Colonne Trajane

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Colonne Trajane
La colonne Trajane.
La colonne Trajane.

Lieu de construction Forums impériaux
Date de construction 113 ap. J.-C.
Ordonné par Trajan
Type de bâtiment Colonne commémorative
Le plan de Rome ci-dessous est intemporel.
Planrome2b.png
Colonne Trajane
Localisation de la Colonne de Trajan dans la Rome antique (en rouge)
Coordonnées 41° 53′ 45″ Nord 12° 29′ 03″ Est / 41.895833, 12.484167 / 41.895833; 12.48416741° 53′ 45″ N 12° 29′ 03″ E / 41.895833, 12.484167 / 41.895833; 12.484167  
Liste des monuments de la Rome antique

La colonne Trajane (Columna Traiani) est une colonne triomphale romaine située sur le forum de Trajan à Rome. Elle est célèbre pour le bas-relief qui s’enroule en spirale autour de son fût et commémore la victoire de l’empereur Trajan sur les Daces lors des deux guerres daciques (101-102 et 105-106).

La colonne a été construite de 107 à 113, peut-être par l’architecte Apollodore de Damas dont le rôle dans la construction de l'ensemble du forum de Trajan n'est pas bien établi : il est possible qu’il ait seulement supervisé les travaux. La colonne est dédiée en mai 113, alors que le forum de Trajan a été inauguré l’année précédente.

Sommaire

Histoire[modifier]

Construction[modifier]

La colonne est érigée au centre d'une petite cour de 24 mètres de large sur 16 mètres de profondeur[1], délimitée par la façade de la basilique Ulpienne, les deux bibliothèques qui se font face et l'entrée monumentale du forum sur le côté nord-ouest. Les travaux ont débuté dès 107, date de la célébration du triomphe de Trajan pour ses victoires sur les Daces. La colonne n'a été achevée qu'en 113, soit après l'inauguration du forum, qui a eu lieu en janvier 112. Elle est dédiée en mai 113, en même temps que le forum de César, modifié lors des travaux.

Plan du forum de Trajan et situation de la colonne.

Antiquité[modifier]

Denarius daté de 114. Côté pile, représentation de la colonne Trajane.

En 117, après la mort de Trajan, le Sénat décide de déposer les cendres de l’empereur dans la base de la colonne.[2], un honneur exceptionnel, puisque la colonne est construite dans les limites du pomerium, à l'intérieur duquel les Romains respectent en théorie l'interdit funéraire[3].

Durant l’Antiquité, la colonne Trajane sert de modèle pour de nombreuses colonnes commémoratives. En 161, au décès d'Antonin le Pieux, Marc Aurèle et Lucius Verus décident l'érection d'une colonne en sa mémoire et en celle de son épouse Faustine l'Ancienne. Dressée sur le Champ de Mars, elle comporte une base décorée de reliefs (apothéose d'Antonin et Faustine et scène de decursio), mais, contrairement à la colonne Trajane, son fût de granite est lisse. À partir de 176, Marc Aurèle fait construire sur le Champ de Mars une autre colonne à décor en spirale, qui commémore les deux campagnes de l'empereur contre les Marcomans et les Sarmates.

À Constantinople ont été réalisées plus tard d'autres colonnes spiralées, aujourd'hui détruites, comme la colonne de Théodose, à la fin du IVe siècle, sur le forum de Théodose, et la colonne d'Arcadius, en 401, sur le forum d'Arcadius.

Moyen Âge[modifier]

La colonne reste debout tout au long du Moyen Âge, contrairement aux autres bâtiments du forum de Trajan. Le plus grand respect lui est accordé : un document du Sénat de 1162 en établit la propriété publique et en interdit tout endommagement.

Une petite église, San Niccolò de Columna, bâtie au pied du monument et attestée à partir de 1032, utilise la colonne comme oratoire[4]. Sa construction remonte peut-être au VIIIe siècle ou IXe siècle. L'église a été probablement détruite vers 1432, sur ordre du pape Paul III. Elle a en tout cas disparu lors de la visite de Charles Quint à Rome, en 1546.

C’est durant le Moyen Âge que les urnes en or contenant les cendres de Trajan et de Plotine sont retirées de la petite salle du soubassement de la colonne[5], peut-être dès la chute de l’Empire en 476.

Dessin de la colonne, par Étienne Dupérac, 1575.

Renaissance[modifier]

Au cours du XVIe siècle, on fait de la place autour de la colonne en démolissant quelques bâtiments privés. Le piédestal est dégagé des gravats sous lesquels il était enseveli et un mur de clôture est élevé tout autour de la place. Le 4 décembre 1587, sous le pape Sixte Quint, la statue en bronze de saint Pierre[6], œuvre de Tommaso della Porta et de Leonardo Sormani[7] est érigée au sommet de la colonne, remplaçant la statue de Trajan détruite depuis longtemps[8]. La zone autour du piédestal est encore arrangée et nettoyée à plusieurs reprises, jusqu'aux fouilles du début du XIXe siècle.

Fonction[modifier]

La colonne Trajane fait partie intégrante du forum de Trajan. Avant de bâtir cet ensemble monumental, il a fallu dégager une large zone au nord-est du Forum Romanum. Les travaux d’excavation ont abouti à la suppression de l’ensellement qui reliait les collines du Capitole et du Quirinal et ont permis de dégager une zone aplanie de près de 200 mètres de large. Une modification aussi importante et définitive du paysage peut être considérée par les Romains comme un sacrilège (sacrilegium) et c’est peut-être comme monument expiatoire (piaculum) qu’est élevée la colonne, sa hauteur rappelant celle de la colline qui a été supprimée[9],[10], même si la colonne n'est pas située exactement à l'endroit où se trouvait l'ancienne colline, des fondations de bâtiments datant du début de l'Empire ayant été retrouvé au-dessous[1].

La colonne a également été construite à des fins de propagande, célébrant le triomphe de Trajan sur les Daces, dans la continuité du reste du forum. Le fût de la colonne est couvert d’un long bas-relief qui relate le déroulement des deux guerres daciques : le récit débute par la traversée du Danube durant le printemps 101, qui marque le début de la première guerre, et se termine par la déportation de la population dace qui marque la fin de la seconde guerre dacique[9].

À la mort de Trajan en 117, le Sénat décide de ramener ses cendres à Rome et de les déposer dans la base de la colonne[2]. Les cendres de son épouse Plotine, contenues dans une deuxième urne en or, sont également placées à l’intérieur du soubassement après sa mort vers 121/122. La colonne Trajane devient alors un monument funéraire. La ressemblance de la table de marbre sur laquelle sont déposés les urnes funéraires, construite en même temps que la colonne, avec les autels funéraires utilisés vers la fin de la République laisse supposer que Trajan avait prévu d'en faire sa tombe dès le départ[9].

Description[modifier]

La colonne, d’ordre dorique, est haute de 38,4 mètres[11] si l'on inclut le grand piédestal et le chapiteau, et de 39,86 mètres avec la base de la statue[12]. Elle est composée de 19 blocs de marbre (18 pour la base et le fût, et un pour le chapiteau)[1]. Sa masse est estimée à 1 100 tonnes[11].

Vues de la colonne[modifier]

Le piédestal[modifier]

Le piédestal, de 5,4 mètres de haut pour 5,5 mètres de large[1], est décoré sur trois faces de bas-reliefs représentant des trophées. Les angles sont surmontés de quatre aigles soutenant une guirlande de lauriers. La dernière face, au sud-est, porte une dédicace incluse entre deux Victoires. Elle est percée d'une porte d'entrée qui donne accès à un vestibule débouchant sur l'escalier en colimaçon et sur une chambre sépulcrale, éclairée par une fenêtre creusée dans la face sud-ouest. C'est dans cette petite pièce (cella memoriæ) que se trouvaient les urnes dorées contenant les cendres de Trajan et de Plotine[13].

La dédicace[modifier]

On peut lire sur la base de la colonne, au-dessus de la porte d'entrée, l'inscription suivante[14] :

Inscription dédicatoire de la colonne Trajane.

SENATVS•POPVLVSQVE•ROMANVS
IMP•CAESARI•DIVI•NERVAE•F•NERVAE
TRAIANO•AVG•GERM•DACICO•PONTIF
MAXIMO•TRIB•POT•XVII•IMP•VI•COS•VI•P•P•
AD•DECLARANDVM•QVANTAE•ALTITVDINIS
MONS•ET•LOCVS•TANT[IS•OPER]IBVS•SIT•EGESTVS

Ce qui peut se traduire par :

« Le sénat et le peuple romain, à l’empereur César Nerva Trajan, fils du divin Nerva Auguste, germanique, dacique, grand pontife, en sa 17e puissance tribunitienne, salué imperator pour la 6e fois, consul pour la 6e fois, père de la patrie, pour faire savoir de quelle profondeur la colline et l'endroit ont été creusés par de si grands travaux. »

Cette inscription est un des plus célèbres exemples d'épigraphie latine utilisant la capitale latine monumentale (capitalis monumentalis), plus particulièrement utilisée pour les textes gravés. Le graveur a pris soin d'utiliser une échelle croissante pour la taille des caractères des lignes supérieures lues par un spectateur placé en contrebas. Les mots sont séparés par des points, les abréviations habituelles de l'épigraphie latine sont utilisées. La dernière ligne de l'inscription a été partiellement entaillée, mais on la restitue sans peine (passage entre crochets).

Détail du fût.

Le fût[modifier]

Le fût est haut de 29,76 mètres (soit 100 pieds romains)[1]. Il est constitué de 18 blocs[1] évidés de marbre de Luna (marmor lunensis) d'un diamètre variant de 3,65 à 3,85 mètres (le fût est légèrement plus large aux 2/3 de sa hauteur afin d'éviter un effet de concavité). Chaque bloc pèse près de 32 tonnes[15].

Les reliefs[modifier]

Article détaillé : Reliefs de la colonne Trajane.

Le fût est décoré d’une frise continue en bas-reliefs qui s’enroule en spirale jusqu’au sommet, comme un immense rouleau de papyrus. Longue de près de 200 mètres, la frise est découpée en 184 scènes disposées sur 23 spires[16] et mettant en scène près de 2 500 personnages. Ce long bas-relief hélicoïdal fournit de nombreux renseignements sur les arts, les mœurs et l'équipement militaire, tant des Romains que des Daces.

L'escalier intérieur[modifier]

La colonne Trajane est creuse : on y entre par une petite porte sur un côté de la base, sous l'inscription dédicatoire, et un escalier en colimaçon de 185 marches permet d’accéder au sommet. Il faut 14 marches pour faire un tour complet[15]. Une série de 43 petites fenêtres rectangulaires éclaire l’ascension[17]. L’escalier a été creusé dans les blocs avant que ceux-ci ne soient assemblés, ce qui a demandé un travail de stéréotomie d’une grande précision[15].

Le chapiteau et la statue[modifier]

Le chapiteau, fait d’un seul bloc de 53,3 tonnes, s’élève à 34 mètres au-dessus du sol[18]. Des pièces de monnaie datant de l’époque de la construction montrent la colonne surmontée d’une aigle[1], mais la colonne est finalement couronnée d'une statue en bronze représentant l’empereur Trajan revêtu d’une armure et tenant une lance et un globe[19].

Copies et moulages[modifier]

L'étude des reliefs étant malaisée sur place (seules les premières spires peuvent être lues aujourd'hui avec détail à l’œil nu) et étant donné leur dégradation au fil du temps (érosion naturelle et pollution), plusieurs copies ou moulages ont été réalisés et sont actuellement détenus par plusieurs musées.

Influence architecturale[modifier]

La colonne Trajane a servi de modèle à d'autres monuments antiques, à Rome et à Constantinople :

Bibliographie[modifier]

  • (en) Filippo Coarelli, Rome and Environs: An Archæological Guide, University of California Press, 2008 (ISBN 978-0520079618), p. 119-125 
  • (en) Samuel Ball Platner et Thomas Ashby, A topographical dictionary of Ancient Rome, Oxford University Press, 1929, p. 240-244 

Notes[modifier]

Références[modifier]

  1. a, b, c, d, e, f et g Samuel Ball Platner, A Topographical Dictionary of Ancient Rome, Oxford University Press, 1929, p. 238-241.
  2. a et b Eutrope, Breviarium historiae romanae, VIII, 2.
  3. André Magdelain, Le pomerium archaïque et le mundus. Jus imperium auctoritas, Études de droit romain, École Française de Rome, 1990, p. 155-191
  4. Christian Hülsen, Le chiese di Roma nel Medio Evo, cataloghi e appunti, L. S. Olschki, Florence, 1927, p. 395.
  5. Raymond Chevallier, Le forum de Trajan, Les dossiers de l’Archéologie 17, 1976.
  6. John T. Paoletti et Gary M. Radke, Art in Renaissance Italy, Laurence King Publishing, 2005, p. 541
  7. Marcia B. Hall, Artistic centers of the Italian Renaissance, Cambridge University Press, Rome, 2005.
  8. Froehner, La Colonne Trajane, p.52
  9. a, b et c Filipo Coarelli, Rome and environs : an archeological guide, University of California Press, 2008, p. 119-121.
  10. Dion Cassius, Histoire romaine, LVIII, 16, 3.
  11. a et b Lynne Lancaster, Building Trajan's Column, American Journal of Archaeology (Archaeological Institute of America), 1999, p. 419.
  12. Bianchi Bandinelli, Roma : l'arte al centro del potere (dalle origini al II secolo d.C.), RCS Corriere della Sera, Milan, 2005, p. 269.
  13. Pierre Gros, Les enjeux historiques du débat de l'ordonnance du Forum de Trajan, dans Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Vol.149 no 1, 2005, p. 173-197
  14. Références : CIL VI, 960 = ILS 294.
  15. a, b et c Mark Wilson Jones, One Hundred Feet and a Spiral Stair: The Problem of Designing Trajan's Column, Journal of Roman Archaeology 6: 23–38, 1993, p. 31
  16. Bianchi Bandinelli, L'arte al centro del potere (dalle origini al II secolo d.C.), Rome, 2005, p. 269
  17. Julian Bennett, Trajan : Optimus Princeps, Routledge, 1993, p. 158.
  18. Lynne Lancaster, Building Trajan's Column, American Journal of Archaeology (Archaeological Institute of America), 1999, p. 426-428
  19. Penelope J. E. Davies, The Politics of Perpetuation : Trajan's Column and the Art of Commemoration, American Journal of Archaeology vol.101, 1997, p. 41-65.

Articles connexes[modifier]

Liens externes[modifier]