Censure en France

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« Descente dans les ateliers de la liberté de la presse »[A]

La censure en France a pris et peut encore prendre des formes diverses. Peuvent être distingué d'une part la censure frappant les écrits, et donc liée à l'imprimerie, d'autre part la censure frappant toute autre forme de média (radio, télévision, internet, chansons, peintures, et toute autre forme artistique). Il existe enfin des phénomènes d'auto-censure, en particulier dans les grands médias. La liberté d'expression est un droit compris dans la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789. Néanmoins, un décret de Napoléon rétablit officiellement la censure en 1810, tandis que les ultra-royalistes feront passer des lois régissant la liberté de la presse sous la Restauration (1815-1830). La censure perdurera tout au long du XIXe siècle, jusqu'aux lois sur la liberté de la presse passées en 1880-1881 sous la Troisième République. Elle sera rétablie pendant la Première Guerre mondiale, menant entre autres à la création du Canard enchaîné en 1915, qui utilise le ton satirique pour échapper aux censeurs. La loi de 1955 sur l'état d'urgence, votée pendant la guerre d'Algérie, encore en vigueur aujourd'hui, permet la censure en autorisant le ministère de l'Intérieur et les préfets à prendre « toute mesure pour assurer le contrôle de la presse et de la radio ».

Sous l'Ancien Régime[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Censure royale.

Le 18 octobre 1534 après l'affaire des Placards, le roi François Ier, qui était jusqu'alors favorable aux idées nouvelles, ordonne la chasse aux « hérétiques » (en particulier les Protestants) et en 1535 il promulgua un édit contre les imprimeurs insoumis, qui interdisait toute impression de livres sur son royaume. La mesure, cependant, fut tout à fait inefficace, en raison notamment de la contrebande de livres imprimés dans les États protestants voisins (la Genève de Calvinetc.)[1]. En 1629, Richelieu étatisa et laïcisa la censure, jusqu'alors sous la responsabilité de l'Eglise catholique, et nomma les premiers censeurs royaux[2].

Révolution française : liberté d'expression et censure[modifier | modifier le code]

Proclamée le 26 août 1789, la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen proclame solennellement la liberté d'expression et de pensée : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, mêmes religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la loi. » (article 10) et « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme ; tout citoyen peut parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas prévus par la loi. » (article 11). Mais ces articles généreux ne furent pas respectés par le Comité de salut public. Ainsi Robespierre fit-il brûler les œuvres de Camille Desmoulins.

Quoi qu'il en soit, on peut selon ces articles sanctionner (a posteriori) une publication, mais en aucun cas empêcher (a priori) celle-ci.

XIXe siècle[modifier | modifier le code]

« Censure (Anastasie), illustre des photos, née à Paris sous le règne de Louis XIII. » Dessin de Georges Lafosse paru dans Le Trombinoscope de Touchatout en 1874

En 1810, un décret de Napoléon rétablit officiellement la censure. Suit une succession de suppressions et de rétablissements de la censure (en particulier sous la Restauration) qui disparaît, et maraude, officiellement lors de la promulgation de la Loi sur la liberté de la presse du 29 juillet 1881. Cette loi confie au système judiciaire l'essentiel du contrôle des informations publiées en France, effectué a posteriori (après diffusion).

Un an après la promulgation de la loi sur la liberté de la presse, une première restriction est apportée par la loi du 2 août 1882 sur le délit d'outrage aux bonnes mœurs par voie de presse, d'affiche ou d'écrit de toute nature. Cette loi avait pour but de limiter le déferlement de littérature érotique et pornographique alors signalé par la police[3].

La vague des attentats anarchistes entre 1892 et 1894 aboutit au vote des trois « lois scélérates » en décembre 1893 et juillet 1894. Elles entraineront, pour un temps, la disparition de la quasi-totalité des titres de presse libertaires, dont Le Père Peinard d'Émile Pouget et La Révolte de Jean Grave[3].

Le 25 février 1894, Jean Grave est condamné à 2 ans de prison et 1000 francs d'amende pour son livre La société mourante et l'anarchie (1892) accusé de provocation au vol, à l'indiscipline et au meurtre, ainsi que du délit d'apologie de faits qualifiés crimes par la loi[4]. La deuxième édition de l'ouvrage venait d'être imprimée en Belgique avec une préface d'Octave Mirbeau. Lors du procès, Elisée Reclus, Paul Adam, Bernard Lazare et Octave Mirbeau vinrent témoigner en faveur du prévenu. Malgré la belle plaidoirie de l'avocat, maître Émile de Saint-Auban, Jean Grave est condamné à la peine maximum. Les faits reprochés à Jean Grave étant prescrits, le parquet n'hésita pas à instruire contre la deuxième édition d'un livre qui jusque là n'avait fait l'objet d'aucune poursuite[5].

En août 1894, le « Procès des Trente » mélange d'authentiques cambrioleurs partisans de la « reprise individuelle » avec les « intellectuels » du mouvement anarchiste dont Sébastien Faure, Jean Grave et Félix Fénéon. Le président du tribunal échoua à jeter en prison les auteurs anarchistes mais parvint à interdire à la presse de reproduire les débats pour priver la défense d'une tribune extra-judiciaire[3].

En 1894, Émile Pouget est le seul à pouvoir continuer la propagande par l'écrit en diffusant Le Père Peinard depuis Londres. Les journaux anarchistes reparaissent finalement au cours de l'année 1895[5].

Après l'arrêt de la « propagande par le fait » par les anarchistes, les antimilitaristes furent à de nombreuses reprises condamnés par la justice. Laurent Tailhade écope de quatre ans de prison pour un article intitulé « Les tueurs de rois ont-ils disparu ? » publié dans Le Libertaire du 15 septembre 1901. Laurent Tailhade contrevenait à la loi du 3 février 1899 punissant l'injure proférée à l'encontre d'un chef d'État ou d'un diplomate étranger. Le 30 décembre 1905, Georges Yvetot, Gustave Hervé et Miguel Almereyda sont condamnés à la même peine pour une affiche appelant les jeunes recrues au meurtre des « soudards galonnés » qui faisaient tirer la troupe sur les grévistes[3].

En temps de guerre[modifier | modifier le code]

La censure disparut en France en 1906[6], mais fut rétablie au cours des différents conflits, notamment lors des deux guerres mondiales. Pendant ces deux guerres, les articles, dessins et photos censurés ont fréquemment été remplacés par des "blancs" (Le Canard enchaîné à ses débuts dut se débattre contre la censure en adoptant son ton ironique pour la détourner, de nombreux articles, même anodins, étant censurés). La censure est alors représentée sous la forme d'Anastasie tenant de grands ciseaux.

Au moment de la Première Guerre mondiale, la censure est proclamée immédiatement, par le décret du 2 août 1914 instaurant l'état de siège (la veille de la déclaration de guerre entre la France et l'Allemagne). Ce décret est confirmé par la loi votée le 5 août, qui réprime tout ce qui est « de nature à exercer une influence fâcheuse sur l'esprit de l'armée et des populations[6]. » Cette censure, autant politique et morale que militaire, fut prolongée après la fin de la guerre, jusqu'en octobre 1919[6].

Durant l'entre-deux-guerres, Louis Bethléem est considéré comme « le père Fouettard de la littérature »[7].

Sous le régime de Vichy, on alla plus loin et la censure devint préventive. Ainsi les directeurs de journaux recevaient-ils de l'autorité compétente des consignes sur les informations à mettre en évidence en première page, à éliminer, ou à réduire à l'état d'entrefilets dans les pages les moins lues.

Pour la guerre d'Algérie (1954-62), le pouvoir innova et décida de saisir les journaux (notamment ceux qui évoquaient les actes de torture) sous le prétexte d'« atteinte au moral de l'armée ». La Question d’Henri Alleg et La Gangrène de Bachir Boumaza, parus en 1958 aux Éditions de Minuit et qui dénoncent la torture en Algérie, sont immédiatement censurés.

Faits de censure depuis 1945[modifier | modifier le code]

Ne sont pas traités ici l'imposition ou la très forte suggestion de sujets à traiter, car non dérangeants pour le pouvoir en place, ou en accord avec lui. Voir pour cela les articles sur le ministère de l'information et sur l'Agence France-Presse.

Moralité[modifier | modifier le code]

En 1949 est créée la Commission de surveillance et de contrôle des publications destinées à l'enfance et à l'adolescence qui a pour but de censurer principalement les bande dessinées étrangères qui montrent sous un jour favorable « le banditisme, le mensonge, le vol, la paresse, la lâcheté, la haine, la débauche ou tous actes qualifiés crimes ou délits ou de nature à démoraliser l'enfance ou la jeunesse, ou à inspirer ou entretenir des préjugés ethniques. Ces publications ne doivent pas non plus comporter de publicité, d'annonce pour des publications de nature à démoraliser l'enfance ou la jeunesse ».

En 1976, les négatifs du film L'Essayeuse de Serge Korber ont été saisis et brûlés pour « apologie du vice », à la suite d'une décision de justice après la plainte de deux associations « familiales ».

Pressions politiques[modifier | modifier le code]

Après la Seconde Guerre mondiale, le contrôle de l'ORTF sur les médias donna lieu à des faits de censure (notamment contre Hara-Kiri et Charlie Hebdo).[réf. nécessaire]

La chanson Hexagone de Renaud a été, lors de sa sortie en 1975 sur l'album Amoureux de Paname, censurée sur les ondes de RadioFrance.

L'ex-dictateur du Togo, Gnassingbé Eyadéma, appela l'Élysée le 17 septembre 2002 afin d'empêcher RFI (financée par le ministère des Affaires étrangères) de diffuser un entretien avec son principal opposant, Messan Agbéyomé Kodjo. À la suite des protestations des syndicats de journalistes, Jean-Paul Cluzel, le PDG de RFI, décida finalement de diffuser tout de même l'interview. En outre, un reportage levant la question des responsabilités de la DGSE dans la mort en 1995 du juge Bernard Borrel à Djibouti, diffusé le 17 mai 2005, fut enlevé après coup, sans explications, du site internet de la radio — peut-être à la suite d'une intervention du président Ismail Omar Guelleh[8].

Dans un arrêt du 7 février 2003 (n°243634), sur la requête du GISTI, le Conseil d'État a annulé le refus du Premier ministre d'abroger le décret-loi du 6 mai 1939, relatif au contrôle de la presse étrangère, modifiant l'article 14 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse pour violation de l'article 10 de la Convention européenne des droits de l'homme; ce décret-loi a été abrogé par le décret n° 2004-1044 du 4 octobre 2004.

Le Syndicat national des journalistes (SNJ) ainsi que les journalistes du quotidien économique La Tribune, contrôlé par le groupe LVMH de Bernard Arnault, ont dénoncé le caviardage par le directeur de la rédaction, François-Xavier Pietri, d'un sondage favorable à Ségolène Royal, candidate à la présidentielle 2007. La Une de La Tribune du 4 septembre 2006 devait en effet présenter une photo de Royal avec la mention « Royal en tête sur l'économique et le social ». Un sondage CSA commandé par La Tribune montrait que 54 % des personnes interrogées faisaient confiance à la candidate socialiste pour ce qui relève de la vie économique et sociale, contre seulement 49 % pour le candidat de l'UMP Nicolas Sarkozy. Si la décision de censurer cette Une n'a été prise, en toute probabilités, que sous la responsabilité exclusive du directeur de la rédaction, Bernard Arnault est néanmoins un patron très proche de Sarkozy, qui a d'ailleurs été son témoin lors de son mariage avec Cécilia en 1996, tandis que le patron du pôle presse de LVMH n'est autre que Nicolas Bazire, ancien directeur de cabinet de Balladur à Matignon et vieil ami de Sarkozy[9],[10].

En pleine affaire des caricatures de Mahomet publiées par Charlie Hebdo, le juge Clément Schouler, membre du Syndicat de la magistrature, et le caricaturiste Placid ont été condamnés en cour d'appel, le 18 janvier 2007, pour le livre Vos papiers! Que faire face à la police? édités par L'Esprit frappeur [11]. Placid a écopé de 500 euros d'amende. Le ministre de l'Intérieur Daniel Vaillant (PS) avait porté plainte contre ce livre, plainte relayée par les ministres successeurs.

En première instance, la cour[pas clair][réf. nécessaire] avait jugé que la critique de la police « participe du nécessaire contrôle démocratique du bon fonctionnement des institutions, et spécialement de celles chargées de faire respecter la loi », et affirmait à propos de la caricature en couverture que ce « visage à la frontière de l'homme et de l'animal, dénué de toute prétention anatomique, suggérant une certaine faiblesse intellectuelle derrière l'affirmation agressive d'une autorité sûre d'elle-même, relève du genre de la caricature », protégée par la liberté d'expression. Mais la cour d'appel a condamné au contraire le juge Schouler pour avoir « présenté de façon péremptoire comme établi un comportement reproché à l'ensemble de la police nationale » : la phrase incriminée du livre, qui expliquait les droits des citoyens confrontés aux contrôles d'identités, affirmait : « Les contrôles au faciès, bien que prohibés par la loi, sont non seulement monnaie courante mais se multiplient. » Le caricaturiste Placid a aussi été condamné, les juges affirmant que « si le genre de la caricature admet la dérision, il ne saurait pour autant autoriser des représentations dégradantes ». L'arrêt de la cour d'appel a été cassé[12] et l'affaire a été renvoyée devant une autre cour.

Trois cents caricaturistes ont publié un livre de soutien à Placid, intitulé Tous Coupables et publié aux éditions du Faciès, créées pour la circonstance par quarante éditeurs spécialisés dans le dessin ou la BD[13].

Le 21 février 2008 le Courrier international titre « Sarkozy, ce grand malade » par le journaliste d'El Pais Lluis Bassets. Deux afficheurs, Metrobus et Relay (Arnaud Lagardère) ont refusé de placarder les affiches du journal. Courrier international dénonce un « acte de censure »[14].

Le blog anti-sarkozyste, Torapamavoa, « 15e musicien français le plus vu « all Time » avec 3 millions de visites en 2 ans » selon Bakchich, a été censuré du net[pas clair] en septembre 2008[15].

Autocensure[modifier | modifier le code]

Après l'élection de Nicolas Sarkozy à la présidence le 6 mai 2007, un article du Journal du dimanche qui affirmait que Cécilia Sarkozy n'avait pas voté au deuxième tour aurait été censuré[16]. Les journalistes du SNJ-CGT et de l'USJ-CFDT du groupe Hachette-Lagardère, propriétaire du JDD, ont dénoncé « une nouvelle ingérence de la direction du groupe Lagardère » [17],[18].

Le Figaro a retouché la photo de la ministre Rachida Dati le 19 novembre 2008, en effaçant une bague Chaumet d'une valeur de plus de 15 000 euros, fait relaté par L'Express. Le 25 novembre, le quotidien conservateur affirmait, par la voix de son directeur des rédactions, Étienne Mougeotte, que dorénavant une règle simple sera observée au Figaro. "Aucune modification ne pourra être apportée à une photo d'actualité à l'exclusion du cadrage et à condition que cela ne modifie en rien le sens de la photo. C'est en appliquant cette règle simple et impérative que nous éviterons le renouvellement de ce type d'erreur " [19].

Groupes de rap[modifier | modifier le code]

Deux agents municipaux et trois rappeurs sont passés en procès à Bobigny en avril 2007 pour « injures » à la suite d'un CD distribué dans la ville (dirigée à l'époque par Bernard Birsinger). Jean-Christophe Lagarde, député UDF et maire de Drancy, avait interpelé le ministre de l'Intérieur Dominique de Villepin en octobre 2004, lequel a saisi le préfet pour déposer plainte (chose faite le 18 novembre 2004). Le procureur a demandé des peines de 1 000 à 3 000 euros[20]. Catherine Peyge, la maire (PCF) de Bobigny, a lancé le même jour un « appel national pour la liberté d'expression », dénonçant une « dérive autoritaire qui voit la restriction de la liberté d'expression devenir monnaie courante » [21].

En novembre 2005, le député UMP François Grosdidier porta plainte contre divers groupes de rap français, certains dissous, en invoquant leur caractère d'« incitation au racisme et à la haine ». Déposée dans le contexte des émeutes de l'automne, de nombreuses personnes à gauche, ont dénoncé cet "acharnement" comme des tentatives de censurer la parole des quartiers. Les groupes concernés sont : Monsieur R, Smala, les groupes Lunatic (dissous), 113, Ministère Amer (dissous) et les chanteurs Fabe (retiré du rap) et Salif[22].

Présentation des stupéfiants sous un jour favorable[modifier | modifier le code]

L'article L.630 de la loi du 31 décembre 1970 instaure une censure sur les publications et objets de propagande « présentant l'usage de stupéfiants sous un jour favorable ». L'article précise que « lorsque le délit prévu par le présent article est commis par la voie de la presse écrite ou audiovisuelle, les dispositions particulières des lois qui régissent ces matières sont applicables en ce qui concerne la détermination des personnes responsables. »

Cette loi est régulièrement invoquée pour confisquer les publications réclamant la dépénalisation ou la légalisation du cannabis ou d'autres stupéfiants (par exemple l'Éléphant rose ou contre le CIRC) et est source de controverse lorsque le débat sur le cannabis médical ressurgit. Ainsi, le groupe de rock Matmatah a été condamné en juin 2000 à 15 000 francs d'amende pour « provocation à l’usage de stupéfiants » et « présentation sous un jour favorable de l’usage et du trafic » dans sa chanson « L'apologie ».

Œuvres de fiction télévisuelles[modifier | modifier le code]

Au cours des années 1990, les dessins animés japonais diffusés dans les émissions pour jeunes ont été progressivement de plus en plus censurés, jusqu'à disparaître de l'antenne malgré leur succès. Le dessin animé le plus censuré a été le feuilleton Ken le Survivant.

Depuis la fin des années 1990, on peut aussi constater que les chaînes de télévision françaises procèdent régulièrement à une censure sur de nombreuses séries télévisées américaines : il s'agit principalement de couper des scènes jugées trop violentes ou dérangeantes, ou de modifier des dialogues jugés perturbants, politiquement incorrects ou faisant référence à une marque publicitaire[23],[24],[25].

Cette censure est effectuée, selon les cas, sous la pression du CSA ou de la propre initiative de la chaîne. Dans ce dernier cas, l'auto-censure est généralement effectuée dans l'optique de ne pas froisser ou rebuter le téléspectateur. Cette pratique a atteint son point d'orgue lorsque TF1, dans un souci de politiquement correct, a diffusé une fiction sur l'ascension au pouvoir d'Hitler en l'expurgeant des scènes les plus significatives (des scènes, par exemple, où Hitler tient des discours antisémites)[26].

Spectacles[modifier | modifier le code]

Limitations à la liberté d'expression : négationnisme, discours haineux, politiquement incorrect[modifier | modifier le code]

La loi Gayssot (1990) « ten[d] à réprimer tout propos raciste, antisémite ou xénophobe ». Présentée au Parlement par le député communiste Jean-Claude Gayssot, son article premier dispose que « Toute discrimination fondée sur l'appartenance ou la non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion est interdite. »

La loi qualifie également de délit, dans son article 9, la pénalisation de la contestation de l'existence des crimes contre l'humanité comme définis dans le statut du Tribunal militaire international de Nuremberg, punissant ainsi les auteurs et diffuseurs de propos négationnistes et révisionnistes.

En outre, la loi du 30 décembre 2004 punit les auteurs de propos provoquant « la haine ou à la violence » ou « l'injure commise dans les mêmes conditions à l'égard d'une personne ou d'un groupe de personnes à raison de leur sexe, de leur orientation sexuelle ou de leur handicap »[35]. C'est sur cette base que le député UMP Christian Vanneste a d'abord été condamné le 24 janvier 2006 par le tribunal correctionnel de Lille pour avoir tenu des propos homophobes dans différents journaux, qualifiant notamment l'homosexualité d'« inférieure à l’hétérosexualité », la jugeant « dangereu[se] pour l’humanité » si « pouss[ée] à l’extrême ». Cette condamnation fut d'abord confirmée en appel avant d'être cassée le 12 novembre 2008 par la Cour de cassation qui a alors blanchi le député en estimant que ses propos ne dépassaient pas de cadre de la liberté d'expression.

Liste de films censurés[modifier | modifier le code]

(Liste non exhaustive)

Liste de chansons censurées[modifier | modifier le code]

  • Quand un soldat, de Francis Lemarque, chantée par Yves Montand en 1953
  • Sanguine de Prévert, musique Henri Crolla, déconseillée en 1953, chantée par Yves Montand, Nougaro, Lio
  • Liste des chansons censurées de Jean Ferrat :
    • Nuit et Brouillard, « déconseillée » sur les antennes ;
    • Potemkine, décrite comme appel à la révolte ;
    • Ma France, dite « irrévérencieuse » pour le pays ;
    • Au Printemps de Quoi Rêvais-tu?, en plein contexte de l'après Mai 1968 ;
    • Un Air de Liberté, dite « diffamatoire » à l'encontre de Jean d'Ormesson.
  • Liste des chansons censurées de Léo Ferré :
    • Mon Général, Les Quat'Cents Coups... en 1961.
  • Un cas particulier, Les Ricains (comme Douce France, chanson de résistance sous Pétain, et chanson collabo en 1945)
    • Les Ricains, de Michel Sardou, La chanson devenue un classique du répertoire de Michel Sardou a pourtant suscité la critique, et ce pour différentes raisons, toutes d'ordre idéologique, qui parfois s'additionnent. Ainsi, les antifascistes accusent l'interprète de complaisance en exécutant le salut hitlérien durant le tour de chant, les antiaméricains accusent l'auteur d'Atlantisme, les ex-collaborationnistes relativisent les méfaits de l'occupation allemande, les communistes dénoncent le caractère antisoviétique de l'interprétation par son assimilation du soviétisme au nazisme: à la fin du tour de chant l'interprète est bras tendu et enchaîne de la main le salut hitlérien avec le salut de Lénine en chantant « Vous seriez tous en Germanie / À parler de je ne sais quoi / À saluer je ne sais qui »; si les crimes d'Hitler sont établis dès 1946 avec le procès de Nuremberg, ce n'est qu'en 1956 que sont révélés les crimes de Staline. Quant aux gaullistes, ils dénoncent la minimisation de la participation française à la libération du pays.
  • Jacques Brel :
    • Les Bourgeois, ce qui conduit l'auteur à remplacer dans le refrain « con » par "..."
  • Liste non exhaustive des chansons de Georges Brassens interdites par le comité d'Écoute en Radiodiffusion[39] :
    • Le gorille (traite de la peine de mort par métaphore[40]). Brassens s'est autocensuré en élaguant une dernière strophe[41] : « Nous terminerons cette histoire / Par un conseil aux chats-fourrés / Redoutant l'attaque notoire / Qu'un d'eux subit dans des fourrés: / Quand un singe fauteur d'opprob'e / Hante les rues de leur quartier / Ils n'ont qu'à retirer la robe / Ou mieux à changer de métier. »
    • Hécatombe
    • La mauvaise réputation
    • Le mauvais sujet repenti
    • La mauvaise herbe
    • Vénus callipyge
    • La complainte des filles de joie
    • Putain de toi
    • Les deux oncles
    • La tondue
    • La fille à cent sous
    • Le cocu
    • Brave Margot
    • La femme d'Hector
    • Le fossoyeur
    • Les croquants
    • Le pornographe
    • Les trompettes de la renommée
    • Le mécréant
    • Le temps ne fait rien à l'affaire
  • Boris Vian, Le Déserteur (1954). Censurée une première fois de passage à la radio en 1954, la deuxième version est interdite de vente et de diffusion jusqu'en 1962[42].
  • Jacques Debronckart, Mutins de 1917 Cette chanson, enregistrée sur le premier 33 tours de Jacques Debronckart en 1967, a été censurée en France, et n'a été diffusée que plus de 30 années plus tard sur les ondes publiques, sur France Inter (Histoires possibles et impossibles, Robert Arnaud) le 22 novembre 1998.
  • Renaud, Hexagone (1975) Chanson interdite par une circulaire sur la radio France Inter pendant la visite du pape Paul VI en France[43].
  • Les Wampas, Chirac en prison (2006). La publicité pour cet album a été interdite, et non sa diffusion[44].

Les quatre membres du groupe Matmatah, leur manager, ainsi que l'éditeur graphique, ont été condamnés chacun à une amende de 15 000 francs pour « provocation à l'usage de stupéfiants » à cause de leur chanson « L'Apologie » qui est en faveur de la dépénalisation du cannabis[45].

Liste de livres censurés[modifier | modifier le code]

Note[modifier | modifier le code]

  1. ^ Sur la gauche, le roi Louis-Philippe plaque sa main sur la bouche d'une ouvrière symbolisant la liberté de la presse. Derrière lui se tient le député et magistrat Jean-Charles Persil, avec son nez en forme de bec de perroquet et, à la main, une grande paire de ciseaux représentant la censure. Sur la droite, d'autres membres du gouvernement s'en prennent aux imprimeurs et au matériel d'imprimerie. Sous la plafond sont accrochées des revues anti-gouvernementales telles que La Caricature et les Droits de l'homme[46].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Benedict Anderson (1983), L'Imaginaire national, La Découverte, Paris, 1996, chap. II, p. 51-52
  2. Bibliothèque nationale de France, « Livre et censure - Bibliographie » [PDF],‎ 11 décembre 2007 (consulté le 8/12/2014)
  3. a, b, c et d Pascal Ory, La Censure en France à l'ère démocratique, Éditions Complexe, coll. « Histoire culturelle », 1999
  4. Émile de Saint-Auban, L'histoire sociale au Palais de justice : plaidoyers philosophiques, Paris, A. Pedone, 1895
  5. a et b Jean Maitron, Le mouvement anarchiste en France, Gallimard, coll. « Tel », 1992 (ISBN 2070724980)
  6. a, b et c Odile Krakovitch, La censure des théâtres durant la grande guerre, in : Théâtre et spectacles hier et aujourd'hui, Époque moderne et contemporaine, Actes du 115e congrès national des sociétés savantes (Avignon 1990), CTHS Paris 1991, p. 331-332, ISBN 2-7355-0220-1
  7. Thierry Crépin, Haro sur le gangster ! La moralisation de la presse enfantine, 1934-1954, CNRS Éditions,‎ 2001, p. 221
  8. Une « CNN à la française » - Parrain privé, chaîne publique, Le Monde diplomatique, janvier 2006
  9. « La Tribune passe Ségolène à la trappe », Le Canard enchaîné, 6 septembre 2006
  10. SNJ dénonce manip à La Tribune, Indymedia, 4 septembre 2006, 21h24
  11. Arrêt de la cour d'appel du 18 janvier 2007 concernant Schouler et Placid
  12. Crim. 17 juin 2008, pourvoi n°07-80.767 : « en subordonnant le sérieux de l'enquête à la preuve de la vérité des faits, la cour d'appel n'a pas donné de base légale à sa décision ».
  13. "Cachez ce groin...", Libération, 23 avril 2007 en-ligne
  14. Courrier international n°904 du 28 février au 5 mars 2008.
  15. Censuré sur le net pour propos anti-Sarko, Bakchich, 2 septembre 2008. Youtube fait taire Torapamavoa : une censure ?, vidéo du groupe Torapamavoa, sur Daily motion.
  16. Un article du "Journal du dimanche" sur Cécilia Sarkozy aurait été censuré, Le Monde, 13 mai 2007
  17. Article du JDD sur Cécilia Sarkozy : deux syndicats du groupe protestent, Le Nouvel Observateur, 14 mai 2007
  18. « Article censuré : des syndicats du groupe Hachette protestent », Libération, 14 mai 2007 (lire ici)
  19. André Rouillan, « Les vérités retouchées du Figaro », Paris Art n°257, 27 novembre 2008
  20. A Bobigny, le procès d'un rap trop cru, Libération, 24 avril 2007
  21. Catherine Peyge lance un appel pour la liberté d’expression, L'Humanité, 25 avril 2007
  22. "Rap : la réponse aux censeurs", in L'Humanité, 30 novembre 2005
  23. Pierre Langlais, « Les séries télé maltraitées par le paf »,‎ 1er août 2009 (consulté le 8/12/2014)
  24. Pierre Langlais, « Pourquoi la France double-t-elle tout le monde? »,‎ 4 mars 2010 (consulté le 8/12/2014)
  25. « Télévision : W9 censure la Duff, la bière d'Homer Simpson »,‎ 19 septembre 2012 (consulté le 8/12/2014)
  26. TF1 « révise et corrige » un téléfilm sur la montée du nazisme
  27. Le Monde, « Dieudonné : une décision exceptionnelle », Le Monde,‎ 11 janvier 2014 (lire en ligne)
  28. Dieudonné: une décision "lourde de conséquences", estime la LDH, Le Nouvel Observateur 9 janvier 2014
  29. "Dieudonné: pourquoi la décision du Conseil d'État est (très) contestable, article du Point, 10 janvier 2014
  30. L'interdiction des spectacles de l'humoriste est une faute, Thierry Lévy, lemonde.fr, 22 janvier 2014
  31. Jour de deuil pour la liberté, Serge Sur, trop-libre.fr, 13 janvier 2014
  32. Dieudonné: l'arrêt «Minority Report» du Conseil d'État, entretien, slate.fr, 10 janvier 2014
  33. Jack Lang sur l'affaire Dieudonné : « La décision du Conseil d'État est une profonde régression », entretien, lemonde.fr, 13 janvier 2014
  34. Les craintes de Jack Lang, lefigaro.fr, 10 janvier 2014
  35. Texte de la loi n° 2004-1486 du 30 décembre 2004 portant création de la haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité sur Légifrance.
  36. À propos de la sortie d’INTOLERANCE en France en 1919, Louis Delluc, Paris-Midi, avril 1919 in Le Cinéma au quotidien, Cinémathèque française et Editions de l’étoile/Cahiers du Cinéma, Paris, 1990. (extrait sur le site d'Arte, édité le 1er octobre 2007.
  37. « L'ANTICONCEPT », sur www.tofu-magazine.net (consulté le 9 septembre 2013) : « The film was shown for the first time on 11 February 1952 at the 'Avant-Garde 52' cinema club. It consisted of blank illumination projected onto a weather balloon, accompanied by a staccato spoken soundtrack. The film was banned by the French censors on 2 April 1952—when the Letterists visited the Cannes Film Festival the following month, they were forced to restrict the audience to journalists only. »
  38. Histoire juridique des interdits cinématographiques en France, 1909-2001, Albert Montagne.
  39. « Les ciseaux d'Anastasie », sur Les copains d'accord's,‎ 11 février 2008 : Pierre Perret et Georges Brassens parlent de la censure (J'ai ce malheur de faire des chansons que les ondes ne supportent pas)
  40. Analyse du texte de chanson
  41. Dialogus - Georges Brassens - Le gorille
  42. Catherine Golliau, « Vive la censure ! "Le Déserteur" : danger permanent »,‎ 18 octobre 2014 (consulté le 8/12/2014)
  43. extrait d'une biographie de Renaud
  44. « Wampas : on connait la chanson » : explicitations du Bureau de vérification de la publicité
  45. Le groupe Matmatah condamné pour provocation à l'usage des stupéfiants (Nantes, 19 juin 1998)
  46. Lithographie de Grandville (v. 1832).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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