Lucien Herr

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Lucien Herr

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Lucien Herr est debout à droite.

Naissance 17 janvier 1864
Altkirch
Décès 18 mai 1926 (à 62 ans)
Paris
Nationalité Française
Pays de résidence France
Diplôme
Profession
Formation

Lucien Herr, né le 17 janvier 1864 à Altkirch (Haut-Rhin) et mort le 18 mai 1926 à Paris, est un intellectuel français et un pionnier du socialisme. Il est enterré dans un cimetière de Seine-et-Oise[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

À vingt ans, il entre à l’École normale supérieure, et est reçu à l'agrégation de philosophie en 1886.

Dès la fin de ses études, il pose sa candidature au poste de bibliothécaire de l'École normale, fonctions qu'il occupe de 1888 jusqu'à la fin de sa vie. Cette fonction emblématique dans l’établissement cadre bien avec cet homme qui passait pour avoir tout lu, tout retenu et connaissait sur chaque question, en chaque langue, le dernier ouvrage paru. Il la mit aussi à profit pour défendre ses idées socialistes et les droits de l'homme, notamment auprès des nombreux élèves dont il guidait les recherches dans la bibliothèque.

À son contact, plusieurs générations de leaders socialistes découvrirent les grands auteurs du socialisme : « Herr avait lu tous les ouvrages de philosophie politique. Il connaissait Fichte, Marx et Engels aussi bien que Proudhon et les utopistes français et préparait un livre sur Hegel qu'il ne termina jamais[2]. » « Ce fut Herr, déclarait Léon Blum, qui cristallisa toutes les tendances diffuses qui étaient en moi, et c'est à lui que je dois d'avoir opéré une “réorientation profonde” de ma conception individualiste et anarchique du Socialisme »[3].

L’historien américain Joe Colton dresse un portrait de Lucien Herr : « Bibliothécaire de l’École Normale de 1888 à 1926, Herr fut non seulement le conseiller et le guide de plusieurs générations d'étudiants mais il en convertit un grand nombre au socialisme. (Comme certains d'entre eux occupèrent des postes universitaires importants où jouèrent de grands rôles sur la scène politique, on le considérait comme l'éminence grise de la IIIe République.) Ce fut Herr qui entraîna Jaurès en lui montrant que le socialisme était l'aboutissement logique de ses convictions républicaines. Il eut moins de succès avec Édouard Herriot. Grand érudit, Herr avait une personnalité exceptionnelle à laquelle Blum rend hommage lorsqu'il écrit ses souvenirs sur l'affaire Dreyfus. Pendant plus de trente ans encore il est le père spirituel, le prosélyte et le guide des meilleurs esprits de l'université, le confident et le directeur de conscience d'innombrables hommes qui occupèrent des postes élevés dans la vie publique[2]. »

Un intellectuel engagé[modifier | modifier le code]

Pacifiste, il était aussi un spécialiste de la culture germanique. Il sera très déçu du déclenchement du conflit en 1914.

Vers 1889, il rejoint le « parti possibiliste », la Fédération des travailleurs socialistes de Jean Allemane séduit par son action la défense de la République au cœur de son action (face au général Boulanger notamment) et sa revendication de la grève générale. Il est ensuite adhérent du Parti ouvrier socialiste révolutionnaire. C'est lui qui aurait « converti » Jean Jaurès au socialisme[4].

Lors de l’affaire Dreyfus, Herr réplique à Maurice Barrès dans La Revue blanche du 15 février 1898[5], et revendique sa qualité de « déraciné » (sa famille choisit de rester française après l'annexion de 1871) et organise la rencontre des intellectuels dreyfusards (Zola, Clemenceau, Jaurès, Lazare, Scheurer-Kestner et Péguy). Il lance une pétition en faveur du capitaine et devient un des fondateurs de la Ligue des droits de l'homme, à laquelle il resta fidèle jusqu'à sa mort.

Il est cofondateur en 1904 du quotidien L'Humanité, dont il trouve le titre, et favorise par son intense travail militant au sein du « Groupe de l’unité socialiste » qui aboutit en avril 1905 au Congrès du Globe et à la création de la SFIO[6]. Au Congrès de Tours en 1920, il contribue à la rédaction du discours de Léon Blum, meurtri par la division d'un mouvement qu'il avait fortement contribué à unir.

Après la Première Guerre mondiale, il contribue à renouer les relations intellectuelles avec les Allemands et, dès 1920, reçoit pour mission de négocier à Berlin le réapprovisionnement des bibliothèques de France.

En 1916, il prend la direction du Musée pédagogique, l'ancêtre de l'INRP. Il y reste jusqu'à sa mort en 1926[4]. Paul Etard lui succède en 1926 à son poste de bibliothécaire de l'École normale supérieure.

En 1927, un hommage lui est rendu en nommant de son nom la place Lucien-Herr dans le 5e arrondissement de Paris proche de l'ENS.

Citations[modifier | modifier le code]

« Il fut un des maîtres de notre jeunesse, certainement le plus pur et le plus ardent. »

— Charles Péguy

« En 1924, il y avait encore un homme : c'était Lucien Herr. Quand on voyait ce géant penché sur une colline de livres, ces yeux sans brouillard au pied d'un front bossué, d'une sévère falaise de pensées, lorsqu'on entendait sa voix qui ne mentait jamais énoncer des jugements qui ne voulaient que cette fin juste : rendre à chacun ce qui lui revient, on savait qu'il n'était pas périlleux de vivre dans cette demeure crasseuse. »

— Paul Nizan, Aden Arabie

« Cet homme-là sait tout d'une science totale, dont chacun de ses mots résume les bibliographies, les références et les fiches. Il sait la science déposée dans tous les livres, et la science en gestation dans les esprits de tous ses contemporains. Quoi que vous fassiez, quelque travail que vous ayez entrepris, il connaît les tenants et les aboutissants. »

— Hubert Bourgin[7]

Insolite[modifier | modifier le code]

Dans le film Noirs et Blancs en couleurs (La Victoire en chantant), de Jean-Jacques Annaud, le héros, Hubert Fresnois, écrit une longue lettre à son maître et ami Lucien Herr, à l'ENS, rue d'Ulm, lui décrivant sa vie de géographe dans un poste reculé français et lui parlant de la colonisation.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « J'ai découvert la tombe du Parti socialiste », par Bruno Roger-Petit sur lepost.fr, 2 novembre 2009
  2. a et b Joel Colton, Léon Blum, Paris, Fayard, coll. « Marabout Université »,‎ 1966, p. 31
  3. Louis Lévy, Comment ils sont devenus socialistes, Paris, 1931, p. 21.
  4. a et b Charles Andler, Vie de Lucien Herr, Rieder, 1932
  5. A M. Maurice Barrès par Lucien Herr, La Revue blanche T. 15 disponible sur Gallica
  6. Il y a 80 ans disparaissait Lucien HERR
  7. Hubert Bourgin, De Jaurès à Léon Blum : l’École normale et la politique, Paris, Fayard, 1938, p. 109

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Charles Andler, Vie de Lucien Herr (1864-1926), Paris, Rieder, 1932
  • Charles Andler, Vie de Lucien Herr (1864-1926), présentation par Justinien Raymond, Paris, Maspéro, 1977 (collection Actes du peuple)
  • Jean-Pierre Kintz, « Lucien Charles Herr », in Nouveau dictionnaire de biographie alsacienne, vol. 16, p. 1542
  • Daniel Lindenberg et Pierre André Meyer, Lucien Herr : le socialisme et son destin, Paris, Calmann-Lévy, 1977 (collection L'ordre des choses)
  • Correspondance entre Charles Andler et Lucien Herr : 1891-1926, éd. établie, présentée et annotée par Antoinette Blum ; préf. de Christophe Charle, Paris, Éditions Rue d'Ulm, 1992
  • Anne Alter et Philippe Testard-Vaillant, Guide du Paris savant, 2e éd., Paris, Belin, 2003 (collection Guides savants) [re éd. : 1997]

Liens externes[modifier | modifier le code]