Nuit des Longs Couteaux

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Emblème de la Sturmabteilung (SA)

Nuit des Longs Couteaux (Nacht der langen Messer en allemand) est l'expression généralement utilisée pour faire référence aux assassinats perpétrés par les nazis en Allemagne, au sein même de leur mouvement, entre les 29 juin et 2 juillet 1934, et plus spécifiquement pendant la nuit du 29 au 30 juin 1934.

Depuis son accession au pouvoir, Hitler est confronté à des tensions croissantes qui opposent les milieux conservateurs et la Reichswehr à la Sturmabteilung (SA), dirigée par Ernst Röhm avec lequel il entretient des relations amicales. La violence, la terreur de rue, exercée par la SA, essentiellement entre 1926 et 1933 a été précieuse dans la conquête du pouvoir et immédiatement après celle-ci, au prix de plusieurs centaines d'assassinats. Cependant en 1934, elle est de moins en moins acceptable pour Hitler qui veut stabiliser son régime et qui a besoin de l'appui des partis conservateurs et de l'armée, notamment dans la perspective de la succession du président Paul von Hindenburg.

Officiellement destinée à contrer une tentative de coup d'État de Röhm, inventée de toutes pièces par Heinrich Himmler, Reinhard Heydrich et Hermann Göring, cette purge permet à Hitler de briser définitivement toute velléité d'indépendance de la SA, débarrassant ainsi le mouvement nazi de son aile populiste qui souhaitait que la révolution politique fût suivie par une révolution sociale. Elle frappe aussi les milieux conservateurs, essentiellement de la droite catholique.

Après plusieurs mois d'hésitation et de tergiversations, la purge débute par l'irruption, pistolet au poing, de Hitler à l'hôtel Hanselbauer à Bad Wiessee, où se trouvent Röhm et de nombreux responsables de la SA.

Les assassinats sont perpétrés dans toute l'Allemagne, particulièrement à Munich sous la responsabilité de Sepp Dietrich, et à Berlin sur les ordres de Göring et Himmler. Ils font au moins deux cents victimes, dont Röhm et l'ancien chancelier Kurt von Schleicher. Commis en dehors de tout cadre légal, les meurtres sont légitimés par une loi rétroactive du 3 juillet 1934, avec l'accord de tous les membres du gouvernement, au sein duquel les nazis sont minoritaires.

La purge est globalement appréciée par les dirigeants et la population allemande, elle fait apparaître Hitler comme l'instaurateur de l'ordre public. La nuit des Longs Couteaux assure à Hitler le soutien de la Reichswehr, des milieux conservateurs traditionnels, malgré les victimes issues de leurs rangs, des grands financiers et industriels, hostiles à des réformes sociales de grande ampleur, tout en créant un climat de terreur vis-à-vis de tous les opposants au régime. Après le décès de Hindenburg, le 2 août 1934, Hitler cumule les fonctions de chef de l'État, du gouvernement, du parti nazi et de commandant suprême des forces armées.

Origine de l'expression[modifier | modifier le code]

L'expression « nuit des Longs Couteaux » est largement utilisée dans l'historiographie francophone et anglophone[1],[2] pour désigner la purge de 1934, mais elle est quasiment absente chez les auteurs germanophones qui utilisent le plus souvent le terme de Röhm-Putsch[3].

Si certains auteurs font référence au refrain d'une chanson de marche des SA[4], l'origine de l'expression n'est pas claire. Elle n'est utilisée qu'à une seule reprise par Adolf Hitler, lors de son discours du 13 juillet 1934 aux membres du Reichstag, pour qualifier la tentative du supposé coup d'État fomenté par Ernst Röhm[5] ; selon Richard J. Evans l'expression est employée, début 1934, par des responsables locaux et régionaux de la Sturmabteilung pour qualifier la création d'un « État SA »[6].

Avant la prise du pouvoir : racines et rôle de la SA[modifier | modifier le code]

Articles connexes : Sturmabteilung et Ernst Röhm.
Ernst Röhm en 1934.

Depuis les années 1920, la Sturmabteilung (SA) fonctionne comme une milice privée que Hitler utilise pour intimider ses rivaux et perturber les réunions des partis politiques ennemis, particulièrement celles des sociaux démocrates et des communistes.

Sa création est étroitement liée à l'atmosphère chaotique et au climat de violence politique qui entourent la naissance de la République de Weimar : assassinats de Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht, le 15 janvier 1919 lors de l'écrasement du soulèvement spartakiste, ainsi que de Walther Rathenau par l'Organisation Consul le 24 juin 1922. Ces meurtres surviennent en parallèle au putsch de Kapp, le 13 mars 1920, et à la répression, notamment menée par les Freikorps, des révoltes communistes de 1920 et 1921 dans la Ruhr, en Saxe et à Hambourg. Les agissements des SA, comme ceux du Stahlhelm, traduisent un climat où la violence tient lieu d'argument politique. De nombreux SA étaient d'anciens membres des Freikorps (Corps francs), et à ce titre avaient réprimé violemment les révolutionnaires communistes, socialistes et anarchistes.

La montée en puissance de la SA est favorisée par la Grande Dépression[7] qui fait perdre à beaucoup d'Allemands toute confiance envers les institutions traditionnelles. La SA parvient notamment à faire adhérer de nombreux ouvriers au nazisme en associant solidarité de classe et ferveur nationaliste[8].

Les membres de la SA sont connus pour leur agressivité et leur brutalité : en juin 1932, un des mois où la violence politique est à son paroxysme, plus de 400 batailles de rue ensanglantent l'Allemagne, faisant 82 morts et 400 blessés graves[9]. Les confrontations violentes entre la SA et les opposants aux nazis, tout particulièrement la milice du KPD, contribuent à déstabiliser l'expérience démocratique de la République de Weimar. Elles servent de prétexte aux mesures autoritaires prises par le chancelier Franz von Papen dans le courant de la seconde quinzaine du mois de juillet, ce qui est précisément le but de Hitler[9].

La SA est dirigée par Ernst Röhm, vétéran prestigieux de la Première Guerre mondiale, membre de l'état-major de la Reichswehr en Bavière. Nazi de la première heure, il participe au putsch de la brasserie, au cours duquel il menace d'exécuter douze hommes pour chaque victime que compteraient les membres de la SA[10],[N 1]. Après l'échec du putsch, il se réfugie en Bolivie ; à la demande de Hitler, il revient en Allemagne en 1930 et reprend le commandement de la SA. Il souhaite que celle-ci soit indépendante du parti nazi et puisse jouer son propre rôle politique ; comme beaucoup de SA, Röhm prend au sérieux la promesse de révolution sociale du NSDAP. Pour eux, l'accession au pouvoir des nazis doit être suivie par des mesures économiques et sociales radicales[11].

Après la prise du pouvoir : la SA, génératrice de conflits[modifier | modifier le code]

Le 30 janvier 1933, le président Hindenburg nomme Adolf Hitler chancelier ; à deux exceptions près[N 2], tous les postes ministériels de son gouvernement sont détenus par des conservateurs, avec à leur tête, le vice-chancelier Franz von Papen[12]. Dès le 14 juillet 1933, le parti nazi devient le seul parti politique autorisé. Cependant, en dépit de la consolidation rapide de son autorité politique, Hitler ne dispose pas encore d'un pouvoir absolu. Il n'a notamment pas autorité sur la Reichswehr qui dépend de Hindenburg, président et commandant en chef des armées. Si de nombreux officiers sont séduits par les promesses d'Hitler de doter l'Allemagne d'une armée plus importante, malgré les limitations imposées par le traité de Versailles, de réinstaurer la conscription, et de mener une politique étrangère plus agressive, l'armée garde une réelle indépendance[13].

La nomination de Hitler comme chancelier ne met pas fin aux exactions de la Sturmabteilung. Les SA, imprégnés d'une culture de la violence, continuent à pourchasser les opposants réels ou supposés. Sous l'emprise de la boisson, ils écument les rues allemandes, battant des passants et s'en prenant aux policiers chargés de mettre le holà[14]. À Berlin, la SA ouvre une cinquantaine de « microcamps de concentration », installés dans des caves ou des dépôts où leurs victimes sont battues à mort, torturées ou égorgées[15]. Les plaintes concernant le comportement des SA deviennent fréquentes à l'été 1933. Le premier chef de la Gestapo, Rudolf Diels, déclare après la guerre, à propos des prisons berlinoises de la SA : « Les interrogatoires avaient commencé et fini par un passage à tabac. À quelques heures d'intervalle, une douzaine de gars avait frappé leurs victimes avec des barres de fer, des matraques en caoutchouc et des fouets. Dents brisées et os cassés témoignaient des tortures. À notre entrée, ces squelettes vivants couverts de plaies suppurantes étaient allongés les uns à côté des autres sur leur paillasse putréfiée »[16]. Le ministère des Affaires étrangères se plaint des agressions des SA envers les diplomates étrangers[17]. Un tel comportement dérange les classes moyennes, les éléments conservateurs traditionnels et l'armée. Il suscite aussi des protestations des milieux de l'industrie, du commerce, des administrations locales et de l'Église protestante[18]. Le ministre de l'Intérieur, Wilhelm Frick, estime que « les actes répréhensibles commis par des membres de la SA devront faire l'objet de poursuites énergiques »[19].

Le soutien des responsables militaires est crucial pour permettre à Hitler de mener à bien ses projets expansionnistes, comme la conquête d'un Lebensraum (« espace vital ») à l'Est, déjà annoncée dans Mein Kampf, ou l'annexion de l'Autriche. Il est aussi fondamental dans la perspective de la succession de Paul von Hindenburg, âgé et de santé fragile[20]. Le 6 juillet 1933, lors d'une réunion à la chancellerie avec les gouverneurs du Reich, Hitler proclame à la fois le succès et la fin de la révolution nationale-socialiste. Selon lui, comme le parti nazi a saisi les rênes du pouvoir, le temps est venu de le consolider : « La révolution ne saurait être un état permanent. Il faut diriger le torrent de la révolution dans le lit tranquille de l'évolution. [...] Il faut surtout maintenir l'ordre dans l'appareil économique [...] car l'économie est un organisme vivant que l'on ne peut transformer d'un seul coup »[21]. Il précise sa pensée lors d'un discours à Leipzig, dix jours plus tard : « Les révolutions ayant réussi au départ sont beaucoup plus nombreuses que les révolutions, qui, une fois réussies, ont pu être contenues et stoppées au moment opportun »[22].

Les propos de Hitler et la prudence du régime en matière de réformes sociales et économiques déçoivent la majorité des SA qui attendent une révolution économique aussi bien que politique. « À l'origine, les nationaux-socialistes ont été un parti radicalement anticapitaliste, et cet aspect du programme national-socialiste n'était pas seulement pris au sérieux par de nombreux loyaux membres du parti, mais il était d'une importance croissante dans une période de dépression économique. La manière dont Hitler prend en compte le caractère socialiste du national-socialisme reste l'une des principales sources de désaccord et de division au sein du parti nazi jusqu'à l'été 1934 »[23]. Hitler manifeste donc son intention de limiter peu à peu le pouvoir de la SA, dont le nombre de membres a rapidement augmenté depuis le début des années 1930. À son instigation, Hermann Göring, alors ministre de l'Intérieur pour la Prusse, ôte à la SA son rôle de police auxiliaire en Prusse dans le courant de l'été 1933, puis fait fermer les camps de concentration « sauvages » et transfère le contrôle du camp de concentration de Dachau à la SS en octobre[24].

L'attitude de Hitler n'empêche pas Ernst Röhm d'appeler à une poursuite de la Révolution allemande et d'exiger que les autres responsables nazis lancent des réformes sociales radicales. En juin 1933, il déclare dans un discours : « Le moment est venu pour la révolution nationale de venir à son terme et de devenir une révolution nationale-socialiste. [...] Il y a encore des hommes occupant aujourd'hui des positions officielles qui n'ont pas la moindre idée de l'esprit de la révolution. Nous nous débarrasserons d'eux sans pitié s'ils osent mettre en pratique leurs idées réactionnaires »[25]. Il n'est pas le seul à vouloir « poursuivre la révolution » : le 9 mai 1933, le président de Haute-Silésie attaque vivement les gros industriels « dont la vie est une perpétuelle provocation »[26] ; à Berlin, un représentant de la Fédération ouvrière nazie déclare que « le capitalisme s'arroge le droit exclusif de pouvoir donner du travail à des conditions qu'il fixe lui-même. Cette domination est immorale et il faut la briser »[26] ; en juillet 1933, Wilhelm Kube, chef de groupe nazi au parlement de Prusse, affirme que « le gouvernement national-socialiste doit obliger les grands propriétaires fonciers à morceler leurs terres et à en mettre la plus grande partie à la disposition des paysans »[26]. La mise à l'écart de Gregor Strasser en 1932 n'a donc pas mis fin à la « tendance sociale » au sein du parti nazi.

Conflit entre l'armée et la SA[modifier | modifier le code]

Article connexe : Reichswehr.
Le général Werner von Blomberg en 1934.

Si sa nomination, en décembre 1933, comme ministre sans portefeuille, en même temps que Rudolf Hess[24]constitue une promotion, elle ne tempère pas les ardeurs de Röhm : il ne se contente plus de diriger la SA et insiste auprès d'Hitler pour qu'il le nomme ministre de la Défense, position détenue par le général Werner von Blomberg, proche des nazis[27]. Surnommé le « lion en caoutchouc » par certains de ses détracteurs[28], Blomberg n'est pas membre du parti nazi, mais il représente un pont entre l'armée et celui-ci.

« La raison pour laquelle la révolution n'a pas touché la Reichswehr doit être uniquement recherchée dans le fait que nous étions apolitiques. [...] Maintenant, c'en est fini de cette attitude apolitique et il ne reste plus qu'une chose : servir le mouvement national avec un total dévouement. »

— Discours de Blomberg lors d'une réunion d'officiers, le 1er juin 1933[29].

Provenant essentiellement de la noblesse prussienne, Blomberg et de nombreux officiers considèrent la SA comme une foule plébéienne qui met en danger la position de l'armée comme dépositaire unique de la puissance militaire allemande[30].

« Je suis intimement convaincu qu'un conflit sanglant est inévitable et peut être nécessaire entre l'armée allemande et la SA ! Ce qui ne pourra être imposé à cette dernière par la seule persuasion devra l'être sans doute par la force. »

— Déclaration d'un officier allemand à l'attaché militaire de l'ambassade de France à Berlin[31].

Si l'armée régulière montre du mépris pour les membres de la SA, beaucoup de chemises brunes considèrent que l'armée est insuffisamment engagée dans la révolution nationale-socialiste. Un chef SA de Rummelsburg déclare lors d'une réunion : « Certains des dirigeants de l'armée sont des porcs. La plupart des officiers sont trop vieux et doivent être remplacés par de plus jeunes. Nous voulons attendre jusqu'à ce que « papa » Hindenburg soit mort, et alors la SA marchera contre l'armée »[6].

Malgré ces conflits, Blomberg et d'autres responsables militaires voient en la SA un vivier de recrues pour une armée agrandie et revitalisée. Pour Röhm, par contre, c'est la SA qui doit devenir le noyau de la nouvelle armée du Reich. Les effectifs de la Reichswehr étant limités à 100 000 hommes par le traité de Versailles, les chefs de l'armée observent avec inquiétude la progression du nombre de membres de la SA, qui atteint 4,5 millions d'hommes en juin 1934[32], [N 3]. En janvier 1934, Röhm adresse à Blomberg un mémoire selon lequel la défense nationale doit être assurée par la SA, le rôle de la Reichswehr se limitant à l'instruction militaire[33].

Face à cette exigence, Hitler rencontre Blomberg, les responsables de la SA et ceux de la SS, le 28 février 1934[34]. Sous la pression de Hitler, Röhm signe à contrecœur un pacte confirmant que la Reichswehr est bien la seule organisation armée officielle du Troisième Reich et n'accordant à la SA que le monopole de la formation pré et postmilitaire[33].

Après le départ de Hitler, des dirigeants de l'armée et de la SS, Röhm donne libre cours à sa colère, déclarant notamment que « Ce que dit le prétendu Führer ne compte pas pour nous. […] Hitler est un traître, il faut qu'on lui fasse prendre des vacances, [et] si les choses ne peuvent se faire avec Hitler, qu'à cela ne tienne, nous les ferons sans lui »[33]. Il confirme ainsi ses déclarations faites sans aucune discrétion, au cours de plusieurs déjeuners lors de ses séjours à Berlin.

« Adolf est ignoble, il nous trahit tous. Il ne fréquente plus que des réactionnaires et prend pour confidents ces généraux de Prusse-Orientale ! Adolf a été à mon école. C'est de moi qu'il tient tout ce qu'il sait des questions militaires. Mais Adolf est et reste un civil, un barbouilleur, un rêveur. »

— Ernst Röhm[35].

Les propos séditieux tenus par Röhm le 28 février 1934 sont rapportés à Rudolf Hess par l'Obergruppenführer SA, Viktor Lutze. Hess fait à son tour un rapport à Hitler dont le seul commentaire est qu'il faut laisser mûrir l'affaire[33], [N 4]. Lutze dénonce ensuite l'attitude de Röhm au général Walter von Reichenau, qui entretient des contacts étroits avec Reinhard Heydrich. Ce dernier convainc son supérieur, Heinrich Himmler, qu'une action contre la SA est inévitable[33].

Cristallisation du conflit[modifier | modifier le code]

Exigences de la SA[modifier | modifier le code]

Membres de la SA à l'entraînement en 1932.

En dépit de son accord avec Hitler, Röhm s'accroche toujours à sa vision d'une nouvelle armée allemande avec la Sturmabteilung comme noyau. Au printemps 1934, cette vision s'oppose directement aux projets de Hitler, qui entend consolider et augmenter la puissance de la Reichswehr[36]. Parmi les vétérans du mouvement nazi, les Altkämpfer, seul Röhm continue à faire preuve d'indépendance et ose s'opposer à Hitler. Son mépris pour la bureaucratie du parti irrite Hess et la violence des membres de la SA en Prusse préoccupe gravement Göring qui dirige la région[37]. De plus, les prises de position publiques de Röhm deviennent de plus en plus menaçantes.

Face à cette situation, Hermann Göring, ministre-président de Prusse et président du Reichstag, noue une alliance d'opportunité avec son rival pour le contrôle de la Gestapo, le Reichsführer-SS Heinrich Himmler, qui associe au projet son adjoint le plus proche, Reinhard Heydrich, dirigeant du Sicherheitsdienst ; il prend également contact avec le ministre de la Défense Blomberg : ensemble, ces hommes veulent persuader Hitler qu'il est indispensable de se débarrasser de Röhm[38].

Le 18 avril 1934, Röhm déclare à des représentants de la presse étrangère que « la révolution que nous avons faite n'est pas une révolution nationaliste, mais une révolution nationale-socialiste. Nous tenons même à souligner ce dernier mot : socialiste »[39]. Il poursuit : « le combat de ces longues années jusqu'à la Révolution allemande, l'étape du parcours que nous franchissons en ce moment nous a enseigné la vigilance. Une longue expérience et souvent une expérience fort amère, nous a appris à reconnaître les ennemis déclarés et les ennemis secrets de la nouvelle Allemagne sous tous les masques » puis s'écrie « Réactionnaires, conformistes, bourgeois... Nous avons envie de vomir lorsque nous pensons à eux »[40]. Fin mai, son adjoint direct, Edmund Heines, se prononce dans le même sens : « Nous avons assumé le devoir de rester révolutionnaires. Nous ne sommes qu'au commencement. Nous ne nous reposerons que lorsque la Révolution allemande sera achevée »[39].

Afin d'apaiser les tensions, Hitler interdit fin mai à la SA d'effectuer des exercices militaires, puis, début juin, ordonne à la SA de prendre un mois de congé[41]. Si Röhm accepte cette démobilisation temporaire, il demeure menaçant.

« Afin de tordre le cou dès à présent à toutes les fausses interprétations qui pourraient en résulter, le chef d'état-major précise qu'après avoir recouvré la santé, il reprendra ses fonctions avec toutes leurs attributions. Si les ennemis de la SA se bercent de l'espoir que la SA ne réintégrerait pas ses fonctions après sa permission, ou ne le ferait que partiellement, nous voulons bien les laisser profiter brièvement de ce plaisir. Ils recevront, au moment venu et sous la forme qui paraîtra nécessaire, la réponse appropriée. La SA est et reste le destin de l'Allemagne. »

— Ernst Röhm, juin 1934[42].

Comme en écho, lors d'un discours à la radio le 25 juin, Rudolf Hess adopte un ton menaçant : « Malheur à qui rompt son serment en croyant servir la révolution par la rébellion »[43].

Ultimatum de Von Papen[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Discours de Marbourg.

Le début de désamorçage de la crise n'arrange pas les milieux conservateurs qui craignent qu'aucune action ne soit entreprise contre la SA[41].

Le 17 juin 1934, le vice-chancelier Franz von Papen, proche de Paul von Hindenburg, fait monter les enchères en prononçant à l'université de Marbourg un discours « téméraire et provoquant »[41] : il mentionne expressément la menace d'une « seconde révolution »[44] et stigmatise « tout ce qui se dissimule d'égoïsme, de prétention sous le manteau de la révolution allemande […] la confusion entre brutalité et virilité […] les méthodes terroristes dans le domaine de la justice »[45]. Il dénonce également un « culte de la personnalité mensonger »[46] et poursuit : « ce n'est pas la propagande qui fait les grands hommes, ce sont leurs actions. Aucune nation ne peut vivre dans un état de révolution continue. […] L'Allemagne ne saurait vivre dans un état de troubles perpétuels, dont nul ne voit la fin »[46]. Accueilli par un tonnerre d'applaudissements[46], ce discours, rédigé par un jeune avocat, Edgar Julius Jung[N 5], jette « une bombe sur la place publique»[47]. Le ministre de la Propagande Joseph Goebbels essaie immédiatement de faire interdire sa reproduction dans la presse, sans pouvoir empêcher la publication d'extraits dans le Frankfurter Zeitung[46]. En privé, von Papen, aristocrate catholique lié à l'armée et à l'industrie, menace de démissionner si Hitler n'agit pas[44]. Si une démission de von Papen ne constituait pas une réelle menace pour la position de Hitler, elle aurait rendu publique la division entre les conservateurs et le parti nazi.

En réponse à la pression conservatrice pour juguler Röhm, Hitler se rend à Neudeck pour rencontrer Hindenburg. Blomberg, qui avait déjà rencontré le président, fustige Hitler pour ne pas s'être opposé plus tôt à Röhm. Il affirme à Hitler que Hindenburg est disposé à déclarer la loi martiale et à confier le gouvernement à la Reichswehr si Hitler ne prend pas des mesures immédiates contre Röhm et ses chemises brunes[48].

Attentisme de Hitler[modifier | modifier le code]

Hitler prend des mesures pour limiter le rôle de la SA : le 20 avril 1934, sur son ordre, Göring confie le commandement de la police politique prussienne à Himmler, qu'il pense capable de contrer Röhm[49]. Mais Hitler hésite toujours à s'opposer frontalement à Röhm, le seul compagnon qu'il tutoie[50] et auquel il est lié par une longue amitié[51], comme en témoigne la lettre qu'il lui adresse le 31 décembre 1933 : « Lorsque je t'ai appelé à ton poste actuel, mon cher chef d'état-major, la SA traversait une crise sérieuse. C'est en tout premier lieu à tes services que cet instrument politique doit d'être devenu en quelques années la puissance qui m'a permis de livrer l'ultime combat pour le pouvoir. […] Je me dois de te remercier mon cher Ernst Röhm, pour les inestimables services que tu as rendus au national-socialisme et au peuple allemand. Sache que je rends grâce à la Destinée de pouvoir donner à un homme tel que toi le nom d'ami et de frère d'armes »[52].

De plus, Röhm contrôle toujours la SA, forte de deux millions de membres[N 6], soit vingt fois plus que les effectifs de l'armée[25]. La menace d'une proclamation de la loi martiale par Hindenburg, seule personne en Allemagne ayant assez d'autorité pour déposer le régime nazi, met Hitler sous pression et limite la possibilité de trouver un compromis[53]. Cependant, Hitler hésite encore malgré les plaintes de plus en plus nombreuses concernant « l'arrogance brutale et les violences perturbatrices des SA ivres de pouvoir [qui] offensaient profondément le sens de l'ordre public et de la moralité qu'avaient les Allemands de la classe moyenne »[54].

Lors d'une interview avec le journaliste américain Louis P. Lochner, évoquant son entourage et la personnalité de Röhm, Hitler déclare que « il est vrai que je ne suis pas entouré de zéros, mais de vrais hommes. Les zéros sont ronds, ils roulent au loin quand les choses vont mal. Les hommes que j'ai autour de moi ont des angles et ils sont droits. Ce sont tous des personnalités, ils sont tous pleins d'ambition… Mais jamais aucun homme de mon entourage n'a essayé de m'imposer sa volonté. Au contraire, ils se conforment entièrement à mes vœux »[55].

Fin des doutes et préparation de la purge[modifier | modifier le code]

Après le discours de Marbourg et l'entrevue avec Hindenburg et Blomberg à Neudeck, Hitler met fin à ses tergiversations et prend la décision de détruire le pouvoir de Röhm, mais aussi de frapper les milieux conservateurs[56]. Himmler et Göring accueillent cette nouvelle attitude avec satisfaction, espérant pour le premier débarrasser la SS de la tutelle de la SA et assurer son indépendance, et pour le second, la mise à l'écart d'un rival pour le commandement de l'armée[N 7].

Depuis avril 1934, les renseignements recueillis par le Forschungsamt (le service d'écoute téléphonique d'Hermann Göring), qui épie les conversations des dirigeants de la SA, par la Gestapo et par le Sicherheitsdienst (SD), mêlant des propos réels et des inventions complètes, sont transmis à Hitler afin de le convaincre d'agir[57]. En vue du déclenchement de la purge, Göring, Himmler et Reinhard Heydrich fabriquent un dossier de fausses preuves prétendant que Röhm s'est allié avec Schleicher et Strasser, qu'il est soutenu par la France, allant même jusqu'à dresser une liste imaginaire d'un gouvernement provisoire, où figure notamment le prince August-Wilhelm Hohenzollern[58]. Ce dossier est révélé aux principaux dirigeants du régime le 24 juin et Himmler, selon le témoignage de Wilhelm Frick au procès de Nuremberg, réussit à convaincre Hitler de la réalité du projet de putsch et de la nécessité de l'étouffer[53].

Tout en préparant l'épuration de la SA et en dressant la liste de ses responsables à éliminer, sous l'impulsion de Heydrich, le SD, la SS et la Gestapo élargissent la liste des futures victimes sans lien avec la SA[59]. Les listes circulent entre la Gestapo et les services de Göring, qui en retirent Rudolf Diels[60]. L'un des rédacteurs de ces listes de proscription tient les propos suivants : « Vous savez ce que c'est d'être ivre de sang ? J'ai l'impression d'avoir le droit de patauger dans le sang »[42]. D'après Karl von Eberstein, proche de Heydrich, la liste des victimes envoyée de Berlin au SD de Dresde est signée par Heydrich[réf. nécessaire].

Le 27 juin, Hitler obtient la coopération de l'armée[61] : Blomberg et le général Walter von Reichenau, l'intermédiaire entre l'armée et le parti, font expulser Röhm de la ligue des officiers allemands et placent l'armée en état d'alerte[62]. Le même jour, Sepp Dietrich se fait délivrer par Reichenau des armes et des moyens de transport à destination de l'Allemagne du Sud, pour 700 hommes de la Leibstandarte[63] en vue « d'une mission très importante confiée à ses soins par le Führer »[64].

Les généraux Ewald von Kleist et Gotthard Heinrici, qui ont mené leur propre enquête sur la réalité du projet de coup d'État et qui sont convaincus de l'inexistence de celui-ci, prennent contact avec le général von Fritsch, récemment promu au haut-commandement de l'armée. Lors d'une entrevue avec von Reichenau, von Fritsch et von Kleist reçoivent comme toute réponse : « C'est bien possible, mais de toute façon, il est trop tard »[65].

Le 28 juin, Hitler se rend, en compagnie de Göring au mariage du gauleiter Josef Terboven, à Essen en Westphalie, pour des raisons qui restent controversées[N 8]. Il y retrouve notamment Viktor Lutze, qui a le sentiment « que certaines gens avaient intérêt à profiter de l'absence de Hitler pour accélérer le train de l'affaire et parvenir à une conclusion rapide »[66]. Hitler quitte la noce assez tôt et rejoint son hôtel d'où il s'entretient par téléphone avec l'adjudant-major de Röhm à Bad Wiessee et demande aux dirigeants de la SA de venir le rencontrer le 30 juin[67]. Il est décidé à passer à l'action[N 9], et renvoie Göring à Berlin pour y coordonner la purge en Prusse et dans d'autres régions[68].

Le 29 juin, en début d'après-midi, Hitler arrive à l'hôtel Dreesen, à Bad Godesberg, officiellement dans le cadre de ses visites d'inspection aux camps du service allemand du travail[69]. Ce même jour, il est assuré du soutien total de l'armée : fait sans précédent, le Völkischer Beobachter publie un article signé par Werner von Blomberg dans lequel celui-ci écrit notamment que « l'armée est derrière Adolf Hilter [...] qui est toujours l'un d'entre nous »[70].

Passage à l'acte[modifier | modifier le code]

Purge de la SA et assassinat de Röhm[modifier | modifier le code]

Déclenchement de l'opération[modifier | modifier le code]

Le 29 juin, Göring met en alerte la Leibstandarte et la Landspolizeigruppe General Göring, troupe de police lourdement armée ; il donne également des instructions de mobilisation des commandos de tueurs à Reinhard Heydrich et Heinrich Müller ; Sepp Dietrich et ses hommes s'envolent pour Munich[71]. À son arrivée dans la capitale bavaroise, vers minuit, Dietrich téléphone à Hitler qui lui donne l'instruction de marcher sur Bad Wiessee[72]. Peu de temps après, c'est Himmler qui appelle Hitler de Berlin, pour lui annoncer que le putsch de la SA doit se déclencher à 16 heures, sous le commandement du SA Gruppenführer Karl Ernst[72]. Goebbels, qui est aux côtés de Hitler et qui sait qu'Ernst Röhm, loin de préparer un putsch, est prêt à s'embarquer pour Tenerife et Madère en voyage de noces, ne dément pas l'information[72]. Le 30 juin 1934, à deux heures du matin, Hitler et son entourage prennent l'avion pour Munich à l'aéroport de Bonn-Hangelar[73]. De l'aéroport de Munich, ils se rendent au ministère de l'Intérieur de Bavière, où sont rassemblés les responsables d'une émeute de la SA qui a eu lieu dans des rues de ville la nuit précédente. L'incident a manifestement été amplifié et exploité : si des slogans hostiles au Führer et à la Reichswehr ont effectivement été lancés, des officiers de la SA ont exhorté leurs hommes à retrouver leur calme : « Rentrez tranquillement chez vous et attendez la décision du Führer. Quoi qu'il arrive, qu'Adolf Hitler nous congédie, qu'il nous autorise à porter cet uniforme ou qu'il nous l'interdise, nous restons avec lui, derrière lui »[74]. « Dans un état de colère indescriptible », Hitler arrache les épaulettes de Obergruppenführer-SA de la vareuse de Schneidhuber, chef de la police de Munich[75], le menace d'être exécuté et le fait immédiatement incarcérer à la prison de Stadelheim à Munich. Pendant que les chemises brunes sont transférées en prison, Hitler rassemble un groupe de membres de la SS et de l’Ordnungspolizei puis se dirige vers l'hôtel Hanselbauer à Bad Wiessee, où se trouvent Ernst Röhm et ses hommes[76].

Le lac de Tergernsee qui borde Bad Wiessee.

Sans attendre les troupes de Dietrich[77], à 6 h 30, Hitler arrive à la pension Hanselbauer à Bad Wiessee. Pistolet au poing, il entre en trombe dans la chambre de Röhm, le qualifie de traître et le déclare en état d'arrestation[77]. Hitler, le pistolet toujours au poing, poursuit sa course et cogne contre la porte d'une chambre voisine[78],[79] : il y découvre le chef de la SA de Breslau, Edmund Heines, qui a manifestement passé la nuit avec un jeune membre de la SA[75]. Pendant que les deux hommes sont arrêtés, Hitler frappe déjà à d'autres portes[78].

Les dirigeants de la SA sont enfermés dans la cave de l'hôtel en attendant l'arrivée de l'autobus qui doit les conduire à la prison de Stadelheim[77]. Un incident est évité de justesse lorsque Hitler, sortant de l'hôtel, se retrouve face à la garde de l'état-major de Röhm, fortement armée, à qui il ordonne de regagner Munich sur le champ[78]. Pendant ce temps, les SS arrêtent un certain nombre de chefs de la SA, au moment où ils descendent du train en gare de Munich pour rejoindre Röhm[80] ou lorsque la voiture qui les conduit à Bad Wiessee croise le convoi qui emmène les prisonniers vers Stadelheim[81].

Rentrant vers midi au quartier-général du parti nazi à Munich, la « maison brune », Hitler s'adresse aux cinquante à soixante responsables de la SA qui y sont rassemblés[82]. « Fou de rage et l'écume à la bouche »[77], il dénonce « la plus grosse trahison dans l'histoire du monde »[77]. Dans son discours d'une heure, Hitler fustige le comportement de Röhm, notamment son train de vie fastueux, insiste sur la nécessité de délimiter avec précision le rôle et les missions de la Reichswehr et de la SA, tout en renouvelant sa confiance à celle-ci et termine en dénonçant le complot de Röhm qui avait pour but de l'assassiner et de livrer l'Allemagne à ses ennemis[82].

Dans l'après-midi, alors que les assassinats de Herbert von Bose, Erich Klausener et Kurt von Schleicher ont déjà été commis, Hitler convoque une réunion, toujours à la « maison brune » pour décider du sort de la trentaine de chefs de la SA emprisonnés à Stadelheim : y participent notamment Rudolf Hess, Martin Bormann, Joseph Goebbels, Max Amann, responsable de la presse du parti, et d'autres personnalités de second rang[83]. Après des débats animés, Hitler coche six noms de personnes à exécuter sur la liste des détenus : August Schneidhuber, Obergruppenführer SA et préfet de police de Munich, Wilhem Schmid, Gruppenführer SA à Munich, Peter von Heydebreck, Gruppenführer SA à Stettin, Hans Hayn, Gruppenführer SA à Dresde, le comte Hans Erwin von Spreti-Weilbach, Standartenführer SA à Munich et Edmund Heines, SA-Obergruppenführer[84]. Par contre, dans un premier temps, Hitler refuse l'exécution de Hans-Karl Koch, Fritz von Krausser, SA-Obergruppenführer et de Röhm[83]. Hess, présent dans l'assemblée, se porte volontaire pour exécuter les traîtres lui-même[80]. Goebbels, qui a accompagné Hitler à Bad Wiessee, déclenche la phase finale du plan : il téléphone à Göring, donnant le mot de code « Colibri » pour déclencher l'action des escouades de tueurs dans le reste de l'Allemagne[85].

« Accomplir son devoir et aligner au mur les camarades qui avaient fauté et les fusiller […] chacun en frémissait, et, pourtant, chacun savait avec certitude qu'il le referait la prochaine fois qu'on lui ordonnerait et quand ce serait nécessaire. »

— Heinrich Himmler, 1943[86].

Les assassinats[modifier | modifier le code]

En fin d'après-midi, vers 18 h, lorsque Dietrich[N 10] et ses tueurs se présentent à la prison de Stadelheim, son directeur proteste en estimant qu'un simple coup de crayon rouge sur une liste de noms ne lui paraît pas « très réglementaire » comme ordre d'exécution[87]. Il tente de prendre contact avec le ministère de l'Intérieur de Bavière, puis il est appelé par le ministre de l'Intérieur du Reich, Wilhelm Frick, tenu à l'écart des événements et qui lui annonce qu'il vient sur le champ[88]. Dietrich, quant à lui, ne veut pas attendre l'arrivée de Frick pour procéder aux exécutions ; il retourne à la « maison brune » quasi déserte, où il obtient confirmation de la liste des personnes à exécuter en faisant signer celle-ci par le ministre de l'Intérieur de Bavière, Adolf Wagner[88]. Pendant ce temps, Frick, arrivé sur place, a également obtenu confirmation de l'ordre du Führer au cours d'un entretien téléphonique avec Hess[88].

Les prisonniers sont amenés dans la cour de la prison et fusillés individuellement par un peloton d'exécution sous les ordres de Sepp Dietrich, qui ne commande personnellement que les deux premières exécutions[89]. Schneidhuber supplie Dietrich en vain, s'écriant « Camarade Sepp, qu'est-ce qui se passe ? Nous sommes innocents ! »[90]. Pour Jean Phillipon, après des protestations à l'annonce de la décision du Führer, les condamnés meurent en s'écriant « Je meurs pour l'Allemagne : Heil Hitler! »[88].

Des exécutions ont également lieu à Berlin, dont celles de Karl Ernst, chef de la SA de Berlin-Brandebourg, arrêté à Brême la veille de son embarquement pour une croisière dans l'Atlantique Sud[91], qui crie au peloton : « Visez juste, camarades ! »[92]. En Silésie, le chef SS Udo von Woyrsch[N 11] perd le contrôle de ses hommes[93] : ceux-ci traquent Werner Engels, SA-Sturmbannführer et responsable de la police de Breslau dans les bois et l'abattent ; un des membres du commando tue un ancien SS-Stabsführer, exclu pour malversations financières et dont l'exécution est maladroitement maquillée en un crime commis par des rodeurs[94]. L'action de la SS en Silésie est particulièrement violente et outrepasse les ordres d'Himmler : quatorze membres de la SA sont exécutés, dont sept sont fusillés un par un dans les bois d'Obernigk à la lueur des phares des véhicules ; huit civils, dont un médecin juif et trois communistes, sont assassinés ; des centaines d'opposants au régime ou tièdes à son égard sont emprisonnés ou passés à tabac[94]. La répression sévit aussi en Poméranie : le SA-Gruppenführer Peter von Heydebreck et son chef d'état-major sont passés par les armes, tous les SA-Brigadeführer sont destitués, les responsables locaux du Stahlhelm sont emprisonnés et parfois torturés ; trois anciens membres de la SS, condamnés pour leurs exactions dans le camp de concentration de Bredow, près de Stettin, sont également assassinés[95].

La mort de Röhm[modifier | modifier le code]

Röhm est emprisonné à la prison de Stadelheim à Munich, où il manifeste le plus grand calme, même après avoir entendu les salves du peloton d'exécution : il participe à la promenade des prisonniers et demande qu'on lui apporte des effets personnels. Hitler hésite toujours sur le sort à lui réserver, notamment compte tenu des services rendus par Röhm au mouvement nazi. Il ne peut pas être retenu en détention indéfiniment, ni exilé en raison de son réseau d'influence et de l'importance de sa position ; un procès public n'est pas envisageable pour Hitler, notamment à la suite de l'échec des poursuites judiciaires après l'incendie du Reichstag[96]. De nombreux dignitaires nazis, parmi lesquels Rudolf Hess, Alfred Rosenberg et Max Amann, les inventeurs du complot imaginaire de Röhm, Göring, qui a déjà annoncé l'exécution de Röhm lors de sa conférence du 30 juin, Himmler, Heydrich et von Reichenau font pression sur le Führer : en conclusion d'un débat hystérique, Hitler revient, dans l'après-midi du 1er juillet, sur la grâce accordée la veille mais exige que l'on offre à Röhm la possibilité d'éviter le déshonneur en se suicidant[97].

L'ordre de Hitler passe le 2 juillet par toute la ligne hiérarchique de la SS : Himmler, Heydrich et Karl Oberg pour aboutir chez le SS-Oberabschnittsführer de Munich qui désigne les bourreaux, Theodor Eicke, commandant du camp de concentration de Dachau, et Michel Lippert, commandant de la garde du camp[97]. Le directeur de la prison de Stadelheim fait à nouveau des difficultés : il contacte le ministre de la Justice de Bavière, Hans Frank, qui lui donne comme seul conseil de rédiger un rapport détaillé[97]. Les tueurs rendent visite à Röhm dans sa cellule. Ils lui remettent un pistolet chargé et la dernière édition du Völkischer Beobachter et lui expliquent qu'il a dix minutes pour se suicider, pour éviter une exécution. Röhm refuse et déclare que « si je dois être tué, laissez Adolf le faire lui-même »[75]. Après le temps imparti, les tueurs reviennent dans la cellule de Röhm où ils le trouvent « debout, torse nu, leur faisant face : il voulait par ce geste spectaculaire souligner sa loyauté et son honneur »[98]. Les derniers mots de Röhm sont « Mon Führer, mon Führer », auxquels Eicke répond par « Il fallait songer à tout cela un peu avant, maintenant il est un peu tard »[99]. Eicke et Lippert l'assassinent à bout portant. La brièveté du délai laissé à Röhm risquant de heurter Hitler, on raconte à celui-ci que Röhm a été abattu lors d'une tentative d'évasion[97].

La mort de Röhm est suivie d'une nouvelle série d'exécutions à Berlin : l'Obergruppenführer SA Hans-Joachim von Falkenhausen, le Gruppenführer Georg von Detten, Ritter von Krausser, précédemment gracié par Hitler[100]. La dernière victime désignée, le Gruppenführer SA Karl Schreyer, est embarquée dans une voiture pour être fusillée à la prison de Lichtervelde, à 4 heures du matin, le 2 juillet[100] : il est sauvé par l'arrivée d'un Standartenführer de la Leibstandarte qui transmet l'ordre d'Hitler d'arrêter les exécutions[100].

Règlements de compte[modifier | modifier le code]

L'opération ne se limite pas à une purge de la SA. Après avoir, dès la prise du pouvoir, fait emprisonner, exiler ou exécuter les sociaux-démocrates et les communistes, Hitler profite de l'occasion pour s'occuper des conservateurs qu'il considère comme non-fiables[N 12]. Cette « épuration » vise notamment le vice-chancelier von Papen et son entourage. À Berlin, les assassinats sont perpétrés à la fois par des membres de la Landespolizei de Prusse dépendante de Göring, et par la Gestapo et la SS sous l'autorité de Himmler, au prix de certaines confusions[101], [N 13].

Une unité armée de la SS boucle la vice-chancellerie, pendant qu'en présence de Himmler, Göring, dans son bureau, informe von Papen de l'opération en cours, sans toutefois lui donner de détails[102]. Alors que Herbert von Bose, le secrétaire de von Papen, reçoit un visiteur[102], les tueurs, « deux messieurs très corrects »[103], lui demandent d'interrompre l'entretien, sous prétexte d'une communication urgente. En quittant son bureau, von Bose remet son portefeuille et sa chevalière portant ses armoiries à deux de ses collaborateurs[102]. Il est emmené dans un bureau au fond du bâtiment, d'où l'on entend claquer dix coups de feu suivis d'un onzième[102]. Arrivé sur les lieux, von Papen proteste en vain : il ne peut empêcher l'arrestation du collaborateur qui l'accompagne, Fritz Günther von Tschirschky, et il est reconduit en résidence surveillée à son domicile[102].

Timbre à l'effigie d'Erich Klausener sorti en 1984, à l'occasion du cinquantième anniversaire de sa mort.

C'est sur l'insistance personnelle de Heydrich qu'est assassiné Erich Klausener[104], chef de l'Action catholique, adversaire résolu des nazis et figure de proue de l'opposition catholique au nazisme, qui n'hésite pas à les dénoncer publiquement à plusieurs reprises. Pour Göring, « ce fut une action vraiment sauvage de Heydrich »[104]. Kurt Gildisch[N 14], chargé de l'assassinat, abat Klausener par derrière, d'une balle dans la tête, pendant que celui-ci enfile sa veste[104]. Il téléphone ensuite, du bureau de la victime au ministère, à Heydrich, qui lui ordonne de maquiller le crime en suicide[104]. Parmi les personnalités catholiques, se trouve aussi au nombre des victimes Kuno Kamphausen[105], ancien membre du Zentrum ou Adalbert Probst[106], responsable d'une association catholique de jeunesse.

Le général de brigade Ferdinand von Bredow, bras droit de Kurt von Schleicher[107], est arrêté en son domicile de Berlin et tué par un commando de la Gestapo près de Lichtenberg. Le journaliste Walter Schotte, collaborateur de von Papen qui s'était opposé aux nazis lors des élections du 6 novembre 1932, est assassiné par la Gestapo à h 30 du matin[108].

Hitler, Göring, Himmler et Heydrich utilisent la Gestapo et la SS contre leurs anciens ennemis. Schleicher, prédécesseur de Hitler comme chancelier, et son épouse sont assassinés chez eux. Six hommes investissent la villa de von Schleicher le 30 juin vers midi ; le général est assis à son bureau. Lorsqu'il confirme son identité en réponse à la question d'un des tueurs, il est immédiatement atteint de trois coups de pistolet ; lorsque son épouse entre dans la pièce voisine, elle est également abattue et meurt le jour même à l'hôpital[109]. Afin de couper court aux rumeurs, la radio diffuse un communiqué vers 22 h, repris le lendemain par la presse, selon lequel von Schleicher entretenait des rapports subversifs avec les éléments de la SA hostiles à l'État et avec des puissances étrangères ; il s'est opposé, les armes à la main à son arrestation, et est mort, ainsi que son épouse, lors d'un échange de coups de feu avec la police[110].

Parmi les autres victimes, on compte Gregor Strasser, nazi de longue date qui a rompu avec Hitler en 1932 et s'est retiré de la politique : abattu d'une balle dans la tête, il agonise dans une cellule pendant que Heydrich hurle : « Il n'est pas encore mort ? Laissez ce porc se vider de son sang »[109]. Hitler est furieux lorsqu'il apprend la mort de Strasser, qu'il n'a pas ordonnée, mais Himmler lui affirme qu'il s'agit d'un suicide[111]. Gustav von Kahr, ancien commissaire de l'État de Bavière qui a contribué à faire échouer le putsch de la brasserie en 1923, âgé de 71 ans, fait aussi partie des victimes[112]. Le sort de von Kahr est particulièrement cruel. Torturé à Dachau où il est fusillé[93], son corps est retrouvé dans un bois de la périphérie de Munich mutilé à coups de pioche[113]. Le prêtre et théologien Bernhard Stempfle, éditeur du journal antisémite Miesbacher Anzeige et contributeur supposé à la rédaction de Mein Kampf, meurt de trois balles dans le cœur et la colonne vertébrale brisée[113]. En Prusse-Orientale, le SS Oberabschnittsführer Erich von dem Bach-Zelewski fait assassiner Anton von Hohberg und Buchwald, cavalier renommé et SS-Reiteführer, pour des raisons controversées : selon Philippon, c'est sur l'ordre d'Heydrich, von Hohberg und Buchwald ayant rapporté au ministre de la Défense Blomberg des propos hostiles à la Reichswehr tenus par un SS-Gruppenführer[95] ; pour Knopp, c'est en raison d'un conflit d'ordre privé[93].

Les assassins font aussi des victimes accidentelles, comme Willi Schmid, un critique musical du Münchner Neuste Nachrichten confondu avec un homonyme[114],[N 15]. Malgré les protestations de son épouse qui affirme qu'il s'agit manifestement d'une erreur, Schmid est emmené à Dachau : le 4 juillet, sa veuve reçoit un cercueil contenant officiellement la dépouille de son mari, avec interdiction formelle de l'ouvrir[115]. Le chef de la Hitlerjugend de Saxe, Karl Lämmermann, est également exécuté par erreur[111].

Principales personnalités tuées[modifier | modifier le code]

Nombre des victimes[modifier | modifier le code]

Adolf Hitler et Hermann Göring en juin 1934.

Les assassinats étant à la fois commis sur ordre des plus hauts responsables du parti nazi et de la SS mais aussi sur base d'intitiatives locales, le bilan exact de la nuit des Longs Couteaux est difficile à établir, d'autant plus que le 2 juillet 1934, Hermann Göring a fait détruire tous les dossiers liés à la purge. Dans son discours du 13 juillet devant le Reichstag, Hitler mentionne le nombre de 77 tués alors que les opposants allemands réfugiés à Paris estiment le nombre des morts à 401 personnes, mais n'en identifient que 116[116]. Lors du procès de Munich en 1957, le chiffre avancé est de plus de 1 000 victimes[116]. Selon Ian Kershaw, une liste de 81 victimes identifiées, dont seulement 50 membres de la SA, a pu être établie, mais le nombre des tués se situe vraisemblablement entre 150 et 200 personnes[117].

Outre les assassinats, de très nombreuses personnes sont internées en camp de concentration : plus de 1 000 opposants ou supposés tels sont arrêtés à Berlin sur l'ordre de Göring[118]. « Ils furent, à deux exceptions près, rapidement mis en liberté. Leur libération a été le fruit d'un calcul politique. La nuit des Longs Couteaux avait montré, à tous, que personne n'était à l'abri des arrêts discrétionnaires du nouveau pouvoir. Quelques notables avaient été assassinés, une centaine jetée en prison : les y garder avait plus d'inconvénients que d'avantages. La leçon avait porté »[119].

Justification par les nazis[modifier | modifier le code]

L'ampleur de la purge dont des responsables politiques de premier plan sont les victimes l'empêche de rester secrète. Dans les premiers jours, ses organisateurs semblent partagés sur la façon de manipuler l'événement. Le 30 juin dans l'après-midi, Hermann Göring organise une conférence de presse à Berlin, au cours de laquelle il déclare notamment que « le commandement suprême de la SA avait forgé des plans dont le but était de saper le mouvement, de porter la subversion dans l'État et d'édifier un État qui aurait été en quelque sorte la propriété de ces personnalités morbides » ; en réponse aux questions des journalistes, il affirme que von Schleicher est mort en résistant à son arrestation, ajoutant « qu'on ne fait pas d'omelette sans casser les œufs et que la saison de la trahison est terminée » ; il précise également que Röhm n'appartient plus au nombre des vivants, alors qu'à ce moment, il bénéficie toujours de la grâce du Führer[120]. Le 2 juillet, Göring enjoint aux services de la Gestapo, de la SS et de la Kripo de brûler tous les documents relatifs à l'action des deux précédents jours[121] et Goebbels essaie d'empêcher les journaux de publier la liste des victimes. Dans le même temps, il explique à la radio comment Hitler a empêché Röhm et Schleicher de renverser le gouvernement et de jeter le pays dans le chaos[122].

Loi sur les mesures d'autodéfense d'État du 3 juillet 1934.

Selon un communiqué de presse du bureau de presse du Reich, l'homosexualité de Röhm est une des justifications de la purge.

« Ses penchants malheureux et connus ont conduit à des tares si détestables que le chef du mouvement et chef suprême de la SA [Adolf Hitler] a lui-même été amené à des graves problèmes de conscience […] L'exécution de l'arrestation a révélé des images moralement si tristes que toute espèce de pitié a été forcée de disparaître. Certains de ces chefs SA étaient en compagnie de prostitués. L'un d'eux a été surpris et arrêté dans la situation la plus obscène. Le Führer a donc donné l'ordre d'exterminer impitoyablement cette pestilence. Qu'il soit ainsi entendu qu'à l'avenir, on ne supportera plus que des milliers d'hommes sains soient contaminés ou compromis par des êtres isolés aux penchants maladifs. »

— Communiqué du Reichspressestelle[123].

De fait, même si cette accusation vise à jouer pragmatiquement sur l'homophobie populaire afin de justifier la purge[124], la Nuit des Longs Couteaux marque un tournant dans la persécution des homosexuels en Allemagne en vertu notamment de l'application du paragraphe 175 du Code Pénal réprimant les actes homosexuels masculins, avant même l'aggravation de celui-ci en 1935[125]. Les condamnations à ce titre sont multipliées par 5 entre 1934 et 1935[126].

Pour donner un caractère légal au massacre, Hitler fait approuver, dès le 3 juillet, une loi rétroactive aux termes de laquelle « prises pour la défense de l'État, sont légales toutes les mesures qui ont été décidées afin de combattre les faits de haute trahison et de complot contre la sûreté de l'État le 30 juin, le 1er et 2 juillet »[127]. Le ministre de la Justice du Reich Franz Gürtner, un conservateur qui avait été ministre de la Justice de Bavière sous la République de Weimar, démontre sa fidélité au nouveau régime en rédigeant le texte de la loi. Les membres non nazis du gouvernement capitulent totalement quand le conseiller d'État et éminent juriste Carl Schmitt écrit un article justifiant le discours officiel qu'Hitler tient devant le Reichstag le 13 juillet[128].

« Quand on déclare qu'un procès aurait pu seul établir exactement les responsabilités et déterminer les peines, je proteste contre une telle affirmation. Quiconque s'élève contre l'Allemagne est un traître à la patrie. Quiconque est traître à la patrie ne doit pas être jugé d'après l'étendue de ce qu'il a fait mais d'après ce qu'il voulait faire. Celui qui se place sous le signe de la déloyauté, de l'infidélité à ses promesses les plus sacrées ne peut attendre rien d'autre que ce qui lui est arrivé. »

— Discours d'Adolf Hitler du 13 juillet 1934[129].

« Le Führer protège le droit devant le pire des abus lorsque, face au péril, il crée le droit de façon immédiate en vertu de son pouvoir de Führer et de juge suprême. […] Un véritable Führer est toujours également juge. […] En réalité, l'acte accompli par le Führer était un acte de juridiction pure. Cet acte n'était pas soumis à la justice, il était lui-même la justice suprême. »

— Carl Schmitt[130].

Réactions[modifier | modifier le code]

En Allemagne[modifier | modifier le code]

En Allemagne, à la quasi-unanimité, l'armée applaudit la « nuit des Longs Couteaux », malgré la mort de deux de ses généraux, Kurt von Schleicher et Ferdinand von Bredow. Le président Paul von Hindenburg adresse au Führer un télégramme de félicitations : « D'après les rapports que je viens de recevoir, je constate que par votre esprit de décision et votre courage personnel, vous avez étouffé dans l'œuf les intentions des traîtres. Je vous exprime par ce télégramme ma profonde reconnaissance et mes remerciements très sincères »[131] ; dans un ordre du jour à l'armée, von Blomberg va encore plus loin : « Le Führer a attaqué et écrasé les mutins avec la décision d'un soldat et un courage exemplaire. La Wehrmacht, en tant que seule force armée de l'ensemble de la nation, tout en restant à l'écart des luttes de politique intérieure, lui témoignera sa reconnaissance par son dévouement et sa fidélité »[131]. Le général Walter von Reichenau va même jusqu'à donner publiquement du crédit au mensonge selon lequel von Schleicher avait comploté pour renverser le gouvernement. Le soutien de l'armée à la purge a des conséquences importantes. La SA humiliée ne constitue plus une menace, mais, en se ralliant à la purge, l'armée s'est étroitement liée au régime nazi[132]. Le capitaine à la retraite Erwin Planck résume clairement cette situation en déclarant à son ami, le général Werner von Fritsch : « Qui approuve une telle action, comme vous l'avez fait vous-même, sans intervenir, sans tenter d'arrêter le carnage, risque de subir tôt ou tard un sort semblable »[100].

Les rapports de la Gestapo et du Sopade sont concordants : la purge rencontre un très large soutien dans l'opinion publique, même dans des villes ou régions qui ne sont pas acquises au nouveau régime[133]. « Deux traits saillants caractérisaient surtout l'image de Hitler dans les esprits. [...] Il était l'agent d'une justice naturelle [...] et le défenseur de la moralité publique »[134].

La presse allemande, y compris des journaux qui n'ont pas encore été « nazifiés », comme la Kreuz Zeitung ou la Deutsche Allgemeine Zeitung, approuve la purge et reprend à son compte les arguments d'Hitler, à l'exception de la Frankfurter Zeitung, qui met en doute la réalité d'une alliance entre Röhm, von Schleicher et Gregor Strasser[135]. Le discours d'Hitler du 13 juillet 1934 devant les membres du Reichstag est acclamé par les milliers de personnes massées à l'extérieur de l'opéra Kroll, où se tiennent les séances du parlement depuis l'incendie du Reichstag[136].

« À ce moment, j'étais responsable du destin de la nation allemande et donc son juge suprême. [...] J'ai donné l'ordre d'exécuter les principaux coupables de cette trahison. J'ai en outre donné l'ordre de brûler ces abcès qui empoisonnaient nos sources de vie et de cautériser les plaies jusqu'à ce que l'on atteigne la chair vive. La nation doit savoir que son existence ne saurait être impunément menacée par qui que ce soit et que son existence est garantie par l'ordre intérieur et la sécurité. Chacun doit savoir dans l'avenir que, s'il lève la main contre l'État, son seul destin est la mort. »

— Discours d'Adolf Hitler du 13 juillet 1934[137].

Les assassinats ne soulèvent pas de réactions défavorables en Allemagne[138]. Toutefois, à titre symbolique, malgré les ordres formels de von Blomberg, le général Kurt von Hammerstein, démis de ses fonctions de commandant de l'armée de terre depuis le mois de février en raison de son antipathie pour les nazis, est présent aux funérailles de Kurt von Schleicher[139] ; le maréchal August von Mackensen est le seul autre officier supérieur à protester contre les meurtres de Schleicher et de Bredow[140],[N 16]. Des protestations sont également le fait de quelques membres du clergé catholique, notamment dans la région de la Ruhr ou à Münster : dans cette ville, lors de la procession du 10 juillet 1934, l'évêque Clemens August von Galen est ovationné par la foule après avoir affirmé publiquement qu'en cas d'arrestation, « il faudrait le mener, vêtu de tous ses ornements sacerdotaux, la crosse au poing, à pied, à travers la ville, jusqu'aux bureaux de la Gestapo »[141].

À l'étranger[modifier | modifier le code]

La presse étrangère condamne unanimement le crime. Le Times évoque « un retour à des méthodes médiévales », le Sunday Reference estime que « les gangsters de Chicago sont plus honnêtes », le New York Herald Tribune parle de « menace pour la civilisation » et considère le discours du 13 juillet comme « terrifiant parce qu'il est manifestement sincère » ; même la presse de l'Italie fasciste, comme le Popolo di Roma ou le Popolo d'Italia, réprouve la purge[142]. Pour le journal français Le Temps, « ce n'est pas un très beau crime… C'est une affaire de police des mœurs. On y sent la culpabilité, la trahison, l'hypocrisie. Ces cadavres sont exhibés dans la fange et les meurtriers se sont ménagés un alibi. »[143] ; pour Wladimir d'Ormesson dans Le Figaro, « la journée de samedi a remué de la boue et fait gicler du sang »[144]. Pour la Pravda, « les événements du 30 juin rappellent les mœurs de l'Équateur ou du Panama »[143].

« Jamais il [le Führer] n'a témoigné d'une férocité plus calculée, plus volontaire et par là même plus répugnante. [...] Et que dire de cette débauche de sauvagerie dans l'assassinat de von Schleicher et de sa femme, des fusillades en masse pour des motifs inconnus et invérifiables qui laissent apparaître une sorte de manie sadique dans la cruauté ? […] Jamais le racisme hitlérien ne m'est apparu plus nettement comme l'ennemi de toute civilisation, de toute moralité, de toute paix humaine. Jamais je ne me suis senti plus profondément pénétré de la certitude que l'extirpation du racisme, du fascisme, de tout ce qui y ressemble ou y tend, est comme un devoir préalable de rédemption par lequel l'humanité doit se rendre digne d'elle-même. »

— Léon Blum, Le Populaire, 3 juillet 1934[145].

Conséquences[modifier | modifier le code]

La nuit des Longs Couteaux a eu sur l'évolution du régime nazi des conséquences de diverses natures, politique, mais aussi intellectuelles avec l'affirmation de la SS comme lieu de débats idéologique au sein du parti nazi.

Suites politiques[modifier | modifier le code]

Viktor Lutze en 1939.

Adolf Hitler nomme Viktor Lutze pour remplacer Ernst Röhm à la tête de la SA. Il lui enjoint de mettre un terme à « l'homosexualité, la débauche, l'ivresse et au train de vie fastueux »[146]. Hitler lui interdit expressément d'utiliser les fonds de la SA pour des limousines et des banquets, ce qu'il considère comme extravagant[146]. Sans grande personnalité, Lutze renonce à l'indépendance de la SA, qui voit sa puissance décroître au cours des années suivantes. Le nombre des membres passe de 2,9 millions[N 17] en août 1934 à 1,6 million en octobre 1935, puis à 1,2 million en avril 1938[147].

Heinrich Himmler est le véritable gagnant de la purge. Le fait que Ernst Röhm et Gregor Strasser, auxquels il devait les débuts de sa carrière politique et avec qui il entretenait de bonnes relations personnelles, aient été exécutés par des SS prouve sa loyauté absolue envers Hitler[148]. Le 15 juillet 1934, le SD devient l'unique service de renseignement du mouvement nazi ; le 20 juillet, la SS est détachée de la SA et fonctionne de manière autonome[148]. Reinhard Heydrich est également remercié par une promotion au grade de SS-Gruppenführer[149]. Theodor Eicke est lui aussi gratifié et nommé, le 4 juillet, inspecteur général des camps de concentration[148].

La nuit des Longs Couteaux scelle pour quelques années l'alliance d’Hitler avec les milieux conservateurs et l'armée. L'initiative brutale d’Hitler les apaise, l'élimination des nazis révolutionnaires (c'est-à-dire de la tendance populiste du parti national-socialiste) rassure la droite sur les intentions du nouveau régime ; elle génère toutefois une inquiétude dans ces mêmes milieux, certaines victimes de la purge en étant issues[150],[151].

Cette purge représente un triomphe pour Hitler, même si la répression a dépassé les limites qu'il avait fixées[152], et un tournant pour le gouvernement allemand. Le fait que le président Paul von Hindenburg est mourant confère à Hitler le rôle de « juge suprême des Allemands », pour reprendre ses propos lors de son discours du 13 juillet au Reichstag. Sur le plan judiciaire, une enquête est lancée par le parquet de Potsdam dès l'assassinat de Kurt von Schleicher : elle est étouffée le jour même par le magistrat nazi Roland Freisler qui menace le juge chargé de l'affaire d'être interné en camp de concentration pour le convaincre de laisser tomber l'affaire[110] ; malgré l'illégalité totale des meurtres au regard de l'État de droit, le ministre de la Justice du Reich Franz Gürtner estime que l'exemple donné par Hitler est une leçon salutaire permanente pour l'avenir et a stabilisé l'autorité du gouvernement pour l'éternité[153], ce qui étouffe toute procédure judiciaire dans l'œuf.

La purge témoigne de la manière fondamentalement chaotique et imprévisible avec laquelle Hitler gouverne. Elle envoie également un message clair à l'ensemble de la société : aucun Allemand, quel que soit son rang ou sa position, n'est à l'abri d'une arrestation ou d'une exécution s'il est perçu comme une menace pour le nouveau régime[154].

Après le décès de Hindenburg, le 2 août 1934, Hitler cumule les fonctions de chef de l'État, du gouvernement, du parti nazi et de commandant suprême des forces armées, en vertu d'une loi adoptée la veille et ratifiée par plébiscite le 19 août ; « En l'espace de quelques semaines, de l'affaire Röhm à la mort de Hindenburg, Hitler a éliminé tout ce qui pouvait encore le menacer. [...] Il avait conquis le pouvoir total. [...] L'Allemagne s'était abandonnée, pieds et poings liés, à la dictature qu'elle avait créée[155]. »

Clarification de la doctrine raciale nazie[modifier | modifier le code]

Conséquence idéologique, inattendue et souvent occultée, de la Nuit des Longs Couteaux, l'hypothèse de l'origine septentrionale du peuple allemand ne rencontre plus d'opposition dans les cercles intellectuels du parti nazi. En effet, au sein de la SS, Hans Günther, proche de Himmler, est le principal défenseur de l'idée nordique au sein du NSDAP[156]. La SA constituait avant sa décapitation politique le principal foyer d'opposition au développement des thèses nordicistes de Günther : en effet, la SA, proche des thèses de Friedrich Merkenschlager, défend la thèse du peuple-race[157] et se montre réservée sur la constitution d'une aristocratie de la race au sein du peuple allemand[158].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Cette affirmation est contredite par Max Gallo pour qui cette phrase n'aurait été prononcée que le 31 juillet 1933 (M. Gallo, La Nuit des Longs Couteaux, p. 45)
  2. Wilhelm Frick, ministre de l'Intérieur et Hermann Göring, ministre sans portefeuille ; le cabinet est complété, le 11 mars 1933 avec la nomination de Joseph Goebbels au nouveau poste de Ministre à l'Éducation du Peuple et à la Propagande
  3. En ce compris les membres du Stahlhelm, Bund der Frontsoldaten intégrés à la SA.
  4. D'après Max Gallo, Lutze aurait averti personnellement Adolf Hitler à Berchtesgaden en mars 1934 (M. Gallo, La Nuit des Longs Couteaux, p. 82-83).
  5. Il disparaît de chez lui le 21 juin, vraisemblablement enlevé par la Gestapo. On ne retrouve son corps dans la forêt d'Orianenbourg que le 30 juin, portant les traces d'affreuses tortures (J. Delarue, Histoire de la Gestapo, p. 146).
  6. Non compris les membres du Stahlhelm, Bund der Frontsoldaten.
  7. Il nourrit à nouveau cette ambition en 1938, lors de l'affaire Blomberg-Fritsch (Ian Kershaw, Hitler. 1936-1945, p. 116)
  8. Selon Heinz Höne, il peut s'agir d'une manœuvre de diversion de Hitler ou de la volonté des organisateurs de l'élimination de la SA d'éloigner celui-ci de Berlin (H. Höhne, L'Ordre Noir, p. 75).
  9. Notamment parce qu'il a appris que Hindenburg n'a plus que quelques mois à vivre et que le soutien de l'armée lui est indispensable pour lui succéder (Fr. Kersaudy, Goering, p. 162)
  10. Dietrich et Lippert sont condamnés en 1957 à dix-huit mois de prison pour leur participation à la nuit des Longs Couteaux par un tribunal de Munich (Le Monde, 16 mai 1957)
  11. En 1939, il est le commandant d'un des Einsatzgruppen déployés en Pologne (Christopher R. Browning, Les Origines de la solution finale, Paris, Les belles lettres, 2007, p. 31)
  12. Pour Jean Philippon, les meurtres de von Bose, von Schleicher et Klausener n'ont pas été ordonnés par Hitler, mais par Göring, Himmler et Heydrich, pour lui forcer la main (J. Philippon, La Nuit des Longs Couteaux, p. 352).
  13. Von Papen échappe à un assassinat par les sbires de Himmler parce qu'il est gardé en résidence surveillée par des hommes de Göring ; Schleicher est abattu par des SS, juste avant son arrestation par la Landespolizei (Fr. Kersaudy, Goering, p. 165-166).
  14. Il est condamné pour cet assassinat, à 15 ans de prison par la Cour d'Assise de Berlin, le 18 mai 1953.
  15. Ludwig Schmitt, proche collaborateur d'Otto Strasser.
  16. Le 7 janvier 1935, les deux officiers obtiennent, lors d'une réunion confidentielle, l'aveu d'Hitler que le meurtre des deux généraux était « erroné » et qu'ils seront réhabilités, réhabilitation qui ne fut jamais rendue publique (W. L. Shirer, Le IIIe Reich, p. 247).
  17. 2 millions selon Dederichs

Références[modifier | modifier le code]

  1. Pour les ouvrages écrits en français, voir la section bibliographie
  2. Pour les ouvrages en anglais, voir la section bibliographie, ou, par exemple, Paul Maracin, The Night of the Long Knives: 48 Hours that Changed the History of the World, New York, The Lyons Press, 2004 ; Nikloai Tolstoy, Night of the Long Knives, New York, Balantine Books, 1972
  3. Voir par exemple Heinrich Bennecke, Die Reichswehr und der « Röhm-Putsch ». Olzog, München 1964, Der Röhm-Putsch. Ou : Der Röhm-Putsch, der keiner war.
  4. Patrice Touchard, Christine Bermont, Patrick Cabanel, Maxime Lefebvre, Le Siècle des Excès, Presses universitaires de France, p.  183
  5. (de) Max Domarus, Hitler, Reden und Proklamationen, 1932-1945, kommentiert von einem deutschen Zeitgenosse, Band I, Triumph, vol. 1, Munich, Süddeutcher Verlag München, 1965, p.  418
  6. a et b R. J. Evans, Le Troisième Reich, p. 40
  7. Ch. Bloch, La Nuit des Longs Couteaux, p. 42
  8. (en) David Schoenbaum, Hitler's Social Revolution: Class and Status in Nazi Germany, 1933–1939, W. W. Norton & Company, 1997
  9. a et b W. L. Shirer, Le IIIe Reich, p. 184
  10. Norbert Frei, National Socialist Rule in Germany, p. 13
  11. I. Kershaw, Hitler, p. 709-710
  12. R. J. Evans,Le Troisième Reich, p. 33
  13. R. J. Evans, Le Troisième Reich, p. 38-39
  14. R. J. Evans, Le Troisième Reich, p. 37
  15. H. Höhne, L'Ordre Noir, p. 63
  16. I. Kershaw, Hitler, p. 708
  17. I. Kershaw, Hitler, p. 657
  18. I. Kershaw, Hitler, p. 709
  19. M. Gallo, La Nuit des Longs Couteaux, p. 72
  20. I. Kershaw, Hitler, p. 707
  21. J. Delarue, Histoire de la Gestapo, p. 139
  22. M. Gallo, La Nuit des Longs Couteaux, p. 70
  23. Bullock, Hitler: A Study in Tyranny, p. 80
  24. a et b I. Kershaw, Hitler, p. 710
  25. a et b W. L. Shirer, Le IIIe Reich, p. 226
  26. a, b et c J. Delarue, Histoire de la Gestapo, p. 138
  27. R. J. Evans, Le Troisième Reich, p. 38
  28. M. Gallo, La Nuit des Longs Couteaux, p. 87
  29. Ch. Bloch, La Nuit des Longs Couteaux, p. 74
  30. (en) John Wheeler-Bennett, The Nemesis of Power: The German Army in Politics 1918–1945, Palgrave Macmillan, seconde édition, 2005, p. 712-739.
  31. Ch. Bloch, La Nuit des Longs Couteaux, p. 103
  32. M. R. Dederichs, Heydrich, p. 79
  33. a, b, c, d et e H. Höhne, L'Ordre Noir, p. 68-69
  34. M. Gallo, La Nuit des Longs Couteaux, p. 97
  35. J. Delarue, Histoire de la Gestapo, p. 141
  36. W. L. Shirer, Le IIIe Reich, p. 228
  37. (en) Martin Collier, Phillip Pedley, Hitler and the Nazi State, New York, Harcourt, 2005, p. 33.
  38. Fr. Kersaudy, Goering, p. 158
  39. a et b J. Delarue, Histoire de la Gestapo, p. 143-144
  40. M. Gallo, La Nuit des Longs Couteaux, p. 55-56
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  42. a et b G. Knopp, Les SS, p. 69
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  45. H. Höhne, L'Ordre Noir, p. 72
  46. a, b, c et d I. Kershaw, Hitler, p. 721
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  51. J. Delarue, Histoire de la Gestapo, p. 136
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  54. I. Kershaw, Le Mythe Hitler, p. 111-112
  55. G. Knopp, Les SS, p. 66
  56. I. Kershaw, Hitler, p. 722
  57. Fr. Kersaudy, Goering, p. 157-158
  58. Fr. Kersaudy, Goering, p. 160
  59. H. Höhne, L'Ordre Noir, p. 71
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  66. H. Höhne, L'Ordre Noir, p. 75
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  70. W. L. Shirer, Le IIIe Reich, p. 242
  71. H. Höhne, L'Ordre Noir, p. 76-77
  72. a, b et c M. Gallo, La Nuit des Longs Couteaux, p. 122
  73. M. Gallo, La Nuit des Longs Couteaux, p. 132
  74. H. Höhne, L'Ordre Noir, p. 77
  75. a, b et c W. L. Shirer, Le IIIe Reich, p. 243
  76. Bullock, Hitler: A Study in Tyranny, p. 166
  77. a, b, c, d et e I. Kershaw, Hitler, p. 727
  78. a, b et c H. Höhne, L'Ordre Noir, p. 78-79
  79. Cette irruption d'Hitler pistolet au poing est confirmée par le témoignage de Robert Bergmann, adjoint de Röhm, lors de procès de Dietrich et Lippert à Munich (Le Figaro, 9 mai 1957).
  80. a et b R. J. Evans, Le Troisième Reich, p. 46
  81. J. Philippon, La Nuit des Longs Couteaux, p. 281
  82. a et b J. Philippon, La Nuit des Longs Couteaux, p. 288
  83. a et b J. Philippon, La Nuit des Longs Couteaux, p. 291-294
  84. H. Höhne, L'Ordre Noir, p. 80
  85. I. Kershaw, Hitler, p. 728
  86. G. Knopp, Les SS, p. 82
  87. J. Delarue, Histoire de la Gestapo, p. 153
  88. a, b, c et d J. Philippon, La Nuit des Longs Couteaux, p. 291-295
  89. H. Höhne, L'Ordre Noir, p. 81
  90. G. Knopp, Les SS, p. 74
  91. J. Delarue, Histoire de la Gestapo, p. 154
  92. G. Knopp, Les SS, p. 75
  93. a, b et c G. Knopp, Les SS, p. 78
  94. a et b J. Philippon, La Nuit des Longs Couteaux, p. 10-11
  95. a et b J. Philippon, La Nuit des Longs Couteaux, p. 356
  96. J Fest, Hitler, p. 106
  97. a, b, c et d J. Philippon, La Nuit des Longs Couteaux, p. 348-351
  98. R. J. Evans, Le Troisième Reich, p. 47
  99. H. Höhne, L'Ordre Noir, p. 84
  100. a, b, c et d H. Höhne, L'Ordre Noir, p. 85
  101. Fr. Kersaudy, Goering, p. 164-165
  102. a, b, c, d et e J. Philippon, La Nuit des Longs Couteaux, p. 301-307
  103. J. Delarue, Histoire de la Gestapo, p. 157
  104. a, b, c et d M. R. Dederichs, Heydrich, p. 80-81
  105. J. Philippon, La Nuit des Longs Couteaux, p. 373
  106. J. Philippon, La Nuit des Longs Couteaux, p. 366
  107. I Kershaw, Hitler, p. 729
  108. J. Delarue, Histoire de la Gestapo, p. 156
  109. a et b M. R. Dederichs, Heydrich, p. 80
  110. a et b J. Philippon, La Nuit des Longs Couteaux, p. 318-320
  111. a et b J. Delarue, Histoire de la Gestapo, p. 10-11
  112. (en) Jackson J. Spielvogel, Hitler and Nazi Germany : A History, New York, Prentice Hall, 1996, p. 78–79
  113. a et b H. Höhne, L'Ordre Noir, p. 79-80
  114. R. J. Evans, Le Troisième Reich, p. 49-50
  115. M. R. Dederichs, Heydrich, p. 81-82
  116. a et b W. L. Shirer, Le IIIe Reich, p. 245
  117. I. Kershaw, Hitler, p. 731
  118. R. J. Evans,Le Troisième Reich, p. 53
  119. J. Philippon, La Nuit des Longs Couteaux, p. 359-360
  120. J. Philippon, La Nuit des Longs Couteaux, p. 331-334
  121. J. Delarue, Histoire de la Gestapo, p. 159
  122. R. J. Evans,Le Troisième Reich, p. 50
  123. M. R. Dederichs, Heydrich, p. 82-83
  124. Laurence Rees, Adolf Hitler, la séduction du diable, Albin Michel, 2013, 280 p. (ISBN 9782226245328) [EPUB] (ISBN 9782226284488) emplacements 2217-2236 sur 8147, p. 42 et suiv.
  125. Dominique Vidal, Les Historiens allemands relisent la Shoah, Complexe, 2002, 287 p. (ISBN 9782870279090) p. 123, ainsi que Florence Tamagne, Histoire de l'homosexualité en Europe. Berlin, Londres, Paris. 1919-1939, Seuil,‎ 2000, 692 p. (ISBN 9782020348843).
  126. Régis Schlagdenhauffen, Triangle rose: La persécution nazie des homosexuels et sa mémoire, Autrement,‎ 2011, 314 p. (ISBN 9782746714854) [EPUB] (ISBN 9782746720459), emplacements 257 et 5149 sur 6260.
  127. J. Fest, Hitler, p. 107
  128. Nicolas Tertulian, « Le juriste et le Führer », Cités 2001/2, no 6, p. 44-45. [PDF] Lire.
  129. J. François, L'Affaire Röhm-Hitler, p. 213-214
  130. Ch. Bloch, La Nuit des Longs Couteaux, p. 162
  131. a et b J. Delarue, Histoire de la Gestapo, p. 161-162
  132. (en) M. Collier et P. Pedley, Hitler and the Nazi State, p. 33–34.
  133. I. Kershaw, Le Mythe Hitler, p. 111-124
  134. I. Kershaw, Le Mythe Hitler, p. 119
  135. Ch. Bloch, La Nuit des Longs Couteaux, p. 167-170
  136. I. Kershaw, Hitler, p. 375
  137. J. Fest, Hitler, p. 108
  138. Ch. Bloch, La Nuit des Longs Couteaux, p. 163
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  140. W. L. Shirer, Le IIIe Reich, p. 247
  141. J. Philippon, La Nuit des Longs Couteaux, p. 374
  142. Ch. Bloch, La Nuit des Longs Couteaux, p. 174-185
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  144. Wladimir d'Ormesson, « Les répercussions intérieures et extérieures de la journée de samedi », Le Figaro, 2 juin 1934 lire sur Gallica
  145. Ch. Bloch, La Nuit des Longs Couteaux, p. 177-178
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  147. R. J. Evans,Le Troisième Reich, p. 54
  148. a, b et c Peter Longerich, Himmler, Paris, Héloïse d'Ormesson, 2010, p. 175-176
  149. Mario R. Dederichs, Heydrich, Paris, Tallandier, 2007, p. 83
  150. Fr. Kersaudy, Goering, p. 175
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  152. J. Philippon, La Nuit des Longs Couteaux, p. 346
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  154. I. Kershaw, Hitler, p. 738
  155. I. Kershaw, Hitler, p. 744
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  157. La Quête de la race, p. 95
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Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

En français[modifier | modifier le code]

En anglais[modifier | modifier le code]

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  • (en) Martin Collier et Phillip Pedley, Hitler and the Nazi State, New York : Harcourt, 2005. (ISBN 0-43-532709-7)
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  • (en) Franz von Papen, Memoirs, Londres : Dutton, 1953. (ASIN B0007DRFHQ)
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Filmographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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