Métaphore

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La Métamorphose du roi Louis-Philippe en poire, de Charles Philipon (circa 1831) - De l'analogie à la substitution

La métaphore, du grec μεταφορά (metaphorá, au sens propre, transport), est une figure de style fondée sur l'analogie et/ou la substitution. C'est un type particulier d'image sans outil de comparaison qui associe un terme à un autre appartenant à un champ lexical différent afin de traduire une pensée plus riche et plus complexe que celle qu'exprime un vocabulaire descriptif concret.

Ainsi dans l'expression de Julien Gracq (Un balcon en forêt) : « Son rire de pluie fraîche », l'auteur décrit le rire de la jeune fille rencontrée dans les bois un jour pluvieux en l'associant à une pluie aux connotations particulières (bruit, pureté, nature) faisant du personnage féminin une nymphe qui séduit le jeune lieutenant cantonné dans la forêt des Ardennes. La métaphore constitue ainsi une utilisation suggestive et expressive de la langue.

De façon plus générale, la métaphore recouvre par sa forme raccourcie tous les usages de l'image en se différenciant de la comparaison (entendue au sens stylistique) par l'absence d'outil de rapprochement (« comme, ressembler à, pareil à... ») qui rend plus forte l'association des deux termes et souligne une équivalence dans la métaphore annoncée avec comparé et comparant, (par exemple : «  Bergère, ô tour Eiffel », Apollinaire, Zone), ou emploi du verbe être, (« La nature est un temple », Baudelaire, Correspondances), qui peut aller jusqu'à la substitution dans la métaphore directe avec le comparant seul qui rend l'explicitation plus difficile et fait appel au contexte (« Ceux qui sont chauves à l'intérieur de la tête », Prévert Dîner de têtes - « J'ai vu l'enfer des femmes là-bas », Rimbaud Une saison en enfer).

La métaphore, se retrouve donc naturellement dans la littérature et particulièrement dans l'expression poétique, mais elle est d'un usage quotidien dans l'emploi d'épithètes (« un cadeau royal » – « une ruse de Sioux »...), de personnification (« Nadal, roi de Roland-Garros ! »), d'invention verbale (« les poulets » = gendarmes) ou de formes lexicalisées (« les bras d'un fauteuil »)... Elle est également utilisée par les spécialistes qui veulent à la fois conceptualiser un phénomène et le vulgariser (le Big Bang, la double spirale de l'ADN, le serpent monétaire, l'empire ottoman, homme malade de l'Europe au XIXe siècle...).

Elle est aussi fréquente dans la représentation graphique (peinture, sculpture, caricature...), souvent sous la forme codifiée de l'allégorie comme Cupidon figurant l'amour.

La PNL (programmation neuro linguistique) utilise aussi beaucoup les métaphores à visée de prise de conscience. Le langage métaphorique est un langage imagé. L’idée est que la métaphore a un sens apparent et un sens caché. C’est le sens caché qui aurait toute sa force. Milton Erickson utilise la métaphore thérapeutique.


Sommaire

[modifier] Principe et fonctionnement

Le procédé de langage dit métaphore est étudié par la linguistique et par la rhétorique. La métaphore est en effet, historiquement, une figure de style. Sa spécificité tient dans le fait qu'elle produit d'innombrables rapprochements de sens et d'images, comme le note le poète Pierre Reverdy « L'image est une création pure de l'esprit (...). Plus les rapports des deux réalités rapprochées sont lointains et justes, plus l'image sera forte, plus elle aura de puissance émotive et de réalité poétique. » (Le Gant de crin).

[modifier] Pluralisme des définitions

Aristote est le premier, dans sa Poétique, certainement vers -347, à évoquer la métaphore, procédé majeur de la langue. Il explique ainsi l'origine de l'étymologie de la figure :

« La métaphore consiste à transporter le sens d'un mot différent soit du genre à l'espèce, soit de l'espèce au genre, soit de l'espèce à l'espèce, soit par analogie. [1]. »

Plus tard, Pierre Fontanier, premier descripteur français de la classe des figures de style, la définit dans son Traité général des figures du discours (1821), comme un trope par ressemblance :

« Les Tropes par ressemblance [c'est-à-dire les métaphores] consistent à présenter une idée sous le signe d'une autre idée plus frappante ou plus connue, qui, d'ailleurs, ne tient à la première par aucun autre lien que celui d'une certaine conformité ou analogie.[2] »

Comme Aristote, Fontanier confirme l'étroit rapport entre la figure comme action sur les mots et le rapport d'analogie qu'elle instaure.

Néanmoins, la définition la plus couramment admise reste celle que le philosophe Michel Meyer dans Principia rhetorica : Théorie générale de l'argumentation [3] expose, reprenant les conceptions issues de l'histoire de la rhétorique et qui se centre sur la fonction substitutive de la figure :

« La métaphore est la substitution identitaire par excellence, puisqu'elle affirme que A est B. »

[modifier] Un trope

La métaphore constitue la figure de sens ou trope [4] (ou métasémème dans la terminologie du Groupe µ) la plus vaste et la plus protéiforme du langage, avec la métonymie. À ce titre, nombre d'auteurs ont tenté de donner une définition rendant compte de sa complexité [5]. Son intégration à la classe des tropes date des débuts des traités rhétoriques français, chez Fontanier ou Du Marsais. Pour Pierre Fontanier elle consiste à employer « un mot dans un sens ressemblant à, et cependant différent de son sens habituel. [6] » : par exemple « dévorer », dont le sens premier est « manger en déchirant avec les dents », ou « manger avidement », dans :

« Le remords dévorant s'éleva dans son cœur… [7] »

Un trope est une figure spécifique qui consiste à détourner un mot de son sens habituel (ou propre), et la métaphore est l'une des plus puissantes figures de détournement sémantique.

En rhétorique, la métaphore est considérée comme une figure « microstructurale » : son existence est manifeste et isolable au sein d'un énoncé et n'en dépasse pas souvent les limites formelles (la phrase) — sans quoi on parlera plutôt de métaphore filée.

Michel Meyer dans son Principia rhetorica : Théorie générale de l'argumentation y voit une faculté de symbolisation unique :

« La métaphore exprime ainsi l'énigmatique : ce qu'elle dit ne peut être pris au pied de la lettre. Elle est une façon de dire le problématique au sein du champ propositionnel. Elle se situe à mi-chemin entre l'ancien, qui n'a plus à être énoncé puisque connu, et le nouveau, qui est irréductible aux données dont on dispose, puisque nouveau. Bref, la métaphore négocie l'intelligibilité des situations et des émotions nouvelles par rapport aux anciennes, dont elle modifie le sens tout en le préservant: et c'est cette dualité que l'on retrouve dans les expressions métaphoriques. »

Néanmoins la métaphore est un procédé rhétorique, et, en cela, elle conserve une certaine portée argumentative, car elle présuppose la coopération des interlocuteurs, et des enjeux de persuasion et conviction [8].

[modifier] Métaphore et discours

La translation qu'opère la métaphore correspond à une structure fondamentale du discours. La métaphore intervient sur les deux axes du discours : l'axe paradigmatique ou paradigme — qui correspond au stock de mots et vocables dont le locuteur a le choix —, et l'axe syntagmatique ou syntagme — qui correspond au respect des règles de combinaison des mots entre eux pour former une phrase compréhensible. Cette organisation est universelle à toute langue ; et celui qui l'a formalisée, Roman Jakobson, a clairement établi le rapport qui existe entre cette structure et les figures ou tropes. On parle du modèle de la métaphore en linguistique structurale, c'est-à-dire structuraliste.

Schéma de la métaphore comme déplacement de sens sur les axes linguistiques, d'après Patrick Bacry, Les Figures du style

Dès lors toutes les combinaisons sont possibles, le seul critère à respecter étant la cohérence syntaxique, sans quoi la phrase est a-grammaticale et confine au solécisme [9]. Le critère de la cohérence sémantique en effet n'est que secondaire : combiner des mots entre eux, si les règles de syntaxe sont observées, peut aboutir à des énoncés cohérents, suivant le contexte où ils naissent. C'est le cas des énoncés poétiques comme « La terre est bleue comme une orange » [10]. Le locuteur peut opérer un choix inattendu sur l'axe paradigmatique : au lieu du mot attendu par le contexte normal, il choisit un autre mot n'ayant pas de rapport sémantique direct avec le reste de la phrase (il y a linguistiquement ambiguïté). Ce déplacement enrichit l'expression et fait naître un effet stylistique, caractéristique de la figure de style.

Dans la métaphore de Victor Hugo, « cette faucille d'or » [11], « faucille » renvoie au croissant de lune. Hugo opère un déplacement de sens en déplaçant un mot : « croissant » est remplacé par « faucille » qui renvoie aux sèmes communs entre l'astre et l'outil, à savoir la forme en demi-arc de cercle. Le schéma ci-joint montre le déplacement opéré et le résultat, ainsi que les choix que pouvait avoir le locuteur dans le paradigme. L'interlocuteur a ainsi en conscience les deux mots renvoyant au sens de « croissant de lune », l'un explicite, l'autre implicite ; la métaphore permet ainsi de présenter en un seul mot le sens de deux mots, par un phénomène de déplacement de sens [12].

Selon les combinaisons retenues, on aboutit à différents types de relations : à la place du partitif « d'or », le poète aurait pu dire, par exemple, « jaune », ce qui relève tout aussi bien du champ sémantique de l'or — la relation entre « or » et « jaune » est ici la synonymie. On peut imaginer ensuite d'autres types de relations, principalement l'hyperonymie [13], l'antonymie [14] et l'homonymie [15].

Former une métaphore consiste ainsi, linguistiquement, à opérer une relation entre des mots choisis (axe paradigmatique ou paradigme) au moyen de ces trois catégories de structure (axe syntagmatique, ou syntagme). Le Groupe µ, dans sa Rhétorique Générale, qui étudia de près la métaphore, y repère comme caractéristique principale cette faculté de substituer des entités linguistiques à laquelle il donne le nom plus générique de métaplasme [16].

Les axes syntagmatique et paradigmatique de la langue, d'après Roman Jakobson

Jakobson propose ainsi que la métaphore est un processus de substitution effectif (elle met en œuvre la fonction poétique du langage [17]) sur l'axe paradigmatique ; c'est-à-dire qu'elle réalise un effet stylistique comparable à une impropriété puisqu'elle lie deux termes sémantiquement disjoints. C'est pourquoi nombre d'expressions métaphoriques sont perçues comme des manipulations déroutantes de la langue et du sens, surtout dans le cas des métaphores aboutissant à des personnifications (« Cet homme est un lion ») ou à des chosifications (« Cet homme a un cœur de pierre »).

Les herméneutess ont beaucoup étudié la métaphore — et en particulier Paul Ricoeur dans La Métaphore vive, qui y considère qu'elle est le produit d’une libre invention du langage. Ils la définissent plus généralement comme le remplacement d'un lexème [18] par un second, présentant avec le premier un ou plusieurs sèmes communs. Ainsi le travail métaphorique reposerait sur la tension entre ces sèmes communs ou opposés que l'on voudrait pourtant, par la figure, faire se ressembler (sachant que la comparaison est toujours positive autrement la figure devient une oxymore ou alliance de mots contradictoires ou de sens opposés, comme : « Un soleil noir »). Le décalage crée donc l'intérêt de l'image. La théorie moderne de l'analyse des logiques subjectives est également une tentative mêlant psychanalyse et linguistique pour définir la métaphore [19].

[modifier] La métaphore en stylistique

[modifier] Une connivence entre le locuteur et l'interlocuteur

Un exemple de contexte culturel : la métaphore « Il pleut des cordes » en français équivaut à « It's raining cats and dogs » en anglais (littéralement : il pleut des chats et des chiens.)

La stylistique a pour objet d'étudier les effets du discours dans l'énoncé et en communication. Le contexte [20] littéraire, énonciatif et culturel seul permet de cerner la nature et la portée de la métaphore, qui mélange deux champs sémantiques, parfois suivis d'une comparaison. La métaphore repose ainsi souvent sur des clichés, des lieux communs ou des allusions qui se retrouvent à toute époque. Dès lors, elle produit des effets affectifs qui apparaissent dans la poésie, les jeux du langage, et en rhétorique ; en cela sa réception dépend d'une connivence entre le locuteur et l'interlocuteur. Le transfert qu'elle permet entre deux termes — qui donne au comparé un statut souvent différent de son statut initial — fut souvent à l'origine de la théorie de l'écart, qui ambitionnait d'expliquer le style par un écart envers la norme ou envers l'usage minimal du langage. Cette vision fut abandonnée, notamment lorsque les recherches modernes établirent que ce transfert sémantique a une fonction stylistique destinée à amplifier le discours [21]. Ainsi, une telle connivence est très utilisée dans des genres ironiques (chez Voltaire par exemple), dans les journaux, et dans les jeux de mots. En poésie, le pacte de connivence (que Gérard Genette étudia, surtout dans le genre autobiographique [22]) est beaucoup plus ambigu, et nécessite de la part du lecteur un effort de décodage.

La stylistique se donnant comme objet le texte, elle étudie surtout les effets sur l'interlocuteur, et les moyens mis en œuvre par le locuteur pour cela, dans un cadre macro-structural. La métaphore filée est ainsi une métaphore privilégiée pour l'analyse de texte : elle peut en effet se fonder sur une gamme plus variée de moyens linguistiques et stylistiques. Néanmoins, on ne peut parler dans son cas de véritable métaphore, mais d'une juxtaposition de métaphores. Grâce à cette figure de pensée, l'auteur peut faire coïncider deux réalités distinctes dans la conscience du récepteur ; c'est pourquoi, d'après le linguiste Roman Jakobson, elle est propre au fonctionnement du discours. Pratiquement, la métaphore permet une concentration du sens et non un véritable changement de sens ; il y a donc polysémie (ajout d'une désignation sur un sens). La métaphore met en œuvre une activité qui s’affirme d’une façon symbolique, elle contribue à faire voir quelque chose qui ne se donne pas entièrement par des signes linguistiques. En stylistique, elle renseigne donc sur la vision du monde de l'auteur, qui lui est propre, à travers les grandes structures récurrentes dont il parsème son univers, tels l'isotopie [23], les champs sémantiques ou lexicaux.

[modifier] Une aide à la conceptualisation

Catherine Fromilhague rappelle que pour la sémantique cognitive, la métaphore est une figure qui peut être employée au service de la connaissance : « notre système conceptuel ne pouvant formuler certaines idées abstraites et subjectives que par le biais des métaphores. [24]  » ; elle permet ainsi de « lever le voile » de certains phénomènes inconnus ou difficiles à expliquer et à traduire. La poésie symboliste montre par exemple, par son manifeste esthétique, que la métaphore est au service de la révélation d’un inconnu et du mystère de la Nature.

La métaphore nous aide en somme à conceptualiser ce qui ne peut pas être compris par la désignation (ou connotation stricte), et relevant notamment des sentiments et de la pensée. George Lakoff et Mark Johnson ont ainsi montré, dans leur ouvrage Les métaphores dans la vie quotidienne[25], qu'elle est un auxiliaire linguistique à la conceptualisation. Au sens propre, elle permet en effet de rendre compte d'une réalité que la grammaire ne peut assumer : la métaphore « Jean est un lion » est acceptable comme figure de style, alors que l'énoncé « Jean est le lion » est logiquement faux. Dans l'expression métaphorique, le sens de la phrase n’est plus la somme des sens des éléments : on parle alors de sens métaphorique. Dans nombre de textes, comme dans les poèmes, elle permet ainsi de signifier un paradoxe que des mots non métaphoriques ne peuvent exprimer.

[modifier] Typologie des métaphores

Les linguistes ne sont pas unanimes autour d'une typologie stricte des différentes métaphores. Cependant, on peut dénombrer deux formes principales, immédiatement repérables.

[modifier] La métaphore annoncée

Dans la métaphore annoncée, la plus courante, le comparé est présent ; le comparé (l’élément réel) et le comparant sont exprimés, et liés grammaticalement. Sa ressemblance avec la comparaison est grande tant l'implicite est réduit :

  • « Je me suis baigné dans le poème de la mer. » (Arthur Rimbaud)
  • « La littérature : un coup de hache dans la mer gelée qui est en nous. » (Franz Kafka)
  • « Les lois sont des toiles d’araignées, à travers lesquelles passent les grosses mouches et restent les petites. » (Honoré de Balzac)
  • « Vieil Océan, ô grand célibataire . » (Comte de Lautréamont, Les Chants de Maldoror, Chant I)

Le thème de la métaphore, ainsi annoncé explicitement, se nomme également la « métaphore explicite », dite également in præsentia (présente dans l'énoncé). Pour lever l'ambiguïté, il y a alors souvent nécessité de faire figurer l'un et l'autre mot par une apposition, par le verbe copule être. On parle aussi de « métaphore par combinaison » car elle lie véritablement les deux mots.

L'anglais possède un concept pour désigner une espèce de métaphores particulièrement comiques ou saugrenues, destinées à moquer. On parle alors de mixed metaphor (« métaphores multiples » en français) telle : « Mr. Strauss-Kahn told the French National Assembly yesterday: 'Today everyone should know that Credit Lyonais is on its feet again; far from being garroted it is freed from the sword of Damocles that was weighing on its shoulders. [26]  »

[modifier] La métaphore directe

Immobile, ouvrant l’œil à moitié sous ses voiles,
Quel dieu, quel moissonneur de l’éternel été,
Avait, en s’en allant, négligemment jeté
Cette faucille d’or dans le champ des étoiles.

(Victor Hugo, Booz endormi.)

Seul le comparant est alors exprimé ; il s'agit d'une substitution totale. On la retrouve principalement dans l’argot et dans le langage populaire, mais également dans une poésie plus hermétique ou symboliste :

  • « Ce toit tranquille, où marchent des colombes, Entre les pins palpite, entre les tombes. » (Paul Valéry, Charmes, Le Cimetière marin) : seul le contexte (le cimetière marin, titre éponyme du poème) permet de comprendre que « toit » renvoie à « mer » et « colombes » à « voiles de bateaux ».
  • « une faucille d’or dans le champ des étoiles. » (Victor Hugo) : la présence du « champ d'étoiles » laisse penser que la « faucille d'or », par analogie de forme, est la lune.

On la nomme également métaphore contextuelle ou métaphore in absentia ou encore métaphore indirecte car elle lie deux réalités au moyen d'un mot précisé, mais où le terme métaphorique est sous-entendu et appartient au même contexte symbolique — comme dans : « La nuit dont les vastes ailes » (qui compare la nuit à un oiseau).

Il existe un type de métaphore directe extrême, dite métaphore pure — ou par remplacement —, où seul le mot métaphorique peut être présent car le contexte permet de l'interpréter :

« Nuages de mes torsades, brumes de mes tempes, plus noires que l'aile des corbeaux…
Mes lotus d'or se laissent deviner, voilés d'une gaze écarlate
Ne me prends pas pour la fleur commune, qui pousse au-delà de l'enclos. »
    — Kouan Han-k'ing, Trois poèmes d'amour.

Ici, le contexte culturel (poème chinois du XIIIe siècle) et le thème (poème d'amour) permettent l'interprétation des métaphores : « lotus d'or » étant une métaphore usuelle pour les « petits pieds » (critère de beauté à l'époque) ; et les nuées (nuages, brumes) évoquant littérairement les rencontres amoureuses [27].

Ces métaphores pures sont usuelles et culturelles, comme « L'astre du matin » pour le soleil levant, et sont souvent communes à diverses cultures. On retrouve ainsi en anglais l'expression également présente en anglais, par exemple « to break the ice » (« casser la glace »).

[modifier] Autres types de métaphores

[modifier] La métaphore filée

Charles Baudelaire - Hymne à la beauté.ogg
Une métaphore filée : le poème Hymne à la beauté de Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal

Métaphore continuée par la persistance du recours à un champ sémantique qu'elle a initialement introduit dans le discours. Il s'agit en réalité davantage d'une comparaison masquée. En anglais, on parle d' extended metaphor.

  • Exemple 1:

    « Petit-Poucet rêveur, j'égrenais dans ma course
    Des rimes. »
        — Arthur Rimbaud

Le poète (ici Rimbaud) est comparé au personnage du conte du Petit-Poucet excepté que les cailloux qu'il sème sont ici des rimes, image du poète libre de mener sa vie et inspiré par la Nature.

La métaphore filée fondée sur le torrent de parole (association du débit de l'eau avec celui des paroles) et finissant son image sur le terme de mer s'étend ici sur une phrase seule.


  • Exemple 3:

    « La bête souple du feu a bondi d’entre les bruyères comme sonnaient les coups de trois heures du matin. […] Comme l’aube pointait, ils l’ont vue, plus robuste et plus joyeuse que jamais, qui tordait parmi les collines son large corps pareil à un torrent. C’était trop tard. »
        — Jean Giono

Le feu est ici comparé à un fauve, souple et bondissant : la métaphore est filée par un ensemble d'adjectifs et de participes, un verbe et un groupe nominal qui exploitent tous le même champ sémantique. Les œuvres poétiques sont parfois mêmes fondées sur de vastes systèmes analogiques renvoyant à des métaphores filées ; c'est le cas par exemple de recueils d'Arthur Rimbaud comme Un Cœur sous une soutane, Le Bateau ivre.

[modifier] La métaphore lexicalisée, ou catachrèse

Quand une métaphore passe dans le langage courant, on parle de catachrèse. Le mot ou l'expression prend alors un sens nouveau, la métaphore est lexicalisée [28]. Ainsi trouvera-t-on dans le dictionnaire la définition du « pied » d'un meuble ou de l'« aile » d'un avion. Il s'agit davantage d'un jeu de mots validé par l'usage populaire, où le corps est lui-même objet et référence de métaphorisation [29].

  • Exemple: « un dos d’âne. », «  a table's leg  »en anglais.

Ces métaphores sont la plupart du temps des métaphores directes (ou conceptuelles en littérature anglaise), issus des milieux artistiques et intégrées à la langue et au parler populaire, telles : « life is a journey » (« la vie est un voyage » également en français). La métaphore « Un grand ténébreux » (pour désigner un jeune homme mystérieux) naît ainsi sous la plume de Jean Giono, et est depuis passé dans l'imagerie collective.

[modifier] La métaphore usée ou cliché

Métaphore passée dans le langage courant et devenue une tournure figée ; il s'agit souvent de métaphores directes :

  • Exemple:

    « Le temps c'est de l'argent. »

    ou

    « Bruges, la Venise du Nord. »

[modifier] La transpositions ou métaphore heurtée

Elles sont originales par rapport aux métaphores figées et elles élargissent la définition de la métaphore à d'autres éléments : aux couleurs (exemple : « des jours noirs »), aux sons (« une injustice criante »), aux synesthésies (« des couleurs chaudes »), à la personnification (par exemple la représentation allégorique d'une vertu dans un personnage de théâtre), l'analogie, l'animalisation ou encore la chosification. C'est notamment le cas de l'oxymore et de toutes les métaphores qui exigent un effort d'interprétation de la part de l'interlocuteur.

  • Exemple : « Avec quelle rigueur, Destin, tu me poursuis! »Jean Racine

[modifier] La métaphore heuristique

Les sciences et les disciplines recherchant la vérité, ou le didactique, emploient des métaphores (souvent filées), voire des paraboles ou d'allégories, les modèles scientifiques étant imagés (Big Bang, physique quantique, etc). Par ailleurs, nombre de philosophes ont recours à des métaphores heuristiques [30] : Platon et sa « caverne », Buridan et son âne ; leur but est, comme le rappelle Nietzsche, la recherche de la vérité :

« Qu’est-ce que la vérité ? Une multitude mouvante de métaphores, de métonymies, d’anthropomorphismes, bref, une somme de relations humaines qui ont été poétiquement et rhétoriquement haussées, transposées, ornées, et qui, après un long usage, semblent à un peuple fermes, canoniales et contraignantes : les vérités sont des illusions dont on a oublié qu’elles le sont, des métaphores qui ont été usées et qui ont perdu leur force sensible, des pièces de monnaie qui ont perdu leur empreinte et qui entrent dès lors en considération, non plus comme pièces de monnaie mais comme métal. [31]. »
    — Nietzsche, Le livre du philosophe

Il ne s'agit pas de clichés au moment de leur utilisation, mais d'images permettant de véhiculer une idée ou une théorie. Avec le temps, elles peuvent se figer et passer dans la langue même (comme le « Big Bang », qui permet à l'oral de parler d'un événement incroyable).

Les modèles cosmologiques utilisent des métaphores heuristiques; ici: la théorie des multivers d'Andreï Linde.

La métaphore est entrée au sein de l'épistémologie pour illustrer comment les modèles se situent et fonctionnent par rapport aux théories scientifiques, et comment une terminologie théorique est introduite dans le langage scientifique. Julian Jaynes en fera d'ailleurs un argument central de sa théorie de la conscience comme métaphorisation du réel. Toutes les disciplines sont créatrices de métaphores : la biologie [32], dans la théorie de l'évolution (le « chaînon manquant » de Charles Darwin, l'arbre comme image de la phylogénèse), en physique (le modèle de Maxwell et son démon), en écologie (l'hypothèse Gaïa) et surtout en astrophysique (théorie des cordes par exemple).

[modifier] Formes de la métaphore

Les métaphores prennent grammaticalement la forme du prédicat d'un verbe (exemple : « Les jours sont noirs ») ou celle d'un adjectif (« Les jours noirs »), mais on peut aussi les rencontrer dans des constructions avec complément du nom (« La noirceur des jours ») ou dans des appositions.

Linguistiquement, on distingue dans une métaphore trois éléments dont deux présents dans le discours, mis en lumière par Chaîm Perelman et Olbretchts-Tyteca dans Traité de l'argumentation. La nouvelle rhétorique [33] et qui fait suite à la terminologie de I. A. Richards[34] :

  • le thème ou « comparé » qui est le sujet dont on parle, noté .
  • le phore (signifiant « porté ») ou « comparant » qui est le terme mis en relation avec ce sujet, noté Ca.

Un troisième élément, implicite, est décodable par le contexte culturel et symbolique et par le cotexte (dans le texte lui-même, par un jeu de références et de renvois expliquant, avant ou après la figure, sa portée ou sa nature) :

  • le motif ou tertium comparationis qui est l'élément ressemblant — ou analogue — sur la base duquel les deux premiers sont liés, appelé qualité et constituant le trait sèmique qui fait l'objet du transfert de sens.

Le verbe est le mot support privilégié de la métaphore, en raison de sa valence, c'est-à-dire de sa capacité à accueillir des constructions syntaxiques : plus un verbe a de constructions syntaxiques variées, plus il est candidat à la métaphore. Les verbes de mouvement ou d'action, les verbes de pensée également, permettent ainsi une multitude de sens métaphoriques.

Les mots comparants et comparés peuvent être reliés par d'autres moyens syntaxiques que ceux mis en œuvre dans la comparaison. Pierre Fontanier dans Les Figures du discours insiste sur son universalité et sa grande productivité au sein du discours : « La métaphore s'étend bien plus loin sans doute que la métonymie et que la synecdoque, car non seulement le nom, mais encore l'adjectif, le participe et le verbe, et enfin toutes les espèces de mots sont de son domaine. » [35]. On distingue ainsi :

« Il arrive souvent que sa voix affaiblie
Semble le râle épais d'un blessé qu'on oublie »
    — Baudelaire, La Cloche fêlée

  • une formule, comme je crois voir :

« Dures grenades entr'ouvertes
Cédant à l'excès de vos grains
Je crois voir des fronts souverains... »
    — Paul Valéry, Grenades

  • un mot très simple peut créer une métaphore. Par exemple, l'emploi du mot «  nuit » renvoie souvent au plaisir charnel entre deux personnes, ou connote « les faveurs d'une femme », comme dans « Ils achetèrent de leur vie une nuit de Cléopâtre » (Émile, IV). Dans ce genre de cas, la polysémie du mot est maximale. « Nuit » peut ainsi renvoyer à d'autres thèmes et symboliques : l'obscur caché, le secret, la mort entre autres.

La métaphore est par ailleurs l'une des rares figures à être autonymique (qui peut se prendre comme objet) comme dans cette citation de Robert McKee : « Une histoire est une métaphore de la vie », qui est — en elle-même — une métaphore évoquant une métaphore. Raymond Queneau, dans Les Ziaux [37], appelle ainsi la figure « un double à toute vérité » :

 
Loin du temps, de l’espace, un homme est égaré,
Mince comme un cheveu, ample comme l’aurore,
Les naseaux écumants, les deux yeux révulsés,
Et les mains en avant pour tâter le décor

– D’ailleurs inexistant. Mais quelle est, dira-t-on,
La signification de cette métaphore :
« Mince comme un cheveu, ample comme l’aurore »
Et pourquoi ces naseaux hors des trois dimensions ?

Victor Hugo fait ainsi une métaphore de la métaphore lorsqu'il dit : « La métaphore, c'est-à-dire l'image, est la couleur, de même que l'antithèse est le clair obscur. » [38]

[modifier] Formes voisines de la métaphore: comparaison et autres figures de l'analogie

[modifier] Métaphore et comparaison : des figures proches

[modifier] Différence morphologique

La métaphore se confond souvent avec la comparaison, figure de sens très proche également qui rapproche deux réalités par deux mots au moyen d'un mot spécifique (dit comparant). La métaphore est, en quelque sorte, une comparaison implicite : elle se fonde sur une substitution, qui s'opère sur la base de propriétés communes aux deux termes rapprochés, mais où disparaît le terme comparant ou la locution comparative (comme, semblable à, tel…). C'est pourquoi on l'a souvent classée dans la catégorie des figures de la ressemblance.

La métaphore se réduit, en fait, au comparant seul, qui disparaît de l'énoncé pour être virtuellement dans le contexte extra-linguistique où le discours est produit : lorsque San Antonio dit que son chauffeur de taxi « a fumé quatre centimètres de son obélisque », on comprend qu'il s'agit d'une cigarette, car le contexte symbolique opère une analogie entre l'obélisque — de forme allongée —, et la cigarette. Par ailleurs, le comparé existe toujours, à travers le mot autour duquel s'articule la figure.

Métaphore ou comparaison? Le sème de la transparence est ici renvoyé par tous les objets disposés.

Pour Patrick Bacry [39], la métaphore se présente ainsi sous la forme :

mot « normal » (le comparé) plus le mot métaphorique (le comparant) [40]

Les moyens syntaxiques de liaison sont nombreux (voir chapitre Formes de la métaphore).

[modifier] Différence sémantique

Dans le cas de la comparaison, la manœuvre d'association des concepts est explicite (« rusé comme un renard »), et laisse intact le contenu de chacun des mots. Par exemple, la célèbre comparaison de Paul Eluard : « La Terre est bleue comme une orange » pourrait se transformer en la métaphore : « La Terre bleue orange ». La figure opère donc un « transport de sens » (étymologiquement la métaphore désigne un déplacement ; en Grèce actuelle, le mot « déménagement » est le terme antique de « métaphore »).

Mais l'intérêt de la métaphore est d'attribuer au sens B certaines nuances, et pas n'importe lesquelles, qui appartiennent au terme A et qu'une simple comparaison ne pourrait expliciter (on parle alors de sèmes, ou unités minimales de sens à l'origine des champs sémantiques). La métaphore ajoute réellement du sens symbolique au langage alors que la comparaison reste sur un plan très concret. Elle active la polysémie du mot et renvoie souvent à un univers symbolique ou culturel précis (en littérature on parle d'isotopie). La confusion entre ces deux figures est courante, et pas seulement dans l'enseignement.

La comparaison met en jeu deux mots, de catégories lexicales homogènes : dans « Jean est un lion », Jean et lion sont respectivement un nom propre et un substantif. L'énoncé « Jean est comme un lion » lui est ainsi linguistiquement équivalent. Dans la métaphore, et a contrario de la comparaison, il n'y a qu'une seule identité visée par le locuteur alors que la comparaison, comme son nom l'indique, compare deux termes, deux notions, deux réalités. La présence ou non d'un terme comparant (comme, tel, semblable à…) ne suffit donc pas à distinguer ce qui relève de la métaphore de ce qui relève de la comparaison : le contexte et l'effet recherché par le locuteur renseignent bien davantage sur la portée de la figure.

Néanmoins ces deux figures peuvent se combiner dans une même phrase :

« cet homme (...) mordant et déchirant les idées et les croyances d'une seule parole [métaphore], comme un chien d'un coup de dents déchire les tissus avec lesquels il joue [comparaison]. »
    — Maupassant, Auprès d'un mort

En ce sens, la métaphore a recours à l'implicite, au contraire de la comparaison, explicitée par le mot comparant. La métaphore opère un remplacement de certains mots que le contexte laisse entendre.

Pour Patrick Bacry, le contexte joue un rôle fondamental dans le décodage de la figure [41], en raison, d'une part, de la disparition des mots supports, et à cause de la connotation d'autre part.

Comme la comparaison, la métaphore repose sur le rapprochement de deux champs sémantiques différents : dans l'exemple ci-dessus, les mots mordre et déchirer ne sont pas du même champ sémantique que celui d'idée ; or la figure les associe. En réalité, il y a mélange des deux champs, qui ne sont plus séparés par un mot spécifique comme dans la comparaison. De ce mélange naît un effet particulier (voir le chapitre La métaphore en stylistique) qui peut obscurcir, éclaircir au contraire, choquer ou émouvoir le discours et l'interlocuteur. La comparaison peut alors être employée, combinée à la métaphore, pour préciser son sens et son emploi, pour l'expliciter. La métaphore étant une figure de l'ambiguïté, elle laisse un vaste champ possible d'interprétations :

« (...) sentait que cette pensée y avait sauté en même temps et s'installait sur ses genoux, comme une bête aimée qu'on emmène partout. »
    — Marcel Proust, Du côté de chez Swann

Néanmoins pour Bacry, il faut réserver le terme de métaphore à une apposition stricte de deux mots remplaçants des mots attendus. Selon lui, toute autre forme tend à se confondre avec la comparaison.

Pour Georges Molinié, pour passer de la comparaison à la métaphore il faut passer par plusieurs transformations successives ou états, ce qui explicite bien le fait que la métaphore enrichit le sens, là où la comparaison est assez pauvre :

  • Soit la comparaison « Cet homme est rusé comme un renard » (état 1).
  • état 2 : « Cet homme est un renard rusé » exprime le trope dans son état pur (l'homme rusé dont il est question ne s'est pas transformé, il s'agit d'une analogie) à travers une métaphore in præsentia car les comparés et le comparant sont encore présents dans l'expression.
  • état 3 : « Cet homme est un renard » est une métaphore in præsentia également, cependant la qualité a disparu ; c'est ici au lecteur, au moyen du contexte, d'interpréter la portée de l'expression.
  • état 4 : « Cet homme est un vieux renard » est une métaphore mettant en avant un trait sémique (le qualificatif « vieux » est connoté comme un trait de malignité).
  • état 5 : «  Nous avons affaire à un vieux renard » est une métaphore in abstentia puisque la mention explicite du comparé a disparu, et qu'il ne reste que le comparant. L'effort d'interprétation est ici maximal.
  • état 6 : « Le vieux renard nous a tous bernés » est aussi une métaphore in abstentia, mais elle est ici absolue et fonctionne comme une preuve démonstrative dont le prédicat est « nous a tous bernés ».

[modifier] Métaphore et autres figures de l'analogie

Hans Baldung: Les sept ages de la femme
Articles détaillés : personnification et allégorie.

La polysémie de la métaphore en fait une figure générale, souvent confondue avec d'autres procédés analogiques, tels l'allégorie (rendre concrète une idée abstraite), et la personnification (incarner sous forme humaine quelque chose qui ne l'est pas). En réalité, ces figures sont toutes fondées sur la métaphore, qui est un rapport de similitude entre deux choses ou deux idées. La métaphore espagnole de Góngora : « quejándose venían sobre el guante / los raudos torbellinos de Noruega » (qui peut se traduire par : « gémissants venaient se poser sur le gant / les rapides tourbillons de Norvège ») est pour la conscience du lecteur une personnification des vents; néanmoins la figure se fonde sur une métaphore, qui lie les gémissements humains au bruit du vent.

Les rapports entre la métaphore et l'allégorie sont très étroits[42]. Une allégorie est souvent une métaphore filée : au niveau du discours une image est continuée, et aboutit ainsi à représenter comme réel et concret une idée abstraite. L'allégorie célèbre de la Mort comme faucheuse, et concrétisée sous les traits d'un squelette, est par exemple une somme de métaphores : le squelette pour la décomposition, la Faucheuse qui renvoie à la Peste, le noir du costume au deuil, etc.

Il en est de même pour la personnification, mais avec moins d'emphase ou d'hyperbole : les entités vivantes non humaines (végétaux ou animaux) sont ainsi représentées sous une forme humaine — mais non divine. Au sens strict, et a contrario de l'allégorie, la personnification est bien une métaphore particulière destinée à transférer un objet concret dans une catégorie humaine.

[modifier] La métaphore en littérature

[modifier] Usage littéraire de la métaphore

La métaphore est un figure majeure en littérature, comme l'exprime Denis de Rougemont dans L' Amour et l'Occident : « Dès l'Antiquité, les poètes ont usé de métaphores guerrières pour décrire les effets de l'amour naturel. Le dieu d'amour est un « archer » qui décoche ses « flèches mortelles ». La femme « se rend » à l'homme qui la « conquiert » … ».

Elle fait intervenir d'autres concepts linguistiques, comme les champs sémantiques, l'isotopie ou l'analogie et la connotation, en rendant même parfois très complexe le décodage (on parle alors de poésie — ou de style, pour la prose — hermétique) :

Le lac, divin miroir...: métaphore de la métaphore comme anamorphose de l'objet premier, analogie privilégiée des romantiques.

« Soir de Paris ivre du gin
Flambant de l'électricité. »
    — Guillaume Apollinaire, La Chanson du mal-aimé

Cette métaphore fait référence ainsi au monde moderne du Paris électrique, mais le décodage est difficile car le poète fait un rapprochement entre l'effet du gin, alcool fort, et la nature de l'électricité.

Nombre d'auteurs soulignent que l'un des rôles de la littérature est de dire ce que les disciplines de l'homme (sciences humaines, philosophie, etc.) ne savent pas encore dire. Bien que les scientifiques utilisent eux-mêmes des ensembles de métaphores pour décrire les systèmes humains, la littérature est l'espace où cette pratique peut se développer de manière plus audacieuse et innovante. Les ensembles métaphoriques les plus intéressants sont ceux qui passent inaperçus du lecteur.

Les métaphores célèbres sont au contraire des audaces de rapprochement de termes qui dérangent le lecteur par rapport à ses habitudes de pensée. La littérature a ainsi apporté à la culture et à la conscience linguistique populaires des métaphores célèbres, devenues à terme clichés : « Le lac, divin miroir. » (Alfred de Vigny), « Tu fais des bulles de silence dans le désert des bruits. » (Paul Eluard), « Tu es la terre qui prend racine. » (Paul Eluard), «  le chant grave de la forêt ondulait lentement. » (Jean Giono).

En littérature, la métaphore permet le plus souvent de dépasser l'analogie pour réaliser une identification créant une autre réalité. Elle permet de lier l'âme du poète au monde dans le Romantisme ou dans le Symbolisme par exemple. Ainsi, Charles Baudelaire use de la métaphore comme du seul instrument permettant de décrire le fond humain. Le poète tente par la métaphore de transcrire un sentiment unique, et, hormis les clichés, chaque figure est propre à la subjectivité de l'auteur. Lorsque ces figures se lient à d'autres, elles établissent un vaste réseau de significations, mi-symbolique, mi-affectif, qui prend le nom d'isotopie littéraire. Les métaphores sont ainsi souvent agglomérées à d'autres procédés comme l'oxymore ou l'hyperbole parmi les plus classiques. D'autres figures peuvent être apparentées à des métaphores : l'harmonie imitative ou la synesthésie littéraire, par exemple. Victor Hugo est l'un des représentants d'un usage immodéré, mais toujours créateur de sens et d'images, de la métaphore. Associée avec sa figure antagoniste, l'oxymore, la métaphore lui permet de mettre en lumière des réalités que des mots seuls ne peuvent traduire : « Les cœurs sont le miroir obscur des firmaments. » (Le groupe des idylles dans La Légende des siècles).

Par la métaphore donc le poète permet l'existence d'un sens nouveau, réalité que peu de figures peuvent exprimer. Gaston Bachelard dit ainsi qu'elle permet même de rechercher « un avenir du langage » [43]. D'ailleurs cette fonction de la métaphore se retrouve dans d'autres disciplines comme les sciences ou la politique. La métaphore surréaliste rapproche deux réalités qui ne possèdent aucun point commun ; c'est, selon le mot de Lautréamont, « la rencontre sur une table de dissection d'un parapluie et d'une machine à coudre ».

[modifier] Une métaphore particulière : la métaphore homérique

Elle est formée d'un nom suivi d'un complément qui exprime ses qualités — appelé épithète homérique, exprimant ainsi des attributs inséparables des réalités ou des êtres qu'elle désigne. Homère l'utilise beaucoup, à travers des expressions figées depuis et devenues des topoï littéraires : « L'Aurore aux doigts de rose. », « Achille au pied léger. », « Ulysse aux mille ruses. », mais on la retrouve dans des textes antiques comme des textes beaucoup plus modernes, d'inspirations homériques comme ceux du mouvement du Parnasse dont les métaphores renvoient au domaine de la sculpture comme image du travail artisanal du poète [44].

[modifier] La métaphore en dehors du langage écrit

[modifier] À l'oral

L'oral n'échappe pas, comme l'écrit, au principe métaphorique, qui permet notamment de signifier un concept ou un état d'esprit rapidement. On y retrouve ainsi la plupart des métaphores lexicalisées — ou catachrèses — décodées selon un contexte bien particulier tels :

  • « Il est encore dans la fleur de l’âge » (contexte familial) ;
  • «  La racine du mal, c’est l’iniquité institutionnalisée » (contexte moral) ;
  • « Ils ont annoncé un gel des salaires » (contexte social) ;
  • « Mon enfance s’est déroulée sans un nuage » (contexte biographique).

Selon la situation de communication, il existe d'innombrables contextes de décodage, la métaphore pouvant même servir à coder un message, de manière sociolectale, comme dans les jargons ou technolectes.

Gyula Derkovits associe ici le cimetière des tombes dressées avec les arbres pointant vers le ciel en une double métaphore: de la vie et de la mort.

Les métaphores à l'oral sont surtout utilisées pour exprimer des sentiments, envers des éléments naturels comme le temps («  Il pleut des cordes ») ou « la Nature » (qui est ainsi personnalisée).

[modifier] Dans la langue des signes

Dans le langage des signes, on retrouve des gestuelles fondées sur la métaphorisation. Dans Le corps et la métaphore dans les langues gestuelles : À la recherche des modes de production des signes, Danielle Bouvet analyse le mode de production des signes de la langue des signes française et prouve que les métaphores construites par référence au corps permettent de constituer un vocabulaire abstrait qui coïncide souvent avec des expressions imagées du français parlé et écrit.

[modifier] La métaphore dans les Arts

La métaphore étant la figure de similitude majeure, elle est facilement transposable dans les autres Arts, surtout visuels comme la peinture. Nanine Charbonnel, dans La Métaphore entre philosophie et rhétorique [45], montre la riche tradition métaphorique picturale, au cours des siècles.

La métaphore est également très employée au cinéma (ainsi que la métonymie), en particulier pour suggérer les scènes difficiles à montrer (la métaphore supporte dès lors une autre figure : l'euphémisme) comme le sexe ou la mort. Dans La métaphore au cinéma : les figures d'analogie dans les films de fiction, Jacques Gerstenkorn soulève les pratiques scénographiques consistant à créer un univers mental et symbolique au cinéma.

Récemment Francesco Spampinato (Les Métamorphoses du son, Paris, L'Harmattan, 2008), a démontré combien la métaphore est utile également dans le domaine de la musicologie, notamment comme outil d'analyse.

[modifier] La métaphore en psychologie et en sciences humaines

La métaphore dépassa, au XXe siècle le seul cadre linguistique pour devenir un objet d'étude psychologique et neurologique même. Initié par le Groupe µ et par le structuralisme, la figure va entrer dans nombre de théories majeures aujourd'hui.

[modifier] Métaphore et neurologie

Paul Broca en 1865 et Carl Wernicke en 1874 établissent la distinction encore actuelle du cerveau comme un double appareil neuronal : un cerveau gauche d'une part (siège des unités linguistiques et de leurs combinaisons, responsable de l'analyse) et un cerveau droit d'autre part (siège de la reconnaissance de structures syntaxiques, de la mélodie, des émotions, responsable de la synthèse et de la compréhension globale). Leurs recherches démontrent donc que les unités linguistiques sont psychologiquement réelles alors qu’elles n’ont aucune matérialité corticale ; démonstration corroborée par l'imagerie moderne comme celle permise par l'imagerie par résonance magnétique.

Le cerveau et ses deux hémisphères cervicaux

Une série d'expériences cognitives et neurologiques vont ainsi, tour à tour, aboutir à isoler la métaphore comme inhérente au cerveau, et non production seule de la langue.

Les aphasiques de l’hémisphère droit peuvent ainsi former la grammaire et la phonologie, mais ils ne comprennent pas les métaphores. Jean-Luc Nespoulous, chercheur au Laboratoire Jacques-Lordat, Institut des Sciences du Cerveau de Toulouse, montre pour sa part que l'absence de métaphore nuit à la compréhension d'un énoncé complexe [46].

Bottini (1994 [47]) de son côté évoque le rôle important que jouerait l'hémisphère droit dans l’appréciation de la métaphore : le traitement de la métaphore impliquerait des ressources cognitives additionnelles. Des expériences sur le temps de lecture, plus long pour les énoncés métaphoriques que pour les énoncés littéraux (de Janus & Bever en 1985) et sur l'influence cognitive du contexte, qui permet de mieux comprendre, et plus rapidement le sens métaphorique (par Keysar en 1989) témoignent de l'actualité des recherches sur l'origine et la localisation cérébrale de la métaphore. Bonnaud & al. (2002) montrent également que parmi une paire de mots sans lien sémantique, une paire de mots avec lien métaphorique et une paire de mots avec lien littéral, constituant leur protocole expérimental, il y a plus d’erreurs sur les mots avec lien métaphorique que sur les mots avec lien sémantique littéral.

Les recherches aboutissent à la conclusion que le traitement global est moins spécialisé que prévu, et que la métaphore naît de la coopération des deux hémisphères [48].

[modifier] Métaphore et psychologie

[modifier] Théories

[modifier] La métaphore dans la structure et la dynamique de l'inconscient : Jacques Lacan

Lorsqu'il s'agit soit de comprendre la dynamique inconsciente d'un individu, soit de lui apporter des modèles d'enrichissement de ses dynamiques inconscientes, la métaphore a une place importante. La pratique du « soin par la métaphore » précède de plusieurs millénaires la compréhension de l'organisation de la pensée profonde par la métaphore. Jacques Lacan a ainsi ouvert la voie de l'exploration métaphorique en psychanalyse, notamment dans La métaphore du sujet (1960). Pour Lacan, «  l'inconscient est structuré comme un langage », et le désir a deux façons d'être exprimé : par la métaphore ou par la métonymie.

Pour Lacan, le signifiant prime sur le signifié. Ce franchissement de la barre entre signifié et signifiant se ferait pour lui par le jeu des signifiants entre eux, chez chaque individu, avec un glissement incessant du signifié sous le signifiant qui s’effectue en psychanalyse par les formules de la métonymie et de la métaphore, qu’il nomme « lois du langage » de l’inconscient. Lacan postule que l'inconscient, qui présente la même structure que le langage, peut également être défini par un axe syntagmatique et un axe paradigmatique, dans une image schématique similaire à celle que Roman Jakobson édifia pour la langue.

Lacan prend ainsi comme exemple cette citation célèbre : « La langue latine étant la vieille souche, c’était un de ses rejetons qui devait fleurir en Europe ». Cette métaphore d’Antoine Rivarol dévoile la fonction psychique de celle-ci : « La formule de la métaphore rend compte de la condensation dans l’inconscient ». Par condensation, Lacan entend, reprenant le vocabulaire de Freud quant aux deux processus à l'œuvre dans le rêve : la substitution d'un élément par un autre, permettant d'en exprimer le côté refoulé. Autrement dit, un mot pour un autre, un mot concret pour un mot abstrait, un transfert de sens par substitution analogique, telle est la définition de la métaphore en psychanalyse lacanienne, figure de style plus fréquente et plus apte à la poésie. Lacan cite ainsi des métaphores célèbres : « La racine du mal, l’arbre de la connaissance, la forêt de symboles, le jardin de la paresse, l’écheveau du temps, l’automne des idées », ou encore « les fleurs du Mal » de Baudelaire comme des recours linguistiques exprimant une impossibilité du sujet de conceptualiser en totalité son mal et son refoulé.

Lacan se démarque ainsi de la linguistique saussurienne centrée sur l'objet signe déconnecté du sujet et de son ressenti intérieur ; Lacan semble même en prolonger le paradigme épistémologique : « l’inconscient ne connaît que les éléments du signifiant » explique-t-il et il « est une chaîne de signifiants qui se répète et insiste ». Il élabore ainsi une formule mathématico-linguistique de la métaphore, qu'il développe comme suit : \frac{S}{S'_1}\cdot\frac{S'_2}{x}\rightarrow S\left (\frac{1}{S''}\right)[49]..

Lacan relève le mode selon lequel l’inconscient opère, ainsi que Freud l’avait décelé par la production de condensations et de déplacements le long des mots, à travers les lapsus et dans le matériel onirique surtout, mais « sans tenir compte du signifié ou des limites acoustiques des syllabes » ajoute Lacan. Le jeu du « Fort-da », décrit par Freud en 1920 atteste ainsi directement de ce processus de métaphorisation (ou condensation en psychanalyse) et du refoulement qui lui est lié: en soi la bobine est une métaphore de la mère, alors que le mouvement de va-et-vient symbolise les retours et départs auprès de la figure maternelle.

[modifier] Conséquence pour l'écoute psychanalytique[50]

Lorsqu'une métaphore est énoncée, il importe de résister à la fascination qu'elle produit sur nous (effet de signifié, impression d'un sens plein, masquant le non-sens de toute figure de rhétorique). Il faut au contraire faire jouer l'effet de signification en considérant les associations qui s'y rattachent et qui peuvent rendre compte du surgissement de cette métaphore dans le discours. Ce point est développé dans l'article de Juan David Nasio : "Métaphore et Phallus" (in "Démasquer le Réel" de Serge LECLAIRE, Éditions du Seuil).

[modifier] Le soin par la métaphore

Née des apports de Jacques Lacan dans le phénomène de la métaphorisation comme substitution d'un signifiant à un signifié inconscient et refoulé, difficile pour le sujet, se développent des thérapeutiques usant de la fonction cathartique de la métaphore.

Le conte magique, le mythe, l'histoire enseignement, la fable, sont des textes utilisés pour permettre à l'enfant et à l'adolescent d'intégrer des savoirs quant aux enjeux de l'homme — la naissance, la transformation, la rupture, le désir mimétique, la violence, la mort. Contrairement au texte philosophique où les choses sont explicitées, le texte d'apprentissage et de soin entre en résonance directe avec des parties de la pensée qui sont mal accessibles à la conscience, ce que montrent les travaux de Julian Jaynes et l'ouvrage commun de Joyce C Mills et Richard J. Crowley Métaphores thérapeutiques pour enfants [51]. En psychologie clinique, un certain nombre d'écoles de thérapie mentale préconisent de raconter des histoires qui sont en relation métaphorique avec la difficulté du patient comme l'école de Milton Erickson, qui y a recours dans sa méthode de l'hypnose.

Par ailleurs, l'apprentissage par la métaphore des ressources du langage figuré, en Français Langue Étrangère (FLE) donne lieu à une véritable découverte des différences inter-culturelles [52].

[modifier] Métaphores et cognitivisme : George Lakoff

George Lakoff — professeur de linguistique cognitive à l’Université de Californie (Berkeley) et fondateur de la cognition incarnée — considère que les métaphores sont loin d'être uniquement des procédés relevant de l'imagination poétique, ou ne concernant que les mots, plutôt que la pensée ou l'action. Les métaphores sont présentes dans notre vie de tous les jours et sont, selon lui, à la base du sens donné à nos concepts. Dans Les Métaphores dans la vie quotidienne, Lakoff montre que nous n'avons pas conscience de notre système conceptuel, et qu'une observation attentive de notre langage permet de voir que les métaphores structurent nos concepts : il forge ainsi la notion de métaphore conceptuelle.

Il s'attache alors, au travers de son étude, à montrer le recours systématique aux métaphores dans les différents domaines de la vie comme le sommeil [53] , la nourriture, le travail, l'amour ou le sexe. Les métaphores définissent ainsi un réseau de relations entre les choses qui constituent notre expérience personnelle du monde et notre perception culturelle — ce qu'il nomme des métaphores culturelles.

Ainsi, à propos de la métaphore de la guerre, Lakoff explique :

« « La discussion c’est la guerre ». Cette métaphore est reflétée dans notre langage quotidien par une grande variété d’expressions : Vos affirmations sont indéfendables. Il a attaqué chaque point faible de mon argumentation. Ses critiques visaient droit au but. J’ai démoli son argumentation. Je n’ai jamais gagné sur un point avec lui. Tu n’es pas d’accord ? Alors, défends-toi ? Si tu utilises cette stratégie, il va t’écraser. Les arguments qu’il m’a opposés ont tous fait mouche. […] C’est en ce sens que la métaphore « La discussion c’est la guerre » est l’une de celles qui, dans notre culture, nous font vivre : elle structure les actes que nous effectuons en discutant. [54] »

[modifier] Métaphore et Conscience : Julien Jaynes

Avec les découvertes de la psycholinguistique, les sciences voient de plus en plus dans la métaphore un processus, au lieu d'un résultat esthétique du seul domaine du langage.

André Leroi-Gourhan observe par exemple que lorsqu’un ou des hommes créent une nouvelle « machine », il y a apparition simultanée de mots, à travers notamment des technolectes (des jargons propres à un métier ou à une discipline). Cette création de nouvelle désignation va se faire selon le principe d’économie : si un mot déjà existant peut « représenter » l’élément nouveau, alors il est employé plutôt que de forger un mot nouveau. La construction d’un « mot pour dire telle chose nouvelle » se fait de manières différentes selon les situations. La société est donc la matrice qui conditionne l'apparition et l'emploi des métaphores.

Dans La Naissance de la Conscience dans l’effondrement de l’esprit, le psychologue américain Julian Jaynes soutient que la conscience réflexive, proprement humaine, est permise par un processus métaphorique enraciné dans le mode de perception visuelle [55]. Jaynes met en place une nouvelle terminologie pour étudier le phénomène métaphorique d'un point de vue phénoménologique et cognitif. Pour lui, à la base de tout langage existe la perception brute, qui est le mode de compréhension premier du monde : il s'agit ensuite de parvenir à une métaphore de cette chose, en lui substituant quelque chose qui nous soit plus familier.

Le travail métaphorique de la compréhension implique :

  • des métaphrandes (les choses à décrire) ;
  • des métapheurs (les choses aidant à décrire les précédentes) ;
  • des parapheurs (les mots associés aux métapheurs, sèmes en quelque sorte contenus dans la connotation) ;
  • des paraphrandes (les mots associés aux choses à décrire et que la langue possède).

« Il y a donc toujours deux termes dans la métaphore: la chose à décrire, que j'appellerai le métaphrande, et la chose ou le rapport utilisé pour l'élucider, que j'appellerai le métapheur. Une métaphore est toujours un métapheur connu s'appliquant à un métaphrande moins connu [56]. j'ai inventé ces termes hybrides par simple référence à la multiplication où un multiplicateur opère sur un multiplicande.[57]. »

Pour Jaynes, tout découle de ce processus et même les modèles les plus complexes et abstraits : «  Une théorie est [donc] une métaphore entre un modèle et des données » dit-il. Le langage lui-même vient de la métaphore. En cela Jaynes réalise un point de vue révolutionnaire de la conception couramment admise : la métaphore peut en effet se figer, et former le vocabulaire qui peu à peu perd toute référence à l'analogie première (exemple : les « ailes » de l'avion, ou encore le verbe « être », qui vient du sanscrit bhu (« pousser » ou « faire pousser »), renvoyant à la métaphore d'une action réelle s'appliquant à un élément mental). L'étymologie est ainsi pour Jaynes résultat de métaphores. Le langage a peu à peu, du concret à l'abstrait, monté « les marches qu'étaient les métaphores » et a permis ainsi de spatialiser en conscience le Réel :

« Le lexique du langage, donc, est un ensemble fini de termes qui, par le biais de la métaphore, peut s'étendre sur un ensemble infini de situations, allant même jusqu'à en créer ainsi de nouvelles. [58] »

La conscience s'entend pour Julian Jaynes avant tout comme un espace mental métaphorique, que l'expérience agrandit à chaque nouvelle prise de conscience. Le processus corollaire de la narratisation vient ensuite lier ces expériences en un tout logique donnant la réflexivité. Jaynes distingue ainsi plusieurs procédés de métaphorisation :

Pour Dr. Jacob Bronowski, mathématicien de haut niveau, « les mathématiques représentent la plus colossale métaphore imaginable[59] ».

[modifier] Acquisition cognitive de la métaphore chez l'enfant

La métaphore est un objet cognitif témoignant du processus mental de la conceptualisation. Elle implique en effet un nouveau rapport à un univers construit, processus cognitif appelé la re-catégorisation [60].

On assiste ainsi chez l'enfant pré-langagier au passage du pôle du codage au pôle de l’invention : par la métaphore l'enfant exerce une liberté linguistique. L’enfant doit être aussi capable de renvoi syntaxique, via les procédés de l'anaphore et de la cataphore.

La métaphore suppose donc l'acquisition de capacités mentales :

  • la capacité de catégorisation
  • la capacité de généralisation

En psychologie du développement, on observe que jusqu’à 2 ans l'enfant accuse une absence de compréhension et de production de métaphore. Ce n'est qu'à partir de 4 ans que les métaphores sont comprises et produites, mais souvent les interprétations sont au pied de la lettre (une maman dit à son enfant « tu m’as laissé tomber », l’enfant répond « où ? »), expressions caractéristiques du langage enfantin et qui font sourire l'adulte, qui, lui, n'a plus accès à ce monde du sens immédiat.

Après 6 ans le stade du développement de l’activité métaphorique est lié à l’émergence de l’activité métalinguistique (ou autonymique). Les composantes sémantiques sont différenciées, la différenciation permettant l'acquisition pratique des analogies et des images, constituant les réseaux sémantiques et les jeux de mots. Dès 11-12 ans la manipulation des métaphores conventionnelles et culturelles est acquise.

La psychologie de l'éducation fait ainsi passer l'enfant, par le biais de l'activité symbolique permise par la métaphore, des activités linguistico-cognitives concrètes (sens immédiat, « au pied de la lettre ») aux activités linguistico-cognitives formelles, respectant le code syntaxique et les contraintes de la langue.

[modifier] Métaphore et épistémologie: la métaphorologie

Article détaillé : Métaphorologie.

La métaphorologie est l'étude des métaphores, comme produits sémiotiques et cognitifs ; il s'agit aussi d'une étude trans-disciplinaire prenant sens dans un cadre autre que littéraire, représentée notamment par Paul Ricœur, Cornelius Castoriadis et Jacques Derrida.

Elle s'inscrit dans la même logique que le constat de Prandi : « il s’avère impossible de donner une définition de la métaphore qui soit à la fois générale et exhaustive – qui s’applique à toutes les métaphores et explicite en même temps les propriétés qualifiantes de chacune. Ce qui arrive en fait, c’est que plusieurs définitions de la métaphore, assez hétérogènes pour être incompatibles, sont chacune appuyées par quelques-unes des données, alors même qu’aucune n’est adéquate pour la généralité des métaphores. ». Dès ses débuts, la métaphorologie souffre d'une définition stable de son objet, seul phase capable ensuite d'en appréhender la « paradigme de la métaphorologie » Hans Blumenberg (ouvrage éponyme).

La métaphorologie peut ainsi être résumée en trois points épistémologiques qui restent néanmoins à circonscrire :

  1. Attitude de méfiance : le contenu de la métaphorologie tient en une phrase négative : « il n’y a pas de métaphorologie théorique acceptable, et, en conséquence, il n’y a pas de métaphorologie appliquée acceptable non plus ». Le point de vue adopté est négativiste.
  2. Attitude définitionnelle : le contenu de la métaphorologie théorique correspond à une définition (ou un ensemble fini de définitions) isolée(s) des autres. Le contenu de la métaphorologie appliquée correspond à une recherche sur la présence des métaphores (uniquement celles qui correspondent à la définition donnée) dans un discours. Le point de vue adopté est disciplinaire ou interdisciplinaire.
  3. Attitude typologique : le contenu de la métaphorologie théorique est une grille (non clôturée) composée de questions et de réponses possibles à ces questions.

La métaphorologie est une science sémiotique et cognitive encore jeune; néanmoins elle est le témoignage le plus actuel de la persistance de la métaphore, non plus comme simple figure de style, mais comme réel fondement de l'univers mental et linguistique, espace qui est au final la réunion des « deux grandes moitiés de la vie, la métaphore et la vérité »[61]

[modifier] Notes et références

  1. Aristote, Poétique d'Aristote (trad. et notes Jules Barthélemy-Saint-Hilaire), A. Durand, Paris, 1858, p. 112.
  2. Citation extraite du Manuel classique pour l'étude des tropes, Première partie du Traité général des figures du discours, désormais édité comme : Pierre Fontanier, Les Figures du Discours, Flammarion, coll. « Champs », Paris, 1977, 510 p., chap. III (« Des Tropes par ressemblance, c'est-à-dire, des métaphores »), p. 99 .
  3. Michel Meyer, Principia rhetorica. Une théorie générale de l'argumentation, Fayard, Ouverture, 2008, (ISBN 978-2-213-63696-2), p. 71.
  4. Définition et schéma sur le site Lettres.org.
  5. Liste des définitions, site de Cédrix d'Etienne, très complet
  6. Cité par Todorov et Ducrot, Dictionnaire encyclopédique des sciences du langage, Paris, Seuil, 1972, p. 354.
  7. Vers extrait de La Henriade (Voltaire, 1728), cité par Fontanier dans Les Figures du Discours, Flammarion, Paris, 1977, p. 100.
  8. Article de J.-M. Klinkenberg, membre du Groupe µ, L'argumentation dans la figure.
  9. Solécisme: faute de syntaxe (construction incorrecte) permettant d'aboutir à un langage populaire proche du barbarisme.
  10. Vers de Paul Éluard, tiré du recueil L'Amour, la poésie, 1929
  11. Vers tiré du poème Booz endormi, in La Légende des siècles, 1859
  12. La psychanalyse, de Freud à Lacan, emploiera ainsi la métaphore au niveau psychique, sous la notion de condensation.
  13. Hyperonymie: un mot est catégoriquement supérieur à l'autre, par exemple : « félin » pour « chat ».
  14. Antonymie: des mots sont de sens opposé : « or » aurait pu être remplacé par « sombre » par exemple.
  15. Homonymie: les mots sont de même sonorité et de même morphologie, mais de sens différents, par exemple « croissant » au sens de pâtisserie, non de forme géométrique.
  16. « L'essentiel du procédé revient à assimiler, sur un certain plan, deux signifiés apparemment étrangers. (..) La métaphore est ainsi le résultat de la substitution d'un mot à un autre sur la base de leur commune possession d'un noyau de sens dénoté. (..) Dans la métaphore on procède, autour d'un noyau fixe de sèmes, à des suppressions et à des adjonctions pour aboutir à la substitution. » i, Rhétorique Générale, Groupe µ, p. 64.
  17. Selon Jakobson, le langage contient six fonctions, l'une étant plus dominante dans un genre ou un style. Il distingue ainsi: la fonction référentielle (ou dénotative: le message est centré sur le référent du message; la fonction expressive (ou émotive) dans laquelle le message est centré sur l'émetteur; la fonction conative où le message est centré sur le destinataire; la fonction métalinguistique, le message est y centré sur le langage lui-même; la fonction phatique dans laquelle le message cherche à établir ou à maintenir le contact comme le « Allô ? » du téléphone; et enfin la fonction poétique qui permet que le message soit centré sur lui-même, sur sa portée.
  18. Un lexème est une unité de sens et de son qui n'est pas fonctionnelle ou dérivationnelle. Le lexème renvoie à une notion abstraite ou concrète indépendante de la situation de communication. C'est un synonyme de radical dans la plupart des cas.
  19. Il s'agit d'une méthode d’analyse des mots (lexèmes) d’un texte parlé ou écrit, inspirée par la psychanalyse, qui permet, sans recourir à la communication non verbale, d’avoir une idée de la personnalité de l’auteur et de ceux qu’il peut espérer persuader ou séduire; la stylistique se fonde dessus.
  20. Le contexte, c'est-à-dire: l'environnement d'un énoncé verbal (mot, phrase, texte) auquel il sert de cadre de référence, ainsi que le cadre non-verbal: l' « univers » (définition du Dictionnaire des Termes Littéraires, d'Hendrik Van Gorp et alii, Champion Classiques, 2005, isbn:2-7453-1325-8, p. 116.
  21. Avec, notamment, les conclusions de Michel Mayer (Principia rhetoric. Théorie générale de l'argumentation) et de C. Perelman et L. Olbrechts-Tyteca (Traité de l'argumentation).
  22. Gérard Genette a en effet initié la notion de pacte en littérature et en rhétorique (avec la figure de la métalepse par exemple). Genette parle en réalité de deux ententes entre le lecteur et l'auteur: le pacte de fiction (renvoyant à la mimésis) et le pacte autobiographique propre à ce genre.Genette s'y attarde dans Le pacte autobiographique, 1975
  23. L' isotopie est un procédé sémantique qui désigne la présence d'un même sème consistant en un terme ou en plusieurs termes au sein d'un texte; on peut parler, par exemple de l'isotopie de l'eau ou du feu, de la guerre, de l'amour etc. Son étude est à la source même de la stylistique; cf aussi : Définitions du concept d'isotopie selon l'auteur.
  24. Les Figures de style, Armand Colin, 2007, p. 92.
  25. 1985, Paris, Edition Minuit.
  26. Extrait de l'article du 'numéro du 'The New Yorker, Jan. 4, 1999, reproduisant un article du journal Financial Times.
  27. Poème traduit par Li Tche-houa, édité et commenté dans Anthologie de la poésie chinoise classique, Paul Demiéville (dir.), Gallimard, Paris, 1988, p. 467.
  28. Voir le chapitre La métaphore lexicalisée, dans Sémantique de la métaphore de Le Guern [PDF.]
  29. Voir pour plus de détails sur les « procédés de métaphorisations » tels la zoomorphe ou l'anthropomorphe, voir l'article Julian Jaynes.
  30. Il ne faut pas confondre les métaphores heuristiques avec les métaphores filées, il s'agit de deux procédés différents; voir à ce sujet: De la métaphore filée au modèle analogique: cohérence et cohésion = From metaphor to analogic model: coherence and cohesion, de Hallyn, F., Université de Gent, Belgique, Travaux de linguistique, 1994, issn=0082-6049 (source: CAT.INIST).
  31. Le livre du philosophe, Paris, Aubier-Flammarion, p. 181-182.
  32. Le rôle de la métaphore en biologie, Berder, mars 2006 de Sara Franceschelli (ENSLSH & Rehseis) et Philippe Huneman (IHPST) [pdf]
  33. Chaïm Perelman et Olbretchts-Tyteca, Traité de l'argumentation. La nouvelle rhétorique, Éditions de l'Université de Bruxelles, 2008, chapitre '87 la métaphore, p. 534-542.
  34. Dans The Philosophy of Rhetoric , Oxford, Oxford University Press, 1936, Richards est le premier à analyser le fonctionnement de la métaphore; il distingue: le tenor et le vehicle, respectivement le thème et le phore.
  35. Fontanier, infra, p. 99.
  36. À la différence de l'adjectif semblable, réservé à la comparaison.
  37. « L’explication des métaphores », Les Ziaux, Poésie/Gallimard, 1943.
  38. Lettre de Victor Hugo à Émile Péhant, 11 octobre 1868.
  39. Patrick Bacry, Les Figures de style, Belin, 1992, p. 43.
  40. Ou l'inverse, qui est également possible, mais qui renforce l'implicite et l'aspect hermétique de l'image.
  41. Les Figures de style, Belin, 1992, p. 41.
  42. On pourra consulter la définition qu'en donne le professeur Michel Boumal : Michel Boumal, « Qu'est-ce qu'une allégorie ? » sur Le Grenier Multimedia du Lycée Emile Jacqmain, septembre 1999. Consulté le 8 février 2009.
  43. In Poétique de la rêverie.
  44. Voir pour des exemples ce site.
  45. Nanine Charbonnel, La Métaphore entre philosophie et rhétorique, (dir. avec Georges Kleiber), Paris : Presses Universitaires de France, 2000, 245 pages.
  46. Le Dorze , G., Nespoulous , J.-L., Anomia in moderate aphasia : Problems in accessing the lexical representation, Brain and Language, 37, p. 381- 400, 1985.
  47. Étude de : Bottini, G., R. Corcoran, R. Sterzi, E. Paulesu, P. Schenone, P. Scarpa, R. S. Frackowiak & C. D. Frith (1994), The role of the right hemisphere in the interpretation of figurative aspects of language. A positron emission tomography activation study, Revue Brain, (en).
  48. Résumé des expériences menées sur la neurologie de la métaphore, par le site stylistique anglaise.
  49. « L'instance de la lettre dans l'inconscient », Écrits I, seuil, 1966.
  50. Lire le paragraphe complet ici
  51. Richard J. Crowley, Métaphores thérapeutiques pour enfants, Desclée de Brouwer, Coll. Re-Connaissances, 1995, isbn: 2220037207.
  52. L'enseignement des métaphores en FLE.
  53. Exemple des métaphores du sommeil, consulté le 07 février 2009.
  54. Les Métaphores dans la vie quotidienne, traduit de l’anglais par Michel de Fornel avec la collaboration de Jean-Jacques Lecercle, Chapitre 10 : Quelques exemples supplémentaires.
  55. John Stewart, la Conscience en tant que métaphore spatiale: la théorie de Jaynes. revue Intellectica, 2001, n° 32.
  56. A ce propos de terminologie, nécessaire pour Jaynes afin de distinguer les processus mentaux à l'œuvre, l'auteur voit dans la distinction classique, littéraire, entre mot propre et mot métaphorique une limitation trop esthétique.
  57. La Naissance de la Conscience dans l’effondrement de l’esprit, p. 64
  58. La Naissance de la Conscience dans l’effondrement de l’esprit, p. 67.
  59. « Dr. J. Bronowski among others has pointed out that mathematics, which most of us see as the most factual of all sciences, constitutes the most colossal metaphor imaginable, and must be judged, aesthetically as well as intellectually, in terms of the success of this metaphor. » in Norbert Wiener, “The Human use of Human Beings. Cybernetics and Society”, p. 129, Avon Books, New York, 1971.
  60. Voir notamment: Production et compréhension des métaphores chez l'enfant : De la similitude à la métaphore de Laganaro M., Université de Genève, Archives de psychologie, issn: 0003-9640, Éditions Médecine et Hygiène, Genève, Suisse, 1997.
  61. Robert Musil, L'homme sans qualités, traduit par Philippe Jaccottet, édition du Seuil, collection « Le don des langues », p. 660-661.

[modifier] Voir aussi

[modifier] Figures proches

Figure mère Figure Fille
analogie, trope métaphore filée, catachrèse, métaphore homérique
Antonyme Paronyme Synonyme
métaphore-comparaison, métaphore-métonymie similitude, parallèle, métalepse, allégorie, parabole

[modifier] Articles connexes

Métaphore paternelle

[modifier] Rhétorique

[modifier] Sciences Humaines

[modifier] Liens externes

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[modifier] Bibliographie

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[modifier] La métaphore en rhétorique

  • (fr) Patrick Bacry, Les figures de style : et autres procédés stylistiques, Belin, coll. « Collection Sujets », Paris, 1992, 335 p. (ISBN 2-7011-1393-8 (br.) Ouvrage utilisé pour la rédaction de cet article) 
  • (fr) Paul Ricoeur, La métaphore vive, Seuil, coll. « Points Essais », 1997, 411 p. (ISBN 2020314703 Ouvrage utilisé pour la rédaction de cet article) 
  • (fr) Roman Jakobson, Éléments de linguistique générale (tome 1 et 2), Éditions de Minuit, coll. « Collection Double », 1981 (ISBN 2707305790 Ouvrage utilisé pour la rédaction de cet article) 
  • (fr) Abehsera A.A., Babel, la langue promise, Dora, 184 p p. (ISBN 2-91478-03-4) 
  • (fr) Charbonnel Nanine, La tâche aveugle I Les Aventures de la Métaphore, Presses universitaires de Strasbourg, 1991 (ISBN 9782868204332) 
  • (fr) Charbonnel Nanine (dir. avec Georges Kleiber), « Métaphore et philosophie moderne », in La Métaphore entre philosophie et rhétorique, Presses universitaires de France, coll. « Linguistique Nouvelle », 2000 (ISBN 9782130495932).  
  • (fr) Groupe µ, Rhétorique générale, Paris: Larousse (Rééd.: Paris : Le Seuil), coll. « Points Essais n°146 », 1970, 256 p. (ISBN 2020063212) 
  • (fr) Michel Meyer, Principia rhetorica. Une théorie générale de l'argumentation, Fayard, coll. « Ouverture », 2008 (ISBN 978-2-213-63696-2 Ouvrage utilisé pour la rédaction de cet article) 
  • (fr) Charbonnel Nanine (dir. avec Georges Kleiber), La Métaphore entre philosophie et rhétorique, Presses Universitaires de France, coll. « Linguistique », Paris, 1999, 245 p. (ISBN 2130495931) 
  • Chaïm Perelman et Lucie Olbrechts-Tyteca, Traité de l'argumentation. La nouvelle rhétorique, Éditions de l'Université de Bruxelles, coll. « UBlire Fondamentaux », Paris, 2008 (ISBN 978-2-8004-1398-3) 

[modifier] Ouvrages généralistes sur la métaphore

  • (fr) Danto, A, La transfiguration du banal, Seuil, 331 p p. (ISBN 2-02-010463-6) 
  • (fr) Durrenmatt Jacques, La Métaphore, Honoré Champion, coll. « Uni-Champs Essentiels », Paris, 2002 (ISBN 2-7453-0441-0) 
  • (fr) Collard, A-S., La métaphore dans l’hypermédia comme médiateur de contenus, IPSI, Tunis, 2005.  
  • (fr) Charbonnel Nanine, Les Aventures de la Métaphore, Presses universitaires de Strasbourg, 1991, 310 p. (ISBN 2-86820-433-3) 
  • (fr) Frontier, A., La poésie, Belin, 367 p. p. (ISBN 2-7011-1344-X).
    chapitre sur la métaphore
     
  • (fr) Fonagy, I., La métaphore en phonétique, Ottawa, Didier, 1980 
  • (fr) Gesternkorn, J., La métaphore au cinéma : les figures d'analogie dans les films de fiction, Méridiens-Klincksieck, 1999 (ISBN 2865633233) 
  • (en) (en) Brown, T.L., Making Truth: Metaphor in Science, Urbana and Chicago: University of Illinois Press, 2003, 215 p p. (ISBN 0-252-02810-4) 
  • (en) (en) Bhushan, N.; Rosenfeld S., Metaphorical Models in Chemistry, Chem. Educ, 1995 (ISBN 578–582) 

[modifier] La métaphore en psychologie

  • (fr) Jaynes, J., La naissance de la conscience dans l'effondrement de l'esprit bicaméral, Presses Universitaires de France, coll. « Questions », Paris, 1994 (ISBN 2130450954 Ouvrage utilisé pour la rédaction de cet article) 
  • (fr) Josse, E., Le pouvoir des histoires thérapeutiques.L’hypnose éricksonienne dans le traitement des traumatismes psychiques, La Méridienne/Desclée de Brouwer, coll. « HOR COLL », Paris, 2007, 281 p. (ISBN 222005876X) 
  • (fr) Kerouac M, La métaphore thérapeutique, ses contes, ses outils, Le Germe, 2004 (ISBN 2-9805157-1-X Ouvrage utilisé pour la rédaction de cet article) 
  • (fr) Lakoff, G. ; Johnson, M., Metaphors We Live By (Traduction française : les métaphores dans la vie quotidienne), Éditions de Minuit, coll. « Propositions », 1986, 254 p. (ISBN 270731059X Ouvrage utilisé pour la rédaction de cet article) 
  • (fr) Lichnerowicz, A., Analogie et connaissance (2 Tomes), Maloine, Paris, 1996 (tome 1) 2009 (tome 2) (ISBN 222400785X (tome 2)).
    avec la collaboration de François Perroux et de Gilbert Gadoffre
     
  • (fr) Schlanger, J., Les métaphores de l’organisme, Harmattan, coll. « Histoire Des Sciences Humaines », Paris, 1971 (ISBN 9782738432186) 
  • (fr) Bouvet, D., Le corps et la métaphore dans les langues gestuelles, L'Harmattan, coll. « Sémantiques », Paris, 2000 (ISBN 2738448720) 

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