Marcel Déat

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Marcel Déat
Marcel Déat, député de Paris (1932).
Marcel Déat, député de Paris (1932).
Fonctions
Ministre de l'Air
24 janvier 19364 juin 1936
Gouvernement Albert Sarraut II
Prédécesseur Victor Denain
Successeur Pierre Cot
Député
19391940
Groupe politique USR (1939-1940)
19321936
Groupe politique PSdF (1932-1936)
19261928
Groupe politique SFIO (1926-1928)
Biographie
Date de naissance 7 mars 1894
Date de décès 5 janvier 1955 (à 60 ans)
Résidence Marne
puis Seine
puis Charente

Marcel Déat, né à Guérigny (Nièvre) le 7 mars 1894 et mort à San Vito, près de Turin, le 5 janvier 1955, est un homme politique français, socialiste, puis néo-socialiste, et collaborationniste.

Normalien, journaliste et intellectuel, il est député SFIO de 1926 à 1928 et de 1932 à 1936. En 1933, il est exclu du parti pour ses doctrines de plus en plus autoritaristes, ses positions d'union nationale et de soutien au cabinet Daladier. Il participe à la création le 5 novembre 1933 du Parti socialiste de France et devient le chef de file des néo-socialistes, séduits de plus en plus par les modèles fascistes. Ministre de l'Air en 1936, dans le cabinet Sarraut, député « rassemblement anticommuniste » en 1939, il devient le fondateur en 1941 du Rassemblement national populaire, parti collaborationniste, qui se déclare socialiste et européen. Il termine sa carrière politique en 1944 comme ministre du Travail et de la Solidarité nationale dans le gouvernement de Vichy, et s'enfuit à Sigmaringen avec le dernier carré des ultra-collaborationnistes, puis en Italie.

Biographie[modifier | modifier le code]

La SFIO (1914-1933)[modifier | modifier le code]

Il est issu d’un milieu modeste, républicain et patriote. Il fait des études brillantes, et entre en 1914 à l’École normale supérieure après avoir été l’élève d'Alain, professeur actif au Parti radical[1]. La même année, il adhère à la SFIO, plus par « idéalisme philosophique que par matérialisme ».

Il est mobilisé au front pour la guerre, qu’il termine avec le grade de capitaine. Sous le pseudonyme de Taëd, il publie Cadavres et maximes, philosophie d’un revenant, où il exprime son horreur de la guerre, des tranchées, qui explique un pacifisme viscéral qui sera déterminant pour ses choix dans sa carrière. Il est aussi fasciné par la discipline collective et pour la camaraderie au front.

En 1918, il reprend ses études et passe l’agrégation de philosophie avant de s’orienter vers la sociologie, sous la tutelle de Célestin Bouglé, sociologue radical et ami d’Alain. Bouglé place Déat au secrétariat du Centre de documentation sociale de l'École normale supérieure de la rue d’Ulm.

À la scission socialiste de Tours, il se situe à droite de la SFIO, dans le groupe de la Vie socialiste, aux côtés de Renaudel.

En 1925, il est élu conseiller municipal de Reims, où il enseigne. À la faveur d’une élection partielle, en 1926, il est élu à la Chambre des députés, mais est battu en 1928. À cette époque, Léon Blum cherche à favoriser quelques jeunes car la montée dans la hiérarchie du parti est difficile. Il nomme Déat, considéré comme son dauphin, secrétaire du groupe parlementaire de la SFIO. Il fonde un centre documentaire pour ces parlementaires.

En 1930, il participe au troisième cours universitaire de Davos, avec de nombreux autres intellectuels français et allemands.

En 1931, Déat publie Perspectives socialistes, un ouvrage théorique de réflexion sur la doctrine socialiste. Il pense qu’il faut s’adapter à l’évolution de la société capitaliste qui ne paraît pas s’autodétruire, contrairement aux prédictions marxistes. L’État doit avoir un rôle privilégié dans la gestion de la propriété, qui doit être individuelle. Déat est contre la collectivisation et contre la révolution, car le chaos est selon lui le credo des fascistes. En ces points, il s’oppose farouchement aux marxistes, mais se rapproche des planistes. Déat pense qu’il faut passer par un régime intermédiaire, et non pas attendre le vide politique pour que le socialisme s'installe.

En 1932, il est élu député du 20e arrondissement de Paris, aux dépens de Jacques Duclos, qui avait lui-même battu Léon Blum en 1928.

Le Parti socialiste de France-Union Jean Jaurès (1933-1935)[modifier | modifier le code]

En 1933, Déat adhère au Parti socialiste de France-Union Jean Jaurès (PSdF) né en 1933 d'une scission des franges réformiste, planiste et néo-socialiste de la SFIO exclues par le Congrès du 5 novembre 1933. Majoritaires dans le groupe parlementaire, ces futurs exclus étaient minoritaires au sein du parti, en butte à l'hostilité de l'aile gauche (pivertistes) et des centristes (blumistes). Ce mouvement qui veut « renforcer l’État contre la crise économique » s’ouvre aux classes moyennes et participe aux gouvernements non socialistes.

L'Union socialiste républicaine (1935-1940)[modifier | modifier le code]

Marcel Déat, ministre de l'Air (1936).

Déat et ses proches, Renaudel, Marquet et Montagon fusionnent le PSdF avec deux autres groupes de gauche modérée pour former en 1935, l’Union socialiste républicaine. Déat est membre du comité de vigilance des intellectuels antifascistes (CVIA). Déat est ministre de l’Air en 1936, dans le cabinet Sarraut. Le pacifisme est une donnée importante de son engagement. L’USR se rallie au gouvernement Blum après la victoire du Front populaire. Il est battu aux élections législatives de 1936.

À l'époque du Front populaire, Marcel Déat rencontre Charles de Gaulle à plusieurs reprises grâce à un proche de ce dernier, l'avocat Jean Auburtin ; les deux hommes s'apprécient et restent en contact jusqu'à la veille de la Seconde Guerre mondiale[2]. De Gaulle écrit à Auburtin en novembre 1937[3] : « Déat a sans aucun doute un grand talent et une haute valeur. C'est de quoi on lui en veut. Mais patience, je crois qu'on le verra remonter et aller très haut. »

Marcel Déat qui a été orateur en 1933 à un rassemblement de protestation contre l’antisémitisme hitlérien[4], pourfend tout au long des années 1930 le racisme et l'antisémitisme. Il prend la parole à des diverses réunions antinazies de la LICA[5]. Il participe en novembre 1935 à une réunion de protestation des lois de Nuremberg et affirme : « nous sommes un peuple de métis ». Invoquant Hegel, Fichte, Schelling, Kant, Goethe et Schiller, il souhaite que l’Allemagne renoue avec l’humanisme et retrouve son véritable visage. Prosioniste, il est au comité France-Palestine, au Comité de défense des droits des israélites en Europe centrale et orientale[6],[7]. Le droit de vivre, journal de la LICA, dans son numéro du 25 avril 1936, appela à voter Déat et publia sa photo. Associé à la LICA autant qu’à d’autres structures projuives, Déat est l’un des hommes politiques français qui protestent le plus contre l’antisémitisme et le racisme dans les années 1930[8].

En 1939, il est élu député à Angoulême, pour le « rassemblement anticommuniste », après avoir perdu son ancien mandat au profit d’un communiste.

Pacifiste depuis toujours, il publie en 1939 dans L'Œuvre un article retentissant dénonçant les garanties données par la Grande-Bretagne à la Pologne et s’insurge contre l’idée que les ouvriers et paysans français aient à verser leur sang pour une cause aussi lointaine. Il sourit de la forfanterie des Polonais qui s’estiment en mesure d’affronter victorieusement l’armée allemande et ses divisions blindées[8],[9] : « Combattre aux côtés de nos amis polonais pour la défense commune de nos territoires, de nos biens, de nos libertés, c’est une perspective qu’on peut courageusement envisager, si elle doit contribuer au maintien de la paix. Mais mourir pour Dantzig, non ! »

Il accuse les dirigeants de la Troisième République qu'il accuse de bellicisme d'être manipulés par une Angleterre capitaliste cherchant à défendre son empire économique en se servant de la France. Il appuie logiquement l'armistice du 22 juin 1940 par Pétain et la nomination de Pierre Laval comme vice-président du Conseil.

Le Rassemblement national-populaire (1941-1944)[modifier | modifier le code]

Allié politique de Laval et des Allemands, mais détesté par Pétain, Déat part pour Paris et tente d'unifier les mouvements collaborateurs de la zone Nord en vue de créer un parti unique, qui serait le fer de lance d'une révolution nationale-socialiste ayant pour modèle ses voisins allemand et italien. Il propose à Pétain de former sous son patronage un comité pour la constitution du parti unique, dont-lui-même serait le président. Pétain, qui ne souhaitera pas donner suite, demande la rédaction d'un rapport. En dehors de Xavier Vallat, la plupart des membres, Charles Spinasse, Paul Rives, René Chateau viennent du partis socialiste et du parti radical, ce qui donne à l'ensemble une nette tonalité de gauche[10]. Pétain, influencé par son entourage conservateur, ne donnant pas suite à ce projet totalitaire, Déat, s'éloigne alors peu à peu de Vichy et de sa politique qu'il juge trop frileuse et réactionnaire et se rapproche des Allemands. Durant quatre ans, il affirme quotidiennement dans L'Œuvre son désaccord avec Vichy, tout en se gardant d'attaquer Pétain ou Laval, qui pourraient lui obtenir un poste au gouvernement.

À la suite de l'échec de sa tentative pour former un parti unique, il entreprend, aidé de parlementaires de gauche et de droite, la constitution d’un parti unique destiné à promouvoir les valeurs du nouveau régime mais se heurte à l’hostilité de l’entourage du Maréchal, trop conservateur pour être tenté par l’aventure totalitaire. Il fonde le RNP et après le départ des éléments droitiers, Déat réorganise sur une base idéologique homogène son parti en réservant les postes à des militants socialistes et syndicalistes[11]. Dans ses écrits, Déat se réclame de la tradition républicaine et révolutionnaire et affirme et loue la parenté entre le jacobinisme et le totalitarisme : « L’État révolutionnaire de 1793 est singulièrement proche de l’État totalitaire ; ce n'est pas du tout l'Etat capitaliste et libéral (...). Dison en raccourci que la Révolution française a tendu vers un national-démocratisme, et que nous tendons maintenant à un national-socialisme. Mais le premier mouvement était aussi révolutionnaire que le second, il avait le même sens, il allait dans la même direction. Il est absolument faux de vouloir les opposer l'un à l'autre.[12]. » La tonalité spécifique du déatisme, faite de surenchère collaborationniste et de défense d'une ligne de gauche républicaine, se traduit par des prises de protestation contre la révocation des maires de gauche, contre les campagnes visant les francs-maçons et les instituteurs et dans le même temps la célébration d'un Hitler imaginaire, qu'il décrit comme désireux d'effacer les frontières au profit d'échanges économiques, édifiant une Europe pacifiée, unie et socialiste[13]. Sur le plan idéologique, le RNP est favorable à un régime fasciste et totalitaire dans une Europe unifiée et socialiste. Il verse dans un antisémitisme un peu moins violent que le PPF. Il ne renie cependant pas tout son héritage républicain, laïc et pacifiste, ce qui le différencie radicalement de son grand rival, le PPF de Doriot. Ainsi, le RNP défend le principe du suffrage universel, l’école publique, une ligne anti-cléricale, la forme républicain de l'État ou encore le maintien des bustes de Marianne dans les mairies[14]. Ces idées entraînent une opposition constante entre le RNP et les éléments conservateurs ou réactionnaires du début du régime de Vichy.

Le Rassemblement national populaire souffre cependant de la concurrence des autres partis de la zone Nord, et notamment du PPF de Doriot.

Au fil des mois, Déat s'engage dans une fuite en avant motivée par l'attraction du pouvoir et l'interdit de renier ses engagements de l'été 1940. Le 27 août 1941, il est blessé dans l'attentat de Paul Collette contre Laval, alors qu'ils passent en revue les troupes de la LVF.

Le 16 mars 1942, lors d'une conférence au théâtre de Tours, un engin explosif artisanal est lancé des troisièmes galeries, mais la mèche se détache en heurtant le pupitre. Les auteurs de l'attentat, Georges Bernard et Maxime Bourdon, responsables du Front national, ainsi que Louis André et Maurice Beaufils, seront retrouvés et fusillés en compagnie de quatre autres jeunes communistes, selon un témoin de l'attentat.

Sous la pression des Allemands, Déat entre le 16 mars 1944 dans le gouvernement comme ministre du travail et de la solidarité nationale de Pierre Laval et appuie une politique de collaboration totale avec l'Allemagne. Le conflit qui l'oppose à Laval bloque cependant toute initiative de sa part. Il essaye néanmoins d'imprimer sa marque et confie à Ludovic Zoretti le projet de création d'une université ouvrière[15].

L'exil (1944-1955)[modifier | modifier le code]

Il s'enfuit à l'été 1944 et conserve le titre de ministre du travail au sein de la Commission gouvernementale à Sigmaringen. En avril 1945, il quitte l’Allemagne pour l’Italie, où il finira ses jours sous un nom d'emprunt, converti au catholicisme, dans le couvent de San Vito, près de Turin. Il est condamné à mort par contumace à la Libération.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Max Bonnafous - Marcel Déat - Adrien Marquet - Barthélémy Montagnon, Néo-socialisme ? Ordre, autorité, nation, Paris, Grasset, 140 pages, 1933. Discours prononcés au Congrès socialiste de juillet 1933.
  • Le Plan français : doctrine et plan d'action, Comité du Plan, Paris, Fasquelle, 199 pages, 1936. Préface de Marcel Déat.
  • Marcel Déat, De la fausse collaboration à la vraie révolution, décembre 1941-janvier 1942, Paris, Rassemblement national populaire, 47 pages, 1942. Recueil d'articles extraits de L'Œuvre (30 décembre 1941 - 13 janvier 1942) et d'un exposé prononcé à Radio-Paris (5 janvier 1942).
  • Marcel Déat, Le Parti unique, Paris, Aux Armes de France, 183 pages, 1943. Articles parus dans L'Œuvre (18 juillet-4 septembre 1942).
  • Dominique Sordet (ed.), Le Coup du 13 décembre, Paris, impr. de Guillemot et de Lamothe, 47 pages, 1943. Article de Marcel Déat : "Il faut les chasser".
  • Marcel Déat, Mémoires politiques, Paris, Denoël, 990 pages, 1989. Introduction et notes de Laurent Theis ; épilogue par Hélène Déat.
  • Marcel Déat, Discours, articles et témoignages, Coulommiers, Éd. Déterna, « Documents pour l'histoire », 149 pages, 1999.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Reinhold Brender, Kollaboration in Frankreich im Zweiten Weltkrieg. Marcel Déat und das Rassemblement National Populaire, (Studien zur Zeitgeschichte, vol. 38), Munich, R. Oldenbourg Verlag, 338 pages, 1992.
  • Philippe Burrin, La Dérive fasciste. Doriot, Déat, Bergery 1933-1944, Paris, Éditions du Seuil, 530p, 1986 (édition de poche avec une préface inédite, 2003).
  • Jean-Paul Cointet, Marcel Déat : du socialisme au national-socialisme, Paris, Perrin, 418 pages, 1998.
  • Claude Varennes (pseudonyme de Georges Albertini), Le destin de Marcel Déat : un témoignage de première main sur l'histoire de 4 années terribles, Paris, Janmaray, 254 pages, 1948.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Cofondateur, dans les années 30, du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes (CVIA) que Déat rejoindra
  2. Dominique Venner, De Gaulle, la grandeur et le néant, Monaco, Éditions du Rocher, 2004, p. 29.
  3. Charles de Gaulle, Lettres, Notes et Carnets, 1919-juin 1940, Paris, éd. Plon, 1980, p. 458.
  4. L'annonce du meeting : « Les protestations contre l'antisémitisme nazi », L'Intransigeant, 14 avril 1933.
  5. Le droit de vivre, mai 1933, septembre-octobre 1933 (rubrique : « La vie de la Ligue »).
  6. Simon Epstein, Un paradoxe français. Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, éd. Albin Michel, 2008, p. 198.
  7. « Nos échos », L'univers israélite, 7 février 1936, p. 306.
  8. a et b Simon Epstein, Un paradoxe français. Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, éd. Albin Michel, 2008, p. 199.
  9. Marcel Déat, « Mourir pour Dantzig », L'Œuvre, 4 mai 1939.
  10. Dominique Venner, Histoire de la Collaboration, éd. Pygmalion, Gérard Watelet, 200, p. 127.
  11. Simon Epstein, Un paradoxe français. Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, éd. Albin Michel, 2008, p. 200.
  12. Marcel Déat, Pensée allemande et pensée française, éd. Aux Armes de France, juin 1944, p. 38-39.
  13. Dominique Venner, Histoire de la Collaboration, éd. Pygmalion, Gérard Watelet, 200, p. 578.
  14. Pascal Ory, Les collaborateurs
  15. Simon Epstein, Un paradoxe français. Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, éd. Albin Michel, 2008, p. 217.