Jean-Pierre Melville

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Jean-Pierre Melville

Nom de naissance Jean-Pierre Grumbach
Naissance 20 octobre 1917
Paris (France)
Nationalité Flag of France.svg Française
Décès 2 août 1973 (à 55 ans)
Paris (France)
Profession Réalisateur
Films notables Le Silence de la mer
Léon Morin, prêtre
Le Doulos
L'Aîné des Ferchaux
Le Deuxième Souffle
Le Samouraï
L'Armée des ombres
Le Cercle rouge

Jean-Pierre Melville, né Jean-Pierre Grumbach le 20 octobre 1917 à Paris, mort le 2 août 1973 à Paris, est un réalisateur français. Il a choisi son pseudonyme en hommage à l'écrivain américain Herman Melville[1].

Ses films, dominés par la solitude, l'échec et la mort, sont devenus pour la plupart des classiques du cinéma français : les trois films qui forment une trilogie sur la France de l'Occupation (Le Silence de la mer, Léon Morin, prêtre et L'Armée des ombres) et les films d’hommes (Le Doulos, Le Deuxième Souffle, Le Samouraï, Le Cercle rouge, Un flic).

Biographie[modifier | modifier le code]

Il naît dans une famille juive alsacienne. En 1923, alors qu'il a six ans, ses parents lui offrent une Pathé Baby. Il commence à réaliser ses premiers films en filmant ses proches.

En 1933, à l’âge de quinze ans, il décide de devenir cinéaste après avoir assisté à la projection du film épique de Frank Lloyd : Cavalcade.

Durant la guerre, il part rejoindre la France libre à Londres en 1942, c'est à ce moment qu'il prend le pseudonyme de « Melville » en hommage à l'auteur de Moby Dick. Après la Guerre, qu'il revendique avoir faite dans la résistance, puis en participant au débarquement en Provence, il demande une carte d'assistant metteur en scène qui lui est refusée. C'est en livrant assaut lors de la bataille du mont Cassin qu'il se serait promis de monter ses propres studios s'il en réchappait. Il devient son propre producteur et tourne un court métrage. Plus tard, il économise, achète de la pellicule et réalise, dans des conditions très précaires, son premier film : Le Silence de la mer. Sans qu'il le sache, ses méthodes de tournage sont déjà celles de la Nouvelle Vague.

Longtemps perçu comme un intellectuel, à cause notamment de son adaptation très littéraire du Silence de la mer de Vercors, au point de ressembler à Jean Cocteau le metteur en images tout désigné de ses Enfants terribles, il récusait ce terme, se percevant davantage comme un auteur.

En 1955, il crée ses propres studios, les studios Jenner, dans le XIIIe arrondissement de Paris, 25 bis rue Jenner, réinventant l'usage d'un entrepôt au-dessus duquel il vit de 1953 à 1967, descendant même nuitamment préparer les plans du lendemain. Il y produit ses films jusqu'au 29 juin 1967 lorsqu'un incendie détruit les studios alors qu'il tourne Le Samouraï. Obsessionnel, il persiste à rester dans ses studios où il monte L'Armée des ombres. En 1961, il travaille avec Michel Mardore pour le producteur Georges de Beauregard à un projet intitulé "Les Don Juans", avec Jean-Paul Belmondo et Anthony Perkins, qu'il abandonne au profit du Doulos.

À la fois jovial et frigorifique, Jean-Pierre Melville se disputait souvent avec son entourage. Il s’est fâché avec un très grand nombre de ses collaborateurs. Anecdotes célèbres : Lino Ventura ne lui adressa plus la parole durant tout le tournage de L'Armée des ombres. Melville avait déclaré à la presse que Ventura avait eu de très grandes difficultés à monter dans le wagon au début du film Le Deuxième Souffle. En fait, le cinéaste avait caché à son acteur qu’il avait donné l'ordre d’augmenter la vitesse du train. Sur le tournage de L'Aîné des Ferchaux, Melville s'en prenait sans arrêt à Charles Vanel, à la suite de quoi un jour, Jean-Paul Belmondo, qui ne supportait plus toute cette histoire, prit les lunettes et le stetson de Melville, lui colla une gifle et quitta le plateau. Pendant plusieurs années, Melville siégea à la Commission de classification des œuvres cinématographiques et pourchassa toutes manifestations de la pornographie au cinéma. Il était avant tout un homme nostalgique, s'autodéfinissant comme un « passéiste » (explicitement déclaré dans le portrait qu'il composa pour André S. Labarthe) tentant aussi de réinventer à l'écran les plus forts instants de sa vie personnelle.

Mégalomane notoire aimant se composer un personnage évoquant une Amérique rêvée (il portait un stetson et des lunettes noires...), par certains aspects affabulateur, parfois tenaillé de tendances maniaco-dépressives, il fit ainsi construire une cabane en bois sur le plateau de son dernier film, Un flic, en 1971 et n'en sortait que pour diriger ses acteurs ou régler ses éclairages. Jean-Pierre Melville demanda aussi à Florence Moncorgé-Gabin, scripte sur le film, de porter une perruque car il n’aimait pas la couleur d’origine de ses cheveux…

Selon José Giovanni, il aimait à se réjouir de l’échec de ses confrères cinéastes.

Il apparait deux fois dans Italiques en 1972[2]. L'échec cuisant d'Un flic le toucha considérablement, selon le récit qu'en a fait son ami Philippe Labro dans Je connais des gens de toutes sortes.

Il meurt, peu de temps après, des suites d'une attaque cérébrale survenue dans le restaurant de l'Hôtel PLM Saint-Jacques (Paris XIVe). Son décès est décrit dans le livre de Philippe Labro qui dînait avec lui. Jean-Pierre Melville repose au cimetière de Pantin.

Filmographie[modifier | modifier le code]

Réalisateur[modifier | modifier le code]

Projet inabouti[modifier | modifier le code]

Acteur[modifier | modifier le code]

Citation[modifier | modifier le code]

« Le métier du cinéma n'est comparable à aucun autre. Il obéit aux lois qui régissent le "show business" mais tout le monde est d'accord pour reconnaître que personne ne connait ces lois. Chaque film est un prototype. Une pièce de théâtre cesse d'en être un si elle dépasse la centième. L'effort de chaque représentation n'est plus fait en vain. Tandis que, pour toujours, l'effort de création, de tournage, de distribution et d'exploitation d'un film demeurera un risque total. C'est le métier le plus dangereux du monde. »

Jean-Pierre Melville, entretien avec Michel Mardore, Candide n°205, 29 mars 1965

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Alain Delon, Roberto Chiesi, Grenese, 2003.
  • Amour, érotisme et cinéma, Losfeld, 1967
  • Call Me Melville, Eric Breitbart, New England Review 27:3 174-183, 2006.
  • Le cinéma selon Melville : entretiens avec Rui Nogueira, Seghers, 1974 (Prix Armand Tallier 1974) ; Paris : Ed. de l'Etoile/ Cahiers du cinéma, 1996. Petite bibliothèque des Cahiers, postface par Philippe Labro.
  • Conversation avec Claude Sautet, Michel Boujut, Institut Louis Lumière, Actes Sud 1994
  • Dictionnaire du cinéma, Les réalisateurs, Jean Tulard, Bouquins, 2001.
  • L'entretien avec Jean-Pierre Melville, François Barat. Paris : Séguier, 1999. Carré Ciné.
  • Entretien avec Jean-Pierre Melville, Michel Mardore, les Lettres françaises, 31 août 1961.
  • Entretiens autour du cinématographe, Encyclopédie du cinéma, 1950
  • Jean-Pierre Melville, Gabriel Vialle, in Anthologie du cinéma, Avant-Scène, 1974.
  • Jean-Pierre Melville / mit Beiträgen von Peter Buchka, München : C. Hanser, 1982.
  • Jean-Pierre Melville, Jacques Zimmer, Chantal de Béchade, Paris, Edilig, collection Filmo, 1983.
  • Jean-Pierre Melville, Jean Wagner. Paris : Seghers, 1964. Cinéma d'aujourd'hui.
  • Nouvelle Vague, Jean Douchet, Cinémathèque française, Hazan.
  • La Nouvelle Vague une école artistique, Michel Marie, Nathan Université, cinéma 128.
  • Quitte à avoir un père, autant qu’il s’appelle Gabin, Florence Moncorgé, 2003.
  • The Ronin, Joan McLeod : source très contestable du Samouraï.
  • Bertrand Tavernier, Jean Claude Raspiengas, Flammarion 2001
  • Cinquante ans de cinéma américain, Bertrand Tavernier et Jean-Pierre Coursodon, Omnibus, 1995
  • Jean-Pierre Melville : de l'œuvre à l'homme (nouvelle édition revue et augmentée), Denitza Bantcheva, Éditions du Revif, 2007
  • Les Statues meurent aussi. Fantômes melvilliens, Raphaël Millet, Cinémathèque, Ed. Cinémathèque française, no 12, automne 1997, p. 78-87.
  • Riffs pour Melville, Jacques Déniel et Pierre Gabaston (dir.), Yellow Now, 2010
  • Requiem pour un homme seul. Le Samouraï de Jean-Pierre Melville, Xavier Canonne, Morlanwelz, Éd. Les Marées de la nuit, 2010.

Héritage[modifier | modifier le code]

Remakes, emprunts et citations de l'oeuvre de Melville[modifier | modifier le code]

  • Peu avant le tournage du film Les Infiltrés, Martin Scorsese diffusa à son équipe l’essentiel des « films d’hommes » de Jean-Pierre Melville.
  • Le Samouraï reste le film le plus célèbre de Jean-Pierre Melville. La publicité récupère régulièrement les motifs, les scènes et l’esthétique de ce film.
  • Johnnie To, réalisateur hongkongais, a longtemps projeté de tourner un remake du Cercle rouge.

Sous le nom de Melville[modifier | modifier le code]

Sous le nom de Melville (76 minutes), réalisé par Olivier Bohler en 2008, est le premier documentaire de long métrage consacré à Jean-Pierre Melville depuis la mort de celui-ci. Il retrace le parcours de Melville pendant la Seconde Guerre mondiale et l'impact que cette expérience personnelle de la guerre et de la Résistance a eu sur l'ensemble de son œuvre de cinéaste, ainsi que, indirectement, sur celle de ses héritiers. Sous le nom de Melville comporte en effet des éléments d'entretiens avec des cinéastes comme Johnnie To ou Masahiro Kobayashi qui viennent éclairer a posteriori l'œuvre de Melville.

Voir également[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Breitbart 180
  2. Italiques, deuxième chaîne de l'ORTF, 6 avril 1972, 8 décembre 1972.