François de La Rocque

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François de La Rocque
Le colonel de La Rocque au micro lors du premier congrès du PSF en décembre 1936.
Le colonel de La Rocque au micro lors du premier congrès du PSF en décembre 1936.
Fonctions
Président général des Croix-de-Feu
19321936
Prédécesseur Maurice d'Hartoy
Successeur aucun
Président du Parti social français
19361940
Biographie
Nom de naissance Annet Marie Jean François
Date de naissance 6 octobre 1885
Lieu de naissance Lorient (Morbihan)
Date de décès 28 avril 1946 (à 60 ans)
Lieu de décès Paris
Nature du décès Opération chirurgicale
Sépulture Saint-Clément (Allier)
Nationalité Drapeau de la France Française
Parti politique Croix-de-Feu
Parti social français
Père Raymond de La Rocque (1841-1927)
Mère Anne Sollier (1850-1920)
Fratrie Anne-Marie de La Rocque (1873-1934)
Raymond de la Rocque (1875-1915) comte de Séverac
Jean de La Rocque (1878-)
Pierre de la Rocque (1880-1954).
Louis de La Rocque (1888-1905)
Élisabeth de La Rocque
Marguerite de La Rocque
Édouard de la Rocque (1897-1975)
Conjoint Édith de La Rocque (1889-1969)
Enfant(s) Hugues de La Rocque (1913-1928)
Nadine de La Rocque
Jean-François de La Rocque (1916-1940)
Jacques de La Rocque (1919-1948)
Gilles de La Rocque (1920-2001)
Édith de La Rocque
Entourage Jean Mermoz, Jean Chiappe, Gaston Doumergue
Diplômé de ESM de Saint-Cyr
Profession Militaire
Religion Catholique
Résidence Versailles

François de La Rocque (dit de Séverac), communément appelé colonel de La Rocque, né le 6 octobre 1885 à Lorient[1] et mort le 28 avril 1946 à Paris, est un militaire, homme politique et résistant français. Il est dans les années 1930 une personnalité politique de premier plan en tant que président général des Croix-de-Feu puis du Parti social français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Famille[modifier | modifier le code]

Annet Marie Jean François de La Rocque est le troisième fils du général Raymond de La Rocque (1841-1927), ancien élève de l'École polytechnique, servant dans l'artillerie de marine et basé à Lorient, et d'Anne Sollier. Son frère aîné, Raymond (1875-1915), chef de bataillon, est tué pendant la Première Guerre mondiale. Son cadet, Pierre de la Rocque (1880-1954), est conseiller du comte de Paris. La famille est originaire et tient son nom du hameau de La Roque à Saint-Clément en Haute-Auvergne

François de La Rocque se marie en 1912 avec Édith Marie-Louise Allotte de la Füye avec laquelle il a trois fils. Il est enterré à Saint-Clément avec ses trois fils : Jean-François (1916-1940), Jacques (1919-1948) – tous deux aviateurs morts pour la France – et, à leurs côtés depuis novembre 2001, Gilles, chasseur alpin, blessé au combat en juin 1940 (croix de guerre), prisonnier des Allemands à Dortmund. C'est lui qui est reçu en 1957 par le général de Gaulle pour lui demander la reconnaissance des titres de « déporté résistant » refusés de son vivant à leur père. Cette réparation officielle interviendra le 30 avril 1961, jour anniversaire de la Déportation, sur l'initiative du chef de l'État.

La famille La Rocque de Séverac fut locataire du château d'Olmet, situé dans la commune voisine de Vic-sur-Cère, qu'elle utilisait comme villa de villégiature à la période estivale. Après la mort des deux fils du colonel, le domaine a été acquis par la Fondation Jean Mermoz dite de "l'Aérium des Croix" - allusion notamment à la Croix du Sud de Jean Mermoz, mais aussi aux sacrifices des deux fils du colonel de La Rocque, morts pour la France. La vocation de cette Fondation fut précisément d'assurer des années 1950 aux années 1970 l'accueil et l'hébergement d'enfants orphelins de pilotes de l'armée de l'air ; puis la prise en charge d'enfants atteints de difficultés respiratoires. Cette fondation présidée par la Maréchale Marie-Cécile Juin cessa son activité dans les années 1970, le bâtiment étant alors rétrocédé à la Sécurité Sociale afin d'ouvrir un foyer d'hébergement pour personnes handicapées.

Distinctions[2][modifier | modifier le code]

Distinctions étrangères:

François de la Rocque
de Séverac
Origine Drapeau de la France France
Allégeance Drapeau français France
Drapeau de la France libre France libre de 1940 à 1944
Arme Armée de terre
Grade Lieutenant-colonel
Années de service 19051928
Conflits Campagne du Maroc
Première Guerre mondiale

Guerre du Rif
Mission militaire française en Pologne
Seconde Guerre mondiale[3]

Faits d'armes Bataille de la Somme
Distinctions Commandeur de la Légion d'honneur
Croix de Guerre 1914-1918
Famille La Rocque de Séverac

Emblème

Campagne du Maroc et Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Après avoir fait Saint-Cyr (1905), il sert dans les confins algéro-marocains en 1910-1911, puis dans l'Atlas marocain d'août 1914 à août 1916[4], avant de combattre durant la Grande Guerre. Il est en 1918, à 33 ans, le plus jeune chef de bataillon de l'armée française. Blessé à trois reprises, il est décoré de la croix de guerre avec neuf citations et fait officier de la Légion d'honneur. De 1919 à 1927, il est affecté à l'état-major interallié du maréchal Foch, période coupée par sa participation à la mission française de liaison en Pologne, puis son envoi au Maroc comme chef du 2e bureau durant la dernière phase de la guerre du Rif[4].

Patriote et traditionaliste, La Rocque milite en faveur du catholicisme social (créé par Félicité Robert de Lamennais au début du XIXe siècle), puis rejoint les Croix-de-Feu, mouvement politique d'anciens combattants fondées par Maurice d'Hartoy.

Il quitte l'armée en 1928 avec onze citations et le grade de colonel.

Les Croix-de-Feu (1929-1936)[modifier | modifier le code]

Il entre, en 1929, aux Croix-de-Feu puis, en 1932, commandeur de la Légion d'honneur[5], il en est élu président et le restera jusqu'à leur dissolution en juin 1936. De 2 000 adhérents en 1929, le mouvement passe à 15 000 en 1931, 80 000 fin 1932, 150 000 fin 1934 et à près de 300 000 début 1936[6]. Son programme exposé dans le livre Service public en 1934 revendique un christianisme social associé à un nationalisme traditionnel : rejet de la lutte des classes, du régime des partis, du racisme, du totalitarisme et adoption d'une politique libérale sur fond d'un régime fort avec un parlement affaibli[7].

Aussi La Rocque et les Croix-de-Feu se distinguent des autres ligues par leur respect de la légalité républicaine (refus de participer aux violences du 6 février 1934 et de se joindre aux émeutiers de la Place de la Concorde par le maintien des Croix de Feu sur la rive gauche[8]), son rejet de l'antisémitisme biologique et sa défense des juifs assimilés[9], création du PSF lorsque le Front populaire au pouvoir dissout les Croix-de-Feu à l'été 1936[10] Un exemple : il envisage favorablement la perspective d'États-Unis d'Europe construits de façon progressive et démocratique :

« L'union des États de l'Europe semble donc devoir débuter sous l'aspect d'un accord, d'une combinaison d'accords commerciaux. Elle s'amorcerait de la sorte par un régime simplificateur des relations réciproques entre les peuples et par un commencement de stabilité dans les échanges commerciaux. Les États-Unis d'Europe ne sauraient être que l'élargissement d'une entente économique préliminaire [11] »

Le Parti social français (1936-1940)[modifier | modifier le code]

La Rocque se lance alors dans la politique en fondant le Parti social français, dont la devise est reprise, sans lui demander son avis, par Vichy : « Travail, Famille, Patrie ». Dans son livre Service public, il préconise un régime présidentiel, la « participation-association du capital et du travail » et le vote des femmes.

À la veille de la guerre, le Parti social français est le premier parti de France (plus d'un million d'adhérents). Il est lié aux Syndicats Professionnels Français (S.P.F.) et fonde des organisations caritatives et sociales puissantes. Dans sa volonté d'unité des familles spirituelles de la France il fait dire des offices religieux à la veille de ses congrès à la fois à l'Église, au Temple et à la Synagogue.

Le « sursis de guerre » et le rejet des deux totalitarismes[modifier | modifier le code]

L'attitude du colonel de La Rocque durant les années 1938-1939 se distingue du pacifisme ambiant dans une bonne partie de la classe politique française, à droite mais surtout à gauche. Il estime en particulier que la France, « en sursis de guerre », doit avant tout se mobiliser pour être capable d'affronter l'Allemagne avec succès[12].

La Rocque a très tôt rejeté dans un refus commun les deux régimes, soviétique et nazi. « Notre idéal de liberté et de défense de la civilisation chrétienne repousse également le joug hitlérien et la tyrannie moscovite », écrit-il en 1937-1938[13]. Il diffère donc de certains qui avaient fini par penser « plutôt Hitler que Staline[14] ».

Dès 1937, soit avec deux ans d'avance, il pressent, grâce à sa grille de lecture « chrétienne » de la politique, le pacte germano-soviétique de l'été 1939, qui surprendra cependant le monde entier. La Rocque écrit ainsi dans Le Petit Journal du 14 juillet 1937 : « Le danger allemand est, aujourd'hui, au premier plan visible. Le danger russe est surtout d'ordre moral. Mais l'un est complémentaire de l'autre : l'un et l'autre peuvent momentanément s'associer contre nous[15]. »

Vichy, Résistance et déportation (1940-1946)[modifier | modifier le code]

Le 16 juin 1940, La Rocque signe un éditorial intitulé « Résistance », dans le Petit Journal, quotidien du P.S.F., :

« Après avoir jusqu'au dernier moment adressé aux parisiens nos exhortations de courage et de fermeté, nous voulons maintenant crier à tous les français le mot d'ordre de résistance. Le gouvernement au pouvoir a été désigné, soutenu à cause de son programme essentiel : tenir, ne jamais faiblir. Ce gouvernement ne saurait capituler sans se renier lui-même. Il ne saurait mettre bas les armes par une simple décision. Sa décision ne saurait sortir de la ligne choisie, convenue, adoptée, sans que le pays soit d'abord, consulté, prévenu. Ou bien ce serait une escroquerie morale dont aucun Français n'a le droit d'accuser un autre Français, ce dernier fût-il son pire adversaire politique. Tous les citoyens doivent donc être prêts à la résistance totale, et jusqu'au bout. La famille P.S.F. au seul service de la nation entière doit donner l'exemple...Une seule consigne, quoi qu'il arrive, consigne de gouvernement, consigne civique : Résistance [16]! »

Quand survient l'Armistice du 22 juin 1940, il rappelle que cette situation dramatique ne suspend nullement les hostilités et dénonce la collaboration avec l'Allemagne : « pas de collaboration sous l'occupation ». À l'égard du régime de Vichy, il précise : « loyalisme à l'égard de Pétain, mais réserve absolue à l'égard du gouvernement de Vichy. » Cette position ambiguë, peut être liée à son souci de sauvegarder une « masse de patriotes intacte »[réf. souhaitée] des compromissions de l'occupation, ne permet pas au PSF de conserver son dynamisme, d'autant que le parti est interdit en zone occupée dès le 28 août 1940. Dans l'éditorial du 5 octobre 1940 du Petit journal, La Rocque s'oppose au futur statut des juifs :

« Les juifs naturalisés depuis plusieurs générations appartiennent en principe, et de droit, à la grande famille civique. On ne concevrait pas que fussent prises à leur égard des sanctions préventives auxquelles la plus exacte vigilance nationale n'aurait point recouru avant notre défaite[17]. »

Cette position provoqua l'ire des milieux collaborationnistes, et notamment de Jacques Doriot, qui dans le Cri du peuple du 23 octobre suivant déclare que « C'est par leur action pro-juive que les dirigeants du PSF cherchent à entraver la tâche que s'est fixée le Maréchal Pétain, à la tête du premier gouvernement national que la France ait eu depuis si longtemps. ». La Rocque se déclare loyaliste à l'égard de Pétain, tout en prenant soin d'alerter le Maréchal par lettres ou rapports sur le danger de certaines orientations comme le Parti unique de Déat, la Légion ou la Milice qu'il s'efforce de faire échouer. Réservé à l'égard de toute initiative éloignée du territoire français, il ne dissimule pas son anti-gaullisme, puisqu'il fait paraître dans Le Petit journal des opinions sur le chef de la France libre,« coupable de désertion [...] instrument de l'étranger [...] qui trahit les intérêts sacrés de son pays »[18]. En aout 1940, le parti de La Rocque est transformé en « Progrès Social Français » n'existe plus sous forme d'un parti politique mais d'une vaste organisation sociale. Il est officiellement « mis sous séquestre » par le Gouvernement de Vichy[19] puis dissous sur ordre du général Oberg, chef des S.S. en France, le 2 novembre 1942[20].

La Rocque reçoit en compensation un poste de chargé de mission au cabinet de Pétain, où, selon des diplomates américains, il « passe son temps à téléphoner pour qu'on lui donne quelque chose à faire. »[21]. Il est nommé au Conseil National de Vichy dont il démissionne en août 1941[22].

Si certaines idées du régime de Vichy (les plus modérées) peuvent se rapprocher des siennes (politique de la jeunesse et des sports, politique sociale, politique de la famille, etc.), François de la Rocque réprouve, en privé uniquement, la dictature (qui l'empêche de s'exprimer librement), le principe de réformer la France sous l'occupation ennemie, la collaboration (condamnation du STO, de la Milice, de la LVF) et, plus encore, le fascisme et le nazisme, dans lequel il voit, depuis plusieurs années, une résurgence du paganisme.

La position, souvent jugée ambiguë, du Colonel, peut se résumer en une volonté de libérer la France du joug allemand sans pour autant faire alliance avec l'Angleterre. C'est ainsi que le 21 novembre 1942, il déclare devant plusieurs centaines de personnes à Saint-Étienne :

« J'ai déclaré que la France ne devait pas décalquer la marche à suivre de sa politique future et actuelle sur celle du Reich et qu'elle ne devait pas non plus attendre des secours de la part des Anglo-Saxons ; si la France réussit à remonter la pente, c'est elle qui par son passé et son rayonnement dans le monde donnera la formule heureuse au monde entier[23]. »

La Rocque a pris les premiers contacts avec la Résistance en 1941[24] en collectant des renseignements, formant par la suite le réseau Klan qu'il dirigea à partir de mai 1942 pour le compte de l'Intelligence Service britannique via le colonel Charaudeau à Madrid (réseau Alibi). Le réseau Klan, considéré comme un sous-réseau du réseau Alibi, sera félicité deux fois par l'Intelligence Service qui en authentifiera l'organisation et le fonctionnement dans une attestation de juin 1945 (déposée aux Centre d'Histoire des Archives de Sciences Po). Il semble qu'à la demande des Britanniques La Rocque ait dû, pour ne pas éveiller les soupçons, garder officiellement une attitude formellement bienveillante à l'égard du maréchal Pétain[réf. souhaitée]. La réalité de l'activité résistante de La Rocque n'est plus contestée, après les questions soulevées en son temps par Robert Paxton dans "La France de Vichy" (éditions du Seuil, 1973) : aussi bien dans la biographie de Jean Moulin par Jean-Pierre Azema (p. 306, éditions Perrin, 2006) que dans la récente monographie de Olivier Wievorka sur l'histoire de la Résistance (éditions Perrin, page 66, mars 2013).

François de La Rocque est arrêté par la police allemande le 9 mars 1943, ainsi que, dans les deux jours qui suivent, 152 dirigeants du Parti social français. Selon Jacques Nobécourt, « jusqu'à la fin de sa liberté, la Rocque resta convaincu qu'il avait le devoir d'éclairer Pétain sur les égarements dans lesquels l'entraînait son entourage. Il finit par en obtenir trois rendez-vous au début de mars 1943. Quarante-huit heures plus tard, il était arrêté par la Gestapo de Clermont-Ferrand, en même temps qu'une centaine de cadres du PSF dans toute la France[25]. » Pour certains historiens, cette arrestation proviendrait des tentatives faites par le colonel de La Rocque pour convaincre le maréchal Pétain de partir en Afrique du Nord, et serait liée plus généralement au fort soupçon du déploiement d'une activité de Résistance. Elle tiendrait également à sa ferme dénonciation de la LVF et de la Milice.

Il est arrêté et interné durant les six premiers mois dans les prisons du Cherche-Midi puis de Fresnes; puis il est déporté en Tchécoslovaquie à Eisenberg (dépendant du camp de Flossenburg) , puis en Autriche au château d'Itter, où il a la surprise de retrouver Édouard Daladier, Paul Reynaud, Jean Borotra, Léon Jouhaux. Après une opération chirurgicale, La Rocque entre en contact avec des parachutistes américains. C'est la 103e division américaine qui le libère, ainsi que les personnalités détenues à Itter, le 7 mai 1945.

La Rocque revient en France libérée le 9 mai 1945 et se voit placé en internement administratif jusqu'au 31 décembre 1945 afin de l'éloigner des affaires politiques, notamment des négociations du Conseil national de la Résistance. La commission de vérification des internements administratifs réclame sa libération, mais le gouvernement ne tient pas compte de cet avis. À sa sortie d'internement administratif, il est assigné à résidence et décède quelques mois plus tard, le 28 avril 1946, des suites de ses années de détention ainsi que d’une intervention chirurgicale. Ses proches ont toutefois pu créer un Parti républicain social de la réconciliation française, qui évoque le défunt PSF.

Le colonel François de La Rocque est décoré à titre posthume, en 1961, de la médaille des déportés et se voit attribuer la carte de Déporté-Résistant, qui lui avait été refusée de son vivant. De Gaulle rend hommage alors, en tant que chef de l'État, « à la mémoire du colonel de La Rocque, à qui l'ennemi fit subir une cruelle déportation pour faits de Résistance et dont, je le sais, les épreuves et le sacrifice furent offerts au service de la France. » Le gouvernement de Michel Debré présenta « les excuses du gouvernement pour une injustice dont il mesure la profondeur[26]. »

Polémiques sur le colonel de La Rocque[modifier | modifier le code]

Dans les années 1930, le colonel de la Rocque est devenu, pour l'opinion publique de gauche, le symbole du fasciste français. Cette image a perduré. Certains historiens français considèrent qu'il y a erreur historique, avis non partagé par des historiens américains tels Robert Soucy ou Robert Paxton.

L'image de « fasciste » de La Rocque reposait essentiellement sur les traits suivants :

  • Les Croix de Feu étaient au départ très nationalistes et cette mauvaise réputation leur restera auprès de leurs adversaires. Mais l'attitude de La Rocque a progressivement expurgé les Croix de Feu de leurs éléments extrêmes, jusqu'au flirt du PSF avec le Parti radical (centriste) à la fin des années 1930. Le succès emporté par ce mouvement qui, du temps du Parti Social Français, rassembla un million d'adhérents – une première en France – démontre a contrario le caractère infondé de l'étiquette fasciste. La Rocque fit échouer délibérément toutes les initiatives d'extrême-droite comme la Cagoule et s'opposa vigoureusement à Xavier Vallat et Philippe Henriot notamment.
  • Il soutenait une ligne antiparlementaire, en faveur d'un régime présidentiel, dans l'optique de la rationalisation du parlementarisme, le cadre parlementaire étant appelé à demeurer. Cette ligne est définie en 1934 dans son livre Service Public ;
  • L'attitude complexe de La Rocque face au régime de Vichy (proche de celle du maréchal de Lattre et de celle de François Mitterrand, par exemple) fut incomprise en 1945 lorsque les choses se devaient d'être toutes blanches ou toutes noires.

L'image dont le colonel de La Rocque souffrira longtemps est également due aux injures et aux calomnies venues tout autant de l'extrême-gauche que de l'extrême-droite : Comment La Rocque a trahi fut le titre d'un ouvrage de Maurice Pujo, adjoint de Maurras en 1935.

  • Les plus durs furent, comme il arrive parfois, ses anciens acolytes, qui ne pardonnèrent jamais à La Rocque d'avoir refusé de soutenir une prise de la Chambre des députés le 6 février 1934 (on traite alors les Croix-de-feu de « froides-queues »), d'avoir refusé de se joindre aux coalitions nationalistes (front de la Liberté de Jacques Doriot, etc.) dans les années 1930, enfin d'avoir refusé de rejoindre le régime de Vichy et la Collaboration (La Rocque fut traité de « dictateur à l'eau de rose[27] »).

Avis sur La Rocque[modifier | modifier le code]

« Un homme absolument insignifiant »

— Robert Paxton, La France de Vichy, Le Seuil, p. 240, 1972

« J’ai trouvé que ce personnage était injustement traité. Ses propos tranchaient avec la réputation qui lui était faite. Il n’était ni fasciste, ni antisémite… Il m’avait séduit… »

— Pierre Péan, Une jeunesse française, François Mitterrand, 1934-1947, p. 33 -1994 Fayard).

« Je rends hommage à l’antifascisme dont témoigne la déportation de La Rocque et reste, non sans respect, son irréductible adversaire politique. »

— Georges Lefranc, Histoire du Front Populaire, Payot, 1974, pages 514 et 515.

« La gauche ayant à l'époque désigné en face d'elle l'homme des Croix de feu et du PSF comme un adversaire majeur, elle l'avait, dans la chaleur des affrontements, caricaturé jusqu'à en faire le leader d'un fascisme français. Que cette déformation fût en soi un fait historique est incontestable. Mais au premier degré, l'étiquette était erronée, donc injurieuse pour qualifier un homme que, parmi les droites, distinguait sa fidélité au christianisme social, qui ne songea pas à franchir le Rubicon et qui, sous Vichy, fut finalement déporté par les Allemands. »

— Jean-Noël Jeanneney, Le Passé dans le prétoire, Le Seuil, 1998

« Homme droit comme l'épée qui fut la sienne durant sa belle carrière militaire, il était également un chrétien qui ne transigeait point sur les principes fondamentaux de sa religion. Celle-ci était source de sa générosité sociale, de son humanisme profond sous sa forme la plus élevée : la charité, je veux dire l'amour des hommes. Ces caractéristiques indéniables condamnent à elles seules les imputations que ses adversaires déclarés ou camouflés ont déversées sur lui, par haine, par crainte de sa réussite politique et par jalousie partisane. Il n'empêche qu'il les a dominés parce qu'il était, lui, sans haine ; et patriote pur, il avait horreur des procédés d'excitation sociale, conduisant à la guerre civile. Il a été avant tout l'apôtre de la Réconciliation, épithète qu'il ajoutera à l'appellation de son parti. J'ai vu agir le chef et j'ai agi sous son égide ; j'ai partagé le pain et le sel à sa table, avec lui, sa femme et ses enfants. Sous ces deux aspects, j'ai pu prendre la mesure de sa stature nationale, civique et morale. […] Lui, que les communistes traitaient de fasciste, professait un farouche dédain pour la tyrannie et l'aventure. […] Il rejetait toutes les doctrines excessives, qu'elles fussent de droite ou de gauche, de la demi-gauche ou de la demi-droite. C'était d'ailleurs une terminologie qui faisait mal à son cœur ouvert à tous les français. Au fond, la Rocque était ce qu'on pourrait appeler un socialiste chrétien. […] C'est un grand mystère que celui des souffrances et de l'injustice qui frappent les hommes de cette qualité et de cette dimension morale, un des mystères de Dieu qui échappent à notre raison ; mais on ne peut éloigner de son esprit cette idée qu'à propos du sort fait à la Rocque, le bras séculier de la France n'a pas écrit une page d'honneur à son actif. »

— Augustin-Belkacem Ibazizen, Le Testament d'un Berbère, Albatros, 1984

Le Nouvel Observateur et Jean Daniel ont aussi défendu la mémoire de La Rocque[28].

Œuvres de François de La Rocque[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • François de la Rocque, Service public, Paris, Grasset, 1934.
  • François de la Rocque, Au service de l'avenir, réflexions en montagne, Société d'édition et d'abonnement, 1949.
  • François de La Rocque, Pourquoi je suis républicain : Carnets de captivité, introduction de Serge Berstein, édition établie et annotée par Hugues de la Rocque, Serge Bernstein et Cédric Francille, Seuil, 2014.

Autres[modifier | modifier le code]

François de La Rocque, chef de parti politique, a été amené à écrire de très nombreux discours et articles, notamment :

  • François de la Rocque, Pour la conférence du désarmement. La Sécurité française, Impr. De Chaix, 1932.
  • François de la Rocque, Le Mouvement Croix de feu au secours de l'agriculture française, Mouvement Croix de feu, 1935.
  • François de la Rocque, Pourquoi j'ai adhéré au Parti social français, Société d'éditions et d'abonnements, Paris, décembre 1936.
  • François de la Rocque, Union, esprit, famille, discours prononcé par La Rocque au Vél'd'hiv, Paris, 28 janvier 1938, Impr. Commerciale, 1938.
  • François de la Rocque, Paix ou guerre (discours prononcé au Conseil national du P.S.F., suivi de l'ordre du jour voté au Conseil ; Paris, 22 avril 1939), S.E.D.A., Paris, 1939.
  • François de la Rocque, Discours, Parti social français. Ier Congrès national agricole. 17-18 février 1939., SEDA, 1939.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Textes contemporains consacrés à La Rocque[modifier | modifier le code]

  • Croix-de-Feu, le complot communo-socialiste, l'insurrection armée dans l'unité d'action, Paris, Grasset, 1935.
  • Mouvement social français de Croix-de-Feu, Pourquoi nous sommes devenus Croix de Feu (manifeste), Siège des groupes, Clermont, 1937.
  • Henry Coston, La Rocque et les Juifs : un nouveau scandale, 1937.
  • Paul Creyssel, La Rocque contre Tardieu, F. Sorlot, Paris, février 1939.
  • Henry Malherbe, La Rocque : un chef, des actes, des idées, 1934.
  • Maurice Pujo, Comment La Rocque a trahi, Sorlot, 1938.
  • François Veuillot, La Rocque et son parti comme je les ai vus, Plon, 1938, 93 p.

Bibliographie postérieure à 1945[modifier | modifier le code]

  • Jacques Nobécourt, Le Colonel de la Rocque, ou les pièges du nationalisme chrétien, Fayard, Paris, 1996
  • René Rémond, La Droite en France, Paris, Aubier-Montaigne, 1968.
  • René Rémond, La République souveraine - Histoire de la vie politique en France de 1879 à 1939, Fayard, 2002
  • Michel Winock, Le Siècle des intellectuels, Paris, Seuil, 1999
  • Michel Winock, « Retour sur le fascisme français - La Rocque et les Croix de Feu », Vingtième Siècle, Presses de la Fondation des Sciences Politiques, avril juin 2006 no 90 (avec, en annexe, le témoignage de Jean Boissonnat : « Mon père était Croix-de-Feu »
  • Michel Winock, Le XXe siècle idéologique et politique, cf. chapitre 19 : « La Rocque dans la droite française » collection Tempus, edit. Perrin (2009)
  • J. Brumeaux, dir., La Vérité sur La Rocque, des faits, des documents, comprenant :
    • Audrain et Nielly, La Rocque, 30 p., 1 photo.
    • J. Brumeaux, La Rocque chrétien, 38 p., ill.
    • J. Brumeaux, La Rocque et l'armée. 40 p., 3 photos
    • J. Brumeaux, Conférence faite le 18 juin 1950 à Vic-sur-Cère, à l'occasion du pèlerinage sur sa tombe.
    • Dayras, La Rocque en déportation. 24 p.
    • (François de La Rocque), Deux prières de La Rocque déporté, 32 p., ill., fac-similés.
    • (François de La Rocque), Noël de La Rocque déporté, 16 p., ill.
    • A. de Préval, In Memoriam François de La Rocque, 28 p., 2 ill.
    • (François de La Rocque), Conférence faite le 6 octobre 1946.
    • Maxime Weygand, La Rocque, 32 p.
    • J G L d'Orsay et J Brumeaux, Les Droits de La Rocque homme et citoyen. 64 p.
    • S.I.P.R.E., Le Petit Journal acquitté en cour de justice. Directeur : La Rocque., 1948, 64 p.
    • N**, Pourquoi nous suivons La Rocque, Mars 1945, in-16, 28 p.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Archives départementales en ligne du Morbihan, vue 352/612, acte 798
  2. [1]
  3. En tant que fondateur civil du réseau Klan, réseau de renseignement militaire destiné au Secret Intelligence Service britannique. Il est décoré à titre posthume de la Médaille de la déportation et de l'internement pour faits de Résistance par le général de Gaulle.
  4. a et b Jacques Nobécourt, « Notes sur « le militarisme » de La Rocque », dans Olivier Forcade, Éric Duhamel, Philippe Vial, Militaires en République 1870-1962 : Les officiers, le pouvoir et la vie publique en France, Publications de la Sorbonne,‎ 1999, 734 p. (lire en ligne), p. 431.
  5. « Notice no LH/1485/51 », base Léonore, ministère français de la Culture
  6. Michel Winock Histoire de l'extrême droite en France, Points/Histoire éd. Seuil 1993 p.166
  7. Michel Winock, op.cit. p.167
  8. Il s'est contenté de commander, à partir de son « poste de commande » à quelques rues de la chambre des députés, la participation (de façon « disciplinée ») de ses troupes aux manifestations.
  9. En particulier, ceux de droite et les anciens combattants de 14-18. Après 1936, il dénonce les immigrants juifs et, en 1940, il accuse la « purulence juive soutenue par les complots francs-maçons » ; source : Disciplines d'action, éditions du Petit Journal, Clermont-Ferrand, 1941, p. 91, 97-99, 146.
  10. Il déclare à ses troupes, à cette époque : « La seule idée de briguer un mandat me donne des nausées : c’est une question de tempérament » (Archives nationales 451 AP 129 (2 janvier 1936).
  11. Service public, Grasset, Paris 1934, p. 171.
  12. Le Petit Journal des 30 septembre, 13 octobre et 20 octobre 1938, le discours du meeting du Vel d'Hiv des 3 et 7 novembre 1938, le discours de Metz du 9 mars 1939, etc., cités in Bulletin des Amis de La Rocque (ALR) no 60, décembre 1998.
  13. La Rocque, Bulletin d'information du PSF du 8 juillet 1938, discours au congrès du PSF de Marseille, le 8 juin 1937, in Bulletin des Amis de La Rocque no 60, décembre 1998.
  14. Jacques Nobécourt, La Rocque, 1996, p. 663.
  15. Cité in ALR no 60.
  16. Eric Le Ray, Marinoni : le fondateur de la presse moderne (1823-1904) éd L'Harmattan p.480
  17. Vingtième Siècle. Revue d'histoire. N°42, avril-juin 1994. pp. 155-156
  18. Ariane Chebel d'Appollonia, l'extrême-droite en France éd. Complexe p.270
  19. mesure parue au J.O. de Vichy le 23 mai 1942
  20. France Politique
  21. La France de Vichy, Robert Paxton, p. 240
  22. en même temps qu'André Siegfried
  23. Monique Luirard, La région Stéphanoise dans la guerre et dans la paix 1936-1951, p. 401
  24. Ariane Chebel d'Appollonia, op. cit. p. 270
  25. Jacques Nobécourt, communication à l'académie de Rouen, 7 février 1998, in ALR no 61, juillet 1998.
  26. Le Monde, 30 avril 1961.
  27. La France de Vichy, Robert Paxton, p. 177. Le propos est attribué à Darquier de Pellepoix
  28. Éditorial de Jean Lacouture dans Le Nouvel Observateur en 1997

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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