Gaullisme

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Le gaullisme est la doctrine politique inspirée de Charles de Gaulle, même si lui-même refusait le terme. L'adjectif pour qualifier son action, ses opinions, etc. est « gaullien ». Le sens du mot gaullisme a évolué dans le temps :

  • Pendant la Seconde Guerre mondiale, le terme « gaulliste » est utilisé comme synonyme du mot « résistant » (FFL à l'extérieur et réseaux FFI en métropole), en particulier par les autorités allemandes et par le gouvernement de Vichy[1] ;
  • Après la Libération, le terme gaulliste prend son sens actuel, plus politique, désignant les idées du général de Gaulle et ses partisans, par opposition aux autres partis et courants politiques.

L'emblème du gaullisme est la croix de Lorraine.

La « doctrine » gaulliste[modifier | modifier le code]

Le mot doctrine utilisé ici est un peu excessif, le général de Gaulle étant un pragmatique qui adaptait les modalités de son action selon les circonstances, en ne gardant d'intangibles que quelques principes fixant des buts à atteindre.

Les grands principes du gaullisme[modifier | modifier le code]

Une philosophie[modifier | modifier le code]

Le gaullisme est, au départ, une philosophie qui part des constats suivants :

  • la France a pu faire de grandes choses par le passé, et être une des plus importantes nations du monde occidental, lorsqu'elle était tendue vers un destin commun (les Croisades et la chevalerie, le Grand Siècle de Louis XIV et le rayonnement de la culture française à travers l'Europe, la Révolution française et Valmy).
  • À l'inverse, la France aurait en permanence la tentation de se replier sur ses querelles intérieures (politiques, sociales, intellectuelles), ce qui selon la vision gaulliste la ramènerait sur la voie du déclin.

En conséquence, pour qu'elle puisse donner le meilleur d'elle-même et prendre la tête des nations, la France doit en permanence être unifiée par un chef, un État ou un projet, et articulée par des institutions politiques (un équilibre des pouvoirs efficace), économiques (le plan) et sociales (la participation) adéquates pour éviter les luttes internes.

Reste maintenant à démêler au sein du gaullisme cette philosophie patriotique de l'humanisme, héritière du christianisme (Charles de Gaulle participait avant guerre aux cercles démocrate chrétiens) mais aussi probablement de l'idéal de l'an II (Révolution française) puisque de Gaulle a dit en substance : « Il n'y a qu'une seule querelle qui vaille : celle de l'Homme. » Probablement, l'humanisme gaulliste est-il à la fois :

  • Une finalité de la grandeur de la France, puisque le message que la France porte dans le monde est humaniste.
  • Une conséquence à travers la politique sociale qui a pourtant pour premier objectif de souder la nation.

qui guide de grands principes politiques[modifier | modifier le code]

Par conséquent, sur le plan politique, le gaullisme traditionnel prône :

  • L'indépendance de la France, par le refus de sa « vassalisation » à des organismes supranationaux (ONU, Communauté européenne, OTAN), à des superpuissances (États-Unis) ou aux puissances économiques et financières. Cette indépendance est défendue dans les domaines politiques, économiques, culturels, diplomatiques et militaires.
  • Par extension, le respect à travers le monde des nations, entités culturelles façonnées par l'histoire et rempart des peuples contre les impérialismes (voir les discours sur le Québec libre, sur la guerre du Viêtnam (discours de Phnom Penh), etc.).
  • Un pouvoir exécutif fort et stable qui donne au président de la république un rôle primordial.
  • Un lien direct entre le chef et le peuple passant au-dessus des corps intermédiaires (élection du chef de l'État au suffrage universel direct, recours fréquent au référendum).
  • Le rejet du gouvernement des juges. De Gaulle disait : « En France, la [seule] cour suprême, c'est le peuple [2] ». À l'origine le rôle du Conseil Constitutionnel se limitait à éviter une déviation du régime parlementaire en régime d'assemblée, mais pas d'imposer sa vision des droits fondamentaux aux organes élus du peuple.
  • Le rassemblement de tous les Français, au-delà du clivage gauche / droite, source de division et donc de déclin, via le lien direct du chef et du peuple et la politique sociale.
  • Le refus du libéralisme économique classique au profit d'une économie orientée par l'État en vue d'un développement volontariste (la planification, l'aménagement du territoire, les grands projets publics, le keynésianisme. etc.).
  • Le double refus du capitalisme[3] (exploitation d'une classe par l'autre) et des socialismes révolutionnaires (lutte des classes) au profit d'une « troisième voie » sociale. Au-delà d'une protection sociale avancée, la participation (aux bénéfices, aux décisions, à la propriété de l'entreprise), aussi appelée l'association capital-travail, doit réconcilier les Français entre eux et aboutir à la fois à la justice et à l'efficacité.
  • Sur la méthode : le pragmatisme et le refus des carcans idéologiques en vue d'atteindre les objectifs fixés : indépendance et rayonnement de la France dans le monde, unité intérieure de la France au service du projet patriotique.
  • Un certain conservatisme sociétal : de Gaulle était contre l'avortement (mais c'est sous sa présidence que la pilule contraceptive fut autorisée par la Loi Neuwirth), et pour la peine de mort (mais il graciera toutes les femmes condamnées à mort)[4],[5].

Gaullismes de droite et de gauche[modifier | modifier le code]

Rassemblant des hommes de toutes origines politiques autour de l'action d'un homme, le gaullisme est par nature divers. Du vivant du général de Gaulle, les différentes sensibilités du gaullisme s'effaçaient devant l'arbitrage du général de Gaulle. Celui-ci disparu, les différentes formes de gaullisme se sont affrontées directement [6]:

  • « Le néogaullisme », « de droite » (Jacques Chirac, Dominique de Villepin). Ce gaullisme, d'abord très proche du gaullisme traditionnel dans les années 1970, est ensuite « rentré dans le moule » des autres droites européennes ; ces hommes qui se prétendent néogaullistes défendant le libéralisme économique (conversion au début des années 1980) et la construction européenne dans la lignée de ce qu'avait déjà préparé Valéry Giscard d'Estaing. Cependant, le néogaullisme, défend l'idée d'Europe-puissance indépendante et différente des États-Unis ; une Europe des "états-nations indépendantes". Ayant été formés à "l'école Pompidou" des hommes politiques plus récents comme Jacques Chirac ou Édouard Balladur sont parfois taxés de "néopompidoliens" car plus proches de Georges Pompidou que de Charles de Gaulle ; et ils furent divisés entre les "chiraquiens" et les "balladuriens" lors de l'élection présidentielle de 1995 et jusqu'à nos jours au sein du RPR puis de l'UMP.
  • Le gaullisme social (Jacques Chaban-Delmas, Philippe Séguin, Nicolas Dupont-Aignan ) : gaullistes défendant la démocratie sociale, sans toutefois remettre en cause le capitalisme (réformisme social-démocrate), ce gaullisme est parfois considéré comme étant le plus proche du gaullisme traditionnel. Il est en tout cas le plus à même de transcender les couleurs politiques. En effet Jacques Chaban-Delmas eut pour conseillers Simon Nora et Jacques Delors et des personnalités socialistes comme Martine Aubry se sont déclarées proches des idées de Philippe Séguin.
  • Le gaullisme de gauche (Louis Vallon, René Capitant, Gilbert Grandval, Philippe Dechartre, Jean-Pierre Chevènement) : gaullistes remettant en cause le capitalisme pour bâtir une troisième voie sociale, l'association du capital et du travail. Voir le pan-capitalisme de Marcel Loichot, qui prévoyait de remettre progressivement, par la pratique d'une large distribution d'actions, le capital des entreprises aux mains de leurs salariés, leur permettant ainsi d'entrer au conseil d'administration et de participer aux décisions. Cette participation était l'un des volets proposés par le référendum de 1969. Regroupés au sein de l'Union démocratique du travail (UDT), ils se sont progressivement ralliés à la gauche traditionnelle suite à l'éviction de Jacques Chaban-Delmas et à la droitisation du gaullisme jugé aujourd'hui trop libéral.

Historique du gaullisme[modifier | modifier le code]

Le gaullisme de guerre (1940-1944)[modifier | modifier le code]

Le gaullisme a commencé pendant la guerre, comme un mouvement uniquement patriotique. Il a rassemblé alors autour du général de Gaulle, les hommes de toutes tendances politiques qui voulaient lui apporter leur appui pour continuer le combat contre Hitler et le fascisme aux côtés des Alliés et rejeter l'armistice conclue par le maréchal Pétain. À partir de juillet et d'octobre 1940, De Gaulle rejeta les lois répressives sur le statut des juifs. Il critiquait l'absence de légitimité de ces lois. Après la guerre, un débat doctrinaire de philosophie politique portant sur la différence entre des lois « légales » et lois « légitimes » s'installa. Ainsi, les lois répressives et racistes de Vichy étaient par exemple légales au sens juridique et constitutionnelles par rapport à la hiérarchie des normes. Mais, selon de Gaulle, elles manquaient de légitimité.

Les gaullistes qui le pouvaient ont alors rejoint les territoires britanniques pour s'engager dans les Forces Françaises Libres, et combattre aux côtés des Alliés, ou bien ils ont déclenché les mouvements de ralliement de diverses colonies françaises qui sont rentrées en guerre sous l'autorité de De Gaulle.

Les autres gaullistes, ceux qui ne pouvaient le rejoindre (c’est-à-dire la majorité) sont restés dans les territoires dirigés par Vichy, ou certains d'entre eux ont constitué des réseaux de propagande, de renseignements ou de sabotage contre les occupants. Finalement toutes ces organisations de résistance ont été rassemblées par Jean Moulin, au sein du Conseil national de la Résistance (CNR), sous les ordres du général de Gaulle qui a transformé son mouvement de France libre en France combattante, pour y rassembler les résistants de l'extérieur et de l'intérieur.

Mais de Gaulle ne s'est pas contenté de maintenir une partie des Français dans la lutte contre l'occupant allemand : il a aussi tout fait pour reconquérir la souveraineté française dans le camp allié, contre certaines pressions des gouvernants anglais et surtout américain qui ont longtemps joué contre lui la carte vichyste.

Lors de la Libération, la Résistance française a multiplié ses actions et paralysé les tentatives de riposte allemande au débarquement. Quant à la population française, elle a accueilli de Gaulle en triomphateur, forçant ainsi Roosevelt à reconnaître enfin pleinement le gouvernement provisoire installé en France par de Gaulle.

Le gaullisme politique (après 1944)[modifier | modifier le code]

Mais de Gaulle, après avoir atteint son but de guerre et restauré la démocratie, a critiqué le régime des partis qui avait été selon lui pour la France, avant la guerre une source de faiblesse, et préconisé l'instauration d'un système cumulant la démocratie avec un exécutif fort.

Les partis politiques, objets de ses critiques, se sont défendus et il s'est considéré, ne pouvant appliquer son programme, comme contraint de démissionner.

Le « gaullisme » a alors pris une autre signification : il a cessé d'être un mouvement de résistance et de rétablissement de la démocratie. Le gaullisme est devenu un mouvement politique décidé à soutenir les idées de Charles de Gaulle sur la nécessité d'un pouvoir démocratique mais fort, auquel on avait ajouté un volet social : la volonté d'associer le capital et le travail. Certains anciens vichystes se sont alors ralliés au gaullisme comme d'anciens cadres communistes, tandis que certains de ses compagnons de lutte de la France libre et de la résistance qui avaient pris position à gauche ont combattu son Rassemblement du peuple français (RPF).

Comme la Quatrième République avait rapidement évolué dans le sens d'un régime de prépondérance de l'Assemblée, avec des gouvernements de coalition éphémères et ne parvenant pas à prendre les décisions, les gaullistes l'ont combattu sans merci associant parfois leurs voix au Parlement à celles des communistes.

Mais le régime de la IVe République était affaibli par l'incapacité de ses gouvernements de coalition à résoudre les problèmes de la décolonisation. Après un sursaut sous la présidence du Conseil de Pierre Mendès France (ancien aviateur de la France Libre, puis ministre de De Gaulle au Comité d'Alger (CFLN) et au gouvernement provisoire), qui a réussi à mettre fin pour la France à la guerre d'Indochine et à décoloniser la Tunisie, la IVe République a sombré à nouveau dans l'immobilisme : l'insurrection algérienne a entrainé une répression militaire puis un divorce de la métropole, non seulement avec les indigènes, mais aussi avec les Français d'Algérie, jusqu'à la tentative de coup d'État du 13 mai 1958 fomenté à Alger, par des activistes de droite et d'extrême droite et de l'armée encouragés par la population française locale.

Le gouvernement central a été incapable de riposter à ce mouvement et a affecté de le prendre sous son égide en nommant le commandant en chef Salan rallié aux rebelles comme son représentant en Algérie.

De Gaulle, l'ancien libérateur, a paru alors à beaucoup le seul recours et le Président de la République René Coty l'a appelé à prendre la présidence du Conseil.

Parti gaulliste[modifier | modifier le code]

En France, le parti gaulliste désigne généralement le plus grand mouvement politique qui s'affirme gaulliste.

Parti conduit par Charles de Gaulle[modifier | modifier le code]

Partis successeurs[modifier | modifier le code]

Ils ont eu plusieurs noms suivant les époques :

  • Union du Peuple français (UPF) (2006 - ) : Confédération gaulliste et républicaine présidée par Sébastien Nantz (conseiller municipal de Saint-Nicolas-de-Port)

Le(s) gaullisme(s) après de Gaulle[modifier | modifier le code]

Le néo-gaullisme des années 1970[modifier | modifier le code]

Les successeurs de Charles de GaulleGeorges Pompidou, Jacques Chirac — ont toutefois normalisé le programme gaulliste en l'alignant sur celui des droites européennes (capitalisme libéral, atlantisme, Europe supranationale, etc.). On parle alors parfois de « néo-gaullisme » et non plus de gaullisme. Ainsi, le néo-gaullisme moderne n'a gardé du gaullisme que l'idée d'une France forte au sein d'une Europe indépendante.

La conversion libérale et européenne (années 1980-1990)[modifier | modifier le code]

La mutation fondamentale est intervenue sous les présidences de Georges Pompidou et de Valéry Giscard d'Estaing et s'est poursuivie dans la première moitié des années 1980. La rapide diffusion à travers le monde des idées du libéralisme économique sur les modèles britannique (1979) et américain (1980) parallèlement à l'affrontement idéologique avec les gouvernements socialistes de la présidence de François Mitterrand (après 1981) ont entraîné la conversion de la majorité du RPR au libéralisme économique. Les mesures du gouvernement Jacques Chirac de 1986 - 1988 en sont l'illustration. Seconde grande mutation : la conversion officielle du RPR à l'idée européenne, suite au revirement de Jacques Chirac sur cette question (contrairement à l'appel de Cochin), avec en particulier la campagne menée par lui, contre une minorité menée par Charles Pasqua et Philippe Séguin, en faveur du traité de Maastricht).

Le RPR regroupait alors trois tendances :

L'UMP et la fin du gaullisme ? (2002)[modifier | modifier le code]

Cependant, la puissance de l'influence libérale sur l'ensemble des mouvements politiques de droite (et aussi de gauche) à travers le monde, mais aussi la difficulté, 20 ou 30 ans après sa mort, à imaginer ce qu'aurait été la politique du général de Gaulle, ont conduit le RPR à se banaliser au sein des droites européennes malgré les tentatives de renaissance doctrinale de l'aide nationale-gaulliste réunie autour de la revue ''Une certaine idée'', fondée sous l'égide de Philippe Séguin, en 1998. Après l'élection présidentielle de 2002, le mouvement « gaulliste » Rassemblement pour la République (RPR) s'est dissous dans un nouveau parti de droite fusionnant avec une partie de l'UDF : l'Union pour un mouvement populaire (UMP).

La transformation du RPR en UMP, parti dominant dans la droite française avec un programme jugé libéral et pro-européen, grâce à l'ambigüité de J. Chirac, pose, dans les premières années du XXIe siècle, la question de la pérennité du gaullisme dans la vie politique française.

Néanmoins, depuis la disparition du RPR, des mouvements revendiquent le maintien de la doctrine gaulliste.

Certains sont associés ou proches de l'UMP, comme l'Union des jeunes pour le progrès (UJP), le Mouvement Initiative et Liberté, le cercle Nation et République, les comités Notre République, le club Nouveau Siècle, l'Union des démocrates pour le progrès (UDP), ou Le Chêne (créé par Michèle Alliot-Marie en 2006). De son côté, Debout la République, fondé en 1999 par Nicolas Dupont-Aignan, a été un mouvement associé à l'UMP jusqu'au départ de celui-ci, puis a fait partie de la majorité présidentielle jusqu'au congrès fondateur de 2008.

D'autres, essentiellement les gaullistes de gauche, ont convergé avec des personnes ou des mouvements héritiers de la gauche jacobine (Jean-Pierre Chevènement) autour de valeurs communes souverainistes et sociales.

Les partisans d'une ligne indépendante se sont quant à eux retrouvés dans de multiples associations et clubs de réflexion (tels que Initiative Gaulliste, l'Union gaulliste, l'Union gaulliste pour une France républicaine, l'Action pour le renouveau du gaullisme et de ses objectifs sociaux, le Cercle Jeune France ou l'Académie du Gaullisme), que l'Union du peuple français a réunifiés pour partie d'entre eux.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Max Gallo, 1940, de l'abîme à l'espérance.
  2. Le métier de juge constitutionnel, témoignage d'un ancien membre du Conseil.
  3. Charles de Gaulle cité par Alain Peyrefitte (ancien ministre du général de Gaulle), dans C'était de Gaulle, Fayard, 1994 : « Le capitalisme n’est pas acceptable dans ses conséquences sociales. Il écrase les plus humbles. Il transforme l’homme en un loup pour l’homme »
  4. France 2 (lire en ligne)
  5. Google (lire en ligne).
  6. http://www.wikipolitique.fr/Gaullisme, WikiPolitique
  7. En 1968, un cartel électoral regroupe les gaullistes de l'Union des démocrates pour la Ve République et les libéraux de la Fédération Nationale des Républicains indépendants (FNRI) sous le nom d'Union pour la défense de la République (UDR), à ne pas confondre avec le parti précité.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]