Morale
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La morale (du latin moralitas, « façon, caractère, comportement approprié ») se rapporte au concept de l'action humaine qui concerne les sujets du juste et de l'injuste, également désignés sous le nom « bien et mal ».
Ils sont utilisés dans deux contextes : la distinction individuelle d'une part et d'autre part les systèmes de principes parfois appelés « conduite morale » partagés au sein d'une communauté culturelle, religieuse, civile ou philosophique.
Les morales personnelles définissent et distinguent parmi de bonnes et mauvaises intentions, motivations ou actions qui ont été apprises, engendrées, ou autrement développées par les individus composant ces communautés.
Sommaire |
[modifier] Morale : une histoire du bien et du mal
Pour la psychanalyse il n'y a pas de bien et de mal. En effet considérant que les maladies mentales peuvent se résumer à trois grandes structures : la structure psychotique, la structure névrotique, puis la structure perverse, on comprend que la perversion, soit ce qu'on appelle communément le mal, n'est pas un péché comme pour les religions monothéistes mais seulement une maladie mentale.
Socrate quant à lui, disait que l'homme ne fait jamais le mal volontairement car l'homme ne cherche que le bien, que son bien, et que le mal n'est qu'une illusion qu'il prend pour le bien.
Kant, lui, reconnaissait à sa juste valeur la réalité du bien et du mal, mais considérait que l'on ne peut pas et qu'il ne faut pas chercher à savoir ce qu'est le bien et le mal, mais que la morale est une attitude que l'on doit s'imposer par devoir. Et c'est justement le fait d'agir selon ce devoir qui rend l'attitude morale.
Saint-Thomas d'Aquin qui fut avec Aristote puis Hegel, l'un des trois philosophes dont la pensée fut déterminante pour l'histoire de la philosophie, avait distingué onze péchés de natures différentes. De plus, pour lui le bien et le mal n'étaient rien d'autres qu'une réponse, en fait deux réponses différentes et diamétralement opposées, à la valeur de la Vie. Vie qui pour lui venait bien sûr du créateur. Par ailleurs Saint-Thomas pensait que tous les sentiments étaient jouissifs en eux-mêmes : l'amour, la perversion, la haine. C'est d'ailleurs pour cela qu'ils se transforment généralement en actes. Seulement certains comme le mal, à la fois séduisent mais également détruisent celui qui les ressent.
Quant à maître Eckhart, théologien et philosophe Dominicain du 15ième siècle (dont la difficulté des thèses conduisit à des interprétations souvent fausses de sa pensée), affirma parmi ses nombreux écrits que l'on peut diviser les sentiments mauvais en trois grandes catégories. La plus grave est bien sûr la méchanceté (c'est-à-dire la perversion) qui consiste à prendre plaisir à détruire la Vie et donc les êtres de Vie que sont les hommes. Puis vient une forme moins connue que l'on peut traduire de nos jours par l'aigreur et qui consiste à prendre plaisir à rejeter, à gâcher la Vie et ses bonnes choses. Enfin, vient la haine qui pour lui, et contrairement à ce que pensent les bouddhistes, n'est pas la plus grave en ce sens qu'il faut toujours des raisons pour haïr, et qu'ainsi, d'une certaine façon, elle peut se justifier, bien que le Christ ait condamné également ce sentiment.
On comprend dés lors pourquoi Saint-Thomas d'Aquin avait l'intime conviction que le bien et le mal ne sont que des réactions, des réponses face à cette réalité intense qu'est la Vie (issue de Dieu). En effet ne pouvant rester neutre face à la valeur du vivant, nos réactions s'étalent de la plus saine qu'est l'amour jusqu'aux moins saines que sont les trois formes de mal énumérées par maître Eckhart.
Thomas d'Aquin pensait ainsi que pour pouvoir vivre et aller dans le sens de la Vie, dans le sens du Christ (notre but et notre finalité), il fallait commencer par vouloir vivre, et cette décision était uniquement d'ordre morale. En théorie seuls les actes sont jugés moraux ou immoraux, mais pour le nouveau testament la moralité commence au sein même du sentiment. C'est d'ailleurs ce sentiment qui par envie, pousse à passer aux actes, tant dans le sens de la moralité que de l'immoralité.
[modifier] Morale et éthique
En français, morale et éthique ont des sens souvent confondus.
Ainsi le Petit Larousse donne les définitions suivantes :
Morale (du latin mores, mœurs) :
- Ensemble des règles d'action et des valeurs qui fonctionnent comme norme dans une société,
- Théorie des fins des actions de l'homme,
- Précepte, conclusion pratique que l'on veut tirer d'une histoire.
Éthique, Philosophie (du grec ethikos, moral, de éthos mœurs) :
- Doctrine du bonheur des hommes et des moyens d'accès à cette fin,
- Ensemble particulier de règles de conduite (syn. morale),
- Partie théorique de la morale.
Le Petit Robert quant à lui donne :
Morale : science du bien et du mal, des principes de l'action ; théorie de l'action humaine en tant qu'elle est soumise au devoir et a pour but le bien...
Éthique : science de la morale ; ensemble des conceptions morales de quelqu'un ; décrit un comportement.
La morale est généralement rattachée à une tradition idéaliste (de type kantienne) qui distingue entre ce qui est et ce qui doit être, alors que l'éthique est liée à une tradition matérialiste (de type spinoziste) qui cherche seulement à améliorer le réel par une attitude raisonnable de recherche du bonheur de tous.
Quant à la déontologie, (gr. deon, -ontos, ce qu'il faut faire, et logos science), c'est la discipline qui traite des devoirs à remplir, sur un plan professionnel.
[modifier] Morale et droit
La morale peut être individuelle, dans ce cas, il s'agit d'un code d'honneur que l'individu se fixe et qu'il décide d'appliquer ou non[1]. Cependant, la morale peut être collective, et dans ce cas, elle s'apparente au droit[1]. La morale et le droit travaillent tout deux dans le but d'améliorer la vie en société[1].
Il existe différentes théories du rapport entre la morale et le droit[1]. Les auteurs ont recours à l'image de deux cercles pour illustrer la morale et le droit[1]. Chez certains, ces deux cercles sont concentriques, et considèrent ainsi que le droit est entièrement absorbé par la morale[1]. D'autres prétendent que ces cercles sont sécants[1]. Il y aurait donc trois catégories : les règles morales sans dimension juridique, les règles juridiques sans dimension morale, et à l'intersection, les règles morales ayant une application juridique[1]. Enfin, certains avancent l'hypothèse que ces cercles sont strictement séparés[1]. Cependant, cette dernière thèse admet trop d'exceptions pour être valide[1].
Le droit et la morale ont des domaines distincts, ils sont séparés, mais ils ont aussi des points de contact ; on ne peut parler ni de séparation, ni de confusion[1].
La morale peut être le fruit d'une seule personne, et ne s'appliquer qu'à elle ; le droit, en revanche, n'apparait que dans une société[1].
[modifier] Morale religieuse
1) Morale chrétienne
Un débat existe dans les théologies catholiques ou réformées pour savoir s'il existe une morale spécifique aux religions. Le débat n'est pas tranché, dans la mesure où les religions puisent leur morale dans les moeurs et coutumes du monde dans lesquelles elles s'ancrent.
- La morale chrétienne s'appuie sur ce qu'elle appelle la sagesse ou le système des vertus "théologales", à savoir foi, espérance et charité. La charité est l'amour du prochain, avec une préférence pour les plus petits et les laissés pour compte. La foi est la connaissance de Dieu par participation à sa vie. L'espérance est la confiance en l'achèvement de l'histoire et de la création du monde en Dieu, à travers la résurrection du Christ.
- Sur ce socle, s'appuient diverses morales, dont notamment la doctrine des vertus avec ses quatre vertus cardinales (prudence, justice, courage et tempérance).
- La distinction morale-éthique fait débat, dans la mesure où morale est le mot latin et éthique le mot grec (voir ci-dessus). Les grandes morales ou éthiques chrétiennes contemporaines en France sont portées par le philosophe Paul Ricoeur ou le théologien Paul Valadier. Le philosophe René Simon s'est fait le spécialiste d'une morale chrétienne de la responsabilité.
- À l'étranger, on remarquera le grand renouveau de la morale chrétienne, notamment aux USA et dans les pays germaniques. Par exemple, le théologien moraliste Reinhold Niebuhr est un des inspirateurs intellectuels de Barack Obama.
- Dans la tradition chrétienne, le péché n'est pas d'abord de l'ordre de la morale, mais de l'expérience religieuse. Il signifie la distance avec Dieu, infranchissable si Dieu ne vient pas de lui-même (vision d'Isaïe). Dans un second temps, le péché est un acte libre d'opposition à ce que l'évangile, la Parole de Dieu et la tradition chrétienne (pour les catholiques et les orthodoxes) proposent pour atteindre la sainteté. En aucun cas, l'obéissance extérieure à une Loi divine est considérée comme un acte moral. La loi divine est une proposition venant de la révélation qui doit être intériorisée.
2) Autres religions (à compléter)
La morale religieuse est l'ensemble des règles ou des positions que prend la communauté religieuse pour faire avancer les croyants vers un objectif religieux. Cela peut prendre les formes suivantes : manger du poisson le vendredi, jeûner pendant le ramadan, ne pas avorter, respecter le repos dominical, avoir une attitude de non-violence...
La morale religieuse peut plus ou moins se rapprocher des lois et commandements édictés dans les textes sacrés.
[modifier] Aperçu historique de la philosophie de la morale
[modifier] La morale chez Descartes
La question morale est abordée par Descartes dans les Principes de la philosophie (1644), comme découlant de sa conception de la métaphysique :
- « Ainsi toute la philosophie est comme un arbre, dont les racines sont la métaphysique, le tronc est la physique et les branches qui sortent de ce tronc sont toutes les autres sciences qui se réduisent à trois principales, à savoir la médecine, la mécanique et la morale, j’entends la plus haute et la plus parfaite morale, qui, présupposant une entière connaissance des autres sciences, est le dernier degré de la sagesse. Or comme ce n’est pas des racines, ni du tronc des arbres, qu’on cueille les fruits, mais seulement des extrémités de leurs branches, ainsi la principale utilité de la philosophie dépend de celles de ses parties qu’on ne peut apprendre que les dernières. »
Ainsi, Descartes fonde la morale sur la « connaissance des autres sciences », dans l'esprit du Discours de la méthode [2].
[modifier] De Spinoza à aujourd'hui
S'intéressant à l'éthique d'entreprise, le philosophe André Comte-Sponville (dans Le Capitalisme est-il moral ?, Albin Michel), pour éviter d'employer le terme morale de façon inadéquate, distingue donc quatre ordres, parmi lesquels on trouve l'ordre moral et l'ordre éthique.
Pour préciser la distinction entre morale et éthique, il se réfère à Spinoza et à Kant : il entend par morale tout ce qu'on fait par devoir (de l'ordre de la volonté), et par éthique tout ce qu'on fait par amour (de l'ordre du sentiment).
[modifier] Morale contemporaine
[modifier] Distinction entre morale individuelle et morale sociale
Dans la théologie catholique, en théologie morale, plus particulièrement dans les cours de théologie sectorielle, on distingue la morale individuelle et la morale sociale.
La morale sociale est assez voisine dans ses principes de l'éthique sociale.
[modifier] Débats contemporains
La plupart des débats contemporains concernent la morale sociale :
- la pollution de l'environnement,
- l'éthique de la responsabilité dans le domaine technique et scientifique (Hans Jonas),
- la responsabilité sociale des entreprises,
- la bioéthique,
- les droits des animaux,
- l'éthique des affaires,
- les droits de l'homme,
- la tolérance,
- le moralisme ou le rigorisme, formes intégristes de la morale.
Ils concernent aussi la morale individuelle dans les questions sexuelles, ce qui relève de la transmission entre générations.
[modifier] Confusion entre morale et religion
Mgr Louis Dicaire affirme qu'il existe une confusion entre morale et religion[3]. Il estime que la morale possède un caractère davantage personnel, qu'on appelle la conscience. Il pense que la religion, quant à elle, possède un caractère davantage public, puisque, selon une des étymologies probables du mot, elle consiste à "relier" des individus, « religion » viendrait du latin religere qui signifie relier. Selon lui, le rôle des institutions religieuses est donc d'éclairer les consciences par rapport aux enseignements propres à chaque religion.
Selon Louis Dicaire, cette confusion est à l'origine d'une conception fréquemment rencontrée selon laquelle la religion ne serait qu'une affaire privée.
[modifier] Citations
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Clément Rosset donne cette définition de la morale : « J'appelle morale toute forme de pensée qui sacrifie à la tentation de mettre entre elle et le réel le rempart d'une représentation quelconque d'idée ou de mots dont Marcel Aymé dit qu'ils ont l'étrange pouvoir de tenir à distance les vérités les plus éclatantes ». (Clément Rosset - Le monde et ses remèdes éditions PUF)
Quand Proudhon définit la morale, il écrit : « La Justice est le respect, spontanément éprouvé et réciproquement garanti de la dignité humaine en quelque personne et dans quelque circonstance qu'elle se trouve compromise et à quelque risque que nous expose sa défense. »
Pour Rimbaud, « La morale est la faiblesse de la cervelle . Acquise sans aucune réflexion, elle s'imprime en nous à nos dépens. Elle est un danger si elle n'est atténuée par la pensée raisonnable.»
Pour Charles Péguy, « La morale est un enduit qui rend l'homme imperméable à la grâce. »
[modifier] Note
- Introduction générale au droit, de Sophie DRUFFIN-BRICCA, et Laurence-Caroline HENRY, p 8 à 10, Gualino éditeur
- ↑ Voir en particulier la sixième partie du discours de la méthode
- ↑ La religion n'est-elle qu'une affaire privée ?
[modifier] Voir aussi
[modifier] Bibliographie
- Phédon, Platon
- Éthique à Nicomaque, Aristote
- Les Politiques, Aristote
- Lettres, Épicure
- La République, Cicéron
- Des lois, Cicéron
- Des biens et des maux, Cicéron
- Des devoirs, Cicéron
- Manuel, Entretiens, Épictète
- De la vie heureuse, Sénèque le Jeune
- Contre les moralistes, Sextus Empiricus
- Contre le mensonge, Augustin d'Hippone
- Traité des passions, Descartes
- Traité de morale, Malebranche
- Éthique, Spinoza
- Fondation de la métaphysique des mœurs, Kant
- Métaphysique des mœurs, Kant
- Critique de la raison pratique, Kant
- Essai philosophique concernant l'entendement humain, Locke
- Essais de théodicée, Leibniz
- Déontologie ou science de la morale, Bentham
- Fondements de la morale et de la religion, Maine de Biran
- Système de l'éthique, Fichte
- Les Deux Sources de la morale et de la religion, Henri Bergson
- Traité de la nature humaine, Hume
- Enquête sur les principes de la morale, Hume
- Justine ou les malheurs de la vertu, Sade
- Principes de la philosophie du droit, Hegel
- Le Fondement de la morale, Schopenhauer
- L'Unique et sa propriété, Stirner
- L'Utilitarisme, Mill
- Les Bases de la morale évolutionniste, Spencer
- L'Éthique protestante et l'esprit du capitalisme, Weber
- Le Formalisme en éthique et l'éthique matérielle des valeurs, Scheler
- Aurore, réflexions sur les préjugés moraux, Nietzsche
- Par-delà bien et mal, Nietzsche
- Généalogie de la morale, Nietzsche
- Le Traité des vertus, Le paradoxe de la morale Vladimir Jankélévitch
- Pour un catastrophisme éclairé Jean-Pierre Dupuy
- Le capitalisme est-il moral ? André Comte-Sponville, Albin Michel (2004)
- Le Principe responsabilité, Hans Jonas
- La Morale en tant que science morale, Angèle Kremer-Marietti
[modifier] Articles connexes
- Éthique
- Bien
- Mal
- Conscience
- Liberté
- Responsabilité
- Théologie morale
- Droit
- Justice
- Utilitarisme
- Féminisme
- Samuel von Pufendorf
- Vertu
[modifier] Liens externes
- La maladie morale du patriotisme
- Fairness Judgments: Genuine Morality or Disguised Egoism? Psychological Article on Fairness (registration required)