Daces

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46° 24′ N 24° 48′ E / 46.4, 24.8 ()

Page d'aide sur les redirections Cet article concerne le peuple dace. Pour la langue dace, voir Dace.

Les Daces (en grec Δάϰοι, au singulier Δάϰης, en latin Daci, au singulier Dacus) est le nom donné par les Romains aux tribus thraces du Nord, ayant peuplé le bassin Bas-Danube dans l'Antiquité. Les Daces sont parfois identifiés aux Gètes (les historiens roumains les appellent Gèto-Daces, ou Gètodaces, arguant que Gètes est leur nom grec, et Daces leur nom latin) mais d'autres historiens considèrent qu'il s'agissait de deux peuples distincts, mais apparentés. Daces de part et d'autre des Carpates, Gètes le long du Danube. Au sud de l'Haemos, les sources antiques ne parlent plus de Daces ou de Gètes mais de Thraces sans autre précision, et là aussi les historiens débattent pour savoir s'il s'agissait d'un ensemble thrace unique (opinion majoritaire) ou de populations différentes[1]. Quoi qu'il en soit, du nom des Daces dérive le nom romain de leur territoire, la Dacie.

Daces, Gètes et autres Thraces[modifier | modifier le code]

Dans les écrits historiques, les Daces ou Gètes sont souvent comptés parmi les Thraces (et confondus avec les Goths). Toutefois, quelques récits parlent des Daces, des Gètes et des Thraces comme de peuples différents mais apparentés.

Hérodote écrit que les Thraces dans leur ensemble étaient « le peuple le plus nombreux du monde après celui des Indes, et s'ils avaient un seul roi, et pouvaient s'entendre entre eux, ils seraient invincibles et, d'après moi, beaucoup plus puissants que toute autre nation ». Pour lui les Thraces étaient divisés en deux grandes branches : les Thraces proprement dits, au sud de l'Haemos (aujourd'hui la chaîne des Balkans en Bulgarie), et les Daces, au nord de ces montagnes, qu'il qualifie de « plus braves et les plus droits des Thraces ». Hérodote cite en outre les Gètes de la Dobrogée, présents dans ces lieux en 514 av. notre ère, comme branche distincte du peuple thrace[2].

Langues[modifier | modifier le code]

La place des Daces parmi les autres peuples thraco-illyriens
Article détaillé : dace.

Les langues des Thraces et des Gètodaces forment l'une des branches de la famille de langues indo-européennes. Ayant intégré des éléments du substrat pélasge (préhellénique), elles présentent des éléments communs avec l'ancien macédonien, l'illyrien, le latin, le balte,le slave, l'indo-iranien, l'arménien et le hittite. On regroupe en langues thraco-illyriennes (ou paléo-balkaniques) l'ensemble des parlers entre l'ouest de la plaine de Pannonie, le nord des Carpates, les rivages de l'Adriatique, de l'Égée et du Pont Euxin, et l'est jusqu'au Tyras, mais il s'agit plus d'un regroupement géographique que linguistique[3].

La langue des Daces reste mal connue et comme le gaulois par rapport à la langue française, seuls quelques mots supposés daces (250) se retrouvent en roumain. Pour l'écriture, on ne dispose guère que de quelques écrits en grec et latin (voire les deux en traduction au même temps), tandis que le Rohonczi Codex est apocryphe.

Religion[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Religion des Daces.

Selon Hérodote d'Halicarnasse, leur religion présente de nombreux points communs avec l'Orphisme et semble avoir été à base de divinations et d'initiations. Leur médecine était de type holistique. Leur calendrier, très précis, rythmait les travaux agricoles mais avait également des connexions avec l'astronomie et l'astrologie. Les Daces connaissent et utilisent un calendrier solaire sacré, qui est conservé à l'intérieur de la cité de Sarmizégétuse. Il peut être considéré parmi les plus précis de l'Antiquité, car l'erreur de ce calendrier n'est que de 1 h 15 min 3 s chaque année (8 840 ans si on applique des corrections tous les 3 ans)[4].

À la guerre, les Daces prenaient le totem du loup et se nommaient ceux qui sont semblables aux loups. Ainsi, les Daces ont eu comme enseigne de guerre le drapeau et le dragon avec tête de loup et queue de serpent, qui vole en se gonflant.

Quand les Romains découvrent leur existence, les Daces croyaient en deux mondes et en l'immortalité de l'âme, sous forme d'une continuation du soi après la mort dans l'autre monde : un monde où Zamolxis les attend. Selon une autre version, Zamolxis étant apparemment un Poliste (sorte de druide) pythagoricien, prophète du créateur unique Gabeleisos.

La présence de quelques autres divinités, pour la vie sur terre, témoigne de la nature radicalement différente de ces deux mondes.

Comates, la plèbe dace.
Outils daces au Musée d'histoire de Cluj.
Bracelet dace au Musée d'histoire de Cluj.

Organisation sociale[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Liste des rois Daces.

L'organisation sociale des Daces illustre la « trilogie indo-européenne » définie par Dumézil. Les Daces sont gouvernés par des dynasties de rois-prêtres (Polistes) à la tête de troupes de cavaliers aristocrates (Tarabostes) et de paysans guerriers (Comates).

Les Polistes, sortes de druides, progressent en connaissances par le biais d'initiations successives, proches de celles des orphistes et des pythagoriciens. Pour marquer leur appartenance ils se couvrent la tête d'un bonnet de feutre blanc. Les Tarabostes, propriétaires de forêts, de rivières, de gués et de moulins, ne sauraient travailler : leur destin est de transmettre et d'exercer l'art de la guerre. Ce sont souvent eux qui montent des expéditions de pillage vers les peuples et les cités voisines. Pour marquer leur appartenance ils se couvrent la tête d'un bonnet de feutre rouge (proche du bonnet phrygien des Thraces d'Anatolie). Ainsi tarabostesei = pileati ; ils forment la classe des cavaliers. Les Comates (coma = crinière) combattent à pied : soldats, paysans, artisans, ils portent les cheveux longs (capillati) et restent tête nue l'été, mais portent bonnet de laine noire l'hiver. Tous sont des hommes libres.

À l'origine, ils vivent dans des huttes de bois et pisé regroupées en villages entourés d'une palissade, puis, à une époque tardive, ils construisent des forteresses aux tours coniques en pierre (toponymes finissant en « dava » : Sarcidava, Cumidava, Capidava, Piroboridava…).

Activités[modifier | modifier le code]

Les Daces développèrent à l'age de bronze une civilisation agricole, connaissant le travail et le commerce de l'or, de l'argent et de sel (des mines étaient exploitées dans l'actuelle Transylvanie), civilisation dont on trouve aujourd'hui les vestiges en Bulgarie, Roumanie, Moldavie, Serbie, Macédoine, Grèce et Turquie. Ils exportant également du sel, de la laine, des cuirs et du miel. Les chevaux sont surtout utilisés comme animaux de trait. Ils connaissaient de nombreuses plantes médicinales et utilisaient la médecine holistique. Les richesses des Daces sont constituées de très importantes réserves d'or, de sel et de céréales. Le commerce extérieur est important, au vu du nombre de monnaies étrangères trouvées dans le pays. Le commerce s'effectue surtout avec la Grèce, puis avec l'empire romain, dont les influences sont fortes dans le sud du pays dès avant la conquête romaine.

Dès la fin du deuxième siècle av. J.-C., les Daces ne se contentent plus d'utiliser les pièces venant des autres pays, mais commencent à frapper leurs propres pièces d'or, sans doute avec l'aide des colons grecs. La plupart sont des contrefaçons parfaites des pièces romaines. D'autres, par contre, sont originales, et portent des inscriptions en alphabet grec.

Les plus nombreuses sont les fameuses pièces Koson, ainsi nommées par l'inscription qu'elles portent, et qu'on suppose être le nom du chef des Daces dans une région, après l'assassinat de César à Rome et de Burebista en Dacie. Sur une partie des pièces, on voit un consul romain considéré comme l'adversaire avec un "R" et "Koson" en alphabet grec. Sur le revers, on voit un vautour avec les ailes ouvertes, une serre sur un sceptre et, dans l'autre serre, une couronne. 8,41 grammes or, 18-21 mm diamètre (description de Constantin Preda).

Mode de vie[modifier | modifier le code]

Platon (Charmide) écrit qu'il a appris d'un Thrace qui vénérait Zalmoxis, une mélodie pour rendre un homme immortel. On a découvert, dans une région des Gèto-Daces (à Histria), un instrument musical, datant du IIIe siècle av. J.-C., formée de trois flûtes de bois. Orphée, un des plus grands poètes de l'antiquité, malgré des légendes contradictoires, semble bien provenir d'une peuplade thrace. On dit aussi que Musaios (ami d'Orphée), Thamiris et même Eumolpe sont thraces.

Les Daces ont une stratégie militaire avec des points de défense séparés des lieux de vie. La construction des points de défense profite au maximum des caractéristiques physico-géographiques de la région. Les structures militaires sont le résultat de l'union des tribus en cas de danger. Elles peuvent se focaliser sur un seul objectif, comme la construction d'un ensemble de défense. Pour la première fois, on peut parler d'une armée dace vers le IVe ou IIIe siècle, sous Dromichète, avec toutes les institutions d'un État.

On retrouve deux types d'armes : armes de lutte à distance et armes de lutte au corps à corps. La cavalerie a un rôle de harcèlement, pour essayer d'attirer l'ennemi, lui tendre des pièges, et le mettre en position défavorable. Les Daces n'utilisent pas de techniques massives avec des unités rigides et nombreuses.

Pour les luttes au corps à corps, les Daces préfèrent porter une arme spécifique, la sica, ornée des symboles sacrés. En albanais sika=thika. Cette arme est ensuite utilisée par une partie des gladiateurs à Rome, appelés thraces par les Romains.

Les Daces à Rome avant Jésus-Christ[modifier | modifier le code]

Les Daces se trouvent à Rome, avec d'autres populations de la région connue de nos jours comme les Balkans, comme les Illyriens par exemple, dès la période entre 44 avant J.-C. (mort de Jules César) et 31 avant J.-C., lors de l'instauration du principat d'Auguste. Ils ont de nombreuses occupations, dont la principale est le métier de gladiateur qui leur convient bien, vu leur aptitude pour la lutte individuelle. Les gladiateurs s'entraînent dans de petites arènes nommées "ludus". On connaît quatre dénominations de ces arènes: Dacicus, Gallicus, Magnus, Matutinus. L'existence de l'arène Dacicus suggère un nombre important de Daces gladiateurs. Plus tard, lorsque la Dacie devient province romaine, les Daces se dirigent davantage vers les activités militaires, devenant membres de la garde impériale - les prétoriens et la garde à cheval - equites singulares. Les inscriptions des pierres funèbres des soldats appartenant à la garde impériale portent sans faute et avec une certaine distinction le lieu d'origine des décédés. Par exemple; natione Tharx - pour les thraces.

Un bon exemple est celle de Lucius Avilius Dacus, sur marbre, de l'année 70 avant J.-C., deux siècles avant la conquête de la Dacie. Une autre inscription, découverte Via Flaminia, est dédiée à la mémoire de la reine Zia, veuve du roi des Costoboces, Dieporus, établie par ses petits enfants Natoporus et Driglisa. Il semble que Via Flaminia étaient reçus des prisonniers d'origine royale et noble. La présence dace à Rome, dans la garde impériale, se remarque dans de nombreuses inscriptions en marbre, dédiées aux empereurs : s'y trouvent également les noms des soldats, avec le lieu d'origine : Aurelius Valerius Drubeta, Antonius Bassinass Zermizegetusa, Titus Lempronius Augustus Apulum. Sur un total de 120 noms daces, 15 sont originaires de Sarmizégétuse. Parmi ceux-ci, Claudiano, centurion de la VIe cohorte. Mais aussi Iulius Secondinus, natione Dacus, prétorien appelé de nouveau au service, ayant atteint l'âge de 85 ans dans des conditions ou à cette époque on dépasse rarement l'âge de 50 ans[5].

La conquête de la Dacie par l'Empire romain[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Guerres daciques et Dacie romaine.

Les tribus (et royautés) daces ont toujours été très indépendantes, chacune menant sa propre politique, même s'il est arrivé que certains rois, tels Burebista ou Décébale, parviennent à en fédérer la plupart (le premier finissant assassiné, le second contraint au suicide). Sous Domitien comme sous Trajan, dont les règnes sont concomitants à celui de Décébale, la plupart des tribus daces fédérées ont attaqué l'Empire romain (Décébale obtenant de Domitien le versement d'un tribut) mais celles vivant le long du Danube et commerçant intensément avec les Romains ont toujours préféré s'allier à ces derniers. C'est ce qui permit à l'architecte Apollodore de Damas de construire pour Trajan, en toute sécurité, un pont en pierre sur le Danube, élément-clé de la conquête romaine commencée en 101 et achevée en 106, conclue par la prise du trésor de Décébale, le suicide de ce dernier, et l'intégration du sud-ouest de la Dacie à l'Empire romain, qui exploita dès lors, durant 165 ans, les mines d'or, d'argent et de sel de cette nouvelle province[6].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Cicerone Poghirc, Considérations linguistiques sur l'ethnogenèse paleo-balkanique, RESEE, XIV, 2, 1976, p. 207-220 et Philologica et Linguistica, Ausgewählte Aufsätze & Festsammlung Zum 55 Geburtstag (1953-1983), Studienverlag Dr. N. Brockmeyer, Bochum 1983.
  2. Hérodote, L'enquête, livre IV, 93.
  3. Calvert Watkins : The Indo-European linguistic family, genetic and typological perspectives in : Giacalone, Anna & Paolo Ramat (dir.) : The Indo-European languages, Routledge, Londres 1998.
  4. Voir ici et ici, ainsi que des images 3D
  5. traduction Voir sur le site de la wikipédia roumaine
  6. Mircea Babeş, Cosmin Bărbulescu, Cătălin Gruia : Qui étaient les Daces ?, National Geographic magazine, édition roumaine de Nov. 2004, pp. 24-53.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]