Idéalisme (philosophie)

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On appelle idéalisme toute théorie philosophique qui considère que la nature ultime de la réalité repose sur l'esprit, sur des formes abstraites ou sur des représentations mentales. Du point de vue de la philosophie de la connaissance, l'idéalisme s'oppose au réalisme, qui affirme que le monde externe a une existence indépendante de la conscience et de la connaissance qu'on peut en avoir. Du point de vue de la philosophie de l'esprit, l'idéalisme s'oppose au matérialisme, qui affirme que la réalité ultime est la matière.

Un concept multiple[modifier | modifier le code]

Ce schéma très général se décompose en autant d'espèces d'idéalisme qu'il y a de manière de relativiser la réalité au bénéfice d'un quelconque monde conceptualisé ou de la conceptualisation elle-même :

  1. L'idéalisme peut d'abord consister à retirer à la réalité toute apparence, les phénomènes étant en réalité des représentations de l'esprit ;
  2. L'idéalisme peut consister à affirmer que la pensée est la seule réalité certaine ; toute autre étant du domaine de la conjecture ;
  3. Le monde lui-même assimilé analogiquement à un être pensant (point 2), l'idéalisme consiste encore à supposer la dérivation des êtres et de la réalité à partir d'un principe spirituel (pensée, conscience, concept, etc). Cette définition est à la base de la séparation du domaine global de la philosophie en deux branches fondamentales : les philosophies idéalistes (Platon, Anaxagore surtout, Hegel, Teilhard de Chardin, etc.) qui posent que « L'esprit est le substrat de la matière », et les philosophies matérialistes (Diogène, Démocrite, Marx, Bertrand Russell, etc.) qui posent, à l'inverse, que « La matière est le substrat de l'esprit ». En logique formelle, ces deux approches de la « réalité ultime » ne sont pas conciliables : on ne peut être à la fois idéaliste et matérialiste.
  4. Au degré suivant, l'idéalisme affirme l'existence véritable d'un monde conceptuel (réalisme de l'intelligible) ; avec de multiples variantes selon la prégnance ou emprise de cet univers sur le monde sensible si celui-ci demeure ;
  5. Enfin, toute forme possible de réalité sensible étant devenue insignifiante, un autre idéalisme se résume à ramener l'essentiel de l'être à la pensée ou à la conscience.

Ce tableau des principaux types d'idéalisme appelle deux observations :

  • Ne s'appliquant pas au même objet et pour cause, les postulats de ces idéalismes peuvent être plus ou moins contradictoires. Il apparaît difficile par exemple de poser la pensée comme seule réalité fiable et d'avancer en même temps l'hypothèse d'une réalité plus transcendantale.

L'idéalisme dans l'antiquité[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Théorie des idées.

Pour Platon, la réalité ne se divise pas en deux espaces, mais il n'existe qu'une réalité de type intelligible (improprement appelée « monde intelligible ») dont le monde dit visible participe et tient sa réalité.

Dans le monde visible il faut distinguer ce qui est de l'ordre :

  1. des êtres vivants, plantes et objets de fabrication humaine
  2. de l'image ;
    1. les ombres (c'est à partir d'une ombre qu'a été réalisée la première image)
    2. les fantômes : reflets (ex. Narcisse) ou à une surface polie (exemple : le bouclier de Persée) et les autres représentations dues à la main de l'homme
    Les images sont des imitations de la première catégorie (modèles), mais les images n'imitent que l'apparence du modèle. Elles ne peuvent donc pas nous rapprocher de la connaissance de l'objet.

Dans le monde intelligible on distinguera :

  • la connaissance discursive, celle qui se fonde sur des hypothèses ou sur l'observation des modèles. Ici on classerait l'ensemble des sciences, aussi bien humaines qu'expérimentales.
  • l'intelligence dialectique, celle qui s'intéresse aux principes qui régissent toutes choses sans passer par l'exemple ou la « modélisation ».

Aux dernières limites de l'intelligible, seul le philosophe peut apercevoir l'idée du bien. Autrement dit, les idées sont d'un ordre supérieur et c'est à l'homme de s'élever vers elles. Ainsi Platon fait de la philosophie l'outil de la connaissance véritable.

À l'idéalisme de Platon, on oppose parfois le réalisme d'Aristote. Mais les Idées ont une existence indépendante de nous : Platon est donc bien un réaliste, mais un réaliste de l'intelligible. L'aristotélisme est alors considéré comme une variante du platonisme qui s'en distingue essentiellement par l'immanence de ces principes.

Une autre opposition à l'idéalisme de Platon se trouve dans l'atomisme de Leucippe et Démocrite, dont les théories sont purement matérialistes. Pour eux, l'Univers est uniquement constitué de vide et d'atomes.

L'idéalisme moderne[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Idéalisme allemand.

Quand l'idéalisme antique se contentait de valoriser d'une façon ou d'une autre l'intelligible du monde, les penseurs de l'époque moderne ont poussé parfois très loin la logique de cette relativisation de la réalité sensible. Au cours du temps, d'idéalisation en renforcement de la subjectivité, le crédit en l'extériorité du monde s'est réduit comme une peau de chagrin et l'idéalisme moderne résiste faiblement à la tentation de nier l'« altérité » de la réalité, qui est réduite dans sa totalité à de l'intelligible.

  • Descartes, idéalisme problématique (idéalisme empirique, selon Kant) : la pensée est la réalité la plus évidente, la réalité du monde extérieur est une problématique. Seul Dieu peut nous la garantir.
  • Leibniz, idéalisme monadique : les substances sont spirituelles, et Dieu établit une harmonie entre elles.
  • Berkeley, idéalisme immatérialiste : la matière est une fiction ontologique. Berkeley considère que la conscience attribue par erreur une objectivité à ce qui n'est qu'une production idéale. Cette doctrine nie donc que l'on puisse connaître le monde extérieur tel qu'il est puisqu'il n'existe pas en soi mais seulement dans la pensée. Une formule célèbre la résume : Esse est percipi aut percipere (« Être, c'est être perçu ou percevoir. ») (Traité sur les principes de la connaissance humaine, 1710).
  • Kant, idéalisme transcendantal : limitation de la raison, distinction entre phénomène et noumène, c'est-à-dire entre l'expérience que nous pouvons atteindre, et la chose en soi qui nous est inconnue. Là encore, il n'y a pas d'idéalisme au sens strict, la position de Kant étant plus nuancée (Kant s'opposant par ailleurs à l'idéalisme pur) : la seule réalité connaissable est phénoménale, donnée dans le cadre transcendantal de l'espace et du temps (idéalisme transcendantal), mais seule l'expérience fournit un matériau valide pour la connaissance (réalisme empirique).
  • Schopenhauer, idéalisme volontariste : le monde est à la fois ma représentation, et un principe non rationnel dépourvu de connaissance, la Volonté, qui parvient à se "connaître" par la représentation dans le monde phénoménal.
  • Hegel, idéalisme absolu : la seule réalité est l'Esprit absolu, l'esprit est tout et tout est esprit. L'Esprit absolu est aussi Raison universelle : « Ce qui est rationnel est effectif, et ce qui est effectif est rationnel » (Philosophie du droit, préface).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]