Réductionnisme

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Le réductionnisme est un terme polysémique.

Dans un premier sens, il s'agit d'une conception épistémologique visant à réduire la nature complexe des choses à une somme de principes fondamentaux. Le logicisme, qui viserait à réduire le couple de la logique et des mathématiques pures à l'unité de la logique mathématique, peut ainsi être considéré comme un réductionnisme[1].

En un second sens, péjoratif, le réductionnisme est une thèse ontologique, et non simplement épistémologique ou méthodologique, visant à réduire la complexité à un seul facteur. On parle ainsi d'économisme (c'est ainsi que Gramsci critiquait le déterminisme unicausal économique) ou de psychologisme. En philosophie de l'esprit, par exemple, une thèse opposée au réductionnisme dirait ainsi que la pensée ne peut être intégralement réduite à la calculabilité, conduisant ainsi à nuancer une interprétation trop littérale et radicale du computationnalisme. Un exemple d'un tel réductionnisme serait cette phrase de Russell : « Tous les problèmes spécifiquement philosophiques se réduisent à des problèmes de logique. » (La Méthode scientifique en philosophie, 1914).

Les cartésiano-positivistes, en l'occurrence H. Atlan, tiennent le réductionnisme de méthode indispensable à la science. Cette méthode réductionniste qui comporte deux moments fondamentaux, l'analyse et la réduction, est l'œuvre de Descartes (Le discours de la méthode). Le premier moment n'est pas, comme le déclare J.-L. Le Moigne dans le deuxième précepte cartésien de "diviser chacune des difficultés en autant de parcelles qu'il se pourrait et qu'il serait requis pour le mieux connaître simplement" (la théorie du système général, p33), la réduction mais plutôt l'analyse. Ce principe est fondamentalement un principe de division, de décomposition, d'analyse. Il est, selon J. L. Le Moigne un principe de modélisation analytique. Il suppose l'acceptation de la thèse de l'existence de la réalité en soi et de sa possible décomposition en autant de parties que le sujet pourrait connaître, clairement et distinctement. Pour connaître, il faut séparer, décomposer, réduire au simple. La méthode réductionniste procède ainsi. Aucune science n'a échappé à l'observance stricte de ce principe de disjonction, d'analyse et de réduction[réf. nécessaire].

Les modes et conditions de réductionnisme[modifier | modifier le code]

les modes de réduction[modifier | modifier le code]

E. Nagel dans son ouvrage (The Structure of Science, publié en 1961) a défini la réduction comme un concept qui doit permettre de comprendre le processus de l’unification des différentes sciences en un système cohérent. En réduisant un type de phénomènes, décrit par une science donnée, à un autre type de phénomènes, décrit par une autre science, on met en évidence un lien profond entre les deux sciences et leurs objets d’étude. Sans devoir trancher la question de savoir si ce processus est promis à aboutir un jour.

Il distingue Les réductions homogènes des réductions hétérogènes.

La réduction homogène[modifier | modifier le code]

Les concepts utilisés par la théorie réduite sont déjà présents dans la théorie réductrice. Newton a par exemple montré que l’on peut réduire des lois de Kepler du mouvement des planètes autour du Soleil à la théorie générale du mouvement, associée à la loi de l’interaction gravitationnelle. Selon Nagel, cette réduction est une étape normale au cours du développement progressif d’une théorie scientifique. Les phénomènes décrits par la théorie réduite et les phénomènes décrits par la théorie réductrice sont qualitativement homogènes, la théorie képlérienne n’utilise aucun concept qui serait absent de la théorie newtonienne.

La réduction hétérogène[modifier | modifier le code]

C'est lorsque la science réduite utilise des concepts qui sont absents de la science réductrice. Exemple de la réduction de la thermodynamique à la mécanique statistique qui est souvent considérée comme une réduction paradigmatique. La thermodynamique est la science des phénomènes liés à la chaleur ; ses objets sont macroscopiques. Or, la thermodynamique contient nombre de concepts, tels que température, pression, ou entropie, qui sont absents de la physique statistique qui a pour objet les propriétés des parties microscopiques des gaz, liquides ou solides qui sont les objets de la thermodynamique : les atomes ou molécules.

Les conditions de réduction[modifier | modifier le code]

Selon Nagel, le but d’une réduction est d’établir que les lois expérimentales de la science secondaire ou réduite (et si cette science possède une théorie adéquate, cette théorie aussi) sont des conséquences logiques des hypothèses théoriques de la science première (Nagel 1961). Cela est logiquement impossible pour les réductions hétérogènes. En effet, dans une déduction valide, le contenu de la conclusion ne peut pas excéder le contenu de l’ensemble des prémisses. En particulier, la déduction ne peut pas être valide si la conclusion contient des termes qui n’apparaissent dans aucune prémisse.

Cependant, la réduction devient envisageable si deux conditions sont satisfaites.

Condition de connectabilité[modifier | modifier le code]

Stipule que tous les termes d’une science réduite qui n’appartiennent pas à la science réductrice doivent être connectés avec des expressions construites à partir du vocabulaire théorique de la science réductrice. Exemple: tous les termes d'une loi biologique qui n'appartiennent pas à la science primaire (cellule, mitose, hérédité...) doivent être connectés avec des expressions construites à partir de vocabulaire théorique de la physique et de la chimie (dimension, charge électrique, structure moléculaire...).

Condition de dérivabilité[modifier | modifier le code]

Toutes les lois de la science réduite peuvent être logiquement déduites des lois de la science réductrice, auxquelles on associe les conditions de connectabilité.

Il est nécessaire de poser la condition de dérivabilité puisqu’il s’avère que la dérivabilité garantit la connectabilité, mais que la réciproque n’est pas vraie. Autrement dit, la connectabilité est nécessaire mais non suffisante pour la réduction. La possibilité de la dérivation des axiomes et théorèmes de la théorie réduite, à partir de la théorie réductrice, que Nagel considère comme l’essence logique de la réduction.

Les variantes de réductionnisme[modifier | modifier le code]

Réductionnisme ontologique[modifier | modifier le code]

Position qui consiste a affirmer que la réalité matérielle est une hiérarchie de niveaux constitués chacun de constituants spécifiques (organes, tissus, cellules, molécules, atomes, particules élémentaires, etc.) et reposant éventuellement sur un niveau fondamental.

Réductionnisme épistémologique[modifier | modifier le code]

Position affirmant qu’on peut connaitre un niveau de la réalité matérielle en réduisant celui-ci à une description théorique d’autres niveaux qui peuvent être fondamentaux, mais pas nécessairement. Dire que les systèmes biologiques ne peuvent se comprendre que par la chimie ou la physique est une illustration de ce genre de position.

Réductionnisme systémique[modifier | modifier le code]

Forme de réductionnisme épistémologique qui consiste à réduire la connaissance de la réalité matérielle à un système cohérent de lois. L’hypothèse de base de ce réductionnisme est que toutes les descriptions des phénomènes, quelles que soient les échelles où ils se situent, sont en principe logiquement reliables ; par exemple, la psychologie serait reliable à la biologie, la mécanique macroscopique à la chromo-dynamique quantique etc.

Réductionnisme naturaliste[modifier | modifier le code]

Exemple de réductionnisme ontologique ou épistémologique qui se rencontre en biologie ou dans les neurosciences et qui entend réduire la vie, la pensée et toutes les capacités évoluées de l’humain à des processus compréhensibles ultimement en termes de constituants matériels (cellules, macromolécules, etc.).

Réductionnisme méthodologique[modifier | modifier le code]

Position qui affirme que pour arriver à une connaissance du réel, la science à intérêt à utiliser une méthodologie basée sur les principes du réductionnisme ontologique ou épistémologique.

Critiques de réductionnisme[modifier | modifier le code]

La complexité remet en question le réductionnisme, c'est-à-dire le fait que l'on décompose un objet en éléments simples. Dès lors que l'on pose un objet comme un objet complexe, par le principe de séparation ou d’analyse. La méthode réductionniste selon Edgar Morin n'est pas exempte de graves défauts, en raison du principe de disjonction ; elle ignore les articulations, les solidarités, les interdépendances, les imbrications entre les entités. Elle ne révèle pas la complexité inhérente aux réalités. Elle occulte les mystères de la simplicité de la réalité en général et de l'univers en particulier. Or, du point de vue d'E. Morin, la simplicité de l'univers n'est qu'une illusion de la science qui est oublieuse des articulations existant entre les parties disséquées, mais aussi des qualités émergentes, lorsqu’il s’agit de la totalité organisée. À force de distinguer, de disséquer et d’analyser, la science classique a oublié que le tout est pourvu d’une force spécifique, qualitativement différente de la somme de ses parties (Michel Maffesoli, La Transfiguration des politiques). Pour Jean-Louis Le Moigne, la méthode du réductionniste souffre du pragmatisme. Avec Gottfried Wilhelm Leibniz (La Théorie du système général, p34), il note qu’elle ne dit pas comment décomposer en parties. En ce qui concerne la quête de la brique élémentaire à laquelle elle invite obstinément, cette dernière n’a jamais été retrouvée, sans doute parce qu'elle est inexistante.

Pour Gaston Bachelard, la méthode réductionniste n’est pas inductive. Dès lors elle fausse l’analyse et entrave le développement extensif de la pensée objective. Elle réussit certes à expliquer le monde, mais n’arrive pas à compliquer l’expérience ; complication qui est pourtant, à ses yeux, la vraie fonction de la recherche objective[réf. nécessaire].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Voir définition du Grand Robert.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Dawkins, Richard (1976), The Selfish Gene. Oxford University Press; 2e édition, décembre 1989.
  • Descartes (1637), Discourses, Part V.
  • Dupre, John (1993), The Disorder of Things. Harvard University Press.
  • Jones, Richard H. (2000), Reductionism: Analysis and the Fullness of Reality. Bucknell University Press.
  • Laughlin, Robert (2005), A Different Universe: Reinventing Physics from the Bottom Down. Basic Books.
  • Nagel, Ernest (1961), The Structure of Science. New York.
  • Ruse, Michael (1988), Philosophy of Biology. Albany, NY.
  • Dennett, Daniel. (1995) Darwin's Dangerous Idea. Simon & Schuster.
  • Fritjof Capra (1982), The Turning Point.
  • Alexander Rosenberg (2006), Darwinian Reductionism or How to Stop Worrying and Love Molecular Biology. University of Chicago Press.
  • Steven Pinker (2002), The Blank Slate: The Modern Denial of Human Nature. Viking Penguin.
  • Stephen Weinberg (1992), Dreams of a Final Theory: The Scientist's Search for the Ultimate Laws of Nature, Pantheon Books.
  • Steven Weinberg (2002) describes what he terms the culture war among physicists in his review of A New Kind of Science.
  • Lopez, F., Il pensiero olistico di Ippocrate. Riduzionismo, antiriduzionismo, scienza della complessità nel trattato sull'Antica Medicina, vol. IIA, Ed. Pubblisfera, Cosenza Italy 2008.
  • Maureen L Pope, Personal construction of formal knowledge, Humanities Social Science and Law, 13.4, December, 1982, pp. 3–14
  • Ernest Nagel: The Structure of Science, New York, Harcourt, Brace and World, 1961 (ISBN 0-915144-71-9)