Honneur

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L'honneur peut se définir comme un lien entre une personne et un groupe social qui lui donne son identité[1]. L'honneur se gagne par des actes admirés par la collectivité; on subit la honte en conséquence d'actes méprisés. En ce sens, l'honneur est un attribut collectif, comme la vertu est un attribut individuel. Il peut y avoir des vertus secrètes; d'honneur secret, point. L'honneur, mais surtout le déshonneur et la honte se transmettent aux proches par contagion.

Dans une même société, il y a le plus souvent des groupes d'honneur différent. Dans les groupes criminels, ne pas parler à la police est une question d'honneur; fréquenter un délateur atteint au statut de la personne; tandis que dans la même ville, d'autres gens ont une répulsion du même ordre en ce qui concerne l'usage de la violence, et considèrent comme moralement contaminée une personne qui la pratique, fut-ce dans un contexte sportif, comme la boxe ou le rugby. Si Boileau note qu'un vrai fourbe met son honneur à ne jamais tenir sa parole (Satires XI) c'est que la valeur de référence, pour ceux qu'il estime, c'est le pouvoir de manipuler son prochain; c'est ce qui le définit comme fourbe.

Lorsque des institutions reconnaissent par un acte public l'importance pour elles d'une personne, cela s'appelle conférer des honneurs. Il y a le tableau d'honneur avec le portrait de l'employé du mois; les États donnent des décorations, dont en France la principale est la Légion d'honneur. L'appétit des gens pour ces distinctions les amène parfois à manquer leur but. Des candidats avides utilisent, pour les obtenir, des moyens opposés aux valeurs qui soutiennent l'institution. La réaction à cette conséquence de l'institutionnalisation de l'honneur amène d'autres personnes à mettre leur honneur à refuser les honneurs.

Origines[modifier | modifier le code]

L'honneur procède

« Du lat. class. honos, honoris, masc. « honneur rendu aux dieux, décerné à qqn, marque de considération; charge, magistrature, fonction publique »; à l'époque médiév., honor désigne surtout la charge octroyée par le roi au comte, au duc, aux officiers royaux[2]. »

L'honneur est une marque de vénération, de considération attachée elle aussi à la vertu et au mérite. Consécutivement, l'honneur est donc une forme d'estime dont on jouit après le combat comme une récompense. Il faut alors comprendre que, pour bénéficier de l'honneur, pour être qualifié d'honorable, il fallait donc avoir combattu. En ce sens, ne rien faire n'était pas un comportement pouvant être qualifié d'honorable, alors qu'il pourrait l'être à notre époque plus paisible (patience courageuse, abstention de revanche, primauté de la réflexion sur l'action, refus de faire une chose choquante, méditation et contemplation monastiques, etc.).

Déclinaisons de la notion d'honneur[modifier | modifier le code]

Dans le cadre de cette filiation sémantique, l'honneur semble être à l'origine un concept social, patrimonial et moral positif, qui se décline de la manière suivante :

  • Bien accordé par un suzerain à ses hommes. C'est une récompense, un butin patrimonial qui est plus ou moins synonyme de fief. Le terme reste en usage pour l'AngleterreGuillaume le Conquérant avait pris soin à ne pas laisser s'établir des principautés. L'un des plus importants, l'honneur de Richmond passera à la famille ducale de Bretagne mettant les ducs bretons dans une situation difficile lors de la guerre de Cent Ans. On connaît aussi l'honneur de Leicester qu'a possédé un temps la famille de Grandmesnil.
  • Actes de distinction : (rendre les honneurs à...) les honneurs militaires ou les honneurs funèbres, Dame d'honneur ; les diplômes ou Prix d'honneur ; les médailles d'honneur et la décoration de la Légion d'honneur ; les titres décernés Honoris Causa ou à titre honoraire ; Etre fait Citoyen d'honneur d'une ville ; passer sous une haie d'honneur ; faire l'honneur de sa maison à quelqu'un signifie lui faire honneur. Par extension, rentrent dans cette catégorie toutes les distinctions qui font honneur à quelqu'un (décorations, coupes, titres honorifiques ou de noblesse, trophées artistiques, etc.), ainsi que le fait de mettre en lumière ou à l'affiche (mettre à l'honneur) une personne, un événement, un fait, une chose, un métier, une catégorie (générationnelle, sociale...), un comportement (le civisme, par exemple), un territoire, etc.
  • Dignité, fierté, loyauté, éthique d'un individu, ou d'un groupe : une déclaration sur l'honneur ; donner sa parole d'honneur ; Piquer d'honneur revient à persuader quelqu'un que son honneur est en cause ; prendre tout au point d'honneur équivaut à de l'extrême susceptibilité quant à l'honneur ; engager son honneur ou celui du groupe auquel on appartient (l'honneur d'un officier ou de l'Armée) ; honneur national ; tomber au champ d'honneur ; fors l'honneur (François Ier) ; mettre un point d'honneur à, code d'honneur... La radicalisation du sens de l'honneur amène le sentiment individuel revanchard, selon la perception des circonstances historiques ou, tout au contraire le sentiment mortifère de honte en cas d'échec, d'erreur ou de faute déshonorante (mutilation du petit doigt chez les Yakuza et suicide rituel des japonais par hara-kiri). Vendre son honneur signifie accepter faire quelque chose de déshonorant en échange d'une contrepartie quelconque. Tout au contraire, la banalisation de la notion d'honneur amène à considérer une conduite, un comportement honorable, même lorsqu'il se réalise hors du champ traditionnel de l'honneur, ou qu'il se réalise dans l'abstention (voir ci-dessous)
  • Vertu d'une femme en rapport avec ses mœurs, la perte de sa virginité ou des relations en dehors du mariage, même consenties : ravir son honneur signifie la violer et lui avoir fait perdre sa qualité de jeune fille honorable, même si cette dernière était complice ; rendre l'honneur à une femme signifie l'épouser pour réparer l'offense, avant que ne soit connue l'éventuelle perspective d'enfantement. Aujourd'hui une telle réaction perdure en France dans certaines couches de la société, dès lors qu'un heureux événement s'annonce. Défendre jalousement son honneur signifie protéger sa vertu. Dans certaines sociétés traditionnelles, les atteintes à la vertu d'une femme peuvent provoquer des crimes d'honneur à l'encontre de celle-ci et (ou) de l'homme ayant porté atteinte à son honneur, ayant enfreint le code d'honneur de ladite société.
  • Formules de politesse plus ou moins convenues et solennelles : J'ai l'honneur de..., Faire honneur à..., Votre honneur (lorsque l'on s'adresse à un juge anglosaxon) ;
  • Certaines figures de cartes à jouer, les plus hautes, à certains jeux : les honneurs au bridge (et au Whist dont il dérive), sont As, Roi, Dame, Valet et, comme dans la noblesse qu'ils incarnent, un petit parvenu récemment anobli, le 10 dans le Bridge moderne ! ; au Mhing dérivé du Mah-Jong, les honneurs sont les vents et les dragons.

De manière dérivée (honorable) :

  • Caractère acceptable, mais plus banal, d'un individu, d'un comportement ou d'un résultat : ce comportement est honorable (digne ou seulement, il s'est bien acquitté d'une tache, il s'en est tiré honorablement, cette tâche est à son honneur...). Cela peut se réaliser dans l'action, dans le comportement et la conduite, voire dans l'abnégation ou l'abstention (ne pas s'abaisser, se déshonorer à faire telle chose, avoir le courage de ne pas réagir, ou de supporter, etc). Cela peut se projeter sur la banalisation des critères de la réputation ; cette personne est honorable (bonne réputation ou seulement, ne fait pas parler d'elle, ne pose pas de problème, est bien intégrée). On qualifie aussi un résultat ou une défaite d'honorable, notamment lorsque l'on pouvait craindre un moins bon résultat (sauver l'honneur).

Prise en compte de l'honneur par le système juridique français[modifier | modifier le code]

  • L'atteinte à l'honneur d'une femme, au sens décrit plus haut, se retrouve aujourd'hui dans les notions juridiques de viol ou de harcèlement sexuel, donc seulement lorsque l'atteinte est subie, et se résout par une peine correctionnelle ou criminelle en matière pénale. En cette matière, il est moins question d'honneur aujourd'hui que d'atteinte à la dignité et à l'intégrité de la femme, bien que ce sentiment d'atteinte à l'honneur perdure culturellement dans l'entourage de certaines victimes.
    Le duel était de coutume pour laver son honneur après tout comportement jugé comme un affront
  • L'atteinte à la réputation d'une personne se résolvait par le passé par le duel qui, interdit sous Louis XIII, continua en pratique jusqu'au début du XXe siècle, « comme supplément obligé des lois qui ne connaissent pas des offenses à l'honneur » dira Chateaubriand[3]. Cependant, afin de ne pas encourir de peine criminelle, il s'achevait généralement dès la première goutte de sang versée. La prise en compte de cette atteinte à la réputation se retrouve aujourd'hui dans la notion juridique de diffamation et se résout par l'octroi de dommages-intérêts en matière civile. S'agissant des diffamations dans les médias, la procédure amiable du droit de réponse, si elle est suivie d'effet, peut cependant suffire, au gré du diffamé.
  • La vendetta, c'est-à-dire le fait de se faire justice soi-même notamment pour venger une offense à l'honneur ou une dette d'honneur (meurtre, atteintes physiques ou patrimoniales) est courant dans les populations ayant gardé une tradition culturelle forte et extensive de l'honneur, à laquelle le droit ne répond pas (ou pas assez). Par exemple, en Afghanistan où un père ne saurait se soustraire à sa parole de donner sa fille à marier[4]. Toutefois, dans les sociétés modernes (pays occidentaux notamment), les actes auxquels cette vengeance donne lieu sont sanctionnés à hauteur de l'infraction commise, généralement sans considération pour le motif, selon, au plan pénal ou au plan civil (atteintes patrimoniales et dommages-intérêts).
  • La déclaration sur l'honneur est aujourd'hui admise comme suffisante dans un certain nombre de procédures administratives (déclaration de concubinage, déclaration de situation aux organismes sociaux ou assurances, publication des bans, etc) et se retrouve, en quelque sorte, devant un tribunal lorsque l'on y prête serment.
  • L'atteinte à l'honneur national a fait, ou fait encore parfois l'objet d'une incrimination pénale (Andorre, Bulgarie, Espagne, Italie)[5] mais c'est généralement à travers l'atteinte aux symboles nationaux (drapeau, Chef de l'Etat, hymne national, etc) que cette notion est appréhendée par le droit, comme c'est le cas en France. En droit international, hormis les agressions caractérisées, les actes et les déclarations qui peuvent être considérées comme une atteinte à l'honneur national ne font plus l'objet d'un état de belligérance, comme par le passé. Aujourd'hui, elles se résolvent sur le terrain diplomatique et se traduisent par une demande d'excuses ou, à défaut, par diverses mesures de rétorsion (rappel d'ambassadeur, ou au contraire expulsion de diplomates étrangers, sanctions économiques, etc.).
  • L'octroi de la Légion d'honneur fait l'objet d'un décret du Président de la République. Cette décoration a la préséance sur toutes les autres. Elle donne le droit, à la descendance féminine du titulaire (jusqu'au troisième degré), de bénéficier d'une scolarité à la Maison d'éducation de la Légion d'honneur. La radiation de l'Ordre peut intervenir en cas d'atteinte à l'honneur ou à la dignité. Elle est automatique, parce que considérée comme telle, en cas de déchéance de la nationalité française ou de condamnation à une peine d'emprisonnement d'un an ou plus, pour crime[6]. Cas de Maurice Papon qui, bien que s'étant vu retirer cette décoration, a été enterré avec celle-ci[7].
  • Un enfant, selon le code civil, « doit honneur et respect à ses pères et mères ». Notre code civil reprend ainsi l'un des dix commandements judéo-chrétiens. Le dit code précise que cette obligation pèse sur l'enfant « à tout âge »[8]. Toutefois, en pratique, ce n'est que d'une manière indirecte qu'est sanctionnée cette obligation à l'honneur, notamment, par l'obligation pesant sur les enfants de prendre en charge les obsèques de leurs parents, même en cas de refus de la succession de ces derniers ; la déclinaison la plus concrète de l'obligation d'honorer ses parents étant formalisée dans un autre article du code civil relatif à l'obligation alimentaire due aux ascendants par les enfants[9]. Les enfants sont donc invités, en quelque sorte, à mettre un point d'honneur à assurer à leur parents la réciprocité des obligations d'entretien et d'éducation qui pesaient sur leurs ascendants à leur profit[10].
  • Les avocats doivent répondre de leurs manquements à l'honneur (entre autres) et s'exposent à des sanctions disciplinaires (par exemple une suspension), selon le code disciplinaire et la déontologie qui régissent leur profession[11]. Tel est aussi le cas des magistrats qui manquent à l'honneur de leur charge ou à l'honneur de la justice[12]. De même que pour tout agent public dont les manquements à la probité, aux bonnes mœurs ou à l'honneur peuvent être constitutifs d'une faute professionnelle[réf. nécessaire].

La notion d'honneur[modifier | modifier le code]

Il s'agit à la fois d'une notion sociologique et culturelle, contingente :

  • De la sensibilité individuelle et/ou collective (familiale ou sociétale) ;
  • De la morale et des mœurs d'une époque donnée ;
  • Des circonstances.

Les origines viriles de l'honneur[modifier | modifier le code]

Les origines de l'honneur relient cette notion à la victoire sur le champ de bataille[réf. nécessaire].

Durant l'antiquité, la défaite était cruelle et le vainqueur pouvait humilier l'adversaire. « Vae Victis ! »[13]. Les vaincus, en perdant le contrôle sur leur destin, perdaient, avec tous leur biens y compris les plus précieux, leur honneur dans l'humiliation. Au besoin, le suicide permettait d'échapper à l'ennemi et au déshonneur. Cassius et Brutus se suicidèrent après leurs défaites contre les triumvirs. Dans la société romaine, le pouvoir sur les choses et les gens était exercés par les hommes. Aussi l'honneur, associé au pouvoir sur soi et ses dépendants, épouse, enfants, esclaves, est-il, comme la vertu (de vir, homme), une qualité virile. Cependant, une femme exerçant le pouvoir, la reine d'Égypte, Cléopatre, préfère-t-elle aussi, dans des circonstances semblables, mourir plutôt que d'être exhibée comme vaincue dans le triomphe d'Auguste.

Au Moyen Âge, les chevaliers se souciaient plus de l'honneur de leur lignée que du sort de la bataille, c'est-à-dire de se comporter avec bravoure et panache que de se comporter de manière efficiente[14].

À l'époque moderne, l'honneur reste attaché au devoir patriotique et au sacrifice pour la nation qui seront exaltés pour soutenir l'effort de guerre lors des grands conflits.

L'honneur est d'abord une valeur collective. Il s'attache à la lignée, à la tribu, à la nation. Ainsi, l'honneur perdu d'une femme, c'est-à-dire le fait pour elle d'avoir des relations sexuelles avec un homme qui n'y a pas été intégré (ou à la lignée duquel elle n'a pas été intégrée) est d'abord celui de la lignée. Celle-ci repose sur l'idée que les hommes se perpétuent par le sang dans des femmes, considérées à peu près comme un vase où se développe la semence. Pour que la lignée se poursuive, il faut que la filiation ne puisse être mise en doute[réf. nécessaire]. La virginité d'une femme, sa sexualité ne lui appartiennent pas. C'est un mécanisme de clan, une affaire familiale. C'est l'honneur de la famille, au premier rang duquel se trouve le père, puis le mari, que de protéger la femme de toutes relations hors cadre ou de toutes tentations. Aujourd'hui encore, bien que sous une forme souvent atténuée, se perpétue cette idée que la famille est éclaboussée par la conduite d'une femme, comme elle l'est d'ailleurs par celle des hommes qui manquent à la probité, à la parole donnée, et par ses membres affligés d'une difformité physique, et qu'elle doit donc se plier à certains codes comportementaux et vestimentaires dans ses relations avec les hommes, à peine de mettre en cause l'honneur de son clan[réf. nécessaire].

Ces aspects guerriers et claniques expliquent en partie la survivance de certains codes d'honneur, notamment au nord ou au sud de la Méditerranée, chez des peuples repliés sur leur valeurs familiales, leur territoire et leur tradition de résistance face aux invasions multiples qu'ils ont connues. On pense à la vendetta, à l'omertà et au machisme qui caractérisent le code d'honneur en Sicile et en Corse, ou le Kanoun très stricte en Albanie et en Kabylie. Mais ces origines guerrières, qui permettaient d'obtenir un fief, une ville, un territoire, et donc un titre, que l'on transmettait à sa descendance avec les valeurs viriles qui en étaient la source, expliquent aussi qu'en Occident, l'honneur fut d’abord associé au fait d'être bien né (sous-entendu, issu de cette noblesse guerrière) et d’être ainsi capable, dans l'action, d'une grandeur pouvant dépasser les exigences du strict devoir ou de la stricte utilité. C'est ce qui a fondé les valeurs de la noblesse patriarcale (toutes origines progressivement confondues) pendant quelques siècles.

Le sentiment et le sens de l'honneur[modifier | modifier le code]

C'est un ressenti qui a à voir avec l'éthique personnelle et le sentiment du devoir, selon les conceptions propres à son groupe. Il est susceptible de déterminer une conduite, un comportement social.

L'honneur en Occident selon les catégories sociales : l'honneur aristocratique (traditions et gloire militaire), l'honneur familial bourgeois, qui semble rejoindre l'honneur tribal et clanique (sexualité et mariage), l'honneur prolétaire (honnêteté et travail), l'honneur des truands (omertà et vengeance).

Au soir de la bataille de Pavie (Sixième guerre d'Italie), François Ier écrivit à sa mère « Tout est perdu fors l'honneur »[15]. Pourtant, il avait gardé sa vie et celle des ses fils puisqu'ils furent emprisonnés tous les trois en Espagne pendant plus d'un an. Ils avaient perdu néanmoins près de 10 000 hommes et sa rançon fut négociée contre l'abandon des prétentions de la France sur le Milanais et Naples. Ceci signifie que l'honneur est le contraire des biens matériels.[réf. nécessaire] Mais force est de ne pas s'en tenir à une définition apophatique : on l'associerait volontiers au sang et à la filiation, valeurs viriles s'il en fut. La légalité ne définit pas les règles de l'honneur.

L'honneur dans la littérature[modifier | modifier le code]

  • Platon souligne que le Thumos (l'une des trois parties de l'âme) « est en réalité le siège du courage, du sentiment de dignité, de fierté, d'honneur ».
  • Rabelais donne dans Gargantua (1532) une définition de l'honneur: « ...les gens libères, bien néz, bien instruictz, conversans en compaignies honnestes, ont par nature un instinct et aiguillon qui tousjours les poulse à faictz vertueux et retire de vice, lequel ils nommoient honneur ». (Gargantua, LVII)
  • Jean de La Fontaine illustre dans sa fable Le lièvre et la tortue comment l'honneur peut être dévoyé par l'orgueil ; « Elle (la Tortue) se hâte avec lenteur, Lui cependant méprise une telle victoire, Tient la gageure à peu de gloire, Croit qu'il y va de son honneur, De partir tard (...) ».
  • Montesquieu voit dans l'honneur, le ressort « qui borne la puissance » dans les États monarchistes et modérés. L'honneur « règne, comme un monarque, sur le prince et le petit peuple ». (Esprit des lois, III, X.).
  • Voltaire souligne que l'honneur ne serait pas seulement l'affaire des honnêtes gens : « Je conçois bien qu'un scélérat, associé à d'autres scélérats, cèle d'abord ses complices ; les brigands s'en font un point d'honneur ; car il y a ce que l'on appelle de l'honneur jusque dans le crime ». (Dissertation sur la mort d'Henri IV.).
  • Chamfort évoque ironiquement l'évolution moderne de la notion d'honneur : « Pour ne parler que de morale, on sent combien ce mot, l'honneur, renferme d'idées complexes et métaphysiques. Notre siècle en a senti les inconvénients ; et, pour ramener tout au simple, pour prévenir tout abus de mots, il a établi que l'honneur restait dans son intégrité à tout homme qui n'avait point été repris de justice ». (Maximes et Pensées, Philosophie et morale, XLII)
  • Simone Weil décrit l'honneur comme un moteur de l'âme : « L'honneur est un besoin vital de l'âme humaine. Le respect dû à chaque être humain comme tel, même s'il est effectivement accordé, ne suffit pas à satisfaire ce besoin ; car il est identique pour tous et immuable ; au lieu que l'honneur a rapport à un être humain considéré, non pas simplement comme tel, mais dans son entourage social. Ce besoin est pleinement satisfait, si chacune des collectivités dont un être humain est membre lui offre une part à une tradition de grandeur enfermée dans son passé et publiquement reconnue au-dehors. » (L'Enracinement).

Proverbes et citations au sujet de l'honneur[modifier | modifier le code]

  • Proverbes et dictons :
    • « L'honneur perdu ne se retrouve jamais » (Proverbe français) ;
    • « L'honneur est comme l'œil : on ne joue pas avec lui » (Proverbe scandinave) ;
    • « Dette de jeu, dette d'honneur » (Proverbe québécois) ;
    • « L'honneur fleurit sur la fosse » (Proverbe français) ;
    • « Avril fait la fleur. Mai en a l'honneur » (Dicton français) ;
    • « À tout seigneur, tout honneur » (Proverbe français).
  • Citations :
    • Thérèse Amiel, « Le souvenir de la honte passée préserve l'honneur de l'avenir » ;
    • Guillaume Apollinaire, « L'honneur tient souvent à l'heure que marque la pendule » ;
    • Ferdinand Bac, « Il y a des dignitaires qui ont grimpé aux honneurs le long de leur indignité » (La flûte et le tambour) ;
    • Hervé Bazin, « Quand la loi redevient celle de la jungle, c'est un honneur que d'être déclaré hors-la-loi » (Un feu dévore un autre feu) ;
    • Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais, « Après le bonheur de commander aux hommes, le plus grand honneur n'est-il pas de les juger ? » (Lettre modérée sur la chute et la critique du Barbier de Séville) ;
    • La Bible, « Les cheveux blancs sont une couronne d'honneur » ;
    • Pierre Billon, « La vérité est le prix de l'honneur » (Le livre de Seul) ;
    • Abel Bonnard, « Vous autres, militaires, vous avez bien de la chance : quand vous gagnez les guerres, vous avez la gloire ; quand vous les perdez, vous avez le pouvoir ; et si vous trahissez, il vous reste l'honneur » ;
    • François Cavanna, « L'ennui avec les honneurs, c'est que ça arrive en même temps que la première varice... » (4 rue Choron) ;
    • Miguel de Cervantès, « L'honneur et le profit ne couchent pas dans le même lit » (Nouvelles exemplaires) ;
    • Che Guevara, « Les honneurs, ça m'emmerde ».
    • Gilbert Cesbron, « A force d'accepter les honneurs on finit par croire qu'on les mérite »
    • Nicolas Sébastien-Roche dit Chamfort, « L'homme vit souvent avec lui-même, et il a besoin de vertu ; il vit avec les autres, et il a besoin d'honneur » (Maximes et pensées, caractères et anecdotes) ;
    • Diane de Beausacq, « Les honneurs, comme les échasses, grandissent ceux qui ne seraient jamais devenus grands » ;
    • Abou Bakr, « Fuis les honneurs et l'honneur te suivra : convoite la mort et la vie te sera donnée » (Sentence) ;
    • Georges Bernanos, « La vie vaut-elle plus que l'honneur ? L'honneur plus que la vie ? Qui ne s'est pas posé une fois la question ne sait pas ce qu'est l'honneur, ni la vie » (Scandale de la vérité) ;
    • Léon Bloy, « Dans les questions d'honneur, il n'y a de vrai et de décisif que les coups de pied au cul ! » ;
    • André Breton, « Les dons les plus précieux de l'esprit ne résistent pas à la perte d'une parcelle d'honneur » ;
    • Alfred Capus, « Le devoir, l'honneur ! Des mots à qui on fait dire ce qu'on veut, comme aux perroquets » (Mariage bourgeois) ;
    • Emil Michel Cioran, « L'homme libre ne s'embarrasse de rien, même pas de l'honneur » (Cahiers 1957-1972) ;
    • Pierre Corneille, « L'amour n'est qu'un plaisir, l'honneur est un devoir » (Le Cid) ;
    • Cicéron, « Le maître doit faire honneur à sa maison, et non la maison au maître » ;
    • Charles de Gaulle, « Tout peut, un jour, arriver, même qu'un acte conforme à l'honneur et à l'honnêteté apparaisse en fin de compte, comme un bon placement politique » (Mémoires de guerre) ;
    • Pierre-Gilles de Gennes, « Le vrai point d'honneur n'est pas d'être toujours dans le vrai. Il est d'oser, de proposer des idées neuves, et ensuite de les vérifier » (Le Monde. fr du 22 mai 2007) ;
    • Denis Diderot, « La voix de la conscience et de l'honneur est bien faible quand les boyaux crient » ;
    • Alexandre Dumas fils, « Si les hommes n'entendent rien au coeur des femmes, les femmes n'entendent rien à l'honneur des hommes » (Denise) ;
    • Maurice Druon, « Les honneurs sans le pouvoir sont les pierres tombales de nos ambitions »
    • Edwige Feuillère, « Les honneurs ne sont pas une fin en soi. Je les considère comme une incitation à s'en montrer digne » (Extrait d'une Interview) ;
    • Gustave Flaubert, « Les honneurs déshonorent ; Le titre dégrade ; La fonction abrutit »
    • Berthe Hamelin-Rousseau, « Une femme est fidèle par amour, par honneur ou par habitude »
    • Anne Hébert, « C'est cela une honnête femme : une dinde qui marche, fascinée par l'idée qu'elle se fait de son honneur » (Kamouraska) ;
    • Victor Hugo, « Il y a des gens qui observent les règles de l'honneur, comme on observe les étoiles, de très loin » ;
    • Horace, « L'homme d'honneur n'a pas de rempart aussi sûr Qu'une âme sans remords et qu'un cœur toujours pur » ;
    • Henri Jeanson, « Entre la honte et l'honneur, il n'y a de différent que la dernière syllabe... » (Dialogue du film Le saint de Christian-Jaque) ;
    • Théodore Jouffroy, « Craindre la mort, c'est faire trop d'honneur à la vie » ;
    • Alphonse Karr, « Tant de gens échangent volontiers l'honneur contre les honneurs » ;
    • Eugène Labiche, « Les paroles d'honneur... c'est comme la neige... ça fond devant le soleil ! ... » (Le Misanthrope et l'Auvergnat) ;
    • Jean de La Bruyère, « Rien ne fait plus d'honneur au prince que la modestie de son favori »
    • François de La Rochefoucauld, « Nous essayons de nous faire honneur des défauts que nous ne voulons pas corriger » (Maximes) ;
    • Guy Maheux, « Chez les êtres fiers et sans fortune, l'honneur est la seule richesse ! » (Une sorcière dans mon grain de sable) ;
    • Claire Martin, « Les hommes ont inventé l'honneur de mourir parce que cela permet d'assassiner en paix... » (Les Morts) ;
    • Henri Matisse, « Celui qui vient chez moi me fait honneur Celui qui ne vient pas se fait plaisir » ;
    • Yves Mirande, « Quand je suis presque sûr, je donne ma parole d'honneur ; quand je suis sûr, je parie » ;
    • Molière, « Je veux qu'on soit sincère, et qu'en homme d'honneur, On ne lâche aucun mot qui ne parte du coeur » (Le Misanthrope) ;
    • Alain Monnier, « L'honneur est un luxe de vivant, il n'a plus cours chez les morts » (Les ombres d'Anna) ;
    • Henry de Montherlant, « Mais, s'il y a de l'honneur à souffrir, il y a autant d'honneur à accepter de ne souffrir pas » (Port Royal) ;
    • Yazid ben al-Muhallab, « La moindre des qualités que doit posséder un homme d'honneur consiste à garder un secret. La plus grande consiste à oublier ce secret » ;
    • Jean d'Ormesson, « Les honneurs, je les méprise, mais je ne déteste pas forcément ce que je méprise » ;
    • Pierre Perret, « Sacrifice et patriotisme, Gloire et honneurs fumisteries, Ces mots ne sont que des sophismes, Qui envoient les hommes à la boucherie » (Amour, liberté, Vérité) ;
    • Guy de Rothschild, « Gagner de l'argent n'oblige personne à salir son honneur ou sa conscience » ;
    • Jean-Jacques Rousseau, « Je distingue dans ce que l'on appelle honneur celui qui se tire de l'opinion publique, et celui qui dérive de l'estime de soi-même ». (Julie, 1ère partie, Lettre XXIV.)
    • Bertrand Russell, « Le défaut fondamental des pères est de vouloir que leurs rejetons leur fassent honneur » (Essais sceptiques) ;
    • Charles-Augustin Sainte-Beuve, « Puisqu'il faut avoir des ennemis, tâchons d'en avoir qui nous fassent honneur » (Pensées et maximes) ;
    • Jean-Paul Sartre, « La patrie, l'honneur, la liberté, il n'y a rien : l'univers tourne autour d'une paire de fesses, c'est tout... » ;
    • Bernard-Joseph Saurin, « La loi permet souvent ce que défend l'honneur » (Spartacus) ;
    • Arthur Schopenhauer, « Attribuer une haute valeur à l'opinion des hommes, c'est leur faire trop d'honneur » ;
    • Louis-Sébastien Mercier, « L'honneur d'une fille est à elle : elle y regarde à deux fois. L'honneur d'une femme est à son mari : elle y regarde moins » (Tableau de Paris) ;
    • Alfred de Vigny, « L'honneur, c'est la poésie du devoir » (Journal d'un poète) ;
    • William Shakespeare, « Qu'est-ce que l'honneur ? Un mot. Qu'est-ce que ce mot, Honneur ? De l'air » (Henri IV) ;
    • Publius Syrus, « Qui a perdu l'honneur n'a plus rien à perdre » ;

Sources internet et bibliographiques pour cette partie[16]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Marie Gautheron, L'honneur. Image de soi ou don de soi : un idéal équivoque, Collection Morales, Autrement (Paris),1991, 231 p. (ISSN 2-86260-316-3)
  • Marie-Luce Gélard, Le pilier de la tente. Rituels et représentations de l’honneur chez les Aït Khebbach (Tafilalt), Paris, Maison des sciences de l’homme, 2003
  • Philippe d'Iribarne, La logique de l'honneur. Gestion des entreprises et traditions nationales, Collection Essais, Poche, 1993
  • Florence Weber, L'honneur des jardiniers. Les potagers dans la France du XXe siècle, Belin, coll. « socio-histoire », Paris, 1998, 287 p.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Hobbes, Léviathan (1651), ch. X.
  2. Trésor de la langue française, article « Honneur ».
  3. Mémoires d'outre-tombe, t. VI, p 280
  4. Tel ce vieux père qui en échange d'avoir reçu une jeune fille comme épouse lors de son veuvage a promis dès qu'elle avait 5 ans de donner sa fille à marier en échange. L'ONG, aidée des autorités locales, ne réussira pas à faire changer d'avis le père menacé de mort s'il ne rembourse pas sa dette d'honneur, et qui se sent déshonoré que d'autres s'occupent de cette histoire qui obligera l'enfant à quitter l'école (Nassima, une vie confisquée, Envoyé spécial, France 2, 31 décembre 2008)
  5. Art. 79 du Code Pénal d'Andorre ; art. 88 du Code Pénal 1951 de Bulgarie ; art. 5 du Code Pénal d'Espagne ; art. 291 du Code Pénal 1930 d'Italie
  6. Articles R90 et R91 du Règlement de l'Ordre national de la Légion d'honneur
  7. À cet égard, les autorités publiques ont laissé se dérouler la cérémonie selon les vœux des partisans du défunt [1]
  8. Article 371 du Code civil français
  9. Article 205 du Code civil français
  10. Article 371-2 du Code civil français
  11. Article 138 du décret du 27 novembre 1991 qui vient en complément des dispositions de la loi du 31 décembre 1971
  12. Article 43 de l'ordonnance n°58-1270 du 22 décembre 1958
  13. Tite-Live V, 48
  14. À la bataille de Waterloo, alors que la situation était désespérée, le Maréchal Ney repartit à l'attaque, à pied, en s'écriant : « Venez voir comment meurt un maréchal de France ! ». Et, effectivement, tous les témoins dirent qu'il cherchait la mort, mais que la mort ne voulut pas de lui.
  15. D'après la tradition populaire. Le texte de la lettre est « Pour vous advertir comment se porte le ressort de mon infortune, de toutes choses ne m'est demeuré que l'honneur et la vie qui est saulve... »
  16. Evene. fr [2] ; Le Robert, Dictionnaire des citations françaises et du monde entier (2 vol.) ; Le Robert, Dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française (6 vol.) ; Karl Petit, Le dictionnaire des citations du monde entier, Marabout

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • Différentes définitions de l'honneur selon l'Ordre des Templiers [3]
  • L'honneur et la chose honorable. Bulletin réflexif ; Institut québécois d'éthique appliquée ; [4]