Jacques Bouveresse

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Jacques Bouveresse

Philosophe occidental

Époque contemporaine

Description de cette image, également commentée ci-après

Jacques Bouveresse en 2009

Naissance 20 août 1940 (73 ans) à Épenoy
École/tradition positivisme logique
rationalisme
philosophie analytique
Principaux intérêts logique
philosophie du langage
philosophie des sciences
épistémologie
Influencé par Cercle de Vienne
Philosophie des Lumières
Wittgenstein
Bolzano

Jacques Flavien Albert Bouveresse est un philosophe français né le 20 août 1940 à Épenoy.

Influencé par Wittgenstein[1], le cercle de Vienne et la philosophie analytique[2], il défend une position rationaliste dont le prolongement éthique est la modestie intellectuelle. Les valeurs de clarté, de précision et de mesure, qui définissent pour une part la rationalité, se traduisent, du point de vue moral, par une dénonciation satirique des abus dont peuvent se rendre coupable les milieux intellectuels en général et le milieu philosophique en particulier.
C’est dans cet esprit que Bouveresse a étudié les œuvres de Wittgenstein[1], Robert Musil et Karl Kraus. Ses domaines d’étude comprennent la philosophie de la connaissance, des sciences, des mathématiques, de la logique et du langage, et la philosophie de la culture.

Il est le neveu de l'abbé Bernard Bouveresse, résistant, le cousin germain de Renée Bouveresse, philosophe et psychologue, et un cousin lointain de l'abbé Alfred Bouveresse, spécialiste d'histoire régionale et de toponymie.

Il a été élu en 1995 au Collège de France, où il a intitulé sa chaire Philosophie du langage et de la connaissance. Depuis 2010, il est professeur honoraire de cette institution.

Jacques Bouveresse est également membre du comité de parrainage scientifique de l'Association française pour l'information scientifique (AFIS) et de sa revue Science et pseudo-sciences.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né le 20 août 1940 à Épenoy, dans le Doubs (France), dans une famille paysanne, Jacques Bouveresse fait ses études secondaires au séminaire de Besançon. Il passe deux années de préparation au baccalauréat de philosophie et de philosophie scolastique à Faverney, en Haute-Saône. Il suit les classes préparatoires littéraires au lycée Lakanal de Sceaux, et entre en 1961 à l'École normale supérieure de la rue d'Ulm, où il est un élève particulièrement brillant. En 1965, il est reçu premier à l'agrégation de philosophie.

Il devient rapidement un spécialiste du positivisme logique. Il se voit ainsi confier le chapitre correspondant dans l'Histoire de la philosophie dirigée par François Châtelet, dont il est un des plus jeunes contributeurs.

Sous la direction d'Yvon Belaval, il soutient en 1975 sa thèse de doctorat d'État sur Wittgenstein, intitulée Le mythe de l'intériorité : éxpérience, signification et langage privé chez Wittgenstein.

Dès ses premiers travaux, il a construit son chemin intellectuel en marge des grandes modes philosophiques, s'inscrivant ainsi dans la lignée discrète de la philosophie des sciences de Jean Cavaillès, Georges Canguilhem ou Jean-Toussaint Desanti. En 1976, Wittgenstein était encore peu connu en France, de même que le positivisme logique. Il s'est ouvert à ces domaines grâce, en particulier, aux cours de Jules Vuillemin et de Gilles-Gaston Granger, pour lesquels il a gardé une amitié constante.

Sa carrière universitaire est la suivante :

  • 1961-1966 : élève de l'École normale supérieure (rue d'Ulm)
  • 1965 : reçu à l'agrégation de philosophie
  • 1966-1969 : assistant au département de Philosophie de la Sorbonne (Faculté des lettres et sciences humaines de Paris), où il enseigne la logique
  • 1969-1971 : maître-assistant à l'UER de Philosophie de l'université Paris I Panthéon-Sorbonne
  • 1971-1975 : attaché de recherche, puis chargé de recherches au CNRS
  • 1975 : docteur d'État en philosophie (université Paris I Panthéon-Sorbonne)
  • 1975-1979 : maître-assistant, puis maître de conférences à l'université Paris I Panthéon-Sorbonne
  • 1979-1983 : professeur extraordinaire, puis ordinaire, au département de Philosophie de l'université de Genève, chargé de l'enseignement de la philosophie analytique
  • 1983-1995 : professeur à l'université de Paris I Panthéon-Sorbonne et professeur associé à l'université de Genève
  • 1992-1995 : directeur de l'Unité de recherches associée au CNRS « Histoire et philosophie des sciences » (UA 1079)
  • 1995 : professeur au Collège de France (chaire de philosophie du langage et de la connaissance)
  • Depuis 2010 : professeur émérite au Collège de France

Philosophie[modifier | modifier le code]

Héritier déclaré du rationalisme des Lumières et de la tradition intellectuelle et philosophique d'Europe centrale (par exemple Bernard Bolzano, Franz Brentano, Ludwig Boltzmann, Helmholtz, Frege, le Cercle de Vienne ou Kurt Gödel), les esprits contemporains qui lui sont proches appartiennent plutôt au monde anglo-saxon, où beaucoup d'intellectuels d'Europe centrale se sont exilés pendant la période nazie.

Bouveresse est aussi connu pour les réserves qu'il a pu exprimer vis à vis d'une partie de la philosophie française des années 1970 à 1990 – Michel Foucault, Jacques Derrida, Gilles Deleuze, sous certains aspects- ou pour les ouvrages critiques dans lesquels il dénonce ce qu'il considère comme des impostures scientifiques et intellectuelles, à savoir par exemple, les « nouveaux philosophes » - Bernard-Henri Lévy, André Glucksmann, Jean-Marie Benoist - et une partie de la presse, notamment en ce qu’elle donne de la philosophie une image selon lui mal renseignée et trompeuse, voire complètement fausse[3].

« Quand on songe à ce que sont devenus aujourd’hui, dans le domaine philosophique lui-même, les rapports de la création, de l’édition, de la promotion et de la critique, et à l'empressement avec lequel les journaux de gauche eux-mêmes font la politique du pire — c'est-à-dire acceptent et pratiquent (en invoquant la fatalité ou, en tout cas, l’impossibilité de faire autrement, argument qui serait considéré, dans tout autre cas, comme étant typiquement de droite) le copinage et le favoritisme les plus éhontés —, on se dit qu'il faudrait être encore plus idéaliste et téméraire que Kraus ne l'a été pour s'opposer ouvertement, comme il l'a fait, au pouvoir monstrueux de la presse. Le propre des manies et des vices, c’est d’engager la liberté à vouloir ce qu'elle ne veut pas. »

— Jacques Bouveresse, Essais IV[4]

Incomplétude et philosophie[modifier | modifier le code]

Jacques Bouveresse a réfléchi au théorème d'incomplétude de Kurt Gödel et à ses conséquences philosophiques. C'est à ce titre qu'il s'est insurgé, dans un ouvrage de vulgarisation, Prodiges et vertiges de l'analogie, contre l'usage que fait Régis Debray de ce théorème. Debray prétend en effet s'appuyer sur Gödel pour montrer qu'une société ne peut se fonder elle-même. Bouveresse y dénonce la distorsion « littéraire » d'un concept scientifique : la démonstration de Gödel ne vaut que pour des systèmes formels tels que ceux des mathématiques ou de la logique. Cette distorsion n'a, selon lui, d'autre but que d'éblouir un public n'ayant pas la formation permettant de saisir la portée de ce théorème complexe. Ce que Bouveresse reproche à Debray n'est pas l'utilisation d'un concept scientifique en tant qu'analogie, mais l'usage d'un théorème d'accès difficile (il s'agit de mathématiques avancées) comme tentative de justification absolue au moyen du sophisme classique que constitue l'argument d'autorité. L'incomplétude du système formel de certains systèmes mathématiques n'implique en rien une incomplétude de la sociologie, car la société n'est pas un système formel.

Sur la littérature[modifier | modifier le code]

Jacques Bouveresse s'est intéressé également à la pensée de Robert Musil, l'auteur du roman L'Homme sans qualités, ainsi qu'à l'aversion – mêlée de fascination – que Paul Valéry éprouvait pour la philosophie.

« Le mal de prendre une hypallage pour une découverte, une métaphore pour une démonstration, un vomissement de mots pour un torrent de connaissances capitales, et soi-même pour un oracle, ce mal naît avec nous. »

— Paul Valéry, Œuvres, I, Bibliothèque de la Pléiade, citation reprise par Jacques Bouveresse[5]

Chaire au Collège de France[modifier | modifier le code]

Jacques Bouveresse a été élu en 1995 au Collège de France. Il a intitulé sa chaire « Philosophie du langage et de la connaissance[6] ».

Cycles 2006-2010 au Collège de France[modifier | modifier le code]

Jacques Bouveresse a donné en 2006 au Collège de France un cycle de leçons intitulé Kurt Gödel : mathématiques, logique et philosophie. Puis, en 2007-2008, un cycle de deux ans Qu'est-ce qu'un système philosophique ? et en 2009-2010 un cycle Dans le labyrinthe : nécessité, contingence et liberté chez Leibniz (ces deux derniers cycles sont disponibles en audio et en vidéo sur le site du Collège de France)[7].

Décorations[modifier | modifier le code]

Jacques Bouveresse a toujours refusé les décorations. Ce nonobstant, il est fait chevalier de la Légion d'honneur le 14 juillet 2010 sans être consulté et réclame immédiatement l'annulation de cette distinction[8].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Jacques Bouveresse, Essais III. Wittgenstein & les sortilèges du langage., Agone,‎ 2003, 272. p. (ISBN 9782910846756, lire en ligne).
  2. Christiane Chauviré, « BOUVERESSE JACQUES (1940- ) », sur l’Encyclopædia Universalis : « Né en 1940 dans un village des hauts plateaux du Doubs, Jacques Bouveresse est une figure majeure de la philosophie française. On lui doit une œuvre abondante […], surtout consacrée au grand philosophe austro-anglais Ludwig Wittgenstein, mais aussi à des philosophes logiciens […] comme Gottlob Frege, Bertrand Russell, Rudolf Carnap ou à de célèbres écrivains autrichiens comme Karl Kraus et Robert Musil. »
  3. Voir Rationalité et cynisme ou encore Prodiges et vertiges de l'analogie. De l'abus des belles-lettres dans la pensée, par exemple.
  4. Jacques Bouveresse, Essais IV : pourquoi pas des philosophes ?, Agone,‎ 2009, 320 p. (ISBN 9782748900309, lire en ligne), p. 2.
  5. « Qu'appellent-ils « penser », sur l'Université de Genève (consulté le 14 juin 2013).
  6. Collège de France
  7. Mathématiques physique et philosophie
  8. « Il ne peut être question en aucun cas pour moi d’accepter l’honneur supposé qui m’est fait. » Lettre à Valérie Pécresse

Œuvres[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • La Parole malheureuse. De l'alchimie linguistique à la grammaire philosophique, Éditions de Minuit, 1971
  • Wittgenstein : la rime et la raison. Science, éthique et esthétique, Éditions de Minuit, 1973
  • Le Mythe de l'intériorité. Expérience, signification et langage privé chez Wittgenstein, Éditions de Minuit, 1976
  • Le Philosophe chez les autophages, Éditions de Minuit, 1984
  • Rationalité et cynisme, Éditions de Minuit, 1984
  • La Force de la règle. Wittgenstein et l'invention de la nécessité, Éditions de Minuit, 1987
  • Le Pays des possibles. Wittgenstein, les mathématiques et le monde réel, Éditions de Minuit, 1988
  • Philosophie, mythologie et pseudo-science. Wittgenstein lecteur de Freud, Éditions de l'Éclat, 196 p., 1991 ISBN 2-905372-46-X
  • Herméneutique et linguistique, suivi de Wittgenstein et la philosophie du langage, Éditions de l'Éclat, 1991
  • L'Homme probable. Robert Musil, le hasard, la moyenne et l'escargot de l'Histoire, Éditions de l'Éclat, 1993
  • Wittgenstein, in Michel Meyer, La philosophie anglo-saxonne, PUF, 1994
  • Langage, perception et réalité, Volume 1 : La Perception et le jugement, Éditions Jacqueline Chambon, 1995 (épuisé)
  • La Demande philosophique. Que veut la philosophie et que peut-on vouloir d'elle ?, Éditions de l'Éclat, 1996
  • Dire et ne rien dire. L'illogisme, l'impossibilité et le non-sens, Éditions Jacqueline Chambon, 1997
  • Le Philosophe et le réel, entretiens avec Jean-Jacques Rosat, Hachette, 1998
  • Prodiges et vertiges de l'analogie. De l'abus des belles-lettres dans la pensée, Raisons d'Agir, 1999
  • Essais I. Wittgenstein, la modernité, le progrès et le déclin, Agone, 2000
  • Essais II. L’Époque, la mode, la morale, la satire, Agone, 2001. [lire en ligne]
  • Schmock ou le Triomphe du journalisme, La grande bataille de Karl Kraus, Seuil, 2001
  • La Voix de l'âme et les chemins de l'esprit - Dix études sur Robert Musil, Seuil, coll. « Liber », 2001
  • Essais III. Wittgenstein ou les Sortilèges du langage, Agone, 2003. [lire en ligne]
  • Bourdieu savant et politique, Agone, 2004
  • Langage, perception et réalité, Volume 2, Physique, phénoménologie et grammaire, Éditions Jacqueline Chambon, 2004
  • Essais IV. Pourquoi pas des philosophes ?, Agone, 2004. [lire en ligne]
  • Robert Musil. L'Homme probable, le hasard, la moyenne et l'escargot de l'histoire (nouvelle édition de L'Homme probable de 1993), Éditions de l'Éclat, 2005
  • Essais V. Descartes, Leibniz, Kant, Agone, 2006. [lire en ligne]
  • Peut-on ne pas croire ? Sur la vérité, la croyance et la foi, Agone, 2007
  • Satire & prophétie : les voix de Karl Kraus, Agone, 2007
  • La Connaissance de l'écrivain : sur la littérature, la vérité et la vie, Agone, 2008
  • Que peut-on faire de la religion ?, Agone, 2011
  • Essais VI. Les Lumières des positivistes, Agone, 2011 (ISBN 978-2-7489-0066-8)

Articles[modifier | modifier le code]

  • « La Théorie et l'observation dans la philosophie des sciences du positivisme logique », in François Châtelet (dir.), Histoire de la philosophie, tome 8, 1973
  • « Essentialisme, réduction et explication ultime », in ‘’Revue Internationale de Philosophie’’, no 117-118, 1976 [PDF] Texte en ligne.
  • « L'Animal cérémoniel : Wittgenstein et l'anthropologie », in Actes de la recherche en sciences sociales, no 16, 1977.
  • « Pourquoi pas des philosophes », in revue Critique, La Philosophie malgré tout, no 369, 1978.
  • « Frege, Wittgenstein, Dummet et la nouvelle "querelle du réalisme" », in revue Critique, Les Philosophes anglo-saxons par eux-mêmes, no 399-400, 1980.
  • « Les Origines frégéennes de la distinction entre ce qui se dit » et ce qui « se voit » dans le Tractatus Logico-Philosophicus de Wittgenstein », in Recherches sur la philosophie et le langage no 1, 1981.
  • « Le problème de Ramsey' », in Histoire Épistémologie Langage, no 6, 1984.
  • « Wittgenstein critique de Frazer », in Recherches sur la philosophie et le langage no 4, 1984.
  • « Infelix Austria. L'Autriche ou les infortunes de la vertu philosophique », Revue Austriaca", no 44, 1997.
  • « Wittgenstein, la philosophie et les sciences », in Wittgenstein analysé, Éditions Jacqueline Chambon, 1993
  • « Mathématiques et logique chez Leibniz », Revue d'histoire des sciences, no 54-2, 2001.
  • « Déterminisme et causalité », in Les études philosophiques, no 58, 2001.
  • « Que veut dire « Faire la même chose » ? », in Archives de philosophie, no 64, 2001.
  • « Wittgenstein, le vécu de signification et le rêve », in Wittgenstein, dernières pensées (Actes du colloque organisé au Collège de France du 14 au 16 mai 2201), Agone, 2002.
  • « Le Mythe du progrès selon Wittgenstein et von Wright », in Mouvements, no 19, 2002.
  • « La connaissance de soi et la science », in Actes de la recherche en sciences sociales, no 150, 2003.
  • « Bourdieu, savant et politique », in Cités, no 17, 2004.
  • « Helmholtz : la philosophie, le problème des deux cultures et l’importance de l’éducation du public profane », in Philosophia Scientiæ, no 9-1, 2005.
  • « Karl Kraus & nous - La réalité peut-elle dépasser la satire ? », in revue Agone, no 34, 2005.
  • « « Apprendre à voir des abîmes là où sont des lieux communs » : le satiriste & la pédagogie de la nation », in revue Agone, no 35-36, 2006.
  • « Karl Kraus, le monde intellectuel et la presse » in Éveline Pinto (dir.), Pour une analyse critique des médias - Le débat public en danger, Éditions du Croquant, 2007.
  • « « Au commencement était la presse… » Le pouvoir des médias & la rébellion de Karl Kraus : une leçon de résistance pour notre temps ? », in revue Agone, no 40, 2008.
  • « Le besoin de croyance & le besoin de vérité », in revue Agone, no 38-39, 2008.
  • « Bertrand Russell, la science, la démocratie et la « poursuite de la vérité » », in revue Agone, no 44, 2010.
  • « Ce que des auteurs infréquentables ont à dire à ceux qui ne veulent pas leur ressembler » in revue ’'Agone, no 48, 2012.

Cours au Collège de France[modifier | modifier le code]

Autres conférences[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Numéros spéciaux de revues consacrés à Jacques Bouveresse :

  • « Jacques Bouveresse : parcours d’un combattant », Revue Critique, no 567-568, août-septembre 1994.
  • « La philosophie malgré eux », Revue Agone, no 48, 2012

Liens externes[modifier | modifier le code]

Entretiens avec Jacques Bouveresse :