Monde arabe

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Carte du monde arabe.
Carte du monde arabe avec les drapeaux des différents pays.

L'expression de monde arabe (العالم العربي, al-ʿĀlamu'l-ʿArabiyy), bien qu'assez largement utilisée, est source de nombreux débats, et désigne un ensemble de régions couvrant le Nord de l'Afrique, la péninsule Arabique et le Proche-Orient. Elle recouvre des pays ayant en commun une culture et une composante ethnique arabes dominantes. On peut considérer plusieurs critères[1] pour rattacher un État au monde arabe : l'importance de la langue arabe (critère linguistique), de l'islam (critère religieux), sa localisation (critère géographique) et enfin l'appartenance à la Ligue arabe (critère politique).

Critère linguistique[modifier | modifier le code]

Extension géographique de l'arabe contemporain.

Selon ce critère, le monde arabe correspond globalement à vingt-trois États, de la république islamique de Mauritanie à l'ouest, au sultanat d'Oman à l'est dont l'Arabe porte également le statut de langue officielle. La diffusion de la langue arabe est due en majeure partie à l'expansion de l'islam à partir de l'Arabie au VIIe siècle. À part la langue arabe officielle il existe des langues vernaculaires orales, différentes l’une de l'autre dans chaque région, et influencées par l’arabe standard sont appelées arabe dialectal, les substrats, superstrats et emprunts différant selon les régions.

Critère religieux[modifier | modifier le code]

La Grande Mosquée de Kairouan est parmi les plus importants édifices religieux du monde arabe, elle est située à Kairouan en Tunisie.

Un autre critère est le partage de la culture musulmane issue de l'époque de l'expansion de l'islam. Les multiples variantes de l'arabe dialectal sont employées au quotidien par les habitants de ces pays et l'islam est la religion la plus largement pratiquée. Cependant, bien que l'islam soit la religion prédominante dans le monde arabe, ce dernier ne doit pas être confondu avec le monde musulman, puisque de nombreuses minorités de langue arabe ne sont pas de religion musulmane, et que de nombreuses populations majoritairement musulmanes ne pratiquent pas la langue arabe (sept parmi les dix pays comportant le plus de musulmans ne sont pas arabes, par exemple, et entre autres, en Iran, au Pakistan, et en Indonésie)[2].

Critère géographique[modifier | modifier le code]

Les pays du monde arabe sont généralement regroupés par les géographes en cinq espaces régionaux[3] :

Ces espaces sont eux-mêmes réduits à deux ensembles : Maghreb à l'Ouest de l'Égypte et Machrek à l'Est[4].

Critère politique[modifier | modifier le code]

Carte des pays de la Ligue arabe

Vingt-deux pays arabes, rassemblant 20 % des musulmans[réf. souhaitée] sont représentés au sein de la Ligue arabe, Un organisme politique dont le siège est au Caire[5].

La simultanéité des révoltes du « Printemps arabe » peuvent s'expliquer par les régimes politiques du monde arabe : monarchies (Maroc, Jordanie, plusieurs États de la péninsule arabique) ou républiques (dont deux en Syrie et en Libye ont un régime à parti unique) sont caractérisées par une opposition muselée et une forte répression, une économie dans les mains de clans restreints proches du pouvoir, une corruption élevée (voir carte du monde de l'indice de perception de la corruption), une jeunesse nombreuse (les moins de quinze ans représentent le quart de la population totale), éduquée et diplômée (taux d'alphabétisation supérieur à 80 % dans certains pays) mais fortement touchée par le chômage de longue durée (taux de chômage moyen de 23 % pour les 15-25 ans) car le monde du travail est fermé. Cette jeunesse du monde arabe, demandeuse de libertés car ayant le sentiment d'être méprisée par les élites politiques ou économiques, a en commun dans tous les pays de retrouver sa dignité lors des révoltes en 2011[6].

De plus, au niveau politique, la notion de « monde arabe » est fortement contestée par les nationalistes arabes qui lui préfèrent le terme de « nation arabe ». Selon eux, ce terme exprimerait l'idée que les Arabes forment une nation unie contrairement terme de « monde arabe ». Ainsi l'intellectuel palestinien, Naji Alloush explique que « le terme de « nation arabe » signifie que la nation est une et que l’unité arabe est inéluctablement en devenir. En revanche, l’expression « monde arabe » est un terme colonial d’origine britannique. Il sous-entend que la nation arabe peut-être sujette à l’unité comme à la division. Il signifie également que cette nation arabe est plus proche et davantage prédisposée à la division »[7].

Difficultés de définition[modifier | modifier le code]

Dans trois pays membres de la Ligue Arabe, Somalie, Djibouti et Comores, la langue arabe est très peu utilisée au quotidien et les seules populations qui se déclarent « arabes » dans ces trois pays vivent dans les grandes villes et sont principalement commerçantes. Dans des pays non membres de la Ligue Arabe, des territoires sont majoritairement arabophone comme au Tchad, au Niger, au Mali, en Turquie et en Iran. D'autres pays ont depuis des siècles des communautés arabophones en zone rurale comme le Sénégal, le Soudan du Sud et le Cameroun, ou en villes Érythrée, Éthiopie, République centrafricaine, Kenya, Tanzanie.

Minorités ethniques[modifier | modifier le code]

Dans plusieurs pays arabes vivent des minorités ethniques et religieuses. Les communautés non arabes sont largement arabisées, mais continuent de revendiquer leur spécificité et leur identité. Les communautés les plus importantes sont les Berbères au Maghreb et les Kurdes et les Arméniens au Machrek[8]. La cohabitation avec la majorité arabe est globalement pacifique. Mais le triomphe des régimes nationalistes après les indépendances et la construction des nations arabes modernes ont conduit à des conflits internes dans certains pays[9].

Au Maghreb, les Berbères, peuples arabisés depuis la conquête musulmane au VIIe siècle, sont estimés aujourd'hui à plus de 30 % de la population du Maroc (Chleuhs, Amazighes et Rifains) et à plus de 20 % de la population de l’Algérie (principalement, Kabyles et Chaouis)[8]. En Algérie, à la suite des revendications berbères, un Haut Commissariat à l'Amazighité existe depuis 1995. Le tamazight est une langue nationale depuis 2002. Au Maroc, il est une langue officielle depuis 2011[8]. En Algérie, il n’existe pas de formation formée autour des communautés berbères, les partis dit « kabyle » comme le RCD et FFS, militent parfois pour les revendications berbères, mais ne sont pas des partis communautaires. Toutefois, les revendications sont accompagnées du refus de l’arabisme et l’islamisme[9]. Les Touaregs qui font partie de l’ensemble linguistique berbère, sont présents au Sud de deux États : l’Algérie et la Libye ; en plus des États voisins, du Sahel où ils sont à l’origine de nombreuses rébellions[10].

Au Moyen-Orient, les Kurdes vivent dans deux pays arabes : l’Irak et la Syrie. Les communautés de ses deux pays sont souvent scolarisées en langue arabe qui constitue leur langue de travail et de culture, même s'ils préservent la langue et les traditions ethniques[11]. L'Irak est confronté à un conflit ethnique qui oppose les Arabes aux Kurdes qui représentent six millions de personnes concentrés dans le Kurdistan irakien. Les Kurdes ont vécu une campagne de répression et d’extermination sous la présidence de Saddam Hussein[9]. Ils parviennent à établir une zone autonome dans le Nord de l'Irak à la suite de la guerre du Golfe[12]. La Constitution irakienne de 2005 reconnait une large autonomie au Kurdistan irakien et un kurde, Jalal Talabani est même élu président de la République[12].

Les pays du Machrek abritent également une forte communauté arménienne formée majoritairement de chrétiens orthodoxes qui se sont installés dans la région après le génocide de 1915 principalement à Alep en Syrie, Beyrouth au Liban et Alexandrie en Égypte[11]. Ils s’intègrent pacifiquement, tout en préservant leur langue et leur culture. Toutefois dans les années 1970, beaucoup d’Arméniens de Syrie et de Liban émigrent en Europe et en Amérique du Nord[11].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean-Christophe Victor, « Mondes arabes », Le Dessous des cartes, 10 septembre 2011
  2. Ralph Stehly, Statistiques sur le nombre et la répartition des musulmans dans le monde (fin 2003)
  3. Jean-Paul BORD, Modélisation du monde arabe, Journal: Mappemonde ISSN 0764-3470 Issue: 38; Start page: 1; Date: 1995
  4. Jean-Paul BORD, Modélisation du monde arabe, Journal: Mappemonde ISSN 0764-3470 Issue: 38; Start page: 1; Date: 1995
  5. Ligue arabe (Monde-diplomatique.fr)
  6. Mathieu Guidère, Le Choc des révolutions arabes, Autrement,‎ 2011, 210 p. (ISBN 2746730294)
  7. « Monde arabe » ou « nation arabe » ?
  8. a, b et c Guidère 2012, p. 60.
  9. a, b et c Guidère 2012, p. 48.
  10. Guidère 2012, p. 47.
  11. a, b et c Guidère 2012, p. 61.
  12. a et b Guidère 2012, p. 49.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Mathieu Guidère, Atlas des pays arabes : Des révolutions à la démocratie ?, Autrement (Éditions), coll. « Atlas/Monde »,‎ 2012, 95 p. (ISBN 978-2-7467-3206-3)Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Mathieu Guidère, collection Monde arabe / Monde musulman, De Boeck (Éditions), 2013