Occupation de la Ruhr

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Territoires occupés de la Ruhr : en vert, la Sarre occupée par la France sous mandat de la Société des Nations. Sont également occupés par les alliés l'Eifel et le Rhin moyen par la France (bleu), la Rhénanie inférieure occidentale par la Belgique (jaune) et région de Cologne par la Grande-Bretagne (brun). France et Belgique occupent la vallée de la Ruhr elle-même
Soldats français dans la région de la Ruhr en 1923.
Retrait des forces françaises de Dortmund en 1924.

Précédée par l’occupation de la Rhénanie, qui lui sert de base de départ, l’Occupation de la Ruhr par des troupes françaises et belges de janvier 1923 à juillet/août 1925 est la conséquence du retard pris par le gouvernement de la République de Weimar, dirigé par Wilhelm Cuno, dans le paiement des dommages de guerre stipulés par le traité de Versailles.

Contexte[modifier | modifier le code]

Contrecarrée par le gouvernement américain[1] dans sa volonté d’obtenir de sérieuses garanties de sécurité de la part de l’Allemagne après la Première Guerre mondiale, la France cherche un meilleur équilibre économique à son profit en exigeant de l’Allemagne des réparations sévères, position soutenue par la Belgique déclarée prioritaire à ce sujet par le traité de Versailles.

Initialement, le gouvernement britannique[2] soutient ces deux pays. Cependant, l'Anglais John Maynard Keynes estime que si l’Allemagne est ruinée, le Royaume-Uni, qui demeure son second partenaire économique, risque de la suivre dans sa chute. Le Royaume-Uni propose donc que l’Allemagne soit autorisée à étaler ses paiements ou à diminuer le montant de sa dette, qui représente 33 milliards de dollars, thèse néanmoins infirmée (1946) par les analyses d'Etienne Mantoux (1913-1945)[3]. Mais la France et la Belgique subodorent qu'une telle politique entraînera, finalement, le non-respect par l'Allemagne des obligations financières qui lui sont imparties par le traité de Versailles.

Historique[modifier | modifier le code]

Décidée par le président du Conseil français Raymond Poincaré, en accord avec le roi des Belges (Albert Ier) et soutenue par les majorités parlementaires de France et de Belgique, l’invasion débute le 11 janvier 1923 : elle a pour objectif d’occuper les centres de production de charbon, de fer et d’acier situé dans la vallée de la Ruhr afin d’obtenir les montants dus par l’Allemagne.

Cette opération suscite une vague de résistance passive, des mouvements de grève, des incidents et affrontements, et quelques actes de sabotage, qui sont exagérés par la suite par les nazis pour forger le mythe d’une large résistance armée. Face au désastre économique, le gouvernement du chancelier Gustav Stresemann appelle, en septembre 1923, à l’arrêt des actions de résistance passive, décide de respecter les obligations imposées par le traité de Versailles, puis proclame l’état d’urgence : l’agitation publique se transforme, en certains endroits du pays, en émeutes ou en tentatives de coup d’État contre la république de Weimar, comme le putsch de la Brasserie d'Hitler. Des attentats ont lieu contre les troupes belges. Mais une république autonome du Rhin est proclamée à Aix-la-Chapelle en octobre 1923, ce qui pourrait favoriser la politique franco-belge d'affaiblissement de l'Allemagne. Cette initiative de groupes rhénans opposés à l'héritage prussien de l'Allemagne n'aura aucune suite car, aux yeux de la population allemande, elle paraît aller dans le sens des intérêts étrangers.

Sur le plan international, l’occupation provoque un sentiment de sympathie à l’égard de l’Allemagne, mais, cependant, la Société des Nations n’entreprend aucune action, l’occupation étant conforme au traité de Versailles. Confrontées à leurs difficultés économiques, la France et la Belgique finissent par accepter les propositions du Plan Dawes et retirent leurs troupes en juillet et août 1925 ; elles évacuent Düsseldorf, Duisburg et l’important port de Ruhrort. Le 25 août 1925, l’occupation est terminée.

Du point de vue français et belge, l’opération a été un échec : elle démontre que la communauté internationale ne veut et ne peut rien faire au sujet de l'Allemagne. Cela contribue à la passivité des anciens alliés de la guerre lors de la réoccupation de la Rhénanie en 1936, alors que celle-ci était contraire au traité de Versailles.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. 4. mars 1913-4. mars 1921: Woodrow Wilson, Warren G. Harding - août 1923
  2. sous David Lloyd George 1916 - 19. oct. 1922; Andrew Bonar Law - 20. mai 1923; Stanley Baldwin - 23. Jan. 1924; Ramsay MacDonald - 23. janvier 1925 (the first Labour party government)
  3. La paix calomniée ou les conséquences économiques de M. Keynes. texte complet

Annexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes[modifier | modifier le code]