Opération Husky

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Campagne de Sicile
Carte militaire de l'opération.
Carte militaire de l'opération.
Informations générales
Date 9 juillet 1943-17 août 1943
Lieu Sicile, Italie
Issue Victoire stratégique alliée
Belligérants
Drapeau des États-Unis États-Unis
Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni
Drapeau du Canada Canada
Drapeau de la France France
Flag of Italy (1861-1946).svg Royaume d’Italie
Drapeau de l'Allemagne nazie Reich allemand
Commandants
Drapeau des États-Unis Dwight D. Eisenhower
Drapeau des États-Unis George Patton
Drapeau du Royaume-Uni Harold Alexander
Drapeau du Royaume-Uni Bernard Montgomery
Drapeau de l'Italie Alfredo Guzzoni
Drapeau de l'Allemagne Albert Kesselring
Forces en présence
160 000 combattants,
14 000 véhicules,
600 chars, 1 800 canons
365 000 Italiens
40 000 Allemands
Pertes
États-Unis :
2 237 tués
6 544 blessés
Royaume-Uni :
2 721 tués
10 122 blessés
Canada :
562 tués
1 848 blessés
Total : 23 934 pertes
Allemagne :
32 100 tués, disparus ou prisonniers
? blessés
Italie :
132 000 tués, disparus ou prisonniers
? blessés
Total : 29 000 pertes
140 000 prisonniers
Notes
Ouverture du front sud et tête de pont alliée en Europe
Seconde Guerre mondiale,
Campagne d'Italie
Batailles
Campagne d'Italie

Opération Corkscrew · Bataille de Lampedusa · Débarquement de Sicile · Massacre de Biscari · Opération Avalanche · Armistice de Cassibile · Défense manquée de Rome · Guerre civile italienne · Opération Slapstick · Libération de la Corse · Insurrection de Naples · Bombardement du Vatican · Campagne de la rivière Moro · Ligne Gustave · Bataille du mont Cassin · Massacre de Monchio, Susano et Costrignano · Attentat de Via Rasella · Massacre des Fosses ardéatines · Bataille du Garigliano · Opération Shingle · Conquête de l'île d'Elbe · Prise d'Ancône · Massacre de Sant'Anna di Stazzema · Ligne gothique (Gemmano · Rimini · San Marino · Montecieco) · Massacre de Marzabotto · Offensive de printemps 1945 · Prise de Bologne


Front d'Europe de l'Ouest


Front d'Europe de l'est


Campagnes d'Afrique, du Moyen-Orient et de Méditerranée


Bataille de l'Atlantique


Guerre du Pacifique


Guerre sino-japonaise

Coordonnées 38° 03′ 20″ N 15° 35′ 28″ E / 38.05561111, 15.5912083338° 03′ 20″ Nord 15° 35′ 28″ Est / 38.05561111, 15.59120833  

L’opération Husky est le nom de code donné au débarquement des troupes britanniques, américaines et canadiennes en Sicile, déclenché le 10 juillet 1943. L'ouverture d'un « Second front » en Europe, si souvent réclamée par Staline à ses alliés occidentaux, devient alors réalité.

Contexte[modifier | modifier le code]

La victoire britannique en novembre 1942 d’El Alamein des troupes du général Bernard Montgomery contre l’Afrikakorps du maréchal Erwin Rommel représente le premier enrayement de la machine de guerre allemande : en obligeant les forces de l’Axe à se replier, les Alliés peuvent s’engager dans l’opération Torch, le débarquement allié en Afrique du Nord, destinée à prendre définitivement pied sur le théâtre méditerranéen.

Le 13 mai 1943, la campagne de Tunisie est terminée : les Alliés sont maîtres de l’Afrique du Nord et peuvent donc envisager de nouvelles opérations : leur objectif premier est à présent la Sicile.

Ce choix se justifie principalement par deux arguments :

  • La réussite de l’opération donnerait le contrôle stratégique aux Alliés de la voie maritime est-ouest en Méditerranée.
  • Prendre pied en Sicile menacera directement les forces de l'Axe et les obligera à détourner une partie non négligeable de ses troupes au détriment du front de l’Est : la conséquence, simple à entrevoir, est que l’Armée rouge va pouvoir disposer de plus d’amplitude pour tenter de desserrer l’étau allemand.

À la conférence d'Anfa (23 janvier 1943), les Britanniques se montrèrent partisans d'une prolongation du combat en Méditerranée : la Sicile devait être conquise pour servir de tremplin à une invasion de l'Italie, afin de détourner les réserves allemandes des côtes atlantiques dans la perspective d'un futur débarquement et mettre à portée des forces de bombardement les champs pétrolifères de Roumanie et les zones industrielles allemandes du sud. Au contraire, les Américains voulaient se concentrer sur le futur débarquement sur les côtes de la Manche, tout en restant mobilisés contre le Japon. À la conférence de Casablanca, ils acceptèrent finalement la proposition britannique car ils craignent une défection de la Russie s'il n'y a pas de débarquement en Europe occidentale au cours de l'année 1943. Il fut aussi décidé que l'on exigerait de l'Italie une reddition sans conditions. Mais il n'y eut pas de plans établis pour la conquête de l'Italie avant la chute surprise de Mussolini. Les opérations italiennes furent donc des opérations par défaut.

En ce qui concerne la Sicile, les Alliés réussirent à intoxiquer leurs adversaires grâce à l' « opération Mincemeat » : le 9 mai 1943, le corps d'un officier anglais avec les prétendus plans d'invasion de l'Italie est découvert sur les côtes sud de l'Espagne. On y décrit une invasion prioritaire de la Sardaigne afin d'ouvrir la route de Gênes, et une opération de diversion sur la Sicile. Les Allemands qui croyaient déjà à une invasion de l'Italie du nord furent renforcés dans leurs convictions.

La Sicile était un terrain difficile pour un assaillant : après l'étroite plaine côtière, le défenseur pouvait s'appuyer sur les collines et montagnes, traversées par des routes étroites, sinueuses, en mauvais état et en forte pente. Les nœuds routiers étaient dominés par des villages sur les hauteurs, propices aux embuscades. La roche friable était un véritable terrain de jeu pour les sapeurs allemands et italiens. Même dans la large plaine de Catane, la progression des blindés pouvait être ralentie par les canaux d'irrigation. Les Alliés bénéficiaient heureusement d'une maîtrise aéronavale totale : les flottilles côtières allemandes et la Luftflotte 2 ne valaient guère mieux, l'escadre italienne de Gênes et la Regia Aeronautica étaient trop mal en point. La Regia Aeronautica produisit cependant au cours de l'année 1942 quelques nouveaux appareils de qualité mais en nombre trop faible pour renverser l'équilibre : tel était le cas de du bombardier-torpilleur Savoie-Marchetti 84 (variante du SM79), des chasseurs équipés de moteurs allemands Macchi C-202 « Folgore » et Reggiane RE-2001 « Falco », de l'hydravion Fiat RS-14 et du premier bombardier lourd italien Piaggio P-108 B.

La VIe armée italienne du général Guzzoni, vétéran de l'Albanie rappelé de sa retraite pour défendre la Sicile, et dont le quartier-général était à Enna, était composée de troupes mal équipées et peu entraînées : six divisions et deux brigades côtières (dont la 206e division côtière autour du cap Passero, futures plages britanniques de débarquement et la 18e brigade côtière plus à l'ouest, sur les futures plages américaines), et quatre divisions de campagne. On trouvait à l'ouest le 12e Corps avec les divisions de campagne « Aoste » et « Assietta » et à l'est le 16e Corps avec les divisions de campagne « Livorno » (entre Caltagirone et Caltanissetta, la seule de véritable valeur) et « Napoli » (à Vizzini, à l'ouest de Syracuse). Les forces allemandes comprennent deux divisions blindées reconstituées après la campagne d'Afrique du nord : la 15e Panzergrenadier et la « division Hermann Göring ». L'objectif de l'Axe était de faire amortir le choc initial par les médiocres troupes côtières puis de faire intervenir les formations mobiles pour rejeter les Alliés à la mer. La répartition des forces blindées allemandes fit l'objet d'un débat entre Guzzoni et Kesselring. Ce dernier craignait non seulement une opération au sud-est mais aussi un assaut contre Palerme. Finalement, ces troupes furent dispersées en quatre groupes : le gros de la 15e Panzergrenadiere au sud-ouest de Palerme, un détachement de la 15e [groupe Neapel] à Caltanissetta dans la zone centrale, les deux tiers de la division Hermann Göring à Caltigirone au sud-est, et un détachement de chaque division près de Catane [groupe Schmalz].

Le principal objectif du XVe Groupe d'armées du général Alexander était la prise de Messine, pour empêcher l'arrivée de renforts ou l'évacuation des troupes par le détroit, ainsi que les autres grands ports de Catane, Palerme et Syracuse. Cependant, tous ces ports n'étaient pas couverts par le parapluie aérien des bases de Malte, Gozo et d'Afrique du nord. Les expériences de Dieppe et d'Oran (au cours de l'opération Torch) démontraient l'extrême difficulté à attaquer un port de front, bien défendu par les mines sous-marines, l'artillerie lourde côtière, les ouvrages anti-chars et de solides fortifications : il valait mieux débarquer sur les plages, s'en dégager le plus vite possible et prendre le port à revers afin de disposer d'une base de ravitaillement convenable. C'est au cours du débarquement de Sicile que fut cependant expérimenté le transit massif de matériel par les plages grâce au DUKW, une sorte de camion amphibie. Les troupes bénéficièrent du soutien de l'artillerie navale des quatre cuirassés britanniques HMS Nelson, HMS Rodney, Warspite et Valiant.

Le premier « plan Husky » prévoyait un débarquement américain à Palerme et des Anglo-canadiens autour de Catane. Montgomery protesta : il craignait en effet une résistance aussi forte qu'en Afrique du nord et préférait une attaque concentrée au sud-est, qui parviendrait à neutraliser rapidement les aéroports siciliens situés principalement dans cette région. Le plan fut finalement établi ainsi : la VIIIe armée britannique débarquerait au nord et à l'ouest du cap Passero, la VIIe armée américaine du général Patton plus à l'ouest dans le golfe de Gela, jusqu'au petit port de Licata. La VIIIe armée devait se diriger vers Messine en suivant la côte, la VIIe armée devait traverser l'île jusqu'à Palerme.

Ordre de bataille[modifier | modifier le code]

Planification[modifier | modifier le code]

Du point de vue du commandement, le débarquement en Sicile était considéré comme une opération hasardeuse et risquée en raison de deux paramètres majeurs :

  • Le comportement de la mer combiné au fait que de multiples plages se trouvaient inaccessibles en raisons des nombreux hauts-fonds rendaient tout débarquement amphibie très complexe.
  • Les défenses de l’Axe profitaient intelligemment du relief montagneux et très accidenté : entrer à l’intérieur des terres s’annonçait donc plutôt périlleux.

De ce fait, les Alliés s'attendent à rencontrer une forte résistance. En effet, l'île est défendue par la VIe Armée italienne du général Alfredo Guzzoni, qui compte plus de 200 000 hommes, et par deux divisions allemandes motorisées, les 15e et 90e Panzerdivisions de grenadiers commandées par le général Hans Hube. Le plan allié, sous le commandement du général d’armée Harold Alexander se décompose en trois principaux mouvements :

Pour permettre et appuyer les deux forces de débarquement, deux groupes navals sont mis sur pied :

  • La Eastern Naval Task Force britannique comprenant 795 bâtiments et 715 embarcations de débarquement.
  • La Western Naval Task Force américaine comprenant 580 bâtiments et 1 124 embarcations de débarquement.

Au total, les troupes impliquées par le débarquement de Sicile (160 000 hommes) seront supérieures en nombre à celles du premier jour du débarquement de Normandie en 1944 (150 000 hommes).

Déroulement[modifier | modifier le code]

L' « opération Husky », a été précédée par une manœuvre d'intoxication conduite par les services secrets alliés. Au large des côtes espagnoles, le corps d'un homme vêtu d'un uniforme d'officier des services spéciaux britanniques est découvert porteur d'une mallette renfermant des documents indiquant que le prochain débarquement allié pourrait avoir lieu en mer Égée au large de la Grèce et qu'un éventuel débarquement en Sicile, suite pourtant logique des débarquements en Afrique du Nord, ne serait qu'un leurre. Cette information est transmise par la police espagnole aux services d'espionnage nazis qui mordent à l'appât. Les Allemands envoient une division blindée en Grèce et négligent la défense de la Sicile.

Article détaillé : Opération Mincemeat.

La logistique du débarquement allié en Sicile est d'une complexité inouïe : les troupes américaines ont leurs bases de départ en Afrique du Nord et même aux États-Unis, les troupes britanniques, en Tunisie et en Égypte, et la 1re Division canadienne, au Royaume-Uni.

Débarquement[modifier | modifier le code]

Soldats britanniques lors du débarquement en Sicile, 10 juillet 1943

Les Alliés ont réuni des forces et des moyens considérables : 160 000 hommes, une couverture aérienne de 4 000 avions, 3 200 navires, des barges de débarquement d'un type nouveau permettent d'amener hommes et matériel directement sur les plages - ce qui présente l'avantage de ne pas avoir à s'emparer initialement de ports toujours puissamment défendus.

Les hommes qui débarquent le premier jour sont pour moitié américains, sous le commandement du général Patton, pour l'autre moitié, britanniques et canadiens, sous le commandement du général Montgomery. L'opération est dirigée par le général britannique Alexander, adjoint d'Eisenhower. Les forces canadiennes, composées de la 1re Division d'infanterie canadienne et de la 1re Brigade blindée canadienne, ainsi que des forces américaines (le deuxième corps d'armée américain dirigé par le général Omar Bradley) sont rattachées à la 8e Armée britannique. Elles sont commandées par le major-général Crerar.

La météo exécrable perturbe en premier lieu les troupes aéroportées : le vent, combiné à la DCA ennemie, provoque de grosses difficultés de navigation pour les avions de transport et de remorquage qui peinent à atteindre leurs cibles. Les 3 400 parachutistes de la 82e airborne se retrouvent dispersés en petits groupes, autour d’une zone de 80 kilomètres de diamètre.

Même constat d'échec pour les planeurs britanniques dont 70 sur les 144 de départ s'écraseront balayés par le vent ou touchés par la DCA (47 d’entre eux échoueront en mer).

Toutefois, cet effet de dispersion provoque la confusion chez l’ennemi : les informations sur la présence et les mouvements des troupes alliées semblent contradictoires et complexes à décrypter par les Italiens : les hommes du colonel James Gavin réussiront, dans l’ensemble, à se rendre maître des points vitaux identifiés par le haut commandement.

Les Américains de Patton débarquent sur la côte sud-ouest de la Sicile, les Britanniques sur la côte sud-est, près de Syracuse. Les Canadiens, au centre du dispositif, débarquent dans la presqu'île de Pachino sur huit kilomètres de plage avec pour mission de s'emparer de l'aérodrome voisin ; la 45e division américaine du général Troy Middleton a pour consigne de prendre les deux aérodromes de Comiso (ce qui est fait le jour même) et de Biscari (pris 3 jours plus tard). Malgré la présence de bunkers, de nids de mitrailleuses et d'une batterie de défense côtière, ils ne rencontrent tout d'abord que peu de résistance. Les soldats italiens s'enfuient à leur approche ou sont faits prisonniers. Une très bonne surprise pour les alliés : la relative faiblesse de la Luftwaffe malgré la disponibilité de 800 appareils et pilotes expérimentés.

Progression[modifier | modifier le code]

Article connexe : Bataille de Gela.
Le général Patton en discussion avec le Lt-colonel Bernard près de Brolo

Les Américains, par contre, doivent réagir à une sérieuse contre-offensive allemande de la puissante division blindée Hermann Goering contre leur tête de pont de Gela. Les Britanniques progressent rapidement le long de la côte, vers Syracuse et Catane, en direction de Messine. Les 90 000 Allemands qui occupent la partie ouest de l'île, menacés d'encerclement, se replient méthodiquement vers le carrefour stratégique routier d'Enna. Leur tactique consiste à établir une série de points d'appui de retardement afin d'évacuer vers la péninsule italienne le maximum de leurs hommes et de leur matériel, avant que le piège ne se referme sur eux. Montgomery lance les 1re et 2e Brigades canadiennes vers le centre de l'île dans une opération coup-de-poing pour les prendre de vitesse et leur couper la route.

Le terrain très accidenté de la Sicile que les Allemands savent parfaitement utiliser, oblige, au prix d'efforts inouïs et de lourdes pertes, à s'emparer de villes et de villages escarpés puissamment fortifiés. Les ponts sont détruits, les routes minées, truffées de pièges, maintenues sous le feu des mitrailleuses, des mortiers et des canons allemands. Dans ces conditions, les unités mécanisées voient leurs moyens d'intervention fortement réduits et l'infanterie canadienne doit livrer l'assaut à travers ravins, rochers et montagnes. Les Canadiens progressent grâce à une succession de coups de main que les Allemands qualifieront d' « Indianer Krieg », une guerre à l'indienne, dans laquelle l'infanterie canadienne va se révéler particulièrement efficace.

Les 1re et 2e Brigades avancent vers leur objectif commun : la ville d'Agira. La 1re Brigade, à gauche, nettoie le secteur de Leonforte, pendant que la 2e Brigade, à droite, enlève Assoro en avant d'Agira, au prix de lourdes pertes. Le 24 juillet, le Royal Regiment of Canada et le régiment de chars de Trois-Rivières se lancent à l'assaut du village escarpé de Nissoria qui défend l'entrée d'Agira. Ils sont durement repoussés et ce n'est qu'à la suite d'un barrage d'artillerie intense que les positions allemandes sont neutralisées, par l'infanterie des régiments Princess Patricia, Seaforth Highlanders et d'Edmonton, qui entreront dans la ville le 28 septembre, après trois jours de violents combats au cours desquels ils ont dû conquérir une à une les hauteurs qui dominent la ville.

Début août, le Royal 22e Régiment fonce sur Adrano, au pied de l'Etna, et pénètre dans ses faubourgs pour constater que les Allemands viennent d'abandonner la ville. Après quatre semaines de combats impitoyables, toujours à la pointe du combat, les Canadiens sont mis en réserve afin de préparer leur débarquement dans la péninsule italienne. Ils n'entreront donc pas en vainqueurs dans Messine, qu'Américains et Britanniques prennent le 16 août. 200 000 Italiens ont été fait prisonniers, mais le gros des troupes allemandes a réussi à passer en Italie et a échappé au piège.

Chronique des combats[modifier | modifier le code]

  • 11 juin : les îles de Pantelleria et Lampedusa sont facilement occupées.
  • 10 juillet : retardée d'une heure par une tempête, qui renforce l'effet de surprise, la flotte alliée commandée de Malte par l'amiral Cunningham débarque les troupes aux endroits prévus. Le 30e Corps (gal Leese) de la VIIIe armée débarque des deux côtés de la péninsule de Pachino et la 51e division des Highlanders prend la ville du même nom. La 1re division canadienne s'empare de l'aéroport avec le soutien des 40e et 41e Royal Marines Commandos. La 231e Brigade (originaire de Malte, où elle avait vécu tout le siège) effectua le jonction avec le 13e Corps (généal Dempsey). Ce dernier avait débarqué sur les plages du golfe de Noto : il s'empara de Noto et Avola malgré l'artillerie ennemie grâce à la 50e division et de Cassabile grâce à l'assaut combiné du commando no 3 et de la 5e division. Les troupes anglaises occupèrent les hauteurs qui dominent la route côtière et la voie ferrée en direction de Syracuse. La 5e division fit jonction avec les parachutistes qui avaient atterri en planeurs la nuit précédente et avaient défendu le viaduc de Ponte Grande, puis atteignit Syracuse à la tombée de la nuit.

Du côté américain, une autre opération aéroportée consista à parachuter le 505e régiment (colonel Gavin) de la 82e airborne (général Ridgway) sur les hauteurs des plages de Gela (croisement routier de Piano Lupo, aérodrome de Ponte Olivo, pont Dirillo sur l'Acate). Mais ce fut un échec : l'inexpérience des pilotes en ce qui concerne le largage de nuit, le brouillard, les incendies allumés par les raids aériens précédents, le bombardement de la flotte alliée qui prit les transports pour des Allemands dispersèrent les sticks dans tout le sud-est de la Sicile. Seul le 2e bataillon atterrit à peu près au complet à 40 km de son objectif : il s'employa à museler les défenses côtières près de Santa Croce Camerina. Le pont Dirillo fut enlevé par une partie du 3e bataillon. 200 hommes tenaient les hauteurs de Piano Lupo. Le reste des paras essaya d'apporter le plus de confusion possible chez l'ennemi.
Le débarquement proprement dit réussit mais avec plus de difficultés que du côté anglo-canadien : le plan initial prévoyait qu'à droite la 45e division de (Troy Middleton) débarquerait à Scoglitti entre la rivière Acate et le secteur de la VIIIe armée. L'objectif était d'occuper Vittoria et les aérodromes de Biscari et Comiso puis de rallier les Canadiens vers Raguse. Au centre, la 1re division (Allan) devait attaquer le port de Gela et ses plages orientales, relever les paras à Piano Lupo, prendre les aérodromes de Gela-Farello et Ponte Olivo, occuper Niscemi. À gauche, la 3e division (Truscott) renforcée par un Combat command de la 2e DB, ne faisait pas partie du 2e Corps (Bradley), contrairement aux deux autres divisions, et devait occuper Licata, son petit port et son aérodrome pour protéger le flanc de l'attaque. À terme, les Américains devaient rejoindre une ligne jaune Grammichele-Palma di Montechiaro par Caltagirone, Mazzarino et Campobello. Au départ, tout se déroula comme prévu : la 3e DIUS prit Licarna avec le soutien actif de la flotte, la 1re DIUS s'empara de Gela grâce à la Force X (mélange de rangers et sapeurs d'assaut commandé par le colonel Darby : elle ne put cependant éviter le sabotage de la jetée) et établit le contact avec les paras de Piano Lupo, la 45e division, dirigée par le général Middleton, rejoignit le pont Dirillo. Mais dans le cours de la journée cela se gâta du côté du Gela : une contre-attaque italienne dès 9 heures (groupe mobile E depuis Niscemi et bataillon de la Division Livorno au nord-ouest de la ville) fut repoussé avec l'aide de la flotte par les Rangers et les Paras de Piano Lupo. L'après-midi, la division Hermann Göring (gal Conrath), quoique retardée par le harcèlement des paras de Gavin, prit le relais en deux colonnes parties de Niscemi et Buscari. Si un bataillon fut délogé et dut être remplacé, l'assaut échoua car les Panzers manœuvraient mal sur les oliveraies en terrasse. Mais la 1re division se trouvait dépourvue de chars à cause du mauvais état des plages et des bombardements ennemis. Du côté de la 3e division, Truscott put au contraire vite débarquer ses chars. Du côté de la 45e division, on occupait une bande de terre de 12 km de profondeur avec Vittoria et Santa Croce Camerina.

  • 11 juillet : Conrath, sur ordre de Kesselring et de concert avec la Division Livorno (gal Chirieleison) plus à l'ouest, réitéra sa tentative de la veille avec trois colonnes de ses panzers à partir de Ponte Olivo, Niscemi et Biscari, soutenue par l'aviation. Les Américains réussirent à tenir et le colonel Gavin, chef des paras, prit même à revers la contre-attaque de la colonne de Biscari sur le pont Dirillo. Conrath, à la tête de la colonne de Niscemi, atteignit la route côtière mais fut littéralement cueilli par les canons et chars qui venaient tout juste d'être débarqués pour la première fois sur la plage par les DUKW. La Division Livorno se fait tailler en pièces devant les Rangers du capitaine Lyle par les artilleries navale et de campagne. Seul véritable coup dur : un lâcher de paras sur Gela est décimé dans un barrage d'artillerie établi par la flotte alliée. La VIIIe Armée tient son front de Palazzolo, pris par la 23e Brigade blindée, à la mer en passant par Giarratana et Modica dans le secteur canadien. Dans le secteur du 13e Corps, la 5e Division ne s'arrêta pas à Syracuse et prit la route d'Augusta : des éléments avancés du groupe Schmalz les stoppèrent à Priolo. La division Napoli avait par contre été rejetée par les Anglais à l'ouest de Syracuse.
  • 12 juillet : les Canadiens et les Américains se rejoignent à Raguse. Les Américains ont partout atteint la ligne jaune et l'ont même dépassée à Canicatti. La 45e division a débordé Comiso pour occuper Biscari et Chiaramonte Gulfi. Les panzers allemands tentent un dernier baroud sur Piano Lupo avant de se retirer sur Catane. Montgomery décide de faire avancer la VIIIe armée selon deux axes : le 15e Corps près de la côte sur Catane et le 30e Corps sur Caltagirone, Leonforte et Enna par la route 124. Lesse dut donc retenir les Canadiens à Giaratana et donna pour objectif Vizzini, Grammichele et Caltagirone pour la 51e division et la 231e brigade.
  • 13 juillet : entrée de la 5e division britannique dans Augusta malgré les combats retardateurs du Kampfgruppe Schmalz. Plus à l'ouest, la 50e division atteint Lentini. Mais dans la nuit, ce même groupe (renforcé par deux bataillons de la 1re Division de Parachutistes stationnée à Avignon) reprit une partie d'Augusta. Il se retira ensuite au sud de Lentini pour rallier de nouveaux renforts parachutistes.

Comme on pouvait s'y attendre, Américains et Britanniques se rencontrent au sud de Vizzini : Alexander décide de donner la route aux Anglais, malgré la fureur d'Omar Bradley. Avançant de Palazzolo vers Vizzini, la 23e Brigade blindée britannique dut affronter les restes des divisions Hermann-Göring et Napoli.

À la VIIIe armée, offensive contre les positions de Schmalz dans le secteur de Lentini. Dans la nuit, un commando et une brigade parachutiste s'emparèrent de deux ponts sur le Malati, près de Lentini, et sur le Simeto, à Primosole : mais cette dernière opération échoua de nouveau à cause d'une erreur de la DCA alliée et des batteries côtières ennemies. Néanmoins, une brigade de la 50e DI dite brigade Durham releva ce qui restait des paras sur les hauteurs en face de Primosole. Schmalz se retire du Malati sur la Gornalunga.

  • 15 juillet : Schmalz est décidé à tenir sa ligne sur le Simeto avec ses parachutistes. Arrivée des Canadiens devant Grammichele, d'où ils doivent déloger l'arrière-garde de la division Hermann-Göring, et Piazza Armerina (2e Brigade), défendue par un bataillon de la 15e Panzergrenadier.
  • 16 juillet : un assaut de la brigade Durham parvient à établir une tête de pont avec le pont sur le Simeto. Un bataillon de Rangers prend Porto Empedocle et la 3e division s'empare d'Agrigente sans opposition. Alexander laisse alors « Georgie tenter le coup » d'un assaut rapide de la 2e DB sur Palerme. De son côté, les 1re et 45e DIUS reprirent leur marche : la 1re DI affronta le groupe "Ens" de la 15e Panzergrenadier qui se repliait vers Enna. Du côté canadien, on occupe Caltagirone.
  • 17 juillet : les paras allemands se retirent du Simeto.
  • 18 juillet : assaut vers le nord (Catane) de la 50e DI britannique, qui se heurte à la défense combinée du groupe Schmalz, des parachutistes et de la division Hermann-Göring. la 45e DIUS entre dans Caltanissetta et coupe la route 121 qui relie Palerme) à Enna. Chute de Valguarnera, défendue encore par des Panzergrenadiere devant la 2e Brigade canadienne. La division canadienne put dépasser Enna et se diriger vers Leonforte et Agira.
  • 19 juillet : nouvel échec d'un assaut de la 5e DI britannique qui, après de durs combats sur la Gornalunga, réussit à établir une tête de pont mais ne peut progresser. Conscient de la supériorité allemande dans ce secteur côtier et des contreforts de l'Etna, Montgomery, pour éviter de coûteux assauts, décide alors un « crochet à gauche » : contourner l'Etna pour déboucher sur les arrières des Allemands. Pour cela, il fit venir d'Afrique une division fraîche, la 78e DI et ordonna aux Canadiens de prendre Leonforte puis de se porter vers Adrano par Agira et Regalbuto. Il transfère la 51e division sur la gauche du 13e Corps afin d'attaquer Gerbini et Paterno. La 231e Brigade comble la brèche entre les Canadiens et la 51e Division : dès le 19, elle prend Raddusa, traverse le Dittaino, arrive tout près d'Agira en attendant le secours des Canadiens plus à l'ouest. Ces derniers quittent Valguarnera pour remonter sur Catane par la route montagneuse 121 : la 2e Brigade marcha sur Leonforte tandis que la 1re Brigade se dirige vers Assoro, sur l'autre versant de la chaîne montagneuse.

Le Corps provisoire se met en route vers Palerme.

  • 20 juillet : prise d'Enna par le 2e Corps US.
  • 21 juillet : les Highlanders, qui avaient conquis l'aérodrome de Gerbini, en sont délogés par une contre-attaque allemande. L'ennemi reçoit des renforts : éléments de la 1re Division de Parachutistes qui n'étaient pas encore arrivés, 29e Panzergrenadier.
  • 22 juillet : chute d'Assoro. Les hommes du Hasting and Prince Edward Regiment durent escalader la falaise pour parvenir à déloger l'ennemi de ce village escarpé. Tout près, la 2e Brigade canadienne s'empare de Leonforte. Entrée dans Palerme du Corps provisoire.
  • 23 juillet : le Corps provisoire occupe Trapani et Marsala. Le 2e Corps US atteint la mer à Termini Imerese. Patton lance alors le 2e Corps, renforcé des 3e et 9e DIUS (cette dernière tout juste débarquée) sur Messine par deux routes : la corniche à flanc de falaise que l'on appelait route côtière et la route 120 Petralia-Randazzo.
  • 24 juillet : les Canadiens entrent dans Nissoria. Leur avance est lente car le terrain particulièrement difficile.
  • 26-28 juillet : les Canadiens s'attaquent à Agira en compagnie de la 231e Brigade. Cette dernière prolongea vers l'est mais est arrêtée à 1 500 mètres avant Regalbuto.
  • 28 juillet : après trois jours de siège, chute de Nicosia devant le 2e Corps US.
  • 30 juillet : Une brigade de Canadiens et la 78e DI prennent d'assaut Catenanuova, en prélude à la grande offensive de la VIIIe armée.
  • 31 juillet : San Stefano tombe également devant les Américains.
  • 1er août : Monty lance son offensive à la gauche du 30e Corps (renforcé par la 78e DI) contre l'Etna. À Troina, les Américains des 1re et 9e DI, soutenues par le 4e tabor marocain, sont aux prises avec l'ennemi.
  • 3 août : prise de Regalbuto par deux brigades canadiennes et de Centuripe par la troisième brigade (après deux jours de combat), venue de Catanuova.
  • 6 août : prise de Troina par le 1re DIUS. Prise de Biancavilla par les Highlanders.
  • 7 août : La 78 DI britannique et les Canadiens sont à Adrano.
  • 8 août : les défenseurs allemands de la côte de San Fratello, qui descendait jusqu'à la mer à Sant'Agata di Mare, cèdent après six jours de combats de retardement devant la 3e DIUS, qui dut tourner la position en effectuant un débarquement sur l'arrière de l'ennemi. Les Anglo-Canadiens sont à Bronte.
  • 12 août : nouveau débarquement américain de contournement pour la 3e DIUS pour faire sauter le verrou du cap Orlando.
  • 13 août : évacuation de Randazzo par les Allemands car leur flanc est menacé par la 78e DIUS qui progresse toujours le long du versant ouest de l'Etna. Les Allemands se replient en bon ordre de part et d'autre du volcan.
  • 14 août : les Highlanders sont à Linguaglossa.
  • 15 août : prise de Catane par la 50e DI et de Paterno par la 5e DI.
  • 17 août : les Américains précédent les Britanniques à Messine.

Conclusion de la campagne[modifier | modifier le code]

À l’instar du débarquement en Normandie, la météo aura joué un rôle majeur : bien que toutes les troupes stationnées en Sicile aient reçu un message d'alerte, les Italiens présents sur les côtes n'ont pas voulu croire qu'un débarquement aurait lieu par un temps aussi mauvais.

Après 38 jours de combats, la prise de Messine et la jonction entre les troupes britanniques et américaines marquèrent la fin de la campagne de Sicile. Le renfort de trois divisions allemandes venues prêter main-forte aux italiens ne réussit qu'à ralentir l'avancée alliée : les jeux étaient faits et la campagne d'Italie allait devenir la prochaine étape de la libération de l'Europe.

Signalons aussi, le rôle non négligeable de la mafia sicilienne, qui aurait été acquise aux Américains par les bons offices du parrain Lucky Luciano en échange, dit-on, d'un allègement de sa détention. Ses services auraient inclus des contacts avec le parrain de Palerme, Calogero Vizzini. Le Sicilien Michele Pantaleone (en), qui était présent à Villalba le jour où Vizzini aurait été approché par les Américains, est l'un des témoins les plus importants de cette version, cependant mise en doute par certains auteurs[1]. Grâce à ces « alliés », des renseignements précieux furent obtenus et même des coups de forces ponctuels contre des points stratégiques.

La campagne de Sicile n'est qu'un demi-succès. Certes, le commandement allié a réussi à occuper totalement l'île. Mais les Allemands ont réussi à mener de bons combats d'arrière-garde et à évacuer en bon ordre leurs troupes. Alors que le plan initial prévoyait l'arrivée rapide de la VIIIe armée sur Messine pour contrer cette évacuation et isoler les Allemands dans le nord-ouest, ce furent les Américains débarqués plus à l'ouest qui précédèrent les Britanniques. Le soutien de l'artillerie navale a été précieux pour les troupes débarquées et les Alliés ont réussi une opération amphibie de grande ampleur. Par contre, les largages de parachutistes ont subi plusieurs fois le feu des canons de l'artillerie alliée, à cause d'un manque de coordination. Si l'on excepte les Divisions Napoli et Livorno, les Italiens n'ont pas beaucoup résisté.

Références[modifier | modifier le code]

  1. John Dickie (2004), Cosa Nostra. La mafia sicilienne de 1860 à nos jours, éd. Perrin, 2007, chap. VI, p. 266-267 et suivantes

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie et sources sur Internet[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]