Buron

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Burons de la Fumade (commune de Saint-Jacques-des-Blats) près du Puy Griou

Un buron est un bâtiment en pierre, couvert de lauzes ou d'ardoises, que l'on trouve sur les « montagnes », pâturages en altitude que les éleveurs de vallée possèdent et exploitent de façon saisonnière dans les monts du Cantal, l'Aubrac, le Cézallier et les monts Dore. Ils servent à abriter la fabrication du fromage : le cantal, le laguiole ou fourme d'Aubrac, le saint-nectaire lors de l’estive (de mi-mai à mi-octobre), et à loger les buronniers.

Apparition et évolution du terme[modifier | modifier le code]

Fonctionnement des burons décrit dans l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert.
Buron en pierres maçonnées sous toiture de chaume à quatre pans au Mont-Dore (Puy-de-Dôme). En ruine à l'époque du cliché, il représente l'« ancien type » de buron par rapport aux édifices en pierres maçonnées sous toiture de lauses ou d'ardoises.

Selon Marcel Lachiver[1], il existe deux appellations :

  • fogal ou fougal est le nom parfois donné aux cabanes qui servaient de burons dans les montagnes du Massif central parce qu'elles comportaient un foyer ;
  • mazuc/masuc ou masut/mazut[2], dans l'Aubrac, est le nom de huttes construites avec de fortes perches de hêtres recouvertes de mottes de terre ou de gazon, huttes où l'on préparait le beurre et le fromage.

Selon E. Lapayre, dans le Forez, le terme de « buron » n'était pas d'usage courant. Il ne figure d'ailleurs pas dans la carte de Cassini. Ce seraient les auteurs de la carte d'État-Major qui l'y auraient introduit par analogie avec le Cantal. Les paysans désignaient leurs chalets d'été sous le nom de « cabanes » ou de « loges » ; « cabane » était surtout usité sur le versant occidental, « loge » sur le versant oriental. « Jas » pouvait désigner soit une cabane isolée, soit l'ensemble des cabanes d'un même quartier. Les paysans employaient aussi le terme français de « jasserie »[3].

Pour Léonce Bouyssou, longtemps directrice des archives départementales du Cantal, on trouve au XIIIe siècle le terme général de « cabana » puis celui de « fogal » indiquant la présence d'un foyer, puis surtout celui de « mazuc », et parfois « trap ». Le mot français « buron » apparaît dans les textes dans la première moitié du XVIIe siècle et se trouve alors indifféremment employé avec ceux de « mazuc » ou « fogal » qu'il va éliminer dans le Cantal vers la fin du siècle (du moins dans les actes écrits[4]). Au XVIIe siècle, la carte de Cassini utilise le mot « buron » vers Aurillac et Murat, mais « vacherie » vers Allanche[5].

Les premières mentions de burons sur le plateau d'Aubrac apparaissent avant 1700[6]. Celles de « burons emmotés », précise Laurent Fau, apparaissent fréquemment à partir de cette époque. Ainsi le bail des Fontanilles stipule en 1717 « que le fermier aura liberté d'aller dans le bois d'Aubrac, après avoir averti les gardes, pour ramasser le bois nécessaire pour faire des burons, parcs, clayes et cabanes pour le service de la montagne ». Il s'agit donc d'édifices où le bois était employé.

Par la suite, le terme « buron » désigne des édifices maçonnés, avec cheminée et toiture de lauzes, construits par des équipes de maçons et de charpentiers[7] au XIXe siècle pour le compte de gros fermiers ou de propriétaires urbains.

Selon Maurice Robert[8], les termes tra, chabano, mazuc désignent la même chose que buron.

La racine bur a donné en vieux français (XIIe ‑ XVe siècles) le mot buiron (m) signifiant « cabane » [9].

L'application du terme « buron » à tous les bâtiments d'estive des massifs d'Auvergne est une commodité de géographes, alors qu'il reste d'autres noms vernaculaires employés par les paysans[10].

Évolution architecturale[modifier | modifier le code]

Tras dans le Cézallier à proximité du village de Brion.
Buron construit au début du XXe siècle en maçonnerie de pierre sous ardoises vers Anglard (commune de Besse-et-Saint-Anastaise) à côté du Puy de Sancy

Au XIIIe siècle, des textes commencent à mentionner la pratique du pâturage d'estive[5]. La première mention d'un ancêtre des[réf. nécessaire] burons dans les Monts du Cantal est datée de 1265. Elle concerne une « redevance qui sera levée sur chaque cabane à fromage nouvellement construite » dans le mandement de Saint-Martin-sous-Vigouroux, en Haute-Auvergne[5]. Les cabanes à fromages appartiennent à la catégorie plus générale de bâtiments que les archéologues du Haut Moyen Âge et de la Préhistoire appellent des fonds de cabane et qui correspondent, en complément de maisons principales fixes et plus soigneusement bâties, à des constructions sommaires implantées par un décaissement du sol et une charpente sommaire afin d'abriter une activité ou un habitat, saisonnier ou complémentaire (tissage, stockage, élevage, fromage, etc.)[citation nécessaire][11].

Ancêtre du buron, le tra (c'est-à-dire « creux », cf. buron de Tras Viel sur la commune de Cheylade) était des plus sommaires : il consistait en une ou deux pièces creusées dans le sol sous une couverture en mottes de gazon. Ce genre de bâtiment était de courte durée et on en changeait souvent comme en témoignent les nombreux entonnoirs visibles dans les pâturages.

Dans certaines montagnes, le déplacement des cabanes à fromages était limité, voire interdit : ainsi, un accord de 1570, prévoyait qu'à la montagne des Chazes, près du Griou, elles ne pouvaient être « remuées » que tous les dix ans, tandis qu'à la montagne du Jouhanial, à Albepierre, il était interdit de les « fere ailhors » [5].

Par la suite, ce simple retranchement fut remplacé par un bâtiment rectangulaire à demi enterré, aux murs en pierres sèches coiffés soit d'un plafond de dalles de pierre sur encorbellements, soit de mottes de gazon sur une charpente sommaire.

On connaît un peu leur disposition au milieu du XVIe siècle, grâce à une information judiciaire faite en 1535 par le bailli du Carladès contre le seigneur de Dienne accusé d'avoir fait enlever des fromages dans certains mazucs : des petites maisons, avec une porte pouvant être verrouillée, dans lesquelles le fromage est recueilli et fabriqué pendant que les vaches sont dans la montagne[5].

Les « burons » sont décrits au début du XVIIIe siècle dans une lettre de Trudaine, alors intendant d'Auvergne, comme « des cabanes sous terre, en partie recouvertes de gazon où l'on fait le fromage de pays [ici dans le Cantal] et qui sont construites à peu de frais. Les propriétaires des pâturages de montagne trouvent un avantage à changer de place de temps en temps leurs burons, c'est ainsi qu'on les nomme, dans l'intérêt des fermiers »[12].

Les burons « vousté et thuilé » (la tuile désignant la lauze) ont commencé à être construits en pierres maçonnées au mortier dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle. L'agronome de Murat-Sistrières fait voûter et couvrir les siens, nous dit-il, vers 1760, afin de « les mettre à l'abri de tout accident et surtout de la foudre qui en consumait annuellement quelques-uns »[13]. Il subsiste plusieurs burons portant le millésime de cette époque sur le linteau de la porte: 1772, au Puy de la Bane, 1769 à Grandval, 1721 au pied du col de Cabre. Tous ceux qui ont été construits par la suite ne sont pas très différents[14].

Buron (en français) ou mozut (en langue auvergnate) du Cantal, bâti en pierres maçonnées et couvert de lauses (XIXe siècle)

Une unique porte, ménagée dans le mur pignon lorsqu'il fait face à la vallée, permet d'entrer dans la première pièce où le fromage est fabriqué, ensuite dans le « caveau » qui sert à conserver et à faire mûrir les nouvelles pièces de fromages (les fourmes). Pas de cheminée pour le feu qui se fait dehors, ni de chambre pour les bergers, mais toujours une bonne source à proximité.

À la fin du XIXe siècle certains burons sont une solide construction en pierre, parfois en partie enterrée, au toit de chaume pour les plus anciens, et plus généralement de lauzes. Il est désormais constitué de trois pièces :

  • à l'étage, la pièce où dorment les buronniers et où le foin est engrangé,
  • au rez-de-chaussée, la pièce où est fabriquée la tome (tóumo), caillé frais pressé qui permet de préparer un mets, l'aligot (oligót), et qui donne la fourme (fóurmo),
  • la cave, dans laquelle s'affinent les fromages (appelés cantal dans les monts du Cantal et laguiole en Aubrac).

Fonctionnement[modifier | modifier le code]

Buron avec son enclos en pierre sèche au Puy Mary (Cantal), au début du XXe siècle.
Buron ou chaumière (?) à Mandailles près du Puy Griou, peinture de Charles Jaffeux.

L'estive au buron est assurée par quatre buronniers ou plus selon la taille des burons :

  • Le roul, en général un adolescent servant d'homme à tout faire,
  • le bédelier (bedeliè), chargé de s'occuper des veaux (bedelóus), notamment de les amener à la mère pour amorcer la lactation,
  • Le pastre (pástre), 1er berger chargé de garder et rassembler le troupeau pour la traite,
  • Le cantalès (contalés), patron-vacher du buron chargé de fabriquer la tome fraîche et le fromage qui en est issu (cantal ou laguiole).

Ajoutons, pour ne rien oublier :

  • Le chien, pour ramener les vaches, le roul tenait couramment cette même fonction. Sur l'Aubrac le chien était formellement proscrit. Les vaches ne supportaient pas sa présence.

Deux fois par jour, le matin très tôt et en fin d'après-midi, la traite des vaches fournisse le lait, transporté au buron dans la gerle.

Le lait, emprésuré, est ensuite mis à « prendre » pendant 1 heure. Le caillé ainsi obtenu est découpé à l'aide d'une menòla (terme de la Lozère et de l'Aveyron) ou d'un frénial (terme du Cantal) ou encore tranche-caillé, puis séparé du petit-lait. Le caillé est ensuite pressé sous la catseuse (grande presse en bois) et devient la tome. Celle-ci est ensuite émiettée à l'aide de la fraiseuse, salée, puis transvasée dans un moule en bois ou en aluminium dans lequel elle est pressée à nouveau.

Enfin, la fourme ainsi obtenue est entreposée dans la cave du buron (à une température d'environ 10 °C) pour l'affinage qui dure de 45 jours à plusieurs mois (10 mois en général et 18 mois au maximum).

Les raisons d'un déclin[modifier | modifier le code]

Dans les années 1945-1950, un millier de burons étaient encore en activité (264 burons sur l'Aubrac) dans ce qui était encore des montagnes à fromage. Dans les années 1960, leur nombre chuta à environ 60 (51 sur l'Aubrac en 1964) à la suite de la modernisation de l'agriculture. Les deux derniers burons de l'Aubrac (Camejane en Aveyron et Le Théron en Lozère) furent fermés le 13 octobre 2002, la mise aux normes européennes exigeant des investissements trop lourds.

Les burons ont été abandonnés en raison de plusieurs facteurs : politique de réduction démographique de la population agricole et rurale, baisse de rentabilité de l'agriculture extensive, normalisation des modes de vie, remplacement des solidarités communautaires et familiales par le droit social des salariés. La pénibilité des conditions de travail (la traite des vaches sous la pluie, le vent, la neige parfois, l'absence de confort et de logement décent) rebutaient les jeunes, qui préféraient se lancer vers la capitale à l'assaut d'un emploi administratif.

Vers un renouveau ?[modifier | modifier le code]

Remises en activité[modifier | modifier le code]

Quelques burons sont en activité en 2014 :

La production fromagère des burons (elle était de 700 tonnes par an en 1946) est assurée aujourd'hui par la coopérative Jeune Montagne de Laguiole dans l'Aveyron, ainsi que par des agriculteurs du Cantal. Cette production ne cesse de croître.

Nouvelles affectations[modifier | modifier le code]

On peut considérer que seuls 30 burons aujourd'hui ont pu garder ou retrouver une activité économique. Certains ont été transformés en restaurant, en gîte d'étape ou en musée.

L’Association de sauvegarde des burons du Cantal a entrepris plusieurs restaurations mais la plupart des burons tombent en ruine et ne pourront être restaurés, notamment parce que ces opérations sont très coûteuses. De plus, le marché immobilier des burons est quasi inexistant. En effet, le buron est souvent situé au milieu de la montagne, sans terrain associé, sans accès commode ni confort moderne (électricité, eau courante), ce qui décourage la quasi-totalité des acquéreurs potentiels.

Certains burons connaissent néanmoins une seconde vie sous l'impulsion de particuliers, encouragés par divers organismes comme le Conservatoire régional de l'habitat d'estive[15], Chamina, l'association pour le développement de la randonnée dans le Massif-Central[16], la Chambre d'agriculture du Cantal[17] et aussi le Parc naturel régional des volcans d'Auvergne et l'association des Gîtes de France de Haute-Auvergne :

  • certains sont transformés en musée ethnographique : buron de Belles-Aigues à Laveissière (Cantal)
  • certains sont transformés en gîte : burons de Niercombe et de la Fumade-Vieille à Saint-Jacques-des-Blats (Cantal),
  • certains sont transformés en auberge et restaurant : buron de la Combe de la Saure, buron du Chaussedier au Vaulmier (Cantal), burons du Baguet et de Meije-Costes à Laveissière

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Léonce Bouyssou, Enquête sur les montagnes d'estive cantalienne (1964-1965) in Revue de la Haute-Auvergne, Aurillac,‎ 1966
  • Alfred Durand, La vie rurale dans les massifs volcaniques des Dores, du Cézallier, du Cantal et de l'Aubrac, Aurillac, Imprimerie Moderne,‎ 1946 (réimpr. 1980)
  • André Desvallées, Alain Rudelle, Jean Dominique Lajoux, L'Aubrac, Langage et technique. Les burons, Paris, CNRS,‎ 1979 (ISBN 2-222-02144-8)
  • Jean-Claude Roc, Burons de Haute-Auvergne, Brioude, Watel,‎ 1991 (ISBN 2913035116) in -folio, 179 p. 10 cartes, 50 dessins, 40 plans, 303 photos.
  • Jean-Paul Pourade, Chemins de transhumance, Lempdes, AEDIS,‎ 1996 (ISBN 2842590015)
  • Jean-Paul Pourade, Renaud Dengreville, La mémoire des burons, Lempdes, AEDIS,‎ mai 2008
  • Association de Sauvegarde des Burons du Cantal, Opération sauvegarde, Aurillac, ASBC,‎ 1984
  • Alain Galan, Burons que vent emporte, Limoges, René Dessagne,‎ 1979 (ISBN 2-85521-040-2)
  • Alain Galan, « Au pays des burons », Auvergne Magazine, no 133,‎ décembre 1979
  • Yves Garric, Paroles de burons, Rodez, Fil d'Ariane,‎ 2001 (ISBN 2-912470-23-4)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Cf. Marcel Lachiver, Dictionnaire du monde rural : les mots du passé, Fayard,‎ 1997 (réimpr. 2006) (ISBN 2-213-59587-9 et 2-213-63121-2)
  2. Dérivatif de mas, qui désigne une manse (du latin manere = rester), c'est-à-dire un domaine agricole concédé à une famille, et par extension la maison. Voir également la chanson traditionnelle Lou Mazuc, très connue en Aubrac.
  3. E. Lapayre, La vie pastorale dans le Massif du Forez, in Annales de Géographie, année 1926, vol. 35, No 196, pp. 298-308, en part. pp. 302-303.
  4. En effet, le mot mazuc semble continuer à être utilisé en patois jusqu'au XXe siècle, comme le montre la carte postale.
  5. a, b, c, d et e Léonce Bouyssou, "Le buron", in Volcan cantalien, Chamina, Clermont, 2ème édition, 1987, p. 138.
  6. Genèse d'un monde pastoral - Les monts d'Aubrac au Moyen Age - Archéologie française, étude conduite par Laurent Fau, 2006)
  7. Cf. Abel Poitrineau, Corpus de l'architecture rurale française, Auvergne, A. Dié,‎ 1999 (ISBN 2-908730-38-3), p. 75 (photos)
  8. Cf. Maurice Robert, Maisons paysannes d'Auvergne : tradition, technique, société, Centre d'anthropologie du Massif Central,‎ 1992
  9. Cf Robert Grandsaignes d'Hauterive, Dictionnaire d'ancien français : Moyen Âge et Renaissance, Larousse,‎ 1947 (réimpr. 1961, 1966)
  10. « L'exploitation de la montagne se déroule autour des bâtiments du buron appelé par les paysans cabane, mazuc, tra. » (Philippe Arbos, L'Auvergne, Paris, Armand Colin,‎ 1932 (réimpr. 1940, 1945, 1952)).
  11. Cf. Jean Chapelot, Robert Fossier, Le village et la maison au Moyen Âge, Paris, Hachette,‎ 1980 (réimpr. 1985) (ISBN 2-01-002910-0), p. 116-135. Selon les auteurs, ces sortes de constructions, dans lesquelles on ne retrouve pas de traces de foyer domestique, se diffusent en Europe de l'Ouest avec les peuples germains, dont on sait qu'ils étaient des éleveurs de bovins.
  12. « [...] Mais pour les [fromages] suisses, il faut une maison solidement construite, et à grands frais, ce qui la rend stationnaire. Ensuite, il faut du bois pour la façon du Gruyère, tandis que celui du pays se fait sans feu. » in Lettre du 23 janvier 1734 au Contrôleur Fagon, à propos d'un projet de fabriquer du fromage suisse dans les Montagnes d'Auvergne. Cité en 1853 par Paul de Chazelles.
  13. Sistrières-Murat, L'art de cultiver les pays de montagne, Londres et Paris, 1774.
  14. Léonce Bouyssou, ibidem
  15. Organisme mentionné dans le guide Volcans cantaliens de Chamina, 1987, pp. 156, ouvrage réalisé avec la collaboration de Léonce Bouyssou.
  16. Elle a édité un guide intitulé Sauvegarde de l'habitat d'estive : les gîtes de pleine nature.
  17. Elle a édité en 1984 Les Burons du Cantal, opérations de sauvegarde.


Liens externes[modifier | modifier le code]