Éthique (Spinoza)

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Éthique (en latin Ethica Ordine Geometrico Demonstrata ou Ethica More Geometrico Demonstrata) est une œuvre en cinq parties du philosophe hollandais Spinoza rédigée en latin entre 1661 et 1675, publiée à sa mort en 1677, et interdite l'année suivante. Elle est son ouvrage le plus connu, et considérée comme son œuvre majeure.

Spinoza y adopte une méthode de démonstration déductive, calquée sur le mode de la démonstration mathématique, dans laquelle des propositions, démonstrations, scolies et lemmes succèdent aux définitions, axiomes et postulats. Si ce procédé d'exposition en fonction d'un « ordre géométrique » a pour but de conférer aux raisonnements développés dans l'ouvrage la plus grande rigueur possible, il en fait cependant un texte relativement difficile d'accès. Le livre aborde successivement les thématiques de Dieu, de l’âme, des passions (ou affects), du conatus, de la servitude de l'homme, et enfin de la possibilité et des moyens pour l'homme d'accéder à la liberté et la béatitude. L'ambition de l’Éthique est ainsi celle d'une philosophie pratique, devant permettre de dépasser l'état ordinaire de servitude de l'homme vis-à-vis de ses affects pour atteindre la liberté et la joie, au travers de l'accès à la connaissance concernant la manière dont Dieu (identifié à la nature) existe, et dont l'homme est déterminé. En effet, la réfutation d'un libre-arbitre de l'homme fait partie des idées clés de l’œuvre, qui vise donc à conjuguer le déterminisme et la liberté, celle-ci étant alors conçue comme dépendant d'une « connaissance adéquate » de ces déterminations, afin que nos agissements ne soient plus causés par nos passions et idées inadéquates, mais par notre entendement.

Plan de l'œuvre[modifier | modifier le code]

Première partie[modifier | modifier le code]

Première partie : De Dieu

I/ Ce qu'est Dieu (prop. 1 à 15)

1. "La substance", c'est-à-dire absolument tout. Pour la raison, non pour l'imagination, une seule substance par attribut, existant nécessairement et infinie (prop. 1 à 10)
2. Les propriétés de la substance absolument infinie (existence, indivisibilité, unicité) (prop. 11 à 15)

II/ Ce qui suit de Dieu (prop. 16 à 36)

1. La nature naturante (comment Dieu agit : production infinie, effective, première, libre, immanente, éternelle d'effets) (prop. 16 à 20).
2. La nature naturée (les façons d'être de Dieu) (prop. 21 à 29)
a. Les modes infinis : l'infini ne produit que de l'infini (prop. 21 à 23).
b. Les modes finis : dépendance à l'égard de Dieu, de leur essence et de leur existence mais détermination des choses finies par d'autres choses finies = modes de la Substance absolument infinie (prop. 24 à 29).
3. Identité de la nature naturante et de la nature naturée (prop. 30 à 36)
a. Spontanéité de l'action divine : Dieu ne réfléchit pas avant d'agir (prop. 30 à 32).
b. Nécessité de l'action divine : Dieu n'est pas un artisan se croyant libre (prop. 33 à 36).

Appendice : critique de l'illusion finaliste et des croyances qui s'ensuivent.

Deuxième partie[modifier | modifier le code]

Deuxième partie - De la nature et de l'origine de l'âme

I/ L'origine de l'esprit (prop. 1 à 13)

1. La pensée et l'étendue (prop. 1 et 2)
2. La puissance infinie de penser de Dieu et l'intellect infini qui s'ensuit (prop. 3 et 4)
3. L'ordre des idées et l'ordre des choses (prop. 5 à 7).
4. La production des idées (prop. 8 et 9)
5. L'esprit est l'idée du corps (prop. 10 à 13)

II/ La nature du corps humain (abrégé de physique et de physiologie)

1. Des corps aux individus
a. Les corps les plus simples et les lois du mouvement (Axiomes 1 et 2, Lemmes 1 à 3, Axiomes 1' et 2')
b. Les corps composés : l'individu (Définition, axiome 3, Lemmes 4 à 7)
2. Le corps humain (postulats 1 à 6)


III/ Ce que peut l'esprit humain et les lois de son fonctionnement (prop. 14 à 47)

1. La perception et l'imagination
a. Genèse et fonctionnement de la perception qui produit des représentations imaginaires : (prop. 14 à 23).
b. Les idées spontanées des choses (mélange de perception et d'imagination) sont toutes inadéquates : confusion entre mon corps propre et les autres corps, croire au possible (prop. 24 à 31).
2. De l'erreur à la vérité
a. L'erreur, la fausseté n'est qu'une privation de connaissance, logique de l'erreur (prop. 32 à 36).
b. Les notions communes : fondement de la connaissance rationnelle (prop. 37 à 39).
c. Les trois genres de connaissance : l'imagination, la raison, l'entendement intuitif (prop. 40 à 43).
d. La connaissance adéquate : quand il forme des idées adéquates, l'esprit connaît les choses comme Dieu les connaît, telles qu'elles sont en soi, éternellement et nécessairement (prop. 44 à 47).


IV/ Identité de l'intellect et la volonté (prop. 48 et 49)

Troisième partie[modifier | modifier le code]

Troisième partie - De l'origine et de la nature des passions

Préambule : comprendre les sentiments ou affects par leurs causes.

I/ Les causes premières des affects (prop. 1 à 11)

1. Activité et passivité de l'esprit et du corps (prop. 1 à 3)
2. L'effort de persévérer dans l'être (prop. 4 à 8)
3. Les affects primaires : désir, joie, tristesse (prop. 9 à 11)


II/ La vie affective (prop. 12 à 57)

1. Désir et imagination : l'amour et la haine (prop. 12 et 13).
2. Composition des passions par rapport un objet sur lequel le désir se fixe accidentellement : la fluctuation de l'âme, l'espoir et la crainte, conserver l'être aimé (prop. 14 à 20)
3. Formation et développement des passions entre les personnes (prop. 21 à 57).
a. L'imitation du désir des autres (désir du désir : contagion, transfert, rôle imaginaire d'autrui, mimétisme, amplification des affects) (prop. 21 à 30).
b. Les façons d'aimer et de haïr : faire aimer ce qu'on aime, le désir de réciprocité, la jalousie, la frustration, l'intensification des affects, l'agressivité, instabilité des rapports affectifs (prop. 31 à 49).
c. Caractères généraux des passions composées : incertitudes et variations d'intensité, raisons de la variabilité des affects (prop. 50 à 57).


III/ Les affects actifs (prop. 58 et 59) : affects non passionnels lorsque l'esprit forme des idées adéquates des objets de joie ou de tristesse.

IV/ Bilan des passions par leurs définitions

Quatrième partie[modifier | modifier le code]

Quatrième partie - De l'esclavage de l'homme ou de la force des passions

Préface : le bien et le mal, la perfection et l'imperfection sont des notions relatives.

I/ La condition humaine (prop. 1 à 37)

1. La servitude à l'égard des passions : puissance limitée de l'homme, notre impuissance (relative) et notre aliénation à l'égard des affects passifs, faux biens, vrais maux, affects les plus forts (prop. 1 à 18).
2. Le fondement naturel de la vertu : la recherche de l'utile propre, pour un égoïsme bien compris, le plus utile : connaître adéquatement un maximum de choses (prop. 19 à 28).
3. De l'utile propre à l'utile commun : la vie en société, les conflits, les moyens de vivre en sécurité sachant qu'on ne sort jamais complètement de l'état de nature (prop. 29 à 37).

II/ De la servitude à la liberté (prop. 38 à 73)

1. Les bonnes et les mauvaises passions : gaieté, mélancolie, humilité, orgueil… (prop. 38 à 58).
2. Intervention de la raison dans la vie affective: considération de la personne dans sa globalité (prop. 59 à 66).
3. La vie des hommes libres : être "positif", ne pas trop se mêler aux ignorants mais agir pour le bien commun en sachant que sans société, il n'y a pas de réelle liberté (prop. 67 à 73).

Appendice : les voies pratiques du bonheur et de la liberté.

Cinquième partie[modifier | modifier le code]

Cinquième partie - De la puissance de l'entendement ou de la liberté de l'homme

Préface : la raison ne peut, au moyen de la seule volonté, suffire pour nous libérer des passions mauvaises.

I/ Les remèdes aux affects passifs (prop. 1 à 20)

1. Connaître le corps et soigner l'esprit au moyen d'une manière maîtrisée d'imaginer (prop. 1 à 10).
2. L'amour non superstitieux envers Dieu, amour pour un être impérissable qui ne peut se changer en haine (prop. 11 à 20).

II/ La béatitude suprême (prop. 21 à 42)

1. La science intuitive : connaître et se connaître du point de vue de l'éternité, être libre (prop. 21 à 31).
2. L'amour intellectuel de Dieu : aimer Dieu de l'amour dont il s'aime lui-même et s'aimer comme « Il » nous aime (prop. 32 à 37).
3. Le devenir de l'esprit dans ces conditions, libération à l'égard de la crainte, rôle du corps, être définitivement actif (prop. 38 à 40).
4. Est-il besoin d'être « parfait » pour commencer d'être heureux et vertueux ? (prop. 41 et 42) ?

Sources (des parties 1 à 5 de la page)[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]

  • L'Éthique de Spinoza disponible en texte intégral dans Les Classiques des sciences sociales. [1]
  • Hyper-Spinoza - Hyper-Éthique L'Éthique dans la traduction de Charles Appuhn (avec la traduction Saisset et le texte latin), avec liens hyper-textes vers les « ascendants » et surtout les "descendants".
  • Hyper-Spinoza - Éthique (traduction Charles Appuhn) et Plan de l’Éthique Le texte de lÉthique à télécharger dans la traduction de Charles Appuhn, ainsi que le plan de lÉthique.
  • EthicaDB : publication hypertextuelle et multilingue de l'Éthique de Spinoza (latin, traductions simultanées en français, anglais, italien, allemand, néerlandais, espagnol).
  • Spinoza.fr : une lecture continue et commentée de l'Éthique, et des articles.
  • WebDeleuze : Les cours de Deleuze à Vincennes sur Spinoza
  • Éthique : Éthique de Spinoza traduite par Charles Appuhn, sélection possible des hyperliens ascendants et descendants par le lecteur.
  • Cours vidéo : T.R.E. Textes politiques, Éthique. Cours d'agrégation à l'E.N.S. de Lyon par Pierre-François MOREAU.