Jan Potocki

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Jan Potocki

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Jan Potocki

Nom de naissance Jan Nepomucen Potocki
Activités écrivain
Naissance 8 mars 1761
Décès 2 décembre 1815 (à 54 ans)
Mouvement protoromantisme

Œuvres principales

Manuscrit trouvé à Saragosse

Jan Nepomucen Potocki, dit Jan Potocki[1], né à Pików (Pologne) le 8 mars 1761 et mort à Uładówka (Ukraine actuelle) le 2 décembre 1815, est un savant et écrivain polonais de langue française.

Aperçu biographique[modifier | modifier le code]

Blason du clan Pilawa dont sont rattachés les Potocki

Ce grand seigneur polonais issu de la noble famille Potocki, fils de Joseph Potocki (1735-1802) et de Anna Teresa Ossolińska, fut instruit à Genève et à Lausanne. Il a servi à deux reprises dans l’armée polonaise en tant que capitaine d’ingénieurs et sur une galère en tant que chevalier de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem. Probablement franc-maçon, il éprouvait un vif intérêt pour l’occultisme.

Il épouse en 1783 Julie Lubomirska (1764-1794), fille du prince Stanislas Lubomirski (1722-1782). Ils ont deux enfants : Alfred Potocki (1785-1862) et Arthur (1787-1832). Ils divorcent. Il épouse, en secondes noces, en 1798 sa cousine Constance Potocka (1781-1852), fille du comte Stanislas-Félix Potocki (1751-1805). Ils ont trois enfants : Bernard, Irène et Thérèse[2].

Se piquant de politique dans son pays (il fut élu député à la Diète et fut ministre de l’Éducation), la richesse de Potocki lui permit de beaucoup voyager : en France où palpite la révolution, en Italie, en Sicile, à Malte, aux Pays-Bas, en Allemagne, en Angleterre, en Russie, en Turquie, en Espagne, en Sibérie, dans les déserts d’Égypte, en Tunisie et au Maroc où il se mêla aux intrigues politiques, fréquenta les sociétés secrètes et contribua à la naissance de l’ethnologie et même en Mongolie… Potocki fut, en fait, l’un des premiers écrivains de récit de voyage de l’ère moderne, avec les comptes rendus expressifs de plusieurs de ses voyages, au cours desquels il entreprit également des études historiques, linguistiques et ethnographiques extensives.

En 1790, Potocki acquit une grande célébrité pour avoir été la première personne à monter dans une montgolfière en Pologne lorsqu’il s’éleva au-dessus de Varsovie avec l’aéronaute Jean-Pierre Blanchard. Potocki a également établi la première presse libre à Varsovie en 1788 et, quatre ans plus tard, le premier salon de lecture gratuit de la ville.

En plus des nombreux récits de voyage et des travaux historiques qu’il a laissés[3], il est également l’auteur de pièces de théâtre et du Manuscrit trouvé à Saragosse, chef-d’œuvre de la littérature fantastique. Ce dernier ouvrage, écrit en français, n’a été que tardivement édité en France car les manuscrits et premières publications ont été éparpillés. L’édition préfacée par Roger Caillois qui a fait découvrir l’œuvre en France est incomplète, et seule l’édition de José Corti, traduite par René Radrizzani nous offre une version complète mais qui reste cependant insatisfaisante car elle utilise des retraductions de l’allemand ou du polonais. En 2006, chez Peeters, est enfin parue une version sérieuse et complète du roman, laissant voir ses versions successives.

Malade, affaibli et probablement dépressif, Potocki se suicida. Selon une tradition partiellement légendaire, il se serait tiré dans la tête une balle sculptée dans la boule d’un sucrier en argent, qu’il avait fait bénir par le chapelain de son domaine[4].

Le Manuscrit trouvé à Saragosse[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Manuscrit trouvé à Saragosse.

Roman somme, le chef-d’œuvre de Potocki, tardivement découvert en France, a déjà fait couler beaucoup d’encre. Considéré par Roger Caillois et les surréalistes comme un des précurseurs de l’esthétique fantastique, il a longtemps été présenté aux lecteurs sous cet angle. Tzvetan Todorov, dans son Introduction à la littérature fantastique le désigne même comme le roman modèle de ce qu’il nomme le fantastique-étrange.

Mais les travaux plus récents et, surtout, la version complète du roman montrent que celui-ci va beaucoup plus loin. En effet, il n’emprunte pas seulement à la littérature gothique et fantastique mais explore aussi les voies du roman d'apprentissage, du roman libertin, du roman à tiroirs, philosophique, picaresque, et la liste est longue. Pour les chercheurs actuels, comme Dominique Triaire ou François Rosset, le Manuscrit trouvé à Saragosse est, plus qu’un livre fantastique, un roman sur le discours et sur le roman lui-même.

Adaptation cinématographique de l’œuvre

Le Manuscrit trouvé à Saragosse a été porté à l’écran par le réalisateur polonais Wojciech Has en 1964.

En 1973, le réalisateur français Philippe Ducrest a réalisé pour la 2e chaîne de l'ORTF une adaptation du Manuscrit trouvé à Saragosse, intitulé La Duchesse d'Avila. Interprété par José Luis de Vilallonga (Alphonse Van Worden), Jean Blaise (Alphonse Van Worden Y Gomelez, Evelyne Eyfel (la duchesse d'Avila), Jacqueline Laurent (Emina) et Jacques Morel (Tolède), ce téléfilm en quatre parties d'une durée totale de près de six heures fut tourné en grande partie dans la Sierra Nevada et à l'Alhambra de Grenade. Il nécessita un an de tournage et deux ans de montage.

Jan Potocki et son roman sont mentionnés dans l’une des enquêtes du commissaire Montalbano, personnage créé par l’écrivain italien Andrea Camilleri, dans l’épisode de la série télé Il commissario Montalbano intitulé « Tocco d’artista » (2001).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Manuscrit trouvé à Saragosse (versions de 1804 et de 1810), Louvain, Peeters, 2006 (édition en poche chez Garnier-Flammarion en 2008, 2 tomes)
  • Voyages en Turquie et en Égypte, en Hollande, au Maroc, Paris, Fayard, 1980
  • Voyage dans les steppes d’Astrakhan et du Caucase, Paris, Fayard, 1980
  • Écrits politiques, Éd. Dominique Triaire, Paris, H. Champion, 1987
  • Parades, Éd. Dominique Triaire, Arles, Actes Sud, 1989
  • Au Caucase et en Chine : 1797-1806, Paris, Phébus, 1991
  • Le Voyage de Hafez : récit oriental [1792], Saint-Denis, Novetlé, 1995
  • Voyage dans l’empire de Maroc, Clichy, Éd. du Jasmin, 1999
  • Voyage en Turquie et en Égypte, Clichy, Éd. du Jasmin, 1999

Études[modifier | modifier le code]

Textes sur Jan Potocki
  • E. Krakowski, Le Comte Jean Potocki : un témoin de l’Europe des Lumières, Paris, Gallimard, 1963
  • Jean Potocki, Europe, 2001, no 863
  • A. Kroh, Jean Potocki : voyage lointain. Paris, L’Harmattan, 2004
  • François Rosset, D. Jean Potocki. Paris, Fayard, 2004
  • François Rosset, Dominique Triaire, Jean Potocki. Biographie. Paris, Flammarion, 506 p, 2004.
  • Émilie Klene, Jean Potocki à nouveau. Amsterdam, Rodopi, 436 p, 2010.
Articles de Yves Citton sur ses œuvres
  • « Potocki and the Spectre of the Postmodern », Comparative Criticism, no 24, automne 2002, Cambridge University Press, p. 141-165.
  • « La mondialisation entre revenants et revenus : finances et liquidités chez Potocki », in Martial Poirson (éd), Art et argent en France au temps des Premiers Modernes (XVIIe ‑ XVIIIe siècles), SVEC, 2004 :10, p. 159-172.
  • « L’imprimerie des Lumières : filiations de philosophes dans le Manuscrit trouvé à Saragosse de Jean Potocki », in Pierre Hartmann et Florence Lotterie (éd.), Le Philosophe romanesque. L’image du philosophe dans le roman des Lumières, Presses universitaires de Strasbourg, 2007, p. 301-335.
  • « Éditer un roman qui n’existe pas (mais qui réinvente les Lumières deux siècles après sa rédaction) », Revue internationale des livres et des idées, no 1, septembre-octobre 2007, p. 4-6
  • « Un déterminisme spirituel ? Conditionnements machiniques dans le Manuscrit trouvé à Saragosse de Jean Potocki », à paraître dans un ouvrage collectif intitulé À l’ombre des Lumières, Actes du colloque des 26-27 novembre 2007 organisé par Martin Wåhlberg et Trude Kolderup (université de Trondheim, Norvège).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. le « c » slave se prononçant « ts », il faut donc dire « Pototski »
  2. Alfred Potocki. Un châtelain en Pologne. Paris, Lacurne, 2014. (tableau généalogique).
  3. Ethnographe avant l’heure, Potocki s’intéressait beaucoup aux peuplades qui vivaient à l’est de l’Europe et dans les steppes russes, essayant de noter leurs modes de vie et de comparer ces observations avec les connaissances tirées d’auteurs classiques comme Hérodote, pour comprendre comment ces peuples avaient évolué. Il a été l’un des premiers à étudier les précurseurs des peuplades slaves d’un point de vue linguistique et historique.
  4. Kaja Antonowicz, Le Jardin de l’esprit : textes offerts à Bronislaw Baczko, Droz,‎ 1995 (ISBN 9782600001014, lire en ligne), « Les vampires du Manuscrit trouvé à Saragosse »

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]