Combat (Résistance)

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Combat est, pendant la Seconde Guerre mondiale, un mouvement français de Résistance, créé, d'abord sous le nom de Mouvement de libération nationale, en zone non occupée par Henri Frenay. C'est le plus important des huit grands mouvements de Résistance membres du Conseil national de la Résistance (CNR) à partir de 1943.

À partir de janvier 1943, il fait aussi partie des Mouvements unis de la Résistance (MUR), sous la présidence de Jean Moulin, et s'intègre au nouveau MLN au début de 1944.

Histoire de Combat[modifier | modifier le code]

En juin 1940, le gouvernement Pétain signe l'armistice avec l'Allemagne : la France est partiellement occupée, ce qui entraîne la création de la zone Nord (occupée) et de la zone Sud (dite « zone libre »), séparées par la ligne de démarcation. Installé à Vichy, en zone Sud, le maréchal Pétain met fin à la Troisième République le 10 juillet, devenant le chef de l'État français, dit « régime de Vichy ». Le 18 juin, le général de Gaulle, réfugié à Londres, appelle à la Résistance et créé la France libre.

Les débuts[modifier | modifier le code]

Dès août 1940, Henri Frenay, secondé par Berty Albrecht, crée à Lyon le Mouvement de libération nationale. Par l'intermédiaire de chefs de régions, il implante son mouvement dans six « régions » de la zone Sud :

D'autres régions apparaissent par la suite, situées principalement en zone nord (Jura, Bretagne...).

L'extension[modifier | modifier le code]

Le MLN, rebaptisé ensuite Mouvement de libération française (MLF), fusionne avec d'autres organisations au fur et à mesure de son implantation. C'est lors de la fusion avec le mouvement Liberté (fin 1941) que le mouvement adopte le nom de « Combat ». À la même époque, Combat prend une orientation gaulliste, ce qui entraîne une rupture avec des résistants de tendance pétainiste. De là résulte pour Combat une diminution des sources d'informations.

Une antenne, le « groupe Nord », d'abord appelé « Les Petites Ailes », puis rebaptisé Combat Zone Nord, est également créée en zone occupée, d'abord à Paris, par Robert Guédon (« Robert »). Celui-ci se montre très actif, élargissant rapidement ce réseau à plusieurs régions de zone occupée, y compris dans le Nord-Pas-de-Calais (soumis à un régime d'occupation particulier) dont s'occupe Pierre de Froment.

Premiers obstacles[modifier | modifier le code]

Parmi les premiers membres du mouvement implanté en zone nord, se trouve un agent de l'Abwehr, Henri Devillers, qui assure la liaison et le courrier entre le mouvement de zone libre et de zone occupée. Jean-Paul Lien, militant de zone Sud déjà contrôlé par l'Abwehr-Dijon, signale Devillers à Henri Frenay qui le charge alors d'établir des liaisons plus sûres. 52 membres du réseau sont arrêtés par l'Armée allemande entre fin 1941 et début 1942 (47 seront jugés par le 2e sénat du Volksgerichtshof (Tribunal du Peuple) en session à Sarrebruck (affaire « Continent », 12-19 octobre 1943) et condamnés à la déportation, dont seulement dix reviendront). Le mouvement de zone Nord est complètement démantelé. Henri Frenay décide de ne pas le reconstruire et de concentrer toutes ses forces sur la zone libre. Des ruines de Combat-zone Nord naît un nouveau mouvement, fondé par Lecompte-Boinet : Ceux de la Résistance.

Henri Frenay décline aussi de nombreuses offres l'invitant à se mettre au service du Deuxième Bureau de Vichy ou de l'Intelligence Service de Londres, préférant garder son indépendance et continuer à se battre pour la France seulement et non pour une puissance étrangère.

Au début de l'été 1942, un autre réseau, appelé « Carte », en lien étroit avec les services secrets britanniques et donc mieux armé à cette époque que les autres réseaux français de zone libre rallie deux groupes de Combat implantés sur la Côte d'Azur. Henri Frenay envoie alors un message au SOE lui demandant de cesser de le priver de ses équipes, ce qui n'arriva plus, pour de multiples raisons : le mécontentement de Henri Frenay exprimé dans le message et l'invasion de la zone libre quelques mois plus tard.

L'invasion de la zone libre en novembre 1942 par les Allemands à la suite du débarquement des Alliés en Afrique du Nord oblige Combat à plonger encore plus dans la clandestinité, puisqu'il faut désormais affronter la Gestapo en plus de l'Abwehr. Le cloisonnement et les précautions sont renforcés. Les courriers sont codés, les lieux de rendez-vous sont désignés par des lettres et sont pris généralement en dehors de Lyon, qui devient peu à peu la « capitale de la Résistance ». Des arrestations ont lieu dès février, suivies d'évasions. Malgré tout, Combat est infiltré par des agents de la Gestapo ou de l'Abwehr[réf. nécessaire].

Organisation interne (début 1943)[modifier | modifier le code]

Combat est dirigé par un Comité directeur dont la présidence est assurée par Henri Frenay avec cinq autres membres qui, en mars 1943 sont: Georges Bidault, Claude Bourdet, Maurice Chevance, Alfred Coste-Floret, François de Menthon, ancien chef du mouvement Liberté, et Pierre-Henri Teitgen. En janvier 1943, Combat comprend au total 14 services spécialisés et plus de 100 permanents clandestins, rémunérés par le mouvement.

Celui-ci est alors divisé en quatre branches :

  • les relations extérieures (délégation en Suisse, relations avec les États-Unis, les services britanniques…), dirigées par Pierre Bénouville : elles deviennent indispensables au début de l'année 1943, alors que Combat a besoin d'argent et d'armes que les Britanniques tardent à fournir. Un de ses membres, Philippe Monod, prend contact avec les services secrets américains (Office of Strategic Services) en Suisse pour s'en procurer. Le service des relations extérieures se structure alors et s'élargit, s'organise. Les services américains promettent par la suite d'aider la Résistance française. Cette promesse reste cependant sans suite car l'ambassade du Royaume-Uni s'y oppose formellement et le général de Gaulle interdit toute poursuite des discussions dans ce sens.
  • Les affaires militaires (Maurice Chevance, Henri Aubry) : elles comprennent les groupes francs (Jacques Renouvin), l'Armée Secrète (François Morin-Forestier), le Maquis (Georges Rebattet), le Sabotage-Fer, (René Hardy)…
  • Les affaires politiques (la propagande, le service de renseignement de Jean Gemähling...) dirigées par Claude Bourdet ;
  • le secrétariat général (Services généraux : logement, faux papiers, finances, service social...) dirigé par Berty Albrecht.

Le service social est mis en place en 1941 : il alloue aux familles des résistants du mouvement ayant été arrêté une petite pension, une aide financière, matérielle ou alimentaire.

Les ressources financières proviennent au début de dons venant de toute la France, faits par des personnalités généralement hauts placées (généraux…) sollicitées par Henri Frenay. Mais rapidement, l'essentiel des ressources provient de Londres, par l'intermédiaire de Jean Moulin. Au début de l'année 1943, l'argent que Combat reçoit de Londres s'élève à cinq millions de francs de l'époque (Libération en reçoit 1 500 000 et Franc-Tireur, un peu moins d'un million).

Jean Moulin essaye de séparer les différentes activités du mouvement, et principalement le « Renseignement » et le « Choc », suivant les consignes qu'il a reçues à Londres. Il obtient finalement gain de cause lors de la création des Mouvements unis de la Résistance (MUR).

L'intégration dans les MUR[modifier | modifier le code]

En janvier 1943, l'idée de fusion des trois grands mouvements de la zone sud (Combat, Libération et Franc-Tireur) s'installe peu à peu et aboutit entre février et mars à la naissance des Mouvements unis de la Résistance (MUR) qui reprennent la structure de Combat (comité directeur, branche des Affaires politiques, des Affaires Militaires, etc.). Le Comité directeur de chaque mouvement perd beaucoup de son importance. Combat est représenté au Comité directeur des MUR par Henri Frenay, qui est aussi Commissaire aux Affaires militaires. Les organes de presse des trois mouvements restent cependant indépendants. Ainsi, le journal Combat continue d'exister séparément des autres.

Activités du mouvement[modifier | modifier le code]

La presse clandestine[modifier | modifier le code]

Les activités du mouvement sont originellement tournées vers le renseignement et sa diffusion au moyen de journaux clandestins. Ces renseignements, Henri Frenay lui obtient d'abord des bureaux de l'Armée puis, après sa démission, des confidences d'officiers du deuxième bureau de l'État Français. Rapidement, il prend ses distances vis-à-vis de Vichy et les informations sont recueillies par divers mouvements de résistance avec qui Combat a des liens. Ces informations alimentent des journaux qui paraissent périodiquement. Au départ, Frenay distribue essentiellement un Bulletin fabriqué par lui-même et Berty, à partir de renseignements fournis par le 2e Bureau.

Dans le Nord et le Pas-de-Calais, paraît alors Les Petites Ailes qui devient, en zone occupée: Les Petites Ailes de France puis Résistance. En zone libre, l'édition des Petites Ailes de France change de titre en août 1941 et devient Vérités (Vérité étant jugé trop philosophique car, selon Frenay, la vérité est difficile pour ne pas dire impossible à exprimer). Lors de la fusion du mouvement avec Liberté, Vérités est sabordé et laisse sa place à un nouveau journal qui donne son nom au mouvement : Combat.

D'autres petits journaux voient aussi le jour mais se séparent progressivement de Combat comme par exemple Veritas et Cahiers du Témoignage Chrétien, suivant une orientation catholique. Ces journaux contiennent, notamment pour les plus importants, des articles de propagande contre le Régime de Vichy, qui révèlent et critiquent les actions du gouvernement et de l'appareil étatique et des articles de fond traitant par exemple du nazisme ou de la collaboration. Henri Frenay rédige généralement lui-même l'éditorial du journal Combat (jusqu'à ce qu'il rejoigne le Général de Gaulle en Algérie). Le sous-titre de Combat est "Organe du Mouvement de la Libération Française", accompagné d'une citation de Georges Clemenceau : « Dans la guerre comme dans la paix, le dernier mot est à ceux qui ne se rendent jamais. » En 1943, une rubrique Attentats est ajoutée au journal : elle contient le récit des actions paramilitaires de Combat.

Le premier numéro de Combat parait fin 1941, à Lyon, à 10 000 exemplaires. André Bollier relève Martinet, le premier imprimeur du mouvement, en prenant en charge la parution de Combat. Il la répartit dans 14 imprimeries en zone libre, réduisant ainsi le transport des journaux depuis Lyon jusqu'aux différentes régions et permettant d'augmenter le tirage. En mai 1944, Combat est tiré à 250 000 exemplaires. André Bollier, en plus de Combat, imprime aussi sur ses presses Défense de la France (future France-Soir), Action (un journal d'essence communiste), les premiers numéros de Témoignage chrétien, et certains numéros de Franc-Tireur et de La Voix du Nord.

Le renseignement[modifier | modifier le code]

Parallèlement à l'activité de presse clandestine, des informations sont envoyées à Londres par des moyens détournés. Ce service est dirigé par un alsacien, Jean Gemähling. Le noyautage des Administrations Publiques (NAP) est également mis en place. Il s'agissait originellement de recruter dans la fonction publique des hommes qui, à la chute du Régime de Vichy, auraient assuré la relève et la remise en place de la République. Cependant, la fonction du NAP change progressivement d'orientation et permet de s'assurer les complicités nécessaires dans les services publics et d'obtenir des informations primordiales sur les mouvements et projets des forces allemandes. Rapidement, sont créés le NAP-Police, dont les membres préviennent leurs camarades des arrestations prévues; et le NAP-Fer (dirigé par René Hardy) qui, à partir de 1943, fournit aux groupes francs (GF) les horaires des convois allemands. Existent aussi le NAP douane, ...

Les groupes de choc[modifier | modifier le code]

Des groupes de choc se mettent en place. Ils sont généralement spécialisés dans les attentats contre les collaborateurs et les buralistes (dont les boutiques sont détruites à l'explosif) qui vendent des journaux collaborateurs ou allemands comme Signal.

Ces groupes Choc sont progressivement fusionnés à partir de 1942 dans l'Armée Secrète (AS) qui rassemble peu à peu les groupes paramilitaires des mouvements Combat, Libération et Franc-Tireur. Cette fusion s'effectue sous l'impulsion de Henri Frenay et celle de Jean Moulin, désirant que les activités Choc soient séparées des activités Renseignement et Propagande. Pour cette dernière raison, la direction de l'Armée Secrète n'est pas confiée à Henri Frenay tel qu'il le désirait premièrement (son mouvement étant plus important que les deux autres réunis) mais au général de division Charles Delestraint, proposé par le chef de Combat. S'ajoutent dès 1943 une section « Sabotage » et une section « Maquis ».

Les groupes francs[modifier | modifier le code]

Henri Frenay charge Jacques Renouvin de monter dans chacune des 6 régions couvertes par le réseau des groupes francs (GF), équipes armées mobiles. Ils sont regroupés dans la branche du réseau Choc. Indépendants de l'Armée Secrète (AS), ils prennent contact avec elle pour organiser leurs opérations car elle leur fournit des renseignements.

Les adjoints de Renouvin sont Jean Chanton, dit Bastos et Roger Nathan dit Murat.

Les groupes francs organisent leurs opérations selon leur propre initiative, en suivant le cadre général qui leur est donné. Les GF transmettent le résultat de leurs actions au Comité directeur.

Avant novembre 1942, l'action des groupes francs est similaire à celle des groupes de choc. Les GF doivent se procurer eux-mêmes leurs armes en pillant des dépôts ou des postes de police, et fabriquer artisanalement leurs explosifs ou les voler dans des mines.

Après l'invasion de la zone libre par les Allemands en novembre 1942, l'action des groupes francs se modifie. Ils sont chargés d'attaquer les trains de soldats allemands ou à destination de l'Allemagne, de saboter les voies ferrées, de détruire les usines d'armement et les dépôts, d'assassiner les agents de la Gestapo. Les GF sont approvisionnés en armes par l'Angleterre grâce à des parachutages qui leur fournissent des mitraillettes Sten, des pistolets, des munitions, des explosifs, des grenades...

Ils se chargent aussi des évasions de résistants arrêtés comme celle de Paul Reynaud qui ne peut avoir lieu mais qui est envisagée et préparée, et celle de Berty Albrecht (réussie), alors internée à l'hôpital psychiatrique de Lyon-Bron.

En janvier 1943, Jacques Renouvin, chef des groupes Francs, est arrêté par la Gestapo à la descente d'un train. Il est emprisonné à la prison de Fresnes. Une équipe est montée par Jean Chanton pour le libérer mais tous ses membres sont arrêtés. Jacques Renouvin est déporté au camp de concentration de Mauthausen où il meurt.

Il est remplacé à la tête des groupes francs par un membre de Libération.

Le service Maquis[modifier | modifier le code]

Lorsqu'en 1943 le Comité Directeur de Combat apprend que des réfractaires au Service du travail obligatoire (STO) se sont réfugiés en Haute-Savoie, Vercors et dans de nombreux massifs montagneux, le service Maquis est créé dans les Affaires Militaires afin d'aider tous les hommes qui ont pris le maquis à survivre et à combattre, en leur fournissant vivres et armes et en les intégrant au mouvement. L'objectif pour Combat est de développer, de superviser et d'organiser ces groupes armés. Les visions diffèrent à ce sujet au sein des MUR : certains, comme Charles Delestraint, les voient comme de véritables poches de résistance à l'intérieur du territoire français, d'autres, comme Henri Frenay, les conçoivent comme des bandes armées agissant par coups de main et embuscades et disparaissant sitôt leur mission accomplie.

Quelques membres[modifier | modifier le code]

Agents de l'occupant ayant infiltré le mouvement

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

  • Numéros de Combat, en ligne dans Gallica, bibliothèque numérique de la BnF.