Armée ottomane

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Armée ottomane
(tr) Osmanlı Ordusu
(ota) Ordu-yi Hümâyûn
Carte de l'Empire ottoman à son apogée, au XVIe-XVIIe siècle.
Carte de l'Empire ottoman à son apogée, au XVIe-XVIIe siècle.
Fondation 1299
Dissolution 1922

L’histoire de l’armée ottomane (en turc : Osmanlı Ordusu ; en turc ottoman : Ordu-yi Hümâyûn / اردوي همايون) peut être divisée en cinq périodes principales. Les bases de ce qu'elle deviendra sont posées entre 1299 avec la fondation de l'empire ottoman et 1453 (chute de Constantinople). La « période classique » débute en 1451 avec le couronnement du sultan Mehmed II, jusqu'à la paix de Zsitvatorok en 1606. Les réformes militaires couvrent une période qui s'étend de 1606 à 1826 (Vaka-i Hayriye, la dissolution du corps des janissaires), où l'armée ottomane entre dans ce qui est appelé la « période moderne » jusqu'au milieu du XIXe siècle. Le déclin de l'empire et de son armée commence en 1861 avec le règne du sultan Abdulaziz et s'effondre en 1918 après l'armistice de Moudros.

Fondation (1299–1453)[modifier | modifier le code]

L'armée ottomane devant la porte Saint-Romain pendant la chute de Constantinople en 1453 par Jean-Joseph Benjamin-Constant (1876).

La première armée ottomane connue était une force de cavalerie nomade des steppes[1]. Formée par des tribus de Turcomans venant de l'ouest de l'Anatolie, elle fut réunie par Osman Ier à la fin du XIIIe siècle. Ces cavaliers devinrent une force irrégulière utilisés comme commandos, armés seulement avec des arcs et des lances. Les terres conquises leurs étaient attribuées par fiefs appelés timar (tımar), et ils devenaient alors des timariotes (tımarlı). Ils se partageaient aussi les richesses amassées lors des conquêtes.

Orhan a par la suite organisé une armée de métier payée par un salaire plutôt que par le butin et les terres. L'infanterie était appelée yaya (piéton en turc) et la cavalerie müsellems. Essentiellement composée par des mercenaires étrangers, ainsi que de rares Turcs, ils n'étaient pas obligés de se convertir à l'Islam tant qu'ils obéissaient à leurs supérieurs ottomans.

L'armée ottomane commença à utiliser des armes à feu au début du XVe siècle. Par la suite, des troupes spécialisées commencèrent à apparaître, comme l'infanterie régulière de fusiliers (Piyade Topçu, littéralement « artillerie à pied »), la cavalerie régulière armée de fusils (Süvari Topçu Neferi, littéralement « soldat artilleur monté ») et les bombardiers (Humbaraci), des grenadiers qui lançaient des explosifs appelés khimbara.

Période classique (1451–1606)[modifier | modifier le code]

Étendard de l'armée ottomane de 1453 à 1798.
Drapeau des artilleurs du Topçu.
Drapeau des bombardiers Humbaracı représentant le premier mortier et lanceur de grenades (XVe siècle).

Organisation[modifier | modifier le code]

L’armée ottomane s’est organisée progressivement aux XIVe siècle et XVe siècle pour atteindre sa structure classique au XVIe siècle avec la répartition suivante :

  • Les troupes irrégulières assistent l'armée régulière :
    • Yerli Kulu :
    • Serhat Kulu :
      • Deliler (cavalerie légère des Balkans)
      • Gönüllü (bénévoles)
      • Besli
      • Tîmârlı sipahi ou timariotes (cavalerie noble)
      • Akıncı (éclaireurs montés)
  • Les soldats des vassaux ou alliés pouvaient aussi participer aux conquêtes

Les corps auxiliaires de l'armée ottomane faisaient aussi office d'exception parmi leurs contemporains, faisant du système militaire ottoman une machine de guerre extrêmement bien rodée. Un corps préparait la route qu'allaient emprunter les soldats ; un corps plantait les tentes du camp ; un corps préparait les repas, etc. Le corps des janissaires possédait son propre service médical composé de chirurgiens musulmans et juifs, et qui avait déjà organisé diverses méthodes pour évacuer les blessés jusqu'aux hôpitaux de l'arrière[2].

Armée régulière : Kapıkulu[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Kapıkulu.

Jusqu'au milieu du XIVe siècle, l'armée régulière, était commandée et payée par d'importants propriétaires terriens ayant gagné du pouvoir et devenus des membres de la noblesse ottomane. Ces mercenaires sont alors des outils que les nobles utilisent pour améliorer leur influence auprès du sultan, qui ne pouvait pas se permettre de payer tant de soldats.

Mais l’augmentation du nombre de mercenaires menace la noblesse ottomane, et le sultan Mourad Ier décide de créer sa propre armée composée d'esclaves issus des captures de guerre, appelés Kapıkulu (« sujet (ou esclave) de la Porte »). Cette nouvelle force, basée sur le droit du sultan d'acquérir un cinquième du butin de guerre, inclut des hommes faits prisonniers sur les champs de batailles ou dans les villes conquises, réduits en esclavage puis convertis à l'Islam et entraînés à servir le sultan.

Le corps le plus prestigieux des Kapıkulu est celui des janissaires (Yeniçeri), recrutés de force parmi les enfants chrétiens de l’Empire suivant la taxe du devşirme instituée par Mehmed II, mais cette armée s’étendit rapidement et comptait beaucoup d’autres corps, comme celui des hallebardiers (Baltacı). Leur nombre augmente rapidement et les Kapıkulu deviennent l'élément le plus important de l'armée ottomane. Mourad utilisa sa nouvelle armée pour assoir son autorité sur les nobles en les obligeant à payer des taxes afin de renflouer le trésor et ainsi maintenir et embaucher plus de Kapıkulu.

Les Ottomans sont alors le premier état à entretenir une armée de métier depuis l’Empire romain. Les janissaires furent comparés ainsi à la garde prétorienne et, de par leur faits d’armes, restèrent un des symboles de l’armée ottomane[3]. À la fin du XVe siècle, sans y compter tous ses vassaux (khanat de Crimée et Régence d'Alger, etc.), le sultan dispose de 50 000 cavaliers, 12 000 fantassins et de plusieurs milliers de janissaires[4], ce qui en fait une des forces les plus puissantes de l'époque.

Janissaires[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Janissaire.
Un commandant du corps des janissaires en 1798.

Les janissaires étaient des unités d'infanterie formant l'armée personnelle et les gardes du corps du sultan. Créée au XIVe siècle par Mourad Ier[5], la force a été abolie en 1826 par le sultan Mahmoud II.

Les premières unités étaient composée de prisonniers de guerre et d'esclaves. Après les années 1380, Mehmed Ier a rempli leurs rangs par des prises de guerres humaines résultant de la taxe du devşirme : les hommes du sultan enrôlaient des jeunes garçons non-musulmans, principalement d'origine chrétienne, d'abord de façon aléatoire puis à la suite d'une sélection stricte. Ils étaient alors convertis à l'Islam et entraînés.

Des janissaires pendant la pendant la bataille de Vienne (1683).

Initialement, les janissaires étaient Grecs ou Albanais, sélectionnés à la hauteur d'un garçon sur cinq entre sept et quatorze ans. Par la suite, à mesure que l'empire s'étendait, leurs rangs s'étoffèrent de Serbes, de Bosniens et de garçons issus des autres pays des Balkans, jusqu'à l'Ukraine et au sud de la Russie. Pendant le règne de Mourad III (1546–1595), ils commencèrent à accepter des hommes non-issus du devchirmé, et l’enrôlement des esclaves chrétiens a complètement stoppé au XVIIe siècle. Par la suite, seuls des volontaires étaient entraînés[2].

Le corps des janissaires était également distincts des autres troupes contemporaines parce qu'ils étaient payés même en temps de paix, où ils servaient de gendarmes et de pompiers[6].

Leur habileté au combat, notamment dans leur efficacité en tant que fusiliers à pied, surpassait alors celle de la cavalerie équipée d'épées et de lances[7]. Ils adoptèrent les armes à feu dès le XVe siècle, et son presque entièrement équipés de mousquets au XVIe siècle. Ils étaient également experts dans le lancer de grenades et dans le maniement des arquebuses[2].

Cavalerie régulière[modifier | modifier le code]

Des sipahis pendant la bataille de Vienne (1683).

La cavalerie du sultan (Kapıkulu Süvarileri Ocağı, littéralement « le foyer des cavaliers esclaves de la Porte ») était composée de six divisions d’élite de cavalerie (Altı Bölük Halkı) : les sipahis, les silahdars, les ulufeciler de la droite (Sağ Ulufeciler) et de la gauche (Sol Ulufeciler) et les garipler de la droite (Sağ) et de la gauche (Sol).

La plus importante et prestigieuse de ces divisions était les sipahis. Placés directement sous les ordres du sultan, ils sont l'équivalent monté des janissaires, qu'ils escortent et protègent. Leur corps est créé par Mourad Ier au XVe siècle. Ils sont à l'origine recrutés comme les janissaires, par le système du devşirme[8], mais leur recrutement s'élargit par la suite.

Armée irrégulière[modifier | modifier le code]

Elle était composée par différents corps locaux ou irréguliers, les Yerli Kulu et les Serhat Kulu.

Yerli Kulu[modifier | modifier le code]

Parmi les Yerli Kulu, les plus connus sont les azabs, des conscrits turcs essentiellement issus d'Anatolie. Parmi eux, on peut compter les fameux bachi-bouzouks (başıbozuk) qui furent recrutés à partir de 1389 et composés de sans-abri et de criminels ; indisciplinés et bigarrés, ils semaient la terreur dans les territoires conquis. Les azabs étaient aussi utilisés pour l'approvisionnement des lignes de front et le génie ou parfois en servant littéralement de chair à canon.

Les sekbans étaient des mercenaires recrutés en tel nombre qu'ils constituaient parfois la principale force des armées ottomanes. Leur loyauté allait cependant au plus offrant, et de nombreuses rebellions, envers le sultan et les janissaires notamment, ont jalonné leur histoire. Les autres corps des Yerli Kulu sont les Tüfenkçi, les İcareli (artillerie indigène) et les Müsellem (génie).

Serhat Kulu[modifier | modifier le code]

Les Serhat Kulu sont composés des Deliler (cavalerie légère des Balkans), des Gönüllü (bénévoles), des Besli, des tîmârlı sipahi (cavalerie noble), des akıncılar (éclaireurs montés).

Drapeau des Sipahis.

Le statut des sipahis ressemblait à celui des chevaliers de l'Europe médiévale. Un sipahi était un propriétaire d'un fief (tîmâr), d'où leur nom alternatif tîmârlı sipahi ou timariotes. Comme dans les fiefs européens, il pouvait récolter les revenus issus de sa terre en échange de ses services en temps de guerre. Les paysans du fief étaient ses sujets. Le tîmâr était la plus petite unité de terre que pouvait obtenir un sipahi (directement de la part du sultan à la suite d'une conquête militaire), et les revenus qu'ils pouvait obtenir par année ne dépassait généralement pas 10 000 akçe (soit deux à quatre fois plus que ce que gagnait un professeur à l'époque). Un ziamet était détenue par des sipahis ayant le grande d'officier, rapportant jusqu'à 100 000 akçe. La plus grande unité de terre, le has rapportait plus de 100 000 akçe et son propriétaire ne pouvait être qu'un officier supérieur de l'armée. Un tîmâr sipahi devait fournir plus de cinq soldats à l'armée du sultan, un ziamet sipahi était tenu d'envoyer jusqu'à vingt soldats et un has sipahi plus de vingt. En temps de paix, les sipahis étaient responsable de la perception des impôts pour le sultan.

Ils ne doivent pas être confondus avec les sipahis de la Porte, le corps de cavalerie professionnelle de l'armée composé essentiellement d'esclaves. Ils n'avaient que peu de points commun, les timariotes (tîmârlı sipahi) étant ce qu'on peut apparenter à des nobles, si ce n'est leur appellation commune sous le terme sipahis.

Une force légère de cavaliers professionnels appelés les akıncılars (« faiseurs de raid ») précédaient le gros de l'armée sur les territoires à conquérir. Faisant office d'éclaireurs et de force d'intervention rapide, ils ne touchaient pas de solde et se rémunéraient par les pillages et razzias.

Réformes (1606–1826)[modifier | modifier le code]

Période moderne (1826–1858)[modifier | modifier le code]

En 1828, le corps des janissaires fut aboli (cf. Déclin de l'empire ottoman). Les Nizamis (Nizam-ı Cedid) les remplacèrent à partir de 1842.

Déclin (1861–1922)[modifier | modifier le code]

Autres composantes de l’armée ottomane[modifier | modifier le code]

Fanfares militaires[modifier | modifier le code]

Les fanfares militaires ottomanes, souvent associées au corps des janissaires, semblent être parmi les plus anciennes au monde, et sont paradoxalement décrites par le mot mehter (مهتر) qui provient du persan qui étymologiquement ne qualifie qu’un seul musicien.

Marine ottomane (1308–1922)[modifier | modifier le code]

Article connexe : Marine ottomane.

Les Ottomans commencèrent à développer une marine au XIVe siècle, principalement constituée de galères, qui s’illustra notamment dans la Méditerranée, avec des amiraux aussi célèbres que Khayr ad-Din Barberousse. Néanmoins, cette flotte atteint ses limites au XVIe siècle, en Méditerranée lors de la bataille de Lépante et sur l’océan Indien lors de la bataille de Diu, ne permettant pas aux Ottomans de contrôler les flux commerciaux face à l’émergence des puissances européennes.

Armée de l’Air (1909–1922)[modifier | modifier le code]

L’Armée de l’Air ottomane a été fondée en juin 1909, ce qui en fait l’une des plus anciennes structures de combat aérien au monde.

Grades[modifier | modifier le code]

Période classique[modifier | modifier le code]

Les Aghas (Ağa) étaient les commandants des différentes branches des services militaires. Ils étaient différentiés par la division qu'ils commandaient, comme yeniçeri agha, besli agha ou azab agha, respectivement chefs des janissaires, des beslis et des azabs. Ce titre était également porté par les commandants des plus petites unités militaires, comme les bölük agha (compagnie) ou les ocak agha (troupe).

Il existait cependant deux exceptions à l'utilisation de « agha » :

  • les Bölükbaşı était le commandant d'un bölük, l'équivalent du grade de capitaine ;
  • les Çorbacı (littéralement « le serveur de soupe ») était le commandant d'une orta (régiment) de janissaires, l'équivalent du grade de colonel.

Période moderne[modifier | modifier le code]

  • Nefer (soldat)
  • Onbaşı (caporal)
  • Çavuş (sergent)
  • Mülâzım-ı Sani (second lieutenant)
  • Mülâzım-ı Evvel (premier lieutenant)
  • Yüzbaşı (capitaine)
  • Kolağası (capitaine supérieur)
  • Binbaşı (major)
  • Kaymakam (lieutenant colonel)
  • Miralay (commandant d'un régiment : alay)
  • Mirliva (commandant d'une brigade : liva)
  • Ferik (colonel)
  • Birinci Ferik (général)
  • Müşir (maréchal)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Mesut Uyar et Edward J. Erickson, A Military History of the Ottomans: From Osman to Atatürk, Pleager Security International,‎ 2009 (ISBN 978-0-275-98876-0)
  2. a, b et c (tr) İsmail Hakkı Uzunçarşılı, Osmanlı Devleti Teşkilatından Kapıkulu Ocakları: Acemi Ocağı ve Yeniçeri Ocağı, Ankara, Türk Tarih Kurumu,‎ 1988, 411–463,376–377,405–406,66–67,482–483 p. (ISBN 975-16-0056-1)
  3. (en) Lord Kinross, Ottoman Centuries: The Rise and Fall of the Turkish Empire, New York, Morrow Quill Paperbacks,‎ 1977, 52 p. (ISBN 0-688-08093-6)
  4. Beldiceanu 1966
  5. Patrick Kinross, The Ottoman Centuries: The Rise and Fall of the Turkish Empire, Perennial,‎ 1977 (ISBN 978-0-688-08093-8), pages 48-52.
  6. (en) Jason Goodwin, Lords of the Horizons: A History of the Ottoman Empire, New York, H. Holt,‎ 1998, 59,179–181 p. (ISBN 0-8050-4081-1)
  7. (en) Barbara Jelavich, History of the Balkans, 18th and 19th centuries, New York, Cambridge University Press,‎ 1983 (ISBN 0-521-27458-3)
  8. (en) Stanford J. Shaw, History of the Ottoman Empire and Modern Turkey, Vol. 1, Cambridge, Cambridge University Press,‎ 1976 (ISBN 9780521291637) p.26

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Nicoară Beldiceanu, Bibliographie et sources de l'histoire de l'Empire ottoman (XVe-XVIe siècles), Paris,‎ 1966 (lire en ligne)
  • Robert Mantran, Histoire de l'Empire ottoman, Paris, Fayard,‎ 2003 (ISBN 978-2213019567)

Liens externes[modifier | modifier le code]