Plotin
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Plotin est un philosophe né en 205 après J.-C. à Lycopolis, en Égypte, et mort en 270 en Campanie, près de Naples. Il est l'auteur des Ennéades qui contient l'essentiel de sa philosophie. Il est considéré comme le fondateur (malgré Ammonios Saccas) de la pensée néoplatonicienne et le premier scolarque, recteur de l'école néoplatonicienne de Rome.
Les thèses de Plotin sont conformes à celles de Platon : transcendance de l'Un comme premier principe antérieur à l'être (Parménide), dérivation de la réalité multiple à partir de l'Un, caractère autoréflexif de l'intellect, dont les pensées sont les Idées.[1]
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[modifier] Biographie
Les connaissances que l'on a de la vie de Plotin sont principalement rapportées par Porphyre de Tyr, un de ses disciples, dans sa Vie de Plotin (vers 301). Plotin est né à Lycopolis, en Égypte, vers 205. À l'âge de 28 ans, Plotin part étudier la philosophie à Alexandrie, auprès d'Ammonios Saccas, auprès duquel il restera 11 années, de 232 à 243.
« Un ami l'amena [Plotin] chez Ammonios [Saccas], qu'il ne connaissait pas encore. Dès qu'il fut entré et qu'il l'eut écouté, il dit à son ami : 'Voilà l'homme que je cherchais. (τοῦτον ἐζήτουν)' De ce jour, il fréquenta assidûment Ammonios (...). Herennios, Origène [Origène le Néoplatonicien, pas le fameux Origène d'Alexandrie, chrétien][2] et Plotin avaient convenu ensemble de tenir secrets les dogmes d'Ammonios, que leur maître leur avait expliqués en toute clarté dans ses leçons. Plotin tint sa promesse ; il était en relation avec quelques personnes qui venaient le trouver ; mais il conservait, ignorés de tous, les dogmes qu'il avait reçus d'Ammonios. Hérennios rompit le premier la convention, et Origène le suivit (...). Pendant fort longtemps, Plotin continua à ne rien écrire ; il faisait des leçons d'après l'enseignement d'Ammonios. Ainsi fit-il pendant dix ans entiers ; il avait quelques auditeurs mais n'écrivait rien. »
— Porphyre, Vie de Plotin, § 3, trad. Bréhier
À 39 ans, il décide d'étudier les philosophies orientales et indiennes, et rejoint donc l'armée de Gordien III qui marche contre la Perse. Mais cette armée est vaincue et Gordien tué en 244, si bien que Plotin doit, non sans difficultés, se réfugier dans la ville d'Antioche.
Plotin fonde à Rome une école philosophique, néoplatonicienne, en 244, sous le règne de Philippe l'Arabe. Il enseigne, en grec, s'attirant la protection de l'empereur Gallien. Il a pour disciples Porphyre de Tyr, Amélius[3], Castracius, Rogatianus. Il n'écrit rien de 244 à 253.
Il meurt à Naples en 270, probablement de tuberculose. Son disciple, Porphyre, qui joua un très grand rôle auprès de Plotin - puisque c'est lui qui engagea son maître à écrire - s'est absenté, dépressif, en Sicile. À son retour, en 270, Porphyre succéda à Plotin comme second scolarque, recteur, de l'école néoplatonicienne de Rome, il organisa et édita les Ennéades de Plotin après 298, vers 300[4], avec une Vie de Plotin.
[modifier] Doctrine
Plotin se présente comme un exégète des enseignements de Platon :
- "La Cause étant l'Intelligence, Platon nomme Père le Bien absolu, le Principe supérieur à l'Intelligence et à l'Essence. Dans plusieurs passages, il appelle Idée l'Être et l'Intelligence. Il enseigne donc que du Bien naît l'Intelligence ; et de l'Intelligence, l'Âme. Cette doctrine n'est pas nouvelle : elle fut professée dès les temps les plus anciens, mais sans être développée explicitement; nous ne voulons ici qu'être les interprètes des premiers sages et montrer par le témoignage même de Platon qu'ils avaient les mêmes dogmes que nous" (Ennéades V.1.8).
Plotin enseigne qu'il existe un « Un », suprême, totalement transcendant, y compris des concepts d'être et non-être. Ces notions (« être » et « non-être ») sont dérivés des objets de notre expérience humaine, mais Lui, l'« Un » infini et transcendant est au-delà de ces objets, et donc au-delà des considérations et catégorisations qui en sont dérivées; au-delà de langage, il est ineffable. L'être, ou l'existence est un attribut, et l'Un se trouve au-delà de ces attributs, puisqu'Il est à leur source.
L'Un n'est pas « n'importe quel existant », ni la somme de ceux-ci, mais précède tous les existants.
De l'Un a émané le reste de l'univers en tant que séquence d'êtres inférieurs. Si des sectateurs de Plotin, notamment Jamblique, ont tiré de là des centaines d'êtres intermédiaires comme émanations intermédiaires entre l'Un et l'humanité, la doctrine de Plotin est beaucoup plus simple.
L'Un ne contient ni division, ni multiplicité, ni distinction, ni changement. Dès lors, aucun attribut ne peut lui être assigné, pas plus que la pensée, car elle implique une distinction entre le penseur et l'objet de sa pensée. De même, ni la volonté, ni l'activité ne peuvent lui être imputées, car cela impliquerait également une distinction entre un « agent » de volonté ou d'agissement et son objet.
C'est cet « Un » qui est la source du monde, non par un acte de création, volontaire ou non, car l'activité ne peut être appliquée à cet « Un » immuable, donc immobile.
Plotin fait ici appel à un principe de logique, savoir que le « moins parfait » doit, nécessairement, émaner d'un « parfait » ou d'un « plus parfait ». Donc, toute « création » émane de l'Un en étapes successives (sans notion de temporalité) de moins en moins parfaites
Plotin offrait donc une alternative à la notion de création ex nihilo, soutenue par les Juifs et les premiers chrétiens, qui selon lui « affligeraient » Dieu des délibérations d'un esprit et des actions de la volonté. Au contraire, l'Emanatio ex Deo, confirme Son absolue transcendance, faisant du déploiement cosmique une coïncidence de Son existence. Ces émanations ne L'affectent en aucune manière, pas plus qu'elles ne Le diminuent. Il ne Se divise pas en une multitude d'êtres inférieurs, ni ne Se morcelle. Plotin établit l'analogie avec le Soleil dont émane la lumière sans qu'il n'en soit diminué, ou avec un reflet, qui ne diminue en rien l'objet reflété.
La première émanation est le Noüs (la « Pensée »), que Plotin identifie avec le démiurge platonicien, évoqué dans Timée. Du Noüs émane l'« Âme du monde », que Plotin divise en niveaux « inférieur » (la « Nature »), et « supérieur ». De l'Âme du monde émanent les âmes humaines, et enfin la matière, degré le plus bas d'être et de perfection.
Cependant, bien que le monde matériel soit au plus bas de cette « procession », Plotin critique le dédain professé par les gnostiques pour la matière. Au contraire, elle est de nature divine, puisqu'émanant du Noüs et de l'Âme du monde.
La nature religieuse de la philosophie de Plotin est également illustrée par le concept d'union avec l'Un dans l'« extase » ou plutôt l' "enstase", à laquelle Plotin serait parvenu plusieurs fois sur le temps que Porphyre étudia avec lui, aux dires de ce dernier.
La parenté avec l'illumination, la libération, l'union mystique est évidente.
Le néoplatonisme fut quelquefois utilisé comme support philosophique du paganisme, comme moyen de défense contre le christianisme. Pourtant, c'est dans le christianisme qu'il obtint la plus grande audience, influençant Augustin d'Hippone, l'un des premiers Pères de l'Église, et d'autres. Le néoplatonisme est à ce point rattaché à la chrétienté que l'auteur du Fons Vitae, Avicebron fut pris pour un chrétien alors qu'il s'agissait d'un Juif, Salomon ibn Gabirol. La place du néoplatonisme dans le christianisme est centrale : le pseudo-Denys, fondateur de la théologie négative, reprend indirectement Plotin via Proclos. Du Pseudo-Denys, on peut alors remonter à Thomas d'Aquin qui le cite comme référence mystique la plus autorisée, mais aussi, quoiqu'indirectement, à la mystique rhénane (Maître Eckard, Tauler, Suso)
[modifier] La procession
La procession (en grec proodos ou cathodos), évoque l'émanation par laquelle l'Un produit l'Intellect, puis l'Âme, le monde, les êtres.
- L'Un
- L'Intellect
- L'Âme
- La matière
[modifier] La conversion
La conversion, épistrophe en grec, est le mouvement inverse de la procession, le retournement des êtres vers leur principe. Ainsi, intermédiaire entre le monde intelligible et le monde sensible, l'Âme peut se retourner vers sa source pour la contempler et en jouir. En se détournant du monde matériel et à travers l'expérience esthétique, puis la conversion philosophique, elle peut s'élever jusqu'à la contemplation de l'Un.
[modifier] Bibliographie
[modifier] Œuvres
Traduction en ligne Marie-Nicolas Bouillet (1861) [1] [2] Ordre des Ennéades (6 groupes de 9 traités, selon Porphyre) et ordre chronologique (54 traités)
- Première Ennéade
- 1 Qu'est-ce que l'animal ? (= traité 53) Qu’est-ce que l’animal, qu’est-ce que l’homme ?
- 2 Des vertus (= traité 19) [3]
- 3 De la dialectique (= traité 20)
- 4 Du bonheur (= traité 46)
- 5 Le bonheur s'accroît-il avec le temps ? (= traité 36)
- 6 Du beau (= traité 1)
- 7 Du premier bien et des autres biens (= traité 54)
- 8 Qu'est-ce que les maux et d'où viennent-ils ? (= traité 51)
- 9 Du suicide raisonnable (= traité 16)
- Deuxième Ennéade
- 1 Du monde ou du ciel (= traité 40) Du ciel
- 2 Du mouvement du ciel (= traité 14)
- 3 De l'influence des astres (= traité 52)
- 4 Des deux matières (= traité 12)
- 5 Que veut dire 'en puissance' et 'en acte' ? (= traité 25)
- 6 De la qualité et de la forme (= traité 17)
- 7 Du mélange total (= traité 37)
- 8 Pourquoi les objets vus de loin paraissent-ils petits ? (= traité 35)
- 9 [Contre les gnostiques] Contre ceux qui disent que le démiurge du monde est méchant et que le monde est mauvais (= traité 33)
- Troisième Ennéade
- 1 Du destin (= traité 3)
- 2 De la Providence (I) (= traité 47)
- 3 De la Providence (II) (traité 48
- 4 Du démon qui nous a reçus en partage (= traité 15)
- 5 De l'Amour (= traité 50)
- 6 De l'impassibilité des choses incorporelles (= traité 26)
- 7 De l'éternité et du temps (= traité 45)
- 8 De la nature, de la contemplation et de l'Un (= traité 30)
- 9 Considérations diverses (= traité 13)
- Quatrième Ennéade
- 1 De l'essence de l'âme (= traité 21)
- 2 Comment l'âme tient le milieu entre l'essence indivisible et l'essence divisible (= traité 4)
- 3 Question sur l'âme (I) (= traité 27)
- 4 Question sur l'âme (II) (= traité 28)
- 5 Questions ur l'âme (III) (= traité 29)
- 6 Des Sens et de la Mémoire (= traité 41)
- 7 De l'immortalité de l'âme (= traité 2)
- 8 De la descente de l'âme dans le corps (= traité 6)
- 9 Toutes les âmes forment-elles une seule âme ? (= traité 8)
- Cinquième Ennéade
- 1 (= traité 10)
- 2 (= traité 11)
- 3 (= traité 49)
- 4 (= traité 7)
- 5 (= traité 32)
- 6 (= traité 24)
- 7 (= traité 18)
- 8 (= traité 31)
- 9 (= traité 5)
- Sixième Ennéade
- 1 (= traité 42)
- 2 (= traité 43)
- 3 (= traité 44)
- 4 (= traité 22)
- 5 (= traité 23)
- 6 Des Nombres (= traité 34)
- 7 Comment est née la multiplicité des idées : du Bien (= traité 38)
- 8 De la Liberté et de la Volonté de l'Un (= traité 39)
- 9 Du Bien ou de l'Un (= traité 9)
[modifier] Sources sur Plotin
- Porphyre, Vie de Plotin (vers 301), trad., Vrin, 2 t. [4] Vie de Plotin
- Porphyre, Contre les chrétiens, fragment 39 (éd. Harnack) (= Eusèbe, Histoire ecclésiastique, VI, 19).
- Eunape de Sardes, Vies des sophistes (vers 395). [5]
[modifier] Faux
- Théologie d'Aristote : paraphrase des trois dernières Ennéades de Plotin, peut-être fondée sur une version syriaque qui remonterait au VIe siècle. : Platoni Opera, édi. par P. Henry et H. R. Schwyzer, t. II, 1959, Bruxelles.
[modifier] Études sur Plotin
(par ordre alphabétique)
- M. Bilolo: La notion de « l’Un » dans les Ennéades de Plotin et dans les Hymnes thébains. Contribution à l’étude des sources égyptiennes du néo-platonisme. In : D. Kessler, R. Schulz (Hrsg.), "Gedenkschrift für Winfried Barta Htp dj n Hzj", (Münchner Ägyptologische Untersuchungen, Bd. 4), Frankfurt; Berlin; Bern; New York; Paris; Wien: Peter Lang, 1995, pp. 67–91.
- André Bord, Plotin et Jean de la Croix, Paris, Beauchesne, 1996.
- Émile Bréhier, La philosophie de Plotin, Paris, 1928.
- Arielle Castellan, "Plotin. L'ascension intérieure.", Paris, éditions Michel Houdiard, 2007, 130 pages.
- Michel Fattal, Logos et image chez Plotin, Plotin chez Augustin, suivi de Plotin face aux Gnostiques, Paris, L'Harmattan, "Ouverture philosophique", 2006, 184 pages.
- Maurice de Gandillac, La sagesse de Plotin, Paris, 1952.
- Pierre Hadot, "Plotin ou la simplicité du regard" (1973), Paris, Gallimard "Folio essais", 1997,201 pages.
- P. Henry, "Vers la reconstitution de l'enseignement oral de Plotin", Bulletin de l'Académie royale de Belgique, XXIII (1937).
- Stefan Leclercq, Plotin et l'expression de l'image, Éditions Sils Maria, 2005, 134 pages.
- Jean-Marc Narbonne, « Les écrits de Plotin : genre littéraire et développement de l’œuvre », dans Martin Achard et François Renaud (éds.), Le commentaire philosophique (II), Laval théologique et philosophique, 64.3, 2008, p. 627-640.
- Michel Tardieu, "Les Gnostiques dans la Vie de Plotin. Analyse du chapitre 16", dans : Porphyre. La Vie de Plotin, édité par L. Brisson et alii, t. II, coll. Histoire des doctrines de l'Antiquité classique, 16, Paris, Librairie Vrin, 1992, pp. 503–563.
- Jean Trouillard, La purification plotinienne, PUF, 1955.
- Jean Trouillard, La procession plotinienne, id.
[modifier] Notes et références
- ↑ H. J. Krämer, Der Ursprung der Geistmetaphysik, Amsterdam, Verlag P. Schippers, 1964.
- ↑ R. Goulet, in Porphyre, Vie de Plotin, Vrin, t. 1, p. 257-261.
- ↑ Luc Brisson, "Amélius. Sa vie, son oeuvre, sa doctrine, son style", Aufstieg und Niedergang der Römischen Welt, Teil II: Band 36.2, 1987, p. 793-860.
- ↑ Henri-Dominique Saffrey, "Pourquoi Porphyre a-t-il édité Plotin ? Réponse provisoire", in Porphyre, Vie de Plotin, t. II, Paris, Librairie philosophique J. Vrin, 1992, pp. 31-64.
[modifier] Voir aussi
[modifier] Articles connexes
[modifier] Liens externes
[modifier] Textes en ligne
- Texte grec et traduction française des Ennéades de Plotin, édition Kirchhoff, traduction Bouillet
- Œuvres complètes de Plotin en cours d'édition
- Vie de Plotin, par Porphyre de Tyr, site de P. Remacle
- La Philosophie de Plotin, Émile Bréhier
[modifier] Articles
- Plotin critique d’Aristote, Bernard Pitou, Académide de la Réunion
- De la méthode : la rationalité chez Plotin, P. Géraud, Académide de la Réunion

