Francs-tireurs et partisans

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Les Francs-tireurs et partisans français (FTPF), également appelés Francs-tireurs et partisans (FTP), est le nom du mouvement de résistance intérieure française créé à la fin de 1941 par la direction du Parti communiste français.

Histoire[modifier | modifier le code]

La création (fin 1941)[modifier | modifier le code]

C’est après la rupture du Pacte germano-soviétique et l’invasion de l’URSS par les troupes hitlériennes, le , que la direction du Parti communiste français clandestin représentée par Jacques Duclos décide, en accord avec l’Internationale communiste, de mettre sur pied une organisation de lutte armée. Charles Tillon, qui avait rejoint le secrétariat du parti dans la région parisienne, aux côtés de Jacques Duclos et Benoît Frachon, est chargé de l’organisation de la lutte armée[1].

Dans l’immédiat, ce sont surtout des jeunes communistes parisiens qui sont recrutés au titre de l’Organisation spéciale (OS), pour former des groupes que l’on appellera aussi les Bataillons de la Jeunesse. Albert Ouzoulias, responsable politique des Bataillons de la Jeunesse rejoindra plus tard les FTP avec les jeunes qui auront survécu à la traque des Brigades spéciales.

Pendant qu’Ouzoulias met sur pied les Bataillons de la Jeunesse, Eugène Hénaff, un syndicaliste de 37 ans qui vient de s’évader du camp de Châteaubriant déploie une activité intense pour recruter des militants volontaires. « Ça ne se bousculait pas au portillon », a-t-il raconté en évoquant cette époque. À partir d’octobre 1941, tous les volontaires recrutés par Ouzoulias et Hénaff sont regroupés dans une formation unique, l’OS, dans laquelle Hénaff prend le titre de « commissaire politique » avec Ouzoulias comme adjoint. L’organisation prend ensuite le nom de TP (Travail Particulier). Ce n’est qu’au début de l’année 1942 que le nom de FTPF (Francs-Tireurs et Partisans Français) ou plus simplement FTP est adopté.

Le Comité militaire national[modifier | modifier le code]

Dès octobre 1941, la direction du parti avait décidé la création d’un Comité militaire national (CMN), dont Tillon est le chef et dont les premiers membres, outre Hénaff et Ouzoulias, sont Georges Beyer et Jules Dumont.

En fait, Dumont, lieutenant-colonel de réserve doit être « mis au vert » pour des raisons de sécurité et il ne participe même pas à la première réunion. Il est remplacé au poste de commissaire militaire par Georges Vallet, ancien permanent du parti et ancien commissaire politique dans les Brigades internationales. Hénaff, Ouzoulias et Vallet se rencontrent très fréquemment au début de l’année 1942. Ouzoulias remplace Vallet à partir de mai 1942. Au cours de l’année 1943, Dumont et Vallet sont tous deux arrêtés, torturés et fusillés.

Les réunions du CMN se tiennent d’abord à Palaiseau, à l’ancien domicile de Charles Tillon qui a déménagé à Limours en janvier 1942. À partir d’avril 1942, Marcel Prenant, un biologiste de renom qui n’est que sympathisant communiste, intègre le CMN avec le titre de chef d’état-major. L’idée est de mettre en avant une personnalité assez titrée pour des prises de contact envisagées avec certaines factions de la Résistance non-communistes.

Vers le mois de juin 1942, les réunions du CMN sont déplacées dans un pavillon du hameau de Lozère, très près de la ligne de Sceaux, entre Palaiseau et Orsay. Début 1943, Hénaff doit être mis au vert. Il est remplacé au poste de commissaire politique par Ouzoulias, lui-même remplacé par René Camphin au poste de commissaire militaire. Prenant est arrêté en janvier 1943. Laurent Casanova avait été inséré à l’équipe à la fin de 1943, avec l’idée de l’envoyer représenter les FTP à Alger auprès du CFLN. Trois hommes, donc seront restés au CMN pendant toute la durée de vie des FTP: Tillon, Ouzoulias et Beyer.

France d'abord et autres publications[modifier | modifier le code]

Plaque commémorant la création de France d'abord située à l'angle des rues Victor-Hugo et Sala à Lyon.

L’une des tâches du CMN, et en particulier de Charles Tillon, est la rédaction du journal des FTP, France d’abord, dont paraîtront 62 numéros, de janvier 1942 à la Libération. Le journal, dont l’exergue est « Chasser l’envahisseur », est destiné aux militants. Il publie des récits de lutte armée, des communiqués militaires, des mots d’ordres. Il existe des éditions régionales de ce bulletin.

Le CMZ et les FTP en zone sud[modifier | modifier le code]

Les FTP dont la vocation est de mener la lutte contre l’occupant se développent d’abord exclusivement en zone occupée. Ce n’est qu’après novembre 1942 et l’occupation de la zone sud que les communistes entreprennent d’y développer également les FTP. En zone sud, les FTP sont chapeautés par le Comité militaire de la Zone sud (CMZ) dont Tillon reconnaîtra qu’il n’a pas de relations de subordination avec le CMN. Le CMZ siège à Lyon, et ses membres, André Jacquot, Boris Guimpel, Mathieu Puyo et Francisque Jommard, ont été désignés par les représentants du PCF en zone sud, Raymond Guyot et Léon Mauvais. Tillon avait rencontré une fois le responsable du CMZ, André Jacquot, aux Vaux-de-Cernay, avant que ce dernier ne soit arrêté en mai 1944, avec toute l’équipe du CMZ, à la suite d’une infiltration par un agent double de la Gestapo et du Komintern, Lucien Iltis. Seul Boris Guimpel parvient à échapper à la rafle menée par Klaus Barbie.

André Jacquot survivra à la déportation. En plus de l’équipe dirigeante, des dizaines de cadres FTP de la zone sud seront alors arrêtés et torturés. À partir de mai 1944, c’est la direction du PCF en zone sud qui y assume directement la coordination des FTP.

Évolution des FTP[modifier | modifier le code]

À partir d’avril 1942, les FTP s’ouvrent aux non-communistes, mais restent toujours sous le contrôle des communistes. D’un côté, les règles de la clandestinité conduisent à cloisonner les structures du parti et celles des FTP. Il y a donc une réelle tendance à l’autonomisation, mais celle-ci s’exprime surtout au niveau local. D’un autre côté, au niveau national, la stratégie des FTP est totalement intégrée à celle du PCF. C’est une volonté politique du PCF qui a fait naitre les FTP. La règle des 10 % stipulait que chaque instance communiste régionale devait céder 10 % de ses effectifs aux FTP, et Tillon devra souvent insister pour que cette règle soit respectée, et qu’elle passe même à 20 %, ce qui n’allait pas sans problème, car beaucoup de cadres du parti ne voulaient pas affaiblir le parti en donnant les meilleurs éléments aux FTP. Les relations entre Tillon, responsable des FTP et Auguste Lecœur, responsable de l’organisation du parti, ne seront jamais bonnes. À partir de 1943, lorsqu’une partie relativement importante de la population, surtout jeune, est prête à s’engager dans la Résistance, les FTP en profitent largement, et à ce moment, le recrutement déborde très largement le cercle des sympathisants communistes. En 1943, lorsque le Front national, mouvement de masse créé par le PCF est suffisamment développé, les FTP deviennent officiellement le bras armé du Front national. Cette affiliation dont Tillon et Pierre Villon, responsable du Front national, sont les premiers à reconnaître le caractère purement formel, conforte le poids politique de chacune des deux organisations qui peuvent revendiquer autant de légitimité que les Mouvements unis de la Résistance (MUR) et l’Armée secrète (AS), qui ont regroupé, sous l’égide de Jean Moulin, plusieurs mouvements de résistance de la zone sud.

Le Service de renseignement : FANA ou Service B[modifier | modifier le code]

C’est le beau-frère de Charles Tillon, Georges Beyer, qui devient le responsable du service de renseignements des FTP que l’on connaît sous le nom de Service B ou de FANA. Parmi les dirigeants du réseau, on trouve Marcel Hamon, un professeur de philosophie des Côtes-du-Nord, Victor Gragnon, et des anciens des Brigades internationales, Boris Guimpel et Tadeus Oppmann. Les renseignements sont souvent une monnaie d’échange, dans les contacts avec le Bureau central de renseignements et d’action (BCRA) gaulliste pour pouvoir bénéficier de parachutages d’armes. D’ailleurs, le BCRA n’est pas le seul interlocuteur du Service B qui entretient également des relations avec les différents services britanniques et l’OSS américain. D’autres informations sont communiquées aux Soviétiques, par exemple celles concernant l’armée Vlassov, bien représentée en France.

Les maquis FTP[modifier | modifier le code]

Le modèle d’organisation développé par les FTP est le groupe de combat d’une trentaine d’hommes au maximum. Tillon développe à ce sujet la théorie de la boule de mercure : les groupes de combat doivent être assez mobiles pour devenir insaisissables comme pour les autres mouvements de résistance, le refus par les jeunes du travail forcé en Allemagne (STO) est l’occasion de créer des maquis. Les premiers maquis FTP sont attestés dès le début de l’année 1943. Selon l’historien Roger Bourderon, jusqu’en juin 1943, France d’abord appelle à la création de vastes maquis, pour se recentrer ensuite sur l’appel à la formation de petits maquis mobiles tournés vers l’action directe, s’opposant ainsi à la formation de gros maquis mobilisateurs, comme celui du Vercors, jugé « attentiste ». Selon l’historien François Marcot, « les FTP sont longtemps réticents face aux maquis, de crainte qu’ils ne se réduisent à des refuges éloignés de leur terrain d’action privilégiés, la ville… Dès l’automne 1943, et surtout le printemps 1944, ils créent leurs propres formations… »

L'un des premiers maquis FTP créés est celui du Colonel Fabien, en Franche-Comté.

Le maquis de la Haute-Vienne, dirigé par Georges Guingouin, désigne une vaste région contrôlée par le maquis. Guingouin, un instituteur communiste, avait pris le maquis vers le début de l’année 1941, avant la création des FTP. On le surnomme le « préfet du maquis ». En 1944, la Haute-Vienne est le département qui compte le plus grand nombre de résistants armés, soit environ 8 000 hommes. Peu discipliné vis-à-vis de la direction communiste en zone Sud représentée par Léon Mauvais, Guingouin reçoit la capitulation sans conditions des forces allemandes occupant Limoges le 21 août 1944 après avoir fait encercler la ville.

Parmi les autres maquis FTP, on peut citer le maquis Vauban, dans le Morvan. Dans le département de la Meuse des combattants FTPF venus du Pas-de-Calais et FTP-MOI venus de Toulouse en mars 1944, organiseront plus de mille combattants dont environ deux cent cinquante prisonniers de guerre soviétiques et polonais évadés. Après le 31 août 1944, date de la Libération du département, bon nombre d'entre eux se joindront à la colonne Fabien et à la 1re armée[2].

Les FTP-MOI[modifier | modifier le code]

Les FTP-MOI sont issus de la main-d’œuvre immigrée (MOI), structure mise en place dans les années 1920 et qui permettaient aux étrangers vivant en France d’être intégrés à la Troisième Internationale communiste sans dépendre directement de la section française, c’est-à-dire du PCF. Au moment même où le PCF décide de créer les FTP, il décide également de créer des groupes de FTP-MOI dans la région parisienne. Ces groupes peuvent collaborer avec les FTP mais ils sont rattachés directement à Jacques Duclos, qui a le contact direct avec l’Internationale communiste et d’une façon plus générale avec Moscou. Parce qu’ils n’attendent aucune clémence de la part des Allemands, parce que le régime de Vichy ne leur laisse guère de choix en dehors de la clandestinité ou de l’internement, les différents groupes FTP-MOI, composés principalement de résistants juifs, sont particulièrement déterminés dans la lutte contre l’occupant. Parce qu’ils dépendent directement du Komintern, par l’intermédiaire de Duclos, on a souvent pensé que ce sont eux que l’on envoie en première ligne lorsque vient l’ordre de Moscou d’intensifier le combat, alors que les groupes français sont beaucoup plus insérés dans une dynamique nationale. Le roumain Boris Holban a longtemps été le responsable des groupes parisiens. Il est ensuite remplacé par Missak Manouchian et lorsque ce dernier est arrêté, c’est à nouveau Holban qui prend le commandement, début 1944.

Des maquis MOI ont également joué un rôle de première importance dans la zone Sud, par exemple pour la libération des villes de Lyon et de Toulouse.

Guérilla urbaine[modifier | modifier le code]

À Paris, Joseph Epstein, alias colonel Gilles, fut un responsable des FTP-MOI. Dans le courant de l’année 1943, on lui confie également la responsabilité des combattants FTP de l’ensemble de la région Parisienne où, selon Albert Ouzoulias, il forme de véritables commandos de quinze combattants permettant de réaliser un certain nombre d’actions spectaculaires, qui n’auraient pas été possibles avec les groupes de trois qui étaient la règle dans l’organisation clandestine depuis 1940. De juillet à octobre 1943, il y a ainsi à Paris une série d’attaques directes contre des soldats ou des officiers allemands. Ces commandos sont de plus en plus constitués d’étrangers de la MOI. Le groupe de Manouchian est le plus célèbre. Ont-ils été sacrifiés parce qu’ils étaient étrangers ? En fait, depuis 1941, les pertes parmi les groupes armés parisiens ont été énormes dans tous les groupes FTP, français ou étrangers.

La fusion des FTP et de l’Armée secrète, pour former en 1943 les FFI[modifier | modifier le code]

Plaque apposée au no 116 de l’avenue d’Italie commémorant l’appel à la lutte lancé par les FTPF de la région parisienne le 17 août 1944 à la veille de la libération de Paris.

En 1942, les deux principaux mouvements de résistance non-communistes de la zone sud, Combat et Libération-Sud reconnaissent l’autorité de la France libre, devenue France Combattante, et se mettent d’accord pour constituer l’Armée secrète (AS). À cette époque, les communistes viennent tout juste de prendre contact avec l’envoyé du général De Gaulle, le colonel Rémy. Fernand Grenier, qui arrive à Londres en janvier 1943, est le premier représentant du PCF auprès de la France combattante. Il est également porteur d’une lettre du chef des FTP Charles Tillon avec qui il a passé le jour de Noël 1942.

La fusion théorique entre les FTP et l’Armée secrète a lieu le 29 décembre 1943, donnant naissance aux FFI dont le général Koenig est nommé chef le 23 mars 1944. En fait, l’intégration est beaucoup plus tardive que la date théorique, et dans certaines régions, elle ne se produira jamais.

À Paris, les conditions sont plus favorables à une réelle intégration, peut-être parce que c’est le lieu où siège le COMAC, permettant une négociation directe entre le représentant communiste Pierre Villon et le délégué militaire national (DMN), Chaban. C’est un FTP, Henri Rol-Tanguy, qui est nommé en juin 1944 chef des FFI de la région parisienne. Lors de la Libération de Paris, les FTP sont ainsi parfaitement intégrés aux FFI.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Roger Bourderon, article « Franc-tireurs et partisans français », dans Dictionnaire historique de la Résistance, Robert Laffont, 2006, (ISBN 2-221-09997-4), p. 188.
  2. Claude Collin, L'été des partisans - Les F.T.P. et l'organisation de la Résistance en Meuse, Presses Universitaires de Nancy, 1992, page 204.

Sources[modifier | modifier le code]

  • Roger Bourderon, article « Francs-tireurs et partisans français », tiré du Dictionnaire historique de la Résistance dirigé par François Marcot, Robert Laffont, 2006
  • Emmanuel de Chambost, La direction du PCF dans la clandestinité (1941-44), L’Harmattan, 1997
  • Roger Faligot, Rémi Kauffer, Service B, Fayard, 1985
  • Denis Peschanski, article « Francs-tireurs et partisans de la Main-d’œuvre immigrée » tiré du Dictionnaire historique de la Résistance, dirigé par François Marcot, Robert Laffont, 2006
  • Albert Ouzoulias, Les Fils de la nuit, Grasset, 1994
  • François Marcot, article « Maquis » tiré du Dictionnaire historique de la Résistance dirigé par François Marcot, Robert Laffont, 2006

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Témoignages d’anciens FTP
  • Roger Linet, 1933-1943, La Traversée de la Tourmente, Messidor, 1992
  • Albert Ouzoulias, Les Bataillons de la Jeunesse, Éditions Sociales, 1972
  • Albert Ouzoulias, Les Fils de la Nuit, Grasset, 1975
  • Ouzoulias-Romagnon, J’étais agent de liaison des FTP, Messidor, 1986
  • Marcel Prenant, Toute une Vie à Gauche, Encre, 1980
  • Charles Tillon, Les FTP, Julliard, 1964
  • Charles Tillon, On chantait rouge, Robert Laffont, 1977
  • Charles Tillon, Les FTP, soldats sans uniforme, Éditions Ouest-France, 1991
  • Pierre Durand, Joseph et les Hommes de Londres, Le Temps des Cerises, 1994 (Sur Georges Beaufils)
  • Georges Guingouin, Quatre ans de lutte sur le sol Limousin, Hachette, 1978
  • R.I.3 : Francs-Tireurs et Partisans de la Haute-Savoie. Éditions France d’Abord, 1946, 186 p.
  • Marcel Houdart, Des Nœuxois dans la Résistance et la Déportation - Ceux du Train de Loos, Editions Caloone, 62 Nœux, 2000
Monographies et ouvrages sur les FTP
  • Claude Angeli, Paul Gillet, Debout Partisans, Fayard, 1970
  • Robert Bailly, Occupation hitlérienne et résistance dans l’Yonne, Éditions ANACR-Yonne, 1984
  • Résistance en Combe de Savoie, 5e compagnie FTPF, Éditions ANACR-Savoie, 1984
  • Michel Aguettaz, Les FTPF dans la Résistance savoyarde, PUG, Grenoble, 1995.

Documentaire

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]