Lucie Aubrac

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Lucie Aubrac
Lucie Aubrac, à son domicile parisien en mai 2003.
Lucie Aubrac, à son domicile parisien en mai 2003.

Nom de naissance Lucie Samuel, née Bernard
Naissance 29 juin 1912
Mâcon, France France
Décès 14 mars 2007 (à 94 ans)
Issy-les-Moulineaux, France France
Nationalité Française
Profession(s) Professeur d'histoire
Autres activités Résistante
Formation École normale d'institutrice
Distinctions Grand officier de la Légion d'honneur
Grand Croix de l'Ordre national du Mérite
Croix de guerre 1939-1945
Médaille de la Résistance avec rosette
Commandeur des Palmes Académiques
Famille Raymond Samuel, dit Aubrac, son époux

Lucie Aubrac (de son vrai nom Lucie Samuel, née Bernard), née le 29 juin 1912 à Mâcon[1] de parents originaires de Saône-et-Loire, morte le 14 mars 2007 à Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine, fut une résistante française à l'occupation allemande et au régime de Vichy pendant la Seconde Guerre mondiale. Ses cendres reposent dans le caveau familial des Bernard à Salornay-sur-Guye (Saône-et-Loire).

Sommaire

[modifier] Formation et itinéraire avant le début de la résistance

Fille de viticulteurs bourguignons, Lucie Bernard réussit de brillantes études et passe avec succès le concours de l'École normale d'institutrice pour entrer dans l'enseignement. Par refus des contraintes et de l'uniforme de l'internat, elle décide pourtant de « monter » à Paris dès ses 17 ans pour gagner sa vie comme plongeuse dans un restaurant.

C'est à cette période de sa vie qu'elle noue des contacts avec des militants communistes. Séduite par leurs idées, elle refuse néanmoins de s'engager plus avant et de se laisser embrigader, marquant déjà par là son esprit d'indépendance qui la pousse à refuser de suivre les cours de l'École de Moscou.

Ses rencontres au cours des années 1930 avec de jeunes Polonais, Hongrois, Allemands et Roumains fuyant les régimes autoritaires de leur pays la sensibilisent au danger que représente le fascisme naissant. En 1936, lors d'un voyage à Berlin à l'occasion des Jeux olympiques, elle prend brutalement conscience de la réalité du régime nazi.

En parallèle, elle poursuit des études toujours brillantes d'histoire et géographie à la Sorbonne. Agrégée d'histoire, elle est nommée professeur à Strasbourg. C'est là qu'elle rencontre Raymond Samuel, un jeune ingénieur des Ponts et Chaussées, qu'elle épouse en 1939. Elle enseigne quelques mois à Vannes, où elle a, entre autres, pour élève Simone Signoret, coincée en Bretagne par la guerre [2].

[modifier] La Résistance

En août 1940, elle organise l'évasion de son mari, prisonnier de guerre à Sarrebourg. Le couple se réfugie à Lyon. En octobre 1940, de passage à Clermont-Ferrand, elle retrouve Jean Cavaillès, professeur de philosophie et qui a été son collègue à Strasbourg. Celui-ci lui présente Emmanuel d'Astier de La Vigerie, journaliste, qui a créé deux mois plus tôt une organisation anti-nazie et anti-vichyste dénommée "La dernière Colonne". Cette rencontre est décisive. Raymond et elle consacrent alors tout leur temps libre aux activités de "La dernière Colonne" : diffusion de tracts, recrutement, sabotages... À partir du mois de mai 1941, ils aident Emmanuel d'Astier de La Vigerie à faire un journal dont la parution du 1er numéro, deux mois plus tard, marque la naissance du mouvement "Libération".

Sous le pseudonyme de Aubrac, nom emprunté à un personnage de roman policier ("commissaire Aubrac"), Lucie et Raymond contribuent à faire de "Libération" le mouvement de résistance le plus important en zone sud après le mouvement "Combat" fondé par Henri Frenay. Chargé par Emmanuel d'Astier de diriger la branche paramilitaire du mouvement, Raymond est arrêté par la police lyonnaise le 15 mars 1943, puis relâché. Lucie organise, peut-être avec son mari, l'évasion de l'hôpital de l'Antiquaille de leurs compagnons Serge Asher (pseudo Ravanel), Maurice Kriegel-Valrimont (Fouquet-Valrimont) et François Morin dit Marchal (alias Forestier). Le 21 juin, il est à nouveau arrêté, cette fois-ci par la Gestapo, à Caluire, avec Jean Moulin (pseudo Rex ou Max) notamment. En outre, sont arrêtés : le Dr Frédéric Dugoujon, leur hôte de la villa Castellane, Aubry (Avricourt et Thomas), Bruno Larat (Xavier-Laurent Parisot), Lassagne (Lombard), les colonels Lacaze et Schwartzfeld (Blumstein). René Hardy (alias Didot) parvient à s'enfuir dans des conditions controversées qui le rendent suspect de trahison. En septembre 1943, Lucie Aubrac, se fait passer pour un médecin pendant quelques jours, le temps de prendre contact, à l'hôpital de Saint-Étienne, avec quatre résistants arrêtés dans cette ville, blessés, dont Robert Kahn, (chef des MUR de la Loire, et frère de Pierre Kahn-Farelle, Pierre-des-Faux-papiers) et d'organiser le 6 septembre une exfiltration des quatre résistants avec un commando de faux gestapistes censé les conduire à un interrogatoire.

Raymond Aubrac est emprisonné à la prison de Montluc de Lyon. Refusant de laisser son mari aux mains des bourreaux nazis, Lucie Aubrac monte une opération armée pour le libérer. Dès le 28 ou 29 juin et en septembre, elle alla voir en personne le chef de la Gestapo à Lyon, Klaus Barbie, et le pria de la laisser voir son prétendu fiancé dont elle était enceinte et d'autoriser leur mariage en prison. Elle se présenta sous le nom de Yvonne de Barbentane[3], et trompa Barbie en lui disant qu'une personne de sa condition ne pouvait être mère sans être mariée. Lors de cette visite, elle lui fit parvenir les plans de l'évasion. C'est pendant un transfert, le 21 octobre 1943, que Lucie et ses compagnons attaquèrent, avenue Berthelot, à 300 mètres avant le boulevard des Hirondelles, le camion allemand dans lequel se trouvaient quatorze résistants dont son mari. Six allemands, le chauffeur du camion cellulaire,et les cinq gardes (qui croyant à une soudaine panne ne s'étaient pas méfiés) furent tués pendant l'attaque et les résistants parvinrent à s'évader[4].

Après cette évasion, Lucie enceinte, Raymond et leur fils Jean-Pierre entrent dans la clandestinité. Ils parviendront à rejoindre Londres en février 1944. Lucie accouchera peu après d'une fille qui eut pour parrain le Général de Gaulle.

[modifier] Engagements

Une fois la guerre achevée, Lucie Aubrac est chargée par Charles de Gaulle de la mise en place des Comités départementaux de Libération, et participe à l'Assemblée consultative du Gouvernement provisoire de la République française (GPRF), tandis que son mari devient Commissaire de la République et travaille pour la reconstruction.

Refusant d'utiliser sa notoriété et son statut d'héroïne de la Résistance pour faire carrière en politique, elle continue à enseigner et à militer au Maroc puis au cours de la Guerre d'Algérie, toujours en faveur des droits de l'homme. Elle participe aux instances dirigeantes du Mouvement de la Paix.

Son militantisme pour la paix et pour la liberté l'amène aussi à donner, souvent avec son mari, de nombreuses conférences ainsi que des rencontres dans les collèges et lycées où elle témoigne de son engagement dans la Résistance. Elle a également raconté son engagement dans deux livres autobiographiques, Ils partiront dans l'ivresse (1984) et Cette exigeante liberté (1997) ainsi que dans un ouvrage didactique intitulé La résistance expliquée à mes petits enfants (2000).

Son engagement est aussi social et politique, lorsqu'elle signe, en mars 2004, avec plusieurs figures de la Résistance dont Maurice Kriegel-Valrimont et Germaine Tillion, un appel aux jeunes générations à réagir devant la remise en cause du « socle des conquêtes sociales de la Libération » ; ou encore lorsqu'elle signe, pendant le mouvement anti-CPE, un « appel des résistants » appelant les Français à mettre un terme à la « casse du pouvoir actuel ». Elle fut de même, en 2001, présidente du comité national de soutien à la candidature présidentielle de Jean-Pierre Chevènement.

[modifier] Décès

Elle meurt le 14 mars 2007 à l'Hôpital suisse de Paris à Issy-les-Moulineaux (où elle était hospitalisée depuis deux mois et demi) à l'âge de 94 ans. L'hommage de la classe politique d'époque est unanime, du président de la République, Jacques Chirac, au premier secrétaire du Parti socialiste, François Hollande, en passant par le Premier ministre Dominique de Villepin, ou encore tous les candidats à l'élection présidentielle française de 2007.

Ses obsèques, avec les honneurs militaires, ont eu lieu le 21 mars aux Invalides[5] , en présence du chef de l'État, du Premier ministre, de plusieurs ministres, ainsi que d'un grand nombre de personnalités politiques (Marie-George Buffet, Jean-Pierre Chevènement, Ségolène Royal, Nicolas Sarkozy...).

Les cendres de Lucie Aubrac ont été transférées au cimetière de Salornay-sur-Guye, village du Clunisois où est né son père. Des voix de tous bords politiques se sont élevées pour demander son transfert au Panthéon.

[modifier] Hommages

Sa vie a été adaptée au cinéma par le réalisateur Claude Berri en 1997. Elle était incarnée à l'écran par Carole Bouquet. En 1993 déjà, son histoire avait donné la trame de Boulevard des hirondelles.

Elle fut aussi membre du comité de parrainage de la Coordination française pour la Décennie de la culture de paix et de non-violence, ainsi que grand officier de la Légion d'honneur

Les promotions 2007 de l'Institut d'études politiques de Rennes et de l'Institut d'études politiques d'Aix-en-Provence, de l'Ecole Nationale du Trésor public (ENT), la promotion 2007-2008 de l'Institut national des études territoriales (INET) et de l'Institut Régional d'Administration (IRA) de Lille ainsi que de l'IRA de Lyon ont pris le nom de Lucie Aubrac pour rendre hommage à la résistante à peine décédée.

Le film Les Femmes de l'ombre a été inspiré à son réalisateur par la mort de Lucie Aubrac en 2007.

[modifier] Établissements scolaires

Afin d'honorer l'action de la résistante, un certain nombre d'établissements scolaires portent le nom de Lucie Aubrac.

[modifier] Bibliographie et filmographie

[modifier] Livres

[modifier] Films

[modifier] Documentaires

[modifier] Voir aussi

Lucie Aubrac est cousine germaine par alliance d'Annette Norgeu-Van Cleef. Celle-ci, fille du peintre Louis Norgeu et cousine de Pierre Norgeu, est la deuxième femme de Jack Van Cleef, dont le père Eduard Van Cleef est mort le 14 mars 1944 à Auschwitz. Jack Van Cleef avait épousé en premières noces Claude Combeau[6], fille d'Andrée (Léon) Papon, et cousine germaine de Maurice Papon.

[modifier] Liens internes

[modifier] Liens externes

[modifier] Notes et références

  1. Capucine Roche, Servanne Morin L'année 2007 en 500 questions, p. 82
  2. Simone Signoret, La nostalgie n'est plus ce qu'elle était, Éditions du Seuil, 1978
  3. Entrevue, journal Le Figaro
  4. . À plusieurs reprises, Lucie Aubrac s'est élevée publiquement contre le fait qu'on la créditait de la libération de son seul mari, en se référant à des dates différentes. Elle précisait : « Non, de 14 résistants, dont mon mari » (Source : rediffusion d'une interview de Lucie Aubrac en 1996 (Europe 1, 15 mars 2007).
  5. Hommage solennel à Mme Lucie AUBRAC., site de l'Élysée, 21 mars 2007
  6. voir Acte de mariage du 10 février 1950 à la Mairie du XVIII°
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