à savoir la codification du droit, grâce au corpus juris civilis ou « code de Justinien »[26].

Ce sont également les Byzantins qui ont perpétué l'usage du grec et sauvegardé une grande partie des anciennes bibliothèques grecques, qu'ils ont volontiers transmis : ainsi, l'empereur Romain Ier Lécapène (Ρωμανός Α' ο Λεκαπηνός) envoie bibliothèques et traducteurs en Espagne musulmane, à Hasday ibn-Chaprut (Xe siècle), ministre du calife de Cordoue, Abd al-Rahman III[N 6].

Les Arabes et les Turcs ont été fortement influencés sur les plans technique, intellectuel, architectural, musical et culinaire. Les Égyptiens chrétiens (Coptes), les Éthiopiens, les Arméniens, bien que monophysites, se rattachent également à la tradition byzantine, de même que les Arabes orthodoxes de Syrie, du Liban et de Palestine.

En Italie, les réfugiés byzantins tels Jean Bessarion ou Jean Lascaris facilitent la transmission du savoir et de la philosophie antiques, transmission qui influence la Renaissance du XVe au XVIIe siècle[102]. Venise regorge de trésors pris à l'Empire et son architecture est d'inspiration byzantine.

L'Empire byzantin a contribué à sédentariser et christianiser les peuples slaves venus de l'est de l'Europe. Byzance a ainsi eu, pour les actuels pays d'Europe de l’Est, autant d'influence que Rome sur ceux d'Europe occidentale. Les Byzantins ont en effet donné à ces peuples un alphabet cyrillique adapté à leurs langues, un modèle politique qui permet à certains d'entre eux (Russie) de rivaliser avec Byzance elle-même, et une religion qui est encore la leur aujourd'hui.

Les Roumains, les Bulgares, les Serbes, les Ukrainiens, les Biélorusses, les Russes et les Géorgiens ont choisi la forme orthodoxe du christianisme, qui les rattache également à Byzance ; à la chute de Constantinople, Moscou s'est proclamée la « Troisième Rome »[102]. Les familles impériales byzantines (Cantacuzènes, Paléologues, etc.) donnent des souverains aux Principautés roumaines de Moldavie et Valachie.

Une partie des Grecs au XIXe siècle du temps de la Grande Idée, comme Constantin Paparrigopoulos, s'enorgueillissent d'avoir continué la civilisation byzantine même sous la férule ottomane, et cela dans Constantinople même où une université grecque a fonctionné jusqu'en 1924, et ce n'est qu'en 1936 que la poste turque cesse définitivement d'acheminer les lettres portant la mention « Constantinople ».

Aujourd'hui, le dernier héritier de l'Empire dans son ancienne capitale est le patriarche de Constantinople.

Du point de vue de l'art et de l'architecture, l'héritage de Byzance peut être perçu en Grèce, en Turquie, dans les Balkans, mais aussi en Italie et notamment à Venise. Au XIXe siècle enfin, l'architecture religieuse byzantine influença en partie, en occident, des édifices comme les basiliques du Sacré-Cœur à Paris (Montmartre) ou la Major à Marseille.

Du point de vue militaire, on considère la guérilla comme un héritage en partie byzantin, en raison du traité que Nicéphore II Phocas laissa à ce sujet[103].

Médias[modifier | modifier le code]

L'empire byzantin n'a pas autant inspiré les artistes que l'Antiquité ou l'Europe de l'Ouest médiévale, mais il se trouve toutefois évoqué dans les arts après le Moyen Âge.

Littérature[modifier | modifier le code]

Certaines œuvres littéraires byzantines ont une influence notable sur les littératures des époques postérieures. Les chansons d'akrites, en particulier le poème épique Digénis Akritas ou encore la Chanson d'Armouris, jouent un rôle notable dans la naissance de la littérature grecque moderne, qui les emploie notamment pour se créer une identité nationale au moment de la formation de l'État grec. Certaines œuvres littéraires du Moyen âge et de la Renaissanse se situent dans un empire byzantin plus ou moins conforme à la réalité historique. Le roman de chevalerie Tirant le Blanc écrit par Joanot Martorell dans les années 1460, met en scène un chevalier fictif, Tirant le Blanc, que l'empereur de Constantinople charge de libérer la Grèce des Turcs, et qui accomplit toutes sortes d'exploits à son service. Le roman est notamment admiré par Cervantès.

L'actrice française Sarah Bernhardt dans Théodora de Victorien Sardou en 1882. Photographie de Nadar.

Par la suite, plusieurs romans historiques sont consacrés à l'empire byzantin. L'homme de lettres et philosophe français Jean-François Marmontel publie en 1767 un roman Bélisaire dans lequel il élabore une version légendaire de la vie de ce général de l'empereur Justinien. Le romancier historique écossais Walter Scott publie en 1831 Robert comte de Paris qui se déroule dans l'empire byzantin du XIe siècle au moment de la Première croisade. Parmi les romans historiques écrits au XXe siècle, Le Feu grégeois de Luigi Malerba, publié en 1990, est situé dans l'empire byzantin en 962 et imagine les complots et luttes de pouvoir entourant l'invention du feu grégeois, en mettant notamment en scène Nicéphore II Phocas et Théophano Skleraina.

Byzance apparaît également au théâtre avec la tragédie Théodora de Victorien Sardou, créée en 1884 au Théâtre de la Porte Saint-Martin à Paris dans une mise en scène assurée par Félix Dusquenel et par l'auteur, avec Sarah Bernhardt dans le rôle principal. La pièce ne s'inspire qu'assez lointainement de la vie réelle de Théodora et de Justinien, et montre une Théodora cruelle et conspiratrice influencée par le portrait sombre qu'en dresse Procope de Césarée. La pièce est l'un des deux plus grands succès de Sarah Bernardt (avec L'Aiglon de Rostand)[104].

Byzance inspire également les poètes. Le poète britannique William Butler Yeats publie en 1928, dans son recueil La Tour (The Tower), un poème intitulé Sailing to Byzantium (en) composé de quatre strophes d'octosyllabes. Le poème relate une quête métaphysique dont le but spirituel est représenté par la destination légendaire qu'est Byzance.

Les auteurs de science-fiction et de fantasy s'inspirent également de la période byzantine. La science-fiction aime situer des uchronies au haut Moyen âge. L'écrivain américain Lyon Sprague de Camp publie en 1939 De peur que les ténèbres, une uchronie dans laquelle un archéologue américain accidentellement projeté dans le passé influence l'histoire du VIe siècle pour éviter à l'Europe de sombrer dans les âges obscurs ; les altérations qu'il apporte à l'Histoire incluent de faire prendre un destin différent à Bélisaire. En 2003, Robert Silverberg publie Roma Æterna, uchronie dans laquelle l'empire romain ne s'effondre pas au Ve siècle et donne une direction différente à l'empire byzantin et à l'Histoire en général. Dès 1969, Silverberg s'était intéressé à la période byzantine avec le roman Up the Line dans lequel un voyageur temporel doit au contraire s'assurer que des touristes temporels n'altèrent pas le cours normal des événements du VIe siècle.

L'univers de fantasy des suites romanesques de l'univers de Videssos, écrits par Harry Turtledove à partir de 1987, s'inspire de l'empire byzantin. Le diptyque romanesque La Mosaïque de Sarance de Guy Gavriel Kay, paru en 1998-2000, s'inspire de l'empire byzantin du VIe siècle pour élaborer un univers médiéval fictif proche de l'Histoire réelle.

Peinture[modifier | modifier le code]

Les peintres d'histoire représentent parfois des épisodes fameux de l'histoire byzantine. Le peintre français Jacques-Louis David représente ainsi en 1780 Bélisaire demandant l'aumône.

Musique[modifier | modifier le code]

Les épisodes célèbres de l'histoire byzantine servent de sujets aux compositeurs d'opéras. En 1737, Haendel consacre un opéra, Giustino, à la vie de l'empereur Justinien, sur un livret adapté de Pietro Pariati. L'opéra italien Belisario, mis en musique de Gaetano Donizetti avec un livret de Salvatore Cammarano et créé en 1836, s'inspire librement de la vie de Bélisaire.

Cinéma et télévision[modifier | modifier le code]

Au cinéma, le genre du péplum évoque rarement mais régulièrement l'empire byzantin : une vingtaine de films, cinéma et télévision confondus, lui sont consacrés entre 1908 et 1997. La période la plus représentée est, de très loin, celle du règne de l'empereur Justinien Ier, et accorde une grande place à son épouse Théodora et aux événements de la sédition Nika[105]. Le plus ancien péplum connu à s'emparer du sujet est Les Torches humaines de Justinien, réalisé par le Français Georges Méliès, qui s'écarte largement de la vérité historique en montrant un Justinien occupé à tourmenter des chrétiens pour se divertir[106]. Le premier film consacré à Théodora est Teodora imperatrice di Bisanzio de l'Italien Ernesto Maria Pasquali, en 1909, qui adapte la tragédie de Victorien Sardou. La pièce connaît deux autres adaptations au cinéma dans les années suivantes (Théodora du Français Henri Pouctal en 1912 et Teodora de l'Italien Leopoldo Carlucci en 1922, cette dernière étant celle qui dispose des plus gros moyens). L'impératrice avait entre temps inspiré Justinien et Théodora du réalisateur américain Otis Turner en 1910 d'après la pièce de théâtre Justinian and Theodora co-écrite par Elbert J. Moore Hubbard et son épouse Alice : le résultat brosse un portrait élogieux de l'empereur et s'intéresse notamment à son œuvre de juriste (l'élaboration du Code Justinien)[107]. En 1953, Riccardo Freda traite à nouveau du même thème dans Théodora, impératrice de Byzance avec un scénario plus proche de la réalité historique et un grand soin apporté aux reconstitutions[108].

Les Byzantins apparaissent sous un jour défavorable dans les films consacrés à l'histoire des Slaves, dont ils constituent alors les adversaires. En 1985-86, Rouss iznatchalnaïa (Les débuts de la Russie), film soviétique de Gennadi Vassiliev, oppose le chef slave Veslav puis son fils Ratibor à l'empire byzantin gouverné par Justinien. Selon Hervé Dumont, le film, réalisé « pour l'édification de la jeunesse soviétique », est empreint d'un discours nationaliste, mais son scénario est adapté d'un roman de Vsevolod V. Ivanov (qui avait été exilé sous Staline)[109]. En 2000, le film russe Rytsarskiy roman (Рыцарский роман), réalisé par Aleksandr Inshakov, adapte librement le roman Robert comte de Paris de Walter Scott (qui se déroule au XIe siècle).

À la télévision, Terry Jones, ancien membre des Monty Python, crée en 1995 une série documentaire humoristique en quatre épisodes intitulée Croisades (Crusades), qui relate l'histoire des croisades et dont le premier épisode met en scène l'empereur byzantin Alexis Ier Comnène, qui lance indirectement la Première croisade.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Dans une transcription, on transcrit les lettres telles quelles, indépendamment de leur prononciation ; il est exact qu’en grec moderne, on prononce "vizandini" (ou plutôt "vidzandini"), mais il s’agit alors d'une transcription phonétique qui n’a pas lieu d’être utilisée à ce stade. Pour donner un exemple classique, le mot grec désignant l’empereur est transcrit "basileus" et non pas "vassilefs".
  2. Sur ce sujet, voir aussi le paragraphe "Auto-perception" infra.
  3. Concernant les débats sur cette périodisation, voir la discussion historiographique dans l'Antiquité tardive#Un sujet d'études récent.
  4. Ce partage est considéré traditionnellement comme la séparation définitive de l’Empire en deux entités mais, en réalité, la séparation est plus ancienne puisqu’en 364 l’empereur Valentinien se voit adjoindre, sous la pression de ses soldats, un collègue, son propre frère Valens. À partir de ce moment, l’Empire n'est que rarement unifié si l’on excepte les règnes de Julien et Jovien (361-364) et trois mois à la fin du règne de Théodose, de fin septembre 394 à janvier 395.
  5. Pour les historiens Paul Lemerle et Georg Ostrogorsky, il n'y a pas deux empires, mais deux parties du même empire
  6. Cet héritage byzantin est le plus souvent occulté dans l'historiographie occidentale moderne : à titre d'exemple, le périodique Science et Avenir a publié en janvier 2010 un numéro spécial no 114 dédié aux Sciences et techniques au Moyen Âge sans la moindre référence au monde byzantin.

Références[modifier | modifier le code]

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  11. Les trois ouvrages intitulés Le Monde byzantin sortis aux Presses universitaires de France reprennent ce découpage chronologique. Le premier ouvrage est intitulé L'Empire romain d'Orient, le deuxième : L'Empire byzantin et le troisième L'Empire grec et ses voisins.
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  67. Leonora Neville, Authority in Byzantine Provincial Society, 950–1100, chap. « Imperial Administration and Byzantine Political Culture », Cambridge University Press, 2004, p. 13.
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  69. Cheynet 2007, p. 148
  70. Ducellier et Kaplan 2004, p. 73
  71. Kazhdan 1991, p. 1122
  72. Iver B. Neumann, Sublime Diplomacy : Byzantine, Early Modern, Contemporary in Millennium : Journal of International Studies, no 34, août 2006 (lire en ligne), p. 869–871
  73. Evangelos Chrysos, Byzantine Diplomacy : Papers from the Twenty-Fourth Spring Symposium of Byzantine Studies, chap. « Byzantine Diplomacy, AD 300–800 : Means and End », Variorum, 1992.
  74. Michael Antonucci, War by Other Means : The Legacy of Byzantium in History Today, no 43, 1993 (lire en ligne), p. 11–13.
  75. Ducellier et Kaplan 2004, p. 27
  76. Cheynet 2007, p. 161-162
  77. Morrisson 2004, p. 163-164
  78. Evelyne Patlagean, Un Moyen Âge grec, Albin Michel 2007, (ISBN 2-226-17110-X)
  79. Suétone dans sa Vie de César (LXXXII, 3), rapporte que voyant son fils Brutus parmi les conjurés des Ides de Mars, César se serait écrié en grec : « καὶ σὺ τέκνον; » ("toi aussi, mon fils ?").
  80. Angeliki E. Laiou, The Economic History of Byzantium, 3 Bde. Washington/DC 2002 (lire en ligne).
  81. Ostrogorsky 1977, p. 53
  82. Joseph Raya, The Byzantine Church and Culture
  83. John Meyendorff, The Byzantine Legacy in the Orthodox Church, St Vladimir's Seminary Press, 1982, p. 13
  84. John Meyendorff, The Byzantine Legacy in the Orthodox Church, St Vladimir's Seminary Press, 1982, p. 19
  85. John Meyendorff, The Byzantine Legacy in the Orthodox Church, St Vladimir's Seminary Press, 1982, p. 130
  86. Art. « Byzantine Art » dans l'Encyclopædia Britannica, 2002.
  87. Guglielmo Cavallo, « Lire à Byzance », éd. Les Belles lettres, 2007
  88. Cyril Mango, Byzantium : The Empire of the New Rome, Phoenix Press, 1980, p. 233-234.
  89. Art. « Byzantine Literature » dans la Catholic Encyclopedia (lire en ligne), 1908.
  90. Voir par exemple Louis Bréhier, op. cit., p. 298-299
  91. Voir P. Magdalino, « The history of the future and its uses: prophecy, policy and propaganda », in The Making of Byzantine History, Aldershot, 1993
  92. P. Magdalino (L'Orthodoxie des astrologues, Lethielleux, 2006, p. 37) pense que l'auteur du Chronicon Paschale, « traité de comput » écrit « sous la forme d'une chronique mondiale », était un élève du philosophe-astrologue Étienne d'Alexandrie, à qui on attribue les modèles des tables chronologiques contenues dans un des plus anciens recueils de textes astronomiques, le Leidensis BPG 78.
  93. Voir notamment les travaux de Cyril Mango sur les sources du Breviarium du patriarche Nicéphore et de la Chronique de Théophane, et ceux de Warren Treadgold sur les sources de la Chronique de Syméon Magistros
  94. Voir Mango et Scott, The Chronicle of Theophanes the Confessor, Oxford, 1997
  95. Hugo von Harter, Nomenclator literarius theologiae catholicae, Innsbruck, 1903
  96. Dit aussi Georges Hamartolus, c'est-à-dire Ὁ Άμαρτωλός, « le pécheur », d'après la qualité qu'il se donne lui-même dans le titre.
  97. Krumbacher, Byzantinische Litteratur, Munich, 1897, p. 352-358
  98. Il existe également une traduction en vieux slave d'une variante de la chronique de Syméon allant d'Adam à l'an 948.
  99. Le Theophanes Continuatus (Théophane continué) est en fait une série de biographies d'empereurs ayant régné entre 813 et 961. Mais la partie 886-948 (de l'avènement de Léon VI le Sage à la mort de Romain Ier Lécapène) ressemble beaucoup à la partie correspondante de la Chronique de Syméon Magistros.
  100. Sur les apports des travaux archéologiques, notamment concernant l'économie et la vie quotidienne, voir entre autres Jonathan Bardill : Brickstamps of Constantinople, Oxford University Press 2004, 638 pages et Ufuk Koçabaş, communication sur Les fouilles archéologiques de Yenikapı, 18 novembre 2011 à l’IFEA sur [1].
  101. La prospérité de l'Empire est évoquée en français par l'exclamation : « Mais c'est Byzance ! ».
  102. a et b Steven Runciman, La chute de Constantinople, 1453, p. 265
  103. Gilbert Dagron et Haralambie Mihaescu, Le Traité sur la guérilla de l'empereur Nicéphore Phocas. CNRS éditions, septembre 2009.
  104. Dumont (2009), p. 608.
  105. Dumont (2009), p. 607-613.
  106. Dumont (2009), p. 607.
  107. Dumont (2009), p. 608-609.
  108. Dumont (2009), p. 611.
  109. Dumont (2009), p. 612-613.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

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Ouvrages anciens[modifier | modifier le code]

  • Robert de Clari, La Conquête de Constantinople, Bibliothèque de la Pléiade, « Historiens et Chroniqueurs du Moyen Age », Gallimard, Paris, 1952.

Ouvrages généraux[modifier | modifier le code]

  • Michel Balard, La Méditerranée médiévale, espaces, itinéraires, comptoirs, Paris, Picard, 2006, « Les médiévistes français », 6. (ISBN 2708407732).
  • Jean-Michel Cantacuzène, Mille ans dans les Balkans Éd. Christian, Paris (1992) (ISBN 2-86496-054-0)
  • Gilbert Dagron, P. Riche, A. Vauchez, Histoire du christianisme des origines à nos jours, Paris, Desclée-Fayard, 2004, t. 4 et 5.
  • Alain Ducellier, Michel Kaplan et Bernadette Martin, Le Proche-Orient médiéval, Hachette,‎ 1978
  • Bertrand Lançon, L’Antiquité tardive, PUF, coll. « Que sais-je ? » (no 1455), Paris, 1997 (ISBN 2130481256)
  • E. Limousin, 100 fiches d'Histoire du Moyen Âge, Byzance et le monde musulman, Paris, Bréal, 2005.
  • Pierre Maraval, Le christianisme de Constantin à la conquête arabe, Presses universitaires de France - PUF; Édition : 3e édition, 2005.(ISBN 2130548830)

Histoire de l'Empire byzantin[modifier | modifier le code]

  • Louis Bréhier, Vie et mort de Byzance, Albin Michel, coll. « Bibliothèque de l'évolution de l'humanité »,‎ 2006, 632 p. (ISBN 2226171029) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Jean-Claude Cheynet, Le Monde byzantin, tome 2 : L'Empire byzantin (641-1204), Paris, PUF, coll. « Nouvelle Clio »,‎ 2007 (ISBN 2130520073)
  • Jean-Claude Cheynet, Byzance, l'Empire romain d'Orient, Paris, A. Collin, 2001, « Cursus-Histoire ». (ISBN 2200346891)
  • Charles Diehl, Histoire de l'Empire byzantin (1919), Paris, Éditions du Trident, 2007
  • Alain Ducellier, Les Byzantins (1963), Paris, Le Seuil, collection « Points histoire ». (ISBN 2020099195)
  • Alain Ducellier (dir.), Byzance et le monde orthodoxe, Paris, Armand Colin, "U", 2e édition, 1996. (ISBN 2200346999)
  • Alain Ducellier et Michel Kaplan, Byzance IVe siècle-XVe siècle, Paris, Hachette Supérieur, coll. « Les Fondamentaux / Histoire »,‎ 2004 (ISBN 2011455774)
  • John F. Haldon, The Palgrave Atlas of Byzantine History, Basingstoke, 2005.
  • (en) Alexander Kazhdan, The Oxford Dictionary of Byzantium, Oxford University Press,‎ 1991 (ISBN 978-0-19-504652-6)
  • Angeliki Laiou (dir), Laurent Albaret, Jean-Claude Cheynet, Cécile Morrisson, Constantin Zuckerman, Le Monde byzantin, tome 3: Le déclin de l'Empire (1204-1453), coll. Nouvelle Clio, PUF, Paris.
  • Paul Lemerle, Histoire de Byzance, Paris, PUF, coll. « Que sais-je ? / 107 »,‎ 1960 (1re éd. 1943), 130 p. (ISBN 213045545X) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • E. Limousin, Le monde byzantin du milieu du VIIIe siècle à 1204, Paris, éd. Breal, 2006 (ISBN 2749506328).
  • Cécile Morrisson, Le Monde byzantin, tome 1 : l'Empire romain d'Orient (330-641), Presses universitaires de France,‎ 2004 (ISBN 2130520065)
  • Donald MacGillivray Nicol (trad. Hugues Defrance), Les derniers siècles de Byzance, 1261-1453, Tallandier, coll. « Texto »,‎ 2008
  • Georg Ostrogorsky (trad. J. Gouillard), Histoire de l’état byzantin, Payot,‎ 1977, 650 p. (ISBN 2228070610) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Steven Runciman, La chute de Constantinople, 1453, Tallandier, coll. « Texto »,‎ 2007 (ISBN 9782847344271)

Société et culture[modifier | modifier le code]

  • Jean-Pierre Arrignon, Byzance, Économie et société VII e- XII e s., éd. Ellipses, Paris, 2007, coll. Le monde : une histoire. (ISBN 9782729830120).
  • A. Cutler et J.-M. Spieser, Byzance médiévale, 700-1204, Paris, Gallimard-NRF, 1996, « Univers des Formes ».(ISBN 2070113124)
  • Olivier Delouis, Le monde byzantin, du milieu du VIII e s. à 1204 : économie et société, Paris Hachette, 2006, « Hachette supérieur-Recueils pour les concours ».(ISBN 2011457572)
  • Bernard Flusin, La civilisation byzantine, PUF, 2006.(ISBN 213055850X)
  • John F. Haldon, Warfare, state and society in the Byzantine world, 565-1204, Routledge, 1999 (ISBN 1-85728-494-1).
  • V. Kravarei, J. Lefort et C. Morrisson (éd), Hommes et richesses dans l'Empire byzantin, t. II, VIII e- XV e s., Paris, Lethielleux, 1991, « Réalités byzantines », 3.
  • Paul Lemerle, Le premier humanisme byzantin, Paris, CNRS éd., 1971, « Le monde byzantin ».
  • Jacqueline Lafontaine-Dosogne, Histoire de l'art byzantin et chrétien d'Orient, Louvain-La-Neuve, Publication de l'Institut d'études médiévales. Textes, études et congrès, 7, 1995.
  • Germaine Rouillard, La vie rurale dans l'Empire byzantin, 207 p., Adrien Maisonneuve, Paris, 1953
  • Rice David Talbot, L'Art de l'empire byzantin, coll. l'univers de l'art, éd. Thames & Hudson (ISBN 2878110951).
  • Paul Tannery, Mémoires scientifiques, tome IV: Sciences exactes chez les Byzantins, Jacques Gabay, Paris, (ISBN 978-2-87647-186-3)
  • Warren T. Treadgold, Byzantium and Its Army, 284-1081, Stanford University Press, 1998 (ISBN 9780804724203).

Biographies[modifier | modifier le code]

Articles[modifier | modifier le code]

  • Gilbert Dagron, Constantinople imaginaire, Études sur le recueil des « Patria », Paris, PUF, 1984, « Bibliothèque byzantine ».(ISBN 2130385818)
  • Efi Ragia, « The Geography of the Provincial Administration of the Byzantine Empire (ca 600-1200): I.1. The Apothekai of Asia Minor (7th-8th c.) », dans BYZANTINA ΣΥΜΜΕΙΚΤΑ, 19 (2009).

L'empire byzantin dans la fiction[modifier | modifier le code]

  • Hervé Dumont, L'Antiquité au cinéma. Vérités, légendes et manipulations, Paris, Nouveau monde / Lausanne, Cinémathèque suisse, 2009.

Articles connexes[modifier | modifier le code]