André Comte-Sponville

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

André Comte-Sponville

alt=Description de cette image, également commentée ci-après

André Comte-Sponville au Salon du livre de Paris 2014.

Activités Philosophe
Naissance 12 mars 1952 (62 ans)
Paris

André Comte-Sponville, né le 12 mars 1952 à Paris, est un philosophe français. Il est membre du Comité consultatif national d'éthique depuis mars 2008.

Biographie[modifier | modifier le code]

C'est un philosophe se décrivant comme matérialiste, rationaliste et humaniste.

Ancien élève de l'École normale supérieure de la rue d'Ulm (où il fut l'élève et l'ami de Louis Althusser[1]) et agrégé de Philosophie, André Comte-Sponville a soutenu, en 1983, une thèse de doctorat en Philosophie intitulée Éléments pour une sagesse matérialiste. Son directeur de thèse était alors Marcel Conche[2].

À sa sortie de l'École normale supérieure, il enseigna une année la philosophie au lycée Adolphe Chérioux de Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne), puis deux ans au lycée de Landrecies (Nord), deux ans au lycée Joseph Fourier d'Auxerre (Yonne), enfin trois ans à l'École normale d'instituteurs de Melun (Seine-et-Marne).

Il fut ensuite pendant quatorze ans assistant puis maître de conférences à l'Université Paris-1 Panthéon-Sorbonne[3]. Il y enseigna jusqu'en 1998, date depuis laquelle il se consacre exclusivement à l'écriture et aux conférences qu'il donne en dehors de l'université.

Il est membre du Comité consultatif national d'éthique depuis mars 2008[4].

Il est membre du comité d'honneur de l'Association pour le droit de mourir dans la dignité[5], et déclare en 2007 : « La liberté de choix est une valeur plus haute que la vie[6]. » Il est également docteur honoris causa de l'université de Mons-Hainaut, en Belgique, et lauréat du Prix La Bruyère de l'Académie française (ex aequo avec Thomas De Koninck).

Philosophie[modifier | modifier le code]

Ses philosophes de prédilection sont Épicure, les stoïciens, Montaigne et Spinoza. Parmi les contemporains, il se sent surtout proche de Claude Lévi-Strauss[7], Marcel Conche[8] et Clément Rosset, en Occident, et de Svâmi Prajnanpad[9] et Krishnamurti en Orient.

André Comte-Sponville tente de rapprocher les réponses des philosophes traditionnels des questions d'aujourd'hui. « Comment vivre ? », « Comment être heureux ? », « La vie a-t-elle un sens ? », « Comment trouver la sagesse sans se soumettre aux religions ? », « Comment être libre ? », « La vertu est-elle encore possible ? », « Jusqu’où va la tolérance ? »[10].

Il propose une métaphysique matérialiste, une éthique humaniste et une spiritualité sans Dieu, présentées comme « une sagesse pour notre temps[11] ».

Selon Luc Ferry, il serait proche du bouddhisme[12]. Michel Onfray le définit comme « un chrétien athée[13] ». Lui-même se définit comme « athée fidèle[14] ». Il se positionne plus précisément comme « athée non dogmatique fidèle[15] » : « athée » car il ne croit en aucun dieu, « non dogmatique » car il intègre le fait que l'athéisme est une croyance et non pas un savoir, « fidèle » car restant attaché à un certain nombre de valeurs morales, culturelles et spirituelles, tronc commun de l'humanité, transmises historiquement par les grandes religions.

Il dit avoir perdu la foi à 18 ans, mais il reste de cette foi, chez lui, une morale helléno-chrétienne et une spiritualité laïque, qui débouche sur une mystique de l’immanence : « Nous sommes déjà dans le Royaume ; l’éternité, c’est maintenant[16]. »

Politiquement, Comte-Sponville se définit comme social-démocrate ou libéral de gauche[17]. Il a beaucoup écrit dans la presse grand public (Le Monde, Libération, Le Nouvel Observateur, L’Événement du jeudi, L’Express, Psychologies, Le Monde des religions, Challenges), mais a aussi dirigé trois numéros de la Revue internationale de philosophie, consacrés respectivement à Montaigne (no 181, 1992), Pascal (no 199, 1997) et Alain (no 215, 2001). Cette même revue lui a aussi consacré un numéro (no 258, 2011 : « André Comte-Sponville »).

Quatre ordres[modifier | modifier le code]

Dans Le capitalisme est-il moral ?, qui est la transcription d'une conférence, il tente de démontrer l'amoralité du capitalisme (ni moral ni immoral) en ce qu'en tant que technique (comme la météorologie, la physique...), l'économie est extérieure à toute préoccupation morale. Comte-Sponville en vient alors à définir quatre ordres, au sens pascalien du terme :

  1. l'ordre économico-techno-scientifique,
  2. l'ordre politico-juridique,
  3. l'ordre de la morale,
  4. l'ordre de l'éthique, ou ordre de l'amour.

Il évoque la possible existence d'un cinquième ordre, celui du divin, mais n'y souscrit pas et déclare même en athée que l'on peut très bien s'en passer. Chaque ordre aurait sa cohérence propre sans pour autant fonctionner en autarcie. Il faudrait alors les distinguer tout en comprenant leur nécessité absolue de complémentarité. Ainsi le capitalisme, l'économie de marché, appartenant à l'ordre no 1, ne sauraient se préoccuper de morale, l'ordre no 3. Toutefois, chaque ordre est directement limité par l'ordre supérieur : le droit du commerce (limitation de l'économie par le « juridico-politique »), la déontologie politique (limitation du politique par la morale) etc. Il souligne deux dangers : la barbarie, qui veut soumettre les ordres supérieurs aux ordres inférieurs, et l'angélisme, qui prétend annuler les ordres inférieurs au nom des ordres supérieurs. Cela débouche sur un appel à la responsabilité individuelle : ne comptons pas sur le marché pour être moral à notre place, ni sur la morale pour tenir lieu de politique.

Télévision et consultation publique[modifier | modifier le code]

André Comte-Sponville a souvent été invité sur les plateaux télévisés, notamment chez Michel Polac, Bernard Pivot, Guillaume Durand, Frédéric Ferney, François Busnel, Christine Ockrent, Patrick Poivre d'Arvor, Serge Moati, Catherine Ceylac et Frédéric Taddeï. Comte-Sponville est également conférencier pour des entreprises privées[18].

Critiques de la dimension philosophique des ouvrages de Comte-Sponville[modifier | modifier le code]

Pierre Marcelle, journaliste à Libération, juge les propositions de Comte-Sponville « indigentes » et ses propos « venteux » que son « omniprésence de penseur consensuel est censée légitimer »[19]. Jean-François Raguet, écrivain contestataire, pamphlétaire, en guerre contre la philosophie contemporaine et issu de la nébuleuse trotskiste, a pour cible notamment André Comte-Sponville[20]. Jacques Bouveresse[21], philosophe français, ne lui conteste pas son statut de philosophe mais lui reproche de faire partie de ces confrères contemporains devenus des « obligés du pouvoir ».

En revanche, Louis Cornellier, écrivain québécois, dans la revue canadienne Spirales, no 204, écrit qu’« André Comte-Sponville sait combiner la rigueur et l'accessibilité », et note que « ses qualités de style en font un des écrivains les plus lumineux de la francophonie actuelle[22] ». Michel Meyer, philosophe belge, directeur de la Revue internationale de philosophie, le considère comme « l'un des plus grands philosophes français depuis Sartre » (Revue internationale de philosophie, no 258, 2011, p. 7).

Publications[modifier | modifier le code]

Contribution à des ouvrages collectifs

Sur Comte-Sponville :

  • 2005 : Revue la Matière et l’Esprit, no 1, « Problèmes du matérialisme (autour d’André Comte-Sponville) », Université de Mons-Hainaut, Mons, Belgique ;
  • 2008 : Jean Tellez, Être moderne (Introduction à la pensée d'André Comte-Sponville), éd. Germina ;
  • 2011 : Revue internationale de philosophie, no 258, « André Comte-Sponville » (articles de Laurent Bove, Daniel Cohen, Charles Larmore, Michel Meyer, Martin Seel, Bertrand Vergely ; réponses d'André Comte-Sponville).

Discographie[modifier | modifier le code]

  • 2007 : le Bonheur, conceptions orientales et occidentales (3 CD audio), avec François Jullien, éd. Frémeaux & Associés ;
  • 2008 : l’Amour (3 CD audio), éd. Frémeaux & Associés ;
  • 2008 : Qu’est-ce qu'une spiritualité sans Dieu ? (3 CD audio), éd. Frémeaux & Associés ;
  • 2009 : André Comte-Sponville (DVD 100 min), en compagnie de François L'Yvonnet, conception et réalisation Benjamin Pichery, éd. INSEP, coll. « Regards sur le sport », 2009 ;
  • 2010 : le Mal : le Méchant, le Salaud, le Pervers, le Médiocre (3 CD audio), avec Michel Terestchenko, éd. Frémeaux & Associés.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Revue Perspectives critiques, n° 1, 2006, p. 7 à 27 : "L'autre maître (Souvenirs concernant Louis Althusser").
  2. Source : Catalogue SUDOC
  3. Sur le site de la Sorbonne
  4. Sur le site du CCNE
  5. Liste des membres du Comité de parrainage Site de l'ADMD
  6. L’euthanasie en accusation -Pétition, 15 000 signatures contre la dépénalisation, Fabrice Madouas, Valeurs Actuelles n° 3668, 16 Mars 2007
  7. Sponville sur Lévi-Strauss
  8. Dialogue avec M Conche
  9. Auquel il a consacré un livre : "De l'autre côté du désespoir (Introduction à la pensée de Svâmi Prajnânpad)", Editions Accarias L'Originel, 1997.
  10. Sur Radio Canada
  11. Traité du désespoir et de la béatitude, PUF, avant-propos
  12. Luc Ferry, dans le livre qu’ils ont écrit ensemble, « La sagesse des Modernes »
  13. Traité d’athéologie, Grasset, 2005, p. 84
  14. L'esprit de l'athéisme, chap. 1
  15. Europe 1, Au cœur de l'Histoire du 09/12/2013, animée par Franck Ferrand.
  16. L'esprit de l’athéisme, Albin Michel, 2006, p. 217
  17. « Le capitalisme est-il moral ? », p. 154 à 159
  18. (...) « le très médiatique agrégé de philo André Comte-Sponville (reçoit un cachet de ) (35 000 F.) pour une causerie chez Vivendi Environnement. » Les « ménages » des «stars» du journalisme (selon Capital d’octobre 2001)
  19. Citation complètre : «  Ferry et Comte-Sponville étant notoirement philosophes, leur propos venteux, que leur omniprésence de penseurs consensuels est censée légitimer, s'élabore sur des fondations en béton, avec tous les maîtres, tous les concepts et tous les sacrés textes requis et réquisitionnés pour donner du poids au projet d'élaborer «une spiritualité pour notre temps». Les cautions invoquées sont impressionnantes, mais était-il besoin de convoquer un tel aréopage ­ Lucrèce et Hegel, Spinoza et Descartes, Althusser et Kant, Marx et Platon, et tous les autres ­ pour étayer des propositions d'une telle indigence, enfiler tant de perles et enfoncer tant de portes béantes? » in Libération, « Face aux piles. La philosophie sur le trottoir. » par Marcelle Pierre. (Lien).
  20. J-F. Raguet, De la Pourriture, article « Comte-Sponville »; voir aussi Roland Jaccard, « Polémistes dans l’âme », Le Monde des livres, 23 juin 2000 et « Le traqueur des ripoux philosophes » L’Express, 1er juin 2000.
  21. http://cahiers.kingston.ac.uk/interviews/bouveresse.html
  22. http://id.erudit.org/iderudit/18433ac

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]