Chapelle de la Sorbonne

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Chapelle de la Sorbonne
Image illustrative de l'article Chapelle de la Sorbonne
La chapelle de la Sorbonne.
Présentation
Culte Catholique romain
Type Chapelle
Rattachement Archidiocèse de Paris
Début de la construction 1635
Fin des travaux 1642
Architecte Jacques Lemercier
Protection Logo monument historique classé MH (1887)
Géographie
Pays France
Région Île-de-France
Département Paris
Commune Paris, 19, rue de la Sorbonne,

75005

Coordonnées 48° 50′ 54″ N 2° 20′ 35″ E / 48.848472, 2.343147 ()48° 50′ 54″ Nord 2° 20′ 35″ Est / 48.848472, 2.343147 ()  

La chapelle Sainte-Ursule de la Sorbonne ou plus simplement chapelle de la Sorbonne est un édifice religieux enclavé dans le complexe monumental de la Sorbonne, dans le quartier latin dans le 5e arrondissement de Paris. Elle constituait la chapelle privée du collège de Sorbonne puis des facultés universitaires de Paris au XIXe siècle. La chapelle actuelle a été reconstruite au XVIIe siècle par le cardinal de Richelieu dont elle fut également le mausolée.

Historique[modifier | modifier le code]

Dès le Moyen Âge, le collège de Sorbonne avait été doté d'une chapelle pour abriter les dévotions des étudiants hébergés par l'institution. Il s'agissait d'un édifice gothique en croix latine dont on peut encore voir le tracé dans la cour d'honneur de la Sorbonne actuelle. Les fondations de cette chapelle, construite vers 1326, ont été retrouvées lors de la reconstruction de la Sorbonne en 1897. Elle était semble-t-il consacrée au Onze mille vierges.

Lorsqu'en 1622, le cardinal de Richelieu devient proviseur du collège de Sorbonne, ce dernier n'est qu'un ensemble de bâtiments disparates et délabrés, groupés autour de la première chapelle. Dès 1626, le cardinal charge Jacques Lemercier de reconstruire l'ensemble dans un style classique. Le cardinal prévoyant dès le début d'intégrer son futur mausolée à la chapelle, celle-ci fait l'objet d'une grande attention. Mais avec l'ascension rapide de Richelieu pendant ces mêmes années, le projet évolue sensiblement. La chapelle d'origine, qui devait être conservée dans le projet de 1626 pour servir de séparation entre deux cours symétriques, est finalement rasée. Une nouvelle chapelle doit être édifiée à l'emplacement du collège de Calvy, dégageant une vaste cour pour une Sorbonne agrandie. Ces évolutions dans les plans de l'architecte se répercutent sur la chronologie des constructions : les travaux sur le collège débutent en 1627, mais c'est seulement en 1635 que Richelieu vient poser la première pierre de la chapelle. Après la Journée des Dupes, le projet prend encore de l'ampleur. Elle ne sera achevée que l'année de la mort du cardinal, en 1642, dont les funérailles se déroulent dans un décor de travaux.

Architecture[modifier | modifier le code]

Conception générale[modifier | modifier le code]

Le projet de Jacques Lemercier est dans la continuité des réflexions architecturales de la Renaissance et de l'époque baroque sur le problème du plan des églises. Il s'organise en effet autour d'une nef de type basilical, mais intègre des éléments de plan centré : le transept n'est pas déporté vers le chœur comme dans le plan classique en croix latine, mais la coupe en son milieu. Les volumes se répartissent ainsi de façon symétrique qu'on entre par le parvis ou la cour de la Sorbonne. La croisée des deux axes est surmonté d'une double coupole sur un tambour à huit fenêtres. Deux autels font face aux deux entrées : le maître autel se trouve au fond du chœur tandis qu'un autel monumental, dédié au cardinal, fait face au porche situé dans la cour du collège. Sur les côtés se trouvent quatre chapelles.

La chapelle, côté place, domine l'ensemble de la façade du collège. Elle se distingue par ses proportions élégantes, appréciables surtout de loin et sa coupole sur tambour. Elle prolonge et raffine les travaux effectués dix ans auparavant à l'église Saint-Pierre-Saint-Paul de Rueil-Malmaison, commandée par Richelieu au même architecte. Dans la lignée des églises baroques, la façade présente deux rangs de colonnes superposées d'ordre corinthien, et d'ordre composite, bordés à l'étage par deux volutes. Elle est ornée de quatre niches comportant chacune une statue : dans le haut à gauche saint Thomas d'Aquin, à droite, Pierre Lombard en bas, Bossuet à droite et Gerson à gauche. Quatre autres statues prolongent les volutes sur le faîte du rez-de-place, parmi lesquelles on trouve un Moïse et les Saints Pierre et Paul. La fenêtre centrale a été modifiée au XIXe siècle pour incorporer une horloge surmontée des armes du cardinal et tenue par deux muses.

Dès son édification, la nouvelle chapelle emporte l'enthousiasme de la société cultivée. Il s'agit du premier monument d'importance à coupole dans la capitale. On lit les deux façades comme les deux faces de Rome. Le porche à colonnes dans la cour rappelle en effet la Rome antique du Panthéon, tandis que la façade baroque sur la place nouvellement dégagée rappelle la Rome chrétienne de la réforme catholique. Elle reste aujourd'hui considérée comme l'un des chefs-d’œuvre de l'architecture classique française

Aménagement intérieur[modifier | modifier le code]

La décoration intérieure est confiée à Philippe de Champaigne, qui réalise les tableaux et à François Girardon pour le tombeau du cardinal. Les stalles sont en chêne dans des coffrages de marbre rouge. L'architecture intérieure est dépouillée, en pierre nue, simplement ornée de pilastres et de moulures que viennent agrémenter des statues dans les niches du premier étage. Le décor peint se limite aux tableaux d'autel et à la voûte. Les quatre pendentifs de la croisée représentaient les quatre évangélistes. Ils ont été modifiés au XIXe siècle pour illustrer les quatre facultés de la nouvelle université de Paris : lettres, sciences, droit et médecine. Selon la tradition, le chapeau du cardinal a été pendu au-dessus du maître-autel, surmonté d'un christ en croix datant de la Restauration.

Dans le chœur, se trouve le tombeau du cardinal Richelieu par Girardon (1628-1715). À la mort du cardinal, la duchesse d'Aiguillon, son héritière, prend en charge ses dernières volontés. Elle commande un tombeau monumental qui ne sera achevé qu'en 1694, le corps de Richelieu étant déposé dans une crypte sous le cénotaphe. Il se compose d'une vasque de marbre blanc sur laquelle repose le corps du cardinal soutenu par une figure de la religion. À ses pieds, se trouve la figure de la science qui le pleure également. Le monument a été plusieurs fois déplacé dans l'église, et a retrouvé sa place d'origine entre les stalles, le cardinal faisant face à l'autel.

Au-dessus du porche sur le parvis, se trouve le seul orgue non modifié du facteur Louis-Paul Dallery, construit en 1825 sous la direction de son père Pierre-François, successeurs de la dynastie Clicquot. Dans un style classique français, il est considéré comme un exceptionnel témoignage de la facture d'orgues du début du XIXe siècle. Livré en 1825, il a accueilli plusieurs maîtres de chapelle prestigieux comme Alexandre-Étienne Choron et Félix Clément. Faute d'utilisation et d'entretien depuis 1885, il n'est plus jouable et se trouve même dans un état de délabrement inquiétant. Des tubes sont régulièrement volés ou dégradés, notamment lors des installations temporaires et à chaque épisode d'occupation de la Sorbonne.

Composition de l'orgue[modifier | modifier le code]

Grand Orgue, 54 notes
(Ut1-Fa5)
Positif, 54 notes
(Ut1-Fa5)
Récit, 33 notes
(La2-Fa5)
Pédale, 22 notes
(Sol0-Mi2)
Flûte (Fa#2) 8′ Flûte (Ut3) 8′ Bourdon 8' Flûte (Ut1) 8'
Prestant 4' Prestant 4' Cornet IV Flûte (Ut1) 4'
Bourdon-Flûte 8′ Bourdon 8′ Hautbois 8′ Trompette 10
Nasard 2 2/3' Nasard 2 2/3' Clairon 5
Trompette 8′ Doublette 2′
Clairon 4′ Tierce 1 3/5'
Voix humaine 8′ Trompette 8′
Cromorne 8′
Plein-jeu V

Voir l'orgue[modifier | modifier le code]

  • Un montage vidéo permet de voir cet instrument muet et inaccessible : YouTube

Galerie[modifier | modifier le code]

Devenir du monument[modifier | modifier le code]

Utilisation cultuelle[modifier | modifier le code]

Durant les siècles précédant la Révolution française, le monument a servi aux services religieux du collège de Sorbonne. En application du testament du cardinal de Richelieu, une messe annuelle de requiem était également donnée. Durant la période de fermeture de la Sorbonne, entre 1793 et 1808, la chapelle est désaffectée. Elle est rendue au culte en 1822, à l'initiative du duc de Richelieu, alors ministre des Affaires étrangères. En 1828, sa sœur fait une donation de dix-mille francs pour le rétablissement de la messe annuelle, qui est à nouveau suspendue en 1848.

Le culte est à nouveau rétabli en 1853, sous la tutelle du doyen de la faculté de théologie, Henry Maret, rapidement surnommé l’« évêque de la Sorbonne ». Suivant les débats du siècle, le culte en Sorbonne est sujet à une violente controverse. La chapelle est finalement fermée au culte en décembre 1906, en application de la loi de séparation des Églises et de l'État. Une tolérance de fait s'instaura néanmoins, permettant la tenue d'une messe hebdomadaire pendant l'entre-deux-guerres. À nouveau rendue au culte pendant le régime de Vichy, au profit de l'administrateur diocésain Jean Rupp, la Libération change la donne. Le nouvel aumônier, Maxime Charles, tentant de profiter de la situation précédente, fit célébrer sans autorisations plusieurs cérémonies fastueuses qui lui valurent l'opposition du recteur Gustave Roussy. Le conflit fut finalement tranché par le tribunal administratif de Paris en 1957, par la désaffection presque totale de la vocation cultuelle de l'édifice. Seule la messe anniversaire était encore tenue, en général au début du mois de décembre, jusque dans les années 1980. Le délabrement de l'édifice, puis les travaux et son utilisation comme entrepôt pendant la campagne de mise en sécurité de la Sorbonne ont rendu impossible cette dernière célébration.

Vicissitudes[modifier | modifier le code]

L'Église de la Sorbonne en ruine, vers 1800. Tableau d'Hubert Robert, musée Carnavalet, Paris.

Lors de la Révolution, le bâtiment est saccagé au cours du mois de décembre 1794 : le souvenir de la politique fiscale de Richelieu est si fort que la population parisienne se rue à la Sorbonne pour se venger de ce symbole de ce que l'absolutisme connut de plus féroce. Le tombeau du cardinal est attaqué (le nez en est brisé), et son corps, sorti de la crypte est démembré. Seule sa tête sera préservée en deux parties, avant d'être replacée au XIXe siècle. Plusieurs fois exhumée, elle a été replacée solennellement en 1971, en même temps qu'une plaque commémorative. La cinquantaine de cercueils trouvée dans la crypte est vidée par les révolutionnaires et les ossements jetés en vrac dans un caveau. Les œuvres sont dispersées ou détruites, si bien que la chapelle ne contient désormais quasiment plus aucune décoration. Au XIXe siècle, on envisage successivement de la transformer en amphithéâtre, de la diviser en salles, ou même de la détruire. Elle n'est plus utilisée que pour des expositions ou des concerts, et se dégrade progressivement au cours du XXe siècle. La chapelle de la Sorbonne fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le [1]. La tempête de 1999 endommage une partie des structures, si bien qu'elle est fermée dans le cours des années 2000, pour des raisons de sécurité. En 2004, une campagne de restauration est entreprise conjointement par l'État et la ville de Paris pour consolider les structures. Les travaux se sont achevés à l'été 2010. À peine les échafaudages retirés, l'édifice a cependant été transformé comme espace de stockage en raison de la campagne de mise en sécurité du complexe de la Sorbonne.

Nécropole[modifier | modifier le code]

Les Richelieu[modifier | modifier le code]

En plus des personnages déjà enterrés dans la crypte de la première chapelle, l'édifice reconstruit par Lemercier servit principalement de sépulture aux Richelieu. En tenant compte des dispersions de l'époque révolutionnaire, on y trouve donc, en théorie, tout ou partie des ossements des personnages suivants :

  • Armand Jean du Plessis de Richelieu, fondateur (déposé en 1642) ;
  • Armand Jean de Vignerot du Plessis, second duc de Richelieu ;
  • Louis François Armand de Vignerot du Plessis de Richelieu, maréchal, troisième duc de Richelieu ;
  • Armand-Emmanuel du Plessis de Richelieu, cinquième duc de Richelieu, ministre de Louis XVIII ;
  • Marie-Antoinette de Galiffet, épouse du quatrième duc ;
  • Armande Marie-Antoinette de Vignerot du Plessis de Richelieu, marquise de Montcalm, sœur du cinquième duc ;
  • Armande Simplicie Gabrielle de Vignerot du Plessis de Richelieu, marquise de Jumilhac, demi-sœur du cinquième duc ;
  • Armand François Odet de La Chapelle de Saint-Jean de Jumilhac, sixième duc ;
  • Marie Odet Richard Armand de La Chapelle de Saint-Jean de Jumilhac, septième duc ;
  • Marie Odet Jean Armand de La Chapelle de Saint-Jean de Jumilhac, huitième et dernier duc, mort à New York et enterré en 1952 dans la crypte.

Les morts pour la France[modifier | modifier le code]

D'autres personnages liés à l'histoire de la Sorbonne sont également déposés sous l'église :

  • douze morts pour la France durant la Seconde Guerre mondiale choisis par la FEN, dix maîtres et deux élèves (déposés le 11 novembre 1947) ;
    • Jean Cavaillès, mathématicien et compagnon de la résistance (déposé depuis 1946),
    • Joseph Rollo, instituteur, résistant, déporté,
    • Georges Lapierre, instituteur, résistant, déporté,
    • Raymond Dekken, professeur au collège technique de Lille, résistant,
    • Marie-Louis Zimberlin, professeur au lycée La Prat' de Cluny, déportée,
    • Edmond Lackenbacher, professeur au lycée Louis-le-Grand, mort au champ d'honneur,
    • Stéphane Piombetta, professeur au lycée Voltaire, résistant,
    • Fernand Holweck, physicien, résistant,
    • Paul Reiss, professeur à la faculté de médecine de Strasbourg, résistant,
    • François Raoul, professeur au collège moderne d'Arras, résistant,
    • Louis Boilet, étudiant,
    • Jean Gay, étudiant ;
  • les cendres de quatre des Cinq Martyrs du lycée Buffon, déposées dans une urne commune en 1952 ;
    • Jean-Marie Arthus, 15 ans en 1940,
    • Pierre Benoît, 15 ans en 1940,
    • Pierre Grelot, 17 ans en 1940,
    • Lucien Legros, 16 ans en 1940.

Le cinquième martyr était Jacques Baudry, 18 ans en 1940.

Notes et références[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]