Messe

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour l’article homonyme, voir Messe (musique)
Page d’aide sur l’homonymie Pour l’article homophone, voir Mess.
Messe au séminaire d'Asidonia-Jerez en 2005 - élévation du calice après la consécration

La messe est une cérémonie chrétienne au cours de laquelle le ou les prêtres officiants célèbrent le sacrifice de l’eucharistie, actualisation de l'unique sacrifice rédempteur de Jésus-Christ. Elle constitue le point culminant de la liturgie chrétienne.

La messe peut être célébrée chaque jour par chaque prêtre, à l'exception du Vendredi saint, mais aussi à l'occasion d'autres sacrements (baptême, mariage, confirmation, ordination), de sacramentaux (enterrement, couronnement), et d'événements solennels de la vie de l'Église universelle (concile, conclave) ou locale (installation d'un nouveau curé).

La messe est le point culminant de la liturgie chrétienne. La théologie catholique désigne l'eucharistie comme source et sommet de la vie chrétienne. Elle s'ordonne suivant l'un des rites institués par les différentes confessions : les rites romain, byzantin, arménien, luthérien, anglican...

Dans les traditions catholique et protestante, la musique occupe souvent une place importante dans la liturgie. Le terme de « messe » désigne donc par extension une composition formée par l'ensemble des chants et intermèdes musicaux qui suivent le déroulement d'une célébration. En ce sens, il s'agit d'un genre musical attaché à la musique religieuse. De nombreux compositeurs ont créé des « messes », que ce soit pour les célébrations habituelles ou pour des événements exceptionnels (couronnement, mariage, anniversaire, enterrement, etc.)

Pour les aspects musicaux, voir l'article : Messe (musique).

Définitions de la messe[modifier | modifier le code]

Étymologie et signification[modifier | modifier le code]

Le nom vient du latin missa (mittere, « envoyer ») qui signifie « renvoi ». Le même mot a donné « mission ».

L'expression vient de l'époque antérieure au VIIIe siècle où, à la fin de la première partie de la messe, dite messe des catéchumènes parce que les futurs baptisés pouvaient y assister, les catéchumènes et les pénitents étaient renvoyés par le diacre par la formule Les choses saintes pour les saints, que les indignes se retirent. Ce renvoi solennel a donné son nom à la célébration de l'eucharistie tout entière qui, au sens primitif, ne désignait que cette seconde partie. Le mot vient peut-être aussi de la formule finale de la messe : Ite, missa est, « Allez, c'est l'envoi». Par la formule Ite missa est, le diacre invite le peuple à partir car ce dernier a maintenant une mission d'évangélisation à accomplir après avoir été enseigné et nourri par la Parole de Dieu et la communion au Corps du Christ. Le peuple est « envoyé » en mission dans le monde.

La messe, convocation du peuple de Dieu tout puissant[modifier | modifier le code]

La résurrection du Christ, événement qui fonde la foi chrétienne, est commémorée avec la plus grande solennité lors des messes de Pâques. Des messes sont également célébrées chaque jour (à l'exception du Vendredi saint, pour lequel l'office n'est pas une messe), mais plus particulièrement chaque dimanche, « jour du Seigneur ».

Les fins poursuivies sont[1] :

  1. rendre à Dieu l’honneur qui lui est dû (la messe est une forme d'adoration) ;
  2. le remercier de ses bienfaits (c'est le sens de eucharistie : action de grâce) ;
  3. implorer le pardon des péchés, y compris pour les défunts (la messe comporte des prières pour les âmes du purgatoire) ;
  4. obtenir toutes les grâces nécessaires, c'est-à-dire le soutien de Dieu dans la recherche d'une sainteté de vie ;
  5. proclamer sa foi...

Dans le catholicisme, deux des commandements de l'Église concernent des obligations des fidèles vis-à-vis de la messe et de la réception du sacrement de l'Eucharistie : le premier leur demande de « sanctifier » le dimanche ainsi que les principales fêtes liturgiques avant tout en participant à la messe qui rassemble la communauté chrétienne, et en s'abstenant de travailler. Le troisième commandement stipule que « Tout fidèle est tenu par l’obligation de recevoir la Sainte Communion au moins chaque année à Pâques »[2]. En effet la messe est le rassemblement du peuple de Dieu convoqué par son Seigneur (« Vous ferez ceci en mémoire de moi ») pour venir lui rendre un « culte parfait »[3].

L'eucharistie : sacrifice et union avec le Christ[modifier | modifier le code]

Le concile de Trente confirme la liste des sept sacrements antérieurement définis par l'Église : baptême, eucharistie, pénitence, confirmation, ordre, mariage et extrême-onction. Dans sa réflexion sur l'eucharistie, le concile maintient et confirme le dogme de la transsubstantiation.

Dans le catéchisme publié par le pape Pie X, il est écrit que « le sacrifice de la Messe est substantiellement le même que le sacrifice de la croix en ce que, dans l’un et l’autre, Jésus-Christ est à la fois le prêtre et la victime ; il en diffère cependant par la manière dont il est offert. Sur la croix Jésus-Christ s’est offert en répandant son sang et en méritant pour nous ; tandis que sur les autels, Il se sacrifie sans effusion de sang et nous applique les fruits de sa Passion et de sa mort. » Cette définition est très marquée par le renforcement de l'aspect sacrificiel de la messe, intervenu dans l'Église catholique au cours des siècles qui ont suivi le concile de Trente.

Calice et patène, c.1400 (Brême)

Le catéchisme de l'Église catholique de 1992 donne cette définition : « La messe est à la fois et inséparablement le mémorial sacrificiel dans lequel se perpétue le sacrifice de la croix, et le banquet sacré de la communion au Corps et au Sang du Seigneur. Mais la célébration du sacrifice eucharistique est tout orientée vers l’union intime des fidèles au Christ par la communion. Communier, c’est recevoir le Christ lui-même qui s’est offert pour nous[4]. »

La dernière Présentation générale du Missel romain, publiée en 2002, rappelle l'importance de l'aspect sacrificiel tout en invitant à mettre en valeur d'autres aspects moins développés jusqu'alors : « Ce faisant, une plus grande attention est ainsi prêtée à des aspects de la célébration qui avaient été négligés parfois au cours des siècles. Ce peuple est, en effet, le peuple de Dieu, acquis par le Sang du Christ, rassemblé par le Seigneur, nourri par sa parole ; peuple dont la vocation est de faire monter vers Dieu les prières de toute la famille humaine ; peuple qui rend grâce dans le Christ pour le mystère du salut en offrant son sacrifice ; peuple, enfin, qui se renforce dans son unité par la Communion au Corps et au Sang du Christ. Bien que saint par son origine, ce peuple grandit néanmoins continuellement en sainteté à cause de sa participation consciente, active et fructueuse au mystère eucharistique[5]. »

Dans son encyclique Ecclesia de Eucharistia, le pape Jean-Paul II souligne également une dimension de communion verticale : dans la liturgie, « en célébrant le sacrifice de l'Agneau, nous nous unissons à la liturgie céleste [...]. L'Eucharistie est vraiment un coin du ciel qui s'ouvre sur la terre! »[6]. C'est ainsi que lors de l'acclamation "Saint le Seigneur", les fidèles chantent « avec les anges et tous les saints ».

Messe et liturgie[modifier | modifier le code]

Plusieurs Églises sui juris de tradition apostolique très ancienne ont leur propre conception de la messe, et leur rite propre. Il en est ainsi du rite arménien (orthodoxe ou catholique), du rite copte (orthodoxe ou catholique) et du rite guèze.

Article détaillé : Églises catholiques orientales.

Messe catholique[modifier | modifier le code]

La liturgie de la messe a suivi différents rites selon les lieux et les époques. Aujourd'hui, on peut les classer en deux grandes catégories : les rites latins (dont principalement le rite romain, mais également quelques rites mineurs maintenus pour des raisons historiques ou instaurés pour des raisons pastorales) et les rites orientaux, au nombre de six (copte, byzantin, maronite, chaldéen, arménien, guèze).

Article détaillé : Rites de l'Église catholique.

Rite romain[modifier | modifier le code]

Le rite romain est le rite habituel dans l'Église latine. À l'origine rite de l'Église de Rome, il a été étendu à toute l'Église depuis le concile de Trente en 1570. Il existe dans une forme ordinaire, qui suit le missel de 2002, et une forme extraordinaire, qui suit le missel de 1962.

Dernière édition (2002) du Missel romain

Le déroulement de la messe (ordo missae) et les actions liturgiques sont consignés dans des missels. D'autres livres (évangéliaire, lectionnaire) renferment les textes bibliques lus à la messe selon un ordre propre à chaque rite. Ainsi, dans le rite romain sous sa forme ordinaire, les lectures dominicales s'agencent selon un cycle de trois années (A,B,C), cependant que les lectures de semaine suivent une alternance entre années paires et impaires.

Le rite romain n'est pas resté figé, mais a subi de nombreuses modifications depuis le concile de Trente, à l'initiative du Saint-Siège. Les textes doctrinaux indiquent dans quel esprit s'effectue cette évolution continue : « les formes nouvelles sortent des formes déjà existantes par un développement en quelque sorte organique »[7].

La dernière modification du rite a été codifiée par le pape Paul VI en 1969. C'est sous cette forme que la messe est très majoritairement pratiquée, même si quelques fidèles célèbrent encore selon la forme précédemment employée. Pour les distinguer, on qualifie d'« ordinaire » la forme moderne (le nom du pape Paul VI est parfois utilisé pour la qualifier : messe Paul VI ou messe paulinienne, mais ce n'est pas l'usage officiel). Elle est célébrée selon le missel publié en 1970. Elle est le plus souvent dite dans la langue locale (vernaculaire), même si elle peut être dite en latin. La forme « extraordinaire » est celle utilisée avant 1969 (souvent appelée rite tridentin, ou messe de Saint-Pie V). Elle est célébrée avec le missel dit de Saint Jean XXIII qui a été le dernier à le modifier avant la réforme liturgique des années 1960 et 1970. De 1969 à 2007, son usage était soumis à un régime d'autorisations (indults). Depuis 2007, un usage plus souple a été rendu possible par les dispositions du motu proprio Summorum Pontificum.

Depuis le concile Vatican II et l'instruction Inter Oecumenici[8] de 1964 qui recommande de séparer l'autel du mur de l'église, en reprenant les usages anciens, l'habitude est venue d'installer à nouveau dans les églises un autel en forme de table sur lequel le prêtre va célébrer face à l'assemblée des fidèles, par opposition à la pratique précédente d'une célébration dans le même sens que les fidèles sur un autel attaché au mur de l'édifice[9]. Cependant, ni l'usage du latin, ni la disposition de l'autel ne sont caractéristiques de la distinction entre les formes « ordinaire » et « extraordinaire » du rite romain.

Il existe un courant catholique traditionaliste qui promeut le maintien du rite tridentin. Il est représenté d'une part par des communautés qui acceptent pleinement l'autorité du pontife romain (comme la fraternité sacerdotale Saint-Pierre), d'autre part par la FSSPX, mouvement intégriste fondé par Mgr Lefebvre. Le pape Benoît XVI a rappelé en 2009 que le débat qui oppose la FSSPX à l'autorité pontificale est d'ordre « essentiellement doctrinal » [10],[11].

Autres rites latins[modifier | modifier le code]

Outre le rite romain, il existe quelques rites particuliers, maintenus pour des raisons historiques dans certaines régions (rites ambrosien, mozarabe, de Braga) ou communautés (rites dominicain et cartusien), ou bien instaurés plus récemment pour des raisons pastorales pastorales (rites zaïrois et anglo-catholique).

Articles détaillés : Rites de l'Église catholique et Rite latin.

Rites catholiques orientaux[modifier | modifier le code]

Les Églises catholiques orientales ont leurs rites particuliers.

Rite arménien[modifier | modifier le code]

Concélébration en rite arménien pendant l'anaphore.

Pour sa part, l'Église apostolique arménienne est une Église orientale et autocéphale qui fait partie de l'ensemble des Églises des trois conciles, dites « orthodoxes orientales ». offre de nombreuses ressemblances avec les rites latin et byzantin.

Le célébrant est assisté d'un diacre, dont le rôle est assez analogue à celui du diacre dans le rite byzantin. Au début de la messe, on récite le Psaume 42, comme dans la messe tridentine. Les versets sont alternés entre le prêtre et le diacre. Les "Litanies de Paix" du diacre, auquel l'assemblée répond : « Seigneur, prends pitié », sont similaires à celles du rite byzantin. On donne deux lectures de la Bible, en plus de l'Évangile, cependant cela se fait pour certaines grandes occasions.

Le baiser de paix a lieu avant la consécration. La prière eucharistique comporte des anaphores et est fixe, et l'épiclèse suit la consécration. Avant la bénédiction finale, on récite une prière universelle. Enfin, au terme de la célébration, on prie pour le pape si cette église arménienne est catholique ou pour le patriarche suprême si elle est orthodoxe.

Les acteurs de la messe[modifier | modifier le code]

Selon la doctrine catholique, les acteurs principaux de la messe sont le Christ lui-même et son Église tout entière, la présence de fidèles n'étant pas nécessaire: c'est pourquoi chaque prêtre peut dire une messe privée quotidienne. Le théologien Charles Journet précise :

« Il est vrai que la part de l’Église est plus large, sinon plus intense, à la Messe qu'à la Cène et à la Croix. Mais la Messe reste néanmoins d’abord le sacrifice du Christ, et secondairement, dépendamment, le sacrifice de l’Église. Si le Christ est à la Messe, selon le concile de Trente, prêtre et victime, c'est la première place qu'il y tient, et son Église la seconde place. Aucune considération ne saurait prévaloir contre cet ordre des valeurs[12]. »

Le prêtre préside la cérémonie au nom de l'Église. Cependant, lors de la consécration, il offre le sacrifice in persona Christi, en agissant au nom du Christ, et en étant configuré au Christ (lorsqu'il dit il dit : « Ceci est mon corps, ceci est mon sang »). Seul le prêtre ordonné peut agir ainsi[12]. Dans certains rites, la célébration peut être effectuée par plusieurs prêtres (concélébration) ; ils prononcent tous les paroles de consécration.

Le prêtre peut être secondé par un diacre, dont le rôle plus particulier est le service de la Parole[13].

Il existe en outre des fonctions particulières, les ministères (acolyte, lecteur, chantre, ...), qui peuvent être remplies par des clercs ou des laïcs, et parfois par des enfants : les enfants de chœur ou servants d'autel.

Les papes successifs depuis Pie X ont insisté de plus en plus fortement sur la nécessité d'une participation active (partipatio actuosa) des fidèles. Cet impératif a été souligné avec vigueur dans la constitution Sacrosanctum Concilium du concile Vatican II[14].

Déroulement général de la messe[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Rite romain.

La messe comporte deux parties principales : la liturgie de la Parole et la liturgie eucharistique, qui sont considérées comme étroitement liées et formant « un seul acte de culte ». Pour manifester cette liaison, il est courant de parler des deux tables (l'ambon de la Parole et l'autel du sacrifice eucharistique) où les fidèles trouvent à se nourrir. En outre, certains rites ouvrent la célébration et la concluent. C'est ainsi que, dans la forme ordinaire du rite romain, la messe s'ordonne selon quatre parties successives[15].

Les rites initiaux[modifier | modifier le code]

Ils ont pour but de rassembler les fidèles et de les préparer à célébrer dignement l'eucharistie. Ils débutent par un chant d'entrée, la salutation de l'autel et de l'assemblée par le prêtre. Ensuite vient le rite pénitentiel, qui comporte l'absolution des péchés les moins graves. Les dimanches et jours de fêtes en dehors de l'Avent et du Carême, on dit ou on chante l'hymne du Gloria (Gloire à Dieu). Le prêtre prononce enfin la prière d'ouverture (ou prière de collecte), qui exprime le caractère propre de la célébration.

La liturgie de la Parole[modifier | modifier le code]

Liturgie de la Parole à Notre-Dame de Paris

Dans cette partie sont proclamées successivement deux, ou trois les dimanches et fêtes, lectures issues de la Bible ainsi qu'un psaume méditatif qui peut être lu ou chanté. La première lecture est en général issue de l'Ancien Testament ; elle est suivie du psaume. La seconde lecture, quand elle a lieu, est le plus souvent une épître apostolique. La lecture la plus importante est celle de l'Évangile qui est précédée d'une acclamation (le chant de l'Alléluia, hormis pendant le Carême) et que les fidèles écoutent debout. Le prêtre commente ensuite les textes : c'est l'homélie, dont le but est d'« expliquer à partir du texte sacré les mystères de la foi et les normes de la vie chrétienne »[16].

Lors des dimanches et fêtes, l'assemblée fait sa profession de foi en reprenant les paroles du symbole des apôtres ou de celui de Nicée-Constantinople.

La liturgie de la Parole se conclut par la prière universelle, dont les intentions sont présentées par les fidèles. L'assemblée prie normalement pour les besoins de l'Église, pour le salut du monde entier, pour les affligés, et pour la communauté locale.

La liturgie de l'Eucharistie[modifier | modifier le code]

La présentation générale du missel romain indique que la célébration de la liturgie eucharistique est organisée en parties qui correspondent aux paroles et aux actes du Christ lors de la dernière Cène. Le célébrant doit observer de nombreux gestes rituels (génuflexions, encensement, élévations, rite du lavabo, commixtion...) ; il prononce différentes prières prévues par le missel (et dont une part s'adapte aux fêtes ou circonstances particulières) et à plusieurs moments il dialogue avec l'assemblée.

La liturgie débute par la préparation des dons, ou offertoire, où le pain et le vin peuvent être amenés en procession jusqu'à l'autel qui a été préparé pour les recevoir. Les offrandes de l'assemblée (le produit de la quête) sont déposées au pied de l'autel. Le prêtre bénit les offrandes puis se lave les mains pour exprimer son désir de purification intérieure.

Alors débute la prière eucharistique qui est le sommet de la célébration. Le prêtre rend grâce à Dieu au nom du peuple assemblé, qui répond par l'acclamation du Sanctus (Saint, le Seigneur). Le prêtre invoque l'Esprit-Saint et procède à la consécration du pain et du vin en reprenant les paroles et les actions du Christ. Pour les croyants, c'est à ce moment que les offrandes deviennent réellement corps et sang du Christ, selon la doctrine de la transsubstantiation. Une nouvelle acclamation, l'anamnèse, salue la mémoire du Christ crucifié et ressuscité. La communion de l'Église entière est affirmée dans les prières d'offrande et d'intercession : on y mentionne ainsi l'évêque du lieu, le pape, et également les défunts.

Les fidèles se préparent à communier en disant ensemble la prière reçue du Christ, le Notre Père, puis en échangeant un geste de paix. Le prêtre rompt alors le pain consacré tandis que l'assemblée acclame l'Agneau de Dieu. Le prêtre communie sous les deux espèces, puis les fidèles avancent en procession pour communier à leur tour, en recevant en général uniquement le pain consacré. Le rite de communion se conclut par une courte oraison.

Les rites de conclusion[modifier | modifier le code]

Ils comportent la bénédiction de l'assemblée par le célébrant et son envoi en mission.

Rite byzantin[modifier | modifier le code]

Presque toutes les Églises orthodoxes suivent le rite byzantin ou rite constantinopolitain, même si ce rite est également pratiqué dans une version modifiée par plusieurs Églises catholiques orientales.

Il se décline selon plusieurs liturgies qui coexistent et sont utilisées en fonction du calendrier : la « liturgie de Saint-Jean Chrysostome » pour la plupart des jours, la « liturgie de Saint-Basile » pour certaines occasions particulières. Une troisième forme de service, la « liturgie des Saints Dons Présanctifiés » est utilisée pendant la période du Grand Carême, mais elle n'est pas à proprement parler une forme de la divine liturgie puisqu'il n'y a pas de consécration.

La célébration s'articule en trois temps successifs, mais étroitement reliés. D'abord se déroule la liturgie de la préparation (prothesis), où le prêtre prépare les dons. En mémoire de la vie cachée du Christ, cette partie se fait sans la participation de l'assemblée. Ensuite vient la liturgie des catéchumènes (parfois appelée liturgie de la parole), et enfin la liturgie des fidèles. Ces deux dénominations viennent de ce que, traditionnellement, la dernière partie de l'office est réservée aux baptisés (la pratique actuelle étant variable sur ce point selon les communautés)[17].

Chez les orthodoxes, la messe porte le nom de divine liturgie. L'office peut être célébré en langue commune, mais dans plusieurs pays slaves on utilise le slavon comme langue liturgique.

Messe luthérienne[modifier | modifier le code]

Le rite révisé[modifier | modifier le code]

Le Livre de Concorde, page de titre de l'édition de 1580 (Dresde)

Dans le Livre de Concorde (Liber Concordiae), l'article XXIV de la Confession d'Augsbourg (« De la messe ») (1530) commence ainsi : « C'est faussement qu'on accuse nos églises d'avoir aboli la Messe, car la Messe a été retenue parmi nous, et elle célébrée avec le plus grand respect. Nous n'avons pas aboli la Messe mais nous la gardons et nous la défendons religieusement... nous maintenons la forme liturgique traditionnelle... Dans nos églises, la Messe est célébrée tous les dimanches et lors d'autres jours consacrés, quand le sacrement est proposé à ceux qui en sentent le désir après qu'ils ont été examinés et absous (article XXIV). »

Tandis que Luther rejetait des parties de la messe catholique de rite romain (en particulier le Canon de la messe), il le remplaçait par un rite révisé, Formula missae, en latin et plus tard en langue vernaculaire, Deutsche Messe. Il soutenait que les éléments qu'il rejetait n'étaient en conformité ni avec Hébreux 7:27, où l'on oppose les prêtres de l'Ancien Testament, qui devaient régulièrement offrir des sacrifices pour le pardon des péchés, au Christ, prêtre unique qui n'offre son corps en sacrifice qu'une seule fois, ni avec Hébreux 9:26, 9:28 et 10:10.

En allemand, dans les langues scandinaves et en finnois, les luthériens (ainsi que certains luthériens américains) utilisent le mot correspondant dans leur langue au français « messe » pour leurs services religieux correspondants[18], mais les Luthériens francophones utilisent généralement le mot "culte" et dans la plupart des églises de langue anglaise, on parle d'habitude de « service divin », de « sainte communion », ou de « sainte eucharistie ».

Célébration de la messe[modifier | modifier le code]

La célébration de la messe dans les églises luthériennes révèle la nature plutôt conservatrice de la Réforme opérée par Luther. Dans l'essentiel le service suit le rite ancien et commence par la confession publique (Confiteor) récitée par tous et une déclaration de pardon dite par le prêtre ou le pasteur. Suivent l'hymne d'entrée ou introït, le kyrie, le gloria, la collecte, les lectures avec alléluia, l'homélie (ou le sermon) et la récitation du symbole de Nicée. La liturgie de l'Eucharistie comprend la prière de l'Église, la préface, le sanctus et la prière eucharistique, l'élévation de l'hostie et du calice et l'invitation à l'Eucharistie. L'Agneau de Dieu (Agnus Dei) est chanté pendant que le clergé et les assistants communient les premiers, suivis par les laïcs désirant communier. Les prières après la communion et la bénédiction finale par l'officiant mettent fin à la messe. Un catholique ou un anglican retrouverait des éléments familiers, en particulier l'utilisation du signe de croix, à l'agenouillement pour la prière, le salut à la croix processionnelle et à l'autel, les psalmodies et les vêtements liturgiques.

L'ancienne pratique de célébrer la messe chaque dimanche, comme Luther le désirait et comme les confessions de foi luthériennes l'enseignent, n'est pas observée dans toutes les paroisses luthériennes mais la norme est qu'elle le soit chaque semaine. Cette restauration de la messe hebdomadaire a été fortement encouragée par les évêques et les prêtres ou les pasteurs et elle est maintenant une pratique courante chez les luthériens[19]. Par ailleurs, les ministres du culte apportent les espèces eucharistiques aux malades dans les hôpitaux et les maisons de retraite.[réf. nécessaire]

Messe anglicane[modifier | modifier le code]

La messe dans l'anglicanisme[modifier | modifier le code]

Selon la doctrine anglicane classique décrite par les Trente-neuf articles, les églises de la Communion anglicane célèbrent deux sacrements : le baptême et l’Eucharistie. À l'heure actuelle, une grande variété de positions doctrinales coexistent sur la question de l'Eucharistie. Quelques Anglicans la considèrent comme un simple mémorial, mais la plupart adhèrent à une forme plus ou moins forte de présence réelle du Christ dans le pain et le vin.

Dans le monde anglican, le terme utilisé montre souvent les opinions théologiques que professe sur l'Eucharistie celui qui l'utilise : les termes classiquement employés sont « la sainte communion », « la sainte Eucharistie », « la Cène du Seigneur » ou « sainte Cène » , « la Divine Liturgie », à côté du terme « messe » (en anglais : mass), souvent considéré comme un terme anglo-catholique. Les anglicans qui se disent « du juste milieu » (Middle-of-the-road Anglicans) se servent presque uniformément du mot d'introduction récente, « Eucharistie » (Eucharist en anglais), pour désigner l'ensemble de la célébration eucharistique.

Structure du rite[modifier | modifier le code]

Les diverses liturgies eucharistiques utilisés par les Églises nationales de communion anglicane n'ont cessé d'évoluer depuis les premières éditions du Book of Common Prayer (Livre de la prière commune), qui se fondait de façon assez lâche sur la messe d'avant le concile de Trente. La structure de la liturgie, élaborée dans la tradition du Règlement élisabéthain, permet une grande variété d'interprétations théologiques et, généralement, suit approximativement la même forme. Certains des éléments suivants, voire tous, peuvent être modifiés, voire absents, selon le rite, le calendrier liturgique et les usages de l'Église, provinciale ou nationale :

Statue de Richard Hooker (1554–1600), l'un des fondateurs de la théologie anglicane, devant la cathédrale d'Exeter
  • La réunion de la communauté : elle débute par une salutation faisant référence à la Trinité ou une acclamation variant selon l'année liturgique ; suivent la collecte de purification, le Gloria in Excelsis Deo ou un autre chant de louange, le Kyrie eleison, et/ou le Trisagion, et enfin la collecte du jour. Pendant le Carême, et/ou l'Avent en particulier, cette partie du service peut commencer ou se terminer par un rite pénitentiel.
  • La proclamation de la Parole: habituellement, deux ou trois lectures de l'Écriture, dont l'une est toujours tirée de l'Évangile, ainsi qu'un psaume (ou une partie de psaume) ou un cantique entre les lectures. Elle est suivie d'un sermon ou d'une homélie ; la récitation du Symbole des Apôtres, celui de Nicée ou d'Athanase; les prières de la congrégation ou d'une intercession générale, une confession générale et l'absolution, le tout conclu par la formule : « La Paix du Seigneur soit avec vous. ».
  • La célébration de l'Eucharistie: on apporte alors le pain et le vin, avec d'autres offrandes (comme l'argent de la quête et/ou de la nourriture pour une banque alimentaire, etc), et on récite une prière de l'offertoire. Ensuite est récitée une prière eucharistique (appelé « The Great Thanksgiving »). Cette prière se compose d'un dialogue (Sursum Corda), d'une préface, du Sanctus (dont le Benedictus), des paroles de l'Institution, de l'anamnèse, d'une épiclèse, d'une supplique pour le salut et de la doxologie. La Prière du Seigneur précède la fraction du pain, suivie par la Prayer of Humble Access[20] et/ou de l'Agnus Dei et de l'administration des espèces consacrées (le pain et le vin). Après la communion de tous ceux qui ont désiré la faire vient une prière d'action de grâces pour la post-communion. Le service religieux se termine par une bénédiction au nom de la Trinité et le renvoi.

La liturgie se divise en deux parties : la liturgie de la Parole et la liturgie de l'Eucharistie, mais on considère que la liturgie elle-même fait tout entière partie de la Sainte Eucharistie. Les parties et l'ordre de la liturgie sont presque identiques à ceux du rite romain, si ce n'est que, dans la liturgie anglicane en usage en Amérique du Nord, la confession des péchés termine la liturgie de la Parole, tandis que dans le rite romain et dans les rites anglicans du reste du monde, la confession se fait peu après le début du service. Certaines paroisses anglo-catholiques, en particulier dans l'Église d'Angleterre, utilisent pour célébrer la messe la forme actuelle ordinaire du Rite romain.

La tradition anglicane comprend des rites distincts pour les messes de mariage, les messes d'enterrement, et les messes votives. L'Eucharistie fait partie intégrante de nombreux autres services religieux, y compris l'ordination et la confirmation.

Cérémonial[modifier | modifier le code]

Pour la célébration de la messe un petit nombre de paroisses anglo-catholiques utilisent des versions anglicanes du missel tridentin, comme l'English Missal, l'Anglican Missal, ou l'American Missal, qui sont tous destinés essentiellement à la célébration de l'Eucharistie. Un grand nombre de paroisses anglo-catholique dans l'Église d'Angleterre utilisent la messe de Paul VI ou A Manual of Anglo-Catholic Devotion (qui a remplacé l'ancien Manual of Catholic Devotion). Aux États-Unis, dans l'Église épiscopale, a été publiée une adaptation anglo-catholique dans une langue traditionnelle du Livre de prière commune de 1979 (Anglican Service Book).

Tous ces livres contiennent des caractéristiques telles que des méditations à faire au cours de la liturgie par le(s) célébrant(s) qui préside(nt), et d'autres éléments comme le rite de la bénédiction des rameaux lors du dimanche des Rameaux. Il existe des offices spéciaux pour les jours de fête, et des instructions pour des ordres cérémoniels particuliers. Ces livres sont utilisés pour donner une apparence plus largement catholique à la célébration de la liturgie qui se trouve dans le Book of Common Prayer et les ouvrages liturgiques qui y sont rattachés.

Ces livres sont complétés par d'autres où l'on donne des précisions sur les actions rituelles[21].

Locutions associées[modifier | modifier le code]

Expressions liturgiques :

  • messe basse : messe lue, sans chants (synonyme de « petite messe ») ;
  • messe de minuit : messe de la nuit de Noël, célébrée traditionnellement à minuit, à ne pas confondre avec la messe de la vigile de Noël (24 décembre) ;
  • messe des présanctifiés : messe du Vendredi saint, où l’on a recours aux hosties consacrées la veille, le Jeudi saint ;
  • messe sèche : office de dévotion consistant à lire les textes du propre de la messe, sans consécration des espèces ni communion ;
  • messe solennelle : messe où le prêtre est assisté d’un diacre ; ou les messes qui étaient dites à l'occasion de grands évènements comme le sacre d'un prince, d'un roi ou d'un empereur.
  • ordinaire de la messe : ensemble des prières et des chants qui reviennent à chaque célébration en opposition au "propre" de la messe du jour.

Autres locutions :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Ces objectifs sont par exemple exprimés de façon synthétique dans le catéchisme de Pie X, voir cette version en ligne.
  2. Rappelé dans le Catéchisme de l'Église catholique, n°2042
  3. La sainte synaxe
  4. CEC 1992, § 1382
  5. PGMR 2002, § 5
  6. Ecclesia de Eucharistia, 19
  7. Constitution Sacrosanctum Concilium, n°22 et 23
  8. Inter Oecumenici, instruction pour l'exécution de la Constitution sur la liturgie, 26 septembre 1964. Texte de l'instruction
  9. Cette disposition, largement acceptée aujourd'hui, fait encore l'objet de débats. Cf;La messe : face ou dos au peuple? vu par la revue 'Croire.com'.
  10. Nicolas Senèze, « Le dialogue avec les intégristes confié à la Congrégation pour la doctrine de la foi », La Croix, 9 juillet 2009.
  11. , et porte sur les réformes issues du concile Vatican II. Jusqu'à présent, la FSSPX n'est pas considérée comme étant en « pleine communion » avec l'Église catholique. Cf. « Ecclesiae unitatem ou la “sollicitude” de Benoît XVI », agence Zenit, 8 juillet 2009.
  12. a et b Charles Journet, La messe : présence du sacrifice de la croix, chapitre V, 1re section : qui offre la messe ?
  13. Présentation générale du Missel Romain, Les offices et les ministères à la messe.
  14. (en) The Catholical Liturgical Library récapitule les textes magistériels sur cette question.
  15. Présentation générale du missel romain, "structure générale de la messe".
  16. Sacrosanctum Concilium, n°52
  17. (en) The Holies for the Holy, Orthodox Christian information center.
  18. Nicholas Hope, German and Scandinavian Protestantism, 1700 to 1918 (Oxford University Press 1995 ISBN 0-19-826994-3), p. 18; voir aussi Deutsche Messe
  19. Why Commune Every Sunday?. Vérifié le 18 janvier 2010
  20. Dans la liturgie anglicane cette prière correspond à peu près au Seigneur, je ne suis pas digne... du rite romain (Domine non sum dignus dans la liturgie tridentine) qui précède immédiatement la communion.
  21. Par exemple, A Priest's Handbook de David Michno, Ceremonies of the Eucharist de Howard E. Galley, et Ritual Notes par E.C.R. Lamburn. Parmi d'autres guides du cérémonial on trouve la General Instruction of the Roman Missal, Ceremonies of the Modern Roman Rite (Peter Elliott), Ceremonies of the Roman Rite Described (Adrian Fortescue), et The Parson's Handbook (Percy Dearmer).

Références de traduction[modifier | modifier le code]

  • Les sections « Messe anglicane » et « Messe luthérienne » sont traduites, en tout ou partie, des sections correspondantes dans l'article Wikipédia anglophone Mass (liturgy).
  • La section « Rite arménien » est traduite, en tout ou partie, de la section correspondante dans l'article Wikipédia italianophone Celebrazione eucaristica.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Maurice Brouard (dir.), Eucharistia, Encyclopédie de l’Eucharistie, Cerf, 2002.
  • Annibale Bugnini, The Reform of the Liturgy, 1948-1975, The Liturgical Press, 1990.
  • Robert Cabié, L’Eucharistie. Paris 1983 (collection L’Église en prière 2).
  • Arnaud Join-Lambert, Guide pour comprendre la messe, 250 p. Paris, Mame, 2002.
  • Pierre Jounel, La messe hier et aujourd’hui. Paris 1986.
  • Charles Journet, La messe, présence du sacrifice de la Croix, DDB, 1961
  • Josef Andreas Jungmann, Missarum Sollemnia. Explication génétique de la messe romaine. Trad. revue et mise à jour d’après la 3e éd. allemande. Paris 1952–1956 (collection Théologie 19-21).
  • Josef Andreas Jungmann, Histoire de la prière chrétienne, Fayard, 1972.
  • Ghislain Lafont, Eucharistie. Le repas et la parole. Paris 2001.
  • Enrico Mazza, L’action eucharistique. Origine, développement, interprétation. Paris, Cerf, 1999 (collection Liturgie 10).
  • André Philippe M. Mutel, Peter Freeman, Cérémonial pour la sainte messe à l'usage ordinaire des paroisses, Artège, 2010.
  • René Prophète, Mémoire, Sacrifice, Présence réelle, langages eucharistiques, 276p., Ed. Profac Lyon, 2000.
  • Nicolas Senèze, La Crise intégriste : Vingt ans après le schisme de Mgr Lefebvre, Bayard-Culture, collection « Essais », 2008, (ISBN 978-222747718-6) Recension en ligne
  • Pierre Teilhard de Chardin, La Messe sur le monde (1923) Texte en ligne
  • Lionel de Thorey, Histoire de la messe de Grégoire le Grand à nos jours. Paris 1994 (Librairie Académique Perrin).
  • Max Thurian, Le mystère de l’eucharistie. Une approche oecuménique. Paris 1981 (collection Foi chrétienne).
  • Maurice Vloberg, L'Eucharistie dans l'art, 2 vol, tome 1 ill. 142p., tome 2 ill. 317p., Ed. Arthaud, 1946.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]