Épistémologie

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L'épistémologie (du grec ancien ἐπιστήμη / epistếmê « connaissance, science » et λόγος / lógos « discours ») désigne soit le domaine de la philosophie des sciences qui étudie les sciences particulières, soit la théorie de la connaissance en général.

Définition[modifier | modifier le code]

L'épistémologie serait selon la « tradition philosophique francophone », une branche de la philosophie des sciences qui « étudie de manière critique la méthode scientifique, les formes logiques et modes d'inférence utilisés en science, de même que les principes, concepts fondamentaux, théories et résultats des diverses sciences, afin de déterminer leur origine logique, leur valeur et leur portée objective »[1]. Dans la tradition philosophique anglo-saxonne, l'épistémologie se confondrait avec la théorie de la connaissance, et ne porterait donc pas spécifiquement sur la connaissance scientifique. Il arrive néanmoins que ce terme soit ici utilisé comme synonyme de « philosophie des sciences »[2]. La distinction entre ces différentes acceptions, et notamment le rapport de l'épistémologie à la philosophie des sciences, n'est cependant pas clairement établie[3]. D'autre part, l'épistémologie « continentale » peut également traiter d'objets non scientifiques[4]. Le mot est également employé parfois pour désigner telle ou telle théorie de la connaissance. La différence entre ces deux traditions se fera donc sur l'attention portée à la connaissance scientifique plutôt qu'à la connaissance générale.

Jean Piaget[5] proposait de définir l’épistémologie « en première approximation comme l’étude de la constitution des connaissances valables », dénomination qui, selon Jean-Louis Le Moigne, permet de poser les trois grandes questions :

L'enquête épistémologique peut ainsi porter sur plusieurs aspects : les modes de production de la connaissance, les fondements de cette connaissance, la dynamique de cette production. Plusieurs questions en découlent : qu'est ce qu'une connaissance ? Comment est-elle produite? Comment est-elle validée ? Sur quoi se fonde-t-elle ? Comment les connaissances sont-elles organisées ? Comment évoluent-elles (et notamment, progressent-elles ?)

À cela s'ajoute parfois une dimension normative de l'analyse. Il ne s'agit plus seulement de décrire la connaissance, mais de définir ce qui constitue une « bonne » connaissance.

Enfin, on doit distinguer une épistémologie générale, qui porte implicitement l'idée d'une certaine unité de la science, des épistémologies particulières, qui reposent sur l'idée d'une pluralité, parfois présentée comme irréductible, des différentes sciences. On parle alors d'épistémologie de la physique, de la biologie, des sciences humaines, ...

Longtemps, l'épistémologie a porté sur le « contenu » de la science, la science en tant qu'institution humaine étant laissée à d'autres disciplines, notamment la sociologie. La question sur la nature de la science se confondait alors avec celle sur la nature de la connaissance scientifique. Ces dernières décennies, ce partage est devenu moins évident, sous l'effet d'une part de certains courants de la sociologie réclamant un « droit de regard » sur ce contenu, sous l'influence d'autre part de certains épistémologues qui jugent nécessaire, pour mieux comprendre la connaissance scientifique, de porter attention aux dimensions concrètes de l'activité scientifique.

Usage du mot[modifier | modifier le code]

Le mot est un emprunt à l'anglais epistemology, formé en 1856 par le fichtéen James Frederick Ferrier[6] pour traduire l'allemand Wissenschaftslehre[7]. On a considéré néanmoins - peut-être à tort - que la problématique de Fichte était éloignée de la problématique kantienne et l'on a attribué le concept d'épistémologie à Eduard Zeller, lequel utilise le mot allemand Erkenntnistheorie (« théorie de la connaissance ») dans un sens kantien[8].

C'est dans cette acception que le mot épistémologie apparaît pour la première fois en France en 1901[9], dans la traduction de l'introduction de l'Essai sur les fondements de la géométrie de Bertrand Russell, notamment de ce passage : « Ce fut seulement de Kant, le créateur de l'Épistémologie, que le problème géométrique reçut sa forme actuelle »[10].

À la traduction de l'œuvre de Russell est annexé un Lexique philosophique rédigé par Louis Couturat, qui en son entrée Épistémologie donne à ce mot le sens d'une « théorie de la connaissance appuyée sur l'étude critique des Sciences, ou d'un mot, la Critique telle que Kant l'a définie et fondée »[11]. Couturat introduirait ainsi une première confusion entre théorie de la connaissance et philosophie des sciences[12]. Cette évolution n'est pas sans conséquence[13].

Histoire[modifier | modifier le code]

L'épistémologie moderne tire donc son origine dans la philosophie de la connaissance kantienne. Mais elle puise également à des traditions plus anciennes, dont la cartésienne. C'est au début du XXe siècle que l'épistémologie se constitue en champ disciplinaire autonome.

Épistémologie cartésienne[modifier | modifier le code]

Dans le Discours de la méthode, Descartes pose quatre règles qu'il doit appliquer afin de mener sa réflexion. La troisième de ces règles affirme que la simplicité a une valeur épistémologique.

« Construire par ordre mes pensées, en commençant par les objets les plus simples et les plus aisés à connaître pour monter peu à peu, comme par degrés, jusqu'à la connaissance des plus composées ».

Épistémologie kantienne[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Kant.

Kant offre un changement de perspective radical vis-à-vis de l'empirisme : c'est une véritable révolution épistémologique, qu'il qualifie lui-même par l'expression célèbre de « révolution copernicienne ». Hume avait déjà placé le sujet au centre de la connaissance. Kant, lui, va jusqu'à affirmer que la véritable origine de la connaissance est dans le sujet et non dans une réalité par rapport à laquelle nous serions passifs.

Il reprend certains principes des empiristes : « Ainsi, dans le temps, aucune connaissance ne précède l'expérience, et toutes commencent avec elle » explique t-il dans Critique de la raison pure.

Ainsi pour Kant, note Claude Mouchot dans Méthodologie économique, « l'objet en soi, le noumène, est et restera inconnu » et « nous ne connaitrons jamais que les phénomènes » et en cela Kant reste très actuel. Selon les termes de Kant (Critique de la raison pure) « il n’y a que les objets des sens qui puissent nous être donnés (...) ils ne peuvent l’être que dans le contexte d’une expérience possible ».

Actuel, Kant le reste également par sa « reconnaissance de l'existence de cadres (spatio-temporels), au travers desquels le réel se présente à nous » écrit encore Claude Mouchot. Toutefois, le caractère a priori de ces cadres ne peut plus être accepté aujourd'hui, suite notamment à la remise en cause de la notion d'espace-temps de la mécanique classique (seule existante au temps de Kant) par la mécanique relativiste[réf. nécessaire]. Tout au moins pouvons-nous considérer ces cadres comme étant construits par le sujet, ce qui est le point de vue du constructivisme.

Le tournant positiviste logique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Positivisme logique.

Épistémologie contemporaine[modifier | modifier le code]

Critiques du positivisme logique[modifier | modifier le code]

Quine et l'« épistémologie naturalisée »[modifier | modifier le code]

Avec l'article Deux Dogmes de l'empirisme, Willard Van Orman Quine critique deux aspects centraux du positivisme logique. Le premier est la distinction entre vérités analytiques et vérités synthétiques : il y aurait des propositions vraies indépendamment des faits, qui seraient vraies en vertu de leur seule signification. Le second dogme, le réductionnisme, est la théorie selon laquelle les énoncés doués de sens peuvent être reformulés en énoncés portant sur des données de l'expérience immédiate (dans ce cas un énoncé analytique serait un énoncé confirmé par l'expérience dans tous les cas).

Ce texte constitue une attaque en règle contre l'héritage théorique du positivisme logique. Comme le note Quine lui-même, "Another effect is a shift toward pragmatism" : Les deux dogmes de l'empirisme marque le grand retour du pragmatisme dans la philosophie américaine, au sein même du mouvement intellectuel qui l'avait évincé de la scène intellectuelle : la philosophie analytique (sous sa forme empiriste).

Avec l'« épistémologie naturalisée », Quine, dans un point de vue naturaliste, affirme que la philosophie de la connaissance et des sciences constituent elles-mêmes une activité scientifique, corrigée par les autres sciences, et non pas une « philosophie première » fondée sur une métaphysique.

Bertrand Russell[modifier | modifier le code]

Bertrand Russell introduit la notion de knowledge by acquaintance (Connaissance directe) et knowledge by description (Connaissance par description) en philosophie pour désigner deux types fondamentaux de connaissance.

Pierre Duhem[modifier | modifier le code]

Opposé à toute interprétation matérialiste et réaliste de la chimie et de la physique, Pierre Duhem proposa une conception qu'on qualifiera ensuite d'« instrumentaliste » de la science dans La Théorie physique. Son objet et sa structure (1906). Selon l'instrumentalisme, la science ne décrit pas la réalité au-delà des phénomènes mais n'est qu'un instrument le plus commode de prédiction.

La phénoménologie de Husserl[modifier | modifier le code]

Pour Edmund Husserl, la phénoménologie prend pour point de départ l'expérience en tant qu'intuition sensible des phénomènes afin d'essayer d'en extraire les dispositions essentielles des expériences ainsi que l'essence de ce dont on fait l'expérience.

Article détaillé : Phénoménologie (philosophie).

Systémique et constructivisme épistémologique[modifier | modifier le code]

Avec la publication en 1967 de l'encyclopédie de la Pléiade et notamment de l’article ‘’Logique et connaissance scientifique’’, Jean Piaget opère une renaissance du constructivisme épistémologique, notamment à partir des travaux de Bachelard[14], renaissance que préfigurait déjà les critiques du positivisme logique évoquées ci-dessus.

Ces travaux inspireront plusieurs auteurs liés à la systémique dont Paul Watzlawick publient les textes en 1980 dans l’ouvrage L’invention de la réalité – Contributions au constructivisme[15] ou encore Edgar Morin qui, note Jean-Louis Le Moigne[14], offre au constructivisme son ‘’discours de la méthode’’ avec ‘’La Méthode’’[16] ; tandis que Herbert Simon renouvelle la classification des sciences avec ‘’Les sciences de l’artificiel’’[17].

Les questions épistémologiques[modifier | modifier le code]

On retrouve dans ces différentes questions des aspects descriptifs et normatifs.

Contexte de découverte et contexte de justification : Pendant longtemps, la question de la découverte ne relève pas de l'épistémologie, mais au mieux de la psychologie. Les choses changent progressivement.

La production des connaissances[modifier | modifier le code]

Quelles méthodes ? Quelles formes de validations ? La question de l'induction, de la déduction... On trouve ici la question de l'explication, de l'interprétation...

Un exemple volontiers cité[18] est l'étonnement des mathématiciens grecs devant le fait que la diagonale du carré ne puisse correspondre à aucune fraction irréductible p/q, à une époque où on n'imaginait de nombres que rationnels (l'irrationalité de pi était encore inconnue). En effet, on aurait eu alors (p/q)² = 2, soit p² = 2 q². Cela aurait impliqué que p² soit pair, soit p = 2k ; mais en ce cas p² aurait valu 4k² et la fraction p/q n'aurait pas été irréductible, ce qui était contraire à l'hypothèse.

La nature des connaissances[modifier | modifier le code]

Le problème de la démarcation (identifié comme étant le problème de Kant par Karl Popper[19]) s'articule à celui de la justification des théories soit selon une méthode inductive, soit une méthode hypothético-déductive (sur ce point, un philosophe comme Popper pense que les théories scientifiques ne peuvent être justifiées, même sur la base d'un très grand nombre d'observations empiriques, mais seulement évaluées à partir de tests dont la logique consiste à tenter de mettre à l'épreuve les connaissances scientifiques). Toutefois, ce problème d'épistémologie concerne plus directement la question de savoir comment identifier ou démarquer les théories scientifiques des théories métaphysiques. C'est aussi le problème des fondements de la connaissance scientifique, ainsi que la question du réalisme/antiréalisme, et celui du rapport au vrai. Ce qui mène également à la question du relativisme. Il y a aussi la question de l'unité de la science.

L'organisation des connaissances[modifier | modifier le code]

Théorème, théories, modèles, hypothèses, lois, principes...

L'évolution des connaissances[modifier | modifier le code]

Continuisme et discontinuisme, internaliste et externalisme. Ce qui renvoie à nouveau au problème du relativisme.

La production de la connaissance[modifier | modifier le code]

Induction[modifier | modifier le code]

L'induction consiste à se fonder sur l'observation de cas singuliers pour justifier une théorie générale ; c'est l'opération qui consiste à passer du particulier au général. Le problème est de savoir s'il peut être épistémiquement valide de croire que les théories universelles sont justifiées voire vérifiées par la seule prise en compte d'un grand nombre d'observations singulières passées. Par exemple, nous avons observé que le soleil, jusqu'ici, se lève le matin. Mais rien ne semble justifier notre croyance au fait qu'il se lèvera encore demain. Ce problème avait été jugé insoluble par Hume, pour lequel notre croyance relevait de l'habitude consistant à voir telle cause susciter tel effet, ce qui ne présume pas que ce soit le cas dans la réalité. Cette position non réaliste fut critiquée par Kant et Popper pensant possible d'atteindre une certaine objectivité dans les théories empiriques.

Il existe des formes très variées de théories de l'induction allant des plus naïves aux plus sophistiquées (tout comme pour la théorie de la réfutation).

Vérification[modifier | modifier le code]

Les philosophes positivistes fondateurs du Cercle de Vienne, pensaient que le seul critère de démarcation qui puisse être valide, (afin d'éliminer la métaphysique), était la vérifiabilité des énoncés singuliers, seules données des sens capables de permettre la vérification des théories générales de la science, à la condition qu'elles soient suffisamment nombreuses et bien observées.

Pour Karl Popper, adversaire des thèses et du projet du Cercle de Vienne, aucune théorie scientifique générale n'a jamais pu être établie par une quelconque forme d'induction, donc être vérifiée ; et aucune théorie scientifique n'est logiquement ou même empiriquement vérifiable si l'on admet sous ce terme la notion de certitude ou de vérification avec certitude. Karl Popper soutient même qu'une théorie ne peut être scientifique que si elle est potentiellement fausse (réfutable), et même fausse en comparaison de la vérité certaine à laquelle elle prétendrait se rapprocher.

Dans le domaine de la science empirique, la vérification devrait plutôt être assimilable à la corroboration (Karl Popper), c'est-à-dire à une forme relative et non absolue de vérité, toujours dépendante des tests scientifiques qui ont pu être réalisés par une communauté de chercheurs. Ainsi, en science, la vérification des théories seraient donc toujours relative à des tests eux-mêmes relatifs à d'autres tests précédents et toujours améliorables, et jamais absolue.

Réfutation[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Réfutabilité .

Rendu célèbre par l'œuvre de Karl Popper, ce terme implique la possibilité d'évaluer empiriquement les énoncés généraux de la science par l'intermédiaire de tests. Seules les théories formulées de manière à pouvoir permettre la déduction logique d'un énoncé particulier capable potentiellement de les réfuter, peuvent, pour Karl Popper, être considérées comme scientifiques et non métaphysiques.

Mais Popper propose qu'il existe deux niveaux de réfutabilité. La réfutabilité logique, et la réfutabilité empirique ; sachant qu'un énoncé réfutable d'un point de vue logique ne l'est peut-être pas d'un point de vue empirique. Par exemple, l'énoncé "tous les hommes sont mortels" est logiquement réfutable , mais empiriquement irréfutable puisque aucun être humain ne pourrait vivre assez vieux pour vérifier qu'un homme est immortel.

Karl Popper a toujours soutenu qu'aucune réfutation empirique ne pouvait être certaine, car il est toujours possible de sauver une théorie d'une réfutation par l'adoption de stratagèmes ad hoc. En conséquence, pour Popper, le critère de démarcation reposant sur la réfutation , doit avant tout être un critère méthodologique puisque tout reposerait, en dernier ressort, sur les décisions de la communauté scientifique, pour accepter ou rejeter la valeur d'un test, d'une réfutation ou d'une corroboration[20].

Les critiques holistes[modifier | modifier le code]

La nature des connaissances[modifier | modifier le code]

C'est notamment la question de la démarcation.

Réfutationnisme[modifier | modifier le code]

Karl Popper critique le raisonnement par induction. Ce dernier a certes une valeur psychologique mais pas une valeur logique. De nombreuses observations cohérentes ne suffisent pas à prouver que la théorie qu'on cherche à démontrer soit vraie. A contrario, une seule observation inattendue suffit à réfuter une théorie. Ainsi, mille cygnes blancs ne suffisent pas à prouver que tous les cygnes sont blancs ; mais un seul cygne noir suffit à prouver que tous les cygnes ne sont pas blancs. Voir Paradoxe de Hempel.

Il en résulte qu'une théorie ne peut être « prouvée » mais seulement considérée comme non invalidée jusqu'à preuve du contraire. Partant de là, on peut distinguer :

  • les théories impossibles à réfuter (par l'observation ou l'expérience)
  • les théories qui peuvent être invalidées.

Seules les théories potentiellement réfutables (celles associables à des expériences dont l'échec prouverait l'erreur de la théorie) font partie du domaine scientifique; c'est le « critère de démarcation des sciences ».

Relativisme[modifier | modifier le code]

Article détaillé : anarchisme épistémologique.

Paul Feyerabend observait à l'exemple de la naissance de la mécanique quantique que souvent l'avancement scientifique ne suit pas de règles strictes. Ainsi, selon lui, le seul principe qui n'empêche pas l'avancement de la science est « a priori tout peut être bon » (ce qui définit l'anarchisme épistémologique - à distinguer de "tout est bon" (anything goes), que Feyerabend lui-même récusait). Il critique donc l'aspect réducteur de la théorie de la réfutabilité et défend le pluralisme méthodologique. Il existe selon lui une très grande variété de méthodes différentes adaptées à des contextes scientifiques et sociaux toujours différents. De plus, il remet en question la place que la théorie de la réfutabilité accorde à la science, en en faisant l'unique source de savoir légitime, et le fondement d'une connaissance universelle qui dépasse les clivages culturels et communautaires. Enfin, Feyerabend critique le manque de pertinence pour décrire correctement la réalité du monde scientifique et des évolutions des discours et pratiques scientifiques.

Son œuvre principale, Contre la méthode. Esquisse d'une théorie anarchiste de la connaissance, fut reçue très négativement par la communauté scientifique, car elle accusait la méthode scientifique d'être un dogme et soulevait la question de savoir si la communauté doit être aussi critique par rapport à la méthode scientifique que par rapport aux théories qui en résultent.

L'organisation des connaissances[modifier | modifier le code]

Dynamiques de la science[modifier | modifier le code]

Continuisme et discontinuisme[modifier | modifier le code]

Bachelard et l'« obstacle épistémologique » : Gaston Bachelard définit, en 1934, dans un article intitulé La formation de l'esprit scientifique, ce dernier comme étant « la rectification du savoir, l'élargissement des cadres de la connaissance ». Pour lui, le scientifique doit se dépouiller de tout ce qui constitue les « obstacles épistémologiques internes », en se soumettant à une préparation intérieure afin que sa recherche progresse vers la vérité. La notion d'obstacle épistémologique est ce qui permet de poser le problème de la connaissance scientifique : c'est à partir du moment où celui-ci est surmonté, donnant lieu à une « rupture épistémologique », que l'on atteint le but recherché. Les obstacles sont, pour Bachelard, non seulement inévitables, mais aussi indispensables pour connaître la vérité. Celle-ci en effet n'apparaît jamais par une illumination subite, mais au contraire, après de longs tâtonnements, « une longue histoire d'erreurs et d'errances surmontées ».

Bachelard dénonce l'opinion que nous laisse l'expérience empirique et son influence sur la connaissance scientifique : « le réel n'est jamais ce que l'on pourrait croire, il est toujours ce qu'on aurait dû penser », dit-il. « La science s'oppose formellement à l'opinion : l'opinion ne pense pas, elle traduit des besoins en connaissances. » La connaissance scientifique consistera à revenir sans arrêt sur le déjà découvert.

Mettant l'accent sur la discontinuité dans le processus de la construction scientifique, Thomas Samuel Kuhn discerne des périodes relativement longues pendant lesquelles la recherche est qualifiée de « normale », c'est-à-dire qu'elle s'inscrit dans la lignée des paradigmes théoriques dominants, périodes pendant lesquelles de brefs et inexplicables changements constituent une véritable « révolution scientifique ». Le choix entre les paradigmes n'est pas fondé rationnellement. Cette posture implique que chaque paradigme permet de résoudre certains problèmes et, de là, les paradigmes seraient incommensurables.

Internalisme et externalisme[modifier | modifier le code]

La vision internaliste ne prend en compte que l’histoire des idées scientifiques, de découverte en découverte : les savants sont un monde à part, qui progresse indépendamment du reste. La science se nourrit d’elle-même. Il est ainsi possible de comprendre l’histoire des sciences sans se référer au contexte culturel. L’important, ce sont les étapes de progression de l’histoire scientifique.

La vision externaliste rend au contraire la science dépendante de l’économie, de la psychologie, etc. Cela amène à des conséquences différentes suivant le contexte[21].

Institutions[modifier | modifier le code]

En France, l'épistémologie a le statut institutionnel d'une discipline à part, distincte de la philosophie et de l'histoire : elle constitue ainsi la section 72 du CNU. Elle y occupe plusieurs dizaines de laboratoires, dont notamment l'IHPST, le Centre de recherche en épistémologie appliquée, REHSEIS, le Centre François Viete, les Archives Henri Poincaré, le Centre Georges Canguilhem, l'Institut Jean Nicod, l'IRIST, l'unité Savoirs et Textes, ou le GRS Page d'aide sur l'homonymie, qui regroupent des centaines de chercheurs. Elle intéresse plus d'une vingtaine d'écoles doctorales et des sociétés savantes comme la Société de philosophie des sciences (dépendant de l'ENS Ulm) ou la SFHST ou des listes de diffusion comme Theuth.

Courants épistémologiques et auteurs[modifier | modifier le code]

Voir les articles sur Aristote, Jean Piaget, Stéphane Lupasco, Bachelard, Jean C. Baudet, Canguilhem, Cercle de Vienne, Descartes, Duhem, Feyerabend, Gonseth, Hacking, Kant, Koyré, Kuhn, Lakatos, Laplace, Lecourt, Guillaume d'Ockham, Poincaré, Popper, Quine, Rand, Stengers, Jules Vuillemin, Cavaillès, Lautman ou Larry Laudan.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Par champ scientifique[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]


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Sources[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Nadeau, p. 209
  2. Wagner, p. 42
  3. Soler, p. 29
  4. On peut ainsi signaler l'existence d'une "épistémologie des affects" développée par un philosophe français, Pascal Nouvel
  5. Cité par Jean-Louis Le Moigne dans son « Que sais-je » Les Épistémologies Constructivistes.
  6. J. F. Ferrier, Institutes of Metaphysics, 1854, p. 64. Epistemology or Theory of Knowing
  7. Emmanuel Renault, Hegel, la naturalisation de la dialectique, Paris, Vrin, p. 286
  8. Renault, p. 287
  9. Dictionnaire historique de la langue Française, p. 710
  10. « It was only through Kant, the creator of modern Epistemology, that the geometrical problem received a modern form » (Bertrand Russell, An Essay on the Foundations of Geometry, Routledge, 1996 [1897], p. 11, trad. in Wagner, p. 39)
  11. reproduit in Wagner, p. 40
  12. Wagner, p. 39
  13. Wagner, p. 41
  14. a et b Jean-Louis Le Moigne, Le Constructivisme, tome 1
  15. L'invention de la réalité, Contributions au constructivisme, 1981. Plusieurs auteurs sous la direction de Paul Watzlawick, notamment Ernst von Glasersfeld et Heinz von Foerster, trad. Seuil, 1985 réed. 1984 et trad. 1988
  16. …….
  17. The science of the artificial, (1969), MIT Press, traduction et postface par Jean-Louis Le Moigne, La science des systèmes, science de l’artificiel, (1974), EPI éditeurs, Paris. Réédition chez Éd. Dunod en 1991. Réédité en 2004 sous le nom de Les sciences de l'artificiel, Éditions Gallimard, Coll. Folio Essais
  18. Entre autres dans le volume de la Pléiade consacré à l'épistémologie
  19. Karl Popper. Les deux problèmes fondamentaux de la théorie de la connaissance. Hermmann
  20. Karl Popper. Le réalisme et la science. Hermann
  21. Voir ou revoir la série télévisuelle de Jacob Bronowski "L’évolution de l’homme" ("The Ascent of Man") de la BBC qui l’a rendu célèbre auprès du grand public cultivé, disponible aussi en francophonie
  22. Maître de conférences en informatique et en épistémologie, IUFM de Poitou-Charentes
  23. Psychanalyste et intervenant en argumentation à l'Université de Provence