Protectorat de Bohême-Moravie

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50° 05′ 00″ N 14° 28′ 00″ E / 50.0833, 14.4667

Protectorat de Bohême-Moravie
Reichsprotektorat Böhmen und Mähren
Protektorát Čechy a Morava

1939 – 1945

Drapeau Blason
alt=Description de l'image Tchécoslovaquie_1939.SVG.
Informations générales
Statut Protectorat autonome de l'Allemagne nazie
Capitale Prague
Langue Tchèque, Allemand
Monnaie Couronne de Bohême et de Moravie
Histoire et événements
15 mars 1939 Proclamation par Adolf Hitler
9 mai 1945 Libération de Prague

Entités précédentes :

Entités suivantes :

Carte administrative du Protectorat de Bohême-Moravie.

Le Protectorat de Bohême-Moravie était l'entité politique installée par l'Allemagne nazie pour assurer le gouvernement des territoires de la Bohême, de la Moravie et de la Silésie tchèque, après le démembrement du territoire de la Tchécoslovaquie consécutif aux accords de Munich et à l'invasion allemande. Le Protectorat fut proclamé le 15 mars 1939 par Adolf Hitler, au lendemain de la déclaration d'indépendance de la République slovaque. Emil Hácha, éphémère président de la Tchécoslovaquie, demeura nominalement à la tête de l’État.

L'occupation allemande[modifier | modifier le code]

Le statut du protectorat est régi par un arrêté d'Hitler du 16 mars 1939. Le Protectorat de Bohême-Moravie ne dispose d'aucune représentation propre à l'étranger et son armée sous le contrôle du gouvernement ne peut avoir qu’un rôle d'auxiliaire. Dans chaque province, l’autorité est exercée par un Oberlandrat. Un seul parti est autorisé, l’Alliance nationale, que les Allemands font plébisciter à 99 % des voix en mai 1939[1], ne justifiant pas l'existence d'un parlement. À la tête du Protectorat, le président et le gouvernement n'ont pas de réels pouvoirs. Le pouvoir est entre les mains d’un Reichsprotektor (Protecteur du Reich) et l'administration est tenue en main par le secrétaire d'État du Protectorat, Karl Hermann Frank. Les divers services de police allemands comme la Sicherheitsdienst ou la Gestapo opèrent sur l'ensemble du territoire du Protectorat et s'intéressent aux opposants politiques tchèques et aux nombreux réfugiés politiques allemands qui n'ont pas pu s'échapper avant le 15 mars 1939[2].

Les premiers mois qui suivent la mise en place du Protectorat, l'occupation allemande est relativement douce. Les Allemands s'efforcent de gagner les ouvriers dont le travail leur est nécessaire[1] et réservent la répression pour les intellectuels auxquels le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale a pu donner quelque espoir.

Alfons Mucha décède peu après un interrogatoire par la Gestapo en juillet 1939.

Le 28 octobre 1939, à l'occasion de l'anniversaire de l'indépendance de la Tchécoslovaquie, de grandes manifestations ont lieu pour protester contre l'occupation et, au cours des affrontements avec la police, un étudiant, Jan Opletal, est blessé mortellement par un agent de police allemand. Les forces d'occupation allemandes prennent alors prétexte des manifestations d'étudiants déclenchées par l'annonce de la mort d'Opletal pour fermer les écoles supérieures. Neuf leaders du mouvement étudiant sont fusillés et de nombreux autres étudiants envoyés en camps de concentration en Allemagne[2]. L’Éducation nationale est confiée à un collaborateur convaincu, le colonel Moravec[1].

Trouvant Konstantin von Neurath trop clément, Adolf Hitler lui nomme un adjoint (Stellvertretender) : mais, Reinhard Heydrich devient « dans les faits » Reichsprotektor in Böhmen und Mähren le 24 septembre 1941. Dès son arrivée à Prague, Heydrich durcit l'occupation allemande. Son premier geste est de faire condamner à mort le premier ministre Alois Eliáš, dont il n'avait eu de cesse de demander l'exécution[3]. Entre le 27 septembre et le 29 novembre, il fait fusiller plus de quatre cents Tchèques. La Gestapo est de plus en plus active et elle fera disparaître plus de quatre mille opposants ou résistants. De nombreux intellectuels sont exécutés : Vladislav Vančura en 1942 et Julius Fučík en 1943[1].

À côté de sa politique de terreur, Heydrich tente également de s'attirer la sympathie de la population en augmentant les rations alimentaires, en faisant bénéficier la population des lois sociales allemandes et en luttant contre le marché noir.

Cette politique populaire de Heydrich affaiblit la résistance tchèque. Pour Londres, Heydrich devient alors l'homme à abattre. Un commando de résistants tchèque de Londres, dont Jozef Gabčík et Jan Kubiš font partie, est parachuté pour ce faire. Ils blessent le Stellvertretender Reichsprotektor Heydrich dans un attentat le 27 mai et il meurt le 4 juin. Les représailles exercées ensuite par les forces d'occupation se poursuivent durant tout l'été et font près d'un millier de victimes, le massacre des habitants du village de Lidice en étant l'épisode le plus tragique.

Jaroslav Krejčí, chancelier du Protectorat, lors d'un discours à Tábor. La décoration de la tribune présente successivement (de gauche à droite) : le drapeau du IIIe Reich, l'aigle nazi déployant ses ailes « protectrices » au-dessus des écus portant, respectivement, le lion de Bohême et l'aigle morave, et enfin le drapeau du Protectorat de Bohême-Moravie.

Personnes ayant exercé la fonction de « Protecteur de Bohëme-Moravie » : Reichsprotektor in Böhmen und Mähren[modifier | modifier le code]

Heydrich et Daluege n'ont pas eu le titre de protecteur, même si de fait ils ont exercé la fonction ; en effet, Neurath est resté en poste jusqu'à être remplacé par Frick. Heydrich et Daluege ont donc porté le titre de protecteur adjoint (ou vice-protecteur : Stellvertretender Reichsprotektor in Böhmen und Mähren) ; Neurath était, pendant ce temps, absent pour raisons de santé.

Persécutions raciales[modifier | modifier le code]

La loi tchécoslovaque, suivant en cela l'exemple austro-hongrois d'avant la Première Guerre mondiale, reconnait la citoyenneté (par définition tchécoslovaque) et la nationalité : tchèque, slovaque, allemande, juive, polonaise, hongroise, rom, etc. Au moment de l'invasion du pays par les nazis, l'administration dispose donc de listes précises qui aideront l'occupant dans son œuvre létale de discrimination raciale. Elles serviront également, après-guerre, pour mettre en œuvre l'expulsion des Allemands des Sudètes dans le cadre des décrets Beneš.

Persécution des Juifs[modifier | modifier le code]

Dès les premiers jours du protectorat, les Lois de Nuremberg sur le statut des Juifs sont mises en application par le Reichsprotektor Von Neurath[4]. les Juifs sont exclus de la société tchèque par toute une série de réglementation de l'occupation allemande. Ils doivent porter des insignes particuliers, leur liberté de circulation est limitée, leurs rations alimentaires sont réduites, ils n'ont pas le droit de participer à des manifestations culturelles ou sportives et les enfants ne peuvent pas aller à l'école[5].

Dans une seconde étape, les biens des juifs sont confisqués, et les juifs sont progressivement déportés dans le camp de concentration de Theresienstadt en Bohême. Il s'agit d'un camp présenté par les nazis comme une colonie juive modèle. Sur les 141 184 Juifs qui y transitent, la moitié vient du Protectorat, l'autre est principalement constituée de vieillards provenant d'Allemagne et d'Autriche dont beaucoup meurent sur place. L'essentiel des déportés tchèques sont ensuite redirigés vers le camp d'extermination d'Auschwitz[6].

Au total, selon un rapport allemand, à fin 1942, 69 677 juifs du Protectorat ont été déportés, et il n'en restait plus que 15 550. À la fin de la guerre, il n'en restait plus que 6 550 hors des camps. Pour la plupart, il s'agissait de membres de couples mixtes[7].

Persécution des Tziganes[modifier | modifier le code]

La Tchécoslovaquie avait adopté, dès 1927, une loi contre les Tziganes nomades et leur avait délivré une carte d'identité différente de celle des autres citoyens tchèques. Le 10 octobre 1941, Reinhard Heydrich décide l’évacuation des Tziganes de Bohême-Moravie. En fait, ils sont concentrés dans deux camps : Lety en Bohême et Hodonín en Moravie. Vers la fin de 1942, Heinrich Himmler décrète qu'en fonction de leurs classifications raciales, un certain nombre de Tziganes sont autorisés à vivre, d'autres devaient être stérilisés et d'autres déportés à Auschwitz, c'est-à-dire exterminés. Finalement entre 22 000 et 23 000 Tziganes d'Allemagne, d'Autriche, du Protectorat, de Pologne, de Belgique, des Pays-Bas et du Nord de la France sont arrivés à Birkenau où une section spéciale leur est réservée[8].

Fin du protectorat[modifier | modifier le code]

Le 21 septembre 1944, l'Armée rouge commence à pénétrer sur l'ex-territoire tchécoslovaque, et avance progressivement. À l'Ouest, l'armée américaine progresse également mais s'arrête à Plzeň le 6 mai. Le 5 avril 1945, Edvard Beneš arrive par avion, décrétant le lendemain un gouvernement de coalition. Le 5 mai, l'insurrection de Prague éclate. Le 6 mai, l'armée soviétique déclenche l'offensive de Prague, sa dernière attaque d'envergure dans le conflit mondial en Europe. Prague tombe le 9 mai ; Emil Hácha est arrêté le 14.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d M. Laran, article Tchécoslovaquie in Encyclopedia Universalis, 2000.
  2. a et b Petr Čornej, Jiří Pokorný, L’Histoire des pays tchèques jusqu'à l'an 2004, Práh, 2003.
  3. Mario R. Dederichs, Heydrich, Tallandier, Paris, 2007, p.172
  4. Raul Hilberg, La destruction des Juifs d'Europe, Gallimard, collection Folio, 2006, Tome I, p. 224
  5. Histoire des pays tchèques, p.405
  6. Raul Hilberg, La destruction des Juifs d'Europe, Gallimard, collection Folio, 2006, Tome II, p. 791
  7. Raul Hilberg, La destruction des Juifs d'Europe, Gallimard, collection Folio, 2006 Tome II, p. 849-50.
  8. Raul Hilberg, La destruction des Juifs d'Europe, Gallimard, collection Folio, 2006, Tome III, p. 1848

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]