Jean Cavaillès

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Jean Cavaillès

Philosophe français

Époque contemporaine

Description de l'image  Jean Cavaillès.jpg.
Naissance
Décès (à 40 ans)
École/tradition Épistémologie française
Principaux intérêts Logique, philosophie des sciences, philosophie des mathématiques
Idées remarquables Dialectique du concept
Influencé par Spinoza, Louis Couturat, Léon Brunschvicg, Emile Bréhier, Georg Cantor, Edmund Husserl
A influencé Gaston Bachelard, Georges Canguilhem, Jean Gosset, Jacques Bouveresse, Gilles Gaston Granger, Jacques Derrida, Jean-Toussaint Desanti

Jean Cavaillès, né le à Saint-Maixent (Deux-Sèvres) et fusillé le 17 février 1944 à Arras (Pas-de-Calais), est un philosophe, logicien et mathématicien français, héros de la Résistance. Cofondateur du réseau Libération-Sud pendant la Seconde Guerre mondiale, il rejoint le réseau Libération-Nord.

Biographie[modifier | modifier le code]

Formation et carrière[modifier | modifier le code]

Fils d'officier, il fut éduqué dans la religion protestante. Brillant élève, Jean Cavaillès fait des études primaires et secondaires à Mont de Marsan et à Bordeaux, puis en classe préparatoire aux grandes écoles au lycée Louis-le-Grand. En 1923 il est reçu premier au concours d'entrée de l'École normale supérieure de la rue d'Ulm après l'avoir préparé seul. Il est également titulaire d'une licence de mathématiques. En 1927, il est agrégé de philosophie. Il accomplit l'année suivante son service militaire comme sous-lieutenant dans une unité de tirailleurs sénégalais.

Il participe en 1929 en tant qu'auditeur au deuxième cours universitaire de Davos, avec de nombreux autres intellectuels français et allemands. Il séjourne à plusieurs reprises en Allemagne (Berlin, Hambourg, Göttingen, Munich et Fribourg) et il peut observer le régime nazi. Il est boursier d'étude de la Fondation Rockefeller en 1929-1930 pour une étude sociologique sur les mouvements de jeunesse. Il travaille sur la théorie des ensembles en vue de sa thèse de doctorat sur la philosophie des mathématiques et rencontre plusieurs savants allemands. Il étudie ainsi à Tübingen les archives du mathématicien Paul du Bois-Reymond. Abraham Adolf Fraenkel l'oriente vers la correspondance entre Richard Dedekind et Georg Cantor, qu'il publie avec Emmy Noether. En 1931, il rend visite au philosophe Edmund Husserl et écoute également Martin Heidegger. En 1934, il a lu Mein Kampf, il a entendu Adolf Hitler. Il a rencontré en 1936 à Altona les opposants au régime hitlérien[1].

De 1929 à 1935, il travaille en tant qu'agrégé-répétiteur à l'École normale. Il enseigne au lycée d'Amiens en 1936.

En 1937, il soutient à la Sorbonne deux thèses, Méthode axiomatique et formalisme (thèse principale) et Remarques sur la formation de la théorie abstraite des ensembles (thèse complémentaire) sous la direction de Léon Brunschvicg. Il s'inscrit ainsi à la suite d'autres logiciens français, tels Louis Couturat ou Jacques Herbrand. Il est maître de conférences de logique et de philosophie générale à l'université de Strasbourg.

Faits de guerre[modifier | modifier le code]

Mobilisé en septembre 1939, comme officier de corps franc puis officier du chiffre au ministère de la guerre, il est cité pour son courage à deux reprises, mais il est fait prisonnier le 11 juin 1940 en Belgique. Il s'évade pour rejoindre à Clermont-Ferrand l'université de Strasbourg qui y est repliée. Un haut dignitaire de l’université lui reproche d'avoir déserté parce qu'il s'est évadé[2]. Il est cofondateur à Clermont-Ferrand, en 1940, avec Lucie Aubrac et Emmanuel d'Astier de La Vigerie du mouvement Libération-Sud. Il contribue également à la fondation du journal Libération destiné à gagner un plus vaste public. Le premier numéro paraît en juillet 1941.

En 1941, il est nommé professeur de logique et de philosophie des sciences à la Sorbonne. Il participe alors en zone nord à la résistance au sein du mouvement Libération-Nord. Il s'en détache pour fonder en 1942, à la demande de Christian Pineau, le réseau de renseignement Cohors-Asturies. Il est favorable à une action militaire.

Il est arrêté par la police française en août 1942 et interné à Montpellier puis à Saint-Paul-d'Eyjeaux, d'où il s'évade en décembre 1942. Dans le camp, il donne une conférence sur la philosophie des mathématiques qu'il utilise comme un langage codé[3].

Il rencontre Charles de Gaulle à Londres en février 1943. Revenu en France en février de la même année, il se livre essentiellement au renseignement et au sabotage visant la Kriegsmarine. Il confie à son adjoint et ancien élève Jean Gosset la direction de l'Action immédiate. Il est trahi par l'un de ses agents de liaison.

Arrêté le 28 août 1943 à Paris, il est torturé par la Gestapo de la rue des Saussaies, puis il est incarcéré à Fresnes et à Compiègne en attente d'être déporté. Révoqué par le gouvernement de Vichy, il comparaît devant un tribunal militaire allemand et il est fusillé sur le champ le dans la citadelle d'Arras. Il est enterré dans une fosse commune sous une croix de bois portant l'inscription « Inconnu no 5 ».

À la Libération, son corps est exhumé. Compagnon de la Libération à titre posthume, il repose dans la chapelle de la Sorbonne.

Famille[modifier | modifier le code]

  • Son père, Ernest Cavaillès, lieutenant-colonel, de religion protestante.
  • Son oncle et parrain, Henri Cavaillès (1870-1951), qui a pris en charge son éducation, était professeur de géographie à l'université de Bordeaux.
  • Sa sœur, Gabrielle Ferrières (1900-2001), également résistante, pionnière de SOS Amitié, est l'auteur de sa biographie.
  • Son beau-frère, Marcel Ferrières (1897-1977), arrêté en même temps que lui, déporté à Buchenwald.
  • Sa belle-sœur, Alice Ferrières (1909-1988), première Française à recevoir la Médaille des Justes[4]

Citations[modifier | modifier le code]

Œuvre[modifier | modifier le code]

  • Briefwechsel Cantor-Dedekind, hrsg. von E. Noether und J. Cavaillès, Paris, Hermann, 1937
  • Méthode axiomatique et formalisme - Essai sur le problème du fondement des mathématiques, Paris, Hermann, 1938
  • Remarques sur la formation de la théorie abstraite des ensembles, Paris, Hermann, 1938
  • Essais philosophiques, Paris, Hermann, 1939
  • « Du collectif au pari », Revue de métaphysique et de morale, XLVII, 1940, p. 139-163
  • « La pensée mathématique », discussion avec Albert Lautman (4 février 1939), Bulletin de la Société française de philosophie, t. XL, 1946
  • Transfini et continu, Paris, Hermann, 1947
  • Sur la logique et la théorie de la science (ed. Vrin, 1997), Paris, PUF, 1947
  • Œuvres complètes de philosophie des sciences, Paris, Hermann, 1994
  • Libération : organe des Français libres, hebdomadaire, Paris, 1940-1944

Reconnaissance[modifier | modifier le code]

Décorations[modifier | modifier le code]

Philatélie[modifier | modifier le code]

Cinéma[modifier | modifier le code]

Dans le film L'Armée des ombres de Jean-Pierre Melville (1969), d'après le roman de Joseph Kessel (1943), le personnage fictif de Luc Jardie est une évocation de Cavaillès :

  • il est chef de réseau, rencontre de Gaulle, meurt au début de l'année 1944 ;
  • il cite la philosophie des sciences de Cavaillès ;
  • Philippe Gerbier lit, durant sa « planque » (à h 6 dans le film), cinq ouvrages publiés « avant la guerre » par Luc Jardie à la NRF, et dont deux ont déjà été aperçus à h 53 : Méthode axiomatique et formalisme, un Essai sur le problème du fondement des mathématiques (ce n'est en réalité que le sous-titre de Méthode axiomatique et formalisme), Remarques sur la formation de la théorie abstraite des ensembles, Transfini et continu (qui était en réalité un article posthume et non un livre, et ne fut pas publié à la NRF) et Sur la Logique et la théorie de la science (ouvrage dont en réalité même le titre est posthume) ;
  • on voit sur la couverture des livres que Luc Jardie est, comme Cavaillès, « Ancien élève de l'École Normale Supérieure, Licencié de mathématiques, Agrégé de philosophie, Docteur ès lettres » ;
  • Sur le point d'être fusillé, Gerbier énonce une idée spinozienne sur l'éternité directement inspirée du paradoxe du continu, qu'il voudrait soumettre à son « patron », Jardie/Cavaillès : si, « jusqu'à la plus fine limite », on continue de ne pas croire que l'on va mourir, alors on ne meurt jamais. Cette pensée articule la pensée spinoziste de l'éternité et la notion mathématique de convergence à l'infini vers une limite.

Divers[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Canguilhem 1996, p. 15.
  2. Canguilhem 1996, p. 17.
  3. André Odru, Maquis et Guerilla en Limousin, 1943-1944, ANACR de la Corrèze, 2007, p. 16. C'est Lucie Aubrac qui explique après-coup à André Odru que le langage était codé. Odru donne trois versions de l'évasion de Cavaillès (p. 18).
  4. Cf. Murat (Cantal).
  5. Jean-Yves Boursier, Resistants et resistance, l’Harmattan,‎ 1997 (ISBN 2-7384-5889-0, lire en ligne), p. 106.
  6. Lettre à Raymond Aron, Londres, 1943, citée par Canguilhem, « Inauguration de l’amphithéâtre Jean-Cavaillès à la faculté des lettres de Strasbourg », 9 mai 1967.
  7. Cité par Canguilhem 1996, p. 25.
  8. Catalogue Yvert et Tellier, Tome 1.
  9. Canguilhem 1996, p. 37-48., « Commémoration à la Sorbonne. Salle Cavaillès », 19 avril 1974.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]