Histoire du Soudan

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Sudan Meroe Pyramids 2001.JPG

L'histoire du Soudan est marquée par l'influence militaire et culturelle de ses voisins, dont l'Égypte, la péninsule Arabique, l'Éthiopie, les deux Congo (République du Congo et République démocratique du Congo) et le Tchad ainsi que, plus récemment, du Royaume-Uni et des États-Unis. Son territoire recoupe celui de plusieurs anciens royaumes dont le royaume de Koush, ceux du Darfour et de Nubie.

Préhistoire[modifier | modifier le code]

Les fouilles archéologiques menées sur le Nil en amont d'Assouan ont confirmé l'occupation humaine de la vallée dès le paléolithique, il y a plus de 60 000 ans. Au VIIIe millénaire av. J.‑C., des peuples néolithiques s'y sont sédentarisés dans des villages fortifiés en briques, pratiquant l'agriculture et l'élevage. Les sociétés prédynastiques de Nubie et de Haute-Égypte étaient ethniquement et culturellement très proches, et évoluèrent parallèlement vers des royaumes pharaoniques vers -3300. La Basse-Nubie semble ensuite s'être vidée de sa population dans le cadre d'un processus forcé d'égyptianisation et d'unification de la vallée du Nil par les royaumes établis au nord.

Antiquité[modifier | modifier le code]

XXVe au XXIe siècle avant notre ère[modifier | modifier le code]

Premier royaume de Kerma ou Kerma ancien ; sous cette dénomination on entend regrouper l'ensemble des cultures nilotiques du Soudan moyen qui se regroupèrent par chefferies autour d'un puissant monarque qui avait sa capitale à Kerma, site du cours moyen du Nil soudanais. La population de cette époque est en effet constituée d'un ensemble de peuplades différentes davantage marqué par les influences du sud du Soudan. Développement de la métallurgie (bronze) et des arts : ébénisterie, ivoire, céramique, dont on a retrouvé beaucoup de témoignages dans les sépultures de l'époque qui acquièrent alors leur forme définitive. Fosse circulaire contenant le défunt inhumé en position contractée et la tête à l'orient, avec son matériel funéraire, l'ensemble étant recouvert d'un tumulus autour duquel les offrandes alimentaires sont déposées et les sacrifices funéraires opérés.

Le site de Kerma

Au nord de cette région la Nubie était dominée par des peuplades que l'on regroupe sous le terme de Groupe C et qui interdisaient l'accès au sud en contrôlant drastiquement le commerce voire en pillant les convois qui revenaient en Égypte ou en partaient. À l'Ancien Empire cette situation devenait critique pour les Égyptiens qui avaient besoin de cet accès pour obtenir des biens précieux et rares en provenance de l'Afrique centrale. Avec le temps le Groupe C semble avoir peu à peu entretenu des relations pacifiques avec le voisin égyptien allant jusqu'à fournir des mercenaires aux troupes de Pharaon. En retour l'Égypte lui garantissait une relative sécurité aussi bien au niveau militaire qu'économique en notamment palliant les périodes de famines par l'envoi de grain aux peuples de la région. Les débouchés sur les mines d'or du désert oriental y étaient certainement déjà pour quelque chose. En revanche le lointain royaume de Kerma représentait toujours un danger pour les expéditions commerciales qui entraient alors sans doute en concurrence avec le jeune royaume dont l'influence grandissait. Deux groupes de population et de culture distinctes occupaient donc toute la vallée du Nil soudanais jusqu'aux environs de la cinquième cataracte et formaient alors deux puissantes civilisations proto-urbaines avec lesquelles il fallait compter. On assiste en effet sur tout le long de la vallée à la sédentarisation progressive des peuples et à l'établissement de villages qui peu à peu deviennent de grosses bourgades. Kerma était alors déjà une cité étendue.

XXIe au XVIIIe siècle avant notre ère[modifier | modifier le code]

Deuxième royaume de Kerma ou Kerma moyen. Développement du royaume et de sa culture notamment des pratiques funéraires ; les défunts sont toujours inhumés en position fœtale la tête à l'est avec un riche mobilier funéraire. On peut suivre à travers l'évolution de ces pratiques et le développement des tumuli une hiérarchisation de plus en plus marquée de la société. Une véritable classe aristocratique voit donc le jour et préfigure la puissance du royaume à la période suivante. De rares contacts directs ont lieu avec les voisins du nord mais le commerce est florissant et atteste de la stabilité de la région. On retrouve des traces de son réseau commercial sur les terres de Chillouk au sud de la vallée du Nil et jusque dans les montagnes du Tibesti. Au nord du pays, le Groupe C domine toujours la vallée jusqu'à ce que les pharaons du Moyen Empire égyptien annexent littéralement la région jusqu'au Batn el-Haggar. On assiste alors à une réaction du royaume de Kerma qui protégera ses cités derrière des remparts et, signe des temps, les défunts masculins seront alors inhumés avec leurs armes de manière systématique.

XVIIIe au XVe siècle avant notre ère[modifier | modifier le code]

Ruines de la capitale de Kerma

Troisième royaume de Kerma ou Kerma classique ; un nouveau royaume de Koush étend son territoire de la première cataracte, aux environs d'Assouan, jusqu'à la quatrième cataracte suite à l'alliance des peuples nubiens (Groupe C) et du royaume de Kerma qui en devient alors la capitale. Les relations avec le voisin du nord sont au début pacifiques et le commerce est florissant avec toute la vallée du Nil et l'Afrique centrale. On assiste à un bond de l'agriculture et de l'urbanisation de la région. Grandes constructions dans la capitale et nécropoles royales avec tumuli colossaux (certains dépassent les cent mètres de diamètre). Au niveau culturel on assiste à un maintien des coutumes et traditions locales bien que certains éléments architecturaux ou décoratifs soient empruntés à la culture égyptienne qui reste assez présente sur le nord du royaume. Des relations diplomatiques entre Kerma et les dynastes Hyksôs du delta du Nil sont prouvées et attestent que les deux puissances cherchèrent à passer alliance afin de contrer la montée en puissance d'une dynastie rivale située à Thèbes. L'un de ces souverains, Kamosé reprendra alors l'avantage sur le royaume de Kerma repoussant sa frontière au sud d'Éléphantine. Son successeur Ahmosis poursuivra cette conquête des territoires du Soudan.

XVe au XIIe siècle avant notre ère[modifier | modifier le code]

Domination égyptienne jusqu'à la IVe cataracte. Destruction du royaume de Kerma par Ahmôsis Ier puis Amenhotep Ier (XVIIe dynastie) ; contrôle des routes commerciales et des mines d'or du désert oriental. Construction des sites et monuments de Beit el-Ouali, Gerf Hussein, Kouban, Ouadi es-Séboua, Amada, Aniba, Derr, El-Lessiya, Qasr Ibrim, Abou Simbel (Nubie égyptienne), Faras, Aksha, Bouhen, Semna, Ouronarti, Kouma, Amara (Nubie soudanaise), Saï, Sédeinga, Djebel Dosha, Soleb, Sésébi, Pnoubs, Argo, Kaoua, Napata (Gebel Barkal), Kourgous. Installation d'un Vice-Roi pour cette région qui subit une égyptianisation affichée. Capitale à Aniba.

XIe siècle avant notre ère[modifier | modifier le code]

Tête d'un colosse d'Aspelta trouvée à Napata

Fin de la domination égyptienne sur le Soudan suite à l'éclatement de l'Égypte en plusieurs royaumes rivaux. La Nubie devient indépendante autour du Vice-Roi de Koush dont le dernier représentant attesté est Panéhésy (règne de Ramsès XI) et permet ainsi le développement à nouveau des chefferies et des principautés au Soudan qui semblent coexister pacifiquement notamment au sud du pays.

Xe siècle avant notre ère[modifier | modifier le code]

Constitution d'une principauté autour d'une dynastie locale à Napata (Djebel Barkal). Cette dynastie trouverait ses origines dans la lointaine Méroé alors encore simple place commerciale. Peu à peu l'influence de la principauté s'étend sur l'ensemble des royaumes du Soudan et constitue un puissant royaume au cœur de l'Afrique occidentale et centrale. Règne de six souverains inconnus. Au IXe siècle av. J.-C., suite à une guerre civile qui plonge la thébaïde dans le chaos, une partie du clergé de Karnak se réfugie à Napata sous la protection des princes de Koush.

VIIIe siècle avant notre ère[modifier | modifier le code]

Règne du prince Alara puis règne du roi Kachta le Koushite ; conquête de la Basse Nubie puis de la Haute-Égypte. Apogée du royaume de Napata dont la dynastie réclame l'héritage de l'Égypte. Devant l'anarchie qui y règne, Piyé (Piânkhy), puis après lui ses successeurs interviennent et montent sur le trône d'Égypte fondant la XXVe dynastie. Leur royaume s'étend alors de la VIe cataracte aux environs de Khartoum jusqu'à la Méditerranée.

Règne des rois : Piyé, Chabaqa, Chabataqa, Taharqa, Tanouetamani. Tous règneront sur le royaume de Koush et d'Égypte.

Construction des temples napatéens de Nubie et du Soudan. Cet empire prendra fin à la seconde moitié du VIIe siècle av. J.-C. avec la conquête de l'Égypte par les Assyriens. Le royaume qui conserve Napata comme capitale retrouve alors ses frontières originelles. Vers -591, le pharaon Psammétique II envoie une expédition contre le royaume de Koush, réduisant à néant les ambitions des rois de Napata sur l'Égypte.

Destruction des villes saintes de Kaoua, Pnoubs, Napata et destruction des statues royales de la XXVe dynastie.

VIe au IVe siècle avant notre ère[modifier | modifier le code]

Pyramides de Méroé

Second royaume de Napata ; suite à la perte de leur suzeraineté en Égypte, les souverains de Koush développeront leur royaume et leur culture de manière de plus en plus autonome. Développement de la civilisation du fer à Méroé et des routes commerciales avec le cœur de l'Afrique et la Mer Rouge (route maritime de l'Inde). Reprise de l'influence jusqu'à la première cataracte aux environs de Philæ. Restauration des grands sanctuaires du royaume. Nécropoles et pyramides de Nouri et d'El-Kourrou.

Fin de la période antique[modifier | modifier le code]

IVe siècle avant notre ère au IVe siècle de notre ère[modifier | modifier le code]

Royaume de Méroé ; transfert de la nécropole royale et de la capitale de Napata à Méroé. Développement de la culture méroïtique dans toute la vallée du Nil et relations commerciales étroites avec le royaume lagide d'Égypte. Des conflits éclatent entre les deux puissances et trouveront leur paroxysme lors de la conquête romaine au Ier siècle av. J.-C..

En -24, conquête de Philæ et d'Assouan par la Candace Amanishakhéto. Conquête de la Nubie par les romains qui seront stoppés par la reine. Traité de paix entre Rome et Méroé en -21, dit Traité de Samos. La frontière est fixée à Maharraqa et à dater de cette époque les deux empires entretiendront des relations commerciales florissantes.

À la seconde moitié du IVe siècle de notre ère, des incursions répétées du royaume d'Axoum entament le royaume de Méroé. C'est à cette époque que l'on situe traditionnellement sa chute sous les coups des rois Ella-Amida et Ezana d'Éthiopie. Construction des sites et monuments de Dakka, Qasr Ibrim, Tabo, Méroé, Musawarat es-Sofra, Naga, Wad-Ben-Naga, Basa, El-Hassa, Hosh-Ben-Naga, Djebel Qeili, Soba et Khartoum. Développement des cultes des dieux soudanais : Dédoun "le premier de Nubie", Apédémak "le grand dieu du Sud", Arsénouphis et Mandoulis. Nécropole de pyramides royales à Méroé ; dernière sépulture royale méroïtique aux environs de 350 de notre ère.

IVe au VIe siècles[modifier | modifier le code]

Couronne d'un roi nubien post-méroïtique trouvée à Ballana

Royaumes post-méroïtiques. En 450, alliance des Nobas et des Blemmyes contre Rome pour la défense de leurs lieux de cultes dont l'île de Philæ était le principal sanctuaire. En 453 signature d'un traité de paix entre les belligérants autorisant les soudanais à pratiquer leur culte d'Isis librement. Sépultures royales d'El-Hobagi et nécropoles de Qoustoul et Ballana.

Période chrétienne[modifier | modifier le code]

VIe au XIVe siècles[modifier | modifier le code]

Vers 530, fermeture définitive du temple d'Isis à Philæ et christianisation progressive des royaumes post-méroïtiques des Blemmyes (vers 550), des Nobades (vers 570) et des Nobas (vers 580). Après le déclin de Méroé, trois royaumes chrétiens se formèrent au VIe siècle : ceux de Makurie et de Nobatie, qui s'unirent ensuite pour former le royaume de Dongola, et celui d’Aloa (ou Alodie), plus au sud. Construction d'églises et de monastères et rapprochement de l'Église soudanaise et de l'Église copte d'Égypte. Vers 640, la conquête arabo-musulmane de l'Égypte isole ces royaumes du reste du monde chrétien. Les royaumes chrétiens s’effondreront entre le XIVe et le XVIe siècle. Les Arabes baptisèrent alors les terres situées au sud de l’Égypte Bilad-al Sudan, le pays des Noirs.

Le dernier royaume de Nubie soudanaise était commandé depuis la ville nubienne de Kokka. Le premier roi s'appelait Nasser. Il prit le pouvoir vers 1340. Treize rois régnèrent depuis cette capitale, d'Assouan jusqu'à Dongola. On suppose aussi d'après des sources sérieuses que les royaumes dits "petits" et éparpillés dans la province de Nubie étaient tous issus de cette dynastie. Le treizième et dernier roi régnant depuis Kokka était Abdelaziz Zubair Al Malik Al Diab de Nubie qui perdit son trône vers 1940. Chaque prénom: Abelaziz, Zubair...etc représente dans l'ordre le prénom du dernier roi, puis celui de son père et ainsi de suite. Ce sont les Anglais qui vinrent le déchoir oralement. Le Royaume de Kokka était divisé en sept districts, il existait des rangs de noblesse différents. Il faut savoir que cette dynastie de rois avaient conclu différents pactes et alliances notamment avec les Turcs et donc leur royaume n'a pas été affaibli au moment des différents rebondissements historiques. Le dernier roi était d'ailleurs l'époux d'une femme turque.

Aujourd'hui, le château, l'épée et la Couronne royale sont restés dans la famille. Le roi déchu, Abdelaziz était resté roi pour son peuple, il était devenu aigri contre les Anglais contrairement à son beau-fils qui reçu plusieurs médailles pour ses services, notamment une décoration de Georges V. Ce fut effectivement le dernier royaume de Nubie connu et répertorié à ce jour dans les livres historiques du Soudan et confirmé par les archéologues qui étudient l'histoire de la Nubie, notamment "Nubian studies". D'après le fils direct du dernier roi AbdelAziz: Omer Abdelaziz, interrogé au Soudan, le premier ascendant direct du roi Nasser était compagnon de Mahomet. Le plus ancien ascendant connu à ce jour s'appelait Al Khazraj. Toujours selon lui, les conquêtes ne se firent pas dans le sang mais par l'exhortation, ce qui explique plusieurs thèses sur la désintégration des royaumes chrétiens précédents.

Période islamique[modifier | modifier le code]

Le roi de Sennar en 1821

XIVe au XIXe siècles[modifier | modifier le code]

En septembre 1315, les Mamelouks d'Égypte lancent une expédition contre le royaume chrétien de Makurie ; le sultan du Caire al-Nâsir dépose Kérenbés, dernier roi chrétien de Dongola, qui refusait de payer le tribut. Il installe sur le trône un roi nubien musulman nommé Abdallah ibn-Sanbou[1]. Ce dernier est à son tour renversé par un autre musulman, Kanz ed-Daoula, qui occupe la région jusqu’en 1382. Il est en lutte continuelle contre les Égyptiens et parvient à occuper temporairement la région d’Assouan, mais il en sera définitivement chassé à la fin du siècle par les troupes égyptiennes. Le royaume d’Aloa, plus au sud, reste à l’écart de ces combats, mais lorsque Dongola tombe, il est coupé de la chrétienté, car le royaume d’Aksoum lui est hostile.

Le 29 mai 1317, la cathédrale de Dongola est officiellement transformée en mosquée. L’islamisation des élites commence[2].

En 1484, Amara Dounkas (1484-1526) fonde le royaume foundj de Sennar (ou Sinnar) qui annexe le royaume d’Alodie en 1504. Il règne entre le Nil blanc et le Nil bleu sur une population composée d’Arabes, de Nubiens, de Méroïtiques et de Noirs[3]. Les Foundj ont Sennar pour capitale sur le Nil bleu dont ils contrôlent la vallée. L’essentiel des exportations est composé des esclaves des tribus païennes de l’ouest et du sud[4].

À la fin du XVIIIe siècle, le royaume foundj est ruiné par les luttes intestines des rois et de leurs vizirs Hamadj. Le royaume, qui a déjà perdu le Kordofan au profit du Darfour, ne contrôle plus que Sennar, la capitale, et la Gezirah (« île »), riche terre entre le Nil Blanc et le Nil Bleu où l’irrigation est possible ; il connaît une succession de meurtres de sultans jusqu’en 1821 avant d’être conquis par l’Égypte alaouite[5].

En octobre 1820, sur ordre de la Porte, Méhémet Ali organise une mission au Soudan dirigée par son fils Ismaïl Kamil[6]. Le 12 juin 1821, après avoir soumis Dongola et les Chaïkieh, Ismaïl entre à Sennar et annexe le royaume Foundj[7]. Son lieutenant, le defterdar Mohammed Kousrao conquiert le Kordofan sur le Darfour[8] dont la capitale tombe le 16 août[9]. La révolte en Grèce ne permet pas de continuer la conquête vers le Darfour. Quatre gouverneurs sont installés à Dongola, à Berber, à Sennar et au Kordofan.

L’Égypte impose au Soudan un régime administratif sévère dominé par les « Turcs », al-Turkiyya (la Turquerie), en réalité des gens de langue turque (Albanais, Circassiens, anciens mamelouks ralliés au khédive). Le turc osmanli devient la langue administrative. Des impôts très lourds payables en nature (bétail et esclaves) sont levés. Les Égyptiens instituent un régime fiscal qui suscitera maintes révoltes. La base de la taxation est la terre, l’unité taxée étant le nombre de grandes roues à eau (sagiya) qui doivent payer de 15 à 132 piastres par an selon la production. Les terres non irriguées sont beaucoup moins imposées, mais les palmiers-dattiers le sont aussi. Les soldats noirs, qui meurent de maladie hors du Soudan, sont affectés à la colonisation de leurs propres terres. Ils forment une armée de mercenaires efficace (Nubi) et plus tard serviront à la colonisation des Allemands au Tanganyika et des Belges au Congo.

Des esclaves sont recrutés massivement pour l’armée du khédive et entraînés à Assouan. Un des motifs de l’expansion égyptienne le long de la vallée du Nil est la traite des esclaves, en particulier pour approvisionner l’armée en soldats. Méhémet Ali compte obtenir annuellement entre 20 et 40 000 hommes par an, mais la traite ne lui en procurera qu’entre 2 et 3 000.

Dès octobre 1822, le pays se révolte contre le système d’impôts imposé par l'Égypte. Ismaïl Kamil est brûlé vif. La situation est rétablie par le defterdar Mohammed Kousrao, qui vainc les rebelles à la bataille de Makdur en septembre 1823[9]. Le defterdar est remplacé comme commandant en chef des troupes égyptiennes par Uthman Jarkas al-Biringi en septembre 1824 qui fixe son quartier général à Khartoum au confluent des deux Nils.

En 1874, le prince marchand égyptien Zubeir Pacha s’empare du Darfour pour le compte du khédive. Il envisage de se passer des intermédiaires égyptiens et d’utiliser une liaison directe avec Benghazi par El Giof. Son influence inquiète les Égyptiens, qui l’emprisonnent lors de sa visite au Caire. Son fils, Soliman bey, réunit une armée pour le libérer, mais est battu et tué par les troupes égyptiennes en 1879.

Portrait du Mahdi

Le 29 juin 1881, Mohamed Ahmed ibn Abd Allah, originaire de Dongola, se proclame le Mahdi (le sauveur) et prêche contre les « Turcs ». Il dispose au début de quelques partisans et d’armes de jet, mais le succès qu’il remporte auprès des garnisons égyptiennes abandonnées au Soudan renforce ses troupes et ses armements. Il conquiert tout le pays de 1881 à 1884. Sa révolte éveille pour la première fois une conscience nationale au Soudan.

Les troubles menacent les intérêts des Britanniques. Le gouvernement britannique demande au khédive Tawfiq d’évacuer le Soudan. L’opération est confiée au général Gordon. Il remonte le Nil jusqu’à Khartoum, où il se trouve isolé en pays hostile, mais refuse de regagner l’Égypte et se retranche dans la ville pour organiser la résistance malgré la disproportion des forces en présence. La ville résiste pendant un an, du 13 mars 1884 au 26 janvier 1885 (siège de Khartoum). Gordon Pacha est tué lors de la prise de Khartoum par les mahdistes. Sa mort permet aux Britanniques de justifier stratégiquement leur présence en Égypte. L’armée de secours commandée par le général Wolseley rebrousse chemin sans tenter de reprendre la ville, puis abandonne Dongola, sa base de départ. Le Mahdi œuvre à la constitution d’un État islamique, qui s’étend sur la superficie approximative du Soudan actuel, et établit sa capitale à Omdourman, face à Khartoum.

Après la mort du Mahdi dans des conditions mystérieuses le 22 juin 1885, son fils et lieutenant (Khalifa) Abd Allah (Abdallahi ibn Muhammad, 1846-1899) prend le pouvoir, maintient l’unité du Soudan, bat les Éthiopiens mais ne peut envahir l’Égypte.

Période britannique[modifier | modifier le code]

République[modifier | modifier le code]

Drapeau de la République du Soudan

Notes[modifier | modifier le code]

  1. A HISTORY OF THE ARABS IN THE SUDAN, de H.A. MACMICHAEL
  2. Peter Malcolm Holt, M. W. Daly, A history of the Sudan: from the coming of Islam to the present day, Pearson Education,‎ 2000 (ISBN 978-0-582-36886-6, présentation en ligne)
  3. Jean Jolly, Histoire du continent africain : de la préhistoire à 1600, vol. 1, Editions L'Harmattan,‎ 1996 (ISBN 9782738446886, lire en ligne)
  4. Hubert Deschamps, L'Afrique noire précoloniale, Presses universitaires de France,‎ 1976 (lire en ligne)
  5. Hubert Deschamps, L'Afrique noire précoloniale, Presses universitaires de France,‎ 1976 (lire en ligne)
  6. Jāmiʻat al-Kharṭūm. Maʻhad al-Dirāsāt al-Afrīqīyah wa-al-Āsiyawīyah, Sudan : environment and people : second International Sudan Studies Conference papers, 8-11 April 1991 held at University of Durham, University Library,‎ 1991 (ISBN 9780951276112, présentation en ligne)
  7. Gilbert Sinoué, Le dernier pharaon : Méhémet Ali, Pygmalion (ISBN 9782756410005, présentation en ligne)
  8. Hubert Jules Deschamps, L'Afrique noire précoloniale, Presses universitaires de France,‎ 1962 (présentation en ligne)
  9. a et b Marc Lavergne, Le Soudan contemporain : de l'invasion turco-égyptienne à la rébellion africaine (1821-1989), Karthala Éditions,‎ 1989 (ISBN 9782865372225, présentation en ligne)
  10. Hervé Bleuchot, « L'étude du droit musulman: jalons pour une convergence (entre l'islamologie juridique et l'anthropologie juridique) », Droit et Société n°15, 1990, p. 193-205 (en particulier p. 200)
  11. Cet accord prévoit pour une période de six ans une large autonomie pour le Sud, qui disposera de son propre gouvernement et d'une armée autonome ; à l’issue de cette période, un référendum d’autodétermination sera organisé ; les revenus issus du pétrole seront partagés en part égale entre le Sud et le Nord ; d’autre part, le gouvernement aura 70 % des postes dans l’administration centrale contre 30 % pour la rébellion du Sud ; enfin, la charia ne sera appliquée que dans le Nord, à majorité musulmane.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Peter Malcolm Holt et Martin W. Daly, A history of the Sudan : from the coming of Islam to the present day, Longman, Londres ; New York ; San Francisco, 2000 (5e éd.), XIV-222 p. (ISBN 0-582-36886-3)
  • (en) Richard A. Lobban Jr., Robert S. Kramer et Carolyn Fluehr-Lobban, Historical dictionary of the Sudan, Scarecrow Press, Lanham (Md), Londres, 2002 (3e éd.), CVIII-396 p. (ISBN 0-8108-4100-2)
  • (en) Sudan past and present, The British Museum, Londres, 2004, 22 p. (exposition au British Museum en 2004)
  • Francese George Nazario, La question nationale et le conflit du Soudan (1956-2001), Université de Paris 10, 2004 (thèse de doctorat de Science politique)
  • Soudan, 5 000 ans d'histoire, Éditions Faton, Dijon, 1996, 88 p. (hors-série no 6 des Dossiers d'Archéologie)
  • « Les Sa'diens - La conquête du Soudan », dans Michel Abitbol, Histoire du Maroc, Paris, Perrin,‎ 2009 [détail des éditions], p. 201-216

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