Pieds-Noirs

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Pieds-Noirs

Description de cette image, également commentée ci-après

Cérémonie de communion solennelle de pieds-noirs à Sidi-Bel-Abbès, début du XXe siècle.

Populations significatives par région
Population totale 2 000 000[réf. nécessaire]
Autres
Régions d’origine

Europe

Langues

Français, pataouète
Alsacien, arabe algérien, arabe marocain, lorrain, corse, espagnol, catalan, maltais, italien, allemand, anglais, flamand, kabyle

Religions

Catholicisme, judaïsme, protestantisme

Ethnies liées

Européens : Français, Espagnol, Anglo-Maltais, Italien, Allemand, Suisse, Anglais, Belge

Le nom de Pieds-Noirs désigne de manière familière des Français soit originaires d'Algérie, soit de souche européenne installés en Afrique française du Nord jusqu'à l'indépendance, c'est-à-dire :

Sommaire

Définitions de « Pied-Noir »[modifier | modifier le code]

Vue de la colonie de La Calle, chef-lieu de la Compagnie Royale d'Afrique sur la côte de la barbarie. 1788.

Deux définitions qui s'opposent de « pied-noir » indiquent assez bien l'imprécision de ce terme.

D'après le Larousse, « pied-noir » (et « pieds-noirs ») est un nom et un adjectif qui signifie

« Français d'origine européenne installé en Afrique du Nord jusqu'à l'époque de l'indépendance.[1] »

D'après le Grand Robert de la langue française, « pied-noir » est un nom masculin, dont le sens moderne, apparu vers 1955, est :

« Français vivant en Algérie (et considérant l'Algérie française comme sa patrie) ; puis Français originaire d'Algérie. Les pieds-noirs rapatriés - Au féminin Une pied-noir (rare : Une pied-noire)[2]. »

Le seul groupe commun aux deux définitions est celui des Français d'Algérie descendants d'émigrants européens, et « rapatriés » dans les années 1960.

L'exclusion, par l'une ou l'autre définition, des rapatriés du Maroc et de Tunisie, ou des Juifs sépharades et des descendants d'autochtones de citoyenneté française « rapatriés » d'Algérie, reflète l'attitude d'acceptation ou de refus de l'expression « pied-noir » par les membres de ces groupes. Ainsi, selon Hubert Hannoun, écrivain,

« l'expression de pieds-noirs ne peut être employée pour désigner les Juifs originaires d'Algérie. Les pieds-noirs sont les descendants de tous les Européens – majoritairement français – qui, à partir de 1830, se sont installés en Algérie pour en faire une colonie de peuplement. Les Juifs, eux, sont présents dans le pays dès le IIe ou IIIe siècle, donc bien avant les Français, les Turcs et les Arabes. Leur histoire n'est pas celle des pieds-noirs[3]. »

D'autre part, les deux définitions n'ont pas la même extension temporelle : le Robert réserve l'appellation aux personnes contemporaines de la guerre et du départ d'Algérie, alors que Larousse semble lui donner une valeur rétroactive.

Dès lors, selon la définition du Larousse, les colons installés dès 1560 dans les « possessions françaises sur la côte septentrionale de l'Afrique », telles que le Bastion de France et La Calle, sont considérés comme des pieds-noirs qui s'ignoraient.

L'origine de l'expression fait l'objet de plusieurs hypothèses :

  • La coloration des pieds des viticulteurs lors du foulage du raisin, sachant que de nombreux Français d'Algérie vivaient de la production de vin[réf. nécessaire] ;
  • Une bande de jeunes Français du Maroc, amateurs de cinéma américain, se seraient eux-mêmes baptisés « pieds-noirs » en référence à la tribu amérindienne. L'expression aurait ensuite franchi la frontière algéro-marocaine vers 1955[4].
  • Les premiers Européens arrivés en nombre au début de la colonisation étaient des militaires ; ceux-ci portaient des chaussures de marche noires dont beaucoup déteignaient sur les pieds[réf. nécessaire].

Distinctions[modifier | modifier le code]

Usage[modifier | modifier le code]

Le terme « pied-noir » étant d'origine incertaine, son usage courant est donc générique et imprécis. Il convient donc d'établir des distinctions pour en apprécier la portée. D'une part, certains membres de cette communauté considèrent l'appellation « pied-noir » comme péjorative, voire offensante, et lui préfèrent la dénomination, plus formelle, de « Français d'Algérie », beaucoup plus conforme à la réalité. D'ailleurs, beaucoup d'entre eux se sentent Algériens de terre et Français de nationalité et ont souhaité conserver dans leur numéro Insee le numéro de leur département de naissance : 91 (Alger), 92 (Oran), 93 (Constantine) et 94 (Territoires du Sud) (voir sous intégration, plus bas dans l'article).

D'autre part, de nombreux Juifs d'Algérie ne se considèrent pas comme « Pieds-noirs »[5],[6]. Ainsi, Patrick Bruel et Éric Zemmour, par exemple, se définissent eux-mêmes comme « juifs berbères » et considèrent le terme pieds-noirs comme inexact en ce qui concerne leur famille présente en Algérie bien avant l'arrivée des Français et même de l'islam[7],[8]. Au contraire, en 1987 l'emblématique Enrico Macias, dont le patronyme réel est Ghanassia, affirme que[9] « les Pieds-Noirs c'est pas seulement les catholiques, c'est aussi les musulmans et les israélites », car selon lui « toutes ces communautés forment la communauté nord-africaine ».

Rapatriés d'Algérie et Pieds-Noirs[modifier | modifier le code]

Les historiens distinguent trois grands groupes sociaux constituant les rapatriés d'Algérie[10] :

  • les Européens rapatriés d'Algérie: communément appelés Pieds-Noirs, ils sont de loin les plus nombreux. En 1962, environ 800 000 Pieds-Noirs quittent l'Algérie dont 512 000 entre le mois de mai et le mois d'août.
  • les Juifs rapatriés d'Algérie: souvent associés aux Pieds-Noirs, estimés a 120 000 en 1962, environ 110 000 s'installent en France en 1962.
  • les Français musulmans rapatriés (FMR), aussi appelés FSNA (Français de souche nord-africaine) avant l'indépendance, puis souvent englobé sous le terme générique de "harkis", ils sont constitués de plusieurs groupes différents: anciens membres des forces supplétives (Harkis, Moghaznis, GMS…), militaires engagés ou appelés au côté de l'armée française et élites francisées (hauts fonctionnaires, membres du "double collège", députés, sénateurs…) . Ils sont au nombre de 138 458 au recensement de 1968.

Dans l'usage courant « pied-noir » est un quasi-synonyme de « rapatrié d'Algérie ». « Rapatrié » fait référence à un statut administratif qui a concerné, à partir de 1962, les « Français d'Algérie » originaires des départements français d'Algérie et du Sahara au moment de l'indépendance de ces deux entités le 5 juillet 1962.

Parmi les rapatriés d'Algérie, qui étaient tous de nationalité française, sont englobés la majorité des « Européens » et des juifs séfarades et un nombre limité de « musulmans » (arabes et berbères), plus souvent désignés par le terme générique de harkis, c'est-à-dire ceux des militaires, anciens supplétifs de l'armée française, et leurs familles qui ont pu trouver asile en métropole. La différence de statut civique entre « Européen » et « harki » fait que le second n'est que supplétif de l'armée française (contractuel) et non membre à part entière de l'armée française. Il est à noter que quelques milliers de musulmans étaient citoyens de droit commun et ont donc conservé automatiquement leur nationalité française en 1962 (essentiellement des militaires, des caïds comme la famille du recteur actuel de la mosquée de Paris Dalil Boubakeur ou les parents de Yazid Sabeg, commissaire français à la diversité). La majorité des musulmans, citoyens de droit local, ont perdu leur nationalité française en 1962.

Les « Européens » rapatriés sont de culture chrétienne ou juive, ils sont d'origine française (en provenance de toutes les régions de la métropole mais en particulier d'Alsace et de Lorraine[11]) ou étrangère. La proportion d'étrangers monte en 1886 à 49 % des Européens d'Algérie, pour décroître après la loi sur les naturalisations du 26 juin 1889. En 1884, on recense un peu plus de 48 % d'étrangers parmi les 376 772 Européens, avec des différences notables selon les départements : 40 % dans le département d'Alger (56 751 étrangers et 84 816 Français), plus de 59 % dans le département d'Oran (84 881 étrangers et 58 085 Français — la proportion monte à 68 % pour la seule ville d'Oran), 43 % dans celui de Constantine (39 722 étrangers et 52 517 Français)[12] (principalement d’Espagne mais aussi de Malte, d’Italie, d’Allemagne de Suisse et d'Angleterre). Les motifs d'installation en Algérie des colons sont variés, attrait pour les concessions, incitation et facilité d'installation par les autorités françaises (en particulier Alsaciens-Lorrains, Allemands et Suisses), élévation du niveau de vie (Maltais), fuite de la guerre civile (guerres de succession d'Espagne 1833-1840 — à laquelle la France prend part — 1846-1849, 1872-1876, guerre d'Espagne 1936-1939), déportation des résistants au coup d'État du 2 décembre 1851 sous Napoléon III) ou annexion du territoire (Anglo-Maltais, Alsaciens et Lorrains à la suite de la guerre franco-prussienne de 1870). La politique d'assimilation de la France en Algérie se traduit par la naturalisation des étrangers à la suite du décret Crémieux de 1870 et loi du 26 juin 1889, les colons détenaient 90 % des meilleures terres agricoles (région d'Alger, Tiaret, Oran, etc.) dans l’arrondissement d’Aïn Temouchent par exemple, les Européens, soit 15 % de la population, possédaient plus de 65 % de l'ensemble des terres agricoles[13].

Différences de statut entre les départements français d'Algérie-Sahara et protectorats de Tunisie-Maroc[modifier | modifier le code]

La fin du protectorat français de Tunisie (1881-1956) et du protectorat français du Maroc (1912-1956) a entraîné en 1956 le rapatriement des Français de souche européenne. Ces deux pays étaient placés sous protectorat et ne relevaient pas du statut de colonie, alors que l'Algérie fait, de 1848 à 1962, partie intégrante du territoire national français.

Durant l'intervalle compris entre 1830 et 1848, la conquête de l'Algérie — ou plus exactement du protectorat ottoman nommé Régence d'Alger — se poursuit et les nouveaux espaces conquis sont appelés « possessions françaises » : il s'agit alors de « colonies » et de « provinces » (1848). Après la création des départements français d'Algérie, cette France d'outre-mer avant la lettre disposait d'un statut plus proche d'un territoire tel que la Corse, sous statut métropolitain et acquis de la république de Gênes par la France en 1769, que d'une colonie.

En réaction aux premiers attentats indépendantistes marquant le début de la guerre d'Algérie (1954-1962), le 12 novembre 1954, Pierre Mendès France (Radical-Socialiste), président du Conseil s'adressant à l'Assemblée nationale, exprime clairement la distinction entre l'Algérie d'une part, la Tunisie et le Maroc d'autre part[14],[15],[16],[17] : « On ne transige pas lorsqu'il s'agit de défendre la paix intérieure de la nation, l'unité, l'intégrité de la République. Les départements d'Algérie constituent une partie de la république française. Ils sont français depuis longtemps et d'une manière irrévocable. Leurs populations qui jouissent de la citoyenneté française et sont représentées au Parlement ont d'ailleurs donné dans la paix, comme autrefois dans la guerre, assez de preuves de leur attachement à la France pour que la France, à son tour, ne laisse pas mettre en cause cette unité. Entre elles et la métropole, il n'y a pas de sécession concevable. Jamais la France, aucun gouvernement, aucun Parlement français, quelles qu'en soient d'ailleurs les tendances particulières, ne cédera sur ce principe fondamental. J'affirme qu'aucune comparaison avec la Tunisie ou le Maroc n'est plus fausse, plus dangereuse. Ici c'est la France. »

« Français d'Algérie » et « Français de France »[modifier | modifier le code]

Si le regard porté, aussi bien par le français métropolitain que par le nationaliste algérien, tunisien ou marocain, sur la communauté pied-noire ne distingue pas - comme en atteste la définition du Larousse et les attentats du FLN - dans cette société coloniale composite le colon métropolitain récemment installé (à l'image de l'instituteur Guy Monnerot originaire de Limoges venu enseigner dans un hameau algérien et victime de la Toussaint rouge en 1954) du colon vivant depuis plusieurs générations (tel le général Edmond Jouhaud natif de Bou Sfer descendant de pionniers originaires de Limoges ayant émigré en Algérie et acteur du putsch des généraux en 1961), le Pied-Noir, lui, fait la distinction entre « Français d'Algérie » et « Français de France ».

« Pieds-Rouges », « Pieds-Gris » et « Pieds-Verts »[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Pieds-Rouges.

Le terme « Pieds-Rouges » désigne les Pieds-Noirs communistes révolutionnaires (membres du Parti communiste algérien extrêmement minoritaires, trotskystes ou maoïstes) et anticolonialistes qui ont soutenu le mouvement indépendantiste et/ou ont refusé le rapatriement pour demeurer en République algérienne. Cette expression est utilisée dans plusieurs ouvrages dont Le pied-rouge[18] (1974) de Bernard Lecherbonnier, Le Pied-Rouge[19] (1999) de François Muratet, Vergès: le maître de l'ombre[20] (2000) de Bernard Violet, Les Russes du Kazakhstan[21] (2004) de Marlène Laruelle et Sébastien Peyrouse ainsi que dans Algérie, les années pieds-rouges: Des rêves de l'indépendance au désenchantement, 1962-1969[22] (2009) par Catherine Simon.

Dans son ouvrage Parcours d'une intellectuelle en Algérie: nationalisme et anticolonialisme, Monique Gadant s'interroge sur l'origine de l'expression et en propose une définition: « d'où sort ce terme de pieds-rouges dont les Français sont subitement affublés ? Il est plutôt péjoratif car il est censé désigner des gens qui seraient venus en Algérie, dit-on, avec l'intention de ce pays comme banc d'essai de leurs théories révolutionnaires ou parce qu'ils auraient été frustrés d'une révolution qu'ils n'auraient pas pu faire chez eux. »[23]. En 1976, lors de l'émission Apostrophes, le célèbre humoriste et comédien, Guy Bedos s'adressant à Michel Jobert, pied-noir du Maroc et gaulliste de gauche, déclare « je suis pied-noir et rouge moi »[24].

Une autre expression dérivée de Pieds-Noirs désignerait les « petits pieds-gris, enfants issus de pieds-noirs et de métropolitains aux pieds blancs »[25]. Une toute autre définition de « Pieds-Gris » est rapportée par le sociologue René Domergue dans L'Intégration des pieds-noirs dans les villages du Midi et le chapitre « C'est Nous Les Vrais Pieds-Noirs : La Diversité pied-noire : Tunisiens, Marocains, Oranais, Bônois… » où l'auteur retranscrit la déclaration de Sabine[5] :

« Je suis Pied-Gris. Je viens de Tunisie, je suis arrivée en 62. Je faisais partie de la masse des rapatriés. Je me suis d'abord assimilée à eux. Les Pieds-Noirs d'Algérie m'ont tout de suite fait savoir que non. Quand je disais je suis pied-noire, la personne en face de moi me disait : Oui mais d'où ? Quand je répondais « de Tunisie », elle me disait : Mais ceux de Tunisie ne sont pas des Pieds-Noirs. C'est pourquoi je me suis appelée Pied-Gris ».

Le terme « Pieds-Verts » utilisé pour la première fois en 1965, désigne les Européens, qui sont restés en Algérie après 1962.

« Les vrais Pieds-Noirs »[modifier | modifier le code]

L'étude sociologique de René Domergue met en évidence à la fois les distinctions que font entre eux les rapatriés ainsi que les problèmes liés à l'évolution de la définition même de Pied-Noir. Ainsi le chercheur rapporte d'abord le cas de Marie, rapatriée installée dans les Cévennes ; alors qu'il lui demande si elle est pied-noire, celle-ci lui répond : « Non, pas du tout… Je suis née en Tunisie. Les Tunisiens ne sont pas des Pieds-Noirs. Le terme est réservé aux Algériens »[5]. Dans un second temps, s'intéressant aux rapatriés du Maroc, l'un d'entre eux prénommé Raymond, affirme au sociologue : « Je suis Pied-Noir. […] Je suis né au Maroc, en 1947. C'est nous les vrais Pieds-Noirs. […] Le mot Pied-Noir était connu au Maroc bien avant d'être connu en Algérie. Je l'ai toujours entendu, bien avant 62 »[5].

Enfin, recueillant le point de vue de rapatriés israélites séfarades, la fille d'un couple d'entre eux, Corinne, déclare : « Je récuse le terme [pied-noire]. Je me sens d'origine africaine. Pied-Noir est un terme inventé par les métropolitains. L'identité de ma famille n'est pas là. Nous sommes Français juifs d'Algérie. Nous n'avons pas du tout la même culture que les non-juifs »[5].

Origines du terme[modifier | modifier le code]

Apparition[modifier | modifier le code]

L'empereur Napoléon III salue les « colons français et les Arabes » depuis le balcon de la sous-préfecture de Mostaganem (département d'Oran) lors de sa visite officielle en Algérie le 20 mai 1865. Croquis de M. Moulin paru dans Le Monde Illustré, 1865.

L'apparition de ce terme pour désigner les Français d'Algérie est datée, selon Paul Robert, qui était lui-même pied-noir, de 1955.

Pour d'autres, ce terme aurait déjà été en usage vers 1951-1952, dans les casernes en Métropole, bien avant de parvenir en Algérie, pour désigner les recrues françaises originaires d'Afrique du Nord. - Il n'y avait en Algérie, avant la guerre d'indépendance, aucun sobriquet d'usage courant pour désigner les Français d'Algérie eux-mêmes, si ce n'est les appellations d'« Algériens » ou de « Nord-Africains », désignant alors seuls les Français d'Algérie ou d'Afrique du Nord, alors que les autochtones étaient désignés comme « Arabes », ou « musulmans ». Avant et durant la guerre de 14-18, le terme péjoratif d'arbicot était utilisé dans les casernes à l'encontre des Français d'Algérie et celui de bicot à l'encontre des musulmans ; ce dernier est resté dans un certain langage raciste et il convient de noter qu'il ne fut pas pratiqué par les Français d'Algérie ; de leur part, un sobriquet nettement moins insultant était le terme de tronc ou tronc de figuier, pour évoquer l'habitude des indigènes de bavarder longuement sous un arbre. À noter que les musulmans parlaient de gaouris ou roumis pour les chrétiens et de judis pour les juifs.

Les Pieds-Noirs se considéraient à une époque comme les « vrais Algériens », excluant les musulmans (algériens) qu'ils considéraient comme « Indigènes ». Ainsi on rapporte un dialogue entre un étudiant d’Alger et une étudiante métropolitaine lors du Congrès de l’UNEF en 1922 :

« — Ainsi, vous êtes Algérien..., mais fils de Français, n’est-ce-pas ?
— Bien sûr ! Tous les Algériens sont fils de Français, les autres sont des Indigènes[26],[27]! »

Cependant, après la Seconde Guerre mondiale, les Pieds-Noirs ont commencé à éviter d'utiliser ce terme afin de ne pas être confondus avec les travailleurs indigènes (algériens) venus en métropole[28],[27].

L’écrivain kabyle Mouloud Feraoun décrit ce double langage dans son roman Les Chemins qui montent :

« C’est nous les Algériens, disent-ils aux Français de France. L’Algérie, c’est nous. Voyez ce que nous avons fait. Remerciez-nous, Messieurs de France, et ne vous avisez pas de nous juger. Malheureusement, ils ne tiennent pas le même langage avec nous. Dès que nous leur disons que nous sommes Algériens nous aussi, ils nous rétorquent : - Vous en êtes ? C’est bon. Tas d’Indigènes, que supposez-vous? Nous sommes Français, nous. Arrière, et garde à vous! Vous voulez nous f... à la mer, bande d’infidèles et d’ingrats. Mère patrie, du secours[29],[27] ! »

Les Français d'Algérie, au contraire, utilisaient de leur côté plusieurs surnoms pour désigner les Français de métropole tels que « Français de France », « Frangaoui » ou encore « Patos ».

Le surnom de « pieds-noirs » semble n'être parvenu en Afrique du Nord qu'après 1954, peut-être apporté par les soldats métropolitains venus en nombre. Toutefois son usage ne s'est vraiment répandu en Algérie que dans les toutes dernières années de la présence française et surtout en métropole, après le rapatriement.

Quoi qu'il en soit, les premières attestations certaines de ce terme, dans cette acception, sont à ce jour les suivantes :

Explications proposées[modifier | modifier le code]

Alger, scène à l'arrivée d'un steamer. Circa 1899.
Emblème pieds-noirs utilisé par les associations.

Des explications plus ou moins crédibles, probablement imaginées après coup, ont alors été avancées : allusion aux souliers supposés vernis ou aux bottes noires des premiers immigrants ou aux brodequins noirs des soldats de l'armée d'Afrique, aux jambes des colons, noircies en défrichant les marécages, etc. Certains évoquent même les amérindiens pieds-noirs (Black-Feet) d'Amérique, qui auraient été présents dans les contingents américains qui débarquèrent en Afrique du Nord en 1942. Toutes ces explications sont probablement fausses puisque, si elles étaient vraies, la dénomination de « pieds-noirs » aurait été connue en Algérie, bien avant la guerre d'indépendance.

Selon d'autres attestations, le terme aurait désigné, vers 1901, des « Arabes », chauffeurs sur les bateaux à vapeur traversant la mer Méditerranée aux pieds nus salis par le charbon. Selon Guy Pervillé « « Pieds noirs » (pieds sales) était l’un des nombreux sobriquets injurieux attribué aux « Arabes » par les Européens d’Algérie ; mais son application à ces derniers – peut-être par des métropolitains mal informés – est attestée peu avant 1954 »[30],[31]. Selon un article récent « Vous avez dit pieds-noirs », paru dans le magazine Pieds-Noirs d'Hier et d'Aujourd'hui de janvier 1999, on explicite l'origine de ce sobriquet utilisé dans le jargon de la marine, mécanisée dès la fin du XIXe siècle : les marins d'Algérie habitués aux températures torrides auraient été affectés aux machines à charbon, comme les « gueules noires » des mines, tandis que les marins métropolitains, armés de l'écouvillon pour graisser les canons, se seraient vu baptiser bouchons gras puis à terre : les patos » de l'espagnol « canard », à cause de leur démarche chaloupée acquise sur le pont par suite du roulis. Une photographie de 1917, portant cette mention, y est insérée. Cette dernière explication est peut-être valable pour le mot « patos », très utilisé sur place avant 1949, mais vraisemblablement pas pour le terme « pied-noir » qui était rigoureusement inconnu à Alger jusque vers la moitié des années cinquante. Précisément une explication moins connue concorde avec cette datation. C'est celle d'un article de l'Express naissant, dans laquelle l'auteur se livre à une vive diatribe contre les habitants français d'Algérie, les comparant aux Indiens de la tribu des Pieds-Noirs tels qu'ils sont montrés de façon caricaturale par Hergé dans Tintin en Amérique, oisifs profiteurs du pétrole découvert sous leurs terres[réf. nécessaire]. Le cliché dénoncé par Albert Camus du colon milliardaire fumant cigare à bord de sa Cadillac viendrait de ce même article.

Mais alors les intéressés eux-mêmes, à l'heure où leur destin était menacé, s'en sont saisis, au tout départ les étudiants d'Alger, pour en faire l'étendard de leur identité, comme en témoignent les noms de nombreuses associations.

Communauté pied-noire[modifier | modifier le code]

Visite de touristes américains à Alger en 1936. (Film muet.)

Français d'Algérie et du Sahara (1830-1962)[modifier | modifier le code]

Européens français et étrangers[modifier | modifier le code]

Le parc de Philippeville est fréquenté par une population mixte. Circa 1860-1900.
Un jongleur Arabe à Alger, deux soldats français en uniforme (en bas) s'approchent de trois colons pieds-noirs en habits bruns et chapeaux mous. Vers 1899.
Un pêcheur pied-noir sur le môle, au fond le phare d'Alger. Circa 1899.
Les premiers pieds-noirs sont les enfants des militaires français débarqués en 1830. Ici quatre enfants sur un chariot tiré par deux ânes communs. Circa 1905.
Un sergent américain distribue des canettes de lait (rations) à des enfants pieds-noirs d'Oran, après les débarquements de l'opération Torch. Circa 1942.

Les pieds-noirs d'Algérie représentaient au moment de l'indépendance une population d'environ un million de personnes.

La communauté européenne résultait du brassage de populations d'origines européennes variées mais à forte dominante méditerranéenne : Français dont des Alsaciens et des Lorrains (dont une partie expatriée après la défaite de 1870 et l'occupation prussienne[11]), migrants des départements méridionaux, Corses, mais aussi des Espagnols (majorité étrangère), Anglo-Maltais (Malte étant une colonie britannique), Italiens, Allemands, Suisses et Anglais.

Jules Ferry à ce sujet, le 28 juillet 1885, lors d'un débat à la Chambre des députésà sourcer : Les colons doivent être recrutés non seulement parmi les Français, mais aussi parmi les étrangers, notamment les Allemands, aux qualités solides, les Maltais et les Mahónnais, moins recommandables, mais s'adaptant facilement au pays. Du reste il serait imprudent de se montrer exigeant sur la qualité là où on a besoin de la quantité.

Une des premières communautés à s'installer en Algérie dès le début de la colonisation, furent des Espagnols originaires des Baléares. L'arrière-garde du corps expéditionnaire français était stationnée à Mahón sur l'île de Minorque. Les habitants de Mahón furent donc les premiers à s'embarquer avec les navires français dès la conquête de 1830. Ces Mahonnais marquèrent profondément la région de l'Algérois et fut une communauté spécialisée dans la production de primeurs. Cette immigration fut la plus forte entre 1830 et 1845. Cette communauté s'intégrera rapidement grâce au service militaire et à l'école.

Si les migrants de nationalité française étaient majoritaires, les étrangers formèrent longtemps un pourcentage important de cette population jusqu'à atteindre 49 % en 1886[12]. Après la loi de naturalisation automatique de 1889, leur nombre diminuera rapidement. Cette intégration des pieds-noirs, qui n'était pas évidente au début de la colonisation (certains politiciens locaux parlèrent de « péril étranger ») tant les tensions raciales étaient fortes entre les Français et les étrangers européens d'une part, entre les Européens locaux et les Juifs d'autre part, a probablement été favorisée par deux facteurs :

  • la politique du gouvernement français qui, inquiet à une certaine époque de voir l'élément français débordé démographiquement, a pris des mesures pour naturaliser de façon automatique les enfants d'étrangers nés sur le sol algérien (lois de 1889 et 1893) et accorder en bloc aux juifs, qui avaient accueilli les Français en libérateurs en 1830 et avaient depuis lors massivement adopté la culture française[32], le statut de citoyens français (décret Crémieux de 1870).
  • le sentiment d'une communauté de destin face à la population indigène musulmane dans un système colonial.

Par contre, aucune fusion ne s'est produite avec les Algériens issus de la culture musulmane alors désignés sous l'expression générique de « Français musulmans ». Cela résulte au fait que les autorités musulmanes ont donné l'ordre aux musulmans algériens de refuser la citoyenneté française à cause de la barrière de la religion dans une population islamisée de longue date[33].

Protestants d'Algérie[modifier | modifier le code]

Les descendants des colons français (alsaciens, mosellans, vaudois et protestants des Hautes-Alpes, cévenols, dauphinois…), suisses, italiens vaudois, néerlandais, britanniques et allemands de confession protestante (réformés et luthériens), arrivés depuis 1830, formaient la communauté protestante d'Algérie, composée de 21 paroisses protestantes et 8 000 fidèles (très majoritairement nés en Algérie) en 1960.Une minorité était méthodiste due à une influence américaine.

Juifs séfarades[modifier | modifier le code]

S'y ajoutait la communauté juive plus anciennement installée, les Juifs toshavim (antérieurs) avant la conquête arabe au VIIe et les Sépharades chassés d'Espagne fin XVe siècle, entièrement acquise à la présence française après le Décret Crémieux, et dont elle avait adopté la culture et avait pris part aux combats de 1914-1918 et 1939-1945.

Français de Tunisie (1881-1956)[modifier | modifier le code]

Au 1er février 1956, la population de la Tunisie s'élevait à 3 783 169 habitants dont 255 324 Européens (180 440 Français et 66 910 Italiens). La population agricole représentait 10 à 12 % de l’ensemble de la population française de Tunisie, le reste, 80 %, étant constitué de tous les corps de métiers qui relèvent habituellement de la vie en société : fonctionnaires, artisans, commerçants, professions libérales, militaires, etc.[34]

Français du Maroc (1912-1956)[modifier | modifier le code]

Les pieds-noirs et leurs descendants aujourd'hui[modifier | modifier le code]

D’après une enquête de l'IFOP, les pieds-noirs ainsi que les personnes revendiquant une ascendance pied-noir, c’est-à-dire ayant au moins un parent ou un grand-parent pied-noir, sont au nombre de 3,2 millions en 2012[35].

Histoire[modifier | modifier le code]

Conquête de l'Algérie par la France (1830-1848)[modifier | modifier le code]

Entre-deux-guerres (1848-1954)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Algérie française.

Le 28 juin 1889 marque l'adoption d’une nouvelle loi sur la nationalité qui renoue avec le droit du sol, après près d'un siècle d'interruption. Elle attribue la nationalité française à tous les individus nés en France (l'Algérie fait partie de la France à cette époque), sauf s’ils la refusent dans l’année qui suit leur majorité.

Guerre d'Algérie (1954-1962)[modifier | modifier le code]

Répartition démographique contrastée[modifier | modifier le code]

En 1959, les pieds-noirs étaient 1 025 000, soit 10,4 % de la population vivant en Algérie. Leur poids relatif était en baisse après un maximum atteint de 15,2 % en 1926. La démographie en pleine expansion de la population musulmane contribuait à cette situation. Toutefois, la distribution de la population résultait en des régions à forte concentration de pieds-noirs. Bône (Annaba), Alger, et surtout l'Oranie. La population d'Oran était européenne à 49,3 % en 1959.

De cette répartition démographique inégale découle, en 1961, le plan de partition de l'Algérie soutenu par le Premier ministre d'Israël David Ben Gourion puis le député UNR Alain Peyrefitte[36]:

« On regroupe entre Alger et Oran tous les Français de souche, avec tous les musulmans qui se sont engagés à nos côtés et veulent rester avec nous. On transfère dans le reste de l'Algérie tous les musulmans qui préfèrent vivre dans une Algérie dirigée par le FLN. [...] On pourra partager Alger, comme Berlin ou Jérusalem : la Casbah d'un côté, Bab El-Oued de l'autre, une ligne de démarcation au milieu. »

Mais le projet est finalement rejeté par le président de Gaulle[36]:

« [...] Vous imaginez ça ! Les pieds-noirs veulent que notre armée les défende, mais ils n'ont jamais éprouvé le besoin de se défendre eux-mêmes ! Vous les voyez se poster à leurs frontières pour prendre la relève de l'armée française ? [...] En Algérie, les Arabes ont l'antériorité ; tout ce que nous avons fait porte la tache ineffaçable du régime colonial ; le foyer national des Français d'Algérie, c'est la France. »

Le même De Gaulle déclarant après le 19 mars, toujours selon Peyrefitte, que « l'histoire des Français d’Algérie ne se confondait plus avec l'histoire de La France ».

Terrorisme[modifier | modifier le code]

À partir du 1er novembre 1954, date dite du massacre de la Toussaint rouge, l'Algérie plonge dans la violence. Les revendications indépendantistes de mai 1945 d'une minorité de la population musulmane (marquée par la répression de Sétif dans le Constantinois) ne marquèrent pas une rupture criante entre les Algériens issus d'une culture musulmane et les pieds noirs européens et juifs ; c'est à partir des attentats d'août 1955 dans le Constantinois que l'Algérie s'enfonce véritablement dans le chaos. Les massacres épouvantables de plusieurs centaines de pieds-noirs et de musulmans modérés perpétrés par le FLN le 20 août 1955 dans la région de Constantine, notamment à Philippeville et à El-Halia, auront une incidence lourde sur la suite du conflit[37]. En France, les images de ces événements sont pourtant censurées[réf. nécessaire]. À l'époque, on parle d'« événements » pour qualifier un conflit qui évolue petit à petit en une véritable guerre civile (rôle des harkis, des moghazis et des fonctionnaires du côté des communautés musulmanes, puis plus tard en 1960, formation de l'OAS du côté pied noir).

« Je vous ai compris ! »[modifier | modifier le code]

Beaucoup de pieds-noirs se sentirent trahis par l'attitude du président Charles de Gaulle. L'ambiguïté du « Je vous ai compris » sur le forum d'Alger le 4 juin 1958 devant des communautés qui fraternisent, et surtout le « vive l'Algérie française ! » proclamé à Mostaganem, les trompent, ainsi que les affiches de propagande insistant sur « 10 millions de français à part entière ». Comme les élections de septembre où à égalité les communautés approuvent la constitution. Comme les élections de novembre ou les DOM d'Algérie élisent leurs députés à l'Assemblée Nationale. Mais, des discours et textes laissaient présager dès 1943 (accord de l'indépendance au Liban) son opinion sur la future indépendance de l'Algérie, pour ensuite approuver le principe du droit à l'autodétermination du peuple algérien et finalement de l'indépendance de l'Algérie, alors même qu'il ne pouvait en méconnaître les conséquences concrètes (massacre d'Oran) et qu'il s'était aussi servi de la frange la plus radicale des partisans de l'Algérie française pour revenir aux affaires (putsch d'Alger du 13 mai 1958) et des notables musulmans favorables à la France. Le décret du 20 mars 1962 interdisant aux DOM d'Algérie de voter pour ratifier les Accords d'Évian va exacerber leur sentiment d'être abandonnés.

Activisme politique[modifier | modifier le code]

Les partisans de l'Algérie Française[modifier | modifier le code]

Bouleversés par une phrase du général de Gaulle sur « la République algérienne, laquelle existera un jour »[38], les Français d'Algérie manifestent leur rupture avec l'option gaullienne de « l'Algérie algérienne » lors du référendum sur l'autodétermination en Algérie du 8 janvier 1961, où le NON obtient en Algérie un pourcentage de 18 % des inscrits, proche de celui des Européens dans le corps électoral, et une majorité absolue des suffrages exprimés dans les départements et arrondissements où ils sont concentrés[39] (départements d'Alger et d'Oran, arrondissements de Bône et de Philippeville). Face au désengagement des autorités françaises et en l'absence de mesures concrètes visant à protéger la minorité politique qu'ils représentaient, les pieds-noirs manifestent un soutien massif à l'OAS dans les quartiers européens des villes[40], et sa politique de terre brûlée et de terreur envers les musulmans nationalistes, ne cédant en rien à celle du FLN[41]. Mais ce soutien est plus fait d'admiration que de participation effective, l'OAS ayant compté à son apogée environ 1 000 hommes armés et 3 000 militants[42].

Les partisans de l’indépendance algérienne[modifier | modifier le code]
Article détaillé : Parti communiste algérien.

Cependant il convient de nuancer l'engagement politique puisque, de la même façon qu’il y eut beaucoup de musulmans luttant aux côtés des français du Front Algérie Française, il y eut quelques Pieds-Noirs, plutôt de gauche, qui se sont engagés dans la lutte pour l’indépendance en soutenant le FLN contre l’armée française ; les activistes du Parti communiste algérien (Henri Maillot, Henri Alleg, Maurice Audin, etc.) ou du Mouvement libéral algérien (Pierre Popie et Centres Sociaux Educatifs). Certains comme Fernand Iveton, un syndicaliste de la CGT, ont intégré le Front de libération national algérien. Il sera exécuté par les autorités françaises, sa demande de grâce étant refusée le 10 février 1957 par le président de la République, René Coty, avec l’accord du garde des Sceaux de l’époque, le socialiste François Mitterrand[43].

La répression des autorités françaises s’étendra aussi aux avocats des partisans du FLN. Maître Grangé, maître Guedj et maître Smadja avocat de Fernand Iveton sont eux-mêmes arrêtés et internés sans jugement au camp de Lodi[44](Lodi s’appelle aujourd’hui Drâa Esmar) avec 130 Européens, dont quatorze avocats ayant défendu des membres du FLN[45].

Entre le cessez-le-feu et l'indépendance (mars-juillet 1962)[modifier | modifier le code]

Certains pieds-noirs détruisirent leurs biens avant d'embarquer, en signe de désespoir et de terre brûlée, mais la plupart partirent en laissant intacts leurs patrimoines, leurs cimetières, leur terre natale. Beaucoup, en effet, espéraient que les promesses du gouvernement gaulliste pouvaient être tenues, au moins partiellement, et qu'ils pourraient revenir. Ce gouvernement se contenta d'appliquer unilatéralement les accords d'Évian, en laissant faire le FLN. Dès le mois de juin 1962, les ultras du FLN dénoncent les accords d'Évian, les considérant comme une plate-forme néocoloniale, et ne respectent pas les garanties concédées aux Pieds-Noirs (et aux Harkis) figurant dans les accords d'Évian. Certains Algériens libéraux se félicitaient de l'application de l'amnistie et souhaitaient que les Pieds-Noirs restent pour les « aider à édifier une Algérie nouvelle » estimant que ceux qui sont partis « avaient le devoir de revenir »[46],[47].

Camps de réfugiés[modifier | modifier le code]

Les scènes de dizaines de milliers de réfugiés paniqués campant pendant des semaines sur les quais des ports d'Algérie en attendant une place sur un bateau vers la France devinrent habituelles entre juin et août 1962.

À Oran est créé un camp de réfugiés nommé « Centre Accueil »[48].

« La valise ou le cercueil »[49][modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Exode des Pieds-Noirs et Massacre d'Oran.

En quelques mois, entre la fin du printemps et septembre 1962, 800 000 Français, Européens et Juifs, quittèrent le pays dans un mouvement de désespoir.

La valise ou le cercueil, slogan de certains nationalistes algériens[50] a résumé par anticipation le sentiment d'abandon total ressenti par cette population. En 1961, la trêve unilatérale ordonnée par le général de Gaulle s'accompagne d'une recrudescence des attentats du FLN, permettant à l'OAS de se présenter comme seul défenseur des Français d'Algérie[50]. Le début de 1962 voit une escalade des terrorismes réciproques, les attentats de l'OAS dépassant à la mi-janvier ceux du FLN qui décroissent en avril et mai. Après le 19 mars, les attentats de l'OAS prennent un aspect aveugle auxquels le FLN prétend répondre par des attaques ciblées sur les commandos de l'OAS, mais qui atteignent finalement tout Européen, quel qu'il soit, notamment par de nombreux enlèvements qui s'accroissent dans la deuxième semaine de mai 1962[51]: on estime le bilan de l'OAS pendant sa période d'activité à 2200 tués (dont 85 % de musulmans et 71 tués en France métropolitaine)[52], et également à environ 2200 les morts (massacre d'Oran et rue d'Isly compris) et disparus définitifs parmi les Français d'Algérie enlevés du 19 mars au 31 décembre 1962[53]. Reprenant en 2011 l'étude des disparus européens de la Guerre d'Algérie, l'historien Jean-Jacques Jordi montre que les enlèvements orchestrés par le FLN et l'ALN après le 19 mars 1962, et, en nombre grandissant, à partir du 5 juillet[54], n'avaient pas pour enjeu la lutte contre l'OAS[55], mais pense-t-il, celui de provoquer l'exode massif des pieds noirs[56].

Du fait de l'insécurité généralisée, la population s'élance dans un exode soudain et massif, dont le pic se situe en mai et juin 1962.

Quelques auteurs nient que cette fuite ait été provoquée par un sentiment d'insécurité, réelle ou supposée, car les pieds-noirs n'auraient pas eu connaissance des attentats et des enlèvements[57], et mettent en avant « leur incapacité à effectuer une réversion mentale (...) partager toutes choses avec des gens qu'ils avaient l'habitude de commander et de mépriser[58]. »[59]

La population d'origine européenne et juive s'est donc massivement réfugiée en France en quelques années : aux 150 000 ayant quitté l'Algérie avant 1962, s'ajoutent les 650 000 pied-noirs qui rejoignent la rive Nord de la Méditerranée avant l'indépendance, plus quelques dizaines de milliers dans les décennies suivantes. En septembre 1962, Oran, Bône, ou Sidi-bel-Abbès étaient à moitié vides. Toutes les administrations, police, écoles, justice, activités commerciales s'arrêtèrent en trois mois.

Exode à l'étranger[modifier | modifier le code]

Une minorité de Pieds-Noirs, s'estimant trahis par la France, s'est établie en Espagne alors gouvernée par Franco. Elle s'est installée principalement dans la région d'Alicante d'où étaient originaires de nombreux colons d'Oranie[60].

Une autre minorité s'est établie en Amérique dans des pays tels que le Canada ou l'Argentine. La majorité, 800 000, s'est installée dans l'Hexagone.

Les Juifs d'Algérie ont massivement choisi la métropole (plus de 95 %) et peu sont partis en Israël. Au total, environ 130 000 Juifs d'Algérie sont venus en France[61].

En cumulant les rapatriés d'Afrique française du Nord, on arrive à un total d'environ 1,5 million personnes, soit environ 3 % de la population française[62].

Les Pieds-Noirs restés en Algérie (1962/2011)[modifier | modifier le code]

Une proportion non négligeable de Français d'Algérie y sont restés après l'indépendance. Estimés à environ 200 000 personnes en octobre 1962[63], dont 15 000 des 22 000[64] colons[65], ils sont encore 50 000 à 60 000 au 31 juillet 1965[63]. Entre temps, en novembre 1963, est survenue la nationalisation des biens fonciers des Français, et les clauses des accords d'Évian relatives à la nationalité des Français de droit commun d'Algérie, reprises dans le Code de la Nationalité algérien de 1963 (seule clause des accords intégrée au droit interne algérien[66]), ont reçu une application étriquée, en raison des lenteurs de l'administration, et des réticences politiques : les premières demandes aboutissent en juillet 1963, et au 1er octobre 1963, 16 Français ont obtenu la nationalité algérienne, dont 8 Français d'Algérie. À l'échéance finale du 31 juillet 1965, 500 Français auront obtenu cette nationalité, dont 200 nés en Algérie[63].

Dans les années suivantes, des données très contradictoires ont été avancées : en 1979, le journaliste du Monde Daniel Junqua estime qu'ils reste dans le pays 3000 à 4000 Français d'Algérie, dont la moyenne d'âge est de 70 ans[67], en 1993, Hélène Bracco estime cette population à 30 000 personnes[68], et en 2008 des chiffres sont avancés entre 300 (source du consulat de France) et 4500 (source ADFE Oran)[69]. L'historien Benjamin Stora constate à ce sujet : « L’histoire de ceux qui sont restés n’a pas été écrite »[réf. nécessaire].

Ce dernier carré des « Pieds-Noirs » d'Algérie, fréquemment sollicité par les médias, vit bien intégré dans le pays[69].

Situation en France métropolitaine (1962~)[modifier | modifier le code]

Aides gouvernementales à l'installation[modifier | modifier le code]

Le gouvernement avait estimé à 200 000 ou 300 000 le nombre de rapatriés temporaires en France qu'il qualifiait de « vacanciers ». Aussi, rien n'était prévu pour leur arrivée. Beaucoup durent dormir dans les rues à leur arrivée en France, où la majorité n'avait jamais mis les pieds et n'avait ni famille, ni soutien. Certains souffrirent également du ressentiment des métropolitains qui n'étaient généralement pas favorables à la guerre et avaient souffert des appelés morts ou blessés en Algérie. Ils bénéficièrent cependant d'aides à l'installation (qui par contrecoup générèrent des jalousies en Corse qui aida au décollage du nationalisme corse), sauf pour les pieds noirs d'origine corse.

Le gouvernement répond à l'afflux inattendu des exilés en métropole par la création du secrétariat d'État aux Rapatriés ainsi que l'Action sociale nord-africaine. Une allocation de subsistance a été accordée par le Ministère des Rapatriés pour une durée de 12 mois à compter du rapatriement en métropole[70].

Villes nouvelles[modifier | modifier le code]

Articles connexes : Ville nouvelle et Carnoux-en-Provence.

Les besoins importants en logement pour héberger les rapatriés entraînent la création de villes nouvelles telles Carnoux-en-Provence en 1966[71],[72].

Certaines régions (Île-de-France, Provence-Alpes-Côte d'Azur) pratiquent une « discrimination positive », réservant aux arrivants jusqu'à 30 % des places en HLM[73].

Quête des origines[modifier | modifier le code]

Registre d'état civil d'Alger « Registre Européen » Tome 1 : Naissances-Décès-Mariages de 1832. Les registres d'état-civil des Pieds-Noirs sont dorénavant consultables en ligne[74].

À l'indépendance de l'Algérie, le 5 juillet 1962, les autorités françaises laissèrent toutes les archives administratives au nouveau gouvernement algérien. Ce qui signifia pour les pieds-noirs, l'absence d'accès à leurs actes de naissance et autres actes d'état-civil. Certains eurent du mal à prouver leur nationalité française.

Devant l'incongruité de la situation, le gouvernement français décida finalement d'envoyer une mission en Algérie, entre 1967 et 1972, pour microfilmer les registres d'état-civil. Environ 1/3 des actes n'a pu être microfilmé[74], ce qui explique les problèmes rencontrés face à l'administration jusqu'à aujourd'hui par certains.

Le Centre des archives d'Outre-Mer (CAOM) d'Aix-en-Provence, conserve les archives de l'Algérie comportant tous types d'actes (naissance, décès, mariage, divorce, etc.). En 2003, dans le cadre culturel de « l’année de l’Algérie en France », les registres pieds-noirs numérisés ont été indexés et sont désormais librement consultables sur le site web des Archives nationales d'Outre-Mer (ANOM)[74] ce qui permet aux populations concernées de faire des recherches généalogiques et ainsi retrouver l'identité et l'origine des pionniers[74]:

«  De 1830 à 1962 les registres d’état civil dit « européen » ont été établis en deux exemplaires selon la règle métropolitaine. Lors de l’accession de l’Algérie à l’indépendance, ces registres sont restés en Algérie où ils sont conservés. Le ministère des Affaires étrangères a entrepris entre 1967 et 1972 la reproduction sur microfilm d’une partie de ces registres, environ les deux tiers. Certaines communes manquent en totalité et d’autres sont incomplètes. Ce sont ces microfilms qui ont fait l’objet d’une numérisation. À l’initiative du ministère de la Culture, il a été établi en 2003 une base alphabétique des actes de 1830 à 1904, aux noms et prénoms, qui facilite l’accès aux images numérisées.  »

Racisme[modifier | modifier le code]

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Généralement les pieds-noirs se sentirent rejetés à leur arrivée en France alors qu'ils composaient 25 % de l'Armée d'Afrique en 1944, avec les plus grosses pertes (8 000 tués). Ils eurent à affronter les invectives, notamment de la gauche communiste, qui les caricaturaient comme des colons profiteurs. À l'été 1962, les pieds-noirs désespérés et démunis, arrivés sur des bateaux surchargés, furent reçus, à l'initiative des dockers CGT, par des pancartes hostiles (« les pieds-noirs à la mer ») à l'entrée du port de Marseille. Beaucoup virent leurs conteneurs trempés dans la mer par ces mêmes dockers.

Malgré les préventions qu'affichaient certains hommes politiques (comme le maire socialiste de Marseille, Gaston Defferre, qui déclarait en juillet 1962 dans La Provence : « Marseille a 150 000 habitants de trop, que les pieds-noirs aillent se réadapter ailleurs. ») à l'égard d'une population qu'ils ne connaissaient pas vraiment et cataloguée sur des préjugés comme étant constituée de colons « faisant suer le burnous », d'être raciste, violente et machiste, et dont la structure socioprofessionnelle ne devait pas faciliter l'intégration dans une économie moderne. Jean-Jacques Jordi le démontre très bien dans son livre L’Arrivée des pieds noirs à Marseille[75].

Nom d'emprunt[modifier | modifier le code]

Concernant l'intégration des rapatriés d'Algérie en métropole, un phénomène révélateur est à noter. Plusieurs rapatriés d'Algérie, principalement exerçant dans le milieu du spectacle et des médias, de leur propre initiative ou à la suite de la « suggestion » de leur agent ou producteur, masquent leur patronyme réel, dont la consonance pourrait être perçu comme « exotique », par l'utilisation d'un pseudonyme.

Les patronymes concernés sont israélites et espagnols ; des exemples types sont l'écrivain et journaliste Jean Daniel (Jean Daniel Bensaïd) ou l'actrice Françoise Fabian (Michèle Cortes de Leone y Fabianera).

Intégration[modifier | modifier le code]

Les pieds-noirs s'adaptèrent rapidement, et les sombres prévisions du gouvernement français ont été démenties par les faits.

En réalité, la vaste majorité des pieds-noirs appartenait à la classe ouvrière ou à une communauté petite bourgeoise. La population était urbaine à 85 %, composée de petits fonctionnaires, artisans et commerçants, dont le revenu moyen était inférieur de 15 % à celui des Français métropolitains. Le niveau d'instruction dépassait rarement le certificat d'études primaires. 5 % seulement étaient des agriculteurs propriétaires et les très grandes fortunes se comptaient sur les doigts d'une main.

Cependant, après l'âpre accueil reçu, les pieds-noirs s'intégrèrent rapidement, contribuant à l'essor économique des années 1960, notamment dans les régions de Provence, et de Languedoc-Roussillon. Des villes auparavant endormies ont connu un coup de fouet économique qui a contribué à leur dynamisme actuel (Montpellier, Perpignan, Nice, et particulièrement Marseille). Leur intégration en Corse resta plus difficile notamment pour les pieds-noirs se lançant dans l'agriculture.

Les grands ensembles de Sarcelles accueillirent la majorité des pieds noirs venus s'installer en région parisienne.

Les pieds-noirs restent une communauté singulière. Assimilés français dans une France qui n'existe plus, ils ont dû s'intégrer ensuite dans l'ancienne métropole hostile à leur égard. Leur numéro d'Insee comporte le numéro de leur ancien département de naissance. En 1993, Charles Pasqua voulut imposer le numéro 99 sur leur immatriculation. Devant le tollé, l'État remit pour les Français d'Algérie qui en firent la demande, leur numéro de département de naissance : 91 (Alger), 92 (Oran), 93 (Constantine) et 94 (Territoires du Sud). La chanson d'Enrico Macias Mon pays résume tout le drame de l'exode et du déracinement. La loi du 6 décembre 2012 instituant le 19 mars comme journée nationale du souvenir pour la guerre d'Algérie est vécue comme une nouvelle atteinte à leur mémoire.

Patrimoine culturel[modifier | modifier le code]

Augustine Arsène Potel est officiellement la première Pied-Noire née en Algérie française[76]. Fille de dame Louise Potel, blanchisseuse originaire de Paris et domiciliée Rue de La Casbah chez un maure, Augustine Arsène est née à Alger, le 1er janvier 1832, soit un an et demi après la prise de la capitale de la Régence par les troupes françaises. Le nourrisson décède le 17 juillet de la même année, la mortalité infantile est élevée chez les colons européens.

Extinction des Pieds-Noirs[modifier | modifier le code]

Si l'on s'en tient à la définition du dictionnaire Larousse qui fixe les limites chronologiques de 1956 et 1962 à l'attribution de la dénomination Pieds-Noirs aux « européens » d'Afrique du Nord, alors l'« extinction définitive » du groupe ethnique – à considérer qu'il s'agisse d'un groupe ethnique, point non explicitement exprimé par le Larousse et pourtant vérifié par l'Histoire – est programmée pour l'horizon 2082 ; cette estimation adopte la fourchette la plus large en prenant l'exemple d'un enfant pied-noir né en Afrique du Nord en 1962 – et y ayant vécu quelques mois avant l'indépendance – et bénéficiant d'une durée de vie de 120 ans.

En Algérie, il y avait en 1962, 510 cimetières chrétiens et israélites, communaux et confessionnaux. En 2010-2012, une quarantaine de cimetières furent regroupés, et il en reste au moins 260 répartis sur une surface de 509 km2 (542 km2 avant 2010). La plupart des cimetières sont dégradés du fait de l'usure du temps, et parfois, par des faits de vandalismes isolés ou des profanations systématiques du GIA, mais surtout par l'absence d'entretien (pour le plus grand nombre). Une politique de regroupements des cimetières les plus dégradés est en cours depuis les années 2000, et vise à transférer de petits cimetières vers de plus grands, en zones urbaines, dans des ossuaires. Les terrains relèvent de la souveraineté algérienne, et sont donc des zones foncières, et en aucun cas des enclaves ou possessions françaises, car les terrains relèvent des communes de l'État algérien.

Le plus grand est le cimetière Saint-Eugène d'Alger. Selon les accords d'Évian, la France est chargée de l'entretien des cimetières, et 2 millions d'euros sont alloués par l'État français par an (ministère des Affaires étrangères). Sur ce point la France n'a pas respecté les accords d'Évian d'où le renforcement du sentiment d'abandon et d'exil des pieds noirs, en dépit d'actions d'associations de rapatriés pour la sauvegarde des sépultures (400 000).

Culture pied-noire[modifier | modifier le code]

Creuset méditerranéen[modifier | modifier le code]

Ni ségrégation raciale, ni apartheid en Algérie où 1 million de Pieds-Noirs vivent côte-à-côte avec 10 millions de musulmans. Scènes de rue à Alger, quartiers européen et musulman (Bab el Oued et Casbah), avant les évènements novembre de 1954.

Au-delà de la communauté pied-noir, celle des rapatriés qui sont appelés à disparaître dans la deuxième partie du XXIe siècle, subsiste un patrimoine culturel pied-noir fondé sur un métissage spécifique des cultures méditerranéenne, européenne, catholique, séfarade et orientale ; les sociétés coloniales d'Afrique française du Nord étant démographiquement et civiquement inégales, mais mixtes (exceptée la période vichyste de l'AFN de 1940 à 1943) et non basée sur l'acculturation (voir Aborigènes d'Australie) ou sur un régime d'apartheid tel que celui instauré par les colons européens (dont des français huguenots) en Afrique du Sud, où ils se sont par ailleurs maintenus.

En 1843 le saint-simonien Prosper Enfantin, décrit cette spécificité de la colonisation française par rapport aux méthodes anglaise et espagnole - entre autres - dans son ouvrage Colonisation de l'Algérie[77]:

« il ne s'agit plus de dépouiller ou d'exterminer des peuples, ni de leur donner des chaînes, mais de les élever au sens de la civilisation, d'association, dont nous fûmes toujours les représentants les plus généreux, et je dirai aussi les plus persévérants […]. Le mot de colonisation ne représente donc pas pour moi l'idée […] que devaient en avoir les Anglais de la compagnie des Indes, ou les Anglo-Américains exterminateurs des Peaux-Rouges, ou bien les Espagnols ou les Portugais, lorsqu'ils ravageaient, à la suite de Colomb et de Vasco de Gama, les Indes Occidentales, et Orientales. »

Mémoire recomposée[modifier | modifier le code]

Cette culture méditerranéenne se manifeste, essentiellement depuis l'exil et les années 2000 amorçant l'extinction des pieds-noirs, par la parution d'ouvrages consacrés à l'histoire des pieds-noirs, gage d'une volonté de conservation du patrimoine, mémoire de 132 ans de présence française en AFN[78],[79], mais également à « la cuisine pied-noire », recensant les « recettes de grands-mères »[80],[81],[82], « le parler pied-noir », recueilli dans des lexiques d'« expressions de là-bas »[83],[84].

Cuisine[modifier | modifier le code]

Le chef Léon Isnard distingue trois cuisines d'Afrique du Nord et par delà trois cultures, « arabe, juive et pied-noir »[85]. Selon lui les recettes pied-noires « rassemblent des plats venus de Languedoc et de Provence, d'Espagne et d'Italie, mêlant paellas, gaspachos, méchouis, brochettes, grillades, arrosés de blancs de Tlemcen, de rouges de Mascara ou de gris de Boulaouane. Dans les faits, la cuisine pied-noire regroupe des recettes des trois cultures. Les dernières grands-mères survivantes, savent à la fois faire la chorba, la daube, le couscous ou la salade juive. »[85].

Pataouète[modifier | modifier le code]

À Oran, le fort de Santa Cruz, datant des présides espagnols (1509–1790), surplombe la chapelle Santa Cruz, érigée de 1850 à 1959 par les catholiques d'Oranie. La ville d'Oran et la province de l'Oranie sont caractérisées par une forte influence culturelle espagnole qui s'explique essentiellement par leurs emplacements géographiques proches des côtes espagnoles.

Selon le dictionnaire Larousse, le « pataouète » est le « parler populaire des Français d'Algérie »[86]. Ce terme serait la déformation phonétique française du mot catalan « patuet (ca) », lui-même diminutif de « patuès » et ayant pour origine étymologique « patois »; la signification exacte de pataouète (ou « pataouette »[87]) serait donc « petit patois ». Il mélange des éléments de langage : français, arabes, italiens et espagnols.

Le pataouète est un sabir, plus précisément une lingua franca (langue franche), et il constitue une variante du catalan spécifique à l'Algérie. La langue catalane y est introduite par les nombreux colons mahonnais, roussillonnais (Algérois) et alicantais (Oranie), de l'italien, et subit les influences du français (langue officielle) et de l'arabe dialectal (langue majoritaire) ainsi que du berbère pour former un argot pied-noir. Les trois mots les plus célèbres du vocabulaire pataouète sont la « tchatche », la « scoumoune » et la « rabia ».

Des exemples typiques du parler pied-noir incluent les fameuses interjections, « popopopopo ! »[5], « la purée de nous'aut'es ! »[88] et sa variante « la purée de toi ! »[5], ou bien encore les verbes « péguer »[5] et « rouméguer »[5] qui sont tous deux dérivés de l'occitan[5], mais aussi les expressions « à voir si… »[89] et « faire marronner »[90] qui elles sont des tournures dérivées du catalan et du castillan.

À ce propos, certains mots espagnols passent directement dans le langage courant, en particulier dans le domaine culinaire, tel le « chumbo »[91] qui désigne la figue de barbarie ou la « kémia » qui est une sorte d'amuse-gueule caractéristique. À noter que certains noms d'aliments en catalan et castillan sont utilisés comme insulte ou juron servant à ponctuer une phrase exprimée en français ; par exemple respectivement « nyora » (prononcé « gnorra ») qui n'est autre qu'un poivron et « leche ! »[91] (prononcé « létché ») qui désigne le lait. Des mots tels que la « popa », c'est-à-dire la poupe, et qui est employé pour désigner de manière métaphorique, et dans une certaine mesure poétique, le postérieur féminin, dénotent un sociolecte particulier, ici celui des marins et pêcheurs espagnols.

Des exemples de jurons significatifs en français d'Algérie sont « punaise ! »[91] (similaire à « la purée ») et, dans un registre nettement plus blasphématoire, « la con de Manon ! »[5] et sa variante « la con de ta sœur ! »[5] ainsi que la forme contractée « d'ta mèr' ! »[5] (voir sa version contemporaine « ta mère »). Dans un registre moins ordurier et plus métaphorique, citons « margaillon »[92], qui désigne un palmier nain[92], et est employé dans le même sens que son homophone métropolitain merdaillon, c'est-à-dire à l'encontre d'un « morveux ». Il arrive qu'une expression soit composée de deux mots venant de langues différentes, à l'image de « malafatche »[91] du catalan / castillan « mala » et du provençal (occitan) « fatche » et qui signifie « sale gueule ».

En outre, ce parler souvent imagé se caractérise par des intonations[5] et une gestuelle particulières, influencé par les Arabes et les Italiens[93],[87], ainsi qu'un volume sonore plutôt élevé[5].

Sous-culture[modifier | modifier le code]

À noter la présence d'une sous-culture pied-noire issue des spécificités du peuplement de l'Oranie (proche de l'Espagne) par rapport à l'Algérois (proche des Baléares et de la Corse) et au Constantinois (proche de la Sardaigne, de Malte et de l'Italie), avec un parler et un accent particulier[94],[95] et une « rivalité » emprunte de chauvinisme entre Alger la capitale et Oran[60] seconde ville la plus peuplée et plus important foyer démographique européen.

Cette rivalité entre les deux métropoles peut être comparée à celle qui oppose Paris à Marseille[5] et est finalement assez fréquente puisqu'on la retrouve aux antipodes, et dans une toute autre culture, avec le duo Tokyo-Osaka[96].

Représentation dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

Dans la propagande[modifier | modifier le code]

Dans la comédie et le cinéma[modifier | modifier le code]

L'humoriste et comédien de la communauté pied-noire européenne Guy Bedos a contribué à l'édification de stéréotypes. C'est le cas de célèbres scènes comiques interprétées dans les années 1960 à 1970 dont Vacances à Marrakech.

De ce patrimoine culturel spécifique découle une représentation du pied-noir dans la culture populaire française avec particulièrement un « humour pied-noir » caractérisé par un accent, un phrasé et une gestuelle[97] comme en atteste l'humoriste israélite installé à Marseille Alain Kakou (plus connu sous le pseudonyme d'Élie Kakou[98]). Ce dernier, bien que né en Tunisie quatre ans après le rapatriement des Français à la fin du protectorat, se définit lui-même comme Pied-Noir[97]. Il est fameux, entre autres pour son incarnation d'un personnage pied-noir, madame Sarfati, caricature et imitation d'une grand-mère de la communauté israélite séfarade ; les origines du comédien. Dans ce registre du rôle de composition et de l'imitation par des non-rapatriés citons également le cas de l'humoriste Florence Foresti et son personnage Myriam, belle-mère de la communauté israélite séfarade[99] ou bien encore Jacques Martin imitant un guitariste d'Enrico Macias[100] en 1968 ou Pascal Sellem imitant l'accent pied-noir en 1991[101].

Parmi les précurseurs les plus connus se trouvent des humoristes et comédiens pieds-noirs authentiques, tels Roger Lévy (alias Roger Hanin) et Robert Moyal (alias Robert Castel) en duo avec sa femme Lucette Sahuquet, tous natifs d'Alger et pour les deux premiers, issus de la communauté israélite séfarade de l'Algérois.

Deux pieds-noirs européens de la Casbah d'Alger vus par Hollywood en 1938 dans l'adaptation américaine de Pépé le Moko. À gauche, l'acteur français Charles Boyer (Pépé Le Moko, « Français de France ») et à droite l'acteur pennsylvanien Stanley Fields (Carlos, « Français d'Algérie »).

Depuis le XXe siècle, la popularité du cinéma contribue grandement à façonner les stéréotypes du pied-noir dans l'imaginaire collectif. Ainsi dès 1937, le film Pépé le Moko avec Jean Gabin et René Bergeron produit une des premières représentations des Pieds-noirs dans ce média, suivi de son adaptation hollywoodienne Casbah (1938) avec Charles Boyer, puis c'est au tour de Casablanca (1942) avec Humphrey Bogart. Avant le rapatriement, radio Alger où l'oncle de Guy Bedos animait une émission et la famille Hernandez avec ses tournées en métropole commencent à populariser l'accent.

Depuis la période de l'exil de 1962, le premier film à parler de cette communauté est Le Coup de sirocco, d'Alexandre Arcady 1979, sans exclusive religieuse où tous les Français d'Algérie se sont reconnus. Ensuite, le personnage du pied noir est essentiellement abordé à travers la communauté particulière du « Juif pied-noir »[102], c'est le cas du film policier Le Grand Pardon (1981) et sa suite Le Grand Pardon 2 (1992) avec Roger Hanin, Richard Berry, Jean-Pierre Bacri et Gérard Darmon, puis plus tard les comédies La Vérité si je mens ! (1997) et La Vérité si je mens ! 2 (2001) avec entre autres Richard Anconina, Vincent Elbaz, José Garcia, Bruno Lassalle (dit Bruno Solo) et Élie Kakou. Ces derniers films très proches de la caricature.

Moins représentée, la communauté pied-noire « européenne » comprend néanmoins des comédiens et humoristes célèbres tels Guy Bedos (natif d'Alger mais ayant grandi à Bône dans le Constantinois puis en métropole) et Marthe Villalonga (née à Fort de l'eau en périphérie d'Alger). À noter que, bien qu'étant de culture européenne et catholique, ces acteurs interprètent souvent le personnage du pied-noir dans un rôle de composition quand il s'agit de la caricature de l'israélite séfarade, comme en atteste Marthe Villalonga qui, à propos de son interprétation du personnage Mouchy, mère de Simon (Guy Bedos) dans Nous irons tous au paradis en 1977, aurait déclaré « Je ne suis ni mère, ni juive ! ». Ces propos sont à mettre en parallèle avec les sketches de Guy Bedos, en particulier Je m'appelle Simon Bensoussan[103] (1989) où il interprète « l'histoire d'un séfarade tellement écartelé entre ses origines qu'il se défini[t] comme un territoire occupé »[104], se plaint de l'antisémitisme et du racisme de métropolitains catholiques, « un peu cons » (dit-il), et qui place sur un pied d'égalité « lorsque les soldats allemands envahissaient la France » et « quand l'armée française occupait l'Algérie » (1940-1945) ; ce dernier effet comique repose sur un amalgame audacieux, les habitants des départements français d'Algérie étant français depuis l'ordonnance royale du 24 février 1834, il ne s'agit donc pas d'occupation fait politique qui concerne nécessairement une puissance étrangère[105], mais il s'agit de colonisation. Il part en métropole à l'âge de 15 ans en 1949. Dans les années soixante, celles de sa période du duo comique qu'il formait avec sa compagne d'alors Sophie Daumier (non pied-noire et originaire de métropole), il exploite déjà cette thématique; notamment dans Vacances à Marrakech (circa 1960-1970) qui décrit un couple de Français moyens, néo-colonialiste, raciste et partisan de l'apartheid[106]. À ses débuts, les scènes comiques de l'artiste sont plutôt consacrées à des personnages pied-noirs israélites séfarades comme dans English spoken (Le retour de Londres)[107] et Pauvre gosse. En 1976, Guy Bedos déclare « je me sens tout de même plus proche d'Albert Camus que d'Enrico Macias »[24].

Plat de couscous revu par un pied-noir
14 décembre 2012 à Djidioua, ex-Saint-Aimé (Algérie) : cinquante ans après dans l'Algérie indépendante, traces indélébiles d'une inscription murale du slogan des pieds-noirs : « Vive l'Algérie française », elle date des dernières années de la présence française en Algérie.

Parmi les célèbres humoristes et comédiens de cette communauté européenne mais issus d'une génération plus récente, sont notables deux pieds-noirs natifs d'Alger bien qu'ayant essentiellement grandi en métropole comme Guy Bedos mais après la guerre d'Algérie et le rapatriement, Didier Bourdon (les Inconnus) et Bruno Carette (les Nuls). Le second restant fameux pour son personnage de « Super-Pied-Noir », parodie de super-héros, et ayant comme partenaire Alain Chabat (natif d'Oran) issu de la même génération mais originaire de la communauté séfarade. Pendant de longues saisons, Roger Hanin incarna le commissaire pied-noir Navarro à la télévision.

Dans la publicité[modifier | modifier le code]

Mis à part l'humour pied-noir, la représentation du pied-noir dans la culture populaire passe aussi par la cuisine pied-noire et une spécialité berbère associée, probablement transmise aux européens par les israélites et les kabyles, le couscous. Dans les années 1980, le personnage du pied-noir, là-aussi israélite séfarade, est donc utilisé par les publicitaires dans la commercialisation d'ingrédients associés à ce plat culinaire oriental (semoule dont sont produits les fameuses « boulettes » et épices) telle la marque Amora[108] ou Garbit dont l'accroche est restée fameuse, « couscous Garbit, c'est bon comme là-bas dis ! »[109].

Une autre spécialité, celle-là de tradition espagnole, la merguez qui peut accompagner le couscous ou se consommer à l'occasion de grillades, est également associée au pied-noir dans la réclame publicitaire[110]. La merguez reprend la fabrication du chorizo appelé soubressade mais au lieu de porc, on y met de l'agneau.

D'autres inventions gastronomiques pieds-noirs célèbres : Orangina (créée à Miliana et Boufarik), les anisettes Gras, Limiñana (Cristal). Les communautés se sont aussi échangées entre elles les recettes des mantecados, de la calentica ou de la tchoutchouka.

Dans l'industrie[modifier | modifier le code]

Au-delà de la merguez ou de l'anisette, l'Afrique du Nord est aussi la zone de naissance :

Dans le sport[modifier | modifier le code]

Les Pieds-Noirs ont toujours aimé le sport. Les matchs de foot entre les différents clubs comme le Racing universitaire d'Alger, l'Olympique Hussein-Dey, l'Association sportive Saint-Eugène, le Gallia Alger, l'Étoile sportive de Kabylie, le Sporting-Club Universitaire d'El Biar ou le Sporting Club de Bel-Abbès.

Toutefois, l'Algérie était en avance sur le sport métropolitain grâce au creuset culturel et à l'insouciance politique des sportifs pieds-noirs. Ainsi, le Tir-Club de Sétif devient le premier club de sport mixte homme-femme de France.

Mais le club phare de l'Algérie était sans doute le RUA, le Racing Universitaire d'Alger. Ce club omnisport géraient différentes disciplines comme l'escrime, la natation, l'athlétisme, le football, la gymnastique. De nombreux athlètes métropolitains comme Alain Mosconi ou Jean Boiteux prirent leur licence au RUA – ou dans un autre club algérien –, préférant en effet s'entraîner en Algérie plutôt qu'au très parisien Racing Club de France.

Les sports dans lesquels les Pieds-Noirs brillaient étaient :

D'ailleurs, à la suite du rapatriement, les Pieds-Noirs ont contribué au développement de ces sports en métropole, le volleyball féminin en devenant presque une marque de fabrique dans le Sud de la France. Quant au football, la présence des Pieds-Noirs est encore importante de nos jours, aussi bien chez les joueurs fils de pieds-noirs que dans l'encadrement des clubs.

Curieusement, peu de Pieds-Noirs se sont mis au rugby à XV alors qu'ils vivaient dans des régions propices à ce sport[réf. nécessaire]. Citons Karl Janik ; ou Christian Labit et les frères Francis et Émile Ntamack qui ont au moins un parent pied-noir, mais proportionnellement, les Harkis ont sorti plus de rugbymen de haut-niveau que les Pieds-Noirs : Kader Hammoudi, Bernard Goutta, Farid Sid, Karim Ghezal par exemple.

Avec le football, la boxe est aussi sans contestation le sport qui brassait la plus large population d'Afrique du Nord. D'ailleurs, l'Algérie de la période coloniale a sorti un grand nombre de champions dans ces sports, et de toutes les communautés. Le plus célèbre étant Marcel Cerdan.

Pieds-noirs célèbres[modifier | modifier le code]

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Algérie (1830-1962)[modifier | modifier le code]

Européens[modifier | modifier le code]

Israélites[modifier | modifier le code]

Maroc (1912-1956)[modifier | modifier le code]

Tunisie (1881-1956)[modifier | modifier le code]



Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Documents officiels[modifier | modifier le code]

Archives vidéos (INA)[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Théâtre[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Définition du Dictionnaire Larousse en ligne. Larousse, www.larousse.fr.
  2. Paul Robert, Alain Rey, Le Grand Robert de la langue française, définition 3 de Pied-noir, éd. 1990, tome VII, p. 390 (ISBN 2-85036-095-3)
  3. Hubert Hannoun, La déchirure historique des Juifs d'Algérie, Le quotidien d'Oran, 24 juin 2004. LA DECHIRURE HISTORIQUE DES JUIFS D'ALGERIE. Sur le site www.sefarad.org.
  4. D'après un article de Daniel Lefeuvre dans le hors-série de Guerre & Histoire, Algérie 1954-1962, la dernière guerre des Français, mars 2012
  5. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o et p L'Intégration des pieds-noirs dans les villages du Midi, René Domergue, collection Histoire et perspectives méditerranéennes, éditions L'Harmattan, 2005, p. 86-88
  6. Voir les titres d'ouvrages sur le sujet dont à titre d'exemple celui de Benjamin Stora Les trois exils, Juifs d'Algérie paru en 2008 ou celui de Léon Isnard Les 3 cuisines du Maghreb: 600 recettes arabes, juives et pied-noir [réf. souhaitée] publié en 2006.
  7. Conversation avec Claude Askolovitch, Plon, 2011, p. 32-40
  8. Éric Zemmour, 7 janvier 2008, Radio Monte-Carlo, dans Les Grandes Gueules, paru 7 janvier 2008
  9. Plateau Mamère, Villalonga, Macias 1 en direct de Nice, MIDI 2-27/06/1987
  10. Entre histoire er mémoire : les rapatriés d'Algérie : Dictionnaire bibliographique , Abderahmen Moumen, préface Jean-Jacques Jordi, Éditions Gandini, 2003
  11. a et b D'après la thèse de Fabienne Fischer, Alsaciens et Lorrains en Algérie, histoire d'une migration, 1830-1914, l'immigration des Alsaciens et Lorrains aurait représenté entre un cinquième et un quart de la population française d'Algérie de 1845 à 1860, et le cinquième après cette période. En chiffre absolu, ils auraient été environ 33 000 migrants de 1830 au début du XXe siècle, dont 12 000 à 15 000 après 1870 (6000 de 1870 à 1874). In Guy Pervillé « L'Alsace et l'Algérie : de la réalité au mythe » ; lire en ligne.
  12. a et b d'après le Tableau général des communes de l'Algérie — 1884 — lire en ligne
  13. Michel Launay, Paysans algériens, Paris, le Seuil, 1962, p. 64, p. 68.
  14. L'Afrique française : bulletin mensuel du Comité l'Afrique française et du Comité du Maroc, volumes 61-65, Comité du Maroc, Comité de l'Afrique française, 1957, p. 10
  15. Les mots des uns, les maux des autres: la France et l'Algérie, Michel Delenclos, Godefroy de Bouillon, 2008, p. 537
  16. Le livre blanc de l'armée française en Algérie, Michel de Jaeghere, Contretemps, 2001, p. 47
  17. Pierre Mendès France (NRF biographies), Éric Roussel, Gallimard, 2007, p. 352
  18. Le pied-rouge, Bernard Lecherbonnier, Denoël, 1974, p. 188
  19. Le Pied-Rouge, François Muratet, Volume 13 de Serpent noir, Serpent à plumes, 1999, p. 131
  20. Vergès: le maître de l'ombre: L'épreuve des faits, Bernard Violet, Seuil, p. 127
  21. Les Russes du Kazakhstan: identités nationales et nouveaux états dans l'espace post-soviétique, Maisonneuve & Larose, 2004, p. 263
  22. Algérie, les années pieds-rouges: Des rêves de l'indépendance au désenchantement, 1962-1969, Catherine Simon, La Découverte, Cahiers libres, 2009, 4e de couverture
  23. Parcours d'une intellectuelle en Algérie: nationalisme et anticolonialisme dans les sciences sociales, Monique Gadant, collection Histoire et perspectives méditerranéennes, éditions L'Harmattan, 1995, p. 72
  24. a et b « Guy Bedos à propos de son livre Je craque », Apostrophes - 12/03/1976
  25. Ouvertures : cours intermédiaire de français, H. Jay Siskin, Harcourt College Publishers, 2001, p. 217
  26. Alger étudiants, no 16, 16 juin 1923, p. 14.
  27. a, b et c http://guy.perville.free.fr/spip/article.php3?id_article=34#nb31
  28. Jean Pomier, « Algérien ? Un mot qui cherche son sens », in Afrique, Alger, 1946, réédité dans l’Algérianiste, no 98, juin 2002, p. 82-92
  29. Mouloud Feraoun, Les Chemins qui montent, Le Seuil, 1957, pp. 208-209.
  30. Guy Pervillé, Comment appeler les habitants de l’Algérie avant la définition légale d’une nationalité algérienne ? (1996)
  31. « Le terme, attesté en 1917 selon le dictionnaire de Paul Robert (lui-même français d’Algérie) désignait alors les chauffeurs de bateaux indigènes, aux pieds nus salis par le charbon. Sens confirmé par un article du journal indigène La Défense, no 3, février 1934, p. 2 (« Un geste révoltant ») qui cite « pied-noir » dans la liste des insultes racistes », note de Guy Pervillé
  32. Richard Ayoun, Les Juifs d’Algérie. Au-delà des pressions officielles et des lobbies de mémoire, colloque Pour une histoire critique et citoyenne — Le cas de l’histoire franco-algérienne, 20-22 juin 2006, Lyon, ENS LSH, 2007, partie À l’époque française, lire en ligne
  33. L'Afrique française en danger; Auteur : Henry Bénazet, 19e édition, éditeur : A. Fayard, 1947 Page 14
  34. Statistiques démographiques, année 1956, CADN (Centre des archives diplomatiques de Nantes), Tunisie 1er Versement, PER 589, page 101.
  35. Le vote pied-noir 50 ans après les accords d’Evian, Centre de recherches politiques de Sciences Po, janvier 2012
  36. a et b Alain Peyrefitte, C'était de Gaulle, Quarto Gallimard, 2002
  37. Guy Pervillé : Le terrorisme urbain dans la guerre d'Algérie - citation « Le 20 août 1955, des milliers de fellahs encadrés par les troupes de l’ALN s’attaquèrent aux « forces de l’ordre » et aux civils français dans une vingtaine de centres urbains et ruraux, notamment à Philippeville et à Constantine. Les meurtres et les massacres (dont les plus importants et les plus épouvantables furent ceux d’El Halia et de Aïn Abid), provoquèrent la répression attendue et les effets escomptés : la rupture entre les communautés.. Le 20 août 1955 fut le point de non-retour de l’insurrection. Le même jour, des attentats visant à Constantine plusieurs notables algériens modérés, qui avaient signé un appel condamnant « toute violence d’où qu’elle vienne », confirmèrent le choix d’une stratégie du pire. »
  38. Guy Pervillé, La Guerre d'Algérie, PUF 2007, (ISBN 978-2-13-054172-1), p. 94
  39. Guy Pervillé, Guerre d'Algérie, op.cit., p. 96
  40. Guy Pervillé, OAS, le terrorisme du désespoir , 2004, Lire en ligne
  41. Yves Courrière, La guerre d'Algérie (tome 4, Les feux du désespoir)[réf. incomplète]
  42. Pervillé, OAS…, article cité
  43. Qui se souvient de Fernand Iveton, ouvrier, communiste, rallié au FLN, guillotiné à Alger, en 1957. Et qui se souvient du nom de celui qui était alors ministre de la Justice ? L’affaire Iveton, un silence français sur le site de Libération
  44. Le camp de Lodi, Algérie 1954-1962, Nathalie Funès, Stock, 2012
  45. Patrick Kessel, Giovanni Pirelli, Le peuple algérien et la guerre: lettres et témoignages 1954-1962, p. 117, [extrait en ligne http://books.google.fr/books?id=gDa4C5-JaJ8C&pg=PA117&dq=smadja+avocats+fln&hl=fr&sa=X&ei=JtFlT8b9AaTC0QWQv4i8CA&ved=0CE4Q6AEwBA#v=onepage&q=smadja%20avocats%20fln&f=false]
  46. Algérie : interview Pajard, 01/06/1962
  47. INTERVIEW D'UNE ALGEROISE EUROPEENNE ET D'UN MUSULMAN, JT 20H - 30/09/1961
  48. CAMP DE REFUGIES D'ORAN, JT 20H - 17/07/1962
  49. « La conclusion du drame était en vue. Sur les aérodromes et sur les quais des ports les Français qui quittaient l'Algérie commencèrent à affluer. Les nationalistes arabes leur avaient offert l'alternative : la valise ou le cercueil. Ils optaient pour la valise. » In Claude Martin, Histoire de l'Algérie française, éditions Tchou 1979, tome 2 p. 265, ISBN 2-7107-0162-6.
  50. a et b Guy Pervillé "Pieds Noirs : la valise ou le cercueil" (2004)
  51. Guy Pervillé " Le terrorisme urbain dans la guerre d’Algérie (2000) "
  52. Guy Pervillé "OAS, le terrorisme du désespoir (2004)"
  53. Guy Pervillé "Le point sur… la guerre d’Algérie (1983)"
  54. Jean Jacques Jordi, Un silence d'état, les disparus civils européens de la guerre d'Algérie, Soteca octobre 2011, p. 99 ; (ISBN 978-2-9163-8556-3)
  55. « La lutte contre l'OAS est souvent avancée comme explication de ces exactions au moins jusqu'à l'indépendance puis c'est la période d'anarchie qui est mise en avant pour « excuser » ces crimes. Ni l'une, ni l'autre explication ne semble valide: [...] dans notre liste, nous relevons moins d'une dizaine d'activistes OAS (la note ici insérée indique que le FLN avait à sa disposition depuis janvier 1962 une liste des activistes OAS communiquée par la mission « C », groupe de choc composé de 200 policiers d'élites et d'une trentaine de gendarmes français - totalement distinct des barbouzes - et constitué pour le renseignement et la lutte anti-OAS; cf. aussi p.55). Enfin, 4 disparus sont le fait de l'OAS, les 1580 disparus restants sont à mettre à l'actif du FLN et de l'ALN » - Jean-Jacques Jordi, op.cit., p. 158-159
  56. Jean-Jacques Jordi, op.cit., p. 34, 37, 63, 97, 123, 135…
  57. Pierre Daum, « Trois événements traumatisants », Le Monde diplomatique, mai 2008, p. 16
  58. Hélène Bracco, chercheuse citée par Aurel et Pierre Daum, « Sans valise ni cercueil, les pieds-noirs restés en Algérie », Le Monde diplomatique, mai 2008, p. 16-17, opus cité
  59. Commentant, entre autres, l'article d'Aurel et Pierre Daum, l'historien Guy Pervillé décrit « l’inconcevable aveuglement de ceux qui, un demi-siècle après ces faits effroyables, persistent à les nier en attribuant aux Français d’Algérie l’entière responsabilité de leur exode et en affirmant que les Algériens n’avaient rien voulu de tel. » - Guy Pervillé, Jean-Jacques Jordi, Un silence d’État. Les disparus civils européens de la guerre d’Algérie., 19/12/2011, cf. note 39, Lire en ligne
  60. a et b Alicante des pieds noirs, Panorama - 18/12/1969
  61. Claude Tapia, Les Juifs sépharades en France, 1965-1985: études psychosociologiques et historiques, Éditions L'Harmattan, 1986, p. 27
  62. "Les rapatriés forment dans notre hexagone national une masse de population d'environ 1 500 000 personnes, venant d'Afrique du Nord (Algérie, Tunisie, Maroc)", Association for the Study of the World Refugee Problem, A.W.R. bulletin, Volumes 21-22, Fürst Franz Josef von Liechtenstein Stiftung, 1974, p. 186
  63. a, b et c Jean-Louis Planche Français d'Algérie, Français en Algérie (1962-1965), in colloque Les Accords d'Évian: en conjoncture et en longue durée - éditions René Gallissot - 1997 - p. 104-105 [1]
  64. Mémoires d'Ahmed Ben Bella, en septembre 1962, « 7000 des 22000 agriculteurs n'étaient pas rentrés, bien qu'en accord avec le gouvernement français, j'avais indiqué dans mes discours que ceux qui abandonnaient leur terre ne seraient pas indemnisés. »
  65. Sens d'usage, en Algérie de l'époque, de propriétaire-exploitant agricole.
  66. Bruno Étienne, Succession d'État et conditions des habitants - Aix en Provence - haut de page 29 [2]
  67. Daniel Junqua, Le Monde, 26 juin 1979 - in Pierre Laffont, Histoire de la France en Algérie, 1980, p. 508
  68. Pierre Daum, « Combien sont-ils ? », Le Monde diplomatique, mai 2008, p. 17
  69. a et b Aurel et Pierre Daum, « Sans valise ni cercueil, les pieds-noirs restés en Algérie », Le Monde diplomatique, mai 2008, p. 16-17
  70. Où en sont les rapatriés, Cinq colonnes à la une - 03/05/1963
  71. Naissance d'un village : Carnoux, Cinq colonnes à la une - 07/10/1966
  72. ROBERT BOULIN A MARSEILLE, JT 13H - 11/12/1961
  73. « L'arrivée des pieds-noirs, big bang sociologique », article du journal régional le Ravi, mars 2012
  74. a, b, c et d État civil ALGERIE
  75. Jean-Jacques Jordi, 1962 : L'Arrivée des Pieds-Noirs, Paris, Autrement, 2002
  76. Registre civil des naissances d'Alger de 1832
  77. Colonisation de l'Algérie, Prosper Enfantin, P. Bertrand, 1843, p. 32-33
  78. L'histoire des pieds-noirs d'Algérie, 1830-1962, Raphael Delpard, Michel Lafon, 2002
  79. La mémoire des pieds noirs de 1830 à nos jours, Joëlle Hureau, Librairie Académique Perrin, Tempus, 2010
  80. Recettes Pieds-Noirs de nos Grands-Mères, Louis Gildas, CPE, Reflets de Terroir, 2007
  81. Cuisine pied-noir, Christophe Certain, Edisud, 2001
  82. La cuisine pied-noir, Irène Karsenty, Denoël, Cuisine, 2001
  83. Le parler pied-noir: mots et expressions de là-bas, Léon Mazella, Rivages, Region, 2005
  84. Le parler des Pieds-Noirs d'Oran et d'Oranie, Amédée Moréno, Vents Contraires, 1999
  85. a et b Les trois cuisines du Maghreb: 600 recettes arabes, juives et pieds-noirs, Léon Isnard, Presses du Languedoc, Gastronomie, 2006, Montpellier, quatrième de couverture
  86. Définition de « pataouète » dans le dictionnaire Larousse en ligne
  87. a et b Gestes d'Algérie, Marie Virolle-Souibès, éditions Karthala, 2007, p. 166
  88. Trésors des racines pataouètes, Roland Bacri, « Le Français retrouvé », volume 5, Belin, 1983
  89. Le parler des Pieds Noirs d'Oran et d'Oranie: memento, lexique avec anecdotes, histoires & souvenirs de là-bas, Volume 2, Amédée Moréno, Vents contraires, 1999, p. 84
  90. Les Français d'Algérie: vie, mœurs, mentalité de la conquête des Territoires du Sud à l'indépendance, Pierre Mannoni, Collection Histoire et perspectives méditerranéennes, éditions L'Harmattan, 1993, page 73
  91. a, b, c et d Autrefois, la Mékerra, Raph Soria, BoD - Books on Demand France, 2009, Petit lexique : p. 188 à 198 (ISBN 2810602549)
  92. a et b Les Pieds-Noirs dans le monde, Léo Palacio, J. Didier, 1968, p. 125
  93. Gage Patrick Bruel, Tout le monde en parle - 25/02/2006
  94. Le parler des Pieds-Noirs d'Oran et d'Oranie: Tome 1, Amédée Moréno, Vents Contraires, 1999
  95. Le parler des Pieds-Noirs d'Oran et d'Oranie: Tome 2, Amédée Moréno, Vents Contraires, 1999
  96. Bulletin de la Société Paul Claudel, numéros 169-172, Société Paul Claudel, 2003, p. 8
  97. a et b « Interview Elie Kakou sur l'humour pied-noir », 14/06/1995]
  98. Site officiel d'Élie Kakou : « Elie Kakou, la bio »
  99. [Florence Foresti] Myriam : les mère juives n'existent pas
  100. Jacques Martin Tu t'laisses aller façon pied-noir, Palmarès des chansons - 04/01/1968
  101. Séquence pré générique Sellem, Double jeu - 16/11/1991
  102. Le Sentier de la gloire, par Grassin Sophie, Médioni Gilles, L'Express, publié le 01/05/1997
  103. Je m'appelle Simon Bensoussan, Guy Bedos, Bedos au Zénith - 1990, Barclay, 2008
  104. "Qu'il fasse du mime!", Guy Bedos, propos recueillis par Gilles Médioni, publiés le 19/01/2004 dans l'Express
  105. Définition d'« occupation » : politique) fait pour une puissance étrangère d'envahir un pays militairement et de s'y maintenir par la force.
  106. Vacances à Marrakech, Bedos & Daumier, Guy Bedos et Sophie Daumier, Universal, 2005
  107. Guy Bedos "English spoken", Discorama - 07/03/1965
  108. AMORA : épices : le pied noir
  109. GARBIT : COUSCOUS TABOULE PLAT CUISINE, 01/06/1987
  110. PAGES JAUNES ANNUAIRE PTT : Pied noir
  111. http://livre.fnac.com/a236985/Jacques-Roseau-Le-13e-convoi
  112. http://www.librairiedialogues.fr/livre/827848-le-tresor-du-pied-noir-roman-jean-francois-giordano-theles
  113. http://www.amazon.fr/Recettes-Pieds-Noirs-Grands-Mères-Louis-Gildas/dp/2845034989