Métaphore

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La Métamorphose du roi Louis-Philippe en poire, de Charles Philipon (circa 1831) - De l'analogie à la substitution

La métaphore, du latin metaphora, lui-même du grec μεταφορά (metaphorá, au sens propre, transport), est une figure de style fondée sur l'analogie et/ou la substitution. C'est un type particulier d'image sans outil de comparaison qui associe un terme à un autre appartenant à un champ lexical différent afin de traduire une pensée plus riche et plus complexe que celle qu'exprime un vocabulaire descriptif concret.

Ainsi dans l'expression de Julien Gracq (Un balcon en forêt), « Son rire de pluie fraîche », l'auteur décrit le rire de la jeune fille rencontrée dans les bois un jour pluvieux en l'associant à une pluie aux connotations particulières (bruit, pureté, nature) faisant du personnage féminin une nymphe qui séduit le jeune lieutenant cantonné dans la forêt des Ardennes. La métaphore constitue ainsi une utilisation suggestive et expressive de la langue.

De façon plus générale, la métaphore recouvre par sa forme raccourcie tous les usages de l'image en se différenciant de la comparaison (entendue au sens stylistique) par l'absence d'outil de rapprochement (« comme, ressembler à, pareil à… ») qui rend plus forte l'association des deux termes et souligne une équivalence dans la métaphore annoncée avec comparé et comparant, (par exemple : « Bergère, ô tour Eiffel », Apollinaire, Zone), ou emploi du verbe être, (« La nature est un temple », Baudelaire, Correspondances), qui peut aller jusqu'à la substitution dans la métaphore directe avec le comparant seul qui rend l'explicitation plus difficile et fait appel au contexte (« Ceux qui sont chauves à l'intérieur de la tête », Prévert Dîner de têtes - « J'ai vu l'enfer des femmes là-bas », Rimbaud Une saison en enfer).

La métaphore se retrouve donc naturellement dans la littérature et particulièrement dans l'expression poétique, mais elle est d'un usage quotidien dans l'emploi d'épithètes (« un cadeau royal » – « une ruse de Sioux »…), de personnification (« Nadal, le Lance Armstrong de Roland-Garros ! »), d'invention verbale (« les poulets » = policiers) ou de formes lexicalisées (« les bras d'un fauteuil »)… Elle est également utilisée par les spécialistes qui veulent à la fois conceptualiser un phénomène et le vulgariser (le Big Bang, la double spirale de l'ADN, le serpent monétaire, l'empire ottoman, homme malade de l'Europe au XIXe siècle…).

Elle est aussi fréquente dans la représentation graphique (peinture, sculpture, caricature…), souvent sous la forme codifiée de l'allégorie comme Cupidon figurant l'amour

Sommaire

Principes et fonctionnements[modifier | modifier le code]

Le procédé de langage appelé « méthaphoridicus » du latin est étudié à la fois par la linguistique et par la rhétorique. La métaphore est en effet, historiquement, une figure de style. Sa spécificité tient dans le fait qu'elle produit d'innombrables rapprochements de sens et d'images et ce en fonction de la distance entre ces deux pôles, ainsi que le note le poète français Pierre Reverdy dans Le Gant de crin : « L'image est une création pure de l'esprit (...). Plus les rapports des deux réalités rapprochées sont lointains et justes, plus l'image sera forte, plus elle aura de puissance émotive et de réalité poétique ».

Pluralisme des définitions[modifier | modifier le code]

Le philosophe grec Aristote est le premier, dans sa Poétique (certainement vers -347), à évoquer la métaphore comme procédé majeur de la langue. Il explique ainsi l'origine de l'étymologie de la figure, qui renvoie à la notion de transport : « La métaphore consiste à transporter le sens d'un mot différent soit du genre à l'espèce, soit de l'espèce au genre, soit de l'espèce à l'espèce, soit par analogie »[1].

Plus tard, le rhétoricien français Pierre Fontanier, qui a contribué à dénombrer et classifier les figures de style, la définit dans son Traité général des figures du discours (1821), comme un « trope par ressemblance » : « Les Tropes par ressemblance [c'est-à-dire les métaphores] consistent à présenter une idée sous le signe d'une autre idée plus frappante ou plus connue, qui, d'ailleurs, ne tient à la première par aucun autre lien que celui d'une certaine conformité ou analogie » explique-t-il[2]. Comme Aristote, Fontanier confirme en effet l'étroit rapport entre la figure comme action sur les mots et le rapport d'analogie qu'elle instaure.

Néanmoins, la définition la plus couramment admise reste celle que le philosophe Michel Meyer dans Principia rhetorica : Une théorie générale de l'argumentation[3] expose, reprenant les conceptions issues de l'histoire de la rhétorique et qui se centre sur la fonction substitutive de la figure : « La métaphore est la substitution identitaire par excellence, puisqu'elle affirme que A est B. ». Patrick Bacry précise également : « substitution, dans le cours d'une phrase, d'un mot à un autre mot situé sur le même axe paradigmatique – ces deux mots recouvrant des réalités qui présentent certaine similitude, ou qui sont données comme telles »[4] comme dans : « (..) une mélancolie secrète et profonde régnait dans cette volière striée de rires » (Albert Cohen) ou dans « S'envoler, sous le bec du vautour aquilon » » (Victor Hugo). La figure fait donc passer une réalité pour une autre et joue sur la fonction référentielle du langage. Le contexte est souvent nécessaire pour en comprendre la portée.

Un trope[modifier | modifier le code]

Le Groupe µ en 1970, de gauche à droite: F. Pire, J.-M. Klinkenberg, H. Trinon, J. Dubois, F. Edeline, P. Minguet.

La métaphore constitue la « figure de sens » ou « trope »[5] (ou « métasémème » dans la terminologie du Groupe µ) la plus vaste et la plus protéiforme du langage, avec la métonymie. À ce titre, nombre d'auteurs ont tenté de donner une définition rendant compte de sa complexité[6]. Son intégration à la classe des tropes date des débuts des traités rhétoriques français, chez Pierre Fontanier ou César Chesneau Dumarsais[note 1]. Pour Pierre Fontanier elle consiste à employer « un mot dans un sens ressemblant à, et cependant différent de son sens habituel[7]. » : par exemple le verbe « dévorer », dont le sens premier est « manger en déchirant avec les dents », ou « manger avidement », prend un autre sens dans le vers suivant :

« Le remords dévorant s'éleva dans son cœur…[8] »

Un trope est ainsi une figure spécifique qui consiste à détourner un mot de son sens habituel (ou propre), et la métaphore est l'une des plus puissantes figures de ce type de détournement sémantique, qui peut parfois concerner un texte entier. Ainsi, en rhétorique, la métaphore est considérée comme une figure « microstructurale » : son existence est manifeste et isolable au sein d'un énoncé et n'en dépasse pas souvent les limites formelles (la phrase), sans quoi on parle alors plutôt de « métaphore filée ».

Michel Meyer dans son Principia rhetorica : Théorie générale de l'argumentation y voit une faculté de symbolisation unique : « La métaphore exprime ainsi l'énigmatique : ce qu'elle dit ne peut être pris au pied de la lettre. Elle est une façon de dire le problématique au sein du champ propositionnel. Elle se situe à mi-chemin entre l'ancien, qui n'a plus à être énoncé puisque connu, et le nouveau, qui est irréductible aux données dont on dispose, puisque nouveau. Bref, la métaphore négocie l'intelligibilité des situations et des émotions nouvelles par rapport aux anciennes, dont elle modifie le sens tout en le préservant: et c'est cette dualité que l'on retrouve dans les expressions métaphoriques. »

Néanmoins la métaphore est un procédé rhétorique, et, en cela, elle conserve une certaine portée argumentative, car elle présuppose la coopération des interlocuteurs, et des enjeux de persuasion et conviction[9].

Métaphore et discours[modifier | modifier le code]

La translation linguistique qu'opère la métaphore correspond à une structure fondamentale du discours. En effet, la métaphore intervient sur les deux axes du discours : l'« axe paradigmatique » ou paradigme — qui correspond au stock de mots et vocables dont le locuteur a le choix —, et l'« axe syntagmatique » ou syntagme — qui correspond au respect des règles de combinaison des mots entre eux pour former une phrase compréhensible. Cette organisation est universelle à toute langue ; et celui qui l'a formalisée, Roman Jakobson, a clairement établi le rapport qui existe entre cette structure et les figures ou tropes. On parle du « modèle de la métaphore » en linguistique structurale, c'est-à-dire structuraliste.

Schéma de la métaphore comme déplacement de sens sur les axes linguistiques[10].

Dès lors toutes les combinaisons sont possibles, le seul critère à respecter étant celui de la « cohérence syntaxique », sans quoi la phrase est a-grammaticale et confine au solécisme[note 2]. Le critère de la « cohérence sémantique » en effet n'est que secondaire : combiner des mots entre eux, si les règles de syntaxe sont observées, peut aboutir à des énoncés cohérents, suivant le contexte dans lequel ils naissent. C'est le cas des énoncés poétiques comme « La terre est bleue comme une orange » de Paul Éluard, tiré du recueil L'Amour, la poésie (1929). Le locuteur peut opérer un choix inattendu sur l'axe paradigmatique : au lieu du mot attendu par le contexte normal, il choisit un autre mot n'ayant pas de rapport sémantique direct avec le reste de la phrase (il y a linguistiquement une ambiguïté). Ce déplacement enrichit donc l'expression et fait naître un effet stylistique, caractéristique de la figure de style.

Dans la métaphore de Victor Hugo : « cette faucille d'or »[11], « faucille » renvoie au croissant de lune. Hugo opère un déplacement de sens en déplaçant un mot : « croissant », qui est remplacé par « faucille » et qui renvoie aux sèmes communs qui existent entre l'astre et l'outil, à savoir la forme en demi-arc de cercle. Le schéma ci-joint montre le déplacement opéré et le résultat, ainsi qu'un exemple de choix que peut avoir le locuteur dans le paradigme. L'interlocuteur a ainsi en conscience les deux mots renvoyant au sens de « croissant de lune », l'un explicite, l'autre implicite. La métaphore permet ainsi de présenter en un seul mot le sens de deux mots, par un phénomène de déplacement de sens[note 3].

Selon les combinaisons retenues, le locuteur aboutit à différents types de relations : à la place du partitif « d'or », le poète aurait pu dire, par exemple, « jaune », ce qui relève tout aussi bien du champ sémantique de l'or (la relation entre « or » et « jaune » est ici la synonymie). On peut imaginer ensuite d'autres types de relations, principalement l'hyperonymie[note 4], l'antonymie[note 5] et l'homonymie[note 6]. Former une métaphore consiste ainsi, linguistiquement, à opérer une relation entre des mots choisis (axe paradigmatique ou paradigme) au moyen de ces trois catégories de relation, étant toutes sur l'axe syntagmatique. Le Groupe µ, dans sa Rhétorique Générale, qui étudie de près la métaphore, y repère comme caractéristique principale cette faculté de substituer des entités linguistiques à laquelle il donne le nom plus générique de « métaplasme »[12].

Les axes syntagmatique et paradigmatique de la langue, d'après Roman Jakobson.

Jakobson propose ainsi que la métaphore est un processus de substitution effectif (elle met en œuvre la « fonction poétique » du langage[note 7]) opéré sur l'axe paradigmatique ; c'est-à-dire qu'elle réalise un effet stylistique comparable à une impropriété puisqu'elle lie deux termes sémantiquement disjoints. C'est pourquoi nombre d'expressions métaphoriques sont perçues comme des manipulations déroutantes de la langue et du sens, surtout dans le cas des métaphores aboutissant à des personnifications (« Cet homme est un lion ») ou à des chosifications (« Cet homme a un cœur de pierre »).

Les herméneutess ont également beaucoup étudié la métaphore. C'est le cas de Paul Ricœur, dans La Métaphore vive, qui la considère comme étant le produit d’une libre invention du langage. Ils la définissent ainsi plus généralement comme le remplacement d'un lexème[13] par un second, présentant avec le premier un ou plusieurs sèmes communs. Ainsi le travail métaphorique repose sur la tension entre ces sèmes communs ou opposés que le locuteur veut pourtant, par la figure, faire se ressembler[note 8]. Le décalage crée donc l'intérêt de l'image.

La métaphore en stylistique[modifier | modifier le code]

Une connivence entre le locuteur et l'interlocuteur[modifier | modifier le code]

Un exemple de contexte culturel : la métaphore « Il pleut des cordes » en français équivaut à « It's raining cats and dogs » en anglais (littéralement : il pleut des chats et des chiens.)

La stylistique a pour objet d'étudier les effets du discours dans l'énoncé et en communication. Le contexte[14] littéraire, énonciatif et culturel seul permet de cerner la nature et la portée de la métaphore, qui mélange deux champs sémantiques, parfois suivis d'une comparaison. La métaphore repose ainsi souvent sur des clichés, des lieux communs ou des allusions qui se retrouvent à toute époque. Dès lors, elle produit des effets affectifs qui apparaissent dans la poésie, les jeux du langage, et en rhétorique ; en cela sa réception dépend d'une connivence entre le locuteur et l'interlocuteur. Le transfert qu'elle permet entre deux termes fut souvent à l'origine de la « théorie de l'écart », qui ambitionnait d'expliquer le style par un écart envers la norme ou envers l'usage minimal du langage. Cette vision fut abandonnée, notamment lorsque les recherches modernes établirent que ce transfert sémantique a une fonction stylistique destinée à amplifier le discours[15]. Ainsi, une telle connivence est très utilisée dans des genres ironiques (chez Voltaire par exemple), dans les journaux, et dans les jeux de mots. En poésie, le pacte de connivence (que Gérard Genette étudia, surtout dans le genre autobiographique[16]) est beaucoup plus ambigu, et nécessite de la part du lecteur un effort de décodage qui fait toute la spécificité littéraire et symbolique des images poétiques.

La stylistique se donnant comme objet le texte, elle étudie surtout les effets sur l'interlocuteur, et les moyens mis en œuvre par le locuteur pour cela, dans un cadre macro-structural. La métaphore filée est ainsi une métaphore privilégiée pour l'analyse de texte : elle peut en effet se fonder sur une gamme plus variée de moyens linguistiques et stylistiques. Néanmoins, on ne peut parler dans son cas de véritable métaphore, mais d'une juxtaposition de métaphores. Grâce à cette figure de pensée, l'auteur peut faire coïncider deux réalités distinctes dans la conscience du récepteur c'est pourquoi, d'après le linguiste Roman Jakobson, elle est propre au fonctionnement du discours. Pratiquement, la métaphore permet une concentration du sens et non un véritable changement de sens et il y a donc polysémie (ajout d'une désignation sur un sens). Elle met en œuvre une activité qui s’affirme d’une façon symbolique et contribue à faire voir quelque chose qui ne se donne pas entièrement par des signes linguistiques. Elle renseigne donc sur la vision du monde de l'auteur, qui lui est propre, à travers les grandes structures récurrentes dont il parsème son univers, tels l'isotopie[17], les champs sémantiques ou lexicaux.

Une aide à la conceptualisation[modifier | modifier le code]

Catherine Fromilhague rappelle que pour la sémantique cognitive, la métaphore est une figure qui peut être employée au service de la connaissance, « notre système conceptuel ne pouvant formuler certaines idées abstraites et subjectives que par le biais des métaphores[18]. » ; elle permet ainsi de « lever le voile » de certains phénomènes inconnus ou difficiles à expliquer et à traduire. La poésie symboliste montre par exemple, par son manifeste esthétique, que la métaphore est au service de la révélation d’un inconnu et du mystère de la Nature. Le discours scientifique l'utilise souvent, afin de représenter, dans un but pédagogique, des concepts ou des modèles.

La métaphore aide en somme à conceptualiser ce qui ne peut pas être compris par la désignation (ou connotation stricte), et relevant notamment des sentiments et de la pensée. George Lakoff et Mark Johnson (en) ont ainsi montré, dans leur ouvrage Les métaphores dans la vie quotidienne[19], qu'elle est un auxiliaire linguistique à la conceptualisation. Au sens propre, elle permet en effet de rendre compte d'une réalité que la grammaire ne peut assumer : la métaphore « Jean est un lion » est acceptable comme figure de style, alors que l'énoncé « Jean est le lion » est logiquement faux. Dans l'expression métaphorique, le sens de la phrase n’est plus la somme des sens des éléments : on parle alors de « sens métaphorique ». Dans nombre de textes, comme dans les poèmes, elle permet ainsi de signifier un paradoxe que des mots non métaphoriques ne peuvent exprimer. Des linguistes et philosophes, tels Paul Ricœur, Cornelius Castoriadis et Jacques Derrida, ont ainsi proposé une approche transdisciplinaire, la métaphorologie qui se veut l'étude des métaphores, comme produits sémiotiques et cognitifs.

Typologie des métaphores[modifier | modifier le code]

Les linguistes ne sont pas unanimes autour d'une typologie stricte des différentes métaphores. Cependant, on peut dénombrer deux formes principales, immédiatement repérables : la métaphore dite « annoncée » et la métaphore dite « directe ».

La métaphore annoncée[modifier | modifier le code]

Dans la métaphore annoncée, la plus courante, le comparé est présent. Le comparé (l’élément réel) et le comparant sont exprimés, et liés grammaticalement. Sa ressemblance avec la comparaison est grande tant l'implicite est réduit :

  • « Je me suis baigné dans le poème de la mer. » (Arthur Rimbaud)
  • « La littérature : un coup de hache dans la mer gelée qui est en nous. » (Franz Kafka)
  • « Les lois sont des toiles d’araignées, à travers lesquelles passent les grosses mouches et restent les petites. » (Honoré de Balzac)
  • « Vieil Océan, ô grand célibataire . » (Comte de Lautréamont, Les Chants de Maldoror, Chant I)

Le thème de la métaphore, ainsi annoncé explicitement, se nomme également la « métaphore explicite »[note 9], dite également in præsentia (« présente dans l'énoncé » en latin). Pour lever l'ambiguïté, il y a alors souvent nécessité de faire figurer l'un et l'autre mot par une apposition, par le verbe copule être.

L'anglais possède un concept pour désigner une espèce de métaphores particulièrement comiques ou saugrenues, destinées à moquer. On parle alors de mixed metaphor (« métaphore multiple » en français) telle : « Mr. Strauss-Kahn told the French National Assembly yesterday: Today everyone should know that Credit Lyonais is on its feet again; far from being garroted it is freed from the sword of Damocles that was weighing on its shoulders »[20].

La métaphore directe[modifier | modifier le code]

Immobile, ouvrant l’œil à moitié sous ses voiles,
Quel dieu, quel moissonneur de l’éternel été,
Avait, en s’en allant, négligemment jeté
Cette faucille d’or dans le champ des étoiles.

(Victor Hugo, Booz endormi)

Seul le comparant est alors exprimé ; il s'agit d'une substitution totale. On la retrouve principalement dans l’argot et dans le langage populaire, mais également dans une poésie plus hermétique ou symboliste :

  • « Ce toit tranquille, où marchent des colombes, Entre les pins palpite, entre les tombes. » (Paul Valéry, Charmes, Le Cimetière marin) : seul le contexte (le cimetière marin, titre éponyme du poème) permet de comprendre que « toit » renvoie à « mer » et « colombes » à « voiles de bateaux ».
  • « Cette faucille d’or dans le champ des étoiles. »[21] (Victor Hugo) : la présence du « champ d'étoiles » laisse penser que la « faucille d'or », par analogie de forme, est la lune.

On la nomme également « métaphore contextuelle » ou métaphore in absentia ou encore « métaphore indirecte » car elle lie deux réalités au moyen d'un mot précisé, mais où le terme métaphorique est sous-entendu et appartient au même contexte symbolique, comme dans : « La nuit dont les vastes ailes » (qui compare la nuit à un oiseau).

Il existe un type de métaphore directe extrême, dite « métaphore pure » — ou par remplacement —, dans laquelle seul le mot métaphorique peut être présent car le contexte permet de l'interpréter :

« Nuages de mes torsades, brumes de mes tempes, plus noires que l'aile des corbeaux…
Mes lotus d'or se laissent deviner, voilés d'une gaze écarlate
Ne me prends pas pour la fleur commune, qui pousse au-delà de l'enclos. »

— Kouan Han-k'ing, Trois poèmes d'amour.

Ici, le contexte culturel (poème chinois du XIIIe siècle) et le thème (poème d'amour) permettent l'interprétation des métaphores : « lotus d'or » étant une métaphore usuelle pour les « petits pieds » (critère de beauté à l'époque) et les nuées (par les mots « nuages » et « brumes ») évoquant littérairement les rencontres amoureuses[22]. Ces métaphores pures sont usuelles et culturelles, comme dans l'expression « L'astre du matin » pour le soleil levant, et sont souvent communes à diverses cultures. On retrouve ainsi en anglais l'expression également présente en français, par exemple « to break the ice » (« casser la glace »).

Autres types de métaphores[modifier | modifier le code]

La métaphore filée[modifier | modifier le code]

Une métaphore filée : le poème Hymne à la beauté de Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal

Métaphore continuée par la persistance du recours à un champ sémantique qu'elle a initialement introduit dans le discours, il s'agit en réalité davantage d'une comparaison masquée. En anglais, on parle d' extended metaphor, ou de conceit. Ainsi, selon Michael Riffaterre il s'agit d'« une série de métaphores reliées les unes aux autres par la syntaxe - elles font partie de la même phrase ou de la même structure narrative – et par le sens : chacune exprime un aspect particulier d'un tout, chose ou concept, que représente la première métaphore de la série »[23]. Lorsqu'elle se fonde sur la narration, on parle de « métaphore diégétique ». Il s'agit, selon Gérard Genette[24], d'une métaphore liée à la structure narrative du texte. Les comparants sont alors empruntés au contexte diégétique. Par exemple, Genette cite un passage où Proust dit à propos du clocher de Combray : « doré et cuit lui-même comme une plus grande brioche bénie, avec des écailles et des égouttements gommeux » et ce après l'épisode de la messe, à l'heure des pâtisseries[25].

Dans l'exemple suivant le poète (ici Rimbaud) est comparé au personnage du conte du Petit-Poucet excepté que les cailloux qu'il sème sont ici des rimes, image du poète libre de mener sa vie et inspiré par la Nature :

« Petit-Poucet rêveur, j'égrenais dans ma course
Des rimes. »

— Arthur Rimbaud

Dans celui-ci la métaphore filée fondée sur le torrent de parole (association du débit de l'eau avec celui des paroles) et finissant son image sur le terme de « mer » s'étend ici sur une phrase seule :

« Adolphe essaie de cacher l'ennui que lui donne ce torrent de paroles, qui commence à moitié chemin de son domicile et qui ne trouve pas de mer où se jeter »

— Honoré de Balzac, Petites misères de la vie conjugale

Enfin, dans ce troisième exemple le feu est ici comparé à un fauve, souple et bondissant : la métaphore est filée par un ensemble d'adjectifs et de participes, un verbe et un groupe nominal qui exploitent tous le même champ sémantique. Les œuvres poétiques sont parfois fondées sur de vastes systèmes analogiques renvoyant à des métaphores filées ; c'est le cas par exemple de recueils d'Arthur Rimbaud comme Un Cœur sous une soutane et Le Bateau ivre :

« La bête souple du feu a bondi d’entre les bruyères comme sonnaient les coups de trois heures du matin. (…) Comme l’aube pointait, ils l’ont vue, plus robuste et plus joyeuse que jamais, qui tordait parmi les collines son large corps pareil à un torrent. C’était trop tard. »

— Jean Giono

extrait de Colline, éditions Grasset, Collection Cahiers Verts, 1929

La métaphore lexicalisée, ou catachrèse[modifier | modifier le code]

Quand une métaphore passe dans le langage courant, on parle de catachrèse. Le mot ou l'expression prend alors un sens nouveau, la métaphore est lexicalisée[26]. Ainsi trouvera-t-on dans le dictionnaire la définition du « pied » d'un meuble ou de l'« aile » d'un avion. Il s'agit davantage d'un jeu de mots validé par l'usage populaire, où le corps est lui-même objet et référence de métaphorisation. On dit ainsi « un dos d’âne. » et « a table's leg » en anglais. Ces métaphores sont la plupart du temps des métaphores directes[note 10] issues des milieux artistiques et intégrées à la langue et au parler populaire, telles : « life is a journey » (« la vie est un voyage » également en français). La métaphore « Un grand ténébreux » (pour désigner un jeune homme mystérieux) naît ainsi sous la plume de Jean Giono, et est depuis passé dans le parler quotidien.

La métaphore usée ou cliché[modifier | modifier le code]

Métaphore passée dans le langage courant et devenue une tournure figée ; il s'agit souvent de métaphores directes comme dans « Le temps c'est de l'argent » ou dans « Bruges, la Venise du Nord ».

La transposition ou métaphore heurtée[modifier | modifier le code]

Elles sont originales par rapport aux métaphores figées et elles élargissent la définition de la métaphore à d'autres éléments : aux couleurs (exemple : « des jours noirs »), aux sons (« une injustice criante »), aux synesthésies (« des couleurs chaudes »), à la personnification (par exemple la représentation allégorique d'une vertu dans un personnage de théâtre), l'analogie, l'animalisation ou encore la chosification. C'est notamment le cas de l'oxymore et de toutes les métaphores qui exigent un effort d'interprétation de la part de l'interlocuteur. Ainsi, dans ce vers de Jean Racine : « Avec quelle rigueur, Destin, tu me poursuis! » le destin est personnifié comme une personne pourchassant le locuteur.

La métaphore heuristique[modifier | modifier le code]

Les sciences, et de manière générale toute discipline didactique, emploient des métaphores (souvent filées) afin d'expliquer les modèles scientifiques comme ceux relatifs au Big Bang, à la physique quantique, etc. Par ailleurs, nombre de philosophes ont recours à des métaphores dites heuristiques[27] tels Platon et sa « caverne » ou encore Buridan et son âne. Il ne s'agit pas de clichés au moment de leur utilisation, mais d'images permettant de véhiculer une idée ou une théorie. Avec le temps, elles peuvent se figer et passer dans la langue même, sous la forme d'une expression populaire, comme l'expression « Big Bang » pour désigner métaphoriquement un événement incroyable.

Les modèles cosmologiques utilisent des métaphores heuristiques.

La métaphore est entrée au sein de l'épistémologie pour illustrer comment les modèles se situent et fonctionnent par rapport aux théories scientifiques, et comment une terminologie théorique est introduite dans le langage scientifique. Julian Jaynes en fait d'ailleurs un argument central de sa théorie de la conscience comme métaphorisation du réel. Toutes les disciplines sont ainsi créatrices de métaphores : la biologie[28], dans la théorie de l'évolution (le « chaînon manquant » de Charles Darwin, l'arbre comme image de la phylogénèse), en physique (le modèle de Maxwell et son démon), en écologie (l'hypothèse Gaïa) et surtout en astrophysique (la théorie des cordes par exemple).

La métaphore incohérente ou humoristique[modifier | modifier le code]

À vouloir trop combiner plusieurs des aspects de la réalité que l'on souhaite évoquer au sein d'une métaphore globale, on peut aboutir à des métaphores incohérentes et perçues comme ridicules (car réunissant des images incompatibles), dont un exemple-type serait : « Le char de l'État navigue sur un volcan » (attribué par Henri Monnier à Joseph Prudhomme)[29].

Une métaphore banale peut aussi être « réactivée », notamment dans un but humoristique, en s'attachant à son sens littéral : ainsi Pierre Dac assure-t-il que « dans la vie, il ne sert à rien de tenir bon la rampe, si celle-ci est branlante et les marches de l'escalier aussi »[30].

Formes de la métaphore[modifier | modifier le code]

Les métaphores prennent grammaticalement la forme du prédicat d'un verbe (exemple : « Les jours sont noirs ») ou celle d'un adjectif (« Les jours noirs »), mais on peut aussi les rencontrer dans des constructions avec complément du nom (« La noirceur des jours ») ou dans des appositions.

Linguistiquement, on distingue dans une métaphore trois éléments dont deux présents dans le discours, mis en lumière par Chaïm Perelman et Lucie Olbretchts-Tyteca dans Traité de l'argumentation. La nouvelle rhétorique[31] et qui fait suite à la terminologie de Ivor Armstrong Richards[32] :

  1. le thème, ou comparé, qui est le sujet dont on parle ;
  2. le phore (signifiant porteur en grec) ou comparant qui est le terme mis en relation avec ce sujet.
  3. le motif ou tertium comparationis qui est l'élément ressemblant — ou analogue — sur la base duquel les deux premiers sont liés, appelé qualité et constituant le trait sémique qui fait l'objet du transfert de sens. Ce troisième élément, implicite, est décodable par le contexte culturel et symbolique et par le cotexte[note 11].

Le verbe est le mot support privilégié de la métaphore, en raison de sa valence, c'est-à-dire de sa capacité à accueillir des constructions syntaxiques : plus un verbe a de constructions syntaxiques variées, plus il est candidat à la métaphore. Les verbes de mouvement ou d'action, les verbes de pensée également, permettent ainsi une multitude de sens métaphoriques. Les mots comparants et comparés peuvent être reliés par d'autres moyens syntaxiques que ceux mis en œuvre dans la comparaison. Pierre Fontanier dans Les Figures du discours insiste sur son universalité et sa grande productivité au sein du discours : « La métaphore s'étend bien plus loin sans doute que la métonymie et que la synecdoque, car non seulement le nom, mais encore l'adjectif, le participe et le verbe, et enfin toutes les espèces de mots sont de son domaine. »[33]. Comme comparants, on peut ainsi trouver :

« Il arrive souvent que sa voix affaiblie
Semble le râle épais d'un blessé qu'on oublie »

— Baudelaire, La Cloche fêlée

  • une formule, comme « je crois voir » :

« Dures grenades entr'ouvertes
Cédant à l'excès de vos grains
Je crois voir des fronts souverains... »

— Paul Valéry, Grenades

  • un mot très simple peut également créer une métaphore. Par exemple, l'emploi du mot « nuit » renvoie souvent au plaisir charnel entre deux personnes, ou connote « les faveurs d'une femme », comme dans « Ils achetèrent de leur vie une nuit de Cléopâtre » (Jean-Jacques Rousseau, Émile, IV). Dans ce genre de cas, la polysémie du mot est maximale. Le mot « nuit » peut ainsi renvoyer à d'autres thèmes et symboliques : l'obscur caché, le secret, la mort entre autres.

La métaphore est par ailleurs l'une des rares figures à être autonymique (qui peut se prendre comme objet) comme dans cette citation de Robert McKee : « Une histoire est une métaphore de la vie », qui est — en elle-même — une métaphore évoquant une métaphore. Raymond Queneau, dans Les Ziaux[34], appelle ainsi la figure « un double à toute vérité » et joue sur cette spécificité :

Loin du temps, de l’espace, un homme est égaré,
Mince comme un cheveu, ample comme l’aurore,
Les naseaux écumants, les deux yeux révulsés,
Et les mains en avant pour tâter le décor

– D’ailleurs inexistant. Mais quelle est, dira-t-on,
La signification de cette métaphore :
« Mince comme un cheveu, ample comme l’aurore »
Et pourquoi ces naseaux hors des trois dimensions ?

Victor Hugo fait ainsi une métaphore de la métaphore lorsqu'il dit : « La métaphore, c'est-à-dire l'image, est la couleur, de même que l'antithèse est le clair obscur. »[35]

Formes voisines de la métaphore: comparaison et autres figures de l'analogie[modifier | modifier le code]

Métaphore et comparaison[modifier | modifier le code]

Différence morphologique[modifier | modifier le code]

La métaphore se confond souvent avec la comparaison, figure de sens très proche également qui rapproche deux réalités par deux mots au moyen d'un mot spécifique dit le « comparant »). La métaphore est, en quelque sorte, une comparaison implicite : elle se fonde sur une substitution, qui s'opère sur la base de propriétés communes aux deux termes rapprochés, mais où disparaît le terme comparant ou la locution comparative[note 13]. C'est pourquoi les spécialistes l'ont souvent classée dans la catégorie des « figures de la ressemblance ».

La métaphore se réduit, en fait, au comparant seul, qui disparaît de l'énoncé pour être virtuellement dans le contexte extra-linguistique où le discours est produit : lorsque San Antonio dit que son chauffeur de taxi « a fumé quatre centimètres de son obélisque », on comprend qu'il s'agit d'une cigarette, car le contexte symbolique opère une analogie entre l'obélisque, de forme allongée, et la cigarette. Par ailleurs, le comparé existe toujours, à travers le mot autour duquel s'articule la figure.

Métaphore ou comparaison? Le sème de la transparence est ici renvoyé par tous les objets disposés.

Pour Patrick Bacry[36], la métaphore se présente sous la forme schématique :

mot normal (le comparé) + le mot métaphorique (le comparant)[note 14]

Différence sémantique[modifier | modifier le code]

Dans le cas de la comparaison, la manœuvre d'association des concepts est explicite comme dans cet exemple : « rusé comme un renard »), et laisse intact le contenu de chacun des mots. Par exemple, la célèbre comparaison de Paul Éluard : « La Terre est bleue comme une orange » peut se transformer en une métaphore : « La Terre bleue orange ». La figure opère donc un « transport de sens », qui correspond au sens étymologique de la figure.

Mais l'intérêt de la métaphore est d'attribuer au sens B certaines nuances, et pas n'importe lesquelles, qui appartiennent au terme A et qu'une simple comparaison ne pourrait expliciter. Ces nuances, ou sèmes, ajoutent réellement du sens symbolique au langage alors que la comparaison reste sur un plan très concret. Elle active la polysémie du mot et renvoie souvent à un univers symbolique ou culturel précis. La confusion entre ces deux figures est courante, et pas seulement dans l'enseignement.

La comparaison met en jeu deux mots, de catégories lexicales homogènes : dans « Jean est un lion », « Jean » et « lion » sont respectivement un nom propre et un substantif. L'énoncé « Jean est comme un lion » lui est ainsi linguistiquement équivalent. Dans la métaphore, et a contrario dans la comparaison, il n'y a qu'une seule identité visée par le locuteur alors que la comparaison, comme son nom l'indique, compare deux termes, deux notions, deux réalités. La présence ou non d'un terme comparant ne suffit donc pas à distinguer ce qui relève de la métaphore de ce qui relève de la comparaison : le contexte et l'effet recherché par le locuteur renseignent bien davantage sur la portée de la figure. Néanmoins ces deux figures peuvent se combiner dans une même phrase comme dans : « cet homme (...) mordant et déchirant les idées et les croyances d'une seule parole [métaphore], comme un chien d'un coup de dents déchire les tissus avec lesquels il joue [comparaison] » (Maupassant, Auprès d'un mort). Pour Patrick Bacry, le contexte joue en effet un rôle fondamental dans le décodage de la figure[37], en raison, d'une part, de la disparition des mots supports, et à cause de la connotation d'autre part. Le contexte permet par ailleurs de générer une interprétation. La métaphore étant une figure de l'ambiguïté, elle laisse ainsi un vaste champ possible de décodages : « [elle] sentait que cette pensée y avait sauté en même temps et s'installait sur ses genoux, comme une bête aimée qu'on emmène partout » (Marcel Proust, Du côté de chez Swann).

Pour Georges Molinié[38], pour passer de la comparaison à la métaphore plusieurs transformations successives sont nécessaires, ce qui explicite bien le fait que la métaphore enrichit le sens, là où la comparaison est assez pauvre. Soit la comparaison :

  1. état 1 : « Cet homme est rusé comme un renard »
  2. état 2 : « Cet homme est un renard rusé » exprime le trope dans son état pur (l'homme rusé dont il est question ne s'est pas transformé, il s'agit d'une analogie) à travers une métaphore in præsentia car les comparés et le comparant sont encore présents dans l'expression.
  3. état 3 : « Cet homme est un renard » est une métaphore in præsentia également, cependant la qualité a disparu ; c'est ici au lecteur, au moyen du contexte, d'interpréter la portée de l'expression.
  4. état 4 : « Cet homme est un vieux renard » est une métaphore mettant en avant un trait sémique (le qualificatif « vieux » est connoté comme un trait de malignité).
  5. état 5 : « Nous avons affaire à un vieux renard » est une métaphore in abstentia puisque la mention explicite du comparé a disparu, et qu'il ne reste que le comparant. L'effort d'interprétation est ici maximal.
  6. état 6 : « Le vieux renard nous a tous bernés » est aussi une métaphore in abstentia, mais elle est ici absolue et fonctionne comme une preuve démonstrative dont le prédicat est « nous a tous bernés ».

Métaphore et autres figures de l'analogie[modifier | modifier le code]

Hans Baldung, Les sept âges de la femme
Articles détaillés : personnification et allégorie.

La polysémie de la métaphore en fait une figure générale, souvent confondue avec d'autres procédés analogiques, tels l'allégorie (qui rend concrète une idée abstraite), et la personnification (qui permet d'incarner sous forme humaine quelque chose qui ne l'est pas). En réalité, ces figures sont toutes fondées sur la métaphore, qui est un rapport de similitude entre deux choses ou deux idées. La métaphore espagnole de Luis de Góngora : « quejándose venían sobre el guante / los raudos torbellinos de Noruega » qui peut se traduire par : « gémissants venaient se poser sur le gant / les rapides tourbillons de Norvège » est pour la conscience du lecteur une personnification des vents qui se fonde néanmoins sur une métaphore, qui lie les gémissements humains au bruit du vent.

Les rapports entre la métaphore et l'allégorie sont par ailleurs très étroits[39]. Une allégorie est souvent une métaphore filée : au niveau du discours une image est continuée, et aboutit ainsi à représenter comme réel et concret une idée abstraite. L'allégorie célèbre de la Mort comme faucheuse, et concrétisée sous les traits d'un squelette, est par exemple une somme de métaphores : le squelette pour la décomposition, la Faucheuse qui renvoie à la Peste, le noir du costume au deuil, etc. Il en est de même pour la personnification, mais avec moins d'emphase ou d'hyperbole : les entités vivantes non humaines (végétaux ou animaux) sont ainsi représentées sous une forme humaine. Au sens strict, et a contrario de l'allégorie, la personnification est bien une métaphore particulière destinée à transférer un objet concret dans une catégorie humaine.

La métaphore en littérature[modifier | modifier le code]

Usage littéraire de la métaphore[modifier | modifier le code]

La métaphore est une figure majeure en littérature, comme l'exprime Denis de Rougemont dans L' Amour et l'Occident : « Dès l'Antiquité, les poètes ont usé de métaphores guerrières pour décrire les effets de l'amour naturel. Le dieu d'amour est un « archer » qui décoche ses « flèches mortelles ». La femme « se rend » à l'homme qui la « conquiert » (...) ». Elle fait intervenir d'autres concepts linguistiques, comme les champs sémantiques, l'isotopie ou l'analogie et la connotation, en rendant même parfois très complexe le décodage (on parle alors de poésie — ou de style, pour la prose — « hermétique ») comme dans :

Le lac, divin miroir…: métaphore de la métaphore comme anamorphose de l'objet premier, analogie privilégiée des romantiques.

« Soir de Paris ivre du gin
Flambant de l'électricité. »

— Guillaume Apollinaire, La Chanson du mal-aimé

Cette métaphore fait référence ainsi au monde moderne du Paris électrique, mais le décodage est difficile car le poète fait un rapprochement entre l'effet du gin, alcool fort, et la nature de l'électricité.

Les métaphores sont par ailleurs des audaces de rapprochement de termes qui dérangent le lecteur par rapport à ses habitudes de pensée. La littérature a ainsi apporté à la culture et à la conscience linguistique populaires des métaphores célèbres, devenues à terme clichés : « Le lac, divin miroir. » (Alfred de Vigny), « Tu fais des bulles de silence dans le désert des bruits » (Paul Éluard), « Tu es la terre qui prend racine » (Paul Éluard) ou « le chant grave de la forêt ondulait lentement » (Jean Giono).

La métaphore permet aussi le plus souvent de dépasser l'analogie pour réaliser une identification, créant une autre réalité. Elle permet de lier l'âme du poète au monde dans le Romantisme ou dans le Symbolisme par exemple. Ainsi, Charles Baudelaire use de la métaphore comme du seul instrument permettant de décrire le fond humain. Le poète tente par la métaphore de transcrire un sentiment unique, et, hormis les clichés, chaque figure est propre à la subjectivité de l'auteur. Lorsque ces figures se lient à d'autres, elles établissent un vaste réseau de significations, mi-symbolique, mi-affectif, qui prend le nom d'isotopie littéraire. Les métaphores sont ainsi souvent agglomérées à d'autres procédés comme l'oxymore ou l'hyperbole parmi les plus classiques. D'autres figures peuvent être apparentées à des métaphores : l'harmonie imitative ou la synesthésie littéraire, par exemple. Victor Hugo est l'un des représentants d'un usage immodéré, mais toujours créateur de sens et d'images, de la métaphore. Associée avec sa figure antagoniste, l'oxymore, la métaphore lui permet de mettre en lumière des réalités que des mots seuls ne peuvent traduire : « Les cœurs sont le miroir obscur des firmaments. » (Victor Hugo, Le groupe des idylles dans La Légende des siècles).

Par la métaphore donc le poète permet l'existence d'un sens nouveau, même en apparence absurde comme dans la métaphore surréaliste qui rapproche deux réalités qui ne possèdent aucun point commun et qui est, selon le mot de Lautréamont, « la rencontre sur une table de dissection d'un parapluie et d'une machine à coudre », réalité que peu de figures peuvent exprimer. Gaston Bachelard dit ainsi qu'elle permet même de rechercher « un avenir du langage »[40]. D'ailleurs cette fonction de la métaphore se retrouve dans d'autres disciplines comme les sciences ou la politique.

Une métaphore particulière : la métaphore homérique[modifier | modifier le code]

Elle est formée d'un nom suivi d'un complément qui exprime ses qualités et appelé « épithète homérique ». Homère l'utilise beaucoup, à travers des expressions figées depuis et devenues des topoï littéraires : « l'Aurore aux doigts de rose », « Achille au pied léger », « Ulysse aux mille ruses », mais elle peut également être retrouvée dans des textes antiques comme des textes beaucoup plus modernes, d'inspirations homériques comme ceux du mouvement du Parnasse dont les métaphores renvoient au domaine de la sculpture comme image du travail artisanal du poète[41].

La métaphore en dehors du langage écrit[modifier | modifier le code]

À l'oral[modifier | modifier le code]

L'oral n'échappe pas, comme l'écrit, au principe métaphorique, qui permet notamment de signifier un concept ou un état d'esprit rapidement. On y retrouve ainsi la plupart des métaphores lexicalisées — ou catachrèses — décodées selon un contexte bien particulier telles : « Il est encore dans la fleur de l’âge » (contexte familial) , « La racine du mal, c’est l’iniquité institutionnalisée » (contexte moral), « Ils ont annoncé un gel des salaires » (contexte social) ou « Mon enfance s’est déroulée sans un nuage » (contexte biographique). Selon la situation de communication, il existe d'innombrables contextes de décodage, la métaphore pouvant même servir à coder un message, de manière sociolectale, comme dans les jargons ou technolectes.

L'artiste Gyula Derkovits associe ici le cimetière des tombes dressées avec les arbres pointant vers le ciel en une double métaphore : de la vie et de la mort.

Les métaphores à l'oral sont surtout utilisées pour exprimer des sentiments, envers des éléments naturels comme le temps (« Il pleut des cordes ») ou « la Nature » (qui est ainsi personnalisée), ou dans les situations de la vie courante : « J'ai le cerveau qui fume » (après une séance de remue-méninges) par exemple.

Dans la langue des signes[modifier | modifier le code]

Dans le langage des signes, on retrouve des gestuelles fondées sur la métaphorisation. Dans Le corps et la métaphore dans les langues gestuelles : À la recherche des modes de production des signes, Danielle Bouvet analyse le mode de production des signes de la langue des signes française et prouve que les métaphores construites par référence au corps permettent de constituer un vocabulaire abstrait qui coïncide souvent avec des expressions imagées du français parlé et écrit.

La métaphore dans les Arts[modifier | modifier le code]

La métaphore étant la figure de similitude majeure, elle est facilement transposable dans les autres Arts, surtout visuels comme la peinture. Nanine [et non pas Nadine] Charbonnel, dans La Métaphore entre philosophie et rhétorique[42], étudie la riche tradition métaphorique picturale, au cours des siècles.

La métaphore est également très employée au cinéma (ainsi que la métonymie), en particulier pour suggérer les scènes difficiles à montrer (la métaphore supporte dès lors une autre figure : l'euphémisme) comme le sexe ou la mort. Dans La métaphore au cinéma : les figures d'analogie dans les films de fiction, Jacques Gerstenkorn soulève les pratiques scènographiques consistant à créer un univers mental et symbolique au cinéma.

De manière plus générale, la totalité des communications visuelles peuvent être l'objet de stratégies figurales. La publicité fait ainsi un très large usage de figures. Mais peut-on pour autant parler sans précaution de métaphore et de métonymie, et transposer sans précaution une terminologie élaborée pour la communication linguistique à la visuelle ? Dans son Traité du signe visuel (1992), le Groupe µ étudie cette question de la transposition, étude reprise plus d'une fois par l'un de ses membres, Jean-Marie Klinkenberg, et se montre prudent devant l'utilisation du terme métaphore ici, démontrant qu'il faut distinguer soigneusement les structures des deux familles de figures, la "métaphore visuelle pouvant parfois se rapprocher du mot-valise.

Récemment Francesco Spampinato dans Les Métamorphoses du son[43], a démontré combien la métaphore est utile également dans le domaine de la musicologie, notamment comme outil d'analyse.

La métaphore en psychologie et en sciences humaines[modifier | modifier le code]

La métaphore dépasse au XXe siècle le seul cadre linguistique pour devenir un objet d'étude psychologique et neurologique même. Initié par le Groupe µ et par le structuralisme, la figure va entrer dans nombre de théories majeures aujourd'hui.

Métaphore et neurologie[modifier | modifier le code]

Paul Broca en 1865 et Carl Wernicke en 1874 établissent la distinction encore actuelle du cerveau comme un double appareil neuronal : un cerveau gauche d'une part (siège des unités linguistiques et de leurs combinaisons, responsable de l'analyse) et un cerveau droit d'autre part (siège de la reconnaissance de structures syntaxiques, de la mélodie, des émotions, responsable de la synthèse et de la compréhension globale). Leurs recherches démontrent donc que les unités linguistiques sont psychologiquement réelles alors qu’elles n’ont aucune matérialité corticale, démonstration corroborée par l'imagerie moderne comme celle permise par l'imagerie par résonance magnétique.

Le cerveau et ses deux hémisphères cervicaux

Une série d'expériences cognitives et neurologiques vont ainsi, tour à tour, aboutir à isoler la métaphore comme inhérente au cerveau, et non production seule de la langue. Les aphasiques de l’hémisphère droit peuvent ainsi former la grammaire et la phonologie, mais ils ne comprennent pas les métaphores. Jean-Luc Nespoulous, chercheur au Laboratoire Jacques-Lordat, Institut des Sciences du Cerveau de Toulouse, montre pour sa part que l'absence de métaphore nuit à la compréhension d'un énoncé complexe[44]. Bottini (1994[45]) de son côté évoque le rôle important que jouerait l'hémisphère droit dans l’appréciation de la métaphore : le traitement de la métaphore impliquerait des ressources cognitives additionnelles. Des expériences sur le temps de lecture, plus long pour les énoncés métaphoriques que pour les énoncés littéraux (de Janus & Bever en 1985) et sur l'influence cognitive du contexte, qui permet de mieux comprendre, et plus rapidement le sens métaphorique (par Keysar en 1989) témoignent de l'actualité des recherches sur l'origine et la localisation cérébrale de la métaphore. Bonnaud & al. (2002) montrent également que parmi une paire de mots sans lien sémantique, une paire de mots avec lien métaphorique et une paire de mots avec lien littéral, constituant leur protocole expérimental, il y a plus d’erreurs sur les mots avec lien métaphorique que sur les mots avec lien sémantique littéral.

Les recherches aboutissent à la conclusion que le traitement global est moins spécialisé que prévu, et que la métaphore naît de la coopération des deux hémisphères (cérébraux et non cervicaux comme dans la légende de la figure)[46].

Métaphore et psychologie[modifier | modifier le code]

La métaphore dans la structure et la dynamique de l'inconscient : Jacques Lacan[modifier | modifier le code]

Lorsqu'il s'agit soit de comprendre la dynamique inconsciente d'un individu, soit de lui apporter des modèles d'enrichissement de ses dynamiques inconscientes, la métaphore a une place importante. La pratique du « soin par la métaphore » précède de plusieurs millénaires la compréhension de l'organisation de la pensée profonde par la métaphore. Jacques Lacan a ainsi ouvert la voie de l'exploration métaphorique en psychanalyse, notamment dans La métaphore du sujet (1960). Pour Lacan, « l'inconscient est structuré comme un langage », et le désir a deux façons d'être exprimé : par la métaphore ou par la métonymie. Pour Lacan, le signifiant prime sur le signifié. Ce franchissement de la barre entre signifié et signifiant se ferait pour lui par le jeu des signifiants entre eux, chez chaque individu, avec un glissement incessant du signifié sous le signifiant qui s’effectue en psychanalyse par les formules de la métonymie et de la métaphore, qu’il nomme « lois du langage » de l’inconscient. Lacan postule que l'inconscient, qui présente la même structure que le langage, peut également être défini par un axe syntagmatique et un axe paradigmatique, dans une image schématique similaire à celle que Roman Jakobson édifia pour la langue. Lacan prend ainsi comme exemple cette citation célèbre : « La langue latine étant la vieille souche, c’était un de ses rejetons qui devait fleurir en Europe ». Cette métaphore d’Antoine Rivarol dévoile la fonction psychique de celle-ci : « La formule de la métaphore rend compte de la condensation dans l’inconscient ». Par condensation, Lacan entend, (en reprenant le vocabulaire de Freud quant aux deux processus à l'œuvre dans le rêve), la substitution d'un élément par un autre, permettant d'en exprimer le côté refoulé. Autrement dit, un mot pour un autre, un mot concret pour un mot abstrait, un transfert de sens par substitution analogique, telle est la définition de la métaphore en psychanalyse lacanienne, figure de style plus fréquente et plus apte à la poésie. Lacan cite ainsi des métaphores célèbres : « La racine du mal, l’arbre de la connaissance, la forêt de symboles, le jardin de la paresse, l’écheveau du temps, l’automne des idées », ou encore « les fleurs du Mal » de Baudelaire comme des recours linguistiques exprimant une impossibilité du sujet de conceptualiser en totalité son mal et son refoulé. Lacan se démarque ainsi de la linguistique saussurienne centrée sur l'objet signe déconnecté du sujet et de son ressenti intérieur ; Lacan semble même en prolonger le paradigme épistémologique : « l’inconscient ne connaît que les éléments du signifiant » explique-t-il et il « est une chaîne de signifiants qui se répète et insiste ». Il élabore ainsi une formule mathématico-linguistique de la métaphore, qu'il développe comme suit : \frac{S}{S'_1}\cdot\frac{S'_2}{x}\rightarrow S\left (\frac{1}{S''}\right)[47]. Lacan relève le mode selon lequel l’inconscient opère, ainsi que Freud l’avait décelé par la production de condensations et de déplacements le long des mots, à travers les lapsus et dans le matériel onirique surtout, mais « sans tenir compte du signifié ou des limites acoustiques des syllabes » ajoute Lacan. Le jeu du « Fort-da », décrit par Freud en 1920 atteste ainsi directement de ce processus de métaphorisation (ou condensation en psychanalyse) et du refoulement qui lui est lié: en soi la bobine est une métaphore de la mère, alors que le mouvement de va-et-vient symbolise les retours et départs auprès de la figure maternelle.

Alan Sokal et Jean Bricmont dans leur livre Impostures intellectuelles, revenant sur ce qu'il est convenu d'appeler L'affaire Sokal montrent l'inanité de ces formules qui ne veulent rien dire mais impressionnent le lecteur. Pour eux, une métaphore doit établir un lien entre un propos complexe, et un domaine plus simple et plus familier du lecteur, pour aider à la compréhension. Là, c'est l'exact inverse qui est fait. On fait une métaphore avec quelque chose (des équations) que peu de lecteurs sont susceptibles de comprendre (en supposant que les équations de Lacan aient un sens). Cependant, selon Antonia Soulez, Sokal et Bricmont méconnaissent la spécificité de l'objet de la psychanalyse (l'inconscient) qui nécessite justement l'usage de métaphores en lieu et place de concepts qui en éloignent la compréhension, ce qui n'empêche pas Lacan de se tourner vers un certain formalisme destiné à se défaire de tout psychologisme, mais la spécificité de la conception lacanienne tient au fait que le langage y est central et constitutif de notre subjectivité, Lacan ne cherche ainsi pas à mettre en équation l'inconscient ou à n'employer que des métaphores mais expose les structures de l'inconscient, en s'appuyant sur le formalisme même du langage, de la mathématique à la métaphore[48].

Le soin par la métaphore[modifier | modifier le code]

Née des apports de Jacques Lacan dans le phénomène de la métaphorisation comme substitution d'un signifiant à un signifié inconscient et refoulé, difficile pour le sujet, se développent des thérapeutiques usant de la fonction cathartique de la métaphore. Le conte magique, le mythe, l'histoire enseignement, la fable, sont des textes utilisés pour permettre à l'enfant et à l'adolescent d'intégrer des savoirs quant aux enjeux de l'homme — la naissance, la transformation, la rupture, le désir mimétique, la violence, la mort. Contrairement au texte philosophique où les choses sont explicitées, le texte d'apprentissage et de soin entre en résonance directe avec des parties de la pensée qui sont mal accessibles à la conscience, ce que montrent les travaux de Julian Jaynes et l'ouvrage commun de Joyce C Mills et Richard J. Crowley Métaphores thérapeutiques pour enfants[49]. En psychologie clinique, un certain nombre d'écoles de thérapie mentale préconisent de raconter des histoires qui sont en relation métaphorique avec la difficulté du patient comme l'école de Milton Erickson, qui y a recours dans sa méthode de l'hypnose. Par ailleurs, l'apprentissage par la métaphore des ressources du langage figuré, en Français Langue Étrangère (FLE) donne lieu à une véritable découverte des différences inter-culturelles[50]. Dans la psychose, la métaphore n'est pas un outil thérapeutique dans la mesure où le psychotique(schizophrènes, paranoïaques…) n'a pas accès à celle-ci[réf: "Le seminaire, livre III, les psychoses. éd du Seuil. 1981]. Ceci est structural.Le "trou" symbolique exclut la métaphore: la langue de la folie n'est pas seulement une autre comme une langue étrangère, elle est singulière à chacun des sujets psychotiques. Pour paraphraser Lacan, le psychotique se parle. La notion, évidente de communauté d'esprit, il ne la connaît pas.Ainsi, il faut avoir la Loi[51] comme le névrosé pour accéder au langage et ainsi à la métaphore qui renvoie à cette communauté d'esprit.

Métaphores et cognitivisme : George Lakoff[modifier | modifier le code]

George Lakoff — professeur de linguistique cognitive à l’université de Californie à Berkeley et à l'origine du concept de la cognition incarnée[52] — considère que les métaphores sont loin d'être uniquement des procédés relevant de l'imagination poétique, ou ne concernant que les mots, plutôt que la pensée ou l'action. Les métaphores sont présentes dans notre vie de tous les jours et sont, selon lui, à la base du sens donné à nos concepts. Dans Les Métaphores dans la vie quotidienne, Lakoff montre que nous n'avons pas conscience de notre système conceptuel, et qu'une observation attentive de notre langage permet de voir que les métaphores structurent nos concepts : il forge ainsi la notion de métaphore conceptuelle.

Il s'attache alors, au travers de son étude, à montrer le recours systématique aux métaphores dans les différents domaines de la vie comme le sommeil[53], la nourriture, le travail, l'amour ou le sexe. Les métaphores définissent ainsi un réseau de relations entre les choses qui constituent notre expérience personnelle du monde et notre perception culturelle — ce qu'il nomme des métaphores culturelles. Ainsi, à propos de la métaphore de la guerre, Lakoff explique : « « La discussion c’est la guerre ». Cette métaphore est reflétée dans notre langage quotidien par une grande variété d’expressions : Vos affirmations sont indéfendables. Il a attaqué chaque point faible de mon argumentation. Ses critiques visaient droit au but. J’ai démoli son argumentation. Je n’ai jamais gagné sur un point avec lui. Tu n’es pas d’accord ? Alors, défends-toi ? Si tu utilises cette stratégie, il va t’écraser. Les arguments qu’il m’a opposés ont tous fait mouche. […] C’est en ce sens que la métaphore « La discussion c’est la guerre » est l’une de celles qui, dans notre culture, nous font vivre : elle structure les actes que nous effectuons en discutant[54]. »

Lakoff montre « comment la métaphore révèle les limitations du mythe de l'objectivisme »[55] et conclut d'une manière générale que « l'objectivisme n'est pas en mesure de rendre compte de façon satisfaisante de la compréhension humaine ».

Métaphore et Conscience : Julian Jaynes[modifier | modifier le code]

Avec les découvertes de la psycholinguistique, les sciences voient de plus en plus dans la métaphore un processus, au lieu d'un résultat esthétique du seul domaine du langage. André Leroi-Gourhan observe par exemple que lorsqu’un ou des hommes créent une nouvelle « machine », il y a apparition simultanée de mots, à travers notamment des technolectes (des jargons propres à un métier ou à une discipline). Cette création de nouvelle désignation va se faire selon le principe d’économie : si un mot déjà existant peut « représenter » l’élément nouveau, alors il est employé plutôt que de forger un mot nouveau. La construction d’un « mot pour dire telle chose nouvelle » se fait de manières différentes selon les situations. La société est donc la matrice qui conditionne l'apparition et l'emploi des métaphores. Dans La Naissance de la Conscience dans l’effondrement de l’esprit, le psychologue américain Julian Jaynes soutient que la conscience réflexive, proprement humaine, est permise par un processus métaphorique enraciné dans le mode de perception visuelle[56]. Jaynes met en place une nouvelle terminologie pour étudier le phénomène métaphorique d'un point de vue phénoménologique et cognitif. Pour lui, à la base de tout langage existe la perception brute, qui est le mode de compréhension premier du monde : il s'agit ensuite de parvenir à une métaphore de cette chose, en lui substituant quelque chose qui nous soit plus familier.

Ressemblance et communication : Deirdre Wilson et Dan Sperber[modifier | modifier le code]

Wilson et Sperber[57] suggèrent que « contre l'opinion générale, l'interprétation de tout énoncé sans exception exploite une relation de ressemblance » entre « l'énoncé et une pensée ». Dans ce cadre, ils étudient la métaphore au même titre que l'ironie, l'approximation consciente, l'hyperbole, la citation ou la représentation implicites de la pensée de quelqu'un d'autre, tout en soulignant les différences entre ces exceptions à la « règle de littéralité ». Ils remettent en question la définition de la métaphore en tant que « l'exploitation d'une ressemblance de sens entre le terme propre et le terme figuré » : l'idée de « tigre » est proche de celle de « lion », pourtant on ne dira pas métaphoriquement d'un tigre que « c'est un lion », alors qu'on pourra le dire à propos d'un valeureux guerrier : selon eux, c'est parce que la ressemblance dans le premier cas serait trop grande pour que la métaphore fonctionne. Les métaphores, basées sur des « mécanismes psychologiques fondamentaux », ne constitueraient pas un écart ou une transgression par rapport à une norme, mais « des exploitations créatives et évocatrices » du fait que tout énoncé « ressemble », d'une manière ou d'une autre, à une pensée du locuteur : l'auditeur anticiperait une telle ressemblance, dans le cadre général de l'anticipation de pertinence, sans idée préconçue quant au caractère littéral, métaphorique ou approximatif de l'énoncé.

Acquisition cognitive de la métaphore chez l'enfant[modifier | modifier le code]

La métaphore est un objet cognitif témoignant du processus mental de la conceptualisation. Elle implique en effet un nouveau rapport à un univers construit, processus cognitif appelé la re-catégorisation[58].

On assiste ainsi chez l'enfant pré-langagier au passage du pôle du codage au pôle de l’invention : par la métaphore l'enfant exerce une liberté linguistique. L’enfant doit être aussi capable de renvoi syntaxique, via les procédés de l'anaphore et de la cataphore.

La métaphore suppose donc l'acquisition de capacités mentales :

  • la capacité de catégorisation
  • la capacité de généralisation

En psychologie du développement, on observe que jusqu’à 2 ans l'enfant accuse une absence de compréhension et de production de métaphore. Ce n'est qu'à partir de 4 ans que les métaphores sont comprises et produites, mais souvent les interprétations sont au pied de la lettre (une maman dit à son enfant « tu m’as laissé tomber », l’enfant répond « où ? »), expressions caractéristiques du langage enfantin et qui font sourire l'adulte, qui, lui, n'a plus accès à ce monde du sens immédiat. Après 6 ans le stade du développement de l’activité métaphorique est lié à l’émergence de l’activité métalinguistique (ou autonymique). Les composantes sémantiques sont différenciées, la différenciation permettant l'acquisition pratique des analogies et des images, constituant les réseaux sémantiques et les jeux de mots. Dès 11-12 ans la manipulation des métaphores conventionnelles et culturelles est acquise. La psychologie de l'éducation fait ainsi passer l'enfant, par le biais de l'activité symbolique permise par la métaphore, des activités linguistico-cognitives concrètes (sens immédiat, « au pied de la lettre ») aux activités linguistico-cognitives formelles, respectant le code syntaxique et les contraintes de la langue.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Aristote, Poétique (trad. et notes Jules Barthélemy-Saint-Hilaire), A. Durand, Paris, 1858, p. 112.
  2. Citation extraite du Manuel classique pour l'étude des tropes, Première partie du Traité général des figures du discours, désormais édité comme : Pierre Fontanier, Les Figures du Discours, Paris, Flammarion, coll. « Champs »,‎ 1977, 510 p., chap. III (« Des Tropes par ressemblance, c'est-à-dire, des métaphores »), p. 99.
  3. Principia rhetorica : Une théorie générale de l'argumentation, Fayard, Ouverture, 2008, (ISBN 978-2-213-63696-2), p. 71.
  4. Patrick Bacry, Les Figures de style, p. 288.
  5. Définition et schéma de fonctionnement d'un trope sur le site lettres.org.
  6. Voir ainsi la liste non exhaustive des définitions données à la métaphore sur le site de Cédrix d'Étienne, très complet à ce sujet.
  7. Cité par Todorov et Ducrot, Dictionnaire encyclopédique des sciences du langage, Paris, Seuil, 1972, p. 354.
  8. Vers extrait de La Henriade de Voltaire, 1728, cité par Pierre Fontanier dans Les Figures du Discours, Flammarion, Paris, 1977, p. 100.
  9. Voir l'article de J.-M. Klinkenberg Groupe µ, « L'argumentation dans la figure » pour plus de détails.
  10. D'après Patrick Bacry, in Les Figures du style, p. 51.
  11. Vers tiré du poème Booz endormi, in La Légende des siècles, 1859.
  12. « L'essentiel du procédé revient à assimiler, sur un certain plan, deux signifiés apparemment étrangers. (..) La métaphore est ainsi le résultat de la substitution d'un mot à un autre sur la base de leur commune possession d'un noyau de sens dénoté. (..) Dans la métaphore on procède, autour d'un noyau fixe de sèmes, à des suppressions et à des adjonctions pour aboutir à la substitution. » in Groupe µ, Rhétorique Générale, p. 64.
  13. Un lexème est, dans un mot, une unité de sens et de son qui n'est pas fonctionnelle ou dérivationnelle. Le lexème renvoie à une notion abstraite ou concrète indépendante de la situation de communication. C'est un synonyme de « radical » du mot dans la plupart des cas.
  14. Le contexte renvoie en linguistique à l'environnement d'un énoncé verbal (mot, phrase, texte) auquel il sert de cadre de référence, ainsi que le cadre non verbal appelé l'« univers », définition du Dictionnaire des Termes Littéraires, d'Hendrik Van Gorp et alii, Champion Classiques, 2005, ISBN 2-7453-1325-8, p. 116.
  15. Avec, notamment, les conclusions de Michel Mayer dans son Principia rhetoric. Théorie générale de l'argumentation et de Chaïm Perelman et Lucie Olbrechts-Tyteca dans Traité de l'argumentation.
  16. Gérard Genette a en effet initié la notion de « pacte en littérature » et en rhétorique (avec la figure de la métalepse par exemple). Genette parle en réalité de deux ententes entre le lecteur et l'auteur: le pacte de fiction (renvoyant à la mimésis) et le pacte autobiographique propre à ce genre, in Le pacte autobiographique, 1975.
  17. L'isotopie est un procédé sémantique qui désigne la présence d'un même sème consistant en un terme ou en plusieurs termes au sein d'un texte ; on peut parler, par exemple de l'isotopie de l'eau ou du feu, de la guerre, de l'amour etc. Son étude est à la source même de la stylistique. Voir par exemple les définitions du concept d'isotopie sur le site info-metaphore.com.
  18. Catherine Fromilhague, Les Figures de style, Armand Colin, 2007, p. 92.
  19. George Lakoff, Mark Johnson (en), Les métaphores dans la vie quotidienne, Paris, édition Minuit, 1985.
  20. Extrait de l'article du numéro du 'The New Yorker du 4 janvier 1999, reproduisant un article du journal Financial Times.
  21. Booz endormi (texte sur Wikisource)
  22. Poème traduit par Li Tche-houa, édité et commenté dans Anthologie de la poésie chinoise classique, Paul Demiéville (dir.), Gallimard, Paris, 1988, p. 467.
  23. Michael Riffaterre, La Production du texte, Seuil, 1979, p. 218.
  24. Gérard Genette, in Figures III, chapitre « Métonymie chez Proust ».
  25. Cité par Anne Herschberg Pierrot, Stylistique de la prose, p. 196.
  26. Voir le chapitre « La métaphore lexicalisée », dans Sémantique de la métaphore de Le Guern.
  27. Il ne faut pas confondre les métaphores heuristiques avec les métaphores filées, il s'agit de deux procédés différents ; voir à ce sujet : De la métaphore filée au modèle analogique: cohérence et cohésion (From metaphor to analogic model: coherence and cohesion), de F. Hallyn, Université de Gent, Belgique, Travaux de linguistique, 1994, issn=0082-6049.
  28. Le rôle de la métaphore en biologie, Berder, mars 2006 de Sara Franceschelli (ENSLSH & Rehseis) et Philippe Huneman (IHPST) [PDF].
  29. Pierre Moor, « Le char de l’État navigue sur un volcan » ou brève note sur les métaphores, spécialement sur celles de l’État de droit (Revue européenne des sciences sociales). L'article s'attache spécialement aux deux métaphores de la pyramide kelsenienne et du roman dworkinien, pour évoquer l'ordre juridique.
  30. Pierre Dac, Les Pensées, Le Cherche-midi, 1989 (ISBN 978-2862740027)
  31. Chaïm Perelman et Olbretchts-Tyteca, Traité de l'argumentation. La nouvelle rhétorique, Éditions de l'Université de Bruxelles, 2008, chapitre 87 la métaphore, p. 534-542.
  32. Dans The Philosophy of Rhetoric, Oxford University Press, 1936, Ivor Armstrong Richards est le premier à analyser le fonctionnement de la métaphore. Il distingue: le tenor et le vehicle, respectivement le thème et le phore.
  33. Fontanier, infra, p. 99.
  34. « L’explication des métaphores » in Les Ziaux, Poésie/Gallimard, 1943.
  35. Lettre de Victor Hugo à Émile Péhant, 11 octobre 1868.
  36. Patrick Bacry, Les Figures de style, Belin, 1992, p. 43.
  37. Patrick Bacry, Les Figures de style, Belin, 1992, p. 41. Pour cet auteur, il faut donc réserver le terme de « métaphore » à une apposition stricte de deux mots remplaçants des mots attendus. Selon lui, toute autre forme tend à se confondre avec la comparaison.
  38. Dictionnaire de rhétorique et de poétique, pp. 248-250.
  39. On pourra consulter la définition qu'en donne le professeur Michel Boumal : Michel Boumal, « Qu'est-ce qu'une allégorie ? », sur Le Grenier Multimedia du Lycée Emile Jacqmain,‎ septembre 1999 (consulté le 8 février 2009).
  40. Gaston Bachelard, Poétique de la rêverie.
  41. Exemples de poèmes avec des métaphores homériques sur site-magister.com.
  42. Nanine Charbonnel, La Métaphore entre philosophie et rhétorique, (dir. avec Georges Kleiber), Paris : Presses Universitaires de France, 2000, 245 pages.
  43. Francesco Spampinato, Les Métamorphoses du son, Paris, L'Harmattan, 2008.
  44. Le Dorze, G., Nespoulous, J.-L., Anomia in moderate aphasia : Problems in accessing the lexical representation, Brain and Language, 37, p. 381- 400, 1985.
  45. Étude de : Bottini, G., R. Corcoran, R. Sterzi, E. Paulesu, P. Schenone, P. Scarpa, R. S. Frackowiak & C. D. Frith (1994), The role of the right hemisphere in the interpretation of figurative aspects of language. A positron emission tomography activation study, Revue Brain, (en).
  46. Résumé des expériences menées sur la neurologie de la métaphore sur le site stylistique anglaise.]
  47. « L'instance de la lettre dans l'inconscient », Écrits I, seuil, 1966.
  48. « Il reste que, malgré les dires de Sokal et Bricmont ce n’est nullement pour rejoindre la littérature philosophique que la conception lacanienne de l’écriture a rompu avec ce parti pris de l’inexpressivité d’un genre euclidien de démonstration, ni davantage pour élaborer une langue subjective, personnalisée ou systématiquement métaphorique ou ornementée, mais parce que les concepts desservent l’approche de son objet, lui font en réalité écran. [...] Certes Lacan s’est tourné vers l’outil formel, sans jamais pour autant adopter le style axiomatique. Et il y a quelques raisons à cela. Car entre le style et l’objet de la psychanalyse, rien ne doit passer qui fasse obstruction au dire en éloignant justement le dire de l’objet de ce dire. » in Antonia Soulez « Le nœud dans le tableau », Essaim, 1/2002 (n°9), p. 121-134. DOI:10.3917/ess.009.0121
  49. Richard J. Crowley, Métaphores thérapeutiques pour enfants, Desclée de Brouwer, Coll. Re-Connaissances, 1995, ISBN 2220037207.
  50. L'enseignement des métaphores en FLE.
  51. "Clinique de la perversion" dans le séminaire livre XVI, p. 247, D'un Autre à l'autre éd du Seuil, mars 2007
  52. En anglais : « embodied cognition » et « embodied mind ».
  53. Exemple des métaphores du sommeil, consulté le 7 février 2009.
  54. Les Métaphores dans la vie quotidienne, traduit de l’anglais par Michel de Fornel avec la collaboration de Jean-Jacques Lecercle, Chapitre 10 : Quelques exemples supplémentaires.
  55. Titre du chapitre 27 de Metaphors We Live By : How Metaphor Reveals the Limitations of the Myth of Objectivism.
  56. John Stewart, la Conscience en tant que métaphore spatiale: la théorie de Jaynes. Revue Intellectica, 2001, n° 32.
  57. Ressemblance et communication, in Introduction aux sciences cognitives, dir. Daniel Andler, Gallimard Folio / Essais, 2004 (ISBN 2-07-030078-1).
  58. Voir notamment: Production et compréhension des métaphores chez l'enfant : De la similitude à la métaphore de Laganaro M., Université de Genève, Archives de psychologie, issn: 0003-9640, Éditions Médecine et Hygiène, Genève, Suisse, 1997.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. César Chesneau Dumarsais définit la métaphore comme : une « figure par laquelle on transporte, pour ainsi dire, la signification propre d'un mot à une autre signification qui ne lui convient qu'en vertu d'une comparaison qui est dans l'esprit », Les Figures du discours, p. 135.
  2. Le solécisme est une faute de syntaxe (construction incorrecte) permettant d'aboutir à un langage populaire proche du barbarisme.
  3. La psychanalyse, de Freud à Lacan, emploie ainsi ce sens de déplacement pour désigner la métaphore au niveau psychique, sous la notion de « condensation ».
  4. L'hyperonymie repose sur un mot qui est catégoriquement supérieur à l'autre, par exemple : « félin » pour « chat ».
  5. L'antonymie repose sur des mots qui sont de sens opposé : « or » aurait pu être remplacé par « sombre » par exemple.
  6. L'homonymie repose sur des mots qui sont de même sonorité et de même morphologie, mais de sens différents, par exemple « croissant » au sens de pâtisserie mais non de forme géométrique.
  7. Roman Jakobson, le langage contient six fonctions, l'une étant plus dominante dans un genre ou un style. Il distingue ainsi: la « fonction référentielle » (ou « dénotative »: le message est centré sur le référent du message ; la « fonction expressive » (ou « émotive ») dans laquelle le message est centré sur l'émetteur ; la « fonction conative » où le message est centré sur le destinataire ; la « fonction métalinguistique », le message est y centré sur le langage lui-même ; la « fonction phatique » dans laquelle le message cherche à établir ou à maintenir le contact comme le « Allô ? » au téléphone et enfin la « fonction poétique » qui permet que le message soit centré sur lui-même, sur sa portée.
  8. Sachant que la comparaison est toujours positive, autrement cette dernière devient une oxymore ou alliance de mots contradictoires ou de sens opposés, comme dans l'expression « un soleil noir ».
  9. On parle aussi de « métaphore par combinaison » car elle lie véritablement les deux mots.
  10. Ou « conceptuelle » en littérature anglaise.
  11. Le cotexte est l'espace référentiel dans le texte lui-même, matérialsié par un jeu de références et de renvois expliquant, avant ou après la figure, sa portée ou sa nature.
  12. À la différence de l'adjectif semblable, suivi de la préposition « à », réservé à la comparaison.
  13. Les locutions comparatives peuvent être : « comme », « semblable à », « tel » etc.
  14. Ou l'inverse, qui est également possible, mais qui renforce l'implicite et l'aspect hermétique de l'image.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Figures proches[modifier | modifier le code]

Figure mère Figure fille
analogie, trope métaphore filée, catachrèse, métaphore homérique
Antonyme Paronyme Synonyme
métaphore-comparaison, métaphore-métonymie similitude, parallèle, métalepse, allégorie, parabole

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Métaphore paternelle

Rhétorique[modifier | modifier le code]

Sciences Humaines[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages utilisés[modifier | modifier le code]

  • (fr) Patrick Bacry, Les figures de style et autres procédés stylistiques, Paris, Belin, coll. « Collection Sujets »,‎ 1992, 335 p. (ISBN 2-7011-1393-8)
  • (fr) Michel Meyer, Principia rhetorica. Une théorie générale de l'argumentation, Fayard, coll. « Ouverture »,‎ 2008 (ISBN 978-2-213-63696-2 Document utilisé pour la rédaction de l’article[à vérifier : ISBN invalide])
  • (fr) Georges Molinié et Michèle Aquien, Dictionnaire de rhétorique et de poétique, Paris, LGF - Livre de Poche, coll. « Encyclopédies d'aujourd'hui »,‎ 1996, 350 p. (ISBN 9782253130178)
  • (fr) Paul Ricœur, La métaphore vive, Seuil, coll. « Points Essais »,‎ 1997, 411 p. (ISBN 2020314703)

Autres ouvrages[modifier | modifier le code]

  • (fr) François-Emanuël Boucher, Sylvain David, Janusz Przychodzen, Que peut la métaphore ? Histoire, savoir et poétique., L'Harmattan, coll. « Épistémologie et philosophie des sciences »,‎ 2009 (ISBN 9782296082120)
  • (fr) Bouvet, D., Le corps et la métaphore dans les langues gestuelles, Paris, L'Harmattan, coll. « Sémantiques »,‎ 2000 (ISBN 2738448720)
  • (en) (en) Brown, T.L., Making Truth: Metaphor in Science, Urbana and Chicago: University of Illinois Press,‎ 2003, 215 p p. (ISBN 0-252-02810-4)
  • (fr) Collard, A-S., La métaphore dans l’hypermédia comme médiateur de contenus, Tunis, IPSI,‎ 2005
  • (fr) Danto, A, La transfiguration du banal, Seuil, 331 p p. (ISBN 2-02-010463-6)
  • (fr) Durrenmatt Jacques, La Métaphore, Paris, Honoré Champion, coll. « Uni-Champs Essentiels »,‎ 2002 (ISBN 2-7453-0441-0)
  • (fr) Frontier, A., La poésie, Belin, 367 p. p. (ISBN 2-7011-1344-X)
    chapitre sur la métaphore
  • (fr) Gesternkorn, J., La métaphore au cinéma : les figures d'analogie dans les films de fiction, Méridiens-Klincksieck,‎ 1999 (ISBN 2865633233)
  • (fr) Groupe µ, Rhétorique générale, Paris: Larousse (Rééd.: Paris : Le Seuil), coll. « Points Essais n°146 »,‎ 1970, 256 p. (ISBN 2020063212)
  • (fr) Jaynes, J., La naissance de la conscience dans l'effondrement de l'esprit bicaméral, Paris, Presses Universitaires de France, coll. « Questions »,‎ 1994 (ISBN 2130450954 Document utilisé pour la rédaction de l’article[à vérifier : ISBN invalide])
  • (fr) Roman Jakobson, Éléments de linguistique générale (tome 1 et 2), Éditions de Minuit, coll. « Collection Double »,‎ 1981 (ISBN 2707305790)
  • (fr) Josse, E., Le pouvoir des histoires thérapeutiques. L’hypnose éricksonienne dans le traitement des traumatismes psychiques, Paris, La Méridienne/Desclée de Brouwer, coll. « HOR COLL »,‎ 2007, 281 p. (ISBN 222005876X)
  • (fr) Kerouac M, La métaphore thérapeutique, ses contes, ses outils, Le Germe,‎ 2004 (ISBN 2-9805157-1-X)
  • (fr) Lakoff, G. ; Johnson, M., Metaphors We Live By (Traduction française : les métaphores dans la vie quotidienne), Éditions de Minuit, coll. « Propositions »,‎ 1986, 254 p. (ISBN 270731059X)
  • (fr) Charbonnel Nanine, La tâche aveugle I Les Aventures de la Métaphore, Presses universitaires de Strasbourg,‎ 1991 (ISBN 9782868204332)
  • (fr) Charbonnel Nanine, Les Aventures de la Métaphore, Presses universitaires de Strasbourg,‎ 1991, 310 p. (ISBN 2-86820-433-3)
  • (fr) Charbonnel Nanine (dir. avec Georges Kleiber), La Métaphore entre philosophie et rhétorique, Paris, Presses Universitaires de France, coll. « Linguistique »,‎ 1999, 245 p. (ISBN 2130495931)
  • (fr) Charbonnel Nanine (dir. avec Georges Kleiber), « Métaphore et philosophie moderne », in La Métaphore entre philosophie et rhétorique, Presses universitaires de France, coll. « Linguistique Nouvelle »,‎ 2000 (ISBN 9782130495932)
  • (fr) Adolphe Nysenholc, "Métonymie, synecdoque, métaphore : analyse du corpus chaplinien et théorie", in Semiotica, Mouton Publishers, The Hague, Paris, New York, vol. 34, nr 3/4, 1981, p. 311-341.
  • Chaïm Perelman et Lucie Olbrechts-Tyteca, Traité de l'argumentation. La nouvelle rhétorique, Paris, Éditions de l'Université de Bruxelles, coll. « UBlire Fondamentaux »,‎ 2008 (ISBN 978-2-8004-1398-3)
  • Rousset Frédéric (2002), Bases cognitives et sensorielles dans la compréhension des métaphores (Cognitive and sensory grounds for metaphor comprehension) ; Thèse de Psychologie, Institut de Psychologie de la Université Lumière Lyon 2, soutenue le 2002-02-14 (l'auteur n'a pas souhaité rendre cette thèse disponible en ligne ; uniquement consultable sur l'Intranet ou sur place)
  • Joëlle Gardes Tamine, Au cœur du langage. La métaphore, Honoré Champion, 2011.