Henri Béraud

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Henri Béraud

Description de l'image  Henri Béraud.jpg.
Autres noms Tristan Audebert
Activités écrivain, journaliste
Naissance
Lyon
Décès 24 octobre 1958 (à 73 ans)
Saint-Clément-des-Baleines
Langue d'écriture français
Genres roman, essai, reportage, chroniques, pamphlet
Distinctions Prix Goncourt (1922)

Œuvres principales

Henri Béraud, né à Lyon le et mort à Saint-Clément-des-Baleines sur l'île de Ré le , est un romancier et journaliste français.

En tant que polémiste, il signait également du pseudonyme de Tristan Audebert. Il fut condamné pour intelligence avec l'ennemi en 1944 après la libération de la France.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né d'un père boulanger, ardent dreyfusard[1], élevé par les Frères, il emploie sa juvénile énergie à de nombreuses activités : poète débutant, fondateur de revues éphémères (dont "La Houle" et L'Ours, à Lyon), représentant en vins et spiritueux, collecteur de beurre, négociant en charbon, antiquaire. Il est lieutenant d'artillerie pendant la Première Guerre mondiale.

Carrière de reporter-journaliste[modifier | modifier le code]

L'époque du Canard Enchaîné[modifier | modifier le code]

Il rejoint Le Canard enchaîné[2],[3] en février 1917, recommandé par Paul Vaillant-Couturier, avec qui il se lie d'amitié, ainsi qu'avec Roland Dorgelès. Son amitié ancienne avec Albert Londres, dont le talent avait été révélé au début de la guerre, a pu lui servir aussi de carte de visite. Il collabore également à la fin de la guerre au Crapouillot de Jean Galtier-Boissière.

Au Canard Enchaîné, il publie des contes, un court feuilleton (L'angoisse du mercanti ou le compte du tonneau en 1918), une étude sur l'humour lyonnais, et surtout des articles polémiques contre le Parlement, l'Académie française, le gouvernement, les officiers antirépublicains et l'Action française. C'est lui qui introduit au Canard Enchaîné la référence au juliénas, qui passa pour le vin du Canard Enchaîné par excellence jusqu'aux années 1960.

Il est également reporter international au Petit Parisien et à Paris-Soir.

Béraud publie Le Martyre de l'obèse pour lequel il reçoit le prix Goncourt en 1922, qui récompense aussi son roman Le Vitriol de Lune, publié l'année précédente. Une adaptation cinématographique de ce roman a été réalisée en 1933 par Pierre Chenal, intitulée également Le Martyre de l'obèse.

Positionné très à gauche, il écrit Mon ami Robespierre et 14 juillet (1929). Il fait la connaissance lors d'un voyage en Irlande de Joseph Kessel avec qui il se lie d'amitié.

En 1925, il visite l'U.R.S.S. Loin de la révolution romantique qu'il espérait, il découvre les réalités d'une dictature, vision qu'il présente dans son livre Ce que j'ai vu à Moscou (1925). Ce livre lui vaudra l'inimitié durable des intellectuels communistes. En 1926 paraît Ce que j'ai vu à Berlin, puis en 1929 Ce que j'ai vu à Rome, deux autres reportages politiques qui sont également lucides sur les régimes au pouvoir[4].

Béraud rejoint, en 1928, Kessel au journal Gringoire, dont l'orientation est alors plutôt de droite et anticommuniste.

1934 - 1944[modifier | modifier le code]

Le Canard rompt avec Henri Béraud lorsqu'il prend parti pour les manifestants du 6 février 1934. Dans Les Raisons d'un silence (1944) l'écrivain explique les raisons de son engagement de 1934 pour lequel il dut « renoncer à bien des joies, rompre de chères amitiés » ; pour l'essentiel, il s'agissait d'en finir au plus vite avec un « régime en pleine crevaison qui annonçait la guerre et le désastre ». Pour Jean Galtier-Boissière, ami de Béraud, celui-ci évolua de l'extrême gauche à l'extrême droite sans nettement s'en rendre compte, en suivant la pente de ses intérêts : il en vint à s'identifier au grand monde dont son talent avait su forcer les portes.

Il participe aussi à la revue Le Merle blanc, d'Eugène Merle, à L'Œuvre et il est grand reporter et observateur politique au Journal. Il est le directeur politique officieux et éditorialiste de Gringoire de 1928 à 1943. Il écrit des articles violemment anglophobes, sans éprouver de sympathie particulière pour l'Allemagne nazie. Il signe par contre en 1935 le "manifeste des intellectuels pour la pays en Europe et la défense de l'Occident", rédigée par Henri Massis et justifiant l'agression italienne en Éthiopie[5].

Dans Gringoire, il fait profession d'antisémitisme : « Sommes-nous pour ou contre les Juifs ? Resterons-nous indifférents ? Nous défendrons-nous ? D'un mot, est-il bon, est-il juste, est-il raisonnable de se dire antisémite ? M'étant posé la question, je réponds : en conscience, oui, il faut être antisémite. [...] Il faut l'être parce que le salut de la France est à ce prix. »[6]

Il est arrêté en septembre 1944, jugé en deux jours. On lui reproche notamment son rôle dans le suicide avant-guerre de Roger Salengro. L'amiral Muselier, que Béraud avait traité d'« amiral de bateau-lavoir », demande sa tête[1]. Il est condamné à mort le 29 décembre 1944 pour intelligence avec l’ennemi. Plusieurs écrivains dont François Mauriac interviennent en sa faveur. Il est finalement gracié par le général de Gaulle. Il avait, avant la guerre, écrit un livre violemment orienté contre la Grande-Bretagne (Faut-il réduire l'Angleterre en esclavage?, 1935). C'est le roi d'Angleterre qui a demandé à de Gaulle la grâce de Béraud et qui probablement l'a obtenue[réf. nécessaire].

Frappé d'hémiplégie, Béraud est libéré en 1950 et meurt en 1958 dans sa propriété de l'île de Ré.Son épouse est décédée en 1989.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Première période lyonnaise :
    • Poèmes ambulants, 1903
    • Les Jardins évanouis (poèmes), 1904
    • L'Héritage des symbolistes (critique d'art), 1906
    • François Vernay, peintre lyonnais, 1909
    • Marrons de Lyon (nouvelles en collaboration avec Charles Fénéstrier), 1912
    • Les Morts lyriques (nouvelles), 1912
    • Voyage autour du Cheval de Bronze (nouvelles), 1912
    • L'École moderne de peinture lyonnaise, 1912
    • Glabres (poèmes), 1915
  • Le Vitriol de Lune, 1921 (prix Goncourt 1922)
  • Le Martyre de l'obèse, 1922 (prix Goncourt 1922)
  • Lazare, Albin Michel, 1924
  • L'Affaire Landru (avec Emmanuel Bourcier et André Salmon), Paris, Albin Michel, 1924
  • Retours à pied (critique théâtrale), 1924
  • La Croisade des longues figures (polémique littéraire), 1924
  • Ce que j'ai vu à Moscou, Reportage repris par Les Éditions de France 1925
  • Au Capucin Gourmand (roman), Albin Michel, 1925
  • Le Bois du templier pendu, Les Éditions de France, 1926
  • Ce que j'ai vu à Berlin, Les Éditions de France, 1926
  • Rendez- vous Européeens , Les Éditions de France, 1928
  • La Gerbe d'or, Les Éditions de France, 1928
  • Ce que j'ai vu à Rome, Les Éditions de France 1929
  • Le 14 juillet, Librairie Hachette 1929
  • Émeutes en Espagne, Les éditions de France, 1931
  • Les Lurons de Sabolas, 1932
  • Ciel de suie, 1933
  • Dictateurs d'aujourd'hui, 1933
  • Pavés rouges, Les éditions de France, 1934
  • Vienne clef du monde, Les Éditions de France, 1934
  • Faut-il réduire l'Angleterre en esclavage ?, 1935
  • Qu’as-tu fait de ta jeunesse ?, 1941
  • Le Nœud au mouchoir, Les éditions de France, 1944, introuvable, il existe une édition pirate à l'identique (non datée)
  • Les Raisons d'un silence, Inter-France, 1944
  • Les Derniers Beaux Jours, Plon, 1953
  • Portraits de contemporains. Quarante têtes de Bib culottées, reprises des deux séries parues au Merle Blanc, 2000
  • Retour sentimental vers Alphonse Daudet, 2001
  • Écrits dans Gringoire (1928-1937), 2004
  • Écrits dans Gringoire (1937-1940), 2004
  • Écrits dans Gringoire (1940-1943), 2006
  • Le Merle blanc, écrits 1919 - 1922, éditions du Lérot, 2008
  • Le Canard Enchaîné, écrits 1916 - 1919, éditions du Lérot, 2009
  • Le Flâneur salarié, préface de Pierre Assouline, postface de Pierre Mac Orlan, éd. Bartillat, 252 p. Recueil de 19 reportages effectués entre 1919 et 1925.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Cérémonie d'écrivains sur la tombe de Béraud[modifier | modifier le code]

Le 14 juillet de chaque année, à Saint-Clément-des-Baleines (Île de Ré), une cérémonie sur la tombe de Henri Béraud est organisée, suivie d'un colloque sur les écrivains (« écrivains maudits et politiquement incorrects », comme les qualifie l'Association Rétaise des Amis d'Henri Béraud, plusieurs étant de la droite nationale, d'autres des anarchistes de droite) regroupant les associations d'amis d'Henri Béraud, Alphonse de Châteaubriant, Robert Brasillach, Jean de La Varende, Henry de Monfreid, André Fraigneau, Léon Bloy, Pierre Drieu La Rochelle, Louis-Ferdinand Céline, Pierre Gripari et Jacques Chardonne[7].

Citation[modifier | modifier le code]

« Vous êtes, messieurs, des types dans le genre de Louis XV lequel, assure la légende, dit [...] : 'Après moi le déluge'. Alors que les sénateurs se promeuvent souverains, vous prenez des façons royales. Du coup, voici les deux Chambres réconciliées avec M.Léon Dadais, qui adore les belles manières, les chaises percées et le langage des cours. [...] Cependant le peuple n'est pas content de vous ; on murmure. Et quand je dis le peuple, j'entends aussi bien les poilus de l'avant que les chauves de l'arrière. »

— Le Canard Enchaîné, 18 septembre 1918

Référence[modifier | modifier le code]

  1. a et b Francis Bergeron, Béraud, l'épuré qui n'avait pas collaboré, La Nouvelle Revue d'Histoire, no 67, juillet-août 2013, p. 28-30
  2. Henri Béraud, Le Canard enchaîné - Écrits 1916-1919, éditions Du Lérot, 1er décembre 2009, (ISBN 9782355480331).
  3. Jean Butin, Henri Béraud, éditions Lyonnaises d'Art et d'Histoire, 2001, 303 pages, p.68.
  4. Anne Dulphy, Yves Léonard, Marie-Anne Matard-Bonucci, Intellectuels, artistes et militants : le voyage comme expérience de l'étranger, éditions Peter Lang, 2009, 295 pages, p.41-42.
  5. Anne Dulphy, Yves Léonard, Marie-Anne Matard-Bonucci, Intellectuels, artistes et militants : le voyage comme expérience de l'étranger, éditions Peter Lang, 2009, 295 pages, p.40.
  6. Henri Béraud, Et les juifs ? Gringoire, no 633, 23 janvier 1941.
  7. Voir le Guide Nicaise des Associations d'Amis d'Auteurs

Article connexe[modifier | modifier le code]