Caracalla

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour l’article homonyme, voir Alias Caracalla (téléfilm)
Caracalla
Empereur romain
Image illustrative de l'article Caracalla
Buste de Caracalla (musée du Louvre).
Règne
(~6 ans)
Période Sévères
Précédé par Septime Sévère
Co-empereur Geta (en 211)
Suivi de Macrin
Biographie
Nom de naissance Lucius Septimius Bassianus
Naissance - Lugdunum
Décès (29 ans)
près de Harran (Syrie)
Père Septime Sévère
Mère Julia Domna
Épouse Fulvia Plautilla (202 - 205)
Liste des empereurs romains

Caracalla ( - ), né Lucius Septimius Bassianus puis appelé Marcus Aurelius Severus Antoninus Augustus, est un empereur romain, qui régna de 211 à 217. Il est l'auteur de l'édit de Caracalla qui étendit la citoyenneté romaine à tous les habitants de l'Empire.

Enfance[modifier | modifier le code]

Caracalla enfant

D'origine gauloise[Informations douteuses], punique et berbère[1],[2],[3] par son père Septime Sévère et syrienne[4] par sa mère Julia Domna, il naquit en 188 à Lugdunum (aujourd'hui Lyon), son père étant alors gouverneur des Gaules. Baptisé Lucius Septimius Bassianus, il fut par la suite renommé Marcus Aurelius Antoninus, afin d'être rapproché de la dynastie des Antonins. Son sobriquet de Caracalla vient d'un type de vêtement gaulois à capuchon et manches longues qu'il avait coutume de porter dès l'âge de douze ans.

La conquête du pouvoir[modifier | modifier le code]

Septime Sévère a associé au trône ses fils Caracalla en 196 et Géta en 198. À la mort de Septime Sévère en 211, ses soldats tiennent à respecter son testament, obligeant Caracalla à partager le pouvoir avec son frère Publius Septimius Geta. Une fois la paix revenue, l'armée démobilisée, et la famille impériale de retour à Rome, il assassina lui-même Géta d'un coup de glaive dans la gorge, réfugié dans les bras de leur propre mère, Julia Domna, qui tentait probablement de les réconcilier. Devant les prétoriens puis devant le Sénat, il justifie sa conduite en prétextant un complot qu'aurait fomenté son frère.

Caracalla ordonne ensuite au Sénat de prononcer la damnatio memoriae de Géta : il fait effacer le nom de son frère des monuments de Rome et interdit même, sous peine des pires supplices, que celui-ci soit prononcé en sa présence. Plus rien ne doit évoquer son existence. Il se livre ensuite à une série de meurtres systématiques (20 000 selon Dion Cassius) ayant pour cible les amis, les relations et les partisans de Géta ou de possibles compétiteurs (dont un petit-fils de Marc Aurèle).

Le règne[modifier | modifier le code]

Ce portait officiel diffusé dans tout l'Empire, semble refléter pour la première fois une émotion (agressivité, colère). - Détail d'un buste (musée du Louvre, Ma1106)
Intaille figurant Caracalla

La politique intérieure[modifier | modifier le code]

Sa politique intérieure, inspirée par sa mère et les juristes de son père, ne diffère guère de celle de Septime Sévère avec des aspects plus égalitaires. Il est difficile de préciser quel est son rôle personnel et l'on a tendance, comme aux temps de Néron ou de Commode, à attribuer le meilleur à ses conseillers et le pire à lui-même. D'une manière générale, Julia Domna dirige les affaires intérieures et administratives et laisse à son fils la conduite de la guerre.

Les massacres d'Alexandrie[modifier | modifier le code]

Lorsque les habitants d'Alexandrie eurent vent des allégations de Caracalla qui prétendait avoir tué Publius Septimius Geta pour se défendre, ils tirèrent une satire de son mensonge et de ses autres prétentions. Caracalla, offensé par l'insulte, contre-attaqua en 215 en organisant le massacre de la délégation de citoyens venus l'acclamer à son arrivée à Alexandrie, puis lâcha ses troupes sur la ville, qui la mirent à sac, se livrant à un massacre si épouvantable « que les flots de sang, traversant l'esplanade, allèrent rougir l'embouchure, pourtant très vaste, du Nil » (Hérodien, IV, 9 : 3-8).

La défense des frontières[modifier | modifier le code]

Caracalla passe la plupart de son temps auprès de ses troupes et à la guerre.

Aureus à l'effigie de Caracalla.Date : 204 Description revers : Victoria (la Victoire) debout à gauche drapée, marchant à gauche, tenant une couronne de la main droite tendue et une palme de la main gauche . Traduction revers : “Victoria Parthica Maxima”, (La grande victoire parthique) . Description avers : Buste lauré, drapé et cuirassé à droite, vu de trois quarts en arrière.Traduction avers : “Antoninus Pius Augustus Pontifex Tribunicia Potestate septimum”, (Antonin pieux auguste pontife revêtu de la septième puissance tribunitienne)

À partir de 213, Caracalla mène plusieurs campagnes contre les Alamans à la fois sur le Rhin et sur le Danube. Victorieux sur le Main, il prend le surnom de Germanicus Maximus et assure une vingtaine d'années de paix au front occidental, jusqu'au règne de Sévère Alexandre.

En 216, il entre en guerre contre le royaume parthe et envoie une armée en Arménie. Lors de sa campagne, Caracalla demanda en mariage la fille d'Artaban, le roi des Parthes. Il l'obtient et accompagné de toute son armée, se rendit en Mésopotamie pour célébrer les noces impériales. Quand la foule, civils et militaires confondus, fut rassemblée pour la fête, près de Ctésiphon, leur capitale, Caracalla donna un signal et le scénario du massacre d'Alexandrie se reproduisit : les soldats romains se ruèrent sur les Parthes et les égorgèrent en masse. Le roi parthe s'échappa de justesse et ne songea plus qu'à se venger de la duplicité romaine.

La constitution antonine : la fin d'une discrimination pluri-séculaire[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Édit de Caracalla.

Caracalla accorde en 212 la citoyenneté romaine (constitutio antoniniana) à tous les habitants libres de l'Empire. Les nouveaux citoyens peuvent conserver leur droit et leurs coutumes aussi longtemps qu'ils le souhaitent  : cette mesure n'impose en aucun cas le droit privé romain.

  • L'Égypte a livré après 212 de nombreux documents où les nouveaux Romains ont maintenu leurs traditions locales, égyptiennes et grecques.
  • Une inscription datée du règne de Gordien III (238-244) donne expressément aux coutumes locales la valeur de lois.
  • Justinien dénonce en 535-536 la survivance en Mésopotamie des mariages consanguins tenus pour incestueux par les lois romaines bien qu'en 295 Dioclétien et Maximien l'aient prohibé en termes très énergiques.

Les motifs de cet édit ont été très discutés avec d'autant plus d'acharnement que les auteurs anciens en ont très peu parlé. Quatre siècles plus tard, le principe de la citoyenneté universelle est à ce point considéré comme allant de soi que le Code Justinien n'a pas jugé utile d'en reprendre le texte. Nous en possédons une unique copie dans le Papyrus Giessen 40 qui commence ainsi : "J'accorde la citoyenneté romaine à tous les étrangers domiciliés sur le territoire de l'Empire...". Plusieurs raisons semblent devoir être prises en compte :

  • Dion Cassius, opposant de l'empereur, affirme que les pérégrins devenus citoyens romains doivent payer l'impôt sur les successions qui ne pesait que sur les citoyens romains et dont Caracalla vient de porter le taux de 5 à 10 %.
  • Le juriste Ulpien estime qu'un Empire où le statut des personnes est plus uniforme allège la tâche des bureaux et des tribunaux. Pourtant, le besoin de juristes et de notaires se fait sentir au point que, pour satisfaire aux nouveaux besoins, s'organise l'école de droit de Beyrouth.
  • Certains historiens s'appuyant sur le Papyrus Giessen 40 émettent l'idée que Caracalla veut réaliser l'unité des fidèles devant les dieux de Rome. Caracalla éprouve une véritable admiration pour Alexandre le Grand : l'empereur entend peut-être régner sur un monde unifié.

L'édit a pour conséquence l'abandon de la mention de la tribu dans l'état-civil et l'attribution à tous les nouveaux citoyens des tria nomina.

Il n'y a aucun fondement factuel et même anachronisme à voir dans cet édit la volonté de créer une citoyenneté universelle. L'édit reste cependant cité en exemple par les défenseurs, au XXIe siècle, d'une extension des droits politiques à tous les habitants d'un pays donné.

Mort[modifier | modifier le code]

Caracalla devint au cours de son règne un véritable tyran militaire particulièrement impopulaire (sauf auprès des soldats). Alors qu'il se rendait d'Édesse à Parthia pour y faire la guerre, il fut assassiné près de Harran le , d'un coup de glaive, par Martialis. Le préfet du prétoire Macrin, souvent soupçonné (à raison) d'avoir commandité l'assassinat, lui succéda.

Le corps de Caracalla fut incinéré et ses cendres furent placées dans le Mausolée d'Hadrien[5].

Noms successifs[modifier | modifier le code]

  • 188, naît Lucius Septimius Bassianus
  • 196, fait César par son père : Marcus Aurelius Antoninus Caesar
  • 198, fait Auguste par son père : Imperator Caesar Marcus Aurelius Antoninus Augustus
  • 198, à la suite de la victoire de son père sur les Parthes : Imperator Caesar Marcus Aurelius Antoninus Pius Augustus Parthicus Maximus
  • 200, prend le surnom de Felix : Imperator Caesar Marcus Aurelius Antoninus Pius Felix Augustus Parthicus Maximus
  • 209, à la suite de la victoire de son père sur les Calédoniens : Imperator Caesar Marcus Aurelius Antoninus Pius Felix Augustus Parthicus Maximus Britannicus Maximus
  • 211, accède à l'Empire : Imperator Caesar Marcus Aurelius Severus Antoninus Pius Felix Augustus Parthicus Maximus Britannicus Maximus Germanicus Maximus
  • 217, titulature à sa mort : Imperator Caesar Marcus Aurelius Severus Antoninus Pius Felix Augustus Parthicus Maximus Britannicus Maximus Germanicus Maximus, Pontifex Maximus, Tribuniciae Potestatis XX, Imperator III, Consul IV, Pater Patriae.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  1. « Si l'empire romain est tombé en décadence, la faute en est à Caracalla ; ce dégénéré, fils d'un Berbère et d'une Syrienne a commis la dernière sottise : il est né à Lyon ; c'est un Français ; comment s'étonner que la constitutio antonina s'inspire des plus abjects principes de 89 ! », Henri Irénée Marrou ironise en 1938 sur les fascistes qui considèrent l'édit de Caracalla accordant la citoyenneté à tous les hommes libres de l'Empire comme la cause de sa chute, dans Crise de notre temps et réflexion chrétienne de 1930 à 1975, Beauchesne, 1978, p.124
  2. Marcel Le Glay. Rome : T2, Grandeur et chute de l'Empire p.336, Librairie Académique Perrin, 2005, ISBN 978-2-262-01898-6
  3. Gilbert Meynier. L’Algérie des origines : De la préhistoire à l’avènement de l’Islam p.74. La découverte, 2007, ISBN 978-2-7071-5088-2
  4. "Septime Sévère épousa une Arabe d'Emèse, Julia Domna, dont les fils et petits-neveux gouvernèrent Rome", Maxime Rodinson, Les Arabes (1979), Puf, 2002, p.58
  5. (en) Mausoleum of Hadrian, Ancient Library Sources (from Peter Aicher, Rome Alive: A Source Guide to the Ancient City, vol. 1, Bolchazy-Carducci: 2004)