Libération (journal, 1941-1964)

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Libération
Le quotidien républicain de Paris

Pays France
Langue français
Périodicité quotidien (à partir d'août 1944)
Genre Presse clandestine de la Résistance française
Après la Libération, journal quotidien d'information
Date de fondation juillet 1941
Date du dernier numéro novembre 1964
Éditeur Libération-Sud
Ville d’édition Lyon, Paris (1944-1964)

Directeur de publication Georges E. Vallois
Directeur de la rédaction Emmanuel d'Astier de la Vigerie

Libération était un journal édité entre 1941 et 1964. D'abord journal clandestin du mouvement de résistance Libération-Sud (mouvement entre autres d'Emmanuel d'Astier, Lucie et Raymond Aubrac), le journal continue après la guerre. Son directeur, appartient alors à la mouvance dite des "Compagnons de route" du Parti communiste français. En 1973, son titre sera repris par Jean-Paul Sartre et Serge July pour la création de leur journal.

Historique[modifier | modifier le code]

Débuts clandestins[modifier | modifier le code]

En juillet 1941, Jean Cavaillès et Emmanuel d'Astier de la Vigerie lancent Libération, le journal clandestin du mouvement de résistance Libération-Sud. L'aventure éditoriale commence par un tirage à 10 000 exemplaires pour le premier numéro, cosigné par André Lassagne, Raymond Aubrac et Jean Cavaillès[1]. En atteignant des pointes de 200 000 exemplaires tirés, il devient l'un des plus importants et des plus diffusés des journaux de la Résistance, avec Combat. Durant les six premiers mois de son existence, le "maître d'œuvre" de la rédaction est un rédacteur du quotidien clermontois La Montagne, Jean Rochon[2] De 1942 à avril 1944, date de son arrestation, le rédacteur en chef en est le journaliste-écrivain Louis Martin-Chauffier[3]. Comme le mouvement dont le journal est issu, la rédaction mêle des hommes venus d'horizons politiques divers : socialistes, communistes, syndicalistes de la CGT et militants du syndicalisme chrétien. Parmi les premiers contributeurs, on retrouve Anna Bellini, Lionel Brahic, David Wettel ou Pierre Savornin.

En difficulté de trésorerie dès ses premiers numéros, le journal ne devait sa survie que par l'apport financier d'un industriel résistant Yvon Morandat, puis bénéficiait comme d'autres organes clandestin de fonds octroyés par le chef de la France libre. Ils permettent une parution tous les 15 jours : 35 numéros sortent entre novembre 1942 et août 1944[4] et le tirage passe de 20 000 exemplaires (no 12, novembre 1942) à 200 000 dans l'été de 1944. Le titre est tiré dans un réseau d'imprimerie et la diffusion est organisée par région. Cette organisation est mise en place par Jean Meurillon avec l'aide du jeune Jean Dutourd.

Après la libération[modifier | modifier le code]

À la libération de la France, en août 1944, le journal paraît au grand jour, dirigé par Emmanuel d'Astier. Dès le 21 août il devenait quotidien. La direction du journal était en fait bicéphale, Emmanuel d'Astier étant assisté par Pierre Hervé[5], responsable avant-guerre de l'Union des étudiants communistes.

L'existence du journal fut rapidement liée à des contraintes financières. Libération portait les aspirations d'un courant de la gauche de la Résistance, vers une unité d'action entre des mouvements issus de la résistance non communiste et le Parti communiste français. Cette unité ne se réalisait pas et, dès 1946, le lectorat du journal déclinait.

En 1948, en proie à des difficultés financières, le journal reçut le renfort de journalistes issus d'un autre quotidien né dans la Résistance, Franc-Tireur. Le codirecteur de ce journal, Georges-Eugène Vallois, devint directeur général de Libération et le resterait jusqu'à la fin du quotidien, en 1964. Mais le journal ne cessait d'être déficitaire. Il recevait pour survivre le soutien financier du PCF. Des liens d'amitié avaient été noués entre d'Astier et Maurice Thorez. Les imprimeries du Boulevard Poissonnière éditaient les deux titres, Libération et L'Humanité.

Les divergences politiques survenues entre d'Astier et le PCF après le retour du général de Gaulle au pouvoir en 1958, des lecteurs de moins en moins nombreux, la mort de Maurice Thorez, sont autant de facteurs qui remirent en cause le soutien du parti communiste. Faute de celui-ci, le journal cessa de paraître le 27 novembre 1964.

En l'espace de vingt ans, le tirage était passé de 200 000 à 60 000 exemplaires. Là résidait plus profondément la cause de sa mort. En 1966, Emmanuel d'Astier, dans un livre écrit par le journaliste Francis Crémieux[6], revenait sur son expérience de directeur du journal.

Vingt années durant, la rédaction pluraliste de ce journal, qui se proclamait en sous-titre « Le quotidien républicain de Paris », avait fait se côtoyer des journalistes venus de divers horizons de la gauche. Certains étaient engagés par ailleurs dans des tentatives de créer un parti socialiste « unitaire », entre les deux grandes forces de la gauche, le PCF et la SFIO. D'entre les noms des principaux rédacteurs ou éditorialistes, quelques-uns retiennent l'attention.

Une rédaction pluraliste, issue de toute la presse de gauche[modifier | modifier le code]

Parmi les nombreux dessinateurs satiriques, qui illustrèrent les pages de Libération, le jeune André Escaro (né en 1928) assura les dessins de une de 1957 à 1964, avant de se consacrer au Canard enchaîné. Il était aussi le caricaturiste des coureurs au moment du Tour de France. Ses devanciers, souvent éphémères, ayant travaillé pour Libération ont nom Louis Berings, Jean Effel, Jacques Naret, Mittelberg, Robert Fuzier...

Nombres d'autres journalistes travaillèrent à Libération : Jean Freire, Louis de Villefosse, Jean Avran, Michel Hincker. Parmi eux aussi on relève René Fallet et Robert Scipion, François Cavanna comme dessinateur et Irène Allier y effectue ses débuts.

Les rubriques littéraires et des loisirs[modifier | modifier le code]

Les spectacles et la littérature, la page 2 du journal leur est dédiée, sont commentés par des plumes reconnues dans leur spécialité :

  • Jeander, assure la critique de cinéma.
  • Jacqueline Fabre (1916-1996), s'occupe de la rubrique cinéma et spectacles. À la chute de Libération, elle rejoint d'abord Paris-Jour, puis Télé-7 Jours jusqu'Á sa retraite.
  • René Dazy, s'occupe de la rubrique spectacle.
  • Guy Dornand, est le critique théâtral.
  • Paul Morelle (1917-2007), dirige le service culturel et écrit la critique littéraire et la critique théâtrale. Il rejoint Le Monde en 1969.
  • Claude Roy (1915-1997), assure la chronique de la littérature, comme il le fait régulièrement dans les pages de France Observateur, après sa rupture avec le parti communiste, à la suite des événements de Hongrie en 1956.

Le service des sports occupe une pleine page du quotidien, pour une pagination moyenne de 6 pages, ce qui dénote un intérêt certain de la part des lecteurs. Le chef de ce domaine est André Chaillot. Spécialisé dans le basket-ball, syndicaliste dirigeant parmi les journalistes sportifs, il dispose de collaborateurs spécialisés :

La plupart écrivent aussi pour l'hebdomadaire sportif Miroir Sprint. Pour terminer cet inventaire des collaborateurs du journal, il faut citer A-E Mars Valett, le spécialiste d'une rubrique "ici l'on pêche", très régulière et sans doute très lue.

Héritage du journal[modifier | modifier le code]

Peu de temps après la cessation de parution du journal, son directeur emblématique appelle, lors des élections présidentielles de 1965, à voter pour le général de Gaulle. La plupart des anciens journalistes[7] font savoir par une lettre publiée dans Le Monde qu'ils réprouvent "catégoriquement l'initiative d'Emmanuel d'Astier" et qu'ils " ont toujours lutté pour l'unité de la gauche française." Le destin politique d' Emmanuel d'Astier brouille en effet la vision rétrospective d'un journal qui vécut, le temps d'une courte IVe République, dans une attitude "progressiste", à la lisière du Parti communiste, par lequel Emmanuel d'Astier devait son mandat de député d'Ille-et-Vilaine[8] et des forces qui se constituent en 1960 en un Parti socialiste unifié (PSU).

L'héritage éditorial du titre perturbe un peu plus le panorama.

Son titre, en effet est ultérieurement repris par Jean-Paul Sartre et Serge July pour la création de leur journal. Pour ce faire, ils ont obtenu l'accord de la veuve de d'Astier, sur l'insistance de Michel-Antoine Burnier. Mais les deux journaux, édités dans des tranches historiques différentes, ont peu de points communs.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (fr) « André Lassagne - Mémorial de Caluire Jean Moulin - Maison du Docteur Dugoujon », sur memorialjeanmoulin-caluire.fr (consulté le 25 juillet 2011)
  2. Geoffroy d'Astier de la Vigerie : Emmanuel d'Astier de la Vigerie, combattant de la Résistance et de la Liberté (1940-1944), note biographique Jean Rochon (1903-1944), p. 331.
  3. Notice "Martin Chauffier" Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, version papier tome 35, p. 397-400.
  4. Geoffroy d'Astier, p. 330. les chiffres et détails cités ici proviennent de cette
  5. Pierre Hervé quitte la rédaction en décembre 1946 pour devenir rédacteur en chef adjoint de L'Humanité
  6. Entretiens avec Emmanuel d'Astier ; (Éditions Pierre Belfond)
  7. Le texte mentionne vingt-cinq noms, parmi lesquels figurent Henry Bordage, rédacteur en chef; Marcel Fourrier et André Sauger, éditorialistes; René Maisons, secrétaire général; quatre chefs de service, André Chaillot (sports), Jean-François Dominique (Informations), Jean-Maurice Hermann (étranger), Michel Hincker (économie); cinq chefs adjoints, Jean Avran (politique), René Dazy (spectacles), Albert-Paul Lentin (étranger), Maurice Lissonde, et Roland Vuillaume (informations); François Fontvielle-Alquier, chroniqueur, Jean Freire et Henri Champsavoir, rédacteurs politiques; Maurice Cuvillon, administrateur, etc.
  8. D'astier est "apparenté au groupe communiste" à la Chambre des députés de 1946 à 1958, avec quelques autres élus de l'Union progressiste (Pierre Cot, député de Savoie, Robert Chambeiron, député des Vosges, Pierre Meunier, député de la Côte-d'Or, Pierre Dreyfus-Schmidt, élu de Belfort, Gilbert de Chambrun, député de la Lozère)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Geoffroy d'Astier de la Vigerie : Emmanuel d'Astier de la Vigerie, éditions France Empire, Paris, 2009.
  • Laurent Douzou : La désobéissance, histoire du Mouvement Libération-sud, Éditions Odile Jacob, Paris, 1995
  • Claude Estier : La gauche hebdomadaire, 1914-1962, Collection Kiosque, Armand Colin, 1962
  • Claude Estier : J'en ai tant vu. Mémoires, Éditions le cherche midi, 2008.
  • Dictionnaire Biographique du Mouvement Ouvrier Français, Éditions Ouvrières, volumes 16-44, 1919-1939 />
  • Dictionnaire biographique du Mouvement Ouvrier Mouvement Social, 1940- mai 1968. Tome 1, Editions de l'Atelier, Paris 2006 : Notice Emmanuel d'Astier de la Vigerie, signée Laurent Douzou.
  • Francis Crémieux : entretiens avec Emmanuel d'Astier, Éditions Pierre Belfond, Paris, 1966
  • Dico / Solo : Plus de 5000 dessinateurs de presse et 600 supports, en France de Daumier à l'an 2000. AEDIS, 2004.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]