Nahda

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Au XIXe siècle, la Nahda (النهضة) fut un mouvement transversal de renaissance arabe moderne, à la fois littéraire, politique, culturelle et religieuse. Initialement, cette mouvance fut largement influencée par les évènements historiques en Égypte. Elle est liée à la décomposition politique de l'Empire ottoman et au moment de réinvention identitaire du monde arabe qui l'accompagne. Elle se développe en deux phases :

La première est déclenchée par Méhémet Ali, un égyptien modernisateur. Il arrive au pouvoir après que Napoléon est passé par l'Égypte entre 1798 et 1801. Or cette expédition française a une influence importante. Muhammad Ali décide donc d'envoyer des émissaires en France pour en apprendre plus sur celle-ci. Parmi ceux-ci, un lettré, Rifa'a al-Tahtawi. De retour en Égypte, il fonde une école de traduction et commence la diffusion d'ouvrages. L'imprimerie se développe. Il apporte aussi les Tanzimat (voir plus bas).

Mais la modernité technique ne peut pas s'importer séparément des idées modernes. C'est ainsi que débute la seconde phase de la Nahda qui est l'affirmation dans le Moyen-Orient de trois principales idées importées d'Occident :

  • Le principe de la raison
  • La participation au pouvoir, c'est-à-dire la démocratie

Ces thématiques sont également au centre des textes de l’époque qui parlent souvent de l’emprunt (iqtibâs) comme un moyen de réveiller la culture et la science arabe et de combler le retard accumulé pendant des siècles d’inertie. Ce qui deviendra par la suite un leitmotiv intellectuel est résumé dans l’interrogation du penseur chrétien Boutros_al-Boustani (1819-1883), Limâdha nahnu muta’akhkhirûn ? (Pourquoi sommes-nous en retard ? ). (Leyla Dakhli, CNRS, "Une génération d’intellectuels arabes. Syrie, Liban 1908-­1940, Paris, Karthala, 2009)

Le premier penseur religieux musulman, initiateur d'un mouvement de reforme dans ce sens est Jamal Al-Din (dit Al-Afghani). Mais Al-Afghani n'écrit pas - c'est pourquoi l'essentiel de sa pensée nous provient de Muhammad Abduh, son élève égyptien (un autre penseur contemporain est le syrien Abd al-Rahman al-Kawakibi). Abduh développe les trois idées de la nahda :

  • L'unité (Tawhid) dans ses deux sens : unité politique de l'Oumma et unité religieuse (annuler les divisions de l'Islam et revenir au fondement).
  • L'interprétation (Ijtihad) des textes religieux: pendant trop longtemps seule l'imitation (Taqlid) a eu cours. Il convient de réinterpréter au regard de la modernité.
  • La consultation (Choura): le mot apparaît dans un Hadith. On trouverait donc un concept de démocratie dans la Sunna.

Cette pensée toutefois n'est pas un fondamentalisme, qui prône un retour pur et simple aux sources de l'islam : elle s'appuie en grande partie sur les communautés chrétiennes d'Orient ; de fait, le retour aux sources doit permettre une réinterprétation au regard de la modernité. À l'issue de cette renaissance une classe de personnes éduquées et modernes émerge. Selon Anne-Laure Dupont, historienne, maître de conférences à l’université Paris-Sorbonne, « les réformes reposent sur le principe de justice à partir duquel l’idée de liberté fait son chemin. Elles ravivent l’idéal du bon gouvernement islamique qui, au nom du bien commun et grâce au développement du qânûn — la législation non religieuse —, garantit la sécurité de ses sujets et les protège de l’arbitraire dans le domaine de l’impôt et des levées militaires. Elles tendent à gommer les discriminations entre hommes libres et non libres, musulmans et non-musulmans »[1].

La période de la Nahda coïncide avec celle des Tanzimat (ce sont les "règlements") dans l'Empire ottoman, qui participe du même souci d'adaptation à la modernité sur un modèle européen : organisation administrative, institutionnelle et militaire mais aussi transformation de la structure politique conformément au modèle européen. C'est une promotion de la démocratie et des droits de la femme et une volonté de traitement égal des citoyens quelle que soit leur religion.

Les intellectuels musulmans et chrétiens d'Orient s'ouvrent aux doctrines occidentales, en partant faire leurs études à l'étranger par exemple. Ils entament une réflexion historico-sociologique pour faire le point sur la situation sociale et culturelle de leur société, déterminer les causes de leur retard par rapport à l'Occident, et en trouver la solution. La Nahda a été initiée notamment par les familles maronites Al-Boustani (surtout par Boutros al-Boustani, fondateur de la Al-Medrassa al-watania, l'École nationale, en 1863) et Al-Yaziji, importatrice du modèle européen de scolarisation).

Une autre famille syrienne, les Marrash, de confession melchite contribua au développement de la Nahda. Francis Marrash fut l'un des premiers représentants syriens de la Nahda, avec Ghabat al-haqq, considéré comme le premier roman moderne arabe, roman allégorique aux idées rousseauistes. Il influença les écrivains des XIXe et XXe siècles, notamment Khalil Gibran, et fut un précurseur du nationalisme arabe. Il prône entre autres une modernisation des écoles arabes, une séparation de l'État et de la religion, la libération féminine, exprimant l'optimisme européen du XVIIIe siècle. Il introduit aussi un renouveau stylistique dans son œuvre poétique. Sa sœur Maryana Marrash incarnait la libération féminine : ayant réintroduit la tradition des salons littéraires dans le monde arabe, elle fut aussi la première femme à écrire dans la presse arabe.

Autre référence obligé de l’essor culturel et intellectuel de la Nahda, dans son rayonnement international et artistique, est Jorge Zaydan, écrivain libanais chrétien, amoureux de la langue arabe et de la science, et fondateur en 1892, au Caire, de la revue «الهلال » (al-Hilâl) qui deviendra l'une des plus grandes revues et maisons d'édition du monde arabe levantin.

Très célébrée internationalement et également associée à l'expérience de renouveau de l'écriture et de la forme poétique dans la Nahda, est l'œuvre du poète et peintre libanais chrétien Gibran Khalil Gibran, dont la plupart des premiers écrits sont en arabe (La Musique, Les Ailes brisés, Les Nymphes des vallées, Les Tempêtes...). Une autre expérience importante fut la création de l'association “La ligue plumière” (Arrabita Al Kalamiya), fondée en 1920 dont le président n'était que Khalil Gibran entouré des plus grands écrivains de l'époque (Mikhaïl Nouaymeh, Elia Abou Madhi, Nacib Aridha, Rachid Ayyoub, Abdelmassih Haddad et d'autres).

Références[modifier | modifier le code]

  1. Anne-Laure Dupont, Nahda, la renaissance arabe, publié dans Le Monde Diplomatique, août 2009)


Articles connexes[modifier | modifier le code]