Michel Foucault

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Paul-Michel Foucault, né le 15 octobre 1926 à Poitiers et mort le 25 juin 1984 à Paris, est un philosophe français dont le travail porte sur les rapports entre pouvoir et savoir. Il fut, entre 1970 et 1984, titulaire d'une chaire au Collège de France, à laquelle il donna pour titre “Histoire des systèmes de pensée”. En 2007, il est considéré par The Times Higher Education Guide comme l'auteur en sciences humaines le plus cité au monde[1].

Puisant dans Nietzsche et Kant, l'ensemble de l'œuvre foucaldienne est une critique des normes sociales et des mécanismes de pouvoir qui s'exercent au travers d'institutions en apparence neutres (la médecine, la justice, les rapports familiaux ou sexuels…) et problématise, à partir de l'étude d'identités individuelles et collectives en mouvement, les processus toujours reconduits de « subjectivation » (libération et création de soi).

Biographie[modifier | modifier le code]

Premières années[modifier | modifier le code]

Paul-Michel Foucault naît le 15 octobre 1926 à Poitiers[2], dans une famille de notables de province[3]. Son père, Paul Foucault, est un chirurgien éminent qui a de grandes espérances de voir son fils le rejoindre dans cette profession ; mais c'est son frère Denys, de sept ans son cadet, qui épousera la profession paternelle, Michel, lui, étant très rapidement attiré par l'histoire[4].

Il abandonne plus tard le « Paul » de son prénom, pour des raisons qui demeurent toujours inconnues. Son principal biographe, Didier Eribon, avance deux hypothèses : celle que Foucault destinait à sa mère (ses initiales, PMF, étaient celles de Pierre Mendès France) et celle qu'il avait donnée à ses amis (« il ne voulait plus porter le prénom de son père, qu'adolescent il haïssait »)[5].

Durant sa jeunesse, son éducation est un mélange de succès et de résultats médiocres : il est très mauvais en mathématiques, tout en raflant régulièrement des prix d'excellence en français, en histoire, en grec ou en latin. Mais ses résultats chutent brusquement en classe de troisième, en 1940 : il n'avait pas supporté de n'être plus premier depuis l'arrivée des Parisiens repliés à Poitiers. Devançant son éventuel redoublement, sa mère l'inscrit alors dans le collège religieux Saint-Stanislas où bientôt il excelle — second derrière son camarade Pierre Rivière[note 1]. Sa mère fait aussi jouer à plein son réseau privé[6] et confie son fils à un jeune étudiant, Louis Girard[7], qui lui « ressort » « une sorte de kantisme assez vague, arrangé à la mode du XIXe siècle[8] ». De sorte qu'à la fin de l'année, Foucault obtient le deuxième prix de philosophie.

En classe de terminale, son professeur de philosophie (le Père supérieur Dom Pierrot) le classe dans la catégorie des élèves « pour qui la philosophie serait toujours un objet de curiosité » (plutôt tournés vers Descartes), par opposition à ceux pour qui elle relèverait plutôt d'une inquiétude existentielle, vitale (davantage tournés vers Pascal). Au baccalauréat, il obtient la mention « assez bien », avec 10/20 en philosophie. De cette époque, Foucault retiendra surtout des souvenirs liés à l'Histoire, c'est-à-dire aux événements politiques (plus qu'à la vie familiale) ; quant à ses souvenirs de lycée, ils sont détestables : il en haïssait l'atmosphère religieuse et méprisait les cours qu'il y avait reçus.

Soutenu par sa mère qui veut lui laisser le choix de ses études, Michel Foucault tient tête à son père (car « l'idée de faire des études de médecine lui fait horreur »[9]). En septembre 1943, il entre en classes préparatoires au lycée Henri-IV de Poitiers. Manifestant de plus en plus d'intérêt pour la philosophie (sans délaisser l'histoire), le jeune élève devient, en classe, le principal interlocuteur de son professeur de philosophie : « Les autres [élèves] étaient un peu perdus[10]… » Foucault, à cette époque, est assez solitaire, « il travaillait tout le temps et se liait assez peu aux autres » : il s'accorde, selon ses propres dires, une première récréation (d'un quart d'heure) quelques semaines avant le concours. « Le concours, la compétition, en faire plus que l'autre, être le premier, quelqu'un comme moi a toujours vécu là-dedans[11] » expliquera-t-il plus tard. Malgré cela, il manque l'épreuve écrite de l'École normale supérieure en 1945 : il est cent-unième ; seuls les cent premiers peuvent se présenter à l'oral[12].

Après de nouvelles démarches de sa mère, Michel Foucault quitte enfin Poitiers, ville qu'il juge étouffante, pour le lycée Henri-IV de Paris, à la rentrée 1945-1946. Sa mère ayant les moyens de lui payer une chambre en ville (l'adolescent, fragile et instable, répugne absolument à la vie en communauté), il est perçu par les internes comme un « provincial mal fagoté », « un garçon sauvage, énigmatique, fermé sur lui-même[13]. » Il travaille énormément, « comme un fou ». Jean Hyppolite, qu'il trouve fulgurant et génial, l'éblouit : il ne cessera de proclamer sa dette à ce grand connaisseur de Hegel, à qui il succédera au Collège de France ; en 1975, il affirme même qu'il lui « doit tout »[14]. Le professeur qui succède à Hyppolite dit du jeune Foucault qu'il « vaut beaucoup mieux que sa note — devra s'affranchir d'une tendance à l'hermétisme — c'est un esprit rigoureux[15]. » Il lit et aime Balzac, Stendhal et Gide[16] ; mais surtout, de plus en plus passionné par la philosophie, devenu « élève d'élite » selon son professeur, il passe — du vingt-deuxième rang à la rentrée — au premier rang avant la fin de l'année, et en histoire, du septième au premier rang.

C'est donc logiquement qu'il est reçu, en 1946, quatrième de la future promotion de l'École normale supérieure de la rue d'Ulm.

À l'École normale supérieure[modifier | modifier le code]

« C'est une nouvelle vie qui commence pour lui. Une vie qu'il aura bien du mal à supporter. C'est un garçon solitaire, sauvage, dont les rapports avec les autres sont très compliqués, souvent conflictuels[17]. »

Son biographe et ami Didier Eribon résume l'ambiance de ces années « parfois intolérables » selon Foucault lui-même : « Il se dispute avec tout le monde, il se fâche, il déploie tous azimuts une formidable agressivité qui s'ajoute à une tendance assez marquée pour la mégalomanie. Foucault aime à mettre en scène le génie dont il se sait porteur. Si bien que, très vite, il est presque unanimement détesté. Il passe pour être à moitié fou[18]. »

Sa vie quotidienne à l'École normale est difficile et mouvementée ; il souffre de dépression grave. Un jour, l'un des enseignants le retrouve étendu dans une salle, la poitrine lacérée à coups de rasoir. Une autre fois, il poursuit un condisciple avec un poignard à la main. Louis Althusser dira même que Michel Foucault et lui ont toute leur vie côtoyé la folie, mais que le second seul était parvenu un jour à se « sentir guéri ».

En 1948, à la suite de cette première tentative de suicide au rasoir, Foucault se retrouve à l'hôpital Sainte-Anne où il rencontre le Dr Gaillot, psychiatre : rentré à Ulm, il dispose désormais d'une chambre pour lui tout seul, à l'infirmerie. Selon son médecin, l'obsession suicidaire venait de ce qu'il vivait extrêmement mal son homosexualité. Si bien qu'il pouvait répondre, à un ami qui lui demandait où il allait : « Je vais au BHV, acheter une corde pour me pendre[19]. » Quand il rentrait de ses fréquentes sorties dans les bars gays, il restait prostré pendant des heures, anéanti par la honte.

Aussi l'un de ses anciens condisciples de l'École pourra avouer, plus tard, que « quand l'Histoire de la folie à l'âge classique est sortie, tous ceux qui le connaissaient ont bien vu que c'était lié à son histoire personnelle[20]. » Quant à Foucault lui-même, il confessera que « c'est tout de même un problème impressionnant quand on le découvre pour soi-même [qu'on est homosexuel]. Très vite, ça s'est transformé en une espèce de menace psychiatrique : si tu n'es pas comme tout le monde, c'est que tu es anormal, si tu es anormal, c'est que tu es malade[21]. »

Parallèlement, Foucault est un immense travailleur. Il choisit de préparer l'agrégation de philosophie en quatre ans au lieu des trois prévus généralement pour les normaliens. Il fiche tous les livres qu'il a lus et les range dans des boîtes, déniche même des notes d'un cours de Bergson, lit tous les philosophes classiques (Platon, Kant, etc.) mais aussi Hegel et Bachelard, Marx et Freud, ainsi que Martin Heidegger dont la lecture essentielle le pousse ensuite à découvrir Friedrich Nietzsche[note 2]. En littérature, il découvre Kafka, Faulkner et Jean Genet.

Il développe à la même période une véritable fascination pour la psychologie (au point d'envisager, un temps, de poursuivre finalement des études de médecine), et lit très attentivement la Critique des fondements de la psychologie de Politzer. Ainsi, après avoir obtenu en 1948 sa licence de philosophie à la Sorbonne (où il ne met presque jamais les pieds), il obtient en 1949 une licence de psychologie, dont la chaire venait tout juste d'être créée. Il suit alors les cours de Daniel Lagache et participe très vite à la branche clinique de cette discipline où il est amené à côtoyer différentes personnalités, dont — par le biais d'une amie de sa mère — Ludwig Binswanger. Il fait même passer le test de Rorschach (chacun doit dire ce qu'il voit dans différentes taches d'encre) à de nombreux condisciples, afin de « savoir, dit-il, ce qu'ils ont dans la tête »[22].

Il est très assidu au cours de Maurice Merleau-Ponty sur le langage et surtout sur les sciences humaines — cours qui le marquera profondément. Mais surtout, Michel Foucault côtoie Louis Althusser avec qui il devient vite ami. Dès son entrée à l'École normale supérieure en 1947 Foucault avait voulu, comme de très nombreux normaliens à l'époque, s'inscrire au PCF ; mais on l'avait refusé parce qu'il ne voulait pas militer au syndicat des élèves. Ce n'est donc qu'en 1950, et sous l'influence d'Althusser, qu'il s'y inscrit pour de bon : mais à l'inverse de la plupart des membres du Parti, jamais il ne participe très activement à sa cellule, et il quitte très vite le Parti, dès 1953, sur la base des informations qui commençaient alors à filtrer sur la situation réelle en Union soviétique et notamment au Goulag, sous la dictature de Staline.

C'est aussi en 1950 que Michel Foucault échoue une première fois à l'agrégation. Reçu vingt-neuvième à l'écrit, il doit faire à l'oral une leçon sur l'hypothèse : il parle beaucoup du Parménide, ne dit pas un mot de Claude Bernard et ne parle pas de la science ; le jury lui reproche de s'être préoccupé « beaucoup plus de faire montre d'érudition que de traiter le sujet proposé[23]. » Considéré par ses condisciples comme l'un des plus brillants d'entre eux, cet échec fait scandale ; Althusser charge Jean Laplanche de surveiller Foucault. Seconde tentative de suicide. La crise est bien plus terrible que lors de son échec au concours de l'ENS, mais elle est courte ; il se remet vite au travail.

En 1951, il est reçu troisième. Bien que le cacique soit venu s'excuser personnellement de l'avoir devancé, considérant qu'il s'agissait là d'une injustice, Foucault est furieux et va se plaindre auprès de Georges Canguilhem : « Quelle idée vraiment, lui dit-il en substance, d'interroger les agrégatifs sur la sexualité[24] ! »

Début de carrière[modifier | modifier le code]

Entre 1951 et 1955, et à la demande de Louis Althusser, Michel Foucault enseigne la psychologie à l'École normale supérieure ; son éloquence le rend assez célèbre à Ulm : Paul Veyne et Jacques Derrida sont impressionnés. Foucault, en vertu de la tradition, emmène ses élèves assister à l'interrogation et l'examen d'un malade par Daumezon.

En 1952, Foucault obtient son diplôme de psychologie pathologique. Il traduit aussi cette année-là Le Rêve et l'existence de Ludwig Binswanger, qu'il fera publier en 1954 avec une préface plus longue que le livre lui-même. L'analyse existentielle de ce psychiatre original lui permet, dira-t-il plus tard, de mieux comprendre l'oppression du savoir psychiatrique académique.

C'est à cette époque qu'il est psychologue stagiaire à l'hôpital Sainte-Anne, non sans en ressentir un certain « malaise », qu'il ne comprendra qu'au moment d'écrire son Histoire de la folie. Deux ans plus tôt, entre 1950 et 1952, il avait aussi travaillé sur le terrain de la psychologie expérimentale à la prison de Fresnes, où il se rendait une fois par semaine pour faire passer des examens légers aux prisonniers.

Dans le même temps, tout en occupant un poste de répétiteur à l'École normale supérieure, Foucault accepte un poste d'assistant à l'Université de Lille, où de 1953 à 1954 il enseigne aussi la psychologie. C'est à cette époque qu'il se lie avec le compositeur Jean Barraqué. En 1954 Foucault publie son premier livre, Maladie mentale et personnalité, un travail commandé par Louis Althusser et qu'il désavouera par la suite. Il lui devient rapidement apparent qu'il n'est pas intéressé par une carrière d'enseignant, et il entreprend alors un long exil hors de France. La même année, il accepte donc un poste à l'Université d'Uppsala en Suède en tant que conseiller culturel, position qui est arrangée pour lui par Georges Dumézil ; celui-ci devient par la suite un ami et mentor. C'est fin 1958 qu'il quitte la Suède pour Varsovie. Il y est chargé de l'ouverture du Centre de civilisation française qui doit compenser la fermeture de l'Institut français de Varsovie quelques années plus tôt. En 1959, il finit par être inquiété par la police de Gomułka qui s'alarme de ses travaux et fréquentations, et qui exige son départ.

Foucault retourne en France en 1960 pour finir sa thèse et occuper un poste de philosophie à la Faculté des lettres de Clermont-Ferrand, à l'invitation de Jules Vuillemin, directeur du département de philosophie ; les deux hommes se lient d'une amitié durable. Il a pour collègue Michel Serres. C'est là aussi que Foucault rencontre Daniel Defert, qui reste son compagnon jusqu'à la fin de ses jours.

En 1961 il obtient son doctorat en soutenant deux thèses (comme il était de coutume à l'époque), l'une dite « thèse complémentaire » et constituée de sa « traduction, introduction et notes » de l'Anthropologie du point de vue pragmatique de Kant[note 3], dont le rapporteur est Jean Hyppolite, l'autre dite « thèse principale » et intitulée Folie et déraison : histoire de la folie à l'âge classique, dont les rapporteurs sont Georges Canguilhem et Daniel Lagache. Folie et déraison est très bien accueilli.

Il s'intéresse à l'épistémologie de la médecine et publie en 1963 Naissance de la clinique : une archéologie du regard médical, Raymond Roussel, ainsi qu'une réédition de son livre de 1954 (sous un nouveau titre, Maladie mentale et psychologie), qu'il désavoua à nouveau par la suite.

Au début de cette année il entre avec Roland Barthes et Michel Deguy au premier « conseil de rédaction » de la revue Critique auprès de Jean Piel qui reprend la direction de la revue après la mort de Georges Bataille.

À la suite de l'affectation de Defert en Tunisie pour la durée de son service militaire, Foucault s'y installe lui aussi et prend un poste à l'Université de Tunis en 1965. En janvier, il est nommé à la Commission de réforme des universités mise en place par le ministre de l'Éducation nationale de l'époque, Christian Fouchet, et l'on parle alors d'une possible nomination au poste de sous-directeur des enseignements supérieurs. Il semble cependant qu'une enquête menée sur sa vie privée par certains universitaires soit à l'origine de sa non-nomination.

En 1966 il publie Les Mots et les Choses, qui connaît immédiatement un immense succès. À l'époque, l'engouement pour le structuralisme est à son paroxysme, et Foucault se retrouve très rapidement rattaché à des chercheurs et philosophes tels que Jacques Derrida, Claude Lévi-Strauss et Roland Barthes, alors perçus comme la nouvelle vague de penseurs prêts à renverser l'existentialisme et l'intellectuel total incarné par Jean-Paul Sartre. Nombre des débats, échanges et interviews impliquant Foucault se font alors les échos de l'opposition entre l'humanisme, et de son affranchissement par l'étude des systèmes et de leurs structures. Cependant Foucault se lasse bien vite de cette étiquette de « structuraliste ». L'année 1966 est celle d'une effervescence sans pareille dans les sciences humaines : Lacan, Lévi-Strauss, Benveniste, Genette, Greimas, Doubrovsky, Todorov et Barthes publient certains de leurs ouvrages les plus importants.

Foucault se trouve toujours à Tunis pendant les évènements de mai 1968, où il est très profondément ému par la révolte des étudiants tunisiens, la même année. En automne de la même année, il revient en France et publie L'Archéologie du savoir, une réponse à ses critiques, en 1969.

Après 1968 : Foucault le militant[modifier | modifier le code]

Dès la fin des événements de 1968 le gouvernement décide de la création d'une université expérimentale à Vincennes. Foucault y prend la direction du département de philosophie. En décembre de cette même année, il y invite en majorité des jeunes universitaires de gauche. Du radicalisme de l'une d'entre eux, la philosophe Judith Miller, résulte le retrait de son accréditation au département par le Ministère de l'Éducation. Foucault se joint alors aux étudiants qui en représailles occupent les bâtiments administratifs du campus, et affrontent la police.

La position de Foucault à Vincennes fait long feu lorsque dès 1970 il est élu au Collège de France, l'institution la plus prestigieuse du corps académique, comme professeur d’Histoire des systèmes de pensée, un titre choisi par lui ; sa candidature était soutenue par Jules Vuillemin. L'Ordre du discours, qui paraît en 1971, constitue sa leçon inaugurale.

Son engagement politique s'accroît alors, Daniel Defert se joignant à la Gauche prolétarienne, mouvement maoïste non léniniste, devenu clandestin. C'est à la suite d'une grève de la faim de certains de ses militants (pour obtenir le statut de prisonniers politiques) que Foucault fonde le Groupe d'information sur les prisons (GIP) pour permettre aux prisonniers de s'exprimer sur les conditions de leur incarcération (des militants ont fait entrer des questionnaires clandestinement dans les prisons). En juillet 1970, après de multiples publications et investigations du GIP, la presse quotidienne et les radios sont autorisées dans les prisons. En novembre 1972, il met sur pied le Comité d'action des prisonniers (CAP) avec Serge Livrozet qui sort de prison et dont il préfacera l'essai De la prison à la révolte. Il participe aussi, de même que Jean-Paul Sartre, aux premières manifestations en soutien des travailleurs immigrés [25].

La réflexion de Foucault attachée à cette expérience se retrouve alors dans son livre Surveiller et punir, qui paraît en 1975. C'est une étude des structures des micro-pouvoirs qui se développèrent dans les sociétés occidentales au XVIIIe siècle, avec un regard approfondi sur les prisons et les écoles.

Sa participation au débat au sujet de la loi de la pudeur est un autre temps fort de son militantisme politique. En 1977, lorsqu'une commission du Parlement français discute de la réforme du Code pénal français, il signe une pétition, avec Jacques Derrida et Louis Althusser[26], parmi beaucoup d'autres, demandant l'abrogation de certains des articles de la loi sur la majorité sexuelle afin de dépénaliser les relations consenties entre adultes et mineurs de plus de quinze ans (l'âge du consentement en France).

Il estime alors que le système pénal est en train de remplacer la punition d'actes criminels par la création d'une figure d'individus dangereux pour la société (sans se soucier d'un délit réel) et prédit qu'une « société de dangers » adviendra, lorsque la sexualité deviendra une sorte de « danger errant », une « illusion ». Il souligne que cela deviendrait possible grâce à l'établissement d'un « nouveau pouvoir médical », intéressé par les profits provenant du traitement de cet « individu dangereux »[27].

Foucault : les dernières années de sa vie[modifier | modifier le code]

Au milieu comme à la fin des années 1970, bien qu'il soit né à Poitiers et que sa famille soit issue du département de la Vienne, son nom est « inconnu de très nombreux Poitevins »[28]. Le militantisme politique est en recul, notamment avec la désillusion grandissante de nombre des militants de gauche, certains d'entre eux prenant un virage idéologique à 180°, formant les Nouveaux Philosophes, et citant bien souvent Foucault comme ayant été l'une de leurs sources d'influence majeures, un statut que Foucault lui-même ne reconnaissait pas complètement.

C'est durant cette période que Foucault se met à l'écriture d'un projet d'Histoire de la sexualité dont il publiera trois volumes, au lieu des six initialement prévus. Le premier volume de cette étude, La Volonté de savoir, paraît en 1976. Les deuxième et troisième volumes, L'Usage des plaisirs et Le Souci de soi ne parurent que huit ans plus tard, et surprennent les lecteurs par leur style relativement traditionnel, leur sujet (les textes classiques latin et grecs) et leur approche, en particulier l'attention que Foucault porte au sujet, concept qu'il avait jusqu'alors négligé. Le dernier tome de cette histoire de la sexualité, encore inédit, aurait dû s'intituler Les Aveux de la chair.

Foucault passe alors de plus en plus de temps aux États-Unis, à SUNY Buffalo (où il avait donné une conférence lors de sa première visite aux États-Unis en 1970), et plus précisément à l'université de Californie à Berkeley où les étudiants assistent en très grand nombre à ses conférences.

Fin 1978 il se rend à Téhéran précipitamment, après le massacre de la place Jaleh. À son retour il rédigea plusieurs articles enthousiastes quant à la Révolution iranienne ; une chaude polémique s'ensuivit[29]. Il soutient notamment l'Ayatollah Khomeiny[30]. Plus tôt dans l'année il a voyagé au Japon pour la seconde fois, exprimant un intérêt pour « les limites de la rationalité occidentale » (à noter qu'il ajoute « Question qu'il est inévitable de poser parce que le Japon n'est pas en opposition à la rationalité occidentale »).

De 1970 à avril 1984 il poursuit ses cours au Collège de France, y étudiant les principes de gouvernementalité, et la biopolitique (cours 1978 et 1979), puis à partir de 1983 sur Le gouvernement de soi et des autres, sur la parrhèsia.

Il est hospitalisé à Paris début juin 1984, et meurt le 25, d'une maladie opportuniste liée au sida. Ce sont d'ailleurs les mensonges et les malentendus autour de sa mort qui ont poussé Daniel Defert à créer la première association française de lutte contre le sida, Aides[31]. Dans son livre À l'ami qui ne m'a pas sauvé la vie, Hervé Guibert, un des amis de Michel Foucault (surnommé « Muzil » dans l'ouvrage), évoquera sa maladie, sa mort et son refus de publications posthumes. La mort du philosophe et son enterrement sont évoqués dans une nouvelle de Guibert intitulée Les secrets d'un homme dans son recueil Mauve le Vierge

Philosophie[modifier | modifier le code]

Thèmes[modifier | modifier le code]

Foucault est généralement connu pour ses critiques des institutions sociales, principalement la psychiatrie, la médecine, le système carcéral, et pour ses idées et développements sur l'histoire de la sexualité, ses théories générales concernant le pouvoir et les relations complexes entre pouvoir et connaissance, aussi bien que pour ses études de l'expression du discours en relation avec l'histoire de la pensée occidentale, et qui ont été très largement discutées, à l'image de « la mort de l'homme » annoncée dans Les Mots et les Choses, ou de l'idée de subjectivation, réactivée dans Le Souci de soi d'une manière toujours problématique pour la philosophie classique du sujet[32]. Son travail de philosophe est indissociable de ses prises de position sur l'actualité, et d'une problématisation permanente des identités collectives et des dynamiques politiques de mouvement - en particulier à partir du mouvement LGBT. Il semble alors que, plus qu'à une « identité » par définition statique et objectivée, Foucault s'intéresse aux « modes de vie » et aux processus de subjectivation.

Sur le thème de la subjectivité, les deux philosophes qui ont le plus influencé Foucault sur ce thème – et sur d’autres – sont Nietzsche et Heidegger[33].

Affiliations et désaffiliations philosophiques[modifier | modifier le code]

Si son œuvre est souvent qualifiée de post-moderniste ou post-structuraliste par les commentateurs et critiques contemporains, il fut lui-même plus souvent associé au mouvement structuraliste, surtout dans les années qui suivirent la publication des Mots et les Choses : bien qu'il ait initialement accepté cette affiliation, il marqua par la suite sa distance vis-à-vis de l'approche structuraliste, expliquant qu'à l'inverse de celle-ci, il n'avait pas adopté une approche formaliste. Il n'acceptait pas non plus de voir l'étiquette post-moderniste appliquée à ses travaux, déclarant qu'il préférait plutôt discuter de la manière de définir la « modernité » elle-même. Son affiliation intellectuelle peut être rattachée à la manière qu'il avait lui-même de définir les fonctions de l'intellectuel : non pas garant de certaines valeurs, mais préoccupé à voir et dire, suivant un modèle intuitif de réaction à « l'intolérable ».

L'auteur[modifier | modifier le code]

Comme le fait observer Didier Eribon, il lui a été objecté qu'écrire une biographie de Michel Foucault était une entreprise ambiguë, Foucault ayant toujours, aux yeux de certains de ses disciples, « résisté à l'expérience biographique ». Deux raisons principales motivent cette méfiance. D'une part, la notion d'auteur, et le mythe qui accompagne cette figure, paraissait suspecte à Foucault[34], qui préférait l'écriture « anonyme », et affirmait que l'essentiel de ses ouvrages résidait dans une voix anonyme — la période historique, la société — plus que dans la pensée d'une personne singulière et éminente [réf. nécessaire]. D'autre part, la biographie tend à figer une vie en un destin, et à inscrire en creux dans le passé de l'individu tout son avenir. Insistant sur le fait que sa personnalité ne pouvait que se transformer, devenir autre et sur l'importance de se « déprendre de soi-même »[35].

Aussi, dans son testament, rédigé deux années avant sa mort, il note : « Pas de publication posthume[36] ». Mais comme l'a fait valoir Eribon, on peut au contraire soutenir qu'écrire « Pas de publication posthume », est typiquement le geste d'un auteur qui entend affirmer ses prérogatives d'auteur sur son œuvre, ce qui est cohérent avec ses analyses réelles sur la notion d'auteur, dans lesquelles il montre comment la fonction-auteur est apparue et s'est imposée comme figure nécessaire. Pour ce qui est de la « biographie », Foucault insista également, à de nombreuses reprises, sur le fait que tous ses livres étaient liés à ses expériences personnelles, et qu'on pouvait les lire comme autant de « fragments d'autobiographie ». Il est d'ailleurs bien évident que son œuvre s'est développée dans un rapport étroit à sa vie, et qu'elle aura été, pour une bonne part, un travail de réflexion sur soi et de transformation de soi.

L'idée d'une microphysique du pouvoir fondée sur l'analyse historienne[modifier | modifier le code]

Michel Foucault est connu pour avoir mis en lumière certaines pratiques et techniques de la société par ses institutions à l'égard des individus. Il note la grande similitude dans les modes de traitements accordés ou infligés à de grands groupes d'individus qui constituent les frontières du groupe social : les fous, les condamnés, certains groupes d'étrangers, les soldats et les enfants. Il considère que finalement, ils ont en commun d'être regardés avec méfiance et exclus, par un enfermement en règle dans des structures fermées, spécialisées, construites et organisées sur des modèles similaires (asiles, prisons, casernes, écoles) inspirés du modèle monacal, ce qu'il a appelé « institution disciplinaire ».

Article détaillé : institution disciplinaire.

Michel Foucault s'est efforcé, dans la grande majorité de ses travaux, de se limiter :

  • à des problèmes concrets (la folie, l'emprisonnement, la clinique…) ;
  • dans un cadre géographique très déterminé (la France, l'Europe, voire l'Occident) ;
  • à des cadres historiques précis (l'âge classique, la fin du XVIIIe siècle, l'Antiquité grecque, etc.).

Pourtant ses observations permettent de dégager des concepts excédant ces limites dans le temps et dans l'espace. Elles conservent ainsi une grande actualité, c'est pourquoi beaucoup d'intellectuels – dans une grande diversité de domaines – peuvent se réclamer de Foucault aujourd'hui. C'est par exemple en étudiant la mutation des techniques pénales à la fin du XVIIIe siècle qu'il peut analyser l'émergence d'une nouvelle forme de subjectivité constituée par le pouvoir : ce que l'on observe dans les marges se construit au centre.

Article détaillé : Surveiller et punir.

De la même façon, c'est en étudiant les mutations des disciplines scientifiques à la fin du XVIIIe siècle qu'il dégage la constitution de la notion d'« homme ».

Article détaillé : Les mots et les choses.

En ceci, quoiqu'il se revendiquât essentiellement historien, pour la rigueur et la scientificité de cette discipline, il est indéniablement philosophe dans la mesure où les enquêtes qu'il mène sont l'occasion de dégager des concepts dont la portée dépasse les circonstances très précises qu'il a étudiées, comme c'est le cas pour l'approche de la folie[37].

L'hypothèse du biopouvoir[modifier | modifier le code]

Article détaillé : biopouvoir.

Ce regard historique ne doit pas méprendre. L'ontologie foucaldienne est une expérience, une prudence, un exercice sur les butées de notre présent, l'expérimentation de nos limites[38], la forme patiente de « notre impatience à la liberté », qui explique l'intérêt qu'il portait au thème du rapport de pouvoir entre l'institutionnel et l'individu – aussi bien qu'à une certaine idée de la subjectivation. Ce pouvoir fonde la constitution de savoirs et est à son tour fondé par eux : c'est la notion de « savoir-pouvoir ».

« Il n'y a pas de relations de pouvoir sans constitution corrélative d'un champ de savoir, ni de savoir qui ne suppose et ne constitue en même temps des relations de pouvoir... Ces rapports de “pouvoir-savoir” ne sont donc pas à analyser à partir d'un sujet de connaissance qui serait libre ou non par rapport au système de pouvoir ; mais il faut considérer au contraire que le sujet qui connaît, les objets à connaître et les modalités de connaissance sont autant d’effets de ces implications fondamentales du pouvoir-savoir et de leurs transformations historiques. En bref, ce n’est pas l’activité du sujet de connaissance qui produirait un savoir, utile ou rétif au pouvoir, mais le pouvoir-savoir, les processus et les luttes qui le traversent et dont il est constitué, qui déterminent les formes et les domaines possibles de la connaissance. »

— Il faut défendre la société

Dans cette ontologie tout à la fois généalogique, critique et archéologique[39], les travaux consacrés à des problèmes très concrets sont indissociables de ceux qui portent sur les « formations discursives » (Les Mots et les Choses, L'Archéologie du savoir et L'Ordre du discours), tout comme le sens du racisme, au-delà de ses significations particularisées, est indissociable de l'avènement des sciences humaines, — ce que nous apprend « Il faut défendre la société » (1975-1976)[40].

L'adage de L'Ordre du discours — « Remettre en question notre volonté de vérité ; restituer au discours son caractère d'événement ; lever enfin la souveraineté du signifiant » — vaut ainsi comme un avertissement contre les écueils psychologisants de la problématisation bi-face du rapport à soi et du rapport au présent. Problématisation qui n'est pas à la poursuite des essences ou des origines, mais « des foyers d'unification, des nœuds de totalisation, des processus de subjectivation, toujours relatifs », selon la formule de Gilles Deleuze dont Foucault a été, intellectuellement aussi bien que personnellement, proche[41].

Dans la seconde moitié des années 1970, il s'est ainsi intéressé à ce qui lui semblait une nouvelle forme d'exercice du pouvoir (sur la vie), qu'il a appelé « biopouvoir » (concept repris et développé depuis par François Ewald, Giorgio Agamben, Judith Revel et Antonio Negri, notamment), indiquant le moment où, autour du XVIIIe siècle, la vie - non seulement biologique mais entendue comme l'existence tout entière: celle des individus et comme celle des populations, la sexualité comme les affects, l'alimentation comme la santé, les loisirs comme la productivité économique – entre comme telle dans les mécanismes du pouvoir et devient ainsi un enjeu essentiel pour la politique :

« L'homme, pendant des millénaires, est resté ce qu'il était pour Aristote : un animal vivant, et de plus capable d'une existence politique ; l'homme moderne est un animal dans la politique duquel sa vie d'être vivant est en question. »

— La volonté de savoir

Le souci de soi[modifier | modifier le code]

Au début de l'année 1980, dans son cours au Collège de France Du Gouvernement des vivants, Foucault dégage un nouvel axe de recherche : les actes que le sujet peut et doit librement opérer sur lui-même pour accéder à la vérité. Ce nouvel axe, irréductible au domaine du savoir et au domaine du pouvoir, est appelé « régime de vérité » et permet d'isoler la part libre et réfléchie prise par le sujet dans son activité propre. Les exercices ascétiques chrétiens fournissent le premier terrain d'exploration de ces régimes, dans leur différence avec les exercices ascétiques gréco-romains. Jusqu'à sa mort, Foucault n'aura alors de cesse d'articuler ensemble, sans les confondre, ces trois domaines : celui du savoir, celui du pouvoir, celui du sujet.

Certains interprètes ajoutent à ces trois axes l'axe de la vie. C'est peut-être dans son hommage à Georges Canguilhem (« La vie : l'expérience et la science », le dernier texte auquel il donna son imprimatur) que l'on perçoit le mieux son intérêt pour ce problème de la vie et son rapport à la vérité : Canguilhem, comme le souligne Foucault, a en effet mis en avant notre humaine capacité (cas d'espèce ! dirait encore Nietzsche) à former des concepts, quelles que soient les errances et déviations de la vie, qui sont sa vocation. Malgré la proximité évidente avec Georges Canguilhem, on ne trouve pas cependant, à proprement parler, de « philosophie de la vie » chez Foucault.

Son travail, du point de vue de l'ensemble, se présente comme une immense histoire des limites tracées à l'intérieur de la société, et qui définissent les seuils à partir desquels on est fou, malade, criminel, déviant. Les clivages internes de la société ont une histoire, faite de la lente formation, sans cesse remise en cause, de ces limites. De part et d'autre de ces domaines d'exclusion et d'inclusion se constituent des « formes de subjectivité » différentes, et le sujet est donc une concrétion politique et historique, et pas typiquement une substance libre comme le voudrait la tradition et le sens commun : je ne me perçois moi-même que selon les critères formés par l'histoire. Le pouvoir n'est pas une autorité s'exerçant sur des sujets de droit, mais avant tout une puissance immanente à la société, qui s'exprime dans la production de normes et de valeurs.

Le problème politique décisif n'est donc plus la souveraineté, mais ces micropouvoirs qui investissent le corps, et qui, silencieusement, inventent les formes de la domination, mais peuvent tout aussi bien donner l'occasion de nouvelles possibilités de vie. « Il n'y a de relation de pouvoir qu'entre des sujets libres » se plaisait-il à dire. Ainsi l'utilité chez Foucault, dans son rapport réciproque à la docilité, ouvre un domaine très large de considérations, au-delà de l'utilitarisme, du côté de l'industrie, du travail, de la productivité, de la créativité, de l'autonomie, du gouvernement de soi.

« Le problème à la fois politique, éthique, social et philosophique qui se pose à nous aujourd'hui n'est pas d'essayer de libérer l'individu de l'État et de ses institutions, mais de nous libérer, nous, de l'État et du type d'individualisation qui s'y rattache. Il nous faut promouvoir de nouvelles formes de subjectivité. »

— Le Sujet et le Pouvoir

Récusant dans La volonté de savoir l'hypothèse répressive pour expliquer les variations des comportements et des conduites dans le domaine de la sexualité, sceptique quant à la portée réelle de la libération sexuelle, mais cependant attiré par les États-Unis (séjours à Berkeley) et découvrant là-bas des formes relationnelles inédites, il a, dans ses derniers entretiens, en relation à son Histoire de la sexualité, discuté de l'homosexualité (plus rarement de la sienne) et plus généralement des relations affectives[42], établissant par exemple et pour son compte, une distinction entre amour et passion qu'il n'aura pas eu le temps d'expliciter plus avant[43]. Le problème du désir et le thème de la maîtrise sont au cœur de la question de la subjectivité[44] développée alors par ce que certains s'autorisent à nommer le « second » Foucault, celui du « souci de soi » (1984), émancipé du régime disciplinaire.

« Il n'est pas suffisant de tolérer à l'intérieur d'un mode de vie plus général la possibilité de faire l'amour avec quelqu'un du même sexe. Le fait de faire l'amour avec quelqu'un du même sexe peut tout naturellement entraîner toute une série de choix, toute une série d'autres valeurs et de choix pour lesquels il n'y a pas encore de possibilités réelles. Il ne s'agit pas seulement d'intégrer cette petite pratique bizarroïde qui consiste à faire l'amour avec quelqu'un du même sexe dans des champs culturels préexistants ; il s'agit de créer des formes culturelles. »

— Le triomphe social du plaisir sexuel

Le vocabulaire de Foucault[modifier | modifier le code]

Idées[modifier | modifier le code]

Michel Foucault s'est successivement intéressé au savoir, puis au pouvoir, et enfin au sujet.

  • Émergence du concept de population au cours des XVIIIe et XIXe siècles. La population devient au XVIIIe siècle un objet d'études, menant à la naissance de l'économie politique.
  • Passage de la loi à la norme. D'une société (d'Ancien régime) centrée sur la loi on est passé à une société gestionnaire centrée sur la norme. C'est l'une des conséquences de la vaste révolution libérale.
  • Concept de micro-pouvoirs produisant des discours permettant de contrôler qui est ou non dans la norme.
  • Concept de biopouvoir : au pouvoir qui donne la mort et laisse vivre s'est substitué le biopouvoir qui fait vivre et laisse mourir (État-providence : sécurité sociale, assurances, etc.).
  • Figure du panoptique (projet architectural de prison inventé par Bentham et conçu pour que les prisonniers puissent tous être vus depuis une tour centrale) comme paradigme de ce vers quoi tend notre société, ou ce qu'elle n'est déjà plus tout à fait (voir le concept deleuzien de « société de contrôle », en discussion avec les travaux de Foucault).
  • Les relations de pouvoir traversent l'ensemble de la société. Un certain discours affirme que le paradigme de la société est la guerre civile, que toutes les interactions sociales sont des versions dérivées de la guerre civile. On peut donc renverser la proposition de Clausewitz et dire que la politique est la continuation de la guerre par d'autres moyens.
  • Concept grec de souci de soi comme fondement de l'éthique.

Réception[modifier | modifier le code]

Outre que la philosophie foucaldienne influença (tout comme elle fut influencée par) nombre de mouvements contestataires en France et dans le monde anglo-saxon depuis les années 1970 (de l'antipsychiatrie au mouvements des prisonniers en passant par les mouvements féministes[45] jusqu'aux mouvements de malades — notamment dans la lutte contre le sida[46] — et des intermittents du spectacle[47]), la fécondité de nombre de ses propositions essentielles s'éprouve toujours dans le monde académique et au-delà des spécialisations disciplinaires[48].

Ce vaste champ d'application couvre de la théorie queer, des Gender Studies (Judith Butler, David Halperin, Leo Bersani) et de l'analyse de la « subjectivation minoritaire » (Didier Eribon) à l'histoire du Droit et autres « archéologies » de l'État-providence (François Ewald, Paolo Napoli) et/ou des théories sociales (sur leur versant éthique : Bruno Karsenti, Mariapaola Fimiani) ou du social (sur son versant politique : Paul Rabinow, Eric Fassin) en passant par la critique de l'économie politique (Giorgio Agamben, Toni Negri, Judith Revel, Maurizio Lazzarato).

Et ce, malgré un certain désamour de la sociologie, alors que la méthode permet au sociologue qui tente la démarche de Foucault, foncièrement constructiviste, de concevoir que le sens, tout comme l'individu, se crée dans le « social »[49].

La conception que Foucault défendit des intellectuels face aux pouvoirs, avançant la figure de « l'intellectuel spécifique », et son rapport au marxisme[50], continuent de nourrir des controverses.

« L'héroïsme de l'identité politique a fait son temps. Ce qu'on est, on le demande, au fur et à mesure, aux problèmes avec lesquels on se débat : comment y prendre part et parti sans s'y laisser piéger. Expérience avec... plutôt qu'engagement avec... Les identités se définissent par des trajectoires... trente années d'expériences nous conduisent "à ne faire confiance à aucune révolution", même si l'on peut "comprendre chaque révolte"... la renonciation à la forme vide d'une révolution universelle doit, sous peine d'immobilisation totale, s'accompagner d'un arrachement au conservatisme. Et cela avec d'autant plus d'urgence que cette société est menacée dans son existence même par ce conservatisme, c'est-à-dire par l'inertie inhérente à son développement. »

— Pour une morale de l'inconfort

Cours au Collège de France[modifier | modifier le code]

  • La Volonté de savoir (1970-1971)
  • Théories et institutions pénales (1971-1972) - inédit
  • La Société punitive (1972-1973)
  • Le Pouvoir psychiatrique (1973-1974)
  • Les Anormaux (1974-1975)
  • Il faut défendre la société (1975-1976)
  • 1976-1977 (année sabbatique)
  • Sécurité, territoire et population (1977-1978)
  • Naissance de la biopolitique (1978-1979)
  • Du Gouvernement des vivants (1979-1980)
  • Subjectivité et vérité (1980-1981)
  • L'Herméneutique du sujet (1981-1982)
  • Le Gouvernement de soi et des autres (1982-1983)
  • Le Gouvernement de soi et des autres: le courage de la vérité (1983-1984)

Publications[modifier | modifier le code]

Plusieurs volumes ont paru qui sont des transcriptions de ses cours au Collège de France
  • 1970-1971 : Leçons sur la volonté de savoir, Paris, Gallimard,‎ 2011, 318 p. (ISBN 2020860244)
  • 1972-1973 : La société punitive, Paris, Gallimard,‎ 2013, 318 p. (ISBN 2021038033)
  • 1973-1974 : Le Pouvoir psychiatrique, Paris, Gallimard,‎ 2003, 399 p. (ISBN 2020307693)
  • 1974-1975 : Les Anormaux, Paris, Gallimard,‎ 1999, 351 p. (ISBN 2020307987)
  • 1975-1976 : « Il faut défendre la société », Paris, Gallimard,‎ 1997, 283 p. (ISBN 2020231697)
  • 1977-1978 : Sécurité, territoire, population, Paris, Gallimard,‎ 2004, 435 p. (ISBN 2020307995)
  • 1978-1979 : Naissance de la biopolitique, Paris, Gallimard,‎ 2004, 355 p. (ISBN 2020324016)
  • 1979-1980 : Du gouvernement des vivants, Paris, Seuil,‎ 2012, 320 p. (ISBN 2020881330)
  • 1980-1981 : Subjectivité et vérité, Paris, Seuil,‎ 2014, 352 p. (ISBN 202086259X)
  • 1981-1982 : L'Herméneutique du sujet, Paris, Gallimard,‎ 2001, 540 p. (ISBN 2020308002)
  • 1982-1983 : Le Gouvernement de soi et des autres I, Paris, Gallimard,‎ 2008, 382 p. (ISBN 2020658690)
  • 1983-1984 : Le Gouvernement de soi et des autres II : Le Courage de la vérité, Paris, Gallimard,‎ 2009, 334 p. (ISBN 978-2-02-065870-6)
Plusieurs publications d'archives
Signalons aussi 
  • Maurice Agulhon, Michel Foucault, Michelle Perrot et al., L'Impossible Prison. Recherches sur le système pénitentiaire au XIXe siècle, Paris, Seuil,‎ 1980, 317 p. (ISBN 2020055457)
  • Le Groupe d'information sur les prisons. Archives d'une lutte 1970-1972, documents réunis par Philippe Artières, Laurent Quéro et Michelle Zancarini-Fournel, postface de Daniel Defert, éditions de l'IMEC, 2003.
  • Préface du recueil du dessinateur Wiaz intitulé En attendant le grand soir… et paru chez Denoël en 1976.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Biographies[modifier | modifier le code]

  • Claude Mauriac, Le Temps immobile, vol. 3 : Et comme l'espérance est violente, Paris, Grasset,‎ 1976 (réimpr. 1988), 592 p. (ISBN 2246003121)
  • Didier Eribon, Michel Foucault, 1926-1984, Paris, Flammarion,‎ 1989
  • (en) James Miller, The passion of Michel Foucault, New York, Simon & Schuster,‎ 1993, 491 p. (ISBN 0671695509)
  • Jeannette Colombel, Michel Foucault, la clarté de la mort, Paris, Odile Jacob,‎ 1994, 296 p. (ISBN 2738102611)
  • Didier Eribon, Michel Foucault et ses contemporains, Paris, Fayard,‎ 1994, 366 p. (ISBN 2213593361)
  • David Macey (trad. Pierre-Emmanuel Dauzat), Michel Foucault, Paris, Gallimard,‎ 1994, 577 p. (ISBN 2070736806)
  • (de) Michael Fisch, Werke und Freuden. Michel Foucault : eine Biografie., Bielefeld, Transcript,‎ 2011, 576 p. (ISBN 978-3-8376-1900-3)

Études et témoignages[modifier | modifier le code]

Regards croisés (ordre chronologique de parution)[modifier | modifier le code]

Ouvrages collectifs (ordre chronologique de parution)[modifier | modifier le code]

  • Association pour le Centre Michel-Foucault, Michel Foucault philosophe : rencontre internationale Paris, 9, 10, 11 janvier 1988, Seuil, coll. « Des travaux », Paris, 1989, 405 p. (ISBN 2020102560)
  • Robert Badinter, Pierre Bourdieu et al., Michel Foucault, une histoire de la vérité, Syros, Paris, 1985, 126 p. (ISBN 2867381029)
  • David Couzens Hoy et al., Michel Foucault. Lectures critiques, De Boeck-Wesmael, Bruxelles, 1989, 272 p. (ISBN 2804112462)
  • Luce Giard (dir.), Michel Foucault. Lire l'œuvre, J. Millon, Grenoble, 1992, 226 p. (ISBN 2905614692)
  • Penser la folie, Galilée, Paris, 1992, 194 p. (ISBN 2718604042)
  • Françoise Proust (dir.), Foucault, dix ans après, Presses universitaires de France, revue Rue Descartes (ISSN 11440821) no 11a, Paris, 1994
  • Alain Brossat (dir.), Michel Foucault : les jeux de la vérité et du pouvoir, Presses universitaires de Nancy, Nancy, 1994, 242 p. (ISBN 2864807521)
  • Remi Lenoir (dir.), "Michel Foucault, surveiller et punir : la prison vingt ans après, dans Sociétés et représentations (ISSN 12622966) no 3, CREDHESS, novembre 1996, 444 p.
  • Roger Rotmann (dir.), Au risque de Foucault, Éditions du Centre Georges-Pompidou, Coll. « Supplémentaires », Paris, mars 1997, 256 p. (ISBN 2858509204)
  • Lucio D'Alessandro et Adolfo Marino (dir.), Michel Foucault, trajectoires au cœur du présent, trad. de l'italien par Francesco Paolo Adorno et Nadine Le Lirzin, L'Harmattan, Paris, septembre 1998, 318 p. (ISBN 2738468101)
  • Biopolitique et biopouvoir, Exils, revue Multitudes (ISSN 02920107) no 1, Paris, 2000, 240 p. [lire en ligne]
  • Charles Zarka (dir.), Michel Foucault : de la guerre des races au biopouvoir, revue Cités (ISSN 12995495) no 2, Presses universitaires de France, Paris, avril 2000, 246 p. (ISBN 213050535X)
  • Didier Eribon (dir.), L'infréquentable Michel Foucault, EPEL, Paris, 2001, 196 p. (ISBN 2908855631)
  • Philippe Artières et Emmanuel Da Silva (dir.), Michel Foucault et la médecine, Kimé, Paris, 2001, 333 p. (ISBN 2841742466)
  • Jean-Claude Zancarini (dir.), Lectures de Michel Foucault, vol. 1, À propos de « il faut défendre la société », ENS Éditions, coll. « Theoria » (ISSN 12640514), Lyon, 2001, 115 p. (ISBN 2847880186)
  • Frédéric Gros (dir.), Foucault. Le courage de la vérité, Presses universitaires de France, coll. « Débats philosophiques », Paris, 2002, 168 p. (ISBN 2130523315)
  • Emmanuel da Silva (dir.), Lectures de Michel Foucault, vol. 2, Foucault et la philosophie, ENS Éditions, coll. « Theoria » (ISSN 12640514), Lyon, 2003, 134 p. (ISBN 2847880178)
  • Pierre-François Moreau (dir.), Lectures de Michel Foucault, vol. 3, Sur les Dits et Écrits, ENS Éditions, coll. « Theoria » (ISSN 12640514), Lyon, 2003, 101 p. (ISBN 2847880186)
  • Guillaume Blanc et al., Foucault au Collège de France : un itinéraire, Pessac, Presses universitaires de Bordeaux,‎ 2003, 227 p. (ISBN 2-867-81295-X)
  • Stéfan Leclercq (dir.), Abécédaire de Michel Foucault, Mons (Belgique) Paris, Sils Maria Vrin,‎ 2004, 219 p. (ISBN 2-930-24245-0)
  • Philippe Artières et al., Foucault, la littérature et les arts, Kimé, Paris, 2004, 194 p. (ISBN 2841743470)
  • Mathieu Potte-Bonneville (dir.), Michel Foucault (1984-2004), revue Vacarme (ISSN 12532479) no 29, Verticales, Paris, automne 2004, 172 p. [lire en ligne]
  • Jean-François Bert (dir.), Michel Foucault : usages et actualités, revue Le Portique (ISSN 12838594) no 13-14, Éditions du Portique, 2004, 366 p. [lire en ligne]
  • Michel Foucault : généalogie, esthétique, contrôle, revue Chimères (ISSN 09866035) no 54/55, 2004, 256 p.
  • Marie-Christine Granjon (dir.), Penser avec Michel Foucault : théorie critique et pratiques politiques, Paris, Éditions Karthala,‎ 2005, 352 p. (ISBN 2-845-86607-0)
  • La biopolitique (d')après Michel Foucault, revue Labyrinthe (ISSN 12886289) no 22, Paris, 2005 [lire en ligne]
  • Roger Chartier et Didier Eribon (dir.), Foucault aujourd'hui. Actes des neuvièmes rencontres INA-Sorbonne, 27 novembre 2004, Paris, L'Harmattan, 2006.
  • Philippe Chevallier et Tim Greacen (dir.), Folie et justice : relire Foucault, Toulouse, Erès, 2009.
  • Philippe Artières, Jean-François Bert, Frédéric Gros et Judith Revel (dir.), Cahier Foucault, Cahiers de L'Herne, L'Herne, 2011.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Un simple homonyme anonyme, bien sûr, du parricide à qui il consacrera plus tard un livre. Cf. José Luis Moreno Pestaña (trad. Ph. Hunt), En devenant Foucault : Sociogenèse d'un grand philosophe, Paris, Éditions du Croquant, coll. « Champ social »,‎ 2006, p. 28
  2. « Tout mon devenir philosophique a été déterminé par ma lecture de Heidegger, dira Foucault. Mais je reconnais que c'est Nietzsche qui l'a emporté... ce sont les deux expériences fondamentales que j'ai faites. » (Eribon 2011, p. 57-58)
  3. Cette traduction paraît à Paris, chez Vrin, en 1964, puis elle fait l'objet de nombreuses rééditions en format de poche. Quant à l'Introduction à l'Anthropologie, elle n'est publiée qu'en 2008, également chez Vrin, suivie du texte de Kant dans la traduction de Foucault.

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) « The most cited authors of books in the humanities », The Times Higher Education Guide,‎ 26 mars 2009 (lire en ligne)
  2. Daniel Defert, « Chronologie », in Dits et Écrits, I, p. 13 : « naissance à Poitiers, au 10, de la rue de la Visitation, plus tard rue Arthur-Ranc ».
  3. « La famille est aisée. Mme Foucault possède une maison à vingt kilomètres de la ville... Une superbe bâtisse, entourée d'un parc. Elle possède aussi des terres, des fermes et des champs. (...) Bref : on ne manque pas d'argent chez les Foucault. » Didier Eribon, Michel Foucault, Paris, Flammarion, coll. « Champs biographie »,‎ 2011 (1re éd. 1989), p. 16
  4. « Un personnage surtout fascinait le jeune enfant : Charlemagne. Dès l'âge de douze ans, racontait Mme Foucault, il faisait des cours d'histoire... à l'usage de son frère et de sa sœur. » (Eribon 2011, p. 21)
  5. Eribon 2011, p. 16
  6. « La substitution de l'école publique par l'école religieuse, utilisation intensive des réseaux privés pour augmenter le rendement scolaire du fils, montrent bien toute l'attention avec laquelle on cherchait à maîtriser l'avenir du jeune Paul-Michel. » (Moreno Pestaña 2006, p. 28-29)
  7. "initié à la philosophie par Louis Girard, l'auteur de L'Argument ontologique chez Saint Anselme et chez Hegel", in Bodream ou rêve de Bodrum, Jean-Pierre Thiollet, Anagramme éditions, Paris, 2010, p. 111
  8. Eribon 2011, p. 23
  9. Eribon 2011, p. 26
  10. Eribon 2011, p. 28
  11. Michel Foucault, Dits et Écrits, II, p. 783
  12. Moreno Pestaña 2006, p. 41
  13. Eribon 2011, p. 34
  14. Eribon 2011, p. 38
  15. Eribon 2011, p. 45
  16. Moreno Pestaña 2006, p. 48
  17. Eribon 2011, p. 48
  18. Eribon 2011, p. 49
  19. Eribon 2011, p. 50
  20. Eribon 2011, p. 52
  21. Eribon 2011, p. 53
  22. Eribon 2011, p. 79
  23. Eribon 2011, p. 69
  24. Eribon 2011, p. 71
  25. Hélène Trappo, « De la clandestinité à la reconnaissance : entretien avec Said Bouziri et Driss El Yazami », Plein Droit « Travail au noir ? Travail clandestin ? Travail illégal ? », no 11,‎ juillet 1990 (lire en ligne)
  26. Dignaction.org
  27. Michel Foucault, Dits et Écrits, Paris, Gallimard, 1994, t. 3, p. 766-76
  28. Jean-Pierre Thiollet, Centre Presse, 10 décembre 2013, [1]
  29. Mitchell Cohen, « Un empire de la langue de bois : Hardt, Negri, et la théorie politique postmoderne », Controverses, no 1,‎ mars 2006 (lire en ligne)
  30. Iran : quand les intellectuels français encensaient les fous d'Allah
  31. Éric Favereau, « Les derniers jours : Entretien avec Daniel Defert », Libération,‎ 19 juin 2004 (lire en ligne)
  32. Pour une définition du concept de subjectivation, voir « Les trois voies de l'individu sociologique » par Danilo Martuccelli
  33. Yves Charles Zarka, « Foucault et l'idée d'une histoire de la subjectivité », Archives de philosophies, tome 65, 2002 [lire en ligne]
  34. Cf. « Qu'est-ce qu'un auteur ? » (1969), Dits et Écrits, no 69.
  35. « Le souci de la vérité » (Entretien avec F. Ewald), Magazine littéraire, no 207, mai 1984, repris dans: Dits et écrits II, no 350, p. 1494.
  36. Didier Eribon, Michel Foucault.
  37. Voir « Aux sources de l' Histoire de la folie : une rectification et ses limites » sur le site de Pierre Macherey, rubrique « Textes et travaux en ligne »
  38. « L'histoire selon Foucault nous cerne et nous délimite, elle ne dit pas ce que nous sommes, mais ce dont nous sommes en train de différer, elle n'établit pas notre identité, mais la dissipe au profit de l'autre que nous sommes. Bref, l'histoire est ce que nous sépare de nous-mêmes, ce qui s'oppose au temps comme à l'éternité, ce que Nietzsche appelait l'inactuel ou l'intempestif, ce qui est in actu. » (Gilles Deleuze, « La vie comme œuvre d'art », Pourparlers, Minuit, 1990, p. 130)
  39. Voir André Scala, « Notes sur l'actualité, le présent et l'ontologie chez Foucault », Les Cahiers de Philosophie, no 13, 1991.
  40. Voir « De l'archéologie des sciences humaines à l'hypothèse du biopouvoir » par Frédéric Keck
  41. Si le rapprochement entre les deux philosophes n'exclut pas certains désaccords (sur les Nouveaux Philosophes ou encore la Révolution iranienne), « prendre les choses là où elles poussent, par le milieu » caractériserait selon Deleuze leur conception commune de la philosophie, manifeste par exemple dans leur correspondance (voir « Désir et plaisir » : lettre de 1977 de Deleuze à Foucault).
  42. Cf. Leo Bersani, « La volonté de savoir », L'Unebévue, no 26, 2009, p. 161-174, repris dans Sexthétique, Paris, EPEL, 2011.
  43. Cf. Conversation entre Michel Foucault et Werner Schroeter, décembre 1981.
  44. Voir Mariapaola Fimiani (trad. Nadine Le Lirzin), Érotique et Rhétorique : Foucault et la lutte pour la reconnaissance, Paris, L'Harmattan, coll. « Ouverture philosophique »,‎ 2009, 178 p.
  45. Voir Rosi Braidotti, « La convergence avec le féminisme », Magazine littéraire, no 325, octobre 1994
  46. Voir
  47. Maurizio Lazzarato mobilise la boîte à outils foucaldienne pour approcher le néo-libéralisme sous l’analyseur du conflit des intermittents du spectacle dans Expérimentations politiques ; ceux-ci se servent de cette boîte directement dans la construction de leur lutte. Voir :
  48. Omniprésence revendiquée qui n'est pas sans équivoque. Sur ce point, voir « Foucault : icône ou mythe ? » par Frédéric Keck
  49. Voir, par exemple, « Les "beaux cas" chez Michel Foucault » [PDF] par Jean-François Laé (Le Portique, no 13/14, 2004) ou encore le volume 38 (no 2) de la revue Sociologie et sociétés, automne 2006 : « Michel Foucault : sociologue ? »
  50. Voir « Pouvoir, assujettissement, subjectivation » par Bruno Karsenti (Futur Antérieur, no 10, 1992)

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Textes de Michel Foucault[modifier | modifier le code]