Omeyyades

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Califat omeyyade
الخلافة الأموية
Al-Ḫilāfah al-ʾumawiyyah (ar)

661750

Drapeau

Devise : لا إله إلا الله، محمد رسول الله
Il n'y a de dieu que Dieu, Mahomet est le messager de Dieu

Description de cette image, également commentée ci-après

Califat omeyyade en 750.

Informations générales
Statut Califat
Capitale Damas (661-744)
Harran (744-750)
Langue Arabe
Religion Islam
Monnaie Dinar omeyyade
Démographie
Population vers 700 62 000 000 hab.
Densité vers 700 5 hab./km2
Superficie
Superficie vers 750 13 000 000 km2[1]
Histoire et événements
661 Fondation du Califat omeyyade par Muʿāwiyah Ier
680-692 Deuxième Fitnah
Bataille du Guadalete
- Second siège de Constantinople
Bataille de Poitiers
Bataille du Grand Zab
750 Chute du Califat omeyyade, remplacé par le Califat abbasside
Califes omeyyades
(1er) 661-680 Muʿāwiyah Ier
(Der) 744-750 Marwān II

Entités précédentes :

Entités suivantes :

Les Omeyyades, ou Umayyades, (en arabe : الأمويون (Al-ʾUmawiyyūn), ou بنو أمية (Banū ʾUmayyah)) sont une dynastie de califes qui gouvernent le monde musulman de 661 à 750. Ils tiennent leur nom de leur ancêtre ʾUmayyah ibn ʿAbd Šams, grand-oncle[2] de Mahomet. Ils sont originaires de la tribu arabe de Qurayš, qui domine La Mecque au temps de Mahomet.

La dynastie des Omeyyades a combattu Ali et les partisans d'Ali, chose étrange et incompréhensible pour beaucoup de musulmans sincères et de chiites. Beaucoup de musulmans sont contre l'injustice faite à Ali et à ses enfants, Husein et Hassan, qui étaient les petits-enfants du Prophète. Il y eu aussi le massacre de centaine de compagnons commis par le califat tyranique et cruel omeyyade. Les conséquence de la tragédie de Karbala provoquèrent des insurrections que les Omeyyades avaient du mal à vaincre. Plus tard les Omeyyades ont été renversés par les Abassides.

Succédant au calife ʿAlī ibn ʾAbī Ṭalib, ils prennent Damas comme capitale et fondent le Califat omeyyade, qui devient le plus grand État musulman de l'Histoire en s'étendant de l'Indus jusqu'à la péninsule Ibérique. Renversés par les Abbassides, l'un de leurs survivants fuit à Al-ʾAndalus et fonde un nouvel État à Cordoue.

Histoire[modifier | modifier le code]

Origines et fondation[modifier | modifier le code]

L'ancêtre commun de Mahomet et des Omeyyades est ʿAbd Manāf ibn Quṣayy. Son fils Hāšim est à l'origine du clan des Banū Hāšim auquel appartient le Prophète, et son autre fils ʿAbd Šams est à l'origine de la dynastie des Omeyyades via son fils ʾUmayyah. Cependant, plusieurs historiens chiites considèrent que ʾUmayyah est un fils adoptif de ʿAbd Šams.

Les Banū Hāšim et les Banū ʾUmayyah connaissent une rivalité qui atteint son paroxysme après la bataille de Badr qui voit la mort de grands chefs des Banū ʾUmayyah. Lors de la conquête de La Mecque par les musulmans en 630, ʾAbū Sufyān ibn Ḥarb, lui-même des Banū ʾUmayyah et dirigeant de Qurayš, embrasse l'islam. Avec l'élection de ʿUṯmān ibn ʿAffān en tant que troisième calife, les Banū ʾUmayyah reprennent les rênes du pouvoir. Quand ʿUṯmān est assassiné en 656 par des opposants qui portent au pouvoir ʿAlī ibn ʾAbī Ṭalib, cousin et gendre de Mahomet, les Banū ʾUmayyah, notamment le gouverneur de Syrie Muʿāwiyah, fils de ʾAbū Sufyān, se révoltent. C'est la Première Fitnah du jeune État islamique. Lors de la bataille de Ṣiffīn, pour des raisons qui demeurent obscures[3], les deux camps décident d'arrêter les hostilités et de recourir à un arbitrage. Les partisans de ʿAlī qui sont contre l'arbitrage, arguant que ʿAlī est choisi par Dieu pour être calife et qu'il ne doit pas lui désobéir, s'en séparent et deviennent les kharidjites ; ils assassinent ʿAlī en 661. La même année, Muʿāwiyah marche sur Koufa (que ʿAlī avait érigée auparavant comme capitale) et convainc ses habitants de le choisir en tant que calife au lieu d'Al-Ḥasan, fils de ʿAlī, marquant ainsi la naissance du Califat omeyyade, avec Damas comme capitale.

Soufyanides[modifier | modifier le code]

Le règne de Muʿāwiyah Ier, qui initie la dynastie des Soufyanides (descendants de ʾAbū Sufyān) est marqué par une stabilité politique et une rapide expansion territoriale. À l'intérieur du Califat, la rébellion de Ḥuǧr ibn ʿAdiyy à Koufa est matée par le gouverneur d'Irak Ziyād ibn ʾAbī Sufyān. Tout en encourageant la coexistence pacifique avec les Gens du Livre, Muʿāwiyah Ier s'engage dans une guerre contre l'Empire byzantin et conquiert Rhodes et la Crète, ainsi qu'une partie de l'Afrique du Nord, où est fondée la ville de Kairouan, et de l'Asie centrale (Kaboul, Boukhara, Samarcande).

À la mort de Muʿāwiyah Ier en 680, son fils Yazīd Ier lui succède[4]. Cette succession héréditaire n'est pas acceptée par de nombreux musulmans, notamment ʿAbd Allāh ibn Az-Zubayr et Al-Ḥusayn, second fils de ʿAlī. La Deuxième Fitnah éclate. ʿAbd Allāh et Al-Ḥusayn se dirigent de Médine vers La Mecque. Puis Al-Ḥusayn continue vers Koufa pour rallier la population à sa cause, mais il est intercepté à Kerbala par une importante armée omeyyade qui le tue ainsi que sa famille et ses compagnons. ʿAbd Allāh se proclame calife, soulève les deux villes saintes de La Mecque et Médine, et étend l'opposition jusqu'à Bassorah, en Irak. Yazīd Ier arrête la révolte à Médine en 683 et meurt la même année.

Son fils et successeur, Muʿāwiyah II, ne règne que quarante jours, et après son abdication en 684, ʿAbd Allāh et Marwān ibn Al-Ḥakam, descendant d'une autre branche omeyyade, se disputent le pouvoir. Marwān finit par gagner en 684 et est proclamé calife à Damas, initiant la dynastie marwanide.

Marwanides[modifier | modifier le code]

Cependant, ʿAbd Allāh n'est pas encore définitivement vaincu : son califat est reconnu sur une grande partie du monde musulman. Marwān Ier réussit néanmoins à reprendre l'Égypte, mais meurt après neuf mois de règne.

ʿAbd Al-Malik et pacification du Califat[modifier | modifier le code]

Son fils ʿAbd Al-Malik lui succède en 685. La première partie de son règne est marquée par une révolte organisée par Al-Muḫtār ibn ʾAbī ʿUbayd à Koufa au nom de Muḥammad ibn Al-Ḥanafiyyah, un des fils de ʿAlī. Al-Muḫtār réussit à repousser les Omeyyades en 686, près de Mossoul, mais est vaincu par ʿAbd Allāh un an plus tard. En 691, les Omeyyades reprennent le contrôle de l'Irak, et en 692, ʿAbd Al-Malik obtient sa victoire définitive sur ʿAbd Allāh après avoir envoyé Al-Ḥaǧǧāǧ ibn Yūsuf Aṯ-Ṯaqafiyy à la tête d'une grande armée assiéger La Mecque, en utilisant des engins de siège qui endommagent la Kaaba. ʿAbd Allāh est tué lors de l'assaut, et ʿAbd Al-Malik n'a plus de concurrent, mettant ainsi fin à près de douze ans de guerre civile. La même année, la construction du dôme du Rocher à Jérusalem est achevée. Le règne de ʿAbd Al-Malik est aussi marqué par la centralisation de l'administration du Califat, l'établissement de l'arabe en tant que langue officielle et l'utilisation d'une monnaie unique, le dinar, qui remplace les pièces byzantines et iraniennes. ʿAbd Al-Malik reprend également l'offensive contre l'Empire byzantin, qu'il vainc à la bataille de Sébastopolis, et reprend le contrôle de l'Arménie et d'une partie du Caucase.

Expansion territoriale[modifier | modifier le code]

Al-Walīd Ier devient calife à la mort de son père ʿAbd Al-Malik en 705[5]. Sous son règne, la Grande mosquée des Omeyyades à Damas est construite et la Mosquée du Prophète à Médine est rénovée. Al-Ḥaǧǧāǧ est une figure marquante du règne d'Al-Walīd Ier et de son prédécesseur ; à la tête de troupes syriennes, il maintient régulièrement l'ordre en Irak, pays réfractaire à l'autorité omeyyade. Le début du VIIIe siècle voit également l'expansion territoriale du Califat omeyyade, notamment en Afrique du Nord, dans la péninsule Ibérique et jusqu'en Septimanie, avec la conquête du Royaume wisigoth en 711 par le général Ṭāriq ibn Ziyād[6].

Le règne de Sulaymān, frère et successeur d'Al-Walīd Ier, est marqué par l'échec du siège de Constantinople, qui met un terme aux vues omeyyades sur la capitale byzantine ; mais il est aussi marqué par la continuation de l'expansion territoriale, en Asie centrale et en Inde notamment.

ʿUmar II succède à son cousin Sulaymān en 717. C'est un calife à la position particulière dans la dynastie, du fait de sa sagesse et de sa piété, étant parfois le seul à être reconnu calife par la tradition ultérieure. ʿUmar II est notamment honoré pour avoir lutté contre les problèmes fiscaux concernant la conversion à l'islam. En effet, à cette époque, le Califat omeyyade est peuplé majoritairement de chrétiens, juifs, zoroastriensetc. Leur conversion n'est pas forcée, mais ils sont sujets à des taxes plus élevées que les musulmans, d'autant plus qu'une fois convertis, on prélève sur eux la capitation (ǧizyah) comme s'ils n'étaient pas encore musulmans. D'un point de vue financier, la conversion massive diminuerait les revenus de l'État, et certains gouverneurs découragent les conversions à l'islam, mais ʿUmar II tente de résoudre le problème, insistant sur l'égalité de traitement entre musulmans arabes et non arabes, et enlevant les obstacles à la conversion des non Arabes à l'islam.

Après la mort de ʿUmar II en 720, Yazīd II, un autre fils de ʿAbd Al-Malik, lui succède. Une nouvelle révolte majeure, menée par Yazīd ibn Al-Muhallab, éclate alors en Irak et est arrêtée par Maslamah ibn ʿAbd Al-Malik, demi-frère du calife. Yazīd II prône une politique iconoclaste en ordonnant la destruction des images chrétiennes à travers le Califat.

Le dernier fils de ʿAbd Al-Malik à devenir calife est Hišām, qui succède à Yazīd II en 724. Son assez long règne marque l'apogée militaire du Califat omeyyade. Après l'échec du siège de Constantinople en 718[6], qui avait donné un coup d'arrêt à l'expansion omeyyade, Hišām reprend la guerre contre l'Empire byzantin en pénétrant en Anatolie. Après plusieurs victoires, l'avancée des armées omeyyades est freinée à la bataille d'Akroinon. Le règne de Hišām voit aussi les limites de l'expansion en Europe après la défaite omeyyade à la bataille de Poitiers en 732, face au Royaume franc et à l'Aquitaine[7]. Le Califat reste néanmoins maître de la péninsule Ibérique. Des révoltes majeures éclatent, notamment en Afrique du Nord (739), en Bactriane et en Transoxiane, qui restent difficiles à gouverner, notamment à cause du problème des droits des musulmans non arabes.

Troisième Fitnah[modifier | modifier le code]

En 743, Al-Walīd II (fils de Yazīd II) succède à Hišām. Al-Walīd II est plus connu pour son attirance pour les plaisirs que pour la religion. Il s'attire très vite de nombreux ennemis en tuant ceux qui se sont opposés à son accession au pouvoir. Son règne est également marqué par la lutte contre les qadarites, adeptes d'un mouvement religieux qui s'oppose aux Omeyyades.

En 744, Yazīd III le Réducteur, proclamé calife à Damas et fils d'Al-Walīd Ier, attaque avec son armée Al-Walīd II et le tue. Il tient son surnom du fait de sa réduction des rentes militaires de 10 %. Réputé pieux et sympathisant avec les qadarites, il meurt six mois après son accession au pouvoir.

Yazīd III désigne comme successeur son frère ʾIbrāhīm, mais Marwān, petit-fils de Marwān Ier par son père Muḥammad, prend le pouvoir à ʾIbrāhīm après avoir marché sur Damas en décembre 744 à la tête d'une armée de la frontière nord et se proclame calife. Marwān II déplace la capitale à Harran et une rébellion éclate en Syrie. En représailles, il détruit les murs de Damas et de Homs. Les kharidjites se soulèvent également, notamment en Irak, et choisissent des califes rivaux.

Chute[modifier | modifier le code]

En 747, au moment où Marwān II prévoit de rétablir l'ordre en Irak, un mouvement bien plus important commence à menacer le Califat omeyyade : le mouvement hachimite, du nom de ʾAbū Hāšim, fils de Muḥammad ibn Al-Ḥanafiyyah et petit-fils de ʿAlī ibn ʾAbī Ṭalib. C'est une branche des chiites kaysanites, menée par les Abbassides, du clan des Banū Hāšim, rival des Banū ʾUmayyah. Le mouvement hachimite est actif au Khorassan et mène une campagne de recrutement depuis 719 environ. Les Abbassides rallient également à leur cause les anciens partisans de la révolte d'Al-Muḫtār ibn ʾAbī ʿUbayd, qui étaient partisans de Muḥammad ibn Al-Ḥanafiyyah vers la fin des années 680. La croissance soutenue du mouvement hachimite vient notamment du fait de sa popularité aussi bien auprès des Arabes que des non Arabes (mawālī), ce qui jouera un rôle crucial.

Vers 746, ʾAbū Muslim Al-Ḫurāsāniyy prend la tête du mouvement et initie une insurrection ouverte contre le pouvoir omeyyade un an plus tard. Les Abbassides prennent très vite le contrôle de tout le Khorassan et se dirigent vers l'ouest. Koufa est prise en 749. Marwān II, à la tête de l'armée omeyyade, se dirige alors vers l'est pour arrêter les Abbassides. Les deux armées se rencontrent à la bataille du Grand Zab au début de 750 et les Omeyyades sont défaits. La même année, Damas est prise et Marwān II fuit en Égypte, où il est tué. ʾAbū Al-ʿAbbās As-Saffāḥ, chef des Abbassides, est proclamé calife à Koufa. C'est la fin du Califat omeyyade et le début du Califat abbasside.

Les Abbassides détruisent la plupart des tombeaux omeyyades, n'épargnant que celui de ʿUmar II, et presque tous les membres de la famille sont traqués et tués, mais le prince ʿAbd Ar-Raḥmān ibn Muʿāwiyah, petit-fils de Hišām, réussit à s'enfuir, à gagner la péninsule Ibérique et à y établir un émirat à Cordoue. En 929, l'émir ʿAbd Ar-Raḥmān III prend le titre de calife.

Administration[modifier | modifier le code]

L'administration du Califat omeyyade s'inspire en partie de celle de l'Empire byzantin. Globalement, elle est organisée en trois grandes branches qui traitent les différentes affaires du Califat : les affaires religieuses, les affaires politiques et militaires et les affaires fiscales. Chacune des ces trois branches est subdivisée à son tour en bureaux et départements. Avec l'expansion rapide du Califat, le nombre d'Arabes qualifiés pour les différentes tâches administratives devient insuffisant, si bien qu'il est accordé aux employés locaux des différentes provinces conquises de conserver leur poste sous le gouvernement omeyyade. Ainsi, le travail des administrations provinciales est en grande partie enregistré en pehlevi, en copte, ou encore en grec. Ce n'est que sous ʿAbd Al-Malik que l'arabe finit par s'imposer dans les différentes administrations provinciales en tant que langue officielle unique[8].

Bureaux centraux[modifier | modifier le code]

Le Califat omeyyade est géré par six bureaux centraux : dīwān al-ḫarāǧ (bureau des revenus), dīwān ar-rasāʾil (bureau de la correspondance), dīwān al-ḫātam (bureau du sceau), dīwān al-barīd (bureau de la poste), dīwān al-quḍāh (bureau de la justice) et dīwān al-ǧund (bureau de l'armée).

Dīwān al-ḫarāǧ[modifier | modifier le code]

C'est le bureau chargé d'administrer les finances du Califat. Il impose et collecte également les taxes et les impôts, notamment l'impôt foncier.

Dīwān ar-rasāʾil[modifier | modifier le code]

C'est le bureau chargé de la correspondance d'État. Il fait circuler les missives et les communiqués officiels à travers tout le Califat, et vers les officiers centraux et provinciaux. Il coordonne également l'action des autres bureaux.

Dīwān al-ḫātam[modifier | modifier le code]

Ce bureau est chargé de lutter contre les actes de contrefaçon, notamment des documents officiels, qu'il copie et conserve avant de les sceller et de les envoyer à leur destination, si bien qu'au fil du temps, de véritables archives d'État se développent à Damas. Ce bureau est conservé par les Abbassides, lorsqu'ils prennent le pouvoir.

Dīwān al-barīd[modifier | modifier le code]

Introduit par Muʿāwiyah Ier, ce bureau gère la poste à travers le Califat. Sous ʿUmar II, plusieurs caravansérails voient le jour le long des routes, notamment au Khorassan. Des relais de chevaux permettent la liaison entre le calife, ses agents et les officiers provinciaux. Les routes principales sont subdivisées en tronçons d'environ 19 km, chaque tronçon ayant ses montures qui transportent le courrier et assurent la liaison avec le tronçon suivant. Initialement prévu pour les besoins du gouvernement, ce système profite également aux particuliers et à l'armée. Sous le gouverneur Yūsuf ibn ʿUmar, le bureau de poste de l'Irak coûte environ 4 000 000 de dinars par an.

Dīwān al-quḍāh[modifier | modifier le code]

La justice est gérée par un bureau indépendant. Les juges principaux, à partir de 661, siègent en Égypte. Les plus grandes villes du Califat ont chacune un juge musulman ou cadi, généralement nommé par le gouverneur de la province. Le cadi reçoit les plaideurs chez lui ou, plus souvent, à la mosquée, lors d'audiences publiques[9].

Dīwān al-ǧund[modifier | modifier le code]

C'est le bureau chargé de l'administration militaire. L'armée est divisée en cinq corps : le centre, les deux ailes, l'avant-garde et l'arrière-garde, en marche ou au champ de bataille. Marwān II abandonne ce système et introduit la cohorte (kurdus), petite formation compacte. L'armée omeyyade se compose de trois divisions : la cavalerie, l'infanterie et l'artillerie. La cavalerie utilise des selles pleines et rondes, l'infanterie est d'inspiration byzantine et l'artillerie est formée de mangonneaux, béliers et balistes. Initialement, des pensions et indemnités de subsistance sont accordées même aux militaires qui ne sont pas en service actif, cependant, Hišām instaure une réforme et seuls les participants aux combats sont payés.

Provinces[modifier | modifier le code]

Le Califat omeyyade est divisé en plusieurs provinces, dont les frontières changent au fil du temps à plusieurs reprises. Chaque province est dirigée par un gouverneur nommé par le calife. Le gouverneur a autorité sur les officiers religieux et militaires, la police et l'administration civile de sa province. Le budget provient directement des taxes prélevées dans la province, et le surplus est envoyé à Damas. Vers les dernières années du Califat, avec l'effritement du pouvoir central, certains gouverneurs n'envoient pas ce surplus et se constituent une grande fortune personnelle[8].

Monnaie[modifier | modifier le code]

Dinar omeyyade.

Le commerce après la conquête omeyyade utilise au départ des pièces préexistantes, byzantines ou iraniennes, sur lesquelles sont parfois frappés des versets du Coran. En parallèle, le Califat omeyyade commence à frapper sa propre monnaie à Damas, la première monnaie musulmane de l'Histoire. La pièce d'or est appelée le dinar, et la pièce d'argent, le dirham[8].

Société[modifier | modifier le code]

La société omeyyade est constituée de quatre classes principales :

  • les musulmans arabes ;
  • les musulmans non arabes, ou mawālī ;
  • les non musulmans libres (chrétiens, juifs, zoroastriens, etc.) ;
  • les esclaves.

Les musulmans arabes sont au sommet de la société, et une grande partie de cette classe sociale voit le fait de régner sur les territoires conquis comme un devoir. Malgré le fait que l'islam prône l'égalité entre tous les musulmans, quelle que soit leur ethnie, la majorité des musulmans arabes se tient en haute estime par rapport aux musulmans non arabes, et les mariages inter-ethniques sont assez rares. Cette inégalité sociale est à l'origine de tensions, les musulmans non arabes devenant de plus en plus nombreux au sein du Califat, au fur et à mesure des conquêtes. C'est l'une des principales causes de la révolte abbasside[10].

Les groupes non musulmans sont principalement constitués de chrétiens, juifs, zoroastriens et Berbères polythéistes. Ils ont un statut qui les protège, en tant que deuxième classe sociale du Califat, du moment qu'ils reconnaissent et acceptent la suprématie politique des musulmans. Ils sont autorisés à avoir leurs propres tribunaux, et sont libres de pratiquer leurs religions respectives. Bien qu'ils ne puissent occuper les plus hautes fonctions de l'État, ils ont de nombreux postes administratifs. Les chrétiens et les juifs continuent à produire de grands théologiens au sein de leurs communautés, mais au fil du temps, la plupart des intellectuels se convertissent à l'islam, ce qui conduit à un manque de grands penseurs dans les communautés non musulmanes[11].

Art[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Art omeyyade.

Architecture et urbanisme[modifier | modifier le code]

Il existe grossièrement trois types de villes chez les Omeyyades :

  • Les ʾamṣār : Ces centres urbains sont créés comme quartiers d'hiver et lieux de repli pour l'armée des conquérants musulmans. Ils suivent un schéma simple : la grande mosquée et dār al-ʾimārah, le palais, occupent le centre, et sont entourés de quartiers d'habitations. Si certaines ʾamṣār périclitent complètement peu de temps après leur création, d'autres se développent considérablement.
  • Les villes hellénistiques et romaines transformées : Le Proche-Orient, sous domination byzantine jusqu'à la conquête, est déjà fortement urbanisé. C'est pourquoi moins de cités sont construites dans ces régions, les nouveaux arrivants s'installant dans les villes déjà bâties. Une grande mosquée y est édifiée, soit à la place de l'église, soit sur un lieu laissé vide. L'église peut aussi parfois être coupée en deux, une partie étant réservée au culte chrétien, l'autre au culte musulman.
  • Les villes nouvelles : D'autres villes sont créées plus ou moins ex nihilo, sans être pour autant des ʾamṣār, mais simplement de nouveaux centres urbains civils.

C'est sous les Omeyyades que naît réellement l'architecture religieuse islamique, à partir du dôme du Rocher. Ce monument très particulier, qui serait construit sur l'emplacement du Temple de Salomon, est, selon Oleg Grabar, « le premier monument qui se voulût une création esthétique majeure de l'Islam »[12]. C'est aussi sous les Omeyyades que se met en place le type de la mosquée de plan arabe. L'archétype et le chef-d’œuvre en est la Grande mosquée des Omeyyades à Damas, réalisée sous le règne d'Al-Walīd Ier, entre 705 et 715.

L'architecture civile se développe elle aussi, au travers des châteaux du désert. Ils sont nombreux à s'élever dans des plaines syriennes arides, mais auparavant extrêmement verdoyantes et fertiles. Remplissant des fonctions différentes (caravansérails, résidences princières ou de gouverneurs, etc.), ils présentent des plans variés, mais des caractéristiques communes.

Le décor architectural dépend encore beaucoup de l'art byzantin, comme en témoignent le fréquent remploi de colonnes antiques ou les mosaïques à fond d'or parfois réalisées par des artistes byzantins, parfois par des artisans locaux qui les imitent. La peinture murale est également très développée, comme à Qusair Amra, et on connaît des sculptures en stuc, quasiment les seules rondes bosses de tout l'art islamique.

Objets[modifier | modifier le code]

Les premiers objets islamiques sont très difficiles à distinguer des objets antérieurs à la période, en effet, ils utilisent les mêmes techniques et les mêmes motifs.

Bol à décor de pampres et de grenades, inscription en arabe, céramique argileuse à décor moulé, VIIe ‑ VIIIe siècles, Suse, Musée du Louvre.

On connaît notamment une abondante production de céramique non glaçurée. Les motifs végétaux sont alors sans doute les plus importants. Il existe aussi des pièces recouvertes de glaçures monochromes vertes ou jaunes. Une glaçure est un revêtement vitreux, coloré ou non, parfois transparent, parfois opaque, qui recouvre une céramique et la fait briller ; c'est un élément très important dans l'art des pays musulmans.

Les artisans travaillent déjà le métal en virtuoses, créant toutes sortes de vaisselles. L'aiguière de Marwān II, du musée islamique du Caire, en est un des plus impressionnants exemples. Composée d'une panse globulaire, d'un haut col finement ajouré, d'une embouchure en forme de coq, elle est un des chefs-d’œuvre de la période omeyyade. Elle est d'ailleurs créée pour l'un des souverains de cette dynastie.

Postérité[modifier | modifier le code]

Sous les Omeyyades, l'aire de répartition de l'arabe se voit multipliée au fil des conquêtes. De célèbres bâtiments, comme le dôme du Rocher ou la Grande mosquée des Omeyyades, sont construits pendant leur règne. Cependant, les califes omeyyades souffrent d'une mauvaise réputation dans l'historiographie musulmane, et le titre de calife (successeur [du Prophète]) leur est parfois refusé, pour le titre plus séculier de malik, roi. Les adversaires des Omeyyades leur reprochent principalement d'usurper le califat et d'avoir versé le sang de la famille du Prophète, ainsi qu'une certaine indifférence à l'égard de l'islam et ses règles, notamment en négligeant de convertir les populations conquises.

Le Califat omeyyade est aussi bien marqué par son expansion territoriale que par les problèmes administratifs et culturels dus à cette expansion. Hormis quelques exceptions notables, les Omeyyades tendent à favoriser les droits des vieilles familles arabes, particulièrement la leur, aux dépens des nouveaux convertis, conduisant à une vision moins universelle de l'islam, considéré comme le privilège de l'aristocratie conquérante omeyyade, une vision qui s'oppose à celle de la majorité de leurs rivaux[13]. Certains historiens considèrent que les Omeyyades transforment le califat d'une institution religieuse en une institution dynastique. Les califes omeyyades se voient pour la plupart comme les représentants de Dieu sur Terre, au sommet de la communauté des musulmans, et n'éprouvent pas le besoin de partager leur pouvoir religieux avec la classe émergente des érudits religieux[14]. C'est en grande partie cette classe d'érudits, bien basée en Irak, qui est responsable de l'écriture et de la collecte des traditions qui forment les sources primaires de l'histoire omeyyade.

Le nationalisme arabe considère la période omeyyade comme une partie de l'âge d'or arabe, qu'il aspire à restaurer. Cette nostalgie de la période omeyyade est surtout vive en Syrie, noyau du Califat omeyyade. Le blanc, une des quatre couleurs panarabes, symbolise d'ailleurs la dynastie omeyyade.

Arbre généalogique[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]