Weltanschauung

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Weltanschauung [vɛlt.ʔanˌʃaʊ.ʊŋ] est un terme allemand désignant la conception du monde de chacun selon sa sensibilité particulière. Il associe Welt ('monde') et Anschauung ('vision, opinion, représentation'). La Weltanschauung est au départ une vision du monde d'un point de vue métaphysique, notamment dans l'Allemagne romantique ou moderne.

Il s'agit initialement d'une conception du monde datant du Moyen Âge:

« C'était avoir conscience du mystère insondable du monde invisible et, parallèlement, reconnaître d'une façon lucide la dureté, la cruauté et les exigences quotidiennes du monde tangible. C'était une disposition à voir des démons là où aujourd'hui nous voyons des névroses et la main d'un ange gardien dans ce que nous sommes enclins à attribuer avec légèreté et ingratitude à un coup de chance. C'était une approche religieuse, mais il s'agissait d'une religion qui comptait des milliers de dieux dont aucun n'était tout-puissant et dont la plupart avaient vis-à-vis des hommes une attitude ambiguë. »

— Robertson Davies Le monde des merveilles [réf. nécessaire]

Hors du champ de la philosophie, la notion de Weltanschauung est aujourd'hui souvent rendue par le terme moderne de paradigme, dont elle constitue l'un des sens.

Modernité du concept de Weltanschauung[modifier | modifier le code]

Pour chaque époque donnée, l'époque qui la précède étonne par sa Weltanschauung : sa manière de voir et de concevoir le monde comme une telle « totalité » qu'elle s'englobe elle-même, en tant que mode de pensée (idéologie), dans cette totalité, jusqu'à s'oublier, c’est-à-dire oublier qu'elle pense dans une Weltanschauung, dans une conception du monde.

L'une des critiques les plus précises de la Weltanschauung nous est donnée par Hegel qui opposait à sa propre époque un « absolu », absolu qui lui a permis de critiquer son temps, d'en découvrir les modalités et même de prétendre en décrire un avenir : c'est l'absolu en soi, où la pensée en est à un tel état d'elle-même qu'elle en devient dynamique, qu'elle trouve sa réalisation dans le monde qu'elle crée quand elle le pense.

La critique de la critique de Karl Marx en vient à « remettre le monde [et son mode d'approche par la pensée : la dialectique historique] sur ses pieds », c’est-à-dire à renverser la dialectique hégélienne de manière à faire de l'humain, non plus le réalisateur de la pensée pour la pensée, mais le réalisateur du monde pour l'être humain, de l'être humain pour l'être humain[1].

Citations[modifier | modifier le code]

Carl Gustav Jung évoque la notion de Conception du monde dans ses écrits :

« Avoir une conception du monde (Weltanschauung), c'est se former une image du monde et de soi-même, savoir ce qu'est le monde, savoir ce que l'on est. [...] Toute conception du monde a une singulière tendance à se considérer comme la vérité dernière sur l'univers, alors qu'elle n'est qu'un nom que nous donnons aux choses[2]. »

« Toute conscience supérieure appelle une Weltanschauung (une conception du monde). Toute conscience de raisons et d'intentions est déjà Weltanschauung en germe. Tout accroissement de connaissance et d'expérience est un pas de plus vers son développement. Et en même temps qu'il crée une image du monde, l'homme qui pense se transforme lui-même[3]. »

Guy Debord évoque également cette notion dans La Société du spectacle :

« 5. Le spectacle ne peut être compris comme l'abus d'un monde de la vision, le produit des techniques de diffusion massive des images. Il est bien plutôt une Weltanschauung devenue effective, matériellement traduite. C'est une vision du monde qui s'est objectivée[4]. »

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. "La critique a effeuillé les fleurs imaginaires qui couvraient la chaîne, non pas pour que l'homme porte la chaîne prosaïque et désolante, mais pour qu'il secoue la chaîne et cueille la fleur vivante. La critique de la religion désillusionne l'homme, pour qu'il pense, agisse, forme sa réalité comme un homme désillusionné, devenu raisonnable, pour qu'il se meuve autour de lui et par suite autour de son véritable soleil. La religion n'est que le soleil illusoire qui se meut autour de l'homme, tant qu'il ne se meut pas autour de lui-même." Contribution à la critique de La philosophie du droit de Hegel, Introduction
  2. C.G. Jung, L'Âme et la vie, Le livre de poche, mars 2008, p.300
  3. C.G. Jung, L'Âme et la vie Le livre de poche, mars 2008, p.295
  4. Guy Debord, La Société du Spectacle, folio Gallimard, 1992, p.17