Dada

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Dada, ou le dadaïsme, est un mouvement intellectuel, littéraire et artistique qui, pendant la Première Guerre mondiale, se caractérise par une remise en cause, à la manière de table rase, de toutes les conventions et contraintes idéologiques, esthétiques et politiques.

Le dadaïsme connaît notamment une rapide diffusion internationale.

Ce mouvement met en avant un esprit mutin et caustique, un jeu avec les convenances et les conventions, son rejet de la raison et de la logique, et marque avec son extravagance notoire sa dérision des traditions et son art très engagé. Les artistes se voulaient irrespectueux, extravagants en affichant un mépris total envers les « vieilleries » du passé. Ils cherchaient à atteindre la plus grande liberté d'expression, en utilisant tout matériau et support possible. Ils avaient pour but de provoquer et d'amener le spectateur à réfléchir sur les fondements de la société. Ils cherchaient également cette liberté dans le langage, qu'ils aimaient lyrique et hétéroclite.

Historique[modifier | modifier le code]

Naissance de Dada[modifier | modifier le code]

Le déclenchement de la Première guerre mondiale a transformé la paisible capitale de la Suisse alémanique qui était Zurich, en berceau d'un mouvement artistique inédit dont le « nom écrin » Dada fut trouvé dans des circonstances légendaires et controversées en février 1916[1].

Début 1916, Hugo Ball, écrivain, traducteur de littérature française (Henri Barbusse, Léon Bloy, Arthur Rimbaud) et dramaturge allemand, exilé depuis 1915 et sa compagne Emmy Hennings, poète et danseuse, fondent le Cabaret Voltaire et en annoncent l'ouverture, dans la presse zurichoise, pour le 2 février. Ils invitent les « jeunes artistes et écrivains dans le but de créer un centre de divertissement artistique, […] à [les] rejoindre avec des suggestions et des propositions.» [2]

Hugo Ball a l'idée de mêler la tradition des cabarets parisiens de la fin du XIXe siècle avec l'esprit du cabaret berlinois d'avant-guerre, sous la figure emblématique de Voltaire dont il admire l'opposition féroce à la religion[3]. Quelques jours auparavant, Marcel Janco, à la recherche d'un travail, passe dans la Spiegelstrasse, située dans le quartier malfamé de Zurich. Il entend de la musique sortir d'une boîte de nuit et « découvre un personnage gothique jouant du piano. » C'était Hugo Ball. Quand ce dernier appris que Janco était peintre, il lui offrit les murs du cabaret pour exposer. Janco revient au cabaret accompagné de ses amis Hans Arp, Sophie Taeuber et Tristan Tzara[4].

L'inauguration a lieu le 5 février, la salle est comble. Le mot « Dada » est trouvé quelques jours après. Selon Henri Béhar « pour tout le monde, désormais, Dada est né à Zurich le 8 février 1916, son nom ayant été trouvé à l'aide d'un coupe-papier glissé au hasard entre les pages d'un dictionnaire Larousse. Gardons-nous de ne pas croire aux légendes[5] ! »

Dans une lettre de janvier 1921 adressée à des artistes new yorkais, Tzara explique les circonstances de l'invention du nom dont il se garde de revendiquer la paternité : « […] j'étais avec des amis, je cherchais dans un dictionnaire un mot approprié aux sonorités de toutes les langues, il faisait presque nuit lorsqu'une main verte déposa sa laideur sur la page du Larousse – en indiquant d'une manière précise Dada – mon choix fut fait. »[6]

Au cours d'un entretien accordé à Arts magazine (New York, décembre 1982), Marcel Janco reconnaît qu'il n'était pas présent à ce moment-là : « Un après-midi, dans un café où nous nous retrouvions, j’ai appris que Tzara avait trouvé un nom pour le groupe, que tout le monde avait accepté. Ils cherchaient un nom parce que le mouvement était devenu très important. Tzara avait trouvé le mot dans le Larousse. »[7]

En 1921, l'apparente précision du témoignage de Hans Arp paraît disqualifiée par la description ironique des circonstances : « Tzara a trouvé le mot Dada le 8 février 1916 à 6 heures du soir ; j’étais présent avec mes 12 enfants lorsque Tzara a prononcé pour la première fois ce nom qui a déchaîné en nous un enthousiasme légitime. Cela se passait au Café de la Terrasse à Zurich et je portais une brioche dans la narine gauche. »[8]

Dada apparaît pour la première fois dans l'unique numéro de la revue Cabaret Voltaire publiée en mai 1916.

La controverse sur la naissance du nom Dada vient de Richard Huelsenbeck qui en a toujours revendiqué la paternité : « Le mot Dada a été découvert par hasard dans un dictionnaire allemand-français par Hugo Ball et moi, alors que nous cherchions un nom de théâtre pour Mme Le Roy, la chanteuse du Cabaret. »[9] Même si une lettre de H. Ball à R. Huelsenbeck du 28 novembre 1916 semble soutenir sa version : « Et finalement j’y ai également décrit Dada : le Cabaret et la Galerie. Tu auras donc eu le dernier mot de Dada comme tu as eu le premier » la récurrente revendication[10] de Huelsenbeck, ne résiste pas au fait que, appelé par Hugo Ball, il ne soit pas arrivé à Zurich avant le 11 février 1916[11]

Développement de Dada[modifier | modifier le code]

Sophie Taeuber-Arp, composition verticale-horizontale, 1916

Au bout de six mois, en juillet 1916, les protagonistes du Cabaret Voltaire veulent créer une revue et une galerie. Mais Hugo Ball s'oppose à l'idée de faire de Dada un mouvement artistique. Dans son manifeste, écrit à ce moment là, il donne la primauté au mot, et hésite à parler d'art : Le mot, messieurs, le mot est une affaire publique de tout premier ordre. Les dadaïstes créent tout de même une maison d'édition et une galerie. Le mouvement dérive des spectacles spontanés des cabarets à la programmation d'événements. Il converge vers la danse, probablement grâce à Sophie Taeuber. La galerie Dada, ouverte en janvier 1917, se révèle un succès, mais elle ne dure que quelques semaines. Hugo Ball, finalement, voyait dans cette galerie un effort pédagogique pour réviser les traditions littéraires et artistiques. Durant cette expérience, Huelsenbeck quitte le mouvement zurichois, l'assimilant à un petit commerce artistique, pour aller relancer Dada à Berlin[12].

À Berlin, Huelsenbeck passe quelque temps à étudier et réfléchir. Le mouvement est effectivement relancé à partir de quelques soirées au Café des Westens, en février 1918, par des artistes tels Huelsenbeck et Grosz. Leur posture est de se battre contre l'expressionnisme, de se présenter comme adversaires de l'art abstrait, d'aborder des sujets politiques tels la guerre - une nouveauté par rapport à l'époque zurichoise -, et d'intégrer le scandale maximum dans leur démarche. Dada pris un tour nettement offensif. Le public afflue à Berlin pour voir le phénomène et des soirées Dada s'organisent dans toute la ville. Les dadaïstes berlinois effectuent même une tournée en Tchécoslovaquie. En juin 1920 ils organisent une grande foire internationale Dada, mais le mouvement s'arrête quelque temps après, par épuisement des principaux protagonistes[13].

Un peu avant la fin de la guerre, des mouvements Dadas sont créés dans les grandes villes allemandes : Berlin, Hanovre et Cologne. Les différents Manifestes parviennent à Paris, malgré la censure et le « bourrage de crâne » contre tout « germanisme ».

Courant 1917 et 1918 le mouvement s'internationalise. À Zurich, l'improvisation des débuts est remplacée par une programmation plus institutionnalisée. De nouvelles personnalités, comme Walter Serner, émergent, et une visite au Cabaret Voltaire reste un passage obligé pour tous ceux qui veulent participer à Dada. Ainsi Francis Picabia s'y présente, publie un numéro spécial de sa revue 391 sur Zurich, tout en réalisant, à New-York, avec Marcel Duchamp et d'autres, des événements Dada, comme le salon des artistes indépendants, où est présentée (mais refusée) la Fontaine de Marcel Duchamp. Avec Arthur Cravan, Dada investit aussi le domaine du sport, avec à Madrid un combat mémorable, dès avril 1916, pour le titre de champion du monde de boxe[14].

Après quatre années passées à Zurich, Tristan Tzara décide de rejoindre Paris en 1919, pour donner à l'anarchie Dada un nouvel élan. Dès 1918 il avait commencé à collaborer à une des revues Dada parisienne, Littérature, ce qui l'avait rapproché des principaux artistes parisiens[15].

Au moins deux œuvres, qualifiées a posteriori de prédadaïstes, avaient déjà sensibilisé publics et artistes parisiens à la manière Dada : Ubu roi et le ballet Parade. Ces œuvres donnèrent des héros aux artistes : Alfred Jarry, l'auteur du premier, et Erik Satie. compositeur du second. Elles suscitèrent auprès du public une sorte d'attente de la provocation, si porteuse pour le mouvement Dada[16].

La fin de Dada[modifier | modifier le code]

Une image de Entr'acte, film de transition entre Dada et Surréalisme, par René Clair.

À Paris, bien que les premiers contacts avec les artistes locaux suscitent un enthousiasme mutuel, de nombreuses incompréhensions apparaissent. Certains défendent une tradition qu'ils disent zurichoise et refusent toute notion d'art ayant un caractère positif, voir toute notion d'art tout court, mais d'autres pensent que Dada porte en lui les germes d'une nouveauté. Les discussions, souvent violentes, entrainent une scission dans le mouvement Dada, le séparant d'un coté en artistes de tradition zurichoise, mouvement qui dépérira, et de l'autre coté des artistes qui se rassembleront autour de Breton et donneront le surréalisme[17].

Le mouvement vit au rythme des soirées et spectacles que les artistes organisent, spectacles qui cristallisent les différences de position, mais font souvent l'événement à Paris, dont notamment le festival Dada, à la salle Gaveau, le 26 mai 1920. Le public, en nombre, assista à des pièces de théâtre jamais répétées, des concerts impossibles à jouer, grâce à quoi le public se mit à crier au scandale, à envoyer tomates, œufs, et côtelettes de veau sur les interprètes. Tous les dadaïstes portaient un chapeau en forme d’entonnoir, Éluard un tutu de ballerine, le reste à l'avenant. Bien que les artistes soient tous en désaccord, cette soirée leur parut être une réussite[18].

Louis Aragon, dans son Projet d'histoire littéraire contemporaine, fait mourir dada dès 1921-1922. Il dit aussi que les Vingt-cinq poèmes de Tristan Tzara « l'avaient soûlé toute sa vie ». En novembre 1921, la revue belge Ça ira !, dans un numéro dirigé par Clément Pansaers, proclame que Dada est mort.

Selon l'historien Marc Dachy, le procès contre Maurice Barrès, en 1921, marque la décomposition véritable des dadaïstes. La Mise en accusation et jugement de Maurice Barrès pour crime contre la sûreté de l'esprit n'était pas sans déplaire à Tzara, Francis Picabia, Georges Ribemont-Dessaignes, Erik Satie, ou Clément Pansaers, qui s'opposaient à l'idée d'un tribunal, et plus particulièrement d'un tribunal révolutionnaire. Tzara n'intervient que comme témoin, laissant à Breton le soin de diriger le procès. Le procès tourne rapidement en plaisanterie, ce qui n'était pas le souhait de Breton.

  • Tzara s'exclame : « Je n'ai aucune confiance dans la justice, même si cette justice est faite par Dada. Vous conviendrez avec moi, monsieur le Président, que nous ne sommes tous qu'une bande de salauds et que par conséquent les petites différences, salauds plus grands ou salauds plus petits, n'ont aucune importance. »
  • Breton intervient : « Le témoin tient-il à passer pour un parfait imbécile ou cherche-t-il à se faire interner ? »
  • Tzara répond : « Oui, je tiens à me faire passer pour un parfait imbécile et je ne cherche pas à m'échapper de l'asile dans lequel je passe ma vie. »

Le fondateur du mouvement quitte violemment la salle, aussitôt suivi par Picabia et ses amis, au moment où Aragon commence son plaidoyer, plus contre le tribunal que contre Barrès, qui fut d'ailleurs condamné à vingt années de travaux forcés.

Au mois de juin suivant, le salon Dada organisé par Tzara à Paris est dédaigné par André Breton, et Marcel Duchamp refuse tout envoi pour cette exposition, à l'exception d'un télégramme avec les deux mots : « Pode Balle ».

La soirée Dada[19] du 6 juillet 1923 organisée par Tristan Tzara au théâtre Michel[20] marque la rupture définitive entre Dadaïstes et surréalistes (André Breton, Robert Desnos, Paul Éluard et Benjamin Péret). Face aux violentes interruptions des surréalistes : Breton, d'un coup de sa canne, casse le bras de Pierre de Massot, un journaliste (et non Tzara) appelle la police qui intervient. La soirée prévue le lendemain est annulée[21].

L'art Dada[modifier | modifier le code]

Artistes Dadas[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Artistes Dada.


Écrivains, peintres, plasticiens, cinéastes, danseurs, photographes et même quelques musiciens, Dada a traversé toutes les expressions artistiques de son temps[22].

Jean (ou Hans) Arp
  • Symétrie pathétique broderie d'après un dessin de Jean Arp.
  • Fleur-marteau
Beatrice Wood et Marcel Duchamp en 1917
Alfred Stieglitz, photographie[23] de la Fontaine de Marcel Duchamp, 1917.
Marcel Duchamp
Suzanne Duchamp
  • Ariette. D'oubli de la chapelle étourdie (1920).
  • Ready-made malheureux de Marcel (1919), traité de géométrie à suspendre à son balcon.
Max Ernst
  • La bicyclette graminée garnie de grelots, les grisons grivelés et les échinodermes courbants l'échine pour quêter des caresses (1920-1921).
George Grosz
  • Remember Uncle August, the Unhappy Inventor (1919).
Raoul Hausmann
  • L'Esprit de notre temps, (Der Geist unserer Zeit), tête mécanique (1919).
Hannah Höch
  • Paire de mariés bourgeois (1927), huile sur toile représentant un mannequin en bois habillé de voile blanc aux côtés d'un marié en frac.
  • Da-Dandy, collage.
Richard Huelsenbeck
  • Almanach Dada, traduit de l'allemand par Sabine Wolf, notes de Sabine Wolf et Michel Giroud, édition bilingue, Paris, Champ libre, 1980.
Clément Pansaers
Francis Picabia
  • Jeune fille (1920), une encre sur papier.
  • Volucelle II (1922).
  • Dresseur de chien (1923) qui annonce le Dresseur d'animaux (1937).
  • Lettres à Christine (1945-1951), suivi de Ennazus, édition établie par Jean Sireuil, présentation de Marc Dachy, Paris, éditions Gérard Lebovici, 1988.
Man Ray, Rrose Sélavy, 1921
Man Ray
  • Lautgedicht (1924).
Georges Ribemont-Dessaignes
  • Dada, Manifestes, poèmes, nouvelles, articles, projets, théâtre, cinéma, chroniques (1915-1929), nouvelle édition revue et présentée par Jean-Pierre Begot, Paris, éditions Champ libre, 1978.
Kurt Schwitters
  • Merz Picture 46 A (The Skittle Picture) (1921), un cadre et des petits objets fixés.
Sophie Taeuber-Arp
  • Gardes (1918), une sculpture articulée évoquant l'univers des marionnettes.
  • Triptyque abstrait (1918), une huile sur toile avec application de feuilles d'or.
  • Masque de Janco (1918), masque.
  • Tête dada (1918).
  • Composition abstraite (1919), un collage.
Beatrice Wood
  • Un peu d'eau dans du savon (1917), collage loufoque avec un dessin de femme nue dont le sexe est caché sous un vrai savon.
Otto Dix
  • Pragerstrasse (1920).
Tzara, Janco et Huelsenbeck
  • L'amiral cherche une maison à louer (1916), poème simultané en français, anglais et allemand caractéristique et très fidèle à la philosophie Dada.

Principaux foyers Dadas[modifier | modifier le code]

La culture Dada[modifier | modifier le code]

Dada et l'humour[modifier | modifier le code]

Après la Première Guerre mondiale, les jeunes ont besoin d'exprimer leur jubilation d'être en vie, la guerre finie et la paix retrouvée. La vie a vaincu la mort, la paix a vaincu la guerre, l'enfance et l'insouciance sont de retour et vont pouvoir s'exprimer. En 1963, Tristan Tzara a dit : « Dada n'était pas seulement l'absurde, pas seulement une blague, dada était l'expression d'une très forte douleur des adolescents, née pendant la guerre de 1914. Ce que nous voulions c'était faire table rase des valeurs en cours, mais, au profit, justement des valeurs humaines les plus hautes. »

Dada et l'érotisme[modifier | modifier le code]

En 1920, Tristan Tzara nomme des « présidentes dada », les plus anticonformistes possibles et à l'originalité débridée. Les « jeunes filles dada », les « Dada's girls » dansent en solo avec ou sans masque, comme Sophie Taeuber. Elles font tourner les têtes et suscitent l'enthousiasme, mais aussi les huées. Une "Dada dance" bien connue consiste à mettre ses bras en l'air (épaule perpendiculaire au tronc et avant-bras perpendiculaire au corps) et à sauter en même temps. Emmy Hennings, compagne de Hugo Ball, fonda avec lui, le cabaret Voltaire à Zurich, dont elle devint l'âme en animant ses soirées, par la danse, le chant et la poésie.

L'américaine Clara Tice, peintre caricaturiste et poète, horrifie la prude société américaine avec ses dessins de femmes nues accompagnées d'animaux, illustrant de manière érotique les Fables de La Fontaine. Ses œuvres seront confisquées par la police. Une autre américaine, Beatrice Wood réalise aussi des œuvres à forte connotation érotique.

Valeska Gert crée ses « danses » lors de certaines soirées berlinoises. Bien loin du classique Lac des cygnes, elles ouvrent la voie à la libération du corps des femmes et au nudisme. Renée Dunan, élevée au couvent, mais grande admiratrice du marquis de Sade, se libère, se proclame « dadaïste de la première heure », et défraie la chronique, sous divers pseudonymes, dont « Marcelle la Pompe » et « M. de Steinthal », en hommage à Stendhal et à l'écrivain aventurier Casanova de Seingalt.

Citations Dadas[modifier | modifier le code]

  • Jean Arp : « Vous aussi, bel homme, jolie femme, vous êtes dada, seulement vous ne le savez pas. Demain dada aura un visage différent d'aujourd'hui et pour cette raison sera dada. Dada, c'est la vie. »
  • « Dada est un cri, c'est le vide érigé en art de vivre. »
  • Hugo Ball : « Ce que nous appelons dada est une bouffonnerie issue du néant. »
  • Hannah Höch a développé, avec son compagnon Raoul Hausmann, le photomontage « en voulant suggérer, avec des éléments empruntés au monde des machines, un monde onirique, nouveau et parfois terrifiant. » né de l'envie de « faire une chose belle et une joie pour toujours, d'éléments dont on n'attendait plus ni beauté ni joie. »
  • Francis Picabia : « Rien pour demain, rien pour hier, tout pour aujourd'hui. »
  • Kurt Schwitters :
    • « Il n’y a pas d’art relevant d’une classe déterminée d'hommes et y en aurait-il qu’il serait sans importance pour la vie. A ceux qui veulent créer un art prolétarien, nous posons la question : « Qu'est-ce que l'art prolétarien ? » Est-ce l'art fait par les prolétaires eux-mêmes ? Ou un art au seul service du prolétariat ? Ou un art destiné à éveiller les instincts prolétariens (révolutionnaires) ? Il n'y a pas d'art fait par les prolétaires parce qu'un prolétaire qui crée de l'art n'est plus un prolétaire mais un artiste. Un artiste n'est ni prolétaire ni bourgeois et ce qu'il crée n'appartient ni au prolétariat ni à la bourgeoisie mais à tous. L'art est une fonction spirituelle de l'homme et vise à le délivrer du chaos de la vie (du tragique). L'art est libre dans l'utilisation de ses moyens et relève de ses lois propres et de ses lois propres seulement ; dès l'instant où une œuvre est une œuvre d'art, elle est largement au-dessus des différences de classes prolétariat-bourgeoisie. Si l'art devait servir exclusivement le prolétariat, nonobstant le fait que le prolétariat est contaminé par les goûts de la bourgeoisie, cet art serait aussi limité qu'un art spécifiquement bourgeois. Un tel art ne serait pas universel, ne prendrait pas ses racines dans le sentiment national universel mais dans des considérations individuelles, sociales, limitées dans le temps et dans l'espace. Si l'art devait éveiller des instincts à tendance prolétarienne, il se servirait en somme des mêmes moyens que l'art religieux ou nationaliste. Aussi banal que cela paraisse, en vérité il revient au même de peindre une Armée rouge avec Trotsky à sa tête ou une armée impériale avec Napoléon à sa tête. Pour la valeur d'un tableau en tant qu'œuvre d'art, il n'y a pas lieu d'éveiller des instincts prolétariens ou des sentiments patriotiques. L'un comme l'autre sont, du point de vue de l'art, une escroquerie. L'art a pour seul devoir d'éveiller par ses propres moyens les forces créatrices de l'homme, son but est la maturité de l'homme, non pas du prolétaire ou du bourgeois. Seuls des talents limités sont amenés, par manque de culture et par étroitesse de vue, à produire de manière bornée quelque chose comme de l'art prolétarien (de la politique en peinture). L'artiste, lui, renonce au champ spécifique des organisations sociales. L'art que nous voulons, cet art n'est ni prolétarien ni bourgeois parce qu'il doit déployer des énergies assez fortes pour influer sur l'ensemble de la culture au lieu de se laisser influencer par les rapports sociaux. » Trad. Marc Dachy
  • Tristan Tzara :
    • « Dada reste dans le cadre européen des faiblesses, c'est tout de même de la merde, mais nous voulons dorénavant chier en couleurs diverses, pour orner le jardin zoologique de l'art de tous les drapeaux des consulats do do bong hiho aho hiho aho. », (Premier manifeste Dada).
    • « Dada ne signifie rien. »
    • « Dada est un microbe vierge. »
    • En 1922, lors d'une conférence à Weimar et Iéna, il dit : « Dada met une douceur artificielle sur les choses, une neige de papillons sortis du crâne d'un prestidigitateur. »
  • Plus tard, il dira :
    • « Dada est la danse des impuissances de la création. »
    • « Les débuts de dada n'étaient pas les débuts d'un art mais ceux d'un dégoût. »
    • En 1963, il dit : « Dada n'était pas seulement l'absurde, pas seulement une blague, dada était l'expression d'une très forte douleur des adolescents, née pendant la guerre de 1914. Ce que nous voulions c'était faire table rase des valeurs en cours, mais, au profit, justement des valeurs humaines les plus hautes. »

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Michel Sanouillet, Dada à Paris, CNRS Éditions, 1965-2005, p. 6-7.
  2. Marc Dachy, Archives dada – Chroniques, Éditions Hazan, Paris 2005, p. 10 & Laurent Le Bon, Dada, Éditions du Centre Pompidou, Paris 2005, p. 202.
  3. Laurent Le Bon, Dada, Éditions du Centre Pompidou, Paris 2005, p. 990.
  4. Marc Dachy, Archives dada – Chroniques, Éditions Hazan, Paris 2005, p. 20.
  5. Henri Béhar & Michel Carassou, Dada, histoire d’une subversion, Fayard, Paris 1990-2005, p. 8.
  6. Manuscrit français cité dans Marc Dachy, Dada & les dadaïsmes, Gallimard, Paris, 1994, Folio essais, 2011, p. 98.
  7. Marc Dachy, Archives dada – Chroniques, Éditions Hazan, Paris 2005, p. 29.
  8. Déclaration parue dans la revue ‘’Dada au grand air’’ numéro 8, citée dans Dachy, Dada & les dadaïsmes, op. cit. p. 97.
  9. En avant Dada. Die Geschichte des Dadaismus, Hanovre/Leipzig, Paul Steegermann, 1920, cité dans Dada & les dadaïsmes, op. cit. p. 97.
  10. Almanach Berlin, 1920 : « un mot fut né, on ne sait pas comment », cité dans Dada & les dadaïsmes, op. cit.. p. 98.
  11. Dachy, Dada & les dadaïsmes, op. cit. p. 97.
  12. Roselee Goldberg, La Performance : Du futurisme à nos jours, Thomas & Hudson / L'univers de l'art (ISBN 978-2-87811-380-8), p. Chapitre 3 / Dada : la revue et la galerie
  13. Roselee Goldberg, La Performance : Du futurisme à nos jours, Thomas & Hudson / L'univers de l'art (ISBN 978-2-87811-380-8), p. Chapitre 3 / Dada : Huelsenbeck à Berlin
  14. Roselee Goldberg, La Performance : Du futurisme à nos jours, Thomas & Hudson / L'univers de l'art (ISBN 978-2-87811-380-8), p. Chapitre 3 / Dada : Dada à New-York et à Barcelone
  15. Roselee Goldberg, La Performance : Du futurisme à nos jours, Thomas & Hudson / L'univers de l'art (ISBN 978-2-87811-380-8), p. Chapitre 3 / Dada : La fin de Dada à Zurich
  16. Roselee Goldberg, , Thomas & Hudson / L'univers de l'art (ISBN 978-2-87811-380-8),  Chapitre 4 / Le surréalisme : Les représentations pré-Dada à Paris.
  17. Roselee Goldberg, La Performance, du futurisme à nos jours, Thomas & Hudson / L'univers de l'art (ISBN 978-2-87811-380-8), chap 4 le surréalisme / de Dada au surréalisme
  18. Roselee Goldberg, La Performance, du futurisme à nos jours, La Performance, du futurisme à nos jours (ISBN 978-2-87811-380-8), chap 4 le surréalisme / Salle Gaveau, mai 1920
  19. Dite du Cœur à barbe pour la postérité.
  20. L'affiche de la manifestation est conçue par Ilia Zdanevitch. Au programme : projection du film de Charles Scheeler Fumées de New York, représentation du Cœur à barbe de Tzara dont les costumes sont de Sonia Delaunay.
  21. Marguerite Bonnet, André Breton, œuvres complètes, tome 1, Gallimard, La Pléiade, Paris, 1988, page XLVI, Le Bon, op. cit., p. 269 & Michel Sanouillet, Dada à Paris, éd CNRS 1965-2005, p. 333.
  22. L'exposition 2005 du Centre Georges-Pompidou a présenté plus de deux mille pièces
  23. Image publiée dans The Blind Man, 2, New York, mai 1917, p. 4. Voir une reproduction d'un tirage au gélatino-bromure d’argent original ici.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Publications par les Dadas
  • Sept Manifestes Dada de Tristan Tzara - 1924 Cet ouvrage est publié alors que Dada est officiellement mort. La publication est une sorte de concurrence avec le surréalisme naissant (Manifeste du surréalisme, André Breton, 1924).
  • Georges Ribemont-Dessaignes, Dada. Manifestes, poèmes, nouvelles, articles, projets, théâtre, cinéma, chroniques (1915-1929), éditions Champ libre.
Fac-similés
Publications critiques
  • François Buot, Tristan Tzara, Paris, Grasset.
  • Marc Dachy, Journal du mouvement Dada 1915-1923, Genève, Albert Skira, 1989 (Grand Prix du Livre d'Art, 1990)
  • Marc Dachy. Tristan Tzara Dompteur des Acrobates, Dada Zurich. Textes de Richard Huelsenbeck & Emil Szittya. Lettres de Guillaume Apollinaire & Hugo Ball, Paris, L'Echoppe, 1992.
  • Marc Dachy, Dada & les dadaïsmes, Paris, Gallimard, 1994. Re-édité dans la collection Folio essais en 2011.
  • Marc Dachy, Dada au Japon, Paris, PUF, 2002.
  • Marc Dachy, Dada, la révolte de l'art, Paris, Gallimard / Centre Pompidou, Découvertes no 476 , 2005.
  • Marc Dachy, Archives Dada - Chronique, Paris, Hazan, 2005.
  • Gérard Durozoi, Dada et les arts rebelles, Paris, Hazan, Guide des arts"", 2005
  • Laurent Lebon (sous la direction de), Dada, catalogue d'exposition, Centre Pompidou, 2005.
  • Maurice Lemaître, Le Lettrisme devant dada et les nécrophages de dada, Centre de Créativité, Paris 1967.
  • Maurice Lemaître, Le Théâtre dadaïste et surréaliste, Centre de Créativité, Paris 1967. Fondation Bismuth-Lemaître, 13, rue de Mulhouse, 75002 Paris.
  • Serge Lemoine, Dada, Paris, Hazan, coll. L'Essentiel.
  • Giovanni Lista, Dada libertin & libertaire, Paris, L'insolite, 2005.
  • Christian Niquaise, Tristan Tzara : les livres, Rouen, L'Instant perpétuel, Rouen, 2005.
  • Michel Sanouillet, Dada à Paris, Paris, Jean-Jacques Pauvert, 1965, Flammarion, 1993, CNRS, 2005.
  • Michel Sanouillet, Dada in Paris, Cambridge, Massachusetts, The MIT Press, 2009.
  • Aurélie Verdier, L'ABCdaire de Dada, Paris, Flammarion, 2005.

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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