Collaboration en Belgique

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La collaboration est un concept juridique qui, en Belgique, est qualifié par le Code pénal. Les articles, 113, 115, 118bis et 121bis abordent respectivement la collaboration militaire, la collaboration économique, la collaboration politique et intellectuelle et les dénonciateurs[1].

À l'issue de la guerre, environ 80 000 citoyens belges ont été jugés coupables de collaboration avec l'ennemi. La collaboration militaire et politique tient une place centrale en Belgique avec des mouvements politiques tels que Rex, le VNV ou des divisions militaires comme la division SS Wallonie et la division SS Langemarck (flamande). La collaboration économique n'est cependant pas en reste mais ses frontières sont plus difficiles à délimiter. De nombreuses entreprises ont accepté de travailler pour l'occupant allemand, c'était probablement moins par sympathie pour l'idéologie nazie que pour maintenir leur compétitivité dans cette Europe en crise. Au côté d'une collaboration franche, on retrouve ainsi une politique du moindre mal, les premiers ne se posèrent bien vite plus de question, les seconds, tout en continuant parfois de soutenir le Gouvernement belge en exil, se compromirent peu ou prou avec l'occupant. Sur un plan plus culturel, la collaboration fut souvent le fait d'individus dans la presse écrite et parlée ou d'entreprise ayant fait le choix du moindre mal[1].

Contexte[modifier | modifier le code]

Lorsque la France et la Grande-Bretagne déclarent la guerre à l'Allemagne le 3 septembre 1939, la Belgique se proclame neutre. Néanmoins, les troupes allemandes pénètrent en Belgique le 10 mai 1940. Après 18 jours de combat et encerclement des troupes belges, à la suite de la rupture du front français à Sedan, le roi Léopold III opte pour la capitulation des armées belges à l'issue de la bataille de la Lys, quand il constate le retrait unilatéral des troupes anglaises. Le premier ministre Hubert Pierlot et son gouvernement, en désaccord avec le roi, rejoignent Londres où ils dirigeront de 1940 à 1944 le Gouvernement belge en exil aux côtés d'autres ministres comme Paul-Henri Spaak, Camille Gutt et Albert de Vleeschauwer.

225 000 prisonniers sont envoyés en captivité en Allemagne. Dans le cadre de la Flamenpolitik, qui visait plus ou moins à une annexion de la Flandre considérée comme « aryenne », Hitler libère les miliciens, sous-officiers et officiers de réserve néerlandophones.

La collaboration d'État[modifier | modifier le code]

La décision du roi de demander aux Allemands d'accepter la reddition de l'armée belge avait soulevé la réprobation des gouvernements belge, français et anglais qui la considéraient comme une décision unilatérale faisant peu de cas de la cause alliée. C'est le rappel des troupes anglaises pendant la bataille de la Lys qui amena le roi à considérer qu'il n'était lié qu'au devoir de défendre le territoire belge, à l'exemple de son père en 1914 dont, cependant, il s'inspira de manière trop rigide[2]. Le roi resta en Belgique comme prisonnier de guerre, refusant d'exercer des fonctions officielles même s'il rencontrera le chancelier Adolf Hitler par qui il avait été convoqué. En résidence surveillée, il épousa officiellement Lilian Baels malgré sa situation de prisonnier.

L’administration belge[modifier | modifier le code]

Alors que le gouvernement belge d'Hubert Pierlot était parti en exil à Londres, des consignes ont été données aux secrétaires généraux des administrations belges afin de ne pas s'empêtrer dans une collaboration, une attitude dictée par l'expérience de la Première Guerre mondiale notamment en France et qui déboucha sur une politique du moindre mal.

Cependant, début 2007, le rapport du CEGES (Centre d'études et de documentation guerre et sociétés contemporaines), établi après plus de deux ans de recherches, à la demande du gouvernement belge, questionne l’impuissance des autorités belges face à la spoliation et la déportations des juifs en Belgique. Sous le titre de « La Belgique docile : les autorités belges et la persécution des juifs en Belgique pendant la Seconde Guerre mondiale »[3], cette étude de plus de mille pages démontre qu’une partie importante des autorités et administrations belges ont collaboré activement à l’identification et à la persécution des juifs belges et étrangers. Cette attitude peut être mise sur le compte de la peur, les récalcitrants étant arrêtés comme otages. En effet, une ordonnance allemande du 2 décembre 1941 crée l'Association des Juifs en Belgique (AJB) dont la tâche était notamment de recenser l'ensemble des juifs présents sur le territoire belge. Ces faits, longtemps méconnus, n’ont encore fait l’objet d’aucune reconnaissance officielle, mais n'ont jamais été couverts par le gouvernement belge légal en exil à Londres, seul autorité par le droit national et international à représenter l'État belge. Une proposition de résolution déposée au Sénat, vise à éclaircir ce point[4]. La question est que les autorités belges, notamment les fonctionnaires, avaient été dotées par le gouvernement belge d'un pouvoir de gestion limité aux affaires courantes. Elles n'étaient, en aucun cas, autorisées à appliquer la politique allemande, notamment quant aux ordres contraires à la convention de Genève. Les gouverneurs, secrétaires généraux, fonctionnaires, magistrats et responsables des milieux d'affaires qui se refusèrent à appliquer les ordres des Allemands furent démis par les Allemands et, pour certains, arrêtés et même abattus comme le batonnier Braffort ou le gouverneur de la société générale, Alexandre Galopin. À partir de 1941, l'occupant place toutefois des relais collaborationnistes au sein du Comité des Secrétaires-généraux où à des postes-clefs. Gérard Romsée nommera ainsi Emiel Van Coppenolle à la tête de la gendarmerie nationale belge en février 1943.

La passivité du roi et le départ en exil du gouvernement impliquaient de facto la disparition de l'autorité de l'État belge sur ses administrations. Le maintien des administrations en place par l'appareil nazi, les mettant sous tutelle d'une Militärverwaltung (contrairement à la France de Vichy placée sous commandement militaire) ne fit qu'accentuer les positionnements individuels dans les rangs de l'administration.

La question royale[modifier | modifier le code]

Sans être collaborationniste, l'attitude de neutralité du roi est sujette à question (« La question royale »). Le roi reste en effet en contact avec la machine administrative en place et ne soutient pas le gouvernement d'Hubert Pierlot, en exil à Londres.

La résistance passive de la population a pu être comparée à celle du Roi. Mais dans la mesure où l'on doit considérer la monarchie constitutionnelle comme une haute magistrature d'influence, il convient de signaler que, via certains membres de son Cabinet qui le couvrent, particulièrement le Comte Capelle, le Roi est resté en contact avec les éléments belges qui administraient la Belgique occupée, parfois des collaborateurs comme le gouverneur du Limbourg, ainsi que les Allemands. Il a pu donner le sentiment à des collaborateurs intellectuels comme Robert Poulet qu'il l'encourageait. Il a donné des instructions aux ambassadeurs belges via l'ambassadeur en Suisse pour qu'ils adoptent une attitude correcte à l'égard des diplomates allemands qu'ils rencontraient lors de leurs inévitables contacts avec le corps diplomatique de pays dans le monde entier. Léopold III reconnaît qu'il a donné ses conseils diplomatiques dans son autobiographie posthume Pour l'Histoire publiée en 2001. Ils tendaient à faire penser que l'état de guerre avait cessé entre la Belgique et le Reich[5]. Cependant, durant toute la guerre, une partie de la Résistance continue à se réclamer du Roi. D'ailleurs, le roi fit attribuer des armes au M.N.R, (Mouvement national royaliste) par l'intermédiaire d'un de ses anciens attachés militaires et, consulté par la résistance, il donna son accord à la nomination du colonel Bastin, choisi par le gouvernement belge en exil à Londres, pour prendre la tête de la résistance unifiée.

Les collaborationnistes en Belgique[modifier | modifier le code]

Les collaborationnistes sont les mouvements politiques, syndicaux, associatifs, les journaux, journalistes et intellectuels, qui faisaient la promotion de la collaboration et souhaitaient l'annexion pure et simple du pays au troisième Reich.

Le nationalisme flamand[modifier | modifier le code]

Drapeau de la Algemeene-SS Vlaanderen.

Le nationalisme flamand, encouragé par Hitler, a contribué à la collaboration. Les nationalistes flamands réclament une Flandre indépendante, vassale privilégiée du Reich, voire la renaissance de l'État bourguignon du XVe siècle (allant des Pays-Bas à la Bourgogne). Certains, tels la Algemeene-SS Vlaanderen, réclament toutefois l'intégration complète de la Belgique au Reich.

Léon Degrelle et le rexisme[modifier | modifier le code]

  • Léon Degrelle, fasciste avant la guerre, leader du Rexisme, SS wallon.
  • Légion Wallonie. Formation antibolchevique composée en majorité de Rexistes mise sur pied en juillet-août 1941 et engagée sur le front de l'Est aux côtés de la Heer (armée de terre) (08.08.1941-01.06.1943). Commandeurs : Major G. Jacobs, Capitaine B.E.M. P. Pauly, Capitaine G. Tchekhoff, Capitaine L. Lippert.
  • Brigade d'Assaut Wallonie. Nouvelle dénomination de la Légion Wallonie lorsque celle-ci passe à la Waffen-SS le 01.06.1943. Commandeurs : SS-Sturmbannführer Lucien Lippert (01.06.1943-13.02.1944, ensuite sans titulaire (Degrelle étant reconnu comme Chef politique et non pas comme Commandeur), SS-Oberführer K. Burk (01.06.1944-septembre 1944).
  • Division SS Wallonie. Issue de la Brigade d'Assaut (septembre 1944). Commandeur  : SS-Sturmbannführer (ensuite SS-Oberstrumbannführer) Léon Degrelle.
  • Gardes wallonnes. Unité paramilitaire mise sur pied par le Mouvement de Rex.
  • Formations de Combat. Milice du Mouvement de Rex.
  • Formation B. Milice armée du Mouvement de Rex affectée à la protection rapprochée des édiles rexistes. Chef. J. Pevenasse.
  • Département de Sécurité et d'Information-D.S.I.. Divisés en plusieurs Brigades (A, B, D, et Z), ses effectifs sont actifs dans la contre-terreur. Chef : C. Lambinon.

La collaboration de gauche et de droite[modifier | modifier le code]

Autres mouvements collaborationnistes wallons[modifier | modifier le code]

Divers collaborationnistes à classer[modifier | modifier le code]

Sources de l'article[modifier | modifier le code]

  • «  Eddy De Bruyne&Marc Rikmenspoel :For Rex and Belgium|For Rex and Belgium. Léon Degrelle and Walloon Political & Military Collaboration 1940-1945  » (2004, ISBN 1-874622-32-9)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Paul Aron, José Gotovitch, Dictionnaire de la Seconde Guerre mondiale en Belgique, éditions André Versaille, Bruxelles, 2008,(ISBN 9782874950018) p.98 et sq.
  2. * Henri Bernard, Panorama d'une défaite, Duculot, Gembloux, 1984.
  3. Publication, éditions Luc Pire - septembre 2007
  4. Proposition de résolution visant à reconnaître la responsabilité des autorités belges dans la persécution des Juifs en Belgique
  5. Jean Stengers, Léopold III et le Gouvernement, Duculot, Gembloux, 1980, Velaers et Van Goethem, op. cit.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Eddy De Bruyne, Les Commandos wallons d'Hitler : septembre 1944-mai 1945, Liège, éd. Luc Pire,‎ 2013, 206 p. (ISBN 978-2-87542-086-2).
  • Eddy De Bruyne, Moi Führer des Wallons ! : Léon Degrelle et la collaboration outre-Rhin, septembre 1944-mai 1945, Liège, éd. Luc Pire,‎ 2012, 381 p. (ISBN 978-2-87542-060-2).
  • Luc De Vos, La Belgique et la Seconde Guerre mondiale, Bruxelles, Racine,‎ 2004, 355 p. (ISBN 2-87386-355-2).
  • Patrick Nefors (trad. Walter Hilgers), La Collaboration industrielle en Belgique : 1940-1945, Bruxelles, Racine,‎ 2006, 327 p. (ISBN 978-2-87386-479-8).
  • Flore Plisnier (préf. Fabrice Maerten), Ils ont pris les armes pour Hitler : la collaboration armée en Belgique francophone, Bruxelles, La Renaissance du livre, coll. « Espace temps »,‎ 2011, 253 p. (ISBN 978-2-507-00361-6).

Lien externe[modifier | modifier le code]