Langues berbères

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Berbère
'Tamaziɣt, en tifinagh ⵜⴰⵎⴰⵣⵉⵖⵜ
Parlée en Afrique du Nord (Maroc, Algérie, Tunisie, Libye, Égypte, Mauritanie), Burkina Faso, Mali, Niger, diaspora en Europe de l'Ouest, États-Unis, Canada et Australie
Région -
Nombre de locuteurs
Classification par famille

 -  Langues afro-asiatiques
    -  Berbère

(Dérivée de la classification SIL)
Statut officiel et codes de langue
Langue officielle en Algérie, Mali, Niger (comme langues nationales)
ISO 639-1
ISO 639-2 ber
ISO 639-3
SIL
Voir aussi : langue, liste de langues, code couleur

Les langues berbères (tutlayin timaziɣin, ⵜⵓⵜⵍⴰⵢⵉⵏ ⵜⵉⵎⴰⵣⵉⵖⵉⵏ en tifinagh) forment un groupe de langues afro-asiatiques dérivées du berbère ancien, séparé en deux branches : langues berbères du Nord et du Sud. Elles appartiennent au groupe des langues agglutinantes. Ces langues sont présentes depuis le Maroc jusqu'à l'Égypte, en passant par l'Algérie, la Tunisie, le Niger et le Mali[1]. On dénombre une trentaine de variétés. Le berbère possède son propre système d'écriture, celui que les Touaregs ont conservé : le tifinagh[2].

Les langues berbères ont assimilé plusieurs emprunts : à l'hébreu, au phénicien, au latin, au turc, à l'arabe, au français, ou encore à l'espagnol. En revanche le berbère a beaucoup influencé l’espagnol et le portugais) pendant la conquête musulmane de la Péninsule Ibérique.[réf. nécessaire]

Il n'existe pas de chiffres officiels concernant le nombre de berbérophones, mais on estime le nombre de locuteurs de 20 millions à 30 millions[3].

Sommaire

[modifier] Répartition géographique

Les langues berbères, dispersées sur une aire géographique très vaste, sont soumises à une pression de l'arabe maghrébin et dans une moindre mesure du français. Des villes et des régions majoritairement berbérophones au début du XXe siècle ne le sont plus du tout aujourd'hui (Batna, Oum El Bouaghi, etc.), l'arabe maghrébin ayant remplacé le berbère.

Localisation des variantes berbères en Afrique du Nord

Localisation des variantes
berbères en Afrique du Nord.

     Chleuh      Braber
     Rifain      Chenoui
     Kabyle      Chaoui
     Touareg       Berbères sahariens(zenaga, mozabite, siwi)

[modifier] Maroc

Le Maroc est, en pourcentage, le principal État berbérophone[4].

Fillette berbère du Haut Atlas au Maroc (vallée de l'Imlil)

[modifier] Algérie

Carte linguistique Touggourt, Ouargla, Mzab, etc.
le Nord partiellement

L'Algérie compte environ 20 % à 35 % de berbérophones — selon le professeur Salem Chaker, de l'Inalco(voir le site).

  • Le kabyle (tha kvayelith) avec 5,5 millions de locuteurs en Kabylie est la deuxième langue la plus parlée après le chleuh — les trois wilayas de Tizi-Ouzou (Thizi-wuzu en kabyle), Béjaïa (Vgayeth), Bouira (Thuvirets) et une partie des wilayas limitrophes. Certains estiment à plus de 7 millions de kabylophones en comptant la diaspora. Setif et sa région parlent le kabyle, idem pour Bordjbouarreridj, Msila, une partie de Jijel ainsi Collo, Skikda, Annaba, Constantine, Tarf, et le nord de Guelma parlent le kabyle. C'est la petite kabylie historique sans oublier la région d'Alger qui est kabyle.
  • Le chenoui est présent dans l'Atlas blidéen (Beni Salah) à l'ouest d'Alger (20 000 locuteurs).
  • Le chaoui (tachawit) est parlé par plus de 2,5 millions de personnes à l'est du pays, surtout dans les Aurès — wilayas de Batna, Khenchela, Oum-El-Bouaghi, Souk Ahras, Sétif partie extreme sud et dans une partie des wilayas de Guelma, et Biskra.
  • Le mozabite, est parlé au Mzab, dans le sud : 300 000 locuteurs
  • Le touareg (c'est-à-dire les variantes tamasheq, tamahaq, tamajaq) est parlé dans le sud de l'Algérie, le sud est de la Libye, au Mali, au Niger et au nord du Burkina Faso.
  • Le chelha est parlé à Beni Boussaid, un âarch berbère de 13 000 habitants situé au mont Asfour dans la wilaya de Tlemcen, et à Bousemghoune, et Assla des villages situés dans la région d'Elbayadh ainsi qu'à Beni Snous, une commune de la wilaya de Tlemcen, composée d'une douzaine de villages.
  • Le tagargrent est parlé dans la région de Ouargla et de N'Goussa ainsi que Tougourt et sa région Righa.
  • Le Zénète est parlé par plusieurs tribus berbères Zénètes dans les régions de Tipaza, de Ain Defla, de Chlef, de Mostaganem, l'Ouarsenis (Banou Ifren et Maghraoua), les Aurès (les tribus Zénètes)[5], etc. L'ancien Zénète est parlé dans la région de Gourara[6].

L'enseignement du berbère a connu une forte demande chez les Kabyles. Dans les régions Chaouis et le Mzab, la demande pour l'enseignement du berbère a connu une baisse[7].

[modifier] Mali et Niger

Le touareg, plus précisément les variantes tamasheq et tamajaq [réf. nécessaire]. Les Touaregs représentent environ 10 % de chacune des populations malienne et nigérienne.

[modifier] Tunisie

Jeune femme berbère de Tunisie (début des années 1900)

En Tunisie, pays arabophone à 99 %, le chelha est parlé dans les villages semi-berbérophones du sud — Chenini, Douiret, Matmata, Tamezrett, etc. — ainsi que dans quelques villages de l'île de Djerba (surtout Guellala/Iqellalen, Ajim, Sedouikech/Azdyuch, Ouirsighen/At Ursighen)[8].

[modifier] Libye

Le Nefzaouas est parlé en Libye, à Aoudjila , Sokna et Zouara — 20 % de la population. Le tamahaq est également parlé dans la région de Ghat par environ 17 000 personnes (Johnstone 1993). La région de Yafran, le Ifren est parlé.

[modifier] Mauritanie

Le zenaga est parlé à Medredra. Le tamasheq est également utilisé. Mais la plupart des non-arabophones de Mauritanie parlent les langues nigéro-congolaises.

[modifier] Îles Canaries

Dans les îles Canaries, se parlait jadis le guanche, aujourd'hui disparu. Une partie de la population actuelle de ces îles espagnoles se revendique berbère mais ne parle aucun dialecte de cette langue[9]. Cette revendication berbère est notamment portée par le Congrès national canarien (CNC), parti indépendantiste canarien, branche politique du mouvement de libération des Canaries, le MPAIAC[10].

[modifier] Égypte

Les Siwis parlent le seul dialecte berbère égyptien, le siwi, présent dans les environs de l'Oasis de Siwa. Cette oasis du nord-ouest de l'Égypte représente le plus oriental des groupes berbères[11].

[modifier] Écriture

Entrée à Kidal, ville touareg du Mali, au centre du massif de l'Adrar des Ifoghas. Sur le côté gauche du rocher, Kidal est écrit en caractère tifinagh : " kd'l ".
Article détaillé : Tifinagh.

Le berbère est noté, depuis le milieu du premier millénaire avant l'ère chrétienne, au moyen de l'alphabet tifinagh ou libyco-berbère. Il comporte des voyelles et des consonnes, dont il existe plusieurs variantes [12].

Depuis le début du XXe siècle, le berbère a surtout été écrit au moyen de l'alphabet latin ou de l'alphabet arabe, bien que les Touaregs continuent de l'utiliser couramment.

Cependant, des propositions de tifinagh standard ont vu le jour à partir de la fin du XXe siècle. L'Académie berbère, travailla sur une version, révisée ensuite par le professeur Salem Chaker de l'Inalco. L'Ircam officialisa une version de l'alphabet tifinagh en 2003.

La principale difficulté de la mise en place d'un alphabet standard réside dans la localisation progressive des langues berbères, qui a engendré une différenciation de certains phonèmes et lettres[13].

[modifier] Statut

Pancarte de bienvenue multilingue de la commune d'Isser (Boumerdès, Algérie) transcrit en arabe, en berbère (tifinagh), et en français.

Le berbère n'est langue officielle dans aucun pays, il est langue nationale au Mali, au Niger et en Algérie depuis 2002. Si le berbère est aujourd'hui très minoritaire tant en Tunisie qu'en Libye, il est cependant très présent en Algérie mais aussi, et surtout, au Maroc.

Les États d'Afrique septentrionale concernés (Maroc, Algérie, Mali, Niger, Libye, Égypte, Tunisie, Mauritanie, etc.) ont, dès l'accession aux indépendances, adopté au sujet des langues locales autres que l'arabe officiel — geolectes arabes ou berbères, langues négro-africaines, français, voire espagnol — des politiques extrêmement différenciées, souvent hostiles[14].

Aujourd'hui, les politiques linguistiques lancées après les indépendances avaient pour objectif de remplacer le français par l'arabe au détriment du berbère. Le mouvement revendicatif berbère a fait irruption sur la scène algérienne en 1980 en Kabylie.

Cependant, si par exemple en Algérie, le berbère a été déclaré langue nationale par la révision constitutionnelle du 10 avril 2002 (article 3 bis), ou au Maroc introduit dans l'enseignement primaire, celui-ci n'est dans aucun de ces pays enseigné comme idiome majoritaire au long des cursus scolaires et universitaires[15].

En conséquence, les langues berbères qui ne bénéficient nullement d'un soutien massif au niveau de la politique nationale, se transmettent de plus en plus difficilement dans les zones urbaines et, même au sein de la matrice rurale originelle, résistent de plus en plus mal aux concurrences des arabes locaux et standard, des langues des anciennes puissances coloniales ou de l'anglais.

[modifier] Notes et références

  1. (fr) « Langue et littérature berbères », article de Salem Chaker, professeur de berbère à l'Inalco, et directeur du Centre de Recherche Berbère.
  2. (fr) http://www.mondeberbere.com/, L'évolution de Tifinagh.
  3. (fr) http://www.tlfq.ulaval.ca/AXL/, Les Berbères en Afrique du Nord.
  4. Voir la carte des aires dialectales berbères du Maroc.
  5. Monographie de l'Aurès, Delartigue
  6. Les oasis du Gourara (Sahara algérien), Rachid Bellil, Institut national des langues et civilisations orientales Centre de recherche berbère, page 276
  7. Les Langues En Danger, Petit F [1]
  8. (fr) « Le Berbère en Tunisie » par Ahmed Boukous, Études et Documents Berbères, no 4, 1988, p. 77-84.
  9. (fr) « La revendication berbère aux Îles Canaries : mythe ou réalité », Tamurt, p. 5-8.
  10. (es) Sobre el Significado del toponimo Icod, Nuevo Estatuto y topes electorales ; articles de Antonio Cubillo, Président du CNC.
  11. (fr) [pdf] « Sur l’oasis de Siwa » par Madjid Allaoua, Études et Documents Berbères, no 15-16, 1997-1998 (2000), p. 313-318.
  12. (fr) http://www.mondeberbere.com/, Les différents systèmes d'écriture amazighe.
  13. (fr) [pdf] « Unité et diversité du berbère : Détermination des lieux linguistiques d’intercompréhension » par Miloud Taïfi, Études et Documents Berbères, no 12, 1994, p. 119-138.
  14. (fr) http://www.tlfq.ulaval.ca/AXL/, La politique linguistique d'arabisation.
  15. (fr) http://www.tlfq.ulaval.ca/AXL/, Les droits linguistiques des berbérophones.

[modifier] Bibliographie

  • Revue annuelle Études et documents berbères (Paris/Aix-en-Provence, Coédition La boîte à Documents/Edisud).
  • Langues et littératures berbères des origines à nos jours (Bibliographie internationale), Lamara Bougchiche, Ibis Press, Paris, 1997 (ISBN 2910728021).
  • Dictionnaire tamazight - français (variante zayane du Maroc central), Miloud Taïfi, éd. L'Harmattan, 1992 (ISBN 2906659002).
  • Dictionnaire des verbes Tachelhit-Français, Abdallah El Mountassir, éd. L'Harmattan, 2003 (ISBN ISBN 2747535770).
  • Manuel de conjugaison du tachelhit (langue berbère du Maroc), Abdallah Boumalk, éd. L'Harmattan, 2003 (ISBN 2747555275).
  • Grammaire moderne du kabyle, Kamal Naït-Zerrad, éd. Karthala, Paris, 2001 (ISBN 2845861729).
  • Psycholinguistique touarègue (Interférences culturelles), Mohamed Aghali-Zakara, Inalco, Paris, 1992.
  • Dialecte de l’Ahaggar (en 4 volumes), Charles de Foucauld, éd. L’Harmattan, Paris, réédition de 2005 (ISBN 2-7475-8173-X).
  • Langue et pouvoir en Algérie, Mohammed Benrabah, éd. Séguier, 1999 (ISBN 2840491508).

[modifier] Voir aussi

Wikimedia Commons propose des documents multimédia libres sur les langues berbères.

[modifier] Articles connexes

[modifier] Liens externes

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