Malikisme

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(Rédigé depuis Malékites)

La Grande Mosquée de Kairouan (également appelée mosquée Oqba Ibn Nafi) avait, depuis le IXe siècle, la réputation d'être l'un des plus importants centres d'enseignement de la jurisprudence malikite[1] ; elle est située à Kairouan en Tunisie.

Le malikisme (en arabe : مذهب مالكي, kabyle: Damalki), ou malékisme, est l'une des quatre madhhab, écoles classiques du droit musulman sunnite. Il est fondé sur l'enseignement de l'imam Mālik ibn Anas (711 - 795), théologien et législateur qui vécut à Médine. Cette école est majoritaire en Afrique du Nord et Afrique de l'Ouest ; on la retrouve par ailleurs en Égypte, au Soudan et dans certains pays du golfe Persique (Koweït, Émirats arabes unis, Qatar, Bahreïn). Suivie par environ 20 % des musulmans, c'est la troisième école en nombre de pratiquants ; en France, elle est la première.

Elle diffère essentiellement des trois autres écoles par les sources qu'elle utilise pour déterminer la jurisprudence. Si les quatre écoles utilisent toutes le Coran, la sunna, ainsi que l'ijma (le consensus des compagnons du Prophète) et les analogies (qiyas), le malikisme utilise également les pratiques des premiers habitants musulmans de Médine (Amal ahl al-medina) comme source de la jurisprudence islamique (fiqh).

Formation du madhhab[modifier | modifier le code]

L'imam Malik rapportait les hadiths et discutait leurs significations en contexte. Soit il citait des hadiths et des athaars (dires des sahabas) sur des domaines de la chariah en discutant leurs conséquences, soit il demandait à ses élèves s'il y avait un problème dans leurs contrées qu'ils pouvaient tenter de résoudre.

Après avoir achevé son recueil al-Muwatta, il le récitait à ses étudiants avec des variations en ajoutant ou en soustrayant quelques hadiths selon qu'il recevait des nouvelles informations.

Il évitait scrupuleusement le fiqh hypothétique; ainsi son école était rattaché aux « gens du hadith » (ahl al-hadith) en opposition aux « gens de la raison » (ahl al-râ'y).

Sources et méthodologie[modifier | modifier le code]

Les sources sont, par ordre d'importance :

  1. Le Coran : c'est la source première et l'imam Malik l'appliqua sans restrictions aucune.
  2. La sounnah : tout comme Abou Hanifa, Malik imposa quelques restrictions à son utilisation : si un hadith contredisait la pratique des médinois, il le rejetait. Toutefois il ne demandait pas que le hadith soit connu (mash'hour) pour l'appliquer, à la différence d'Abou Hanifa ; il utilisait tout hadith pour peu que les narrateurs aient été fiables et n'étaient pas des forgeurs de hadith ou à mémoire faible.
  3. La pratique des Médinois (amal ahl al-Madinah) : l'imam Malik soutint que puisque beaucoup de Médinois étaient descendants de sahaba et que c'était la place où le Prophète avait passé les dix dernières années de sa vie terrestre, la pratique générale des médinois devaient être au moins autorisée, voire encouragée par le Prophète lui-même. Malik considérait ainsi ce point-là comme une sounnah plus qu'authentique où l'action parle plus que les mots : le mode de vie des habitants de la cité est vu comme une sunna appliquée.
  4. Le consensus des compagnons (Ijma') : l'opinion unanime des sahabas sur un point donné non mentionné dans une source précédente prend le dessus sur toute opinion personnelle de tout juriste.
  5. L'opinion individuelle d'un compagnon : l'imam Malik donnait toute son importance aux déclarations des sahabas, qu'ils soient d'accord entre eux ou non, et les inclut dans son livre Al-Muwatta. Le consensus des sahaba était cependant plus fort qu'une opinion individuelle d'un sahaba.
  6. Le raisonnement par analogie ou Qiyas : dans les domaines où il n'y avait aucune preuve claire disponible, le qiyas était admis, mais Malik prenait toutes les précautions face à cette science subjective.
  7. La coutume isolée de certains médinois : Malik pensait que même les pratiques isolées des Médinois devaient être d'origine sahabi, voire venir du Prophète : tant qu'elles n'étaient pas en contradiction avec un quelconque hadith elles étaient acceptées.
  8. L’Istislâh (intérêt général) : comparable au principe d'istihsân (préférence) de l'école Hanafite, c'est en fait chercher ce qui est le plus adéquat. Cela concerne un évènement qui n'est pas considéré par la chari'ah mais qui est pour l'intérêt commun. Un exemple est la décision du calife 'Ali sur un groupe, jugé coupable d'un meurtre, quand bien même un seul membre du groupe l'avait commis.
  9. La coutume locale ('Urf) : les coutumes locales entrent en jeu quand il n'y a pas d'injonctions religieuses disponibles. C'est ce principe qui est à l'origine de l'inclusion de certaines pratiques culturelles vues comme religieuses par un observateur extérieur. Un exemple est le mot arabe "Daabbah" signifiant en Syrie un cheval, mais dans les autres contrées arabes désignant tout animal à quatre pattes. Ainsi un contrat passé en Syrie avec ce terme ne nécessiterait pas de plus amples explications, à la différence des autres régions.


Élèves et savants malikites célèbres[modifier | modifier le code]

XXe siècle[modifier | modifier le code]

D'autres élèves de l'imam Malik modifièrent quelque peu ce qu'ils avaient appris de lui tels que Mouhammad Al-Chaybani, le hanafite. Muhammad Ibn Idris ash-Châfi'î pour sa part combina ce qu'il avait appris de l'Imam Malik avec d'autres connaissances et créa son propre madhhab, le chafi'isme.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Saʻd al- Gurāb, Ibn Arafa et le malikisme en Ifriqiya au VIII/XIVe s, éd. Études arabo-islamiques-Paris 3, 1984

Liens externes[modifier | modifier le code]